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Paroles d'évêque et de prêtre

Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 14:38

Par Mgr Mario OLIVERI, évêque -Traduction de l'italien par Pierre GABARRA

 

 

Le Motu Proprio “Summorum Pontificum” du Pape Benoît XVI, entré en application le 14 septembre 2007, a eu pour objectif précis, après l’échec assez large du Motu Proprio Ecclesia Dei qu’il a rendu caduc, « de parvenir à une réconciliation interne au sein de l'Eglise ». Le Pape partait de ce constat « qu'aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l'Eglise n'ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l'unité ». « On a l'impression – disait-il alors – que (ces) omissions dans l'Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider ». Il observait encore - en leur rendant cette justice - que l'attachement des traditionalistes aux formes liturgiques antérieures à la réforme avait tenu, en grande part, à « des déformations de la liturgie à la limite du supportable » qui avaient « profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l'Eglise ». Et il en concluait : « Ce regard vers le passé nous impose aujourd'hui une obligation : faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l'unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver ».

 

On sait la chaleur très relative avec laquelle ce document a été accueilli dans les milieux ecclésiastiques officiels, notamment en France, malgré une situation ecclésiale à bien des égards alarmantes, au point qu'il est permis de se demander s'il n'est pas préférable, aux yeux de certains, de tout perdre que de s'humilier à ouvrir les portes à ceux que l'on s'est si longtemps attaché à écarter de toute communion ecclésiale.

 

En Italie, dans le diocèse d’Albenga-Imperia, Mgr Mario OLIVERI, évêque du lieu, a décidé, après quelques années d’attente, d’adresser à ses prêtres et à ses diacres une Lettre dans laquelle il leur rappelle la nécessité d’appliquer les directives pontificales. Nous traduisons ici ce document de premier intérêt - sans l'amputer.

 

Ce document peut-être consulté dans sa version originale sur : SITE DU DIOCESE.

 

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Chers prêtres et diacres,

 

C’est avec une certaine amertume que j’ai dû constater que bien d’entre-vous avez assumé et exprimé une attitude incorrecte d’esprit et de cœur devant la possibilité, donnée aux fidèles par le Motu Proprio Summorum pontificum du Pape Benoît XVI, de choisir la célébration de la Sainte Messe “en la forme extraordinaire”, selon le Missel du bienheureux Jean XXIII, promulgué en 1962.

 

Au cours des Trois Journées du Clergé de septembre 2007, j’ai indiqué clairement et fortement quelle était la valeur et le sens du Motu proprio, comment il devait être interprété et comment il devait être accueilli, avec un esprit ouvert au contenu magistériel du Document et une volonté prompte à apporter une obéissance résolue. Cette prise de position de l’Evêque n’échappait pas à sa pleine autorité, validée par sa totale concordance avec un acte solennel du Souverain Pontife. Cette prise de position de l’Evêque était fondée sur la rationalité de son argumentation théologique relativement à la Divine Liturgie, sur l’immutabilité de la substance dans ses contenus surnaturels, et elle était en outre fondée sur des questions d’ordre pratique, concret, de sens commun ecclésial.

 

Les réactions négatives au Motu Proprio et les indications théologiques et pratiques de l’Evêque ont pratiquement toujours un caractère émotif, dictées par un raisonnement théologique superficiel, c’est-à-dire par une vision “théologique” plutôt pauvre et myope, qui ni ne part ni n’atteint la véritable nature des choses qui concernent la foi et l’agir sacramentel de l’Eglise, qui ne se nourrit pas de la Tradition pérenne de l’Eglise, mais qui se fixe en revanche sur des aspects marginaux ou, pour le moins, incomplets des questions. Non sans raison, au cours des “Trois Journées” évoqués ci-dessus, j’avais fait précéder les indications pratiques et les lignes d’action d’une exposition doctrinale sur “l’immuable nature de la Liturgie”.

 

J’ai su qu’en certains endroits, certains prêtres et certains paroissiens avaient manifesté quasiment de la moquerie à l’égard de fidèles qui demandaient à bénéficier de la faculté, bien plus du droit, d’avoir la célébration de la Sainte Messe en la forme extraordinaire ; et qu’avait également été exprimé du mépris et quasiment de l’hostilité à l’égard de Confrères Prêtres bien disposés à comprendre et à seconder les attentes des fidèles. Il a même été interdit, d’une manière peu sereine, paisible et raisonnée [mais ce refus ne pouvait être bien raisonné] de publier des avis de la célébration de la Saint Messe en la “forme extraordinaire” dans telle église, à telle heure.

 

Je demande que soit abandonnée toute attitude non conforme à la communion ecclésiale, à la discipline de l’Eglise et à l’obéissance qu’il convient d’apporter aux actes importants du magistère et du gouvernement.

 

Je suis convaincu de ce que cette demande sera accueillie en esprit de filial respect et d’obéissance.

 

Toujours en référence à l’intervention de l’Evêque, lors de ces “Trois Journées du Clergé” 2007, je dois encore revenir sur l’application nécessaire  des indications apportées par l’Evêque sur la bonne disposition qui doit être observée dans tout ce qui concerne l’espace de l’église justement appelé “presbytère”. Les indications “A propos de la réorganisation des presbytères et la position de l’autel” ont été ultérieurement reprises dans l’opuscule “La Divine Liturgie”, pages 23-26.

 

Ces indications, à plus de quatre ans de distance, n’ont pas été appliquées partout et par tous. Elles étaient et elles demeurent des indications raisonnables, fondées sur de bons principes et sur des critères d’ordre général, liturgique et ecclésial. J’ai laissé du temps pour que les prêtres, et surtout les paroissiens, y réfléchissent avec les Conseils paroissiaux pastoraux et économiques, et pour que soit également réalisée une opportune catéchèse liturgique des fidèles. Celui qui aurait pu considérer que ces indications n’étaient pas opportunes ou qu’elles étaient difficiles à appliquer pouvait facilement en parler à l’Evêque, le cœur ouvert, pour une meilleure compréhension des raisons qui l’ont porté à les donner, et pour qu’elles puissent être mises en œuvre de la manière la plus homogène possible dans toutes les églises du diocèse. Ces indications ne sont certainement pas contraires aux normes ni même à “l’esprit” de la réforme liturgique qui a été menée à bien après le Concile et à partir du Concile Vatican II. Si quelqu’un avait eu des doutes fondés, il avait la possibilité de les exprimer sincèrement et dans un esprit ouvert à un raisonnement serein, la volonté tournée vers l’obéissance, après que l’esprit eut reçu plus de lumière.

