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Paroles d'évêque et de prêtre

Jeudi 28 janvier 2010 4 28 /01 /2010 00:01

Par le Père José María IRABURU - Trad. Pierre GABARRA

A la suite des articles publiés sur "La débâcle liturgique", par Mgr Masson, il nous a paru intéressant de publier la traduction d'un texte écrit par un prêtre espagnol, le P. José María Iraburu, portant sur l'obscurcissement, dans la foi et dans les faits, de la fonction sacerdotale dans l'Eglise.

 

Cette analyse part d'un autre point de vue, est mûrie dans un autre contexte, mais elle s'achemine, au fond, vers la même conclusion : la perte du sens du prêtre, chez beaucoup de prêtres eux-mêmes et chez beaucoup de laïcs, perte que corrobore souvent notre expérience personnelle et qui est révélée par une perte du sens liturgique. Lorsque ce sens est en recul, c'est en général l'homme qui prend le dessus, avec ses défauts, ses lubies, ses imaginations, son goût de paraître et de se mettre en avant. Le sens liturgique, le sens du prêtre, passe par l'effacement devant la fonction sacerdotale, devant le Christ agissant pour le salut du monde et la sanctification des âmes.

 

Cet article peut être lu en espagnol sur le site de Schola Veritatis.


Tout le peuple chrétien est sacerdotal, parce qu’il a pour chef le Christ-Prêtre et qu’il est voué à promouvoir la gloire de Dieu et le salut des hommes, en faisant de sa propre vie une offrande permanente. Pourtant, il a plu au Seigneur d’instituer un « sacrement spécial [celui de l'Ordre], par lequel les prêtres, par l'onction de l'Esprit Saint, sont marqués d'un caractère spécial et ainsi configurés au Christ-Prêtre, de sorte qu'ils puissent agir dans la personne du Christ-Chef » (1). La grâce propre de ce sacrement leur donne un nouvel être, qui les ouvre à une possibilité nouvelle d’agir. Dès lors, ces chrétiens, constitués prêtres et ministres, doivent vivre, toujours et partout, le ministère de la représentation du Christ parmi leurs frères. Sacerdos alter Christus.

 

En effet, le Concile Vatican II enseigne que « le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, qui ont entre eux une différence essentielle et non pas seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre car tous d’eux participent, selon leur mode propre, de l’unique sacerdoce du Christ. Le sacerdoce ministériel, par le pouvoir sacré dont il jouit, forme et dirige le peuple sacerdotal, confectionne le sacrifice eucharistique en la personne du Christ, et l’offre au nom de tout le peuple de Dieu. Les fidèles, en revanche, en vertu de leur sacerdoce royal, concourent à l’offrande de l’Eucharistie, et l’exercent par la réception des sacrements, par la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et par une charité effective » (2).

 

Avec plus de force encore, le Synode épiscopal de 1971, consacré au sacerdoce, affirme ces réalités de la foi : « Parmi les différents charismes et services, seul le ministère sacerdotal du Nouveau Testament, qui continue le ministère du Christ médiateur et qui est distinct du sacerdoce commun des fidèles, non seulement par degré mais par essence, pérennise l’œuvre essentielle des Apôtres. En effet, en proclamant efficacement l’Evangile, en réunissant et en guidant la communauté, en pardonnant les péchés et, surtout, en célébrant l’Eucharistie, il rend présent le Christ, Chef de la communauté, dans l’exercice de son œuvre de rédemption humaine et de parfaite glorification de Dieu. Le prêtre rend sacramentellement présent le Christ, Sauveur de tout l’homme, parmi ses frères, non seulement dans sa vie personnelle mais également sociale (II,4).

 

Que le prêtre représente le Christ dans l'eucharistie, et qu’il agisse en sa personne, en son nom, est certain dans la foi. Les prières eucharistiques que le prêtre récite seul sont des prières « du Christ qu’il adresse par son Corps au Père » (3). Dans la liturgie de la Parole, c’est le Christ lui-même qui prêche à son peuple. C’est lui-même, certainement, qui dit dans la liturgie sacrificielle « ceci est mon Corps, ceci est mon Sang ». C’est lui qui salut le peuple, qui le bénit et qui, à la fin de la messe, l’envoie dans le monde. Par ses ornements, ses paroles et ses actions sacrées, le prêtre est le symbole liturgique de Jésus-Christ, non seulement du Christ historique mais du Christ ressuscité et assis au ciel à la droite du Père, comme Prêtre de la Nouvelle Alliance, « vivant pour toujours afin d’intercéder pour nous » (Hébreux, 7, 25).

 

C’est pourquoi, pour vivre pleinement de l’eucharistie, il faut être disposé à reconnaître le Christ dans le prêtre. Il est pratiquement impossible de saisir l’eucharistie dans la foi, et d’y prendre part, si l’on ignore ce mystère. En effet, le ministre-prêtre, à la messe, rend visible la présence et l’action invisibles de l’unique Prêtre, Jésus-Christ. Ce qui présuppose, évidemment, que le ministère du prêtre visible ne voile pas mais révèle cette présence invisible du Prêtre éternel.

 

Si l’on ne voit pas le Christ dans le prêtre, alors la messe est en grande part inintelligible, et il sera inévitable que sa célébration sombre dans des pratiques erronées – surtout si le prêtre lui-même vit peu ce mystère de la foi. En voici quelques exemples. Le prêtre qui siège représente le Christ, qui préside (4) l'assemblée eucharistique, assis à la droite du Père. Le faire asseoir sur une petite chaise manifeste l’ignorance de cette réalité de la foi. Le Dimanche des Rameaux, les fidèles en procession acclament le Christ, représenté par le prêtre célébrant, qui entre dans le temple – à Jérusalem – pour offrir le sacrifice, et ils l’accompagnent avec des palmes ou des rameaux. Si le prêtre porte lui-même ces derniers, c’est qu’il n’a pas une claire conscience de ce qu’il symbolise le Christ en cette procession. Le prêtre ignore également cette représentation mystérieuse du Christ lorsque, en modifiant les salutations et les bénédictions, il dit à la messe : «  Le Seigneur soit avec nous », ou bien : la bénédiction de Dieu « descende sur nous », ou encore : « allons en paix ». En réalité, en agissant de la sorte, non comme ministre représentant le Christ-Chef, mais comme un membre parmi d’autres du Christ, il cache le Seigneur, qu’il devrait au contraire rendre visible par ses actes ministériels.

