Par L'Equipe d'Hermas
Publié dans : Paroles du Saint Père - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Dans un récent discours, rapporté par l'Agence Zenit.org, le Pape Benoît XVI a
invité les 24 nouveaux cardinaux qu'il a créés, indique cette Agence, « à ne pas céder à la logique du pouvoir, mais à vivre leur engagement comme un service ».
Le pape a ainsi rappelé que « dans l'Eglise, personne n'est patron, mais tous sont appelés, tous sont envoyés, tous sont rejoints et guidés par la grâce divine », avant de rappeler les propos du Christ lui-même, affirmant n'être pas venu pour être servi mais pour servir, un « message qui vaut pour les Apôtres, qui vaut pour toute l'Eglise, qui vaut surtout pour ceux qui ont le devoir de guider le peuple de Dieu ».
« Ce n'est pas la logique de la domination, du pouvoir selon les critères humains, mais la logique de l'abaissement pour laver les pieds, la logique du service, la logique de la Croix qui est à la base de tout exercice d'autorité », a-t-il indiqué. « Depuis toujours l'Eglise a la tâche de se conformer à cette logique et d'en témoigner pour faire transparaître la vraie ‘domination de Dieu', celle de l'amour ». Pour cette raison, poursuit Zenit, Benoît XVI s'est adressé directement aux nouveaux cardinaux, observant que « la mission » à laquelle Dieu les appelle aujourd'hui et qui les rend aptes « à un service ecclésial encore plus chargé de responsabilité, demande une volonté toujours plus grande d'assumer le style du Fils de Dieu qui est venu au milieu de nous comme serviteur ».
Ce qui est vrai des cardinaux l'est en vérité de tout prêtre. La leçon, à l'expérience, est loin d'être inutile.
INTRODUCTION
(Dans cette reproduction, nous avons ôté toutes les notes)
1. « LA PAROLE DU SEIGNEUR demeure pour toujours. Or cette Parole, c’est
l’Évangile qui vous a été annoncé» (1 P 1, 25; cf. Is 40, 8). Avec cette expression de la première Lettre de saint Pierre, qui reprend les paroles du prophète Isaïe, nous sommes placés face au
Mystère de Dieu qui se communique lui-même par le don de sa Parole. Cette Parole, qui demeure pour toujours, est entrée dans le temps. Dieu a prononcé sa Parole éternelle de façon humaine; son
Verbe « s’est fait chair » (Jn 1, 14). C’est cela la Bonne Nouvelle. C’est l’annonce qui traverse les siècles, pour arriver jusqu’à nous aujourd’hui. (...) je désire indiquer quelques
lignes fondamentales pour une redécouverte, dans la vie de l’Église, de la Parole divine, source de renouvellement constant, souhaitant en même temps qu’elle devienne toujours plus le cœur de
toute activité ecclésiale.
Pour que notre joie soit parfaite
2. Je voudrais avant tout faire mémoire de la beauté attrayante de la rencontre renouvelée avec le Seigneur Jésus expérimentée au cours de l’Assemblée synodale. Pour cela, faisant écho à la voix des Pères, je m’adresse à tous les fidèles avec les paroles de saint Jean dans sa première Lettre: « Nous vous annonçons cette vie éternelle qui était auprès du Père et qui s’est manifestée à nous. Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Et nous, nous sommes en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus-Christ » (1 Jn 1, 2-3). L’Apôtre utilise les verbes entendre, voir, toucher et contempler (cf. 1 Jn 1, 1) le Verbe de Vie, puisque la Vie elle-même s’est manifestée dans le Christ. Et nous qui sommes appelés à la communion avec Dieu et entre nous, nous devons être des messagers de ce don. Dans cette perspective kérygmatique, l’Assemblée synodale a été pour l’Église et pour le monde un témoignage de la beauté de la rencontre avec la Parole de Dieu dans la communion ecclésiale. Par conséquent, j’exhorte tous les fidèles à refaire l’expérience de la rencontre personnelle et communautaire avec le Christ, Verbe de Vie qui s’est rendu visible, et à s’en faire les messagers pour que le don de la vie divine, la communion, s’étende toujours davantage dans le monde entier. En effet, participer à la vie de Dieu, Trinité d’Amour, est plénitude de joie (cf. 1 Jn 1, 4). Et c’est un don et une tâche incontournable de l’Église de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la Personne du Christ, Parole de Dieu présente au milieu de nous. Dans un monde qui souvent considère Dieu comme superflu ou lointain, nous confessons comme Pierre que lui seul a «les paroles de la vie éternelle» (Jn 6, 68). Il n’existe pas de priorité plus grande que celle-ci : ouvrir à nouveau à l’homme d’aujourd’hui l’accès à Dieu, au Dieu qui parle et qui nous commu- nique son amour pour que nous ayons la vie en abondance (cf. Jn 10, 10).
3. Avec la XIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des Évêques sur la Parole de Dieu, nous sommes conscients d’avoir pris pour thème, en un certain sens, le cœur même de la vie chrétienne, en continuité avec la précédente Assemblée synodale sur l’Eucharistie source et sommet de la vie et de la mission de l’Église. En effet, l’Église est fondée sur la Parole de Dieu, elle en naît et en vit. Tout au long des siècles de son histoire, le Peuple de Dieu a toujours trouvé en elle sa force et aujourd’hui encore la communauté ecclésiale grandit dans l’écoute, dans la célébration et dans l’étude de la Parole de Dieu. On doit reconnaître qu’au cours des dernières décennies la sensibilité de la vie ecclésiale sur ce thème s’est accrue, avec une attention particulière à la Révélation chrétienne, à la Tradition vivante et à la Sainte Écriture. À partir du pontificat du Pape Léon XIII, il y a eu un crescendo d’interventions tendant à faire prendre une plus grande conscience de l’importance de la Parole de Dieu et des études bibliques dans la vie de l’Église, et qui a culminé avec le Concile Vatican II, de façon particulière avec la promulgation de la Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum. Elle représente une borne milliaire sur le chemin ecclésial : « Les Pères synodaux reconnaissent avec gratitude les grands bénéfices apportés par ce document à la vie de l’Église, au point de vue exégétique, théologique, spirituel, pastoral et œcuménique». Au cours de ces années, la conscience de «l’horizon trinitaire, historique et salvifique de la Révélation » et la reconnaissance de Jésus-Christ, comme «le médiateur et la plénitude de toute la Révélation» ont particulièrement grandi. L’Église confesse sans cesse à toutes les générations que le Christ, «par toute sa présence et par toute la manifestation de lui-même, par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, mais surtout par sa mort et sa Résurrection glorieuse d’entre les morts, enfin par l’envoi de l’Esprit de vérité, achève la Révélation en l’accomplissant ».
La grande impulsion que la Constitution dogmatique Dei Verbum a donnée à la redécouverte de la Parole de Dieu dans la vie de l’Église, à la réflexion théologique sur la Révélation divine et à l’étude de la Sainte Écriture, est connue de tous. Nombreuses ont aussi été les interventions du Magistère ecclésial en ces matières au cours des quarante dernières années. Avec la célébration de ce Synode, l’Église, dans la conscience de la continuité de son propre parcours sous la conduite de l’Esprit Saint, s’est sentie appelée à approfondir davantage le thème de la Parole divine, à la fois pour vérifier la mise en œuvre des indications conciliaires, et pour faire face aux nouveaux défis que le temps présent lance à ceux qui croient dans le Christ.
Le Synode des Évêques sur la Parole de Dieu
4. Durant la XIIe Assemblée synodale, des Pasteurs provenant du monde entier se sont réunis autour de la Parole de Dieu et ont symboliquement mis au centre de l’Assemblée le texte de la Bible pour redécouvrir ce que dans le quotidien nous risquons de considérer comme allant de soi : le fait que Dieu nous parle et répond à nos demandes. Nous avons écouté et célébré ensemble la Parole du Seigneur. Nous nous sommes raconté mutuellement ce que le Seigneur accomplit au sein du Peuple de Dieu, partageant ses espérances et ses préoccupations. Tout cela nous a rendus conscients que nous ne pouvons approfondir notre relation avec la Parole de Dieu qu’à partir du « nous » de l’Église, dans l’écoute et dans l’accueil réciproque. De là, jaillit la gratitude pour les témoignages sur la vie ecclésiale dans les diverses régions du monde, qui ressortent des différentes interventions dans l’aula. De la même manière, il fut émouvant d’écouter les Délégués fraternels, qui ont accueilli l’invitation à participer à la rencontre synodale. Je pense en particulier à la méditation que nous a offerte Sa Sainteté Bartholoméos Ier, Patriarche œcuménique de Constantinople, pour laquelle les Pères synodaux ont exprimé une profonde reconnaissance. En outre, pour la première fois, le Synode des Évêques a voulu inviter un Rabbin pour qu’il nous donne un précieux témoignage sur les Saintes Écritures juives, qui justement font partie de nos Saintes Écritures.