 

J’estime qu’il s’est écoulé maintenant un temps suffisamment long d’attente et de tolérance, et qu’est venu le moment pour tous d’appliquer ces indications, de telle sorte qu’aux prochaines fêtes de Pâques tous les presbytères soient remis en ordre ou, pour le moins, que l’étude de leur réorganisation soit résolument engagée là où se présenteraient des difficultés d’application.

 

Il doit être dit que la non-application de ces indications, au temps indiqué, ne pourrait être considérée autrement que comme une désobéissance explicite. Cependant, j’ai confiance et j’espère que cela ne se produira pas.

 

Je suis bien affligé de devoir écrire cette Lettre, en vous assurant que je la considérerai comme non-écrite si elle rencontre un bon accueil et un effet positif.

 

Ce que j’ai écrit porte en soi tout mon désir de ce que cela serve à raviver et à renforcer notre communion ecclésiale et notre commune volonté d’accomplir notre ministère par une fidélité renouvelée au Christ et à son Eglise.

 

Je vous demande enfin de bien prier pour moi et pour mon ministère apostolique, et de tout cœur je vous bénis.

 

Albenga, 1er janvier 2012, Solennité de la Mère de Dieu

+ Mgr Mario OLIVERI, évêque

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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 15:12

Par Mgr Demetrio FERNANDEZ, Traduction de l'Espagnol par Pierre GABARRA

« Frères, notre corps n’est pas fait pour la fornication, il est pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. (…) Vos corps sont les membres du Christ. (…) Fuyez la fornication. (….) Rendez-donc gloire à Dieu dans votre corps » (1 Corinthiens, 6, 13-15 ; 17-20).

 

 

Mgr Fernandez L’enseignement de saint Paul paraît spécialement être adressé à notre temps, où l’incitation à la débauche ou à la fornication est continuelle dans les moyens de communication, au cinéma, à la télévision, et même dans certaines écoles du secondaire, à l’intérieur des programmes scolaires.

 

Saint Paul s’adresse aux Corinthiens, d’une cité portuaire où il y avait de tout, y compris du mauvais. Dans l’Empire romain, l’honnêteté et la chasteté s’étaient dégradées et les mœurs chez les jeunes et les adolescents étaient, dans certains milieux, surtout sportifs, une dépravation. Saint Paul s’adresse directement aux jeunes et les exhorte : « Fuyez la fornication », et leur en donne une raison de poids : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit (…) qui habite en vous ? Vous n’êtes pas propriétaires de vous-mêmes, parce qu’il vous a rachetés en payant le prix pour vous » (1 Cor. 6,60). Précisément, l’une des idées les plus répandues aujourd’hui, au nom d’un désir de liberté, lui est tout à fait contraire : « Je suis à moi, et je fais de mon corps ce que je veux ».

 

L’Evangile de Jésus-Christ a des répercussions dans tous les domaines de la personne, y compris dans celui de la sexualité. La sexualité humaine, vue avec des yeux purs, est le langage et l’expression de l’amour véritable, d’un amour qui ne se recherche pas soi-même, son intérêt, sa satisfaction, mais qui est un don. Un amour qui cherche le bonheur de l’autre, disposé quant à lui au sacrifice et au renoncement. Un amour qui trouve sa mesure et s’épanouit dans le mariage stable bénit par Dieu.

 

La chasteté est la vertu qui éduque la sexualité, en la rendant humaine et en la tirant de son animalité la plus brutale. Lorsque la sexualité est bien canalisée, la personne vit en harmonie avec soi-même et avec les autres, en évitant toute provocation et toute violence. La chasteté est protégée par la pudeur. Lorsque la sexualité est désorganisée, elle est comme une grenade, qui peut exploser à tout moment et blesser celui qui la porte. Ceci vaut pour tous les états de vie : pour le célibataire, pour lequel il n’y a pas de place pour l’exercice de la sexualité, comme pour la personne mariée, qui doit maîtriser ses impulsions dans le champ d’un amour authentique, pour la personne consacrée également, qui vit sa sexualité sublimée dans un amour plus pur, oblatif.

 

« Fuyez la fornication », nous dit saint Paul. Un livre récemment publié a attiré mon attention, dans lequel une candidate au titre de “Miss Venezuela” explique son expérience récente, avec un titre qui en dit long : « Vierge à trente ans ». Précisément, elle n’a pas obtenu le titre auquel elle prétendait parce qu’elle n’a pas accepté une proposition de fornication qui, semble-t-il, était la condition (non écrite) du concours. En elle s’est accomplie la parole de saint Paul. Le livre est devenu un best-seller parmi les jeunes de son entourage, de notre temps.

 

Il est possible de parvenir vierge au mariage, même si l’ambiance n’y est pas favorable.

 

Il est possible de vivre une consécration totale au Seigneur, de l’âme et du corps, comme une offrande qui profite aux autres.

 

Il est possible d’être fidèle à son mari, à sa femme. Bien plus, La Parole de Dieu nous y exhorte, en fuyant la fornication. Et la Parole de Dieu a la force de s’accomplir dans nos vies.

 

« Votre corps est le temple de l’Esprit-Saint (…). Glorifiez Dieu par votre corps ! » Rendons grâces à Dieu non seulement par nos bonnes pensées et nos bons désirs, mais aussi par notre volonté à rechercher en cela sa soumission à celle de Dieu, en purifiant continuellement nos intentions. Rendons grâce à Dieu aussi avec nos corps. Dieu nous a aimés également corporellement, par l’Incarnation du Fils de Dieu. Le christianisme est la religion de la rédemption de notre chair. Notre amour pour Dieu, pour Jésus-Christ, passe par notre corps. La grâce de Dieu est capable d’organiser notre sexualité humaine et de la rendre progressivement apte à exprimer l’amour le plus authentique, le seul qui rende heureux toute personne humaine.

 

Recevez mon affection et ma bénédiction.