 

Les exemples pourraient être multipliés, qui nous conduiraient tous à la même constatation : la foi dans le ministère de la représentation liturgique du Christ est de nos jours souvent actualisée pauvrement, y compris par les prêtres. L’égalitarisme de la mentalité actuelle est, à n’en pas douter, l’un des conditionnements ambiants qui expliquent l’obscurcissement de cet aspect de la foi.

 Père José María Iraburu

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NOTES

(1) Décret Presbyterorum ordinis, 7 décembre 1965, n° 2c. NdT : Le texte latin indique : « (…) ita ut in persona Christi Capitis agere valeant ». La traduction française du même texte indique, sur le site du Vatican, « (…) pour les rendre capables d’agir au nom du Christ Tête en personne », ce qui n’est pas la même chose.

 

(2) Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen gentium, 21 novembre 1964, n° 10b. NdT : Là encore, où le texte latin dit que le prêtre confectionne le sacrifice eucharistique « en la personne du Christ », la traduction française indique qu’il le fait « dans le rôle du Christ ».

 

(3) Constitution Sacrosanctum concilium sur la liturgie, 4 décembre 1963, n° 84.


(4) NdT : Il est devenu habituel de parler du prêtre qui "préside" l'eucharistie. "Présider" vient directement du verbe latin "praesidere", qui signifie au sens propre "sièger devant". Ce terme exprime à la fois la préséance et l'autorité. L'auteur du présent article signale, à la fin de ce dernier, que la mentalité égalitariste contribue à obscurcir le rôle significatif du prêtre. Il nous paraît que, dans ce même climat, l'usage de ce terme "présider" contribue au même effet. Dans la mesure, précisément, où prêtres et/ou fidèles perdent le sens christique du prêtre, il est commun que sa "présidence" soit regardée simplement comme celle d'un primus inter pares, un premier parmi des égaux, que certaines thèses d'ailleurs, malheureusement répandues, jugent démocratiquement substituable, y compris dans son rôle eucharistique.

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Vendredi 1 mai 2009 5 01 /05 /2009 00:00

Déclaration de la Conférence des évêques de France en vue des élections européennes

S'informer et voter


Les élections des membres du Parlement européen auront lieu, en France, le dimanche 7 juin prochain. Même si les sentiments des Français à l'égard de l'Europe restent partagés, ces élections revêtent un enjeu d'importance, surtout dans les circonstances actuelles.
Le Parlement européen est le seul organe de l'Union européenne à être élu au suffrage universel direct, depuis 1979. Voter est toujours un devoir pour le citoyen mais, pour ne pas se tromper d'enjeu, cela nécessite une information sérieuse.

Promouvoir la paix

Depuis plus de cinquante ans, le développement de l'Union européenne a été un facteur de paix et de prospérité pour l'ensemble des pays qui en ont été les fondateurs ou qui l'ont rejointe, au fil des élargissements.
Aujourd'hui l'Europe est confrontée, comme le reste du monde, à la crise financière et à ses graves conséquences économiques. Bien des peurs, des crispations identitaires ou des tentations de repli sur les particularismes nationaux ou régionaux peuvent se faire jour, alors que l'issue ne peut se trouver que dans la concertation et dans une plus grande solidarité, compte tenu de l'imbrication de plus en plus forte de nos économies.
 

Développer la solidarité

Derrière la crise financière se profile aussi une crise de société. Une société individualiste creuse l'écart entre riches et pauvres et accentue l'exclusion des plus faibles. La solidarité doit s'exprimer dans un modèle social qui respecte pleinement la dignité de tout homme, en particulier du plus faible, dans chaque pays comme au sein de l'Union. L'homme n'est pas seulement un consommateur ou un producteur mais il porte aussi des valeurs sociales, familiales, culturelles et spirituelles.

Nous ne pouvons pas réclamer uniquement la solidarité pour nous-mêmes ou la limiter aux frontières de l'Union. Elle doit aussi se concrétiser dans l'action extérieure de l'Europe, dans sa politique de développement, des migrations et de l'environnement.
 

Changer nos modes de vie

La construction d'un tel modèle de société ne se fera pas spontanément et aucun Etat ne peut le faire seul. Cette construction demande des changements importants dans nos modes de vie et de consommation. Elle implique donc des décisions et des arbitrages politiques courageux, au niveau national comme au niveau européen.

Aujourd'hui plus que jamais, il est important que la France envoie au Parlement européen des femmes et des hommes de conviction qui s'engagent à y défendre le respect de tout homme et de tout l'homme.
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 /04 /2009 17:11

Discours de Mgr André Vint-Trois, prononcé cet après-midi à Lourdes.

Au terme de cette assemblée de printemps, nous pouvons rendre grâce à Dieu et nous féliciter du travail accompli, non seulement pour la richesse de nos échanges sur les différents sujets abordés, mais aussi, et peut-être surtout, pour le climat fraternel qui nous a permis de partager dans la liberté nos préoccupations et nos réflexions sur la période difficile que nous venons de traverser. Ce fut un moment de réflexion profonde sur la vie de notre Église qui est indissociable du temps liturgique que nous vivons.

Dans nos diocèses respectifs, nous allons célébrer la fête des Rameaux et entrer dans la célébration de la sainte semaine de la Passion et de la Résurrection du Seigneur. Nous aurons la grande joie de célébrer la Messe Chrismale, entourés par notre presbyterium avec les diacres et les consacrés et de nombreux fidèles de nos diocèses. Ce sera une occasion de vivre et de manifester la communion qui nous unit aux prêtres, nos collaborateurs directs et nos frères dans le sacerdoce ministériel, de renouveler et raviver les liens sacramentels qui nous unissent et de fortifier l'amitié qui nous lie.

Rassemblés aujourd'hui, les évêques de France veulent dire à tous les prêtres vivant et agissant en France, qu'ils soient de chez nous ou d'ailleurs, notre grande confiance et notre profonde affection dans le Seigneur. La prochaine ouverture de l'année du prêtre sera une occasion pour tous les catholiques de mieux prendre conscience du ministère des prêtres dans l'Église et pour des jeunes de répondre à l'appel que nous leur adressons : venez au service de l'Eglise en France et de sa mission, comme prêtres diocésains.