Nous avons pu ainsi constater avec joie et gratitude que «dans l’Église, il existe une Pentecôte également aujourd’hui – c’est-à-dire qu’elle parle dans plusieurs langues. Non seulement extérieurement toutes les grandes langues du monde sont représentées en son sein, mais il y existe un sens plus profond encore : en elle, sont présents les multiples modes de l’expérience de Dieu et du monde, la richesse des cultures. Ce n’est qu’ainsi qu’apparaît toute l’étendue de l’existence humaine et, à partir d’elle, l’étendue de la Parole de Dieu ». Nous avons pu constater aussi que la Pentecôte est encore ‘en chemin’; différents peuples attendent encore que la Parole de Dieu soit annoncée dans leur langue et dans leur culture.
Ensuite, comment ne pas se souvenir que, durant tout le Synode, le témoignage de l’Apôtre Paul nous a accompagnés ! Il a été providentiel, en effet, que la XIIe Assemblée générale ordinaire se soit tenue au cours de l’année consacrée à la figure du grand Apôtre des Gentils, à l’occasion du bi-millénaire de sa naissance. Son existence a été totalement caractérisée par le zèle pour la diffusion de la Parole de Dieu. Comment ne pas entendre dans notre cœur l’écho de ses paroles vibrantes se référant à sa mission de messager de la Parole divine : « tout cela, je le fais à cause de l’Évangile » (1Co 9, 23) ; «Je n’ai pas honte d’être au service de l’Évangile – écrit-il dans la Lettre aux Romains – car il est la puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui est devenu croyant » (1, 16). Quand nous réfléchissons sur la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l’Église, nous ne pouvons pas ne pas penser à saint Paul et à sa vie donnée pour faire entendre à tous l’annonce du salut du Christ.
Le Prologue de l’Évangile de Jean comme guide
5. Par cette Exhortation apostolique, je désire que les acquis du Synode influencent efficacement la vie de l’Église : dans la relation personnelle avec les Saintes Écritures, dans leur interprétation au cours de la liturgie et dans la catéchèse, de même que dans la recherche scientifique, afin que la Bible ne demeure pas une Parole du passé, mais une Parole vivante et actuelle. Dans ce but j’entends présenter et approfondir les résultats du Synode en faisant une référence constante au Prologue de l’Évangile de Jean (Jn 1, 1-18), dans lequel nous est communiqué le fondement de notre vie : le Verbe, qui depuis le commencement est auprès de Dieu, s’est fait chair et a habité parmi nous (cf. Jn 1, 14). Il s’agit d’un texte admirable, qui offre une synthèse de toute la foi chrétienne. De cette expérience personnelle que fut pour lui la rencontre du Christ et l’engagement à sa suite, Jean, que la Tradition identifie au «disciple que Jésus aimait» (Jn 13, 23 ; 20, 2 ; 21, 7.20), « a tiré une certitude in- time : Jésus est la Sagesse de Dieu incarnée, il est sa Parole éternelle qui s’est faite homme sujet à la mort ». Que celui qui « vit et crut » (Jn 20, 8) nous aide nous aussi à appuyer notre tête sur la poitrine du Christ (cf. Jn 13, 25), d’où ont jailli du sang et de l’eau (cf. Jn 19, 34), symboles des Sacrements de l’Église. Suivant l’exemple de l’Apôtre Jean et des autres auteurs inspirés, laissons-nous guider par l’Esprit Saint afin de pouvoir aimer toujours plus la Parole de Dieu.
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Extraits de l’allocution du Pape Benoît XVI - dimanche 10 octobre 2010
« Le mois d'octobre est dit le mois du Rosaire. Il s'agit, pour ainsi dire, d'une "intonation spirituelle" donnée
de la mémoire liturgique de la Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire, qu'on célèbre le 7.
« Nous sommes donc invités à nous laisser guider par Marie dans cette prière ancienne et toujours nouvelle, qui lui est particulièrement chère parce qu'elle mène directement à Jésus, contemplé dans ses mystères de salut : joyeux, lumineux, douloureux et glorieux.
« Sur les traces du Vénérable Jean-Paul II (cfr Lett. ap. Rosarium Virginis Mariae), je voudrais rappeler que le Rosaire est une prière biblique, toute remplie de la Sainte Écriture. Elle est une prière du cœur, dans laquelle la répétition de l' "Ave Maria" oriente la pensée et l'affection vers le Christ, et se fait ainsi prière confiante à sa et à notre Mère. C'est une prière qui aide à méditer la Parole de Dieu et à assimiler la Communion Eucharistique, sur le modèle de Marie qui gardait dans son cœur tout ce que Jésus faisait et disait, et même sa présence ».
Discours à Édimbourg aux autorités britanniques
Source : Saint-Siège (Traduction de la Salle de presse du Saint-Siège)
Majesté,
Merci pour votre aimable invitation à effectuer une visite officielle au Royaume-Uni et pour vos mots chaleureux de bienvenue au nom du peuple britannique. Tout en
remerciant Votre Majesté, permettez-moi d’étendre mes salutations personnelles à l’ensemble du peuple du Royaume-Uni et de tendre une main amicale vers chacun.
C’est un grand plaisir pour moi de commencer mon séjour en saluant les membres de la Famille Royale, remerciant en particulier Son Altesse Royale le Duc d’Édimbourg
pour l’accueil cordial qu’il m’a réservé à l’aéroport d’Édimbourg. J’exprime ma gratitude aux Gouvernements, actuel et précédent, de Votre Majesté ainsi qu’à tous ceux qui ont travaillé avec eux
pour rendre possible cette visite, entre autres Lord Patten et Monsieur Murphy, l’ancien Secrétaire d’État. En outre, j’apprécie avec une profonde gratitude le travail sur le Saint-Siège accompli
par le Groupe parlementaire All-Party. Il a beaucoup contribué au renforcement des relations amicales entre le Saint-Siège et le Royaume-Uni.
Alors que je commence ma visite au Royaume-Uni dans la capitale historique de l’Écosse, je salue d’une manière particulière le Premier Ministre Salmond et les
représentants du Parlement écossais. Tout comme les Assemblées du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord, puisse le Parlement écossais se préoccuper toujours d’être une expression des belles
traditions et de la culture spécifique des Écossais, et s’efforcer de servir leurs intérêts supérieurs dans un esprit de solidarité et de souci du bien commun.
Le nom de Holyroodhouse, résidence officielle de Votre Majesté en Écosse, rappelle la ‘Sainte Croix’ et indique les profondes racines chrétiennes qui restent
présentes dans toutes les strates de la vie britannique. Les monarques d’Angleterre et d’Écosse ont été chrétiens très tôt, et on compte parmi eux des saints exceptionnels comme Édouard le
Confesseur et Marguerite d’Écosse. Comme Vous le savez, beaucoup parmi eux ont exercé consciencieusement leur souverain devoir à la lumière de l’Évangile, et, ils ont ainsi façonné très
profondément la nation vers le bien. Le message chrétien est ainsi devenu partie intégrante de la langue, de la pensée et de la culture des populations de ces îles depuis plus de mille ans. Le
respect de vos ancêtres pour la vérité et la justice, pour la miséricorde et la charité qui vous a été transmis vient d’une foi qui reste une force puissante pour le bien dans Votre royaume, au
grand bénéfice des chrétiens comme des non-chrétiens.
Nous trouvons plusieurs exemples de cette tension vers le bien à travers la longue histoire de la Grande-Bretagne. Même en des périodes relativement récentes, grâce
à des personnalités comme William Willberforce et David Livingstone, la Grande-Bretagne est intervenue directement dans l’abolition du commerce international des esclaves. Inspirées par leur foi,
des femmes comme Florence Nightingale, ont servi les pauvres et les malades et ont créé de nouveaux modèles de soins médicaux, qui, par la suite, ont été imités partout. John Henry Newman, dont
je célébrerai bientôt la béatification, fut un des nombreux chrétiens britanniques de cette époque, dont la bonté, l’éloquence et l’action ont fait honneur aux hommes et aux femmes de leur pays.
Ces personnalités, et tant d’autres encore, étaient inspirées par une foi profonde qu’ils avaient reçue et nourrie dans ces îles.
Même dans notre propre vie, nous pouvons nous rappeler combien la Grande-Bretagne et ses dirigeants ont combattu la tyrannie nazie qui cherchait à éliminer Dieu de
la société, et qui niait notre commune humanité avec beaucoup jugés indignes de vivre, en particulier les Juifs. J’évoque aussi l’attitude du régime envers des pasteurs et des religieux chrétiens
qui ont défendu la vérité dans l’amour en s’opposant aux Nazis et qui l’ont payé de leurs vies. En réfléchissant sur les leçons dramatiques de l’extrémisme athée du XXème siècle, n’oublions
jamais combien exclure Dieu, la religion et la vertu de la vie publique, conduit en fin de compte à une vision tronquée de l’homme et de la société, et ainsi à « une vision réductrice de la
personne et de sa destinée » (Caritas in Veritate, n. 29).