 

+ Demetrio Fernández, Evêque de Córdoba (Espagne)

 

Source : Infocatólica

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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 15:29

Par le P. J. A. FORTEA CUCURULL, trad. de l'espagnol par Pierre GABARRA

Au cours des années passées, nous avons publié des témoignages de Mgr Masson (+) sur les années noires de la crise de l’Eglise de France, qui n’ont pas encore leur historien, car le présent est encore trop dépendant de ce récent passé. Nous insistions alors sur le fait que ce travail entrait dans un nécessaire effort de lucidité sur l’histoire catholique récente de ce pays.

 

Voici un témoignage analogue qui nous vient, cette fois, d’Espagne. Il émane également d’un prêtre, M. l’abbé José Antonio Fortea Cucurull. Après avoir fait ses études de théologie à l’Université de Navarre, puis d’histoire de l’Eglise à la Faculté de théologie de Comillas, M. l’abbé  Fortea a été incardiné dans le diocèse de  de Alcalá de Henares (Madrid). Auteur d’une thèse de licence sur l’exorcisme, dirigée par le secrétaire de la Commission pour la Doctrine de la Foi de la Conférence épiscopale espagnole, il prépare actuellement sa thèse de doctorat de théologie à Rome.

 

Ce témoignage est relatif aux ravages opérés également en Espagne par l’illuminisme clérical qui s’est emparé des esprits au lendemain et au nom d’un Concile qui était d’autant plus invoqué qu’il était mieux trahi. Il se rapporte à l’une des grandes figures de cette époque, le cardinal Vicente Enrique y Tarancón (1907-1994), protégé du Pape Paul VI. Ce fut lui qui, notamment, prononça, à la fin de la période franquiste, l’homélie du couronnement du roi Juan Carlos (1975).

 

Source : “Le cardinal Tarancón : l’heure de l’analyse est venue”, inEl Blog del Padre Fortea” (Intereconomia).

 

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Tarancon.jpgLe cardinal Tarancón était un grand homme. Je ne vais cependant pas m’attacher à ses vertus, car il y aurait beaucoup à dire. Aujourd’hui, je préfère parler de ses défauts.

 

J’ai pour principe de ne pas critiquer les ecclésiastiques. Je n’y fais exception que lorsque les condamnations de Rome s’accumulent. Dans ce cas, je me sens autorisé à attiser un peu le feu.

 

Avec le cardinal, d’ailleurs, c’est différent. Mort depuis longtemps, et il est déjà l’objet d’une froide analyse. Avoir de la charité à son égard, ce serait comme avoir de la charité à l’égard de Napoléon.

 

Le cardinal a toujours agi de bonne foi, toujours cru être dans la ligne du Concile Vatican II. Etre dans cette ligne l’a persuadé que ce qu’il faisait était bien. Ce fut un homme tolérant, un homme de dialogue et un amant de la liberté. Du moins, était-il ainsi avec les progressistes. En revanche, il appliquait à tout ce qui lui paraissait conservateur, comme on dit en espagnol, du “sirop de bâton”, c’est-à-dire qu’il persuadait à coups de claques.

 

Il fermait toujours à moitié les yeux sur ses bons enfants libéraux. Tant qu’ils ne mettaient pas le feu à l’église, ils pouvaient y faire ce qu’ils voulaient. En revanche, il fut implacable avec les fils obéissants et aimants de la tradition.

 

Le cardinal Tarancón fut considéré comme une sorte de héros par de nombreux évêques espagnols des années 70 et 80. Il jouissait de tous les éloges possibles de la part des politiciens. Très respecté à la Curie romaine, aimé par les partis de gauche, et ainsi de suite. Mais l’Histoire devait se venger de la manière la plus inattendue : Jean-Paul II.

 

Le Pape polonais a fort bien connu le cardinal en question. Les détails de la pensée très défavorable de Jean-Paul II sur Tarancón ont très peu filtré.  Il y a quelques mois, a été publié dans la presse un papier de Enric Juliana sur le sujet. Il ne révélait cependant rien de nouveau. Il suffit de lire les mémoires de Tarancón lui-même pour se rendre compte, par leurs silences, de ce qu’il pensait de Jean-Paul II. Personnellement, je dispose d’une information personnelle (non publiable) d’un évêque qui m’a expliqué certains détails de ce dont je parle ici.

 

Ce qui est certain, c’est que Jean-Paul II eut pleine conscience de ce que les jugements de Dieu n’étaient pas ceux des hommes. Il a très clairement vu que la dynamique promue par Tarancón conduisait l’Eglise à sa destruction. Tarancón, à titre personnel, pouvait être très sociable, très agréable, très ouvert au dialogue, mais comme gouvernant de l’Eglise, il suivit un chemin erroné.

 

Deux hommes, deux diocèses. Il suffit de voir comment le Cardinal de Tolède (1) a laissé son diocèse, et comment le Cardinal Tarancón a laissé le sien. Or nous parlons pratiquement des mêmes années et d’un clergé similaire. Les deux diocèses étaient géographiquement limitrophes mais, ecclésiastiquement, à des années-lumière.

 

Je n’écris pas ces lignes dans un désir de revanche. Je n’ai rien de personnel contre Tarancón. J’aime toujours à bien parler du clergé. Mais nous ne devons pas nous laisser séduire par des chants de sirènes. Parce que ces mythes trompeurs peuvent exercer leur influence sur le présent. Les choses doivent être bien claires : l’arrivée de Tarancón a marqué le triomphe absolu des thèses ecclésiales les plus extrémistes.

 

Guerra-campos.jpg Le cardinal de la liberté et de la tolérance a en effet provoqué un tremblement de terre spirituel qui a ruiné l’édifice invisible de l’Eglise pendant une génération entière. L’histoire aurait été toute autre si don Marcelo (1) avait été l’archevêque de Madrid. Et je ne dis rien de ce qu’il aurait été si Mgr Guerra Campos avait occupé ce siège. Tarancón, lui, a promu aux principaux postes de l’archidiocèse un grand nombre de prêtres qui se sont consciencieusement employés dans l’art de la démolition (photo : Mgr Guerra Campos).

 

Je me réserve les douloureux détails de l’histoire de tant de loups qui se sont faits gardiens du troupeau. Je n’entre pas non plus dans les détails de la terrifiante ampleur de la destruction. Mais une génération plus tard, il est devenu temps d’appeler les choses par leur nom.

