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Traité de Lisbonne : le soulagement des fulminants
Le biais des médias en faveur de l'Union européenne n'est plus à prouver (1). Le second référendum irlandais sur le traité de Lisbonne nous a donné une nouvelle occasion de constater l’unanimisme habituel. Les commentateurs dissimulent à peine le soulagement que leur procure le « oui » irlandais obtenu de façon on ne peut plus discutable. Deux sujets majeurs – intimement liés – font consensus dans la quasi-totalité des médias : le libéralisme et la construction européenne. Ils nous sont toujours présentés comme allant de soi. Pourquoi sommes-nous ainsi privés d’un débat public digne de ce nom ? Les taux d’abstention aux élections européennes (2) et les doutes quant aux vertus démocratiques de l’UE n’ont jamais été aussi forts, au nom de quel intérêt supérieur les médias refusent-ils aux citoyens le pluralisme dont ils font grand cas lorsque celui-ci ne les engage à rien ?
Quel que soit le texte institutionnel du moment, les dirigeants européens sont assurés d'obtenir le concours actif des médias pour en faire la promotion ; ceux-ci sont d'ailleurs les auxiliaires les plus affairés lorsqu'il s'agit de chanter les louanges de « Cette Union européenne qu’a priori tout le monde souhaite (3)», selon l'expression de Sylvie Pierre-Brossolette du Point. L'UE « doit achever son aboutissement (4) » d’après le rédacteur en chef adjoint de France Info, Bernard Thomasson. « On est en manque d’Europe (5) »claironne Christophe Barbier, « L’Europe est notre avenir (6)» tranche Edwy Plenel. Bref, les médias pratiquent le principe tautologique selon lequel « il faut plus d’Europe parce qu’il faut plus d’Europe » et nous sommes priés de ne pas en douter.
« Faire revoter les Irlandais ? » - Aucune objection
Chacun put vérifier de nouveau la parfaite harmonie médiatique à l'occasion de ce que Laurent Delahousse a appelé un « référendum de rattrapage (7) ». Le 2 octobre, le traité de Lisbonne – reformulation délibérément confuse (8) du traité constitutionnel européen rejeté par les Français et les Néerlandais en 2005 – a été adopté en Irlande par 67,1 % des voix. Le peuple irlandais avait été contraint de se prononcer une seconde fois sur le même texte bien qu'il l'eût rejeté le 12 juin 2008 (53,4 %), cette première réponse n'étant manifestement pas la bonne. Si dans les autres pays les gouvernements ont contourné leur peuple en ratifiant le traité par voie parlementaire, un tel stratagème n’était pas légalement possible en Irlande. Au Figaro, on s'était réjoui de cette limitation de la souveraineté des peuples : « Heureusement, l'Irlande est le seul pays dont la Constitution l’oblige à soumettre tout traité au vote populaire (9). » L'organisation d'un second référendum ne posa aucun problème aux commentateurs pourtant habituellement pressés de se scandaliser avec force grandiloquence dès que la « démocratie » est menacée quelque part dans le monde. Mais après tout pourquoi contester ce qui allait être, cette fois-ci, c'était sûr, « L'ultime vote des Irlandais sur le traité de Lisbonne (10) » ?
Dès l'annonce du « non » irlandais en 2008, les journalistes relativisèrent en chœur la portée de ce verdict populaire. Puisque « Le scénario du pire [était] arrivé en Irlande » (Le Figaro, le 14 juin) et que « 862 415 personnes [avaient] scellé le sort d’un projet conçu pour près de 500 millions d’Européens » (Libération, le 14 juin), « Il [allait] falloir dédramatiser le non irlandais » (Le Figaro, le 14 juin). Avec une logique toute personnelle, Dominique Reynié affirma alors : « Quiconque tient au respect des souverainetés nationales doit souhaiter que le processus de ratification aille jusqu’à son terme pour ne pas léser les États qui n’ont pas encore décidé (11). » Aucun de nos éditorialistes d'élite ne propose de revoter lorsque le résultat lui convient. Sur la base de quel raisonnement ne pourrions-nous pas revoter sur le traité de Maastricht, par exemple ? Et pourquoi ne pas organiser une « belle » en Irlande ? Non, nous ne sommes autorisés à changer d’avis que dans un seul sens, celui que les médias dominants approuvent.