Il y a 65 ans, la Grande-Bretagne joua un rôle essentiel en suscitant le consensus international de l’après-guerre qui favorisa la création des Nations-Unies et
inaugura une période de paix et de prospérité jusqu’alors inconnue en Europe. Plus récemment, la communauté internationale a suivi de près les événements en Irlande du Nord qui ont conduit à la
signature de ‘l’Accord du Vendredi Saint’ et à la délégation des pouvoirs à l’Assemblée de l’Irlande du Nord. Le Gouvernement de Votre Majesté et le Gouvernement de l’Irlande, en collaboration
avec les dirigeants politiques, religieux et civils de l’Irlande du Nord, ont aidé à donner naissance à une résolution pacifique de ce conflit. J’encourage tous ceux qui y sont impliqués à
continuer de marcher ensemble courageusement sur le chemin déjà tracé vers une paix juste et durable.
En regardant vers l’étranger, le Royaume-Uni demeure une réalité importante politiquement et économiquement sur la scène internationale. Votre Gouvernement et votre
peuple ont forgé des idées qui ont encore un impact bien au-delà des Îles britanniques. Cela leur confère le devoir particulier d’agir avec sagesse en vue du bien commun. De même, parce que leurs
opinions atteignent une audience aussi large, les médias britanniques ont une responsabilité plus lourde que la plupart des autres médias, et une plus grande opportunité pour promouvoir la paix
entre les nations, le développement intégral des pays et la propagation d’authentiques droits de l’homme. Puissent tous les Britanniques continuer d’être animés par ces valeurs d’honnêteté, de
respect et d’impartialité qui leur ont mérité l’estime et l’admiration de beaucoup !
Aujourd’hui, le Royaume-Uni s’efforce d’être une société moderne et multiculturelle. Dans ce noble défi puisse-t-il garder toujours son respect pour les valeurs
traditionnelles et les expressions de la culture que des formes plus agressives de sécularisme n’estiment ni ne tolèrent même plus ! Qu’il n’enfouisse pas les fondements chrétiens qui
sous-tendent ses libertés ; puisse aussi ce patrimoine qui a toujours servi le bien de la nation, inspirer constamment l’exemple que Votre Gouvernement et Votre peuple donne aux deux milliards de
membres du Commonwealth et à la grande famille des nations de langue anglaise à travers le monde !
Que Dieu bénisse Votre Majesté et le peuple tout entier de votre royaume. Merci.
RADIO-VATICAN - Le Pape Benoît XVI a choisi le thème «La liberté religieuse, chemin de la paix» pour la 44e Journée Mondiale de la Paix qui sera célébrée le 1er janvier 2011. Le Bureau de presse du Saint-Siège a rendu public la nouvelle dans un communiqué ce mardi.
Le pape veut ainsi mettre l’accent sur toutes les formes de limitation ou de négation de la liberté religieuse, sur toutes les formes de discrimination et de marginalisation fondées sur la religion, jusqu’à la persécution et à la violence contre les minorités. Le pape souligne ainsi que la liberté religieuse est la liberté des libertés. Ce modèle doit permettre, selon le communiqué, d’exclure la religiosité du fondamentalisme, de la manipulation et de l’exploitation de la vérité. Car tout ce qui s’oppose à la dignité de l’homme, s’oppose à la recherche de la vérité et ne peut être considéré comme liberté religieuse.
Comme l'a affirmé Benoît XVI lui-même à l'Assemblée générale des Nations Unies : "Les droits de l'homme doivent évidemment inclure le droit à la liberté religieuse, comprise comme l'expression d'une dimension à la fois individuelle et communautaire, perspective qui fait ressortir l'unité de la personne tout en distinguant clairement entre la dimension du citoyen et celle du croyant".
Mon intention était de communiquer quelques passages de l’homélie qu’a prononcée notre Saint-Père le Pape Benoît XVI, à l’occasion de l’ordination sacerdotale de 14 prêtres, dans la Basilique Saint-Pierre, le dimanche 20 juin dernier. Des ennuis techniques ne m’ont pas permis de les envoyer à temps à Hermas. Mais étant donné l’importance qu’attribue le Saint-Père aux prêtres, la pupille de ses yeux, et dans la ligne de l’Année Sacerdotale, le Pape Benoît XVI insiste sur la grandeur du Sacerdoce, du ministère sacerdotal, sur la place du Saint Sacrifice de la Messe dans la vie du prêtre, sur la sainteté du prêtre, et sur les qualités que le Seigneur attend de ses prêtres, qu’il a choisis pour porter sa Bonne Nouvelle et le rendre présent aujourd’hui, afin de donner la vie aux fidèles et au monde entier.
Voici les principaux extraits de cette homélie, que nous, prêtres, nous sommes tous invités à méditer et à mettre en pratique ; et que les fidèles, pour leur part, devant un tel don et une telle responsabilités, aient à cœur, et considèrent comme un devoir, de prier pour la sanctification de leurs prêtres.
« L’Eglise compte sur vous, elle compte beaucoup sur vous! L’Eglise a besoin de chacun de vous, étant consciente des dons que Dieu vous offre et, en même temps, de la nécessité absolue du cœur de chaque homme de rencontrer le Christ, sauveur unique et universel du monde, pour recevoir de lui la vie nouvelle et éternelle, la véritable liberté et la pleine joie. Nous nous sentons alors tous invités à entrer dans le «mystère», dans l’événement de grâce qui se réalise dans vos cœurs avec l’ordination sacerdotale, en nous laissant illuminer par la Parole de Dieu qui a été proclamée…
L’Evangile que nous avons écouté nous présente un moment significatif du chemin de Jésus, où il demande à ses disciples ce que les gens pensent de lui et comment eux-mêmes le jugent. Pierre répond au nom des Douze par une profession de foi, qui se différencie de manière substantielle de l’opinion que les personnes ont sur Jésus; il affirme en effet: Tu es le Messie de Dieu (cf. 9, 20). D’où naît cet acte de foi? Si nous revenons au début du passage évangélique, nous constatons que la confession de Pierre est liée à un moment de prière: «Un jour Jésus priait à l’écart. Ses disciples étaient là» dit saint Luc (9, 18). C’est-à-dire que les disciples participent à la manière d’être et de parler absolument unique de Jésus avec le Père. Et ainsi, il leur est permis de voir le Maître au plus profond de sa condition de Fils, il leur est permis de voir ce que les autres ne voient pas; du fait d’«être avec Lui», de «se trouver avec Lui» en prière, découle une connaissance qui va au-delà des opinions des personnes, pour parvenir à l’identité profonde de Jésus, à la vérité. Il nous est ici fournie une indication bien précise pour la vie et la mission du prêtre: dans la prière, il est appelé a redécouvrir le visage toujours nouveau de son Seigneur et le contenu le plus authentique de sa mission. Seul celui qui a une relation profonde avec le Seigneur est saisi par Lui, peut l’apporter aux autres, peut être envoyé. Il s’agit d’une façon de «rester avec Lui» qui doit toujours accompagner l’exercice du ministère sacerdotal; elle doit en être la partie centrale, également et surtout lors des moments difficiles, lorsqu’il semble que les «choses à faire» doivent avoir la priorité. Où que nous nous trouvions, quoi que nous fassions, nous devons toujours «demeurer avec Lui ».
« Je voudrais souligner un deuxième élément de l’Evangile d’aujourd’hui. Immédiatement après la profession de Pierre, Jésus annonce sa passion et sa résurrection et il fait suivre cette annonce par un enseignement qui concerne le chemin des disciples, qui est de le suivre, Lui le Crucifié, de le suivre sur le chemin de la croix. Et il ajoute ensuite — avec une expression paradoxale — qu’être un disciple signifie «se perdre soi-même», mais pour se retrouver pleinement soi-même (cf. Lc 9, 22-24). Qu’est-ce que cela signifie pour chaque chrétien, mais surtout qu’est-ce que cela signifie pour un prêtre? La «sequela», mais nous pourrions tranquillement dire: le sacerdoce, ne peut jamais représenter un moyen pour atteindre la sécurité dans la vie ou pour parvenir à une position sociale. Celui qui aspire au sacerdoce pour accroître son prestige personnel et son pouvoir personnel a mal compris à sa racine le sens de ce ministère. Celui qui veut surtout réaliser sa propre ambition, atteindre son propre succès sera toujours l’esclave de lui-même et de l’opinion publique. Pour être considéré, il devra aduler; il devra dire ce qui plaît au gens; il devra s’adapter aux changements des modes et des opinions et ainsi, il se privera du rapport vital avec la vérité, se réduisant à condamner demain ce qu’il aura loué aujourd’hui. Un homme qui établit ainsi sa vie, un prêtre qui voit son ministère en ces termes, n’aime pas vraiment Dieu et les autres, mais seulement lui-même et, paradoxalement, il finit par se perdre lui-même. Le sacerdoce — rappelons-le toujours — se fonde sur le courage de dire oui à une autre volonté, dans la conscience, qu’il faut faire croître chaque jour, que c’est précisément en se conformant à la vérité de Dieu, «plongés» dans cette volonté, que non seulement notre originalité ne sera pas effacée, mais, au contraire, que nous entrerons toujours davantage dans la vérité de notre être et de notre ministère.