 

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(1) Il s'agit de Mgr Marcelo González Martín (1918-2004),  archevêque de Tolède de 1971 à 1995 et créé cardinal par le Pape Paul VI en 1973 (NdT).

(2) Mgr José Guerra Campos (1920-1997), évêque de Cuenca de 1973 à 1996. Très attaché au régime du Général Franco et à la catholicité de l'Etat, hostile à certaines réformes engagées par le Concile Vatican II, il s'opposa publiquement à la Loi de Réforme politique (1976) qui a ouvert la voie à l'instauration de la démocratie en Espagne. Il se fit le protecteur de prêtres français, qu’il accueillit en son diocèse, alors que ceux-ci ne trouvaient pas ou plus de place dans le leur. Le séminaire de son diocèse ne connut pas la crise qui en affecta tant d'autres. Il mourut saintement en 1997 dans un couvent de Barcelone. La cause de béatification de celui qui, après bien des injustices, a été présenté par l'un de ses successeurs comme un "homme humble, et, en même temps, sage et de pensée profonde", a été introduite (NdT).

 

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Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /Jan /2010 00:01

Par le Père José María IRABURU - Trad. Pierre GABARRA

A la suite des articles publiés sur "La débâcle liturgique", par Mgr Masson, il nous a paru intéressant de publier la traduction d'un texte écrit par un prêtre espagnol, le P. José María Iraburu, portant sur l'obscurcissement, dans la foi et dans les faits, de la fonction sacerdotale dans l'Eglise.

 

Cette analyse part d'un autre point de vue, est mûrie dans un autre contexte, mais elle s'achemine, au fond, vers la même conclusion : la perte du sens du prêtre, chez beaucoup de prêtres eux-mêmes et chez beaucoup de laïcs, perte que corrobore souvent notre expérience personnelle et qui est révélée par une perte du sens liturgique. Lorsque ce sens est en recul, c'est en général l'homme qui prend le dessus, avec ses défauts, ses lubies, ses imaginations, son goût de paraître et de se mettre en avant. Le sens liturgique, le sens du prêtre, passe par l'effacement devant la fonction sacerdotale, devant le Christ agissant pour le salut du monde et la sanctification des âmes.

 

Cet article peut être lu en espagnol sur le site de Schola Veritatis.


Tout le peuple chrétien est sacerdotal, parce qu’il a pour chef le Christ-Prêtre et qu’il est voué à promouvoir la gloire de Dieu et le salut des hommes, en faisant de sa propre vie une offrande permanente. Pourtant, il a plu au Seigneur d’instituer un « sacrement spécial [celui de l'Ordre], par lequel les prêtres, par l'onction de l'Esprit Saint, sont marqués d'un caractère spécial et ainsi configurés au Christ-Prêtre, de sorte qu'ils puissent agir dans la personne du Christ-Chef » (1). La grâce propre de ce sacrement leur donne un nouvel être, qui les ouvre à une possibilité nouvelle d’agir. Dès lors, ces chrétiens, constitués prêtres et ministres, doivent vivre, toujours et partout, le ministère de la représentation du Christ parmi leurs frères. Sacerdos alter Christus.

 

En effet, le Concile Vatican II enseigne que « le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non pas seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre car tous d’eux participent, selon leur mode propre, de l’unique sacerdoce du Christ. Le sacerdoce ministériel, par le pouvoir sacré dont il jouit, forme et dirige le peuple sacerdotal, confectionne le sacrifice eucharistique en la personne du Christ, et l’offre au nom de tout le peuple de Dieu. Les fidèles, en revanche, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie, et l’exercent par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et par une charité effective » (2).

 

Avec plus de force encore, le Synode épiscopal de 1971, consacré au sacerdoce, affirme ces réalités de la foi : « Parmi les différents charismes et services, seul le ministère sacerdotal du Nouveau Testament, qui continue le ministère du Christ médiateur et qui est distinct du sacerdoce commun des fidèles, non seulement par degré mais par essence, pérennise l’œuvre essentielle des Apôtres. En effet, en proclamant efficacement l’Evangile, en réunissant et en guidant la communauté, en pardonnant les péchés et, surtout, en célébrant l’Eucharistie, il rend présent le Christ, Chef de la communauté, dans l’exercice de son œuvre de rédemption humaine et de parfaite glorification de Dieu. Le prêtre rend sacramentellement présent le Christ, Sauveur de tout l’homme, parmi ses frères, non seulement dans sa vie personnelle mais également sociale (II,4).

 

Que le prêtre représente le Christ dans l'eucharistie, et qu’il agisse en sa personne, en son nom, est certain dans la foi. Les prières eucharistiques que le prêtre récite seul sont des prières « du Christ qu’il adresse par son Corps au Père » (3). Dans la liturgie de la Parole, c’est le Christ lui-même qui prêche à son peuple. C’est lui-même, certainement, qui dit dans la liturgie sacrificielle « ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ». C’est lui qui salut le peuple, qui le bénit et qui, à la fin de la messe, l’envoie dans le monde. Par ses ornements, ses paroles et ses actions sacrées, le prêtre est le symbole liturgique de Jésus-Christ, non seulement du Christ historique mais du Christ ressuscité et assis au ciel à la droite du Père, comme Prêtre de la Nouvelle Alliance, « vivant pour toujours afin d’intercéder pour nous » (Hébreux, 7, 25).

 

C’est pourquoi, pour vivre pleinement de l’eucharistie, il faut être disposé à reconnaître le Christ dans le prêtre. Il est pratiquement impossible de saisir l’eucharistie dans la foi, et d’y prendre part, si l’on ignore ce mystère. En effet, le ministre-prêtre, à la messe, rend visible la présence et l’action invisibles de l’unique Prêtre, Jésus-Christ. Ce qui présuppose, évidemment, que le ministère du prêtre visible ne voile pas mais révèle cette présence invisible du Prêtre éternel.