Après le « désastre » de juin 2008, certains commentateurs finirent même par oublier que les Irlandais avaient déjà voté. Ainsi, Jean-Claude Casanova, le co-animateur de l'émission « La rumeur du Monde » sur France Culture déclara lors d'un « débat » (les présents étaient d’accord sur tout) précédant les élections européennes : « le projet européen n'est pas clair, aujourd'hui on ne sait pas sur quelles institutions européennes nous allons nous trouver puisque les Irlandais ne se sont pas encore prononcés [sur le Traité de Lisbonne] (12) ». Personne ne le reprit dans le studio, ni Jean-Marie Colombani, ni les deux invités, Brice Teinturier (directeur de l’unité Stratégie d’Opinion, TNS Sofres) et Gérard Courtois (directeur éditorial au Monde), tous partisans du « oui », bien sûr.
La minimisation systématique de la valeur du « non » irlandais instaura un climat médiatique favorable
à la tenue d'un nouveau référendum. Lorsque celui-ci arriva, les vieux réflexes revinrent aisément et l’on s’assit une fois encore sur le pluralisme.
Les médias révisent leurs classiques
À chaque étape de la construction européenne les médias déploient leur dispositif d'approbation béate des « avancées » institutionnelles. Ainsi, avant l'annonce du résultat du re-référendum irlandais, la machine se mit en branle, assez tardivement cette fois-ci (13) (le 2 octobre, le jour même du scrutin), comme s'il convenait de ne pas trop prendre le temps de rappeler l'épisode de 2008. Alors les journalistes se mirent à radoter leurs vieux standards. Le sort du traité de Lisbonne, ce petit texte anodin « destiné à améliorer le fonctionnement de l'Union européenne (14) », était une nouvelle fois suspendu au bon vouloir de ces « ingrats d'Irlandais (15) ». Le 2 octobre, La Croix attendait « pour savoir si 0,9 % de la population de l'UE enterrera[it], à elle seule, le traité de Lisbonne » ; Le Monde regrettait comme en 2008 que « la petite Irlande, 4,4 millions d'habitants, tien[ne] dans ses mains, pour une bonne part, le destin institutionnel de 500 millions d'Européens. » Pour les prescripteurs d'opinion, l'Union européenne est d'ores et déjà souveraine et le « petit poisson irlandais » (Libération, le 2 octobre) ne devrait pas avoir voix au chapitre sur un projet aussi impérieux. C'est ainsi qu'ils piétinent sans aucun scrupule la souveraineté populaire et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.
Le zèle oui-ouiste des médias se remarque aisément au vocabulaire employé, à la tournure des phrases, au ton. Lorsque l'on affirme que « Dublin bloque un traité censé mieux faire fonctionner l'Europe » (France Info, le 2 octobre), que l'Irlande est « responsable de la paralysie » (lemonde.fr, le 3 octobre) ou que « Demain soir, la porte irlandaise pourrait bien s'ouvrir » (La Croix, le 2 octobre), on sous-entend que le traité de Lisbonne est une bonne chose, que l'UE l'est aussi et qu'aucune personne raisonnable ne saurait s'y opposer. De même, en mettant en « une » des titres comme « L'Europe attend l'Irlande » (Libération, le 2 octobre) ou « L'Europe attend le "oui" irlandais » (La Croix le 2 octobre), les rédactions semblent exprimer leur propre impatience et utilisent le terme « Europe » d'une façon ambiguë (16). En effet, que désigne-t-il ici sinon les partisans du traité de Lisbonne et plus largement ceux de l'Union européenne ?