La Résurrection du Christ est la source et le cœur de notre foi. C'est elle qui engendre l'Église par le don de l'Esprit, c'est elle qui suscite et développe notre mission, c'est elle qui alimente notre espérance et qui fonde le regard d'amour et de confiance que nous portons sur les hommes et les femmes de notre temps et sur le monde qui est le nôtre et dans lequel Dieu nous envoie témoigner de la Bonne Nouvelle du salut. Clerc qui a reçu le diaconat. Peuple chrétien confié à un évêque. Confiance dans les promesses du Christ. Bienveillance de Dieu pour les hommes. Célébration qui commémore le sacrifice du Christ. Service confié à un membre de l'Eglise. Chrétien qui a reçu le sacrement de l'Ordre. Fête chrétienne qui commémore l'entrée de Jésus à Jérusalem. Centre de la foi et de l'espérance chrétienne. Etat de celui qui a reçu le sacrement de l'ordre. C'est pourquoi notre évaluation et notre discernement sur la vie de notre Église ne se réduisent pas à une analyse de son fonctionnement institutionnel, - même si nous le faisons aussi quand c'est nécessaire -, ni à une confrontation permanente aux images de nous-mêmes qui nous sont renvoyées par la société globale et ses idéologies. C'est un retour permanent vers la croix du Christ qui est notre critère d'évaluation et de discernement. Comment sommes-nous mieux ajustés au témoignage que nous devons rendre à l'Évangile ? Comment vivons-nous l'unité ecclésiale entre nous et avec toutes les Églises en communion avec le Successeur de Pierre qui en est le garant et le serviteur ?

La récente épreuve que nous venons de traverser nous a peut-être encouragés à revenir au cœur de la mission qui est la nôtre, sans nous laisser emporter et détourner de cette mission par la violence des polémiques. Car notre première mission est bien d'annoncer au monde que l'amour de Dieu a été jusque là : « Dieu a tant aimé le monde qu'Il a envoyé son Fils, son Unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise. » (Jean 3, 16-17). Nous sommes les premiers témoins de cette miséricorde de Dieu et c'est notre premier engagement pastoral d'exprimer cet amour en toute circonstance. C'est cet amour de charité qui est aussi le fondement du témoignage que nous devons rendre à l'ambition de Dieu pour les hommes.

Le Christ ne s'est pas présenté pour rallier les opinions majoritaires ou se conformer à la pensée correcte de son temps. Il est venu pour dévoiler une ambition plus haute : appeler les pécheurs à la conversion et à la sainteté. Cet appel scandalisait ceux qui se croyaient justes dans leurs certitudes et qui prétendaient savoir ce qui est bon pour l'homme. Il faisait bondir de joie ceux qui étaient guéris et pardonnés et les entrainaient sur les chemins exigeants de l'amour. Aujourd'hui, nous sommes envoyés pour actualiser cet appel adressé à tout être humain de mener une vie digne de sa grandeur unique et pour susciter chez lui la confiance et l'espérance qu'il en est capable.

Amour de Dieu et du prochain. Confiance dans les promesses du Christ. Attitude qui incite à l'indulgence et au pardon. Etat de ceux qui vivent dans l'amitié de Dieu. C'est ce que nous faisons quand nous invitons nos contemporains, et surtout les plus jeunes, à vivre une sexualité digne de la raison et de la responsabilité humaines en ne cédant pas au mythe de relations irresponsables, supposées sans risque, qui finissent par éteindre la joie de l'amour d'un homme et d'une femme et par le réduire à une conduite mortifère qui suscite l'angoisse. C'est encore ce que nous faisons quand nous encourageons celles et ceux qui sont engagés dans la recherche scientifique et médicale en rappelant l'exigence du respect de la dignité humaine, y compris dans les hommes et les femmes qui ne correspondent pas aux critères d'une super humanité. Comment se satisfaire de l'élimination des individus non-conformes aux ratios d'une normalité supposée ? On ne sauve pas l'homme si on ne respecte pas les plus faibles ou si on rejette les plus diminués ou les plus exposés. Il en va du bien commun de notre société à venir. C'est enfin ce que nous faisons quand les membres de nos communautés s'engagent généreusement pour le service des plus pauvres : malades, vieillards, chômeurs, immigrés, etc. Nous voulons poursuivre ce service en étant plus attentifs aux nouvelles pauvretés générées par notre société : enfants de foyer monoparental, réfugiés et immigrés, personnes rejetées et marginalisées, etc.

C'est encore le service de l'homme qui nous a conduits à réfléchir sur la crise économique qui frappe notre société. Des experts nous ont aidés à comprendre mieux les méfaits d'un fonctionnement financier sans régulations suffisantes. Nous avons mesuré le risque de croire à une fatalité plutôt qu'à la capacité humaine de maîtriser une situation par des décisions démocratiques. Nous avons mieux compris qu'il est illusoire de confondre le rôle des experts, qui ne sont pas infaillibles, avec celui des décideurs et l'importance du fonctionnement des corps intermédiaires dans la gestion des aspirations et des conflits inévitables. Nous avons surtout mesuré qu'il y a des actions à mener, et donc à soutenir : réévaluer les priorités humaines de l'économie et du système financier, développer la solidarité envers les plus démunis, solidarité publique et initiatives privées et associatives, encourager les initiatives, les porteurs et les acteurs de projets. Si cette crise marque la fin d'une époque, elle n'est pas la fin du monde. Nous avons à aider nos compatriotes à percevoir l'opportunité qui s'offre de revoir nos modes de vie et nos priorités financières.

Dans nos diocèses, beaucoup ont été déstabilisés et troublés par les campagnes récentes. Nous voulons partager avec tous la confiance qui nous habite : notre Église n'est pas un bateau en perdition. Elle est animée et conduite par l'Esprit-Saint. Sa vitalité et son dynamisme dépendent de la communion que nous vivons avec le Christ ressuscité et de la communion que nous vivons avec tous nos frères à travers le monde. Nous, vos évêques, nous sommes en union étroite avec le Pape Benoît XVI à qui nous redisons notre affection et notre soutien sans faille. C'est dans l'esprit de ce soutien sans faille que nous lui avons librement exprimé nos regrets devant les difficultés récentes. Avec le Pape, nous sommes les garants de cette communion ecclésiale et nous nous efforçons de la mettre en pratique, comme nous venons de le vivre pendant ces quelques jours.

Joyeuses et saintes fêtes de Pâques à tous !
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /2009 08:34


L'inauguration de l'année judiciaire a eu lieu au Vatican, samedi 9 janvier, en présence des plus hautes autorités judiciaires italiennes. La messe a été présidée par le cardinal secrétaire d'Etat Tarcisio Bertone.