Très chers ordinands, je voudrais proposer à votre réflexion une troisième pensée, étroitement liée à celle que je viens de présenter: l’invitation de Jésus à se «perdre soi-même», à se charger de la croix, rappelle le mystère que nous célébrons: l’Eucharistie. Aujourd’hui, avec le sacrement de l’Ordre, il vous est donné de présider l’Eucharistie! C’est à vous qu’est confié le sacrifice rédempteur du Christ, c’est à vous qu’est confié son corps donné et son sang versé. Jésus offre bien sûr son sacrifice, son don d’amour humble et total à l’Eglise son Epouse, sur la Croix. C’est sur ce bois que le grain de blé que le Père a laissé tomber dans le champ du monde meurt pour devenir fruit mûr, dispensateur de vie. Mais, dans le dessein de Dieu, ce don du Christ est rendu présent dans l’Eucharistie grâce à cette potestas sacra que le sacrement de l’Ordre vous confère à vous qui êtes prêtres. Lorsque nous célébrons la Messe, nous tenons entre nos mains le pain du Ciel, le pain de Dieu, qui est le Christ, le grain de blé rompu pour se multiplier et devenir la véritable nourriture de la vie pour le monde. Il s’agit de quelque chose qui ne peut que vous remplir d’un profond émerveillement, d’une vive joie et d’une immense gratitude: désormais l’amour et le don du Christ crucifié et glorieux passent à travers vos mains, votre voix, votre cœur! Il s’agit d’une nouvelle et merveilleuse expérience que de voir qu’à travers mes mains, à travers ma voix, le Seigneur accomplit le mystère de sa présence! Comment alors ne pas prier le Seigneur pour qu’il vous donne une conscience toujours attentive et enthousiaste de ce don, qui est placé au centre de votre être de prêtre! Pour qu’il vous donne la grâce de savoir faire l’expérience, en profondeur, de toute la beauté et de la force de votre service sacerdotal et, dans le même temps, la grâce de pouvoir vivre ce ministère avec cohérence et générosité chaque jour. La grâce du sacerdoce, qui vous sera donnée dans quelques instants, vous reliera intimement, et même structurellement, à l’Eucharistie. C’est pourquoi elle vous reliera au plus profond de votre cœur aux sentiments de Jésus qui aime jusqu’au bout, jusqu'au don total de soi, à son être pain multiplié pour le saint banquet de l’unité et de la communion. Telle est l’effusion de Pentecôte de l’Esprit Saint, destinée à enflammer votre âme avec l’amour même du Seigneur Jésus. C’est une effusion qui, alors qu’elle manifeste l’absolue gratuité du don, grave dans votre être une loi indélébile — la loi nouvelle, une loi qui vous pousse à insérer et à faire refleurir dans le tissu concret des attitudes et des gestes de votre vie de chaque jour l’amour même du don du Christ crucifié. Ecoutons à nouveau la voix de l’apôtre Paul, ou plutôt reconnaissons même dans cette voix la voix puissante de l’Esprit Saint: «En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ» (Ga 3, 27). Déjà par le Baptême, et à présent en vertu du sacrement de l’Ordre, vous vous revêtez du Christ. Que le soin pour la célébration eucharistique soit toujours accompagné par l’engagement pour une vie eucharistique, c’est-à-dire vécue dans l’obéissance à une unique grande loi, celle de l’amour qui se donne dans sa totalité et qui sert avec humilité, une vie que la grâce de l’Esprit Saint rend toujours plus ressemblante à celle de Jésus Christ, Prêtre suprême et éternel, serviteur de Dieu et des hommes.
« Que Marie, la servante du Seigneur, qui a conformé sa volonté à celle de Dieu, qui a engendré le Christ en le donnant au monde, qui a suivi son Fils jusqu’au pied de la Croix dans l’acte d’amour suprême, vous accompagne chaque jour de votre vie et de votre ministère. Grâce à l’affection de cette Mère tendre et forte, vous pourrez être joyeusement fidèles à la consigne qui, en tant que prêtres, vous est donnée aujourd’hui: celle de vous conformer au Christ Prêtre, qui a su obéir à la volonté du Père et aimer l’homme jusqu’au bout. »
SAINT THOMAS APOTRE– CATECHESES DU SAINT-PERE ( 27 septembre 2006)
L’Eglise célèbre la fête de Saint Thomas le 3 juillet. Avant la réforme liturgique de 1969, elle était célébrée le 21 décembre, qui tombe maintenant dans les jours privilégiés du temps de l’Avent. Mais elle est toujours célébrée à cette date par les Communautés couvents et abbayes qui célèbrent normalement selon rite tridentin. Au moment de l’Elévation de l’Hostie et du Calice, il nous était recommandé de dire les paroles prononcées par Saint Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu », « Dominus meus et Deux meus », pour exprimer notre foi en la Présence Réelle, alors que nous ne voyons que du pain, et le calice : c’est manifester ainsi notre foi, comme l’e disait Jésus : « Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu ». Il faut reprendre cette invocation, et l’enseigner aux enfants dès leur plus jeune âge.
Chers frères et soeurs,
Poursuivant nos rencontres avec les douze Apôtres choisis directement par Jésus, nous consacrons aujourd'hui notre attention à Thomas. Toujours présent dans les quatre listes établies par le Nouveau Testament, il est placé dans les trois premiers Evangiles, à côté de Matthieu (cf. Matthieu 10, 3; Mac 3, 18; Luc 6, 15), alors que dans les Actes, il se trouve près de Philippe (cf. Actes 1, 13). Son nom dérive d'une racine juive, ta'am, qui signifie "apparié, jumeau". En effet, l'Evangile de Jean l'appelle plusieurs fois par le surnom de "Didyme" (cf. Jean11, 16; 20, 24; 21, 2), qui, en grec, signifie précisément "jumeau". La raison de cette dénomination n'est pas claire.
Le Quatrième Evangile, en particulier, nous offre plusieurs informations qui décrivent certains traits significatifs de sa personnalité. La première concerne l'exhortation qu'il fit aux autres Apôtres lorsque Jésus, à un moment critique de sa vie, décida de se rendre à Béthanie pour ressusciter Lazare, s'approchant ainsi dangereusement de Jérusalem (cf. Marc 10, 32). A cette occasion, Thomas dit à ses condisciples: "Allons-y nous aussi, pour mourir avec lui!" (Jean 11, 16). Sa détermination à suivre le Maître est véritablement exemplaire et nous offre un précieux enseignement: elle révèle la totale disponibilité à suivre Jésus, jusqu'à identifier son propre destin avec le sien et à vouloir partager avec Lui l'épreuve suprême de la mort. En effet, le plus important est de ne jamais se détacher de Jésus. D'ailleurs, lorsque les Evangiles utilisent le verbe "suivre" c'est pour signifier que là où Il se dirige, son disciple doit également se rendre. De cette manière, la vie chrétienne est définie comme une vie avec Jésus Christ, une vie à passer avec Lui. Saint Paul écrit quelque chose de semblable, lorsqu'il rassure les chrétiens de Corinthe de la façon suivante: "Vous êtes dans nos coeurs à la vie et à la mort" (2 Co 7, 3). Ce qui a lieu entre l'Apôtre et ses chrétiens doit, bien sûr, valoir tout d'abord pour la relation entre les chrétiens et Jésus lui-même: mourir ensemble, vivre ensemble, être dans son coeur comme Il est dans le nôtre.