Les mots choisis pour parler des défenseurs du « oui » possèdent toujours une connotation positive (17) alors que les nonistes, quels qu’ils soient, se retrouvent rapidement affublés des habituels anathèmes : « nationalistes », « populistes », « égoïstes », adeptes du « repli sur soi », etc. Ces méthodes grossières de dénigrement se pratiquent aussi par l’image. Le reportage que TF1 a consacré au référendum irlandais dans son journal de 20H du 2 octobre est « exemplaire » à cet égard. Le bref sujet arrivant en quatorzième position nous montre deux jolies jeunes filles distribuant des tracts en guise de partisans du « oui » alors que le visage du « non » est celui d’une dame moins avenante, à moitié hystérique, éructant contre l'avortement. Et quand les journalistes envisagent une deuxième victoire du « non », c'est toujours pour nous prédire un malheur : cela « discréditerait l'UE sur la scène internationale » (La Croix, le 2 octobre), cela « plongerait l'Europe dans une grande incertitude » (France Info, le 2 octobre), « l'UE resterait figée dans le traité de Nice » (Le Figaro, le 2 octobre), ce qui « empêche[rait] d’avoir une vraie impulsion politique » et provoquerait « une difficulté à avancer » (Le Parisien, le 2 octobre). Et comme « une gouvernance de l’Union plus efficace serait nécessaire » (La Croix, le 2 octobre), « Si le "oui" l'emporte [...], tous les espoirs sont permis » (Le Figaro, le 2 octobre). Dans l’esprit des partisans du « oui », c’est assez simple : le traité de Lisbonne et plus largement la construction européenne sont né-ce-ssai-res, ils ne sont donc pas négociables. Tout discours alternatif est censuré ou discrédité. Les médias cherchent sans cesse à donner l’impression que l’UE fait consensus tout en oubliant de préciser que s’il y a consensus, c’est entre les gouvernements des pays européens et pas entre les peuples et leur gouvernement respectif (à suivre).
Laurent Dauré _______________
NOTES
(1) Pour un rappel de leur comportement lors du référendum français de 2005, voir le livre de Henri Maler et Antoine Schwartz (pour Acrimed), Médias en campagne : retours sur le référendum de 2005, Syllepse, 2005.
(2) En juin 2009, le taux d’abstention moyen dans les pays de l’UE fut de 57,2 %. En France il atteignit le chiffre record de 59,4 %. Au lieu de s’interroger sur la signification d’une telle abstention, les médias préférèrent s’extasier sur la « performance » de la liste Europe Écologie et sur les déboires du MoDem.
(3) « Le duel Libération-Le Point », France Info, le 13 juin 2008.
(4) France Info, le 26 mai 2009.
(5) Émission « C dans l’air », « L’Irlande torpille l’Europe », France 5, le 13 juin 2008.
(6) « Le duel du week-end », France Info, le 21 juin 2008.
(7) Journal de 20H, France 2, le 2 octobre 2009.
(8) Pour mesurer le caractère délibéré du maquillage, voir l'article co-écrit par Dominique Guillemin et l’auteur, « Traité européen : Que s'est-il passé ? Du référendum de 2005 à la ratification de 2008 », mis en ligne le 18 février 2008 : www.legrandsoir.info/Traite-europeen-Que-s-est-il-passe-Du-referendum-de-2005-a-la.html.
(9) Pierre Rousselin, éditorial, Le Figaro, le 14-15 juin 2008.
(10) Laurence Jousserandot, France Info, le 2 octobre 2009.
(11) « Traité de Lisbonne : il est juste de poursuivre la ratification », Le Figaro, le 20 juin 2008.
(12) France Culture, le 25 avril 2009.
(13) Le Journal du Dimanche du 27 septembre, par exemple, ne disait pas un mot du second référendum irlandais. Le seul « événement » que la rubrique intitulée « À suivre cette semaine » mentionnait pour le vendredi 2 octobre était la présence de Michelle Obama à Copenhague « pour soutenir la candidature de Chicago dans l'attribution des Jeux olympiques de 2018 ».
(14) Le Monde, le 1er octobre 2009.
(15) Pour se faire une idée de l'infantilisation et de la culpabilisation que pratiquèrent les journalistes français à l'égard des électeurs irlandais, voir l’article de Denis Perais et Mathias Reymond, « Traité de Lisbonne : ces Irlandais d’où vient tout le mal », mis en ligne le 23 juin 2008 : www.acrimed.org/article2922.html.
(16) On remarquera à ce sujet que les journalistes – comme les dirigeants politiques – utilisent presque toujours le mot « Europe » pour parler en fait de l’Union européenne. C’est assez habile car il est moins commode de critiquer publiquement cette dernière quand on la pare du nom plus noble d’« Europe ».