 

« Ce qui doit guider ceux qui agissent dans le domaine de la justice n'est pas la satisfaction personnelle, mais la protection du bien commun », a notamment fait observer le cardinal Bertone dans son homélie, qui a insisté sur ces pivots de la justice et de l'amour que sont non seulement le bien commun mais aussi l'harmonie entre les personnes et l'option en faveur des plus faibles.


« La loi est depuis toujours la force de qui est le plus faible, et elle a donc en elle la force du droit, qui fait surmonter la barbarie du droit de la force », a déclaré le cardinal Bertone, de sorte que ceux qui sont en charge « d'administrer » la justice humaine doivent se montrer « respectueux de la vérité et attentifs à toutes les exigences de la dignité de l'homme ».


Mais il a ajouté qu'il convient de regarder au-delà de la simple dimension humaine, avec la « crainte de Dieu », qu'il définit comme « la conscience d'en répondre à une justice supérieure ».


Il a en même temps diagnostiqué le danger « réel » de nuire à la « solidarité » du fait de « l'individualisme moderne, dont l'idéologie actuelle du nihilisme représente l'expression la plus néfaste », d'où découle le fait que « l'existence humaine en vient à perdre son sens, et à assumer une valeur contingente de calcul économique » constitutive d'une « aliénation » aux graves effets parmi lesquels « la négligence de toute forme de sainte tradition, le manque d'intérêt pour les devoirs issu des formes de vie asociative et l'indifférence devant les devoirs de la justice et de la solidarité humaine ».


Au contraire, « le principe de l'amour de la personne humaine constitue le fondement de tout ordre social et juridique », a rappelé le cardinal secrétaire d'Etat, en ré-affirmant les principes fondamentaux du « bien commun », du caractère « central » de la personne humaine et de la « vérité ».

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Mercredi 24 décembre 2008 3 24 /12 /2008 11:47

Message de Noël


"Cette année, nous célébrons Noël dans une période de turbulence économique mondiale sans précédent depuis les années 30. Cette situation risque malheuseusement de ne pas s'améliorer rapidement, même en Australie, de sorte que nos premières pensées doivent aller à ceux qui ont déjà perdu leur emploi.


Tous les hommes de bonne volonté et particulièrement les chrétiens doivent être prêts à co-opérer, même au prix de sacrifices personnels, pour aider ceux qui ont des difficultés. Les chrétiens savent que Dieu n'a d'autres mains que les nôtres pour travailler à l'amélioration du monde et les non-chrétiens attendent de nous la mise en pratique de ce que nous préchons sur la solidarité et l'aide.


Les périodes difficiles nous secouent et, parfois, nous aident à vérifier nos priorités. Mettons-nous en premier les choses premières ? Quelles sont les choses premières, les plus importantes pour nous ? A quoi doit correspondre la fête de Noël quand les temps sont durs ?

Comme toujours, Noël nous emmène au-delà de l'admiration irréflechie des apparences, nous appelle à ne pas nous arrêter aux emballages pour chercher le cadeau qu'ils renferment.


La naissance d'un enfant est toujours mystérieuse et merveilleuse, révélant le meilleur de chacun de nous, même si cette bonne volonté s'affadie parfois rapidement.

Mais Noël requiert de l'honnêteté,  d'être prêt à sortir de notre égocentrisme, de notre impérial égo, et d'admettre qu'un nouveau-né juif était et est le Fils de Dieu.


Ce postulat renverse tout. Le centre de gravité du monde n'est pas les centres financiers de Wall Street ou de la City, mais une grotte à Bethléhem. La monnaie la plus importante n'est pas le dollar ou l'euro, mais le service de l'amour.


Les enfants des grands de ce monde sont nés dans de grands palais et souffrent généralement dans des endroits cachés. Jésus Christ, lui, est né dans une étable dans un obscur village, dans un petit Etat occupé par des étrangers, mais a souffert et subi une mort publique et humiliante dans une capitale.


Le monde n'est pas ce qu'il paraît au premier coup d'oeil et Noël est le moment pour retrouver notre sens du merveilleux. Pas uniquement pour réflechir à la façon dont les grands capitaines de la finance internationale ont pu se tromper aussi lourdement, mais réflechir  aux grâces quotidiennes que nous prenons pour acquises : amis, famille, une société décente et notre mode de vie.

Je souhaite à tous la paix de Noël, spécialement à ceux qui se battent contre la maladie, la tristesse ou les conséquences de nos malheurs financiers.


+ Cardinal George Pell
Archevêque de Sydney
24 December 2008"




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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /2008 09:16

(Source Zenit.org) Voici le commentaire de l'Evangile célèbre mais parfois mal compris du dimanche 19 octobre fait par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale. 
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Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22, 15-21 

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d'Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l'impôt à l'empereur ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l'épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l'impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d'argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? - De l'empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

 

"A César ce qui est à César

L'Evangile de ce dimanche se termine par une de ces phrases lapidaires de Jésus qui ont profondément marqué l'histoire et le langage humain : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Ce n'est plus : ou César ou Dieu mais l'un et l'autre, chacun à son niveau. C'est le début de la séparation entre religion et politique, jusqu'alors inséparables dans la vie de tous les peuples et dans tous les régimes. Les juifs avaient l'habitude de concevoir le futur règne de Dieu instauré par le Messie comme une théocratie, c'est-à-dire comme un gouvernement dirigé par Dieu sur toute la terre à travers son peuple. Mais à présent, la parole du Christ révèle un règne de Dieu qui est dans ce monde mais pas de ce monde, qui se trouve sur une autre longueur d'onde et qui peut donc coexister avec n'importe quel régime, qu'il soit de type sacré ou « laïc ». 


On découvre ainsi deux types de souveraineté de Dieu sur le monde, différents sur le plan qualitatif : la souveraineté spirituelle qui constitue le règne de Dieu et qu'il exerce directement en Jésus Christ, et la souveraineté temporelle ou politique que Dieu exerce indirectement, en la confiant au libre choix des personnes et au jeu des causes secondaires. 


Cependant, César et Dieu ne sont pas mis sur le même plan car César dépend lui-même de Dieu et doit lui rendre des comptes. « Rendez à César ce qui est à César », signifie donc : « Rendez à César ce que Dieu lui-même veut qu'on rende à César ». C'est Dieu le souverain ultime de tous, y compris de César. Nous ne sommes pas partagés entre deux appartenances ; nous ne sommes pas obligés de servir « deux maîtres ». Le chrétien est libre d'obéir à l'Etat mais aussi de lui résister quand celui-ci s'érige contre Dieu et sa loi. Dans ce cas, rien ne sert d'invoquer le principe de l'ordre reçu des supérieurs, comme le font les responsables de crimes de guerre, dans les tribunaux. Avant d'obéir aux hommes, il faut en effet obéir à Dieu et à sa propre conscience. On ne peut rendre à César notre âme qui est à Dieu. 