Une deuxième intervention de Thomas apparaît lors de la Dernière Cène. A cette occasion, Jésus, prédisant son départ imminent, annonce qu'il va préparer une place à ses disciples pour qu'ils aillent eux aussi là où il se trouve; et il leur précise : "Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin" (Jean14, 4). C'est alors que Thomas intervient en disant : "Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin?" (Jean 14, 5). En réalité, avec cette phrase, il révèle un niveau de compréhension plutôt bas; mais ses paroles fournissent à Jésus l'occasion de prononcer la célèbre définition : "Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie" (Jean 14, 6). C'est donc tout d'abord à Thomas que cette révélation est faite, mais elle vaut pour nous tous et pour tous les temps. Chaque fois que nous entendons ou que nous lisons ces mots, nous pouvons nous placer en pensée aux côtés de Thomas et imaginer que le Seigneur nous parle à nous aussi, comme Il lui parla. Dans le même temps, sa question nous confère à nous aussi le droit, pour ainsi dire, de demander des explications à Jésus. Souvent, nous ne le comprenons pas. Ayons le courage de dire : je ne te comprends pas, Seigneur, écoute-moi, aide-moi à comprendre. De cette façon, avec cette franchise qui est la véritable façon de prier, de parler avec Jésus, nous exprimons la petitesse de notre capacité à comprendre et, dans le même temps, nous nous plaçons dans l'attitude confiante de celui qui attend la lumière et la force de celui qui est en mesure de les donner.
Très célèbre et même proverbiale est ensuite la scène de Thomas incrédule, qui eut lieu huit jours après Pâques. Dans un premier temps, il n'avait pas cru à l'apparition de Jésus en son absence et il avait dit: "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté; non, je ne croirai pas!" (Jean 20, 25). Au fond, ces paroles laissent apparaître la conviction que Jésus est désormais reconnaissable non pas tant par son visage que par ses plaies. Thomas considère que les signes caractéristiques de l'identité de Jésus sont à présent surtout les plaies, dans lesquelles se révèle jusqu'à quel point Il nous a aimés. En cela, l'Apôtre ne se trompe pas. Comme nous le savons, huit jours après, Jésus réapparaît parmi ses disciples, et cette fois, Thomas est présent. Jésus l'interpelle : "Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main, et mets-la dans mon côté: cesse d'être incrédule, sois croyant" (Jean 20, 27). Thomas réagit avec la plus splendide profession de foi de tout le Nouveau Testament : "Mon Seigneur et mon Dieu!" (Jean 20, 28). A ce propos, saint Augustin commente : Thomas "voyait et touchait l'homme, mais il confessait sa foi en Dieu, qu'il ne voyait ni ne touchait. Mais ce qu'il voyait et touchait le poussait à croire en ce que, jusqu'alors, il avait douté" (In Iohann. 121, 5). L'évangéliste poursuit par une dernière parole de Jésus à Thomas : "Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu" (Jean 20, 29). Cette phrase peut également être mise au présent: "Heureux ceux qui croient sans avoir vu". Quoi qu'il en soit, Jésus annonce un principe fondamental pour les chrétiens qui viendront après Thomas, et donc pour nous tous. Il est intéressant d'observer qu'un autre Thomas, le grand théologien médiéval d'Aquin, rapproche de cette formule de béatitude celle apparemment opposée qui est rapportée par Luc : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez" (Lc 10, 23). Mais saint Thomas d'Aquin commente : "Celui qui croit sans voir mérite bien davantage que ceux qui croient en voyant (In Johann. XX lectio,VI 2566). En effet, la Lettre aux Hébreux, rappelant toute la série des anciens Patriarches bibliques, qui crurent en Dieu sans voir l'accomplissement de ses promesses, définit la foi comme "le moyen de posséder déjà ce qu'on espère, et de connaître des réalités qu'on ne voit pas" (11, 1). Le cas de l'Apôtre Thomas est important pour nous au moins pour trois raisons: la première, parce qu'il nous réconforte dans nos incertitudes; la deuxième, parce qu'il nous démontre que chaque doute peut déboucher sur une issue lumineuse au-delà de toute incertitude; et, enfin, parce que les paroles qu'il adresse à Jésus nous rappellent le sens véritable de la foi mûre et nous encouragent à poursuivre, malgré les difficultés, sur notre chemin d'adhésion à sa personne.
Une dernière annotation sur Thomas est conservée dans le Quatrième Evangile, qui le présente comme le témoin du Ressuscité lors du moment qui suit la pêche miraculeuse sur le Lac de Tibériade (cf. Jean 21, 2). En cette occasion, il est même mentionné immédiatement après Simon-Pierre: signe évident de la grande importance dont il jouissait au sein des premières communautés chrétiennes. En effet, c'est sous son nom que furent ensuite écrits les Actes et l'Evangile de Thomas, tous deux apocryphes, mais tout de même importants pour l'étude des origines chrétiennes. Rappelons enfin que, selon une antique tradition, Thomas évangélisa tout d'abord la Syrie et la Perse (c'est ce que réfère déjà Origène, rapporté par Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. 3, 1), se rendit ensuite jusqu'en Inde occidentale (cf. Actes de Thomas 1-2 et 17sqq), d'où il atteignit également l'Inde méridionale. Nous terminons notre réflexion dans cette perspective missionnaire, en formant le voeu que l'exemple de Thomas corrobore toujours davantage notre foi en Jésus Christ, notre Seigneur et notre Dieu.
Saint Thomas, évangélisation,office, prières
(cf. Dom Guéranger, année liturgique)
En l'Office des Laudes, la voix de l'Eglise fait retentir aujourd'hui cet avis solennel (quand la fête est célébrée le 21 décembre)
« Nolite timere : quinta enim die veniet ad vos Dominus noster ».
« Ne craignez point : notre Seigneur viendra à vous dans cinq jours ».
Evangélisateur
Thomas Apôtre, appelé aussi Didyme, était de Galilée Après avoir reçu le Saint-Esprit, il alla prêcher l'Evangile en beaucoup de provinces. Il enseigna les préceptes de la foi et de la vie chrétienne aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hircaniens et aux Bactriens. Il se dirigea en dernier lieu vers les Indes, dont il instruisit les peuples dans la religion chrétienne. En ce pays, il se fit admirer de toute monde par la sainteté de sa vie et de sa doctrine et par l'éclat de ses miracles, et il alluma grandement l'amour de Jésus-Christ dans les cœurs. Le roi de la contrée s'enflamma de colère ; car il était zélé pour l'idolâtrie ; et le saint Apôtre ayant été condamné à mort par ses ordres, fut percé de traits, à Calamine, et rehaussa l’honneur de son apostolat par la couronne du martyre.
Grand Antienne de Saint Thomas
O Thomas Didyme ! vous qui avez mérité de voir le Christ, nous faisons monter vers vous nos prières à haute voix ; secourez-nous dans notre misère ; afin que nous ne soyons pas condamnés avec les impies, en l'avènement du Juge.
PRIONS.
Accordez-nous, Seigneur, nous vous en prions, de célébrer avec joie la solennité de votre bienheureux Apôtre Thomas; afin que nous soyons toujours assistés de sa protection, et que nous suivions avec le zèle convenable la Foi qu'il a professée. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L'Oraison qui suit est tirée du Bréviaire gothique ou mozarabe, à l'Office des Matines.
Seigneur Jésus-Christ, qui avez placé sur la tête de votre Martyr Thomas l'Apôtre une couronne formée de cette pierre précieuse qui est le fondement solide, afin qu'ayant cru en vous il ne fût pas condamné, et qu'ayant donné pour vous sa vie, il fût honoré du diadème : établissez par son intercession, en nous vos serviteurs, une Foi véritable par laquelle nous croyions en vous , une confession pleine de zèle, par laquelle nous vous rendions témoignage, avec un dévouement empressé, devant les soyons pas confondus en présence de vous et de vos Anges. Amen.
L'Eglise grecque traite avec sa solennité ordinaire la fête de saint Thomas ; mais c'est au six octobre qu'elle la célèbre. opici quelques strophes de l’hymne qui lest consacrée
Hymne de Saint Thomas (Tirée des Menées des Grecs)
Quand ta main toucha le côté du Seigneur, tu trouvas le comble de tous les biens ; car ainsi qu'une éponge mystique, tu en exprimas de célestes liqueurs, tu y puisas la vie éternelle, bannissant toute ignorance dans les âmes, et faisant couler comme de source les dogmes divins de la connaissance de Dieu.
Par ton incrédulité et par ta foi tu as rendu stables ceux qui étaient dans la tentation, en proclamant le Dieu et Seigneur de toute créature, incarné pour nous sur cette terre, crucifié, soumis à la mort, percé de clous, et dont le côté fut ouvert par une lance, afin que nous y puisions la vie.
Tu as fais resplendir la terre des Indiens d'un vif éclat, ô très saint Apôtre, contemplateur de la divinité ! Après avoir illuminé ces peuples et les avoir rendus enfants de la lumière et du jour, tu renversas les temples de leurs idoles par la vertu de l'Esprit-Saint, et tu les fis s'élever, ô très prudent, jusqu'à la charité de Dieu, pour la louange et la gloire de l'Eglise, ô bienheureux intercesseur de nos âmes !