(17) Il est assez cocasse de voir Libération (le 2 octobre) citer favorablement un évêque irlandais – Noel Treanor – pour montrer que même l’Église catholique approuve le traité de Lisbonne. Devant le Parlement irlandais, celui-ci avait dit : « le traité de Lisbonne n’altère pas la position légale sur l’avortement en Irlande. Un catholique peut, sans réserve et en bonne conscience, voter oui ».
merci d'abord pour votre fidélité à nous lire.
Vous aurez observé qu'il s'agit là d'une libre opinion, présentée comme telle, et argumentée.
Les opinions favorables, et très favorables au traité européen sont très largement exprimées partout dans la presse, ainsi que vous le savez. Celles qui ne le sont pas - et dont il est difficile de penser qu'elles devraient être muselées de ce seul chef - le sont infiniment moins, pour des raisons qui ne sont pas étrangères à l'opinion ici exprimée. Voilà pourquoi il nous a paru pertinent de la publier.
S'agissant enfin de la pensée de l'Eglise, il convient de rappeler que si l'Eglise accompagne un phénomène politique de fait pour en orienter les fins, il ne lui appartient aucunement de décider des choix politiques en tant que tels. Cela concerne un ordre temporel qu'il appartient à chaque citoyen, chrétien ou non, de déterminer. C'est assez, me semble-t-il, que des courants politiques cherchent à imposer des choix politiques comme étant démocratiquement nécessaires sans qu'il faille ajouter, de manière tout à fait abusive, qu'ils sont imposés par la foi ou la morale catholiques.
Il ne vous aura pas échappé, en revanche, que le Pape Benoît XVI, à l'occasion du cinquantenaire de la naissance de l'Europe, s'est montré extrêmement critique à l'égard de son évolution, marquée par "une singulière forme d'apostasie", en relevant qu'on "ne peut pas penser construire une vraie maison commune en négligeant l'identité propre des peuples de notre continent (...), une identité historique, culturelle et morale (...) constituée d'un ensemble de valeurs que le christianisme a aidé à forger". Le Pape a également ouvertement critiqué "le processus d'unification européenne (qui) n'est pas partagé par tous, à cause de l'impression diffuse que certains chapitres du projet sont écrits sans tenir compte des attentes des citoyens". C'est, en particulier, ce que critique le présent article lui aussi.
Loin, donc, de justifier le rejet d'une approche critique de la construction européenne qui s'opère, le Pape Benoît XVI en a appelé à une "nouvelle Europe", qui soit, celle-là, "réaliste mais non cynique".
Cordialement,
Pierre Gabarra
je suis étonnée par la réaction à cet article très fouillé.... at-il été lu ? la critique paraît justement justifiée par ce genre de réaction!!! circulez, y'a rien à voir rien à dire, et maintenant on voudrait nous faire avaler quoi, que c'est un dogme ?
Merci de ces précisions et de votre réponse à laquelle j'adhère : effectivement l'Europe n'est pas parfaite et il ne tient qu'à nous de l'influencer et de la faire évoluer. Le Saint père ne rejette ainsi pas la construction européenne invitant à la rendre plus humaine et juste.
J'ai bien compris que cet article est une libre opinion. Mais je note cependant avec intérêt que vous ne démentez pas le fait que l'article présente une faible pertinence pour proposer une critique des médias français sur un référendum irlandais. On connait les travers des médias français : mais là ils n'ont eu aucune influence...
Si vous me permettez une opinion, je préfèrerais une analyse des médias irlandais - pour pouvoir apprécier les raisons de l'adhésion des électeurs au traité -, une analyse des raisons pour lesquelles vous jugez ce traité scandaleux et/ou que vous proposiez des solutions ou des idées que l'on pourrait soumettre à des parlementaires européens, dont certains sont des catholiques courageux, afin de faire évoluer l'Europe dans un sens plus humain, juste et chrétien.
Merci de votre attention.
Cordialement.
je ne suis pas certain que votre adhésion porte exactement sur ma réponse. Vous déclarez : "il ne tient qu'à nous de l'influencer et de la faire évoluer (l'Europe)". C'est là une affirmation de principe dont il est légitime, à l'expérience de dizaines d'années de pratique, de contester l'étonnant optimisme. Qui est ce "nous" ? Et d'où tenez-vous que vous puissiez en rien la faire évoluer ?
