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« Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi.
Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde » (Jn 16,33)

 

Hymne des JMJ - Sydney 2008
Lundi 1 octobre 2007

images-copie-2.jpegI.- « Les Français sont paresseux, les Français ne font rien, les Français ne travaillent pas assez… » Nous savons que les Français ne s’aiment pas et que ce refrain fait partie de la ritournelle obligée de l’autodérision. Les choses ne sont peut-être pas si simples. Au moment où viennent en discussion des mesures relatives aux heures supplémentaires, il nous a paru particulièrement intéressant de nous reporter à des données chiffrées.

Pour ce faire, nous avons consulté les analyses du site toutel’europe.fr, qui est le portail du Centre d'information sur l'Europe [Ici]. Ce dernier est un groupement d'intérêt économique fondé en 1992 par le gouvernement français et la Commission européenne. Ses objectifs sont les suivants : « créer un grand portail sur les questions européennes pour faciliter l'accès des citoyens français à l'information foisonnante en matière "européenne" et offrir des contenus pédagogiques et synthétiques ; suivre et analyser l'actualité européenne que ce soit à travers les études d'opinion, le traitement médiatique, la veille sur internet, la vie intellectuelle ou les travaux universitaires, etc. ; initier (l’inévitable mot…) et explorer de nouveaux dispositifs d'interactivité et de consultation pour mieux impliquer les citoyens français sur les grands enjeux de la construction européenne, ses décisions et son actualité ».

L’étude présentée montre que les pays où l’on travaille le plus, de fait, sont la Grèce et l’Autriche (44,1 h/semaine), ainsi que le Royaume-Uni (43 h/semaine). La France, avec un nombre de 41 h/semaine, se situe légèrement en dessous de la moyenne européenne (41,9), au même niveau que la Belgique, la Hongrie et la Suède, mais au-dessus du Danemark (40,5), de la Finlande (40,5), de l’Irlande (40,7), de la Lituanie (39,8), du Luxembourg (40,9) et des Pays-Bas (40,8). Elle se situe en revanche assez près de l’Allemagne (41,7), contrairement aux idées reçues.

S’agissant des jours fériés annuels, l’Union européenne en compte 11,92 en moyenne. Le pays qui en compte le plus est la Slovénie (18). Celui qui en compte le moins est le Royaume-Uni (8). La Grèce et l’Autriche, qui ont le plus de jours travaillés, en comptent 13. L’Allemagne en compte 9, tout comme l’Espagne et les Pays-Bas. La France en compte 11, c'est-à-dire moins que la moyenne européenne. Même chiffre pour le Danemark, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg et la Suède.

La durée conventionnelle moyenne du temps de travail est en revanche la plus basse en France (35h), tandis qu’elle est de 38,6 pour l’Europe entière (37 en Allemagne et 37,2 au Royaume-Uni).


II.- Un intervenant sur ce site du Centre d'information sur l'Europe souligne cependant ce fait que les données ainsi fournies ne concernent que le travail à temps plein, ce qui est exact. Nous reproduisons ici ses observations :

« Pour une durée légale du travail de 35 heures par semaine en France, la durée effective moyenne est de 39 heures pour les emplois à temps plein et de 36,3 heures pour l'ensemble des emplois (temps plein et temps partiel). Par comparaison, ces durées sont inférieures en Grande-Bretagne : 37,2 heures pour les emplois à temps complet et 31,7 heures pour l'ensemble des emplois. Elles sont aussi inférieures aux Etats-Unis et dans plusieurs pays en Europe [Lire]. La durée hebdomadaire moyenne du travail pour l'ensemble des personnes ayant un emploi (salarié ou non, temps plein et temps partiel) est de : - 36,3 h en France - 36,2 h en Italie - 35,1 h au Danemark - 33,8 h aux Etats-Unis - 33,6 h en Allemagne - 33,2 h en Espagne - 31,7 h en Grande-Bretagne (37,2 h pour le temps plein - 15,7 h pour le temps partiel) - 30,1 h en Suède (36,1 h pour ceux "au travail") - 29,2 h aux Pays-Bas. Les valeurs indiquées peuvent surprendre, mais sont d'autant plus intéressantes qu'elles donnent une idée plus exacte de la réalité. Pour une fois, on sait exactement de quoi l'on parle, alors que les chiffres donnés ici et là sont le plus souvent imprécis. Les statistiques habituelles ne prennent en compte que les emplois à temps complet, ce qui fausse tout. Et on ne sait jamais s'il s'agit de la durée du travail officielle ou officieuse (conventions), de la durée théorique des entreprises. Parfois, il s'agit seulement de l'industrie où l'on travaille toujours plus qu'ailleurs mais qui ne représente que 10 à 20 % des emplois d'un pays ».