O contemplateur des choses divines, tu fus la coupe mystique de la Sagesse du Christ ! ô Thomas Apôtre, en qui se réjouissent les âmes des fidèles ! Tu retiras les peuples de l'abime de l'ignorance avec les filets du divin Esprit : c'est pourquoi, tu as coulé, semblable à un fleuve de charité, répandant sur toute créature comme une source d'eau vive les enseignements divins. Percé aussi de la lance en ton propre côté, tu as imité la Passion du Christ, et tu as revêtu l'immortalité : supplie-le d'avoir pitié de nos âmes.
Glorieux Apôtre Thomas, vous qui avez amené au Christ un si grand nombre de nations infidèles, c'est à vous maintenant que s'adressent les âmes fidèles, pour que vous les introduisiez auprès de ce même Christ qui, dans cinq jours, se sera déjà manifesté à son Eglise. Pour mériter de paraître en sa divine présence, nous avons besoin, avant toutes choses, d'une lumière qui nous conduise jusqu'à lui. Cette lumière est la Foi : demandez pour nous la Foi.
Un jour, le Seigneur daigna condescendre à votre faiblesse, et vous rassurer dans le doute que vous éprouviez sur la vérité de sa Résurrection ; priez, afin qu'il daigne aussi soutenir notre faiblesse, et se faire sentir à notre cœur. Toutefois, ô saint Apôtre, ce n'est pas une claire vision que nous demandons, mais la Foi simple et docile; car Celui qui vient aussi pour nous vous a dit en se montrant à vous : Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui cependant ont cru !
Nous voulons être du nombre de ceux-là. Obtenez-nous donc cette Foi qui est du cœur et de la volonté, afin qu'en présence du divin Enfant enveloppé de langes et couché dans la crèche, nous puissions nous écrier aussi : Mon Seigneur et mon Dieu ! Priez, ô saint Apôtre, pour ces nations que vous avez évangélisées, et qui sont retombées dans les ombres de la mort. Que le jour vienne bientôt où le Soleil de justice luira une seconde fois pour elles. Bénissez les efforts des hommes apostoliques qui consacrent leurs sueurs et leur sang à l'œuvre des Missions ; obtenez que les jours de ténèbres soient abrégés,, et que les régions arrosées de votre sang voient enfin commencer le règne du Dieu que vous leur avez annoncé et que nous attendons.
Amen
SAINT PIERRE APOTRE (3) – Catéchèse du Saint-Père (7 juin 2006)
Pierre, le roc sur lequel le Christ a fondé l'Eglise (3)
Nous reprenons les catéchèses hebdomadaires que nous avons commencées ce printemps. Dans la dernière, il y a quinze jours, j'ai parlé de Pierre comme du premier des Apôtres. Nous voulons aujourd'hui revenir encore une fois sur cette grande et importante figure de l'Eglise. L'évangéliste Jean, racontant la première rencontre de Jésus avec Simon, frère d'André, souligne un fait singulier: Jésus, "posa son regard sur lui et dit: "Tu es Simon, fils de Jean; tu t'appelleras Képha" (ce qui veut dire: pierre)" (Jean 1, 42). Jésus n'avait pas l'habitude de changer le nom de ses disciples: à l'exception de la dénomination de "fils du tonnerre", adressée dans une circonstance précise aux fils de Zébédée (cf. Mc 3, 17) et qui ne fut plus utilisée par la suite, Il n'a jamais attribué un nouveau nom à l'un de ses disciples. Il l'a fait en revanche avec Simon, l'appelant Kepha, un nom qui fut ensuite traduit en grec Petros, en latin Petrus, et il fut traduit précisément parce qu'il ne s'agissait pas seulement d'un nom; c'était un "mandat", que Petrus recevait de cette façon du Seigneur. Le nouveau nom Petrus reviendra plusieurs fois dans les Evangiles et finira par supplanter le nom originel Simon.
Cette information acquiert une importance particulière si l'on tient compte du fait que, dans l'Ancien Testament, le changement du nom préfigurait en général une mission qui est confiée (cf. Genèse 17, 5; 32, 28sq. etc.). De fait, la volonté du Christ d'attribuer à Pierre une importance particulière au sein du Collège Apostolique résulte de nombreux indices: à Capharnaüm, le Maître va loger dans la maison de Pierre (Mc 1, 29); lorsque la foule se presse autour de lui sur les rives du lac de Génésareth, entre les deux barques qui y sont amarrées, Jésus choisit celle de Simon (Luc 5, 3); lorsque, dans des circonstances particulières, Jésus ne se fait accompagner que par trois disciples, Pierre est toujours rappelé comme le premier du groupe: c'est le cas lors de la résurrection de la fille de Jaïre (cf. Marc 5, 37; uLc 8, 51), de la Transfiguration (cf. Marc 9, 2; Matthieu 17, 1; Luc 9, 28) et enfin, au cours de l'agonie dans le Jardin du Gethsémani (cf. Marc 14, 33; Matthieu 26, 37). Et encore : c'est à Pierre que s'adressent les percepteurs de la taxe du Temple, et le Maître paie pour lui-même et pour Pierre uniquement (cf. Matthieu 17, 24-27); c'est à Pierre qu'Il lave les pieds en premier lors de la Dernière Cène (cf. Jean 13, 6) et c'est seulement pour lui qu'il prie afin que sa foi ne disparaisse pas et qu'il puisse ensuite confirmer en celle-ci les autres disciples (cf. Luc 22, 30-31).
Du reste, Pierre lui-même est conscient de sa position particulière: c'est lui qui souvent, également au nom des autres, parle en demandant l'explication d'une parabole difficile (Mt 15, 15), ou le sens exact d'un précepte (Mt 18, 21), ou bien encore la promesse formelle d'une récompense (Mt 19, 27). C'est lui en particulier qui résout certaines situations embarrassantes en intervenant au nom de tous. Ainsi, lorsque Jésus, attristé en raison de l'incompréhension de la foule après le discours sur le "pain de vie", demande: "Voulez-vous partir vous aussi?", la réponse de Pierre est ferme : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle" (cf. Jean 6, 67-69). C'est également de manière décidée qu'il prononce la profession de foi, encore au nom des Douze, dans les environs de Césarée de Philippe. A Jésus qui demande : "Et vous, que dites-vous? Pour vous, qui suis-je?", Pierre répond : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant!" (Matthieu 16, 15-16). En réponse, Jésus prononce alors la déclaration solennelle qui définit, une fois pour toutes, le rôle de Pierre dans l'Eglise: "Et moi, je te le déclare: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise... Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux: tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux" (Matthieu 16, 18-19). Les trois métaphores auxquelles Jésus a recours sont en elles-mêmes très claires: Pierre sera le fondement rocheux sur lequel reposera l'édifice de l'Eglise; il aura les clefs du Royaume des cieux pour ouvrir ou fermer à qui lui semblera juste; enfin, il pourra lier ou délier, au sens où il pourra établir ou interdire ce qu'il considérera nécessaire pour la vie de l'Eglise, qui est et qui demeure au Christ. Elle est toujours l'Eglise du Christ, et non de Pierre. C'est ainsi qu'est décrit par des images d'une évidence plastique ce que la réflexion successive appellera le "primat de juridiction".
Statue de saint Pierre, Place Saint-Pierre
Cette position de prééminence que Jésus a voulu conférer à Pierre se retrouve également après la résurrection : Jésus charge les femmes d'en porter l'annonce à Pierre, de manière distincte par rapport aux autres Apôtres (cf. Mc 16, 7); c'est à lui et à Jean que s'adresse Marie-Madeleine pour informer que la pierre a été déplacée devant l'entrée du sépulcre (cf. Jean 20, 2) et Jean lui cédera le pas lorsque tous les deux arriveront devant la tombe vide (cf. Jn 20, 4-6); ce sera ensuite Pierre, parmi les Apôtres, le premier témoin d'une apparition du Ressuscité (cf. Luc 24, 34; 1 Corinthiens 15, 5). Son rôle, clairement souligné (cf. Jn 20, 3-10), marque la continuité entre la prééminence qu'il a eue dans le groupe apostolique et la prééminence qu'il continuera à avoir au sein de la communauté née avec les événements pascals, comme l'atteste le livre des Actes (cf. 1, 15-26; 2, 14-40; 3, 12-26; 4, 8-12; 5, 1-11.29; 8, 14-17; 10; etc.). Son comportement est considéré à ce point décisif qu'il est au centre de remarques et également de critiques (cf. Ac11, 1-18; Galates 2, 11-14). Au Concile dit de Jérusalem, Pierre exerce une fonction directive (cf. Actes 15 et Galates 2, 1-10), et c'est précisément parce qu'il est un témoin de la foi authentique que Paul lui-même reconnaîtra en lui une certaine qualité de "premier" (cf. 1 Co 15, 5; Ga 1, 18; 2, 7sq.; etc.). Ensuite, le fait que plusieurs des textes clefs se référant à Pierre puissent être reconduits au contexte de la Dernière Cène, où le Christ confère à Pierre le ministère de confirmer ses frères (cf. Lc 22, 31sq.), montre comment l'Eglise qui naît du mémorial pascal célébré dans l'Eucharistie trouve dans le ministère confié à Pierre l'un de ses éléments constitutifs.