Votre objection sur l'analyse des médias français m'échappe quelque peu. En quoi serait-il "peu pertinent" d'analyser, sur un problème qui intéresse l'Europe, les réactions de la presse française (qui appartient à l'Europe) au sujet de la signature par l'Irlande du fameux traité ? L'objection est d'autant plus faible que les mêmes mécanismes ont fonctionné en France à l'occasion de la même question de l'adoption du traité. Les mécanismes contestés s'appliquent donc certes à l'Irlande, en l'occurrence, mais ils ne sont pas spécifiquement irlandais. Ils sont spécifiques à la construction européenne elle-même, ce pourquoi leur analyse au travers de la presse française demeure pertinente.
En outre, ne pensez-vous pas qu'il serait plus logique que ce soit à vous, puisque vous contestez ce que l'auteur écrit, d'établir que ce qu'il écrit, par une analyse pourtant très documentée, est faux ? C'est là, me semble-t-il, la condition logique de toute argumentation sérieuse. Or, sur ce point, vous ne critiquez rien et restez en-deçà de ce qui est écrit, donnant ainsi à justifier, malgré vous sans doute, que c'est la question européenne elle-même qui est intouchable, selon le postulat d'un acquis prétendument démocratique (alors que la contestation de dérive lourdement antidémocratique est pourtant souvent présente) que rien n'autoriserait désormais à remettre en cause.
Ne sommes-nous pas là, sur ce terrain, dans l'idéologie pure ?
Cordialement
Pierre Gabarra
Merci de vos réponses.
Elles m'amènent cependant à considérer que, malgré vos précautions initiales, vous partagez bien l'avis de la libre opinion que vous hébergez en vos colonnes. Peu importe.
Je suis peut-être optimiste, mais il n'en reste pas moins que la politique menée en Europe est l'émanation du suffrage universel : par l'élection du parlement européen, d'une part, et par l'élection des gouvernements qui composent le conseil des ministres. Il s'agit des deux organes de décision réels de l'Europe. Et donc, en votant et en faisant pression sur nos élus, nous pouvons influencer la politique européenne, comme vous pensez apparemment (vu vos articles) que c'est possible au niveau national. C'est tout ce que je voulais dire et il ne me semble pas que cela soit absurde ou même "étonnant"... ou alors c'est la démocratie qui l'est...
En outre, le fait qu'une analyse soit "documentée" ne permet pas de dire qu'elle est pertinente. Les médias français sont à "sens unique sur l'Europe". Très bien et je suis prêt à en convenir. Une fois que l'on a dit cela qu'en tire-t-on comme conséquence ? sur le sens du référendum irlandais ? sur le sens de la construction européenne ? Rien, car ils n'ont pas eu d'influence sur ce référendum.
Personne n'a jamais dit que l'Europe était intouchable et il faut être sourd pour ne pas constater que de multiples critiques sont portées à son encontre, même dans la presse, et que des groupes de pression s'y attaquent. Et c'est ce qui me choque dans les articles de la veine de celui-là : le fait que les médias soient favorables majoritairement à l'Europe ne suffit pas à la discréditer par principe. Une fois de plus, je pense que c'est parce que vous êtes opposés à la construction européenne que vous utilisez un tel argument et faites ainsi feu de tout bois. Si les médias avaient été majoritairement en défaveur de l'Europe, je doute que vous l'ayiez relevé aussi aigrement...
Et je trouve dommage que vous soyez ainsi, vous aussi, un peu "à sens unique" sur l'Europe, car elle peut être une chance pour le continent, un terrain d'évangélisation et un enjeux important pour nous catholiques. Je pense qu'il faut donc dépasser ces critiques vaines et maintes fois ressassées (même si elles sont documentées) pour, comme vous le faites sur les sujets nationaux, entrer vraiment dans le débat européen et tenter d'y peser.
Cordialement.
La teneur de vos critiques, contradictoires, est assez étonnante, car elle donne le sentiment que vous n'avez pas vraiment lu l'article. Depuis le début vos critiques portent sur des éléments qui ne s'y trouvent pas, et quand il vous arrive, au détour d'une phrase, de parler de ce qui s'y trouve, c'est pour le traiter comme un élément accidentel alors que c'est l'objet même qui a défini le propos et la réflexion der l'auteur.