 

Si l’on ne voit pas le Christ dans le prêtre, alors la messe est en grande part inintelligible, et il sera inévitable que sa célébration sombre dans des pratiques erronées – surtout si le prêtre lui-même vit peu ce mystère de la foi. En voici quelques exemples. Le prêtre qui siège représente le Christ, qui préside (4) l'assemblée eucharistique, assis à la droite du Père. Le faire asseoir sur une petite chaise manifeste l’ignorance de cette réalité de la foi. Le Dimanche des Rameaux, les fidèles en procession acclament le Christ, représenté par le prêtre célébrant, qui entre dans le temple – à Jérusalem – pour offrir le sacrifice, et ils l’accompagnent avec des palmes ou des rameaux. Si le prêtre porte lui-même ces derniers, c’est qu’il n’a pas une claire conscience de ce qu’il symbolise le Christ en cette procession. Le prêtre ignore également cette représentation mystérieuse du Christ lorsque, en modifiant les salutations et les bénédictions, il dit à la messe : «  Le Seigneur soit avec nous », ou bien : la bénédiction de Dieu « descende sur nous », ou encore : « allons en paix ». En réalité, en agissant de la sorte, non comme ministre représentant le Christ-Chef, mais comme un membre parmi d’autres du Christ, il cache le Seigneur, qu’il devrait au contraire rendre visible par ses actes ministériels.

 

Les exemples pourraient être multipliés, qui nous conduiraient tous à la même constatation : la foi dans le ministère de la représentation liturgique du Christ est de nos jours souvent actualisée pauvrement, y compris par les prêtres. L’égalitarisme de la mentalité actuelle est, à n’en pas douter, l’un des conditionnements ambiants qui expliquent l’obscurcissement de cet aspect de la foi.

 Père José María Iraburu

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NOTES

(1) Décret Presbyterorum ordinis, 7 décembre 1965, n° 2c. NdT : Le texte latin indique : « (…) ita ut in persona Christi Capitis agere valeant ». La traduction française du même texte indique, sur le site du Vatican, « (…) pour les rendre capables d’agir au nom du Christ Tête en personne », ce qui n’est pas la même chose.

 

(2) Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen gentium, 21 novembre 1964, n° 10b. NdT : Là encore, où le texte latin dit que le prêtre confectionne le sacrifice eucharistique « en la personne du Christ », la traduction française indique qu’il le fait « dans le rôle du Christ ».

 

(3) Constitution Sacrosanctum concilium sur la liturgie, 4 décembre 1963, n° 84.


(4) NdT : Il est devenu habituel de parler du prêtre qui "préside" l'eucharistie. "Présider" vient directement du verbe latin "praesidere", qui signifie au sens propre "sièger devant". Ce terme exprime à la fois la préséance et l'autorité. L'auteur du présent article signale, à la fin de ce dernier, que la mentalité égalitariste contribue à obscurcir le rôle significatif du prêtre. Il nous paraît que, dans ce même climat, l'usage de ce terme "présider" contribue au même effet. Dans la mesure, précisément, où prêtres et/ou fidèles perdent le sens christique du prêtre, il est commun que sa "présidence" soit regardée simplement comme celle d'un primus inter pares, un premier parmi des égaux, que certaines thèses d'ailleurs, malheureusement répandues, jugent démocratiquement substituable, y compris dans son rôle eucharistique.

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Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /Mai /2009 00:00

Déclaration de la Conférence des évêques de France en vue des élections européennes

S'informer et voter


Les élections des membres du Parlement européen auront lieu, en France, le dimanche 7 juin prochain. Même si les sentiments des Français à l'égard de l'Europe restent partagés, ces élections revêtent un enjeu d'importance, surtout dans les circonstances actuelles.
Le Parlement européen est le seul organe de l'Union européenne à être élu au suffrage universel direct, depuis 1979. Voter est toujours un devoir pour le citoyen mais, pour ne pas se tromper d'enjeu, cela nécessite une information sérieuse.

Promouvoir la paix

Depuis plus de cinquante ans, le développement de l'Union européenne a été un facteur de paix et de prospérité pour l'ensemble des pays qui en ont été les fondateurs ou qui l'ont rejointe, au fil des élargissements.
Aujourd'hui l'Europe est confrontée, comme le reste du monde, à la crise financière et à ses graves conséquences économiques. Bien des peurs, des crispations identitaires ou des tentations de repli sur les particularismes nationaux ou régionaux peuvent se faire jour, alors que l'issue ne peut se trouver que dans la concertation et dans une plus grande solidarité, compte tenu de l'imbrication de plus en plus forte de nos économies.
 

Développer la solidarité

Derrière la crise financière se profile aussi une crise de société. Une société individualiste creuse l'écart entre riches et pauvres et accentue l'exclusion des plus faibles. La solidarité doit s'exprimer dans un modèle social qui respecte pleinement la dignité de tout homme, en particulier du plus faible, dans chaque pays comme au sein de l'Union. L'homme n'est pas seulement un consommateur ou un producteur mais il porte aussi des valeurs sociales, familiales, culturelles et spirituelles.

Nous ne pouvons pas réclamer uniquement la solidarité pour nous-mêmes ou la limiter aux frontières de l'Union. Elle doit aussi se concrétiser dans l'action extérieure de l'Europe, dans sa politique de développement, des migrations et de l'environnement.
 

Changer nos modes de vie

La construction d'un tel modèle de société ne se fera pas spontanément et aucun Etat ne peut le faire seul. Cette construction demande des changements importants dans nos modes de vie et de consommation. Elle implique donc des décisions et des arbitrages politiques courageux, au niveau national comme au niveau européen.

Aujourd'hui plus que jamais, il est important que la France envoie au Parlement européen des femmes et des hommes de conviction qui s'engagent à y défendre le respect de tout homme et de tout l'homme.
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /Avr /2009 17:11

Discours de Mgr André Vint-Trois, prononcé cet après-midi à Lourdes.

Au terme de cette assemblée de printemps, nous pouvons rendre grâce à Dieu et nous féliciter du travail accompli, non seulement pour la richesse de nos échanges sur les différents sujets abordés, mais aussi, et peut-être surtout, pour le climat fraternel qui nous a permis de partager dans la liberté nos préoccupations et nos réflexions sur la période difficile que nous venons de traverser. Ce fut un moment de réflexion profonde sur la vie de notre Église qui est indissociable du temps liturgique que nous vivons.