Ce cadre du Primat de Pierre situé lors de la Dernière Cène, au moment de l'institution de l'Eucharistie, Pâque du Seigneur, indique également le sens ultime de ce Primat: Pierre, en tout temps, doit être le gardien de la communion avec le Christ; il doit guider à la communion avec le Christ; il doit prendre garde à ce que la chaîne ne se brise pas et que puisse ainsi perdurer la communion universelle. Ce n'est qu'ensemble que nous pouvons être avec le Christ, qui est le Seigneur de tous. La responsabilité de Pierre est de garantir ainsi la communion avec le Christ à travers la charité du Christ, en conduisant à la réalisation de cette charité dans la vie de chaque jour. Prions afin que le Primat de Pierre, confié aux pauvres personnes humaines, puisse toujours être exercé dans ce sens originel voulu par le Seigneur et puisse ainsi être toujours davantage reconnu dans sa véritable signification par nos frères qui ne sont pas encore en pleine communion avec nous.
Hymne de l’Office de la Nuit, de l’Eglise Syrienne
Le Christ a péché Simon le pêcheur ; depuis lors, en guise de poissons, Simon pêche les hommes, les amenant à la vie. Il a jeté son filet sur Rome même, et l'a retiré plein ; il a lié la lionne ainsi qu'une brebis, l'amenant à l'Eglise; et elle aussitôt, prenant les idoles en horreur, tourna le dos à ces ouvrages de main d'homme et adora la croix du Sauveur. Béni, ô vous qui fîtes choix des Apôtres et glorifiez leur nom !
Combien douce fut la parole de Jésus à Simon fait prince de ses frères, lorsqu'il lui disait, le créant Pontife : « Je t'établis sur ma maison et te confie mon trésor céleste ; en tes mains sont les clefs du ciel et de l'abîme. Si tu lies, je lierai moi aussi ; quand tu délieras, je le ferai avec toi ; prie pour les pécheurs, tu seras exaucé !
« Si tu m'aimes, Simon fils de Jean, pais mes brebis ; restaure par la foi ceux qu'a brisés l'erreur, guéris les malades par la vertu du remède des cieux, avec la croix chasse les loups et rassemble les agneaux au bercail de la vie. Alors les célestes phalanges crieront dans les hauteurs : Béni soit celui qui a magnifié son Eglise ! »
Devant celui qui vous a choisis présentez-vous, ô Apôtres : suppliez-le que schismes et querelles cessent enfin dans l'Eglise et parmi des frères ; car les sophistes, hélas ! nous assiègent, obscurcissant la foi de leurs arguties. Seigneur, l'Eglise dans laquelle votre parole a été annoncée, qu'elle soit le creuset éprouvant tout discours comme la fournaise éprouve l'or ; et que vos prêtres chantent ici-bas, dans la pureté de la foi : Béni soit celui qui a magnifié son Eglise !
Terminons en unissant , pour cette Solennité cette Hymne en l’honneur des Saints Apôtres Pierre et Paul, de la liturgie grecque :
Mensis Junii die XXIX,
In festivitate sanctorum, illustrium et maxime memorabilium apostolorum ac majorum coryphœorum Petri et Pauli.
Vous avez donné les saints Apôtres à votre Eglise comme son orgueil et sa joie, ô Dieu ami des hommes ! Pierre et Paul, flambeaux spirituels, soleils des âmes , resplendissent en elle magnifiquement; l'univers brille de leurs rayons ; c'est par eux que vous avez dissipé les ténèbres de l'Occident, Jésus très puissant, sauveur de nos âmes.
Vous avez établi la stabilité de votre Eglise , ô Seigneur , sur la fermeté de Pierre et sur la science et l'éclatante sagesse de Paul. Pierre, coryphée des illustres Apôtres, vous êtes le rocher de la foi ; et vous, admirable Paul, le docteur et la lumière des églises : présents devant le trône de Dieu, intercédez pour nous auprès du Christ.
Que le monde entier acclame les coryphées Pierre et Paul, disciples du Christ: Pierre, base et rocher; Paul, vase d'élection. Tous deux, attelés sous le même joug du Christ, ont attiré à la connaissance de Dieu tous les hommes, les nations, les cités et les îles. Rocher de la foi, délices du monde, tous deux confirmez le bercail que vous avez acquis par votre magistère.
Pierre, vous qui paissez les brebis, défendez contre le loup rusé le troupeau de votre bercail ; gardez de chutes funestes vos serviteurs ; car tous nous vous avons pour vigilant protecteur auprès de Dieu, et la joie que nous goûtons en vous est notre salut.
Paul, flambeau du monde, bouche incomparable du Christ Dieu vivant , qui comme le soleil visitez tous les rivages dans votre prédication de la foi divine : délivrez des liens du péché ceux qui vous nomment avec amour et veulent vous imiter, confiants dans votre aide.
Rome bienheureuse, à toi ma louange et ma vénération, à toi mes hymnes et mon chant de gloire ; car en toi sont gardés et la dépouille des coryphées, et les dogmes divins dont ils furent le flambeau ; reliques sans prix de vases incorruptibles. Très-haut prince des Apôtres, souverain chef et dispensateur du trésor royal, ferme base de tous les croyants, solidité, socle, sceau et couronnement de l'Eglise catholique, ô Pierre qui aimez le Christ, conduisez ses brebis aux bons pâturages, menez ses agneaux dans les prés fertiles.
SAINT PIERRE APOTRE (2)– Catéchèse du Saint-Père (24 mai 2006)
Pierre, l'Apôtre (2)
Chers frères et soeurs,
Dans ces catéchèses, nous méditons sur l'Eglise. Nous avons dit que l'Eglise vit dans les personnes et, dans la dernière catéchèse, nous avons donc commencé à méditer sur les figures de chaque apôtre, en commençant par saint Pierre. Nous avons vu deux étapes décisives de sa vie: l'appel sur les rives du Lac de Galilée, puis la confession de foi: "Tu es le Christ, le Messie". Une confession, avons-nous dit, encore insuffisante, à ses débuts et qui est toutefois ouverte. Saint Pierre se place sur un chemin de "sequela" (note : d’être disciple »). Ainsi, cette confession initiale contient déjà en elle, comme en germe, la future foi de l'Eglise. Aujourd'hui, nous voulons considérer deux autres événements importants de la vie de saint Pierre: la multiplication des pains - nous avons entendu dans le passage qui vient d'être lu la question du Seigneur et la réponse de Pierre - et ensuite le Seigneur qui appelle Pierre à être pasteur de l'Eglise universelle.
Commençons par l'épisode de la multiplication des pains. Vous savez que la foule avait écouté le Seigneur pendant des heures. A la fin, Jésus dit : ils sont fatigués, ils ont faim, nous devons donner à manger à ces gens. Les apôtres demandent : mais comment? Et André, le frère de Pierre, attire l'attention de Jésus sur un jeune garçon, qui portait avec lui cinq pains et deux poissons. Mais cela est bien peu pour tant de personnes, disent les Apôtres. Alors le Seigneur fait asseoir la foule et distribuer ces cinq pains et ces deux poissons. Et tous se rassasient. Le Seigneur charge même les Apôtres, et parmi eux Pierre, de recueillir les restes abondants » douze paniers de pain (cf. Jean 6, 12, 13). Par la suite, la foule, voyant ce miracle, - qui semble être le renouvellement, tant attendu, d'une nouvelle "manne", du don du pain du ciel - veut en faire son roi. Mais Jésus n'accepte pas et se retire sur la montagne, pour prier tout seul. Le jour suivant, sur l'autre rive du lac, dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus interpréta le miracle, - non dans le sens d'une royauté sur Israël avec un pouvoir de ce monde de la façon espérée par la foule, mais dans le sens d'un don de soi : "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jean 6, 51). Jésus annonce la croix, et avec la croix, la véritable multiplication des pains, le pain eucharistique - sa façon absolument nouvelle d'être roi, une façon totalement contraire aux attentes des gens.