De quoi parle l'article ? De la manipulation de l'opinion en ces élections - pas seulement par la presse, comme vous le dites hâtivement, mais aussi par l'ensemble des acteurs politiques, y compris de premier rang au niveau européen. Très curieusement vous en êtes d'accord, même si vous paraissez peu sensible au fait politique tout de même troublant de cette manipulation d'ensemble. On s'attendrait donc à ce que vous approuviez au moins l'analyse ainsi faite, quitte à émettre des réserves. Mais non, contre toute cohérence, et bien que vous concédiez que le jugement porté sur l'objet de l'article soit vrai, vous tenez à soutenir que l'article est néanmoins faux.
En réalité, ce qui commande votre jugement, ce n'est pas l'objet de l'article, très curieusement encore, ce sont les positions de l'auteur sur l'Europe, que vous m'attribuez en passant de partager en des termes suggérant qu'il s'agirait quasiment d'une faute morale . "Je pense - ajoutez-vous - que c'est parce que vous êtes opposés à la construction européenne que vous utilisez un tel argument et faites ainsi feu de tout bois." Vous m'excuserez de relever en passant que c'est un étrange truisme. Il est difficile, en effet, d'imaginer que ce puisse être les "manipulateurs" d'opinion, qui militent jusqu'au mensonge en faveur de leurs choix politiques, qui apportent une critique des choix qu'ils entendent imposer.
Mais ce qui est plus révélateur c'est qu'au fond, vous n'admettez pas que l'on puisse être contre l'Europe. Votre opinion en vaut une autre, je vous le concède, mais elle s'exprime d'une manière qui justifie, malgré vous, l'analyse que vous critiquez. Car c'est l'expression d'une intolérance : il n'est pas admissible d'être contre l'Europe. Il n'est même pas admissible de dire ce dont vous êtes d'accord vous-même si ce jugement est assis sur une critique qui excède celle que vous jugez unilatéralement raisonnable. Vous invoquez la démocratie mais, au fond, ne peuvent prétendre y débattre que ceux qui sont d'accord avec vous. Les autres sont taxés de mauvaise foi, ils s'expriment "à sens unique", leurs critiques sont "vaines" et "aigres". La façon dont vous abordez ainsi les choses, hors sujet de l'article, est l'image très exacte dont la question européenne est partout posée.
Personnellement, je trouve sain que des échos différents puissent être entendus, et puissent passer par des analyses qui ne se payent pas de mots sur le "plus de démocratie" et autres slogans de ce genre.
Votre référence enfin au "terrain d'évangélisation" et aux "enjeux catholiques", pardonnez-moi, ne me paraît pas très sérieuse. L'Eglise n'est évidemment pas dépendante dans sa mission de quelque structure que ce soit et n'a pas attendu l'Europe institutionnelle pour évangéliser les peuples qui la composent. Evidemment qu'il y a "enjeux", mais en bonne partie parce que l'Europe que vous défendez les ont créés, par une uniformisation du relativisme moral et une déclinaison collective sans précédent de l'apostasie, dénoncée comme telle, je vous le rappelle, par le Pape Benoît XVI.
Cordialement
Pierre Gabarra
Je suis surpris de votre parti prix systématiquement anti-européen, qui n'est d'ailleurs pas en phase avec la pensée de l'Eglise, il me semble. L'Union européenne n'est pas mauvaise et a apporté beaucoup de bien sur le continent. Si sa politique doit évoluer, c'est aux électeurs de le dire et aux citoyens de faire pression, comme pour toute institution politique. Les choses ne sont pas figées contrairement à ce que vous semblez considérer.
Quant au vote irlandais, il est indiscutable que l'Europe "aurait eu du plomb dans l'aile" si le "non" l'avait emporté : et vous en auriez été ravis apparemment. Je vous signale tout de même que les irlandais ont librement et largement voté "oui" : c'est la démocratie. Dès lors, je crois que vos commentaires hargneux, et moins pertinents qu'habituellement, tiennent surtout au fait que vous êtes mécontents du résultat du référendum. D'ailleurs, est-il pertinent de parler des médias français (dont on connait les méthodes, je vous l'accorde) qui n'ont absolument pas eu d'influence sur le vote irlandais ? Je ne le crois pas...
Et bien moi, je suis ravis du vote irlandais et que l'Europe avance vers l'intégration et plus de démocratie.
Cordialement.