C'est saint Paul qui a tiré le premier les conclusions pratiques de cet enseignement du Christ. Il écrit : « Que chacun se soumette aux autorités en charge. Car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu... Si bien que celui qui résiste à l'autorité se rebelle contre l'ordre établi par Dieu... N'est-ce pas pour cela même que vous payez les impôts ? Car il s'agit de fonctionnaires qui s'appliquent de par Dieu à cet office » (Rm 13, 1 ss.). Payer honnêtement ses impôts est un devoir de justice pour un chrétien (mais aussi pour toute personne honnête) et donc un devoir de conscience. En garantissant l'ordre, le commerce et toute une série d'autres services, l'Etat donne au citoyen une chose en échange de laquelle il a droit à une contrepartie, pour pouvoir justement continuer à rendre ces services.


Le Catéchisme de l'Eglise catholique nous rappelle que lorsqu'elle atteint certaines proportions, la fuite des capitaux est un péché mortel, comme n'importe quel autre vol grave. C'est un vol fait non pas à « l'Etat », c'est-à-dire à personne, mais à la communauté, c'est-à-dire à tous. Ceci suppose naturellement aussi que l'Etat soit juste et équitable dans la répartition des impôts.


La collaboration des chrétiens à la construction d'une société juste et pacifique ne se limite pas au paiement des impôts ; elle doit aussi s'étendre à la promotion des valeurs communes, comme la famille, la défense de la vie, la solidarité avec les plus pauvres, la paix.


Mais les chrétiens devraient apporter une contribution plus importante à la politique, d'une autre manière encore. Celle-ci ne concerne pas tant les contenus que les méthodes, le style. Il faut ôter son venin au climat de dispute permanente, retrouver davantage de respect, de tenue et de dignité, dans les relations entre les partis. Respect du prochain, douceur, capacité d'autocritique : autant d'éléments qu'un disciple du Christ doit apporter partout, même en politique. Il est indigne d'un chrétien de se laisser aller aux insultes, au sarcasme, et d'en venir aux mains contre ses adversaires. Si, comme le disait Jésus, même celui qui traite son frère de « crétin », « en répondra dans la géhenne de feu », qu'en sera-t-il de nombreux hommes politiques ? "


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Mardi 14 octobre 2008 2 14 /10 /2008 17:00


Voici un beau texte de Mgr Ebacher, Archevêque de Gatineau (Québec), que nous souhaitons vous faire partager, pour ne pas oublier l'essentiel dans ces périodes de crise (v. le site du diocèse et d'autres articles de Mgr Ebacher).

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"La fin de semaine annuelle de « l’action de grâces » est une invitation à ne pas banaliser cette attitude humaine et chrétienne fondamentale.

Rendre grâces, c’est reconnaître que nous avons reçu des bons mots, des biens divers gracieusement, gratuitement. Mais, en réalité, vivons-nous une telle reconnaissance dans nos cœurs? Quand? Comment?

Oui, nous rendons grâces dans les fêtes qui marquent par exemple l’anniversaire de mariage de nos parents. Ils nous ont donné la vie gratuitement. Nous leur en sommes reconnaissants et nous le leur disons par une célébration, des fleurs, des cartes, des baisers, des visites. Et aussi quand nous célébrons avec un ami, quand nous disons merci….

Pour celles et ceux qui croient en Dieu, tout devient motif de rendre grâces. Car tout nous vient gratuitement de lui. Déjà le roi David, habité par la sagesse religieuse antique, affirmait à Dieu dans sa prière : « Tout ce que nous t’offrons, nous l’avons reçu de ta main » (1 Chroniques, 28,14). Jésus lui-même invite à la même dynamique spirituelle : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10,8). Et saint Paul demandait instamment à ses communautés de ne pas critiquer et se plaindre, mais bien de rendre grâces à Dieu pour tout et toujours.
 
La spiritualité de Thérèse de l’Enfant-Jésus, qu’un célèbre écrivain a résumé en disant : « Tout est grâces », est l’adaptation pour aujourd’hui de cette grande tradition spirituelle. Tout vient de Dieu qui nous aime avec tendresse et fidélité. Alors, comme il importe de sans cesse lui dire notre admiration, nos remerciements, nos mercis, en toute confiance et en tout abandon filial. 

Le mois d’octobre, qui est un temps d‘engrangement dans nos cœurs et nos mémoires des fruits d’amitié, de rencontres, de soutiens récoltés durant l’été, est sans doute un bon moment pour développer cette attitude purificatrice et libératrice de nos mauvaises humeurs, de nos peurs incessantes et de nos lamentations. « Rendons grâces…! »
".
 
† Roger Ébacher
Archevêque de Gatineau
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Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /2008 09:14

Voici le texte de la note du Conseil pour les questions familiales et sociales de la Conférence des évêques de France, rendue publique hier, 8 octobre 2008, face à la tourmente financière. A méditer et à mettre en oeuvre...


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"Au cœur de la crise : faire crédit, faire confiance



La crise que nous traversons témoigne de l’importance de la finance pour l’économie et la paix sociale.

La financiarisation de l’économie a accéléré la mondialisation dont il serait injuste de dire qu’elle n’a que des effets négatifs. Elle a facilité le transfert des richesses et des technologies. Elle a été un levier puissant pour des projets d’investissements dans des pays en voie de développement.

Le marché libre, à condition de respecter certaines exigences, demeure sans doute l’instrument le plus efficace pour utiliser les ressources et répondre aux besoins des hommes et des sociétés de façon efficace.

Mais la crise nous révèle nombre de conséquences négatives lorsque les logiques financières poussées à l’extrême sont déconnectées de l’économie et ont pour seule fin la recherche d’un profit immédiat.

Nos sociétés sont ébranlées. Et comme toujours, en pareil cas, les plus pauvres sont les premières et bien innocentes victimes.

Cette crise nous invite tous à nous interroger sur nos modes de vie, sur notre rapport à l’argent, sur  nos manières de faire fructifier notre épargne et de recourir au crédit.

Nous ne pouvons que saluer les efforts des gouvernements et des responsables politiques pour faire face à la situation.