Dans nos diocèses respectifs, nous allons célébrer la fête des Rameaux et entrer dans la célébration de la sainte semaine de la Passion et de la Résurrection du Seigneur. Nous aurons la grande joie de célébrer la Messe Chrismale, entourés par notre presbyterium avec les diacres et les consacrés et de nombreux fidèles de nos diocèses. Ce sera une occasion de vivre et de manifester la communion qui nous unit aux prêtres, nos collaborateurs directs et nos frères dans le sacerdoce ministériel, de renouveler et raviver les liens sacramentels qui nous unissent et de fortifier l'amitié qui nous lie.

Rassemblés aujourd'hui, les évêques de France veulent dire à tous les prêtres vivant et agissant en France, qu'ils soient de chez nous ou d'ailleurs, notre grande confiance et notre profonde affection dans le Seigneur. La prochaine ouverture de l'année du prêtre sera une occasion pour tous les catholiques de mieux prendre conscience du ministère des prêtres dans l'Église et pour des jeunes de répondre à l'appel que nous leur adressons : venez au service de l'Eglise en France et de sa mission, comme prêtres diocésains.

La Résurrection du Christ est la source et le cœur de notre foi. C'est elle qui engendre l'Église par le don de l'Esprit, c'est elle qui suscite et développe notre mission, c'est elle qui alimente notre espérance et qui fonde le regard d'amour et de confiance que nous portons sur les hommes et les femmes de notre temps et sur le monde qui est le nôtre et dans lequel Dieu nous envoie témoigner de la Bonne Nouvelle du salut. Clerc qui a reçu le diaconat. Peuple chrétien confié à un évêque. Confiance dans les promesses du Christ. Bienveillance de Dieu pour les hommes. Célébration qui commémore le sacrifice du Christ. Service confié à un membre de l'Eglise. Chrétien qui a reçu le sacrement de l'Ordre. Fête chrétienne qui commémore l'entrée de Jésus à Jérusalem. Centre de la foi et de l'espérance chrétienne. Etat de celui qui a reçu le sacrement de l'ordre. C'est pourquoi notre évaluation et notre discernement sur la vie de notre Église ne se réduisent pas à une analyse de son fonctionnement institutionnel, - même si nous le faisons aussi quand c'est nécessaire -, ni à une confrontation permanente aux images de nous-mêmes qui nous sont renvoyées par la société globale et ses idéologies. C'est un retour permanent vers la croix du Christ qui est notre critère d'évaluation et de discernement. Comment sommes-nous mieux ajustés au témoignage que nous devons rendre à l'Évangile ? Comment vivons-nous l'unité ecclésiale entre nous et avec toutes les Églises en communion avec le Successeur de Pierre qui en est le garant et le serviteur ?

La récente épreuve que nous venons de traverser nous a peut-être encouragés à revenir au cœur de la mission qui est la nôtre, sans nous laisser emporter et détourner de cette mission par la violence des polémiques. Car notre première mission est bien d'annoncer au monde que l'amour de Dieu a été jusque là : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a envoyé son Fils, son Unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise. » (Jean 3, 16-17). Nous sommes les premiers témoins de cette miséricorde de Dieu et c'est notre premier engagement pastoral d'exprimer cet amour en toute circonstance. C'est cet amour de charité qui est aussi le fondement du témoignage que nous devons rendre à l'ambition de Dieu pour les hommes.

Le Christ ne s'est pas présenté pour rallier les opinions majoritaires ou se conformer à la pensée correcte de son temps. Il est venu pour dévoiler une ambition plus haute : appeler les pécheurs à la conversion et à la sainteté. Cet appel scandalisait ceux qui se croyaient justes dans leurs certitudes et qui prétendaient savoir ce qui est bon pour l'homme. Il faisait bondir de joie ceux qui étaient guéris et pardonnés et les entrainaient sur les chemins exigeants de l'amour. Aujourd'hui, nous sommes envoyés pour actualiser cet appel adressé à tout être humain de mener une vie digne de sa grandeur unique et pour susciter chez lui la confiance et l'espérance qu'il en est capable.

Amour de Dieu et du prochain. Confiance dans les promesses du Christ. Attitude qui incite à l'indulgence et au pardon. Etat de ceux qui vivent dans l'amitié de Dieu. C'est ce que nous faisons quand nous invitons nos contemporains, et surtout les plus jeunes, à vivre une sexualité digne de la raison et de la responsabilité humaines en ne cédant pas au mythe de relations irresponsables, supposées sans risque, qui finissent par éteindre la joie de l'amour d'un homme et d'une femme et par le réduire à une conduite mortifère qui suscite l'angoisse. C'est encore ce que nous faisons quand nous encourageons celles et ceux qui sont engagés dans la recherche scientifique et médicale en rappelant l'exigence du respect de la dignité humaine, y compris dans les hommes et les femmes qui ne correspondent pas aux critères d'une super humanité. Comment se satisfaire de l'élimination des individus non-conformes aux ratios d'une normalité supposée ? On ne sauve pas l'homme si on ne respecte pas les plus faibles ou si on rejette les plus diminués ou les plus exposés. Il en va du bien commun de notre société à venir. C'est enfin ce que nous faisons quand les membres de nos communautés s'engagent généreusement pour le service des plus pauvres : malades, vieillards, chômeurs, immigrés, etc. Nous voulons poursuivre ce service en étant plus attentifs aux nouvelles pauvretés générées par notre société : enfants de foyer monoparental, réfugiés et immigrés, personnes rejetées et marginalisées, etc.

C'est encore le service de l'homme qui nous a conduits à réfléchir sur la crise économique qui frappe notre société. Des experts nous ont aidés à comprendre mieux les méfaits d'un fonctionnement financier sans régulations suffisantes. Nous avons mesuré le risque de croire à une fatalité plutôt qu'à la capacité humaine de maîtriser une situation par des décisions démocratiques. Nous avons mieux compris qu'il est illusoire de confondre le rôle des experts, qui ne sont pas infaillibles, avec celui des décideurs et l'importance du fonctionnement des corps intermédiaires dans la gestion des aspirations et des conflits inévitables. Nous avons surtout mesuré qu'il y a des actions à mener, et donc à soutenir : réévaluer les priorités humaines de l'économie et du système financier, développer la solidarité envers les plus démunis, solidarité publique et initiatives privées et associatives, encourager les initiatives, les porteurs et les acteurs de projets. Si cette crise marque la fin d'une époque, elle n'est pas la fin du monde. Nous avons à aider nos compatriotes à percevoir l'opportunité qui s'offre de revoir nos modes de vie et nos priorités financières.