Nous pouvons comprendre que ces paroles du Maître - qui ne veut pas accomplir chaque jour une multiplication des pains, qui ne veut pas offrir à Israël un pouvoir de ce monde, - apparaissent véritablement difficiles, et même inacceptables pour les gens. "Il donne sa chair » ! qu'est-ce que cela signifie? Pour les disciples aussi, ce que Jésus dit à ce moment-là apparaît inacceptable. C'était et c'est pour notre coeur, pour notre mentalité, un discours "dur", qui met la foi à l'épreuve (cf. Jean 6, 60). Beaucoup de disciples se rétractèrent. Ils voulaient quelqu'un qui renouvelle réellement l'Etat d'Israël, de son peuple, et non pas quelqu'un qui disait: "Je donne ma chair". Nous pouvons imaginer que les paroles de Jésus étaient difficiles également pour Pierre, qui à Césarée de Philippe, s'était opposé à la prophétie de la croix. Et toutefois, lorsque Jésus demanda aux Douze : "Voulez-vous partir, vous aussi?", Pierre réagit avec l'élan de son cœur généreux, guidé par l'Esprit Saint. Au nom de tous, il répondit par les paroles immortelles, qui sont aussi les nôtres : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint ,le Saint de Dieu" (cf. Jean 6, 66-69).
Eglise de la multiplication des pains, à Tagba,
mosaïque, du 5° siècle : la multiplication des pains et des poissons
La pierre serait celle où Jésus déposait les pains
Ici, comme à Césarée, Pierre entame à travers ses paroles la confession de foi christologique de l'Eglise et devient également la voix des autres Apôtres et de nous, croyants de tous les temps. Cela ne veut pas dire qu'il avait déjà compris le mystère du Christ dans toute sa profondeur. Sa foi était encore à ses débuts, une foi en marche; il ne serait arrivé à la véritable plénitude qu'à travers l'expérience des événements pascals. Mais toutefois, il s'agissait déjà de foi, une foi ouverte aux réalités plus grandes - ouverte surtout parce que ce n'était pas une foi en quelque chose, c'était une foi en Quelqu'un : en Lui, le Christ. Ainsi, notre foi également est toujours une foi qui commence et nous devons encore accomplir un grand chemin. Mais il est essentiel que ce soit une foi ouverte et que nous nous laissions guider par Jésus, car non seulement Il connaît le Chemin, mais il est le Chemin.
Cependant, la générosité impétueuse de Pierre ne le sauve pas des risques liés à la faiblesse humaine. Du reste, c'est ce que nous aussi, nous pouvons reconnaître sur la base de notre vie. Pierre a suivi Jésus avec élan, il a surmonté l'épreuve de la foi, en s'abandonnant à Lui. Toutefois, le moment vient où lui aussi cède à la peur et chute: il trahit le Maître (cf. Marc 14, 66-72). L'école de la foi n'est pas une marche triomphale, mais un chemin parsemé de souffrances et d'amour, d'épreuves et de fidélité à renouveler chaque jour. Pierre, qui avait promis une fidélité absolue, connaît l'amertume et l'humiliation du reniement : le téméraire apprend l'humilité à ses dépends. Pierre doit apprendre lui aussi à être faible et à avoir besoin de pardon. Lorsque finalement son masque tombe et qu'il comprend la vérité de son coeur faible de pécheur croyant, il éclate en sanglots de repentir libérateurs. Après ces pleurs, il est désormais prêt pour sa mission.
Un matin de printemps, cette mission lui sera confiée par Jésus ressuscité. La rencontre aura lieu sur les rives du lac de Tibériade. C'est l'évangéliste Jean qui nous rapporte le dialogue qui a lieu en cette circonstance entre Jésus et Pierre. On y remarque un jeu de verbes très significatif. En grec, le verbe "filéo" exprime l'amour d'amitié, tendre mais pas totalisant, alors que le verbe "agapáo" signifie l'amour sans réserves, total et inconditionné. La première fois, Jésus demande à Pierre : "Simon... m'aimes-tu (agapls-me)" de cet amour total et inconditionné (Jean 21, 15)? Avant l'expérience de la trahison, l'Apôtre aurait certainement dit: "Je t'aime (agapô-se) de manière inconditionnelle". Maintenant qu'il a connu la tristesse amère de l'infidélité, le drame de sa propre faiblesse, il dit avec humilité : "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi (filô-se)", c'est-à-dire "je t'aime de mon pauvre amour humain". Le Christ insiste: "Simon, m'aimes-tu de cet amour total que je désire?". Et Pierre répète la réponse de son humble amour humain : "Kyrie, filô-se", "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi, comme je sais aimer". La troisième fois, Jésus dit seulement à Simon: "Fileîs-me?, "As-tu de l'amitié pour moi?". Simon comprend que son pauvre amour suffit à Jésus, l'unique dont il est capable, mais il est pourtant attristé que le Seigneur ait dû lui parler ainsi. Il répond donc: "Seigneur, tu sais tout: tu sais combien j'ai d'amitié pour toi" (filô-se)". On pourrait dire que Jésus s'est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus! C'est précisément cette adaptation divine qui donne de l'espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l'infidélité. C'est de là que naît la confiance qui le rendra capable de la « sequela Christi » (note : à suivre le Christ » jusqu'à la fin: "Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore: "Suis-moi"" (Jean 21, 19).
A partir de ce jour, Pierre a "suivi" le Maître avec la conscience précise de sa propre fragilité; mais cette conscience ne l'a pas découragé. Il savait en effet pouvoir compter sur la présence du Ressuscité à ses côtés. De l'enthousiasme naïf de l'adhésion initiale, en passant à travers l'expérience douloureuse du reniement et des pleurs de la conversion, Pierre est arrivé à mettre sa confiance en ce Jésus qui s'est adapté à sa pauvre capacité d'amour. Et il nous montre ainsi le chemin à nous aussi, malgré toute notre faiblesse. Nous savons que Jésus s'adapte à notre faiblesse. Nous le suivons, avec notre pauvre capacité d'amour et nous savons que Jésus est bon et nous accepte. Cela a été pour Pierre un long chemin qui a fait de lui un témoin fiable, "pierre" de l'Eglise, car constamment ouvert à l'action de l'Esprit de Jésus. Pierre lui-même se qualifiera de: "témoin de la passion du Christ, et je communierai à la gloire qui va se révéler" (1 Pierre 5, 1). Lorsqu'il écrira ces paroles, il sera désormais âgé, en route vers la conclusion de sa vie qu'il scellera par le martyre. Il sera alors en mesure de décrire la joie véritable et d'indiquer où on peut la puiser: la source est le Christ, auquel on croit et que l'on aime avec notre foi faible mais sincère, malgré notre fragilité. C'est pourquoi, il écrira aux chrétiens de sa communauté, et il nous le dit à nous aussi: "Lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi" (1 Pierre 1, 8-9).
Hymne des Deuxièmes Vêpres
(ibid.)
Voici à présent, en son entier, le poème dont la strophe « O Roma felix » fut tirée. D'autres strophes de cette Hymne, la quatrième et la cinquième, sont également employées dans les fêtes des la Chaire de saint Pierre et dans la fête de la Chaire de saint Pierre-aux-Liens.
HYMNE.
D'un pôle à l'autre, l'heureuse fête des Apôtres répand la joie, fait sentir sa puissance. Pierre le bienheureux, Paul le très saint, consacrés par le Christ en l'effusion d un sang auguste, furent choisis par lui comme princes des Eglises.
Ils sont les deux oliviers présents devant le Seigneur, les chandeliers étincelants, les deux nobles lumières des cieux ; ils brisent la forte chaîne du péché, ils ouvrent aux fidèles les portes de l'empyrée.
Ils ont le pouvoir de fermer d'un mot l'entrée du céleste séjour, d'ouvrir les resplendissantes demeures situées au loin par delà les étoiles ; leurs langues sont devenues les clefs du ciel ; ils repoussent les génies malfaisants par delà les confins du monde.
Par l'ordre de Jésus-Christ, le bienheureux Pierre rompt merveilleusement les liens les plus durs. Il garde le bercail, il enseigne l’Eglise, il paît le troupeau, il conserve toutes choses, il contient la rage funeste des loups.
Tout ce qu'il lie sur la terre est lié fortement dans les cieux ; et ce que par sa libre volonté il délie sur la terre, est délié plus haut que les astres. A la fin des siècles, il jugera le monde.
Avec lui marche de pair Paul, le docteur des nations, le vase d'élection, temple très saint, compagnon du premier en la mort, partageant sa couronne : tous deux flambeaux et gloire de l'Eglise, ils dardent leurs feux sur l'univers en possession par eux de la pure lumière.
O Rome heureuse, que de si grands princes ont empourprée de leur sang précieux, tu l'emportes sur toute beauté d'ici-bas , non par ton propre mérite, mais par celui des Saints qu'a immolés ta sanglante épée.
Vous donc maintenant, glorieux martyrs, Pierre bienheureux, Paul lis du monde, guerriers qui triomphez en la céleste cour, par vos prières puissantes gardez-nous de tous maux, transportez-nous par delà les cieux.
Gloire au Père dans les siècles sans fin ; à vous, ô Fils, empire et beauté, honneur et puissance, ainsi qu'au Saint-Esprit : à la Trinité félicité commune dans l'infinie série des siècles !
Amen.