Il est essentiel que les mesures préconisées se donnent une autre fin que le seul maintien d’un système financier qui a révélé  ses faiblesses et leurs conséquences humaines.

Ceci ne pourra se faire :
-    sans une coopération entre les Etats et naturellement pour nous en Europe,
-    sans la mise en place d’institutions nationales et internationales efficaces d’organisation des marchés financiers,
-    sans se donner les moyens de réorienter nos économies pour qu’elles soient au service des personnes et non du seul profit.

Ceci suppose une réflexion éthique et un engagement :
-    pour que l’on s’interroge sur des pratiques spéculatives visant la rentabilité maximum à court terme,
-    pour que l’on revoie les systèmes de rémunération et de gratification des dirigeants d’institutions financières surtout quand ils ont contribué à la crise ou pourraient en tirer profit de manière inconsidérée,
-    pour que soient mis en place les moyens d’une plus grande traçabilité de l’argent et d’une meilleure identification des risques,
-    pour que l’économie développe  un recours plus raisonné au crédit,
-    pour que le marché financier, par des investissements socialement responsables, soit réorienté au service d’une économie productive et modulée par les exigences environnementales.

La crise actuelle peut être l’occasion de resserrer notre lien social.

Quand la finance prétend être sa propre fin et n’est plus animée que par le désir exclusif du profit, elle perd la tête.

Quand le souci de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes redevient prioritaire, la confiance renait."


Les évêques du Conseil pour les questions familiales et sociales
+ Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen
+ Michel Dubost, évêque d’Evry
+ Michel Guyard, évêque du Havre
+ François Jacolin, évêque de Mende
+ Michel Pansard, évêque de Chartres

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PS : rappelons que l'attention de l'Eglise catholique et ses interrogations sur le fonctionnement du système financier ne date pas d'aujourd'hui : en 2005 les évêques de la Commission sociale ont attiré l'attention sur les déséquilibres du système, notamment sur la disjonction entre la finance et l'économie. Ils soulignaient, avec réalisme, que les marchés financiers, qui jouent un rôle essentiel dans le développement de l'économie, devaient impérativement faire l'objet d'une régulation appropriée. Cette réflexion a été actualisée en mai 2008 avec le document intitulé « La face cachée de la crise financière ». Trois séries de mesures étaient ainsi proposées : une meilleure réglementation des marchés financiers, des acteurs financiers recentrés sur l'économie réelle, des épargnants qui résistent aux sirènes du rendement maximum.
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /2008 18:01

A l'occasion du 75e anniversaire de la fondation de son diocèse, Mgr Berthelet, dont nous publions régulièrement les réflexions, a écrit (ICI) un très beau texte, que nous vous livrons. Il répond à un certain discours malheureusement courant, opposant le Christ et l'Eglise, adoptant l'un et refusant l'autre. A méditer et à diffuser.

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"Alors que nous entrons dans les célébrations du 75e anniversaire de fondation de notre diocèse, j'aimerais réfléchir sur une question qui revient fréquemment dans les appréciations que l'on fait de l'Église universelle ou particulière et qui oppose l'Église institution à l'Église communion. C'est ainsi que l'on parle parfois de l'Église dont on rêve, d'une Église qui devrait se modeler sur la modernité ou sur la culture d'aujourd'hui, d'une Église qui aurait trahi le message de son fondateur. Il s'agit là d'une dangereuse tentation. On peut comprendre qu'elle puisse se présenter à notre conscience, car l'Église n'est pas sans défaut. Mais céder à cette tentation serait se comporter comme des adolescents qui prennent leur corps en dégoût à cause de quelques défauts qu'ils y décèlent.


L'Église ne peut être comprise en vérité que si nous la reconnaissons d'abord comme un don de Dieu. Elle est inséparablement don et mission. Elle est don de Dieu pour ses membres, elle est don de Dieu pour le monde auquel elle est envoyée pour lui annoncer l'Évangile de Jésus Christ. Un don nous est fait pour être accueilli dans son intégralité. Or l'Église nous est donnée à la fois comme institution et comme mystère de communion. C'est bien ce qu'affirme la Constitution Lumen gentium (I, 8) : « Cette société organisée hiérarchiquement d'une part et le Corps mystique d'autre part, l'assemblée discernable aux yeux et la communauté spirituelle, l'Église terrestre et l'Église enrichie des biens célestes, ne doivent pas être considérés comme deux choses, elles constituent au contraire une seule réalité complexe, faite d'un double élément humain et divin. C'est pourquoi, en vertu d'une analogie qui n'est pas sans valeur, on la compare au Mystère du Verbe incarné ». C'est dans cette Église concrète - universelle et locale - que notre foi est sollicitée. Un des plus grands ecclésiologues du vingtième siècle, le père Yves Congar, O.P., avait écrit, dès 1950, ce qui allait être affirmé au Concile : « C'est la même Église concrète, celle dont nous avons l'expérience et de laquelle nous sommes, qui est le sujet d'activités humaines, visibles comme telles, et d'activités relevant d'un principe divin. Notre foi en elle porte précisément sur ce point : nous croyons que le Saint-Esprit habite et opère en elle. Cette foi ne s'adresse pas à une Église purement transcendante (...); elle s'adresse à cette Église concrète et empirique, sur l'aspect où, arche de la Nouvelle Alliance, elle a en elle, comme sa loi, l'Esprit de la Pentecôte ».


Cette Église, universelle dès sa naissance à la Pentecôte et envoyée à tout l'univers, se réalise concrètement dans un lieu; c'est l'Église qui est à Rome, à Québec, à Saint-Jean-Longueuil. Elle a une histoire; elle subit les chocs et les influences des cultures et des civilisations. Elle est sainte et sans cesse appelée à se purifier. Car il y a bien sûr péché et défaillances dans l'Église. Mais comme l'écrit le père Congar : « Il ne peut y avoir défaillance foncière, même du côté de l'Église, dans une alliance scellée par le don du Saint-Esprit; dans ce don, qui est vraiment fait à l'Église, la fidélité de Dieu est en quelque sorte, par grâce, transportée dans l'Église elle-même. Ainsi les éléments sur lesquels porte l'alliance sont-ils indéfectibles en elle. Et ce sont, on se le rappelle, d'une part la réalité objective de la grâce et du salut, d'autre part la réalité des moyens de grâce constitutifs de l'institution ecclésiale : dépôt de la foi, dépôt des sacrements, ministères et pouvoirs apostoliques ».