Dans nos diocèses, beaucoup ont été déstabilisés et troublés par les campagnes récentes. Nous voulons partager avec tous la confiance qui nous habite : notre Église n'est pas un bateau en perdition. Elle est animée et conduite par l'Esprit-Saint. Sa vitalité et son dynamisme dépendent de la communion que nous vivons avec le Christ ressuscité et de la communion que nous vivons avec tous nos frères à travers le monde. Nous, vos évêques, nous sommes en union étroite avec le Pape Benoît XVI à qui nous redisons notre affection et notre soutien sans faille. C'est dans l'esprit de ce soutien sans faille que nous lui avons librement exprimé nos regrets devant les difficultés récentes. Avec le Pape, nous sommes les garants de cette communion ecclésiale et nous nous efforçons de la mettre en pratique, comme nous venons de le vivre pendant ces quelques jours.

Joyeuses et saintes fêtes de Pâques à tous !
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 08:34


L'inauguration de l'année judiciaire a eu lieu au Vatican, samedi 9 janvier, en présence des plus hautes autorités judiciaires italiennes. La messe a été présidée par le cardinal secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone.


 

« Ce qui doit guider ceux qui agissent dans le domaine de la justice n'est pas la satisfaction personnelle, mais la protection du bien commun », a notamment fait observer le cardinal Bertone dans son homélie, qui a insisté sur ces pivots de la justice et de l'amour que sont non seulement le bien commun mais aussi l'harmonie entre les personnes et l'option en faveur des plus faibles.


« La loi est depuis toujours la force de qui est le plus faible, et elle a donc en elle la force du droit, qui fait surmonter la barbarie du droit de la force », a déclaré le cardinal Bertone, de sorte que ceux qui sont en charge « d'administrer » la justice humaine doivent se montrer « respectueux de la vérité et attentifs à toutes les exigences de la dignité de l'homme ».


Mais il a ajouté qu'il convient de regarder au-delà de la simple dimension humaine, avec la « crainte de Dieu », qu'il définit comme « la conscience d'en répondre à une justice supérieure ».


Il a en même temps diagnostiqué le danger « réel » de nuire à la « solidarité » du fait de « l'individualisme moderne, dont l'idéologie actuelle du nihilisme représente l'expression la plus néfaste », d'où découle le fait que « l'existence humaine en vient à perdre son sens, et à assumer une valeur contingente de calcul économique » constitutive d'une « aliénation » aux graves effets parmi lesquels « la négligence de toute forme de sainte tradition, le manque d'intérêt pour les devoirs issu des formes de vie asociative et l'indifférence devant les devoirs de la justice et de la solidarité humaine ».


Au contraire, « le principe de l'amour de la personne humaine constitue le fondement de tout ordre social et juridique », a rappelé le cardinal secrétaire d'Etat, en ré-affirmant les principes fondamentaux du « bien commun », du caractère « central » de la personne humaine et de la « vérité ».

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Mercredi 24 décembre 2008 3 24 /12 /Déc /2008 11:47

Message de Noël


"Cette année, nous célébrons Noël dans une période de turbulence économique mondiale sans précédent depuis les années 30. Cette situation risque malheuseusement de ne pas s'améliorer rapidement, même en Australie, de sorte que nos premières pensées doivent aller à ceux qui ont déjà perdu leur emploi.


Tous les hommes de bonne volonté et particulièrement les chrétiens doivent être prêts à co-opérer, même au prix de sacrifices personnels, pour aider ceux qui ont des difficultés. Les chrétiens savent que Dieu n'a d'autres mains que les nôtres pour travailler à l'amélioration du monde et les non-chrétiens attendent de nous la mise en pratique de ce que nous préchons sur la solidarité et l'aide.


Les périodes difficiles nous secouent et, parfois, nous aident à vérifier nos priorités. Mettons-nous en premier les choses premières ? Quelles sont les choses premières, les plus importantes pour nous ? A quoi doit correspondre la fête de Noël quand les temps sont durs ?

Comme toujours, Noël nous emmène au-delà de l'admiration irréflechie des apparences, nous appelle à ne pas nous arrêter aux emballages pour chercher le cadeau qu'ils renferment.


La naissance d'un enfant est toujours mystérieuse et merveilleuse, révélant le meilleur de chacun de nous, même si cette bonne volonté s'affadie parfois rapidement.

Mais Noël requiert de l'honnêteté,  d'être prêt à sortir de notre égocentrisme, de notre impérial égo, et d'admettre qu'un nouveau-né juif était et est le Fils de Dieu.


Ce postulat renverse tout. Le centre de gravité du monde n'est pas les centres financiers de Wall Street ou de la City, mais une grotte à Bethléhem. La monnaie la plus importante n'est pas le dollar ou l'euro, mais le service de l'amour.


Les enfants des grands de ce monde sont nés dans de grands palais et souffrent généralement dans des endroits cachés. Jésus Christ, lui, est né dans une étable dans un obscur village, dans un petit Etat occupé par des étrangers, mais a souffert et subi une mort publique et humiliante dans une capitale.


Le monde n'est pas ce qu'il paraît au premier coup d'oeil et Noël est le moment pour retrouver notre sens du merveilleux. Pas uniquement pour réflechir à la façon dont les grands capitaines de la finance internationale ont pu se tromper aussi lourdement, mais réflechir  aux grâces quotidiennes que nous prenons pour acquises : amis, famille, une société décente et notre mode de vie.

Je souhaite à tous la paix de Noël, spécialement à ceux qui se battent contre la maladie, la tristesse ou les conséquences de nos malheurs financiers.