Voilà pourquoi notre Église, en célébrant ses 75 ans d'histoire, se fait action de grâce au Dieu fidèle ; elle se reconnaît en route, chargée d'espérance pour accomplir sa mission évangélisatrice avec une ardeur renouvelée."


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Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /2008 07:00

Par La rédaction

Le 24 Mai 2008, a eu lieu la célébration du 4e centenaire du Miracle de Faverney (Haute-Saône). Plus de 7 000 pèlerins étaient présents entre samedi soir et dimanche pour les célébrations.


Ce miracle qui a eu lieu en 1608 dans cette sympathique petite localité comtoise a consisté dans le fait qu’un ostensoir et les hosties consacrées qu'il contenait ont été sauvés des flammes qui ravageaient l'église en restant suspendus en l’air durant 33 heures devant des milliers de témoins. Pour en savoir plus, v. notamment, ICI. Voici le texte de l'homélie prononcée à cette occasion par Mgr A. Vint-Trois.

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" Frères et Sœurs,

Croyez-vous vraiment que vous allez vivre éternellement ? Je sais bien que l'on a l'habitude d'écouter l'Évangile d'une oreille accommodatrice et de mettre quelques nuances dans ce que nous entendons, mais enfin, il l'a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang vivra de ma vie, éternellement ». Les Juifs qui discutaient entre eux et qui se disaient : « Comment cet homme-là peut-il donner sa chair à manger ? », n'étaient pas de mauvais esprits ; ils n'étaient pas des hommes incrédules ; ils étaient peut-être tout simplement des gens qui réfléchissaient. Quand ils entendaient Jésus leur dire qu'il allait leur donner sa chair à manger, on comprend qu'ils se soient posé quelques questions. Les gens de Faverney qui voyaient l'ostensoir au-dessus des flammes, on comprend qu'ils se soient posé quelques questions. Les Juifs sortis d'Egypte qui voyaient s'ouvrir devant eux une longue traversée du désert sans manger et sans boire, on comprend qu'ils se soient posé quelques questions aussi. Alors, nous aussi nous pouvons nous poser des questions ! Ce que nous venons d'entendre, est-ce vraiment la Parole de Dieu ? Ou bien sont-ce seulement des morceaux choisis de textes édifiants que l'on pourrait trouver dans des livres d'images à destination des enfants ou des simples d'esprit ? Ce que nous constituons aujourd'hui, est-ce une assemblée d'Église ? Ou est-ce simplement le rassemblement fortuit de quelques milliers de personnes qui ne savaient pas trop quoi faire ce dimanche et qui ont été attirés curieusement par l'annonce qui avait été faite d'un miracle à Faverney ? Le pain que nous allons recevoir, est-ce vraiment le corps du Christ ou bien seulement une évocation mystérieuse et symbolique d'une forme de présence qui n'est pas vraiment une présence mais qui n'est pas non plus tout à fait une absence ?


Vous voyez que, pour les esprits curieux et ingénieux, il y a beaucoup de questions à se poser. Les habitants de Faverney et, à travers eux, nous tous qui sommes ici réunis aujourd'hui, nous avons quand même beaucoup de chance : le « coup » de l'ostensoir qui monte au-dessus des flammes, s'il s'était déroulé seulement devant quelques moines un peu endormis, on aurait pu dire ensuite que c'était une belle supercherie, mais comme il y a eu des milliers de témoins, qui n'étaient pas tous endormis, et dont certains même étaient à jeun, à moins d'être mal renseigné, on ne peut pas dire qu'il s'agit d'une supercherie. Trop de gens ont vu. Ce n'est pas une supercherie, c'est un prodige. Qu'on essaye de l'expliquer, c'est normal : nous sommes faits pour cela, nous avons une intelligence pour essayer de comprendre. On n'y arrive pas toujours et on n'y arrivera peut-être pas non plus ce coup-là, mais le signe ne nous est pas donné pour que l'on découvre de nouvelles lois de la physique ou de la philosophie. Il nous est donné pour que nous prenions position. Les Juifs dans le désert, Dieu ne leur a pas donné la recette de la manne, il leur a donné la manne. Il ne leur a pas demandé d'expliquer comment la manne était arrivée, il leur a demandé de la manger. Pour expliquer, il y a des générations depuis quelques millénaires, et sans doute pour les millénaires à venir, il y a des générations de savants, d'exégètes, d'intelligences brillantes qui cherchent et pourront trouver peut-être une explication. Quand on marche dans le désert du Sinaï, on rencontre parfois des gens qui vous expliquent que tel arbuste produit de temps en temps des fleurs qui, se reposant dans la rosée, donnent une espèce de pâte... Qu'est-ce que cela change ? Que ce soit un arbuste ou que ce soit autre chose ? Ce n'est pas pour cela que l'Ecriture nous l'a raconté.


Elle nous a raconté cet épisode pour nous faire comprendre d'où vient la vie de ce peuple qui ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. L'Ecriture nous rapporte à plusieurs reprises cet événement pour nous aider à comprendre que le Peuple sorti d'Egypte, en marche vers la Terre promise, ne devait pas compter sur les relais de poste ou les auberges mais devait compter sur la grâce de Dieu pour arriver au bout. C'est Dieu qui l'a nourri, c'est Dieu qui l'a abreuvé, c'est Dieu qui l'a conduit et c'est Dieu qui l'a mené à bon port, enfin pas ceux-là, les suivants. Parce que, ceux-là, ils sont morts avant d'arriver, justement parce qu'ils n'avaient pas cru que Dieu les conduisait. Il leur a dit : « Puisque vous n'avez pas cru en moi, eh bien, vous ne verrez pas la terre promise », ce sera la génération suivante. C'est pour cela que leur pérégrination a duré 40 ans.


Un signe nous est donné pour solliciter, non pas seulement notre esprit curieux, non pas seulement notre intelligence, mais surtout notre foi. Tout à l'heure, celles et ceux d'entre-vous qui s'avanceront pour recevoir l'Eucharistie comme de pauvres gens qui reçoivent leur vie de quelqu'un d'autre, quand le prêtre ou le diacre leur présentera l'hostie en disant : « Le corps du Christ », ils seront devant un prodige bien plus important que de savoir si l'ostensoir penchait un peu sur la grille du chœur ou s'il tenait vraiment tout seul en l'air, un prodige bien plus important que de savoir si la manne venait directement du ciel ou si elle avait transité par un arbuste, ils seront devant un prodige bien plus extraordinaire. Ce pain leur est présenté : « Le corps du Christ », et ils disent : « Amen. J'y crois, je le crois ». Pas parce que le bonhomme qui leur présente le corps du Christ avec son bel habit serait plus fiable qu'un autre ! Ce n'est pas moi que vous allez croire, ce n'est pas moi qui vous ai dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle », c'est le Christ. Amen à Jésus-Christ. Je crois en ce qu'il m'a dit, je crois ce qu'il a dit. Je crois à ce qu'il nous dit : Aujourd'hui, « celui qui mange ma chair et boit mon sang, aura la vie éternelle », aujourd'hui.