+ Cardinal George Pell
Archevêque de Sydney
24 December 2008"




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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 09:16

(Source Zenit.org) Voici le commentaire de l'Evangile célèbre mais parfois mal compris du dimanche 19 octobre fait par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale. 
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Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22, 15-21 

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d'Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l'impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? - De l'empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

 

"A César ce qui est à César

L'Evangile de ce dimanche se termine par une de ces phrases lapidaires de Jésus qui ont profondément marqué l'histoire et le langage humain : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ce n'est plus : ou César ou Dieu mais l'un et l'autre, chacun à son niveau. C'est le début de la séparation entre religion et politique, jusqu'alors inséparables dans la vie de tous les peuples et dans tous les régimes. Les juifs avaient l'habitude de concevoir le futur règne de Dieu instauré par le Messie comme une théocratie, c'est-à-dire comme un gouvernement dirigé par Dieu sur toute la terre à travers son peuple. Mais à présent, la parole du Christ révèle un règne de Dieu qui est dans ce monde mais pas de ce monde, qui se trouve sur une autre longueur d'onde et qui peut donc coexister avec n'importe quel régime, qu'il soit de type sacré ou « laïc ». 


On découvre ainsi deux types de souveraineté de Dieu sur le monde, différents sur le plan qualitatif : la souveraineté spirituelle qui constitue le règne de Dieu et qu'il exerce directement en Jésus Christ, et la souveraineté temporelle ou politique que Dieu exerce indirectement, en la confiant au libre choix des personnes et au jeu des causes secondaires. 


Cependant, César et Dieu ne sont pas mis sur le même plan car César dépend lui-même de Dieu et doit lui rendre des comptes. « Rendez à César ce qui est à César », signifie donc : « Rendez à César ce que Dieu lui-même veut qu'on rende à César ». C'est Dieu le souverain ultime de tous, y compris de César. Nous ne sommes pas partagés entre deux appartenances ; nous ne sommes pas obligés de servir « deux maîtres ». Le chrétien est libre d'obéir à l'Etat mais aussi de lui résister quand celui-ci s'érige contre Dieu et sa loi. Dans ce cas, rien ne sert d'invoquer le principe de l'ordre reçu des supérieurs, comme le font les responsables de crimes de guerre, dans les tribunaux. Avant d'obéir aux hommes, il faut en effet obéir à Dieu et à sa propre conscience. On ne peut rendre à César notre âme qui est à Dieu. 


C'est saint Paul qui a tiré le premier les conclusions pratiques de cet enseignement du Christ. Il écrit : « Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu... Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu... N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts ? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office » (Rm 13, 1 ss.). Payer honnêtement ses impôts est un devoir de justice pour un chrétien (mais aussi pour toute personne honnête) et donc un devoir de conscience. En garantissant l'ordre, le commerce et toute une série d'autres services, l'Etat donne au citoyen une chose en échange de laquelle il a droit à une contrepartie, pour pouvoir justement continuer à rendre ces services.


Le Catéchisme de l'Eglise catholique nous rappelle que lorsqu'elle atteint certaines proportions, la fuite des capitaux est un péché mortel, comme n'importe quel autre vol grave. C'est un vol fait non pas à « l'Etat », c'est-à-dire à personne, mais à la communauté, c'est-à-dire à tous. Ceci suppose naturellement aussi que l'Etat soit juste et équitable dans la répartition des impôts.


La collaboration des chrétiens à la construction d'une société juste et pacifique ne se limite pas au paiement des impôts ; elle doit aussi s'étendre à la promotion des valeurs communes, comme la famille, la défense de la vie, la solidarité avec les plus pauvres, la paix.


Mais les chrétiens devraient apporter une contribution plus importante à la politique, d'une autre manière encore. Celle-ci ne concerne pas tant les contenus que les méthodes, le style. Il faut ôter son venin au climat de dispute permanente, retrouver davantage de respect, de tenue et de dignité, dans les relations entre les partis. Respect du prochain, douceur, capacité d'autocritique : autant d'éléments qu'un disciple du Christ doit apporter partout, même en politique. Il est indigne d'un chrétien de se laisser aller aux insultes, au sarcasme, et d'en venir aux mains contre ses adversaires. Si, comme le disait Jésus, même celui qui traite son frère de « crétin », « en répondra dans la géhenne de feu », qu'en sera-t-il de nombreux hommes politiques ? "


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Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /Oct /2008 17:00


Voici un beau texte de Mgr Ebacher, Archevêque de Gatineau (Québec), que nous souhaitons vous faire partager, pour ne pas oublier l'essentiel dans ces périodes de crise (v. le site du diocèse et d'autres articles de Mgr Ebacher).

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"La fin de semaine annuelle de « l’action de grâces » est une invitation à ne pas banaliser cette attitude humaine et chrétienne fondamentale.

Rendre grâces, c’est reconnaître que nous avons reçu des bons mots, des biens divers gracieusement, gratuitement. Mais, en réalité, vivons-nous une telle reconnaissance dans nos cœurs? Quand? Comment?

Oui, nous rendons grâces dans les fêtes qui marquent par exemple l’anniversaire de mariage de nos parents. Ils nous ont donné la vie gratuitement. Nous leur en sommes reconnaissants et nous le leur disons par une célébration, des fleurs, des cartes, des baisers, des visites. Et aussi quand nous célébrons avec un ami, quand nous disons merci….

Pour celles et ceux qui croient en Dieu, tout devient motif de rendre grâces. Car tout nous vient gratuitement de lui. Déjà le roi David, habité par la sagesse religieuse antique, affirmait à Dieu dans sa prière : « Tout ce que nous t’offrons, nous l’avons reçu de ta main » (1 Chroniques, 28,14). Jésus lui-même invite à la même dynamique spirituelle : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10,8). Et saint Paul demandait instamment à ses communautés de ne pas critiquer et se plaindre, mais bien de rendre grâces à Dieu pour tout et toujours.
 
La spiritualité de Thérèse de l’Enfant-Jésus, qu’un célèbre écrivain a résumé en disant : « Tout est grâces », est l’adaptation pour aujourd’hui de cette grande tradition spirituelle. Tout vient de Dieu qui nous aime avec tendresse et fidélité. Alors, comme il importe de sans cesse lui dire notre admiration, nos remerciements, nos mercis, en toute confiance et en tout abandon filial. 

Le mois d’octobre, qui est un temps d‘engrangement dans nos cœurs et nos mémoires des fruits d’amitié, de rencontres, de soutiens récoltés durant l’été, est sans doute un bon moment pour développer cette attitude purificatrice et libératrice de nos mauvaises humeurs, de nos peurs incessantes et de nos lamentations. « Rendons grâces…! »
".
 
† Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
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