Les théologiens, à juste titre, cherchent des manières d'exprimer comment ce morceau de pain, apparemment si insignifiant, si pauvre dans sa visibilité et dans sa substance, peut devenir une nourriture de vie éternelle, comment ce morceau de pain peut vraiment être le corps du Christ. Comme l'intelligence humaine est sans limite ou presque, ils trouvent des moyens d'exprimer cela, mais ma foi ne va pas aux théologiens. Je ne crois pas aux explications, je crois à la Parole du Christ. Peut-être ne suis-je pas capable de comprendre ce que cela veut dire, mais je suis capable de dire : « Amen, je crois ». Aujourd'hui, nous qui sommes rassemblés, petit peuple de quelques milliers de personnes dans une grande région qui en compte quelques centaines de milliers, sommes-nous un signe ? Notre prière commune, notre fête célébrée ensemble, veulent-elles dire quelque chose de plus qu'une simple réunion festive, par chance et par grâce sous le soleil. Veulent-elles dire quelque chose de plus sur la présence du Christ aujourd'hui dans le monde ?


Car sa présence, nous la croyons dans sa Parole, nous la croyons dans son Eucharistie, nous la croyons dans l'Église, Corps du Christ assemblé. Quand nous nous saluons, quand nous prions ensemble, nous ne faisons pas que dire des formules, nous faisons exister le corps du Christ ressuscité pour ce temps et pour ce monde. Si nous croyons que la Parole que nous avons entendue, c'est sa Parole ; si nous croyons que le pain que nous recevons, c'est son corps si nous croyons que l'assemblée que nous formons, c'est sa présence aujourd'hui dans le monde, alors nous constituons par notre existence un ferment de transformation du monde. De même que la manne a conduit le peuple à travers le désert jusqu'au pays de Canaan, de même que la Parole du Christ rassemble à travers les siècles et les espaces ceux qui la reçoivent comme Parole de Dieu, de même que le pain eucharistique est vénéré comme la présence du Christ au milieu de son peuple, de même l'Église constituée des baptisés, des confirmés dans l'Esprit du Christ est un signe de la réalité de la présence du Christ en ce temps. Non seulement quand nous sommes rassemblés comme aujourd'hui dans une grande fête d'Église, non seulement quand nous sommes rassemblés chaque dimanche dans des Eucharisties qui, pour être moins festives que celle que nous célébrons aujourd'hui, n'en sont pas moins le signe de la présence du Christ vivant, mais encore quand l'Esprit du Christ nous disperse, non pas pour nous perdre et nous noyer à travers les soucis et les activités du jour, non pas pour nous désespérer à travers les épreuves que chacune et chacun d'entre-nous peut rencontrer dans sa vie, mais au contraire pour que nous donnions le témoignage de la foi et de l'espérance, pour manifester que nous croyons que le Christ ressuscité donne à tout homme et à toute femme qui croit en lui la promesse de surmonter non seulement les petites difficultés quotidiennes, non seulement les épreuves plus graves de la maladie, de la trahison, de la séparation, mais encore celle de la mort. Le Christ vivant nous donne l'espérance que, malgré nos faiblesses, nous sommes signe de la promesse de Dieu pour les hommes et pour les femmes de ce temps, pour tous les hommes et toutes les femmes de ce temps, dans toutes les situations où les circonstances de la vie nous placent par notre choix ou contre notre gré, - mais qui d'entre nous choisit vraiment tout ce qu'il vit ?


Nous sommes conduits par les circonstances, par les obligations, par les devoirs qui nous échoient, nous sommes conduits à vivre un certain nombre de situations : des situations heureuses, des situations malheureuses, des situations pleines de dynamisme, des situations pleines de fatigue. L'espérance de voir vos enfants et vos jeunes cheminer vers une vie heureuse, la patience d'accompagner vos parents, vos grands-parents, jusqu'au terme d'une vie paisible,... nous savons que tout le monde porte cela en son cœur, mais combien peuvent le réaliser ? La foi au Christ fait de nous des sentinelles vigilantes pour que nous ne nous laissions pas écraser par la vie, submerger par l'existence. Nous pouvons vivre debout parce que Dieu nous promet, mieux encore : il nous donne le pain qui est la chair du Christ.


Quand l'Église nous invite à célébrer la fête du Saint-Sacrement, elle ne vise pas à remplacer la célébration dominicale et l'Eucharistie que nous célébrons chaque dimanche, pas plus qu'elle ne veut remplacer la mémoire de la Cène que nous fêtons le Jeudi Saint. Elle veut simplement nous aider à affermir notre foi dans cette présence du Christ : il est vraiment présent et parce qu'il est vraiment présent, chacune et chacun d'entre nous peut, lui aussi, devenir vraiment présent au monde, à l'humanité, à celles et à ceux que la vie met sur votre chemin, pas simplement comme un réconfort moral ou par de vagues sentiments de solidarité, mais comme quelqu'un qui est prêt à donner quelque chose de lui-même parce qu'il reçoit du Christ non seulement quelque chose de lui-même mais sa vie toute entière.


Alors, frères et sœurs, dans la mémoire du 400ème anniversaire, et surtout dans la mémoire plus lointaine du 2000ème anniversaire du don que Jésus a fait de sa vie, dans la mémoire plus lointaine encore de ce temps où le peuple sorti d'Egypte a été nourri par Dieu à travers le désert, laissez grandir en vous la certitude paisible que Dieu nous nous a pas sortis de l'esclavage et de la mort pour nous faire crever de faim au milieu du désert ; il ne nous a pas appelé à être baptisés dans son Église pour nous laisser manquer de nourriture et de boissons. Il n'a pas fait de nous des chrétiens pour nous conduire au désespoir. Il veut nous faire partager sa vie et partager sa vie, c'est la joie de notre vie. Amen."

+ André cardinal Vingt-Trois

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