On pourrait ajouter que la seule considération de la durée du travail est une approche très parcellaire dès lors que cette durée n'est pas en correlation nécessaire avec un haut niveau de développement. Les durées de travail sont en effet plus élevées dans les pays en voie de développement que dans les pays riches.

par La rédaction publié dans : Economie
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Lundi 26 mars 2007

II- Les modalités du travail

     L'importance des conditions
d'exercice et des modalités du travail est primordiale pour les individus comme pour la société elle-même:

"Le bien-être économique d'un pays ne se mesure pas exclusivement à la quantité de biens produits, mais aussi en tenant compte de la façon dont ils sont produits et du degré d'équité dans la distribution du revenu, qui devrait permettre à tous d'avoir à disposition ce qui sert au développement et au perfectionnement de la personne." (Compendium, n° 303).

    Il est, en effet, constant que si le travail est un élément de la dignité de l'homme, les conditions de son exercice peuvent conduire à porter une atteinte intolérable à cette dernière. Dès lors, l'individu qui travaille doit bénéficier d'un certains nombre de droits protecteurs  :

"Les droits des travailleurs, comme tous les autres droits, se basent sur la nature de la personne humaine et sur sa dignité transcendante. Le Magistère social de l'Église a voulu en mentionner quelques-uns, en souhaitant leur reconnaissance dans les ordonnancements juridiques: le droit à une juste rémunération ; le droit au repos ; le droit à des lieux et des méthodes de travail qui ne portent pas préjudice à la santé physique des travailleurs et qui ne blessent pas leur intégrité morale ; le droit que soit sauvegardée sa personnalité sur le lieu de travail, sans être violenté en aucune manière dans sa conscience ou dans sa dignité ; le droit à des subventions convenables et indispensables pour la subsistance des travailleurs au chômage et de leurs familles ; le droit à la retraite ainsi qu'à l'assurance vieillesse, l'assurance maladie et l'assurance en cas d'accidents du travail ; le droit à des mesures sociales liées à la maternité et le droit de se réunir et de s'associer. Ces droits sont souvent offensés, comme le confirment les tristes phénomènes du travail sous-payé, privé de protection ou non représenté de manière adéquate. Il arrive souvent que les conditions de travail des hommes, des femmes et des enfants, en particulier dans les pays en voie de développement, soient tellement inhumaines qu'elles offensent leur dignité et nuisent à leur santé" (Compendium, n° 301).

Ce droit à l'intégrité physique et morale, ainsi que la protection du  travailleur contre les aléas de la vie, s'accompagne d'un droit au respect de la famille. Celle-ci étant l'une des causes essentielles du travail, son bien ne doit pas être mis en péril par l'activité :

"Le travail est le fondement sur lequel s'édifie la vie familiale, qui est un droit naturel et une vocation pour l'homme : il assure les moyens de subsistance et garantit le processus éducatif des enfants. Famille et travail, si étroitement interdépendants dans l'expérience de la grande majorité des personnes, méritent finalement une considération plus adaptée à la réalité, une attention qui les comprenne ensemble, sans les limites d'une conception privatiste de la famille et économiste du travail. À cet égard, il est nécessaire que les entreprises, les organisations professionnelles, les syndicats et l'État encouragent des politiques du travail qui ne pénalisent pas mais favorisent la cellule familiale du point de vue de l'emploi. En effet, la vie de famille et le travail se conditionnent réciproquement de diverses façons. Les grandes distances à parcourir jusqu'au lieu de travail, le double emploi et la fatigue physique et psychologique réduisent le temps consacré à la vie familiale; les situations de chômage ont des répercussions matérielles et spirituelles sur les familles, de même que les tensions et les crises familiales influent négativement sur les comportements et sur le rendement dans le domaine du travail." (Compendium, n° 294).

Bien évidemment, le droit premier du travailleur est celui d'une juste rémunération :

"La rémunération est l'instrument le plus important pour réaliser la justice dans les rapports de travail. Le « juste salaire est le fruit légitime du travail » ; celui qui le refuse ou qui ne le donne pas en temps voulu et en une juste proportion par rapport au travail accompli commet une grave injustice (cf. Lv 19, 13; Dt 24, 14-15; Jc 5, 4). Le salaire est l'instrument qui permet au travailleur d'accéder aux biens de la terre : Compte tenu des fonctions et de la productivité de chacun, de la situation de l'entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l'homme des ressources qui lui permettent, à lui et à sa famille, une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel. Le simple accord entre travailleur et employeur sur le montant de la rémunération ne suffit pas à qualifier de « juste » le salaire concordé, car celui-ci ne doit pas être insuffisant à faire subsister l'ouvrier : la justice naturelle est antérieure et supérieure à la liberté du contrat." (Compendium, n° 302).

En outre, une distribution juste des revenus doit être assurée :

"Une répartition équitable du revenu doit être poursuivie sur la base de critères non seulement de justice commutative, mais aussi de justice sociale, c'est-à-dire en considérant, au-delà de la valeur objective des prestations de travail, la dignité humaine des sujets qui l'accomplissent. Un bien-être économique authentique se poursuit également à travers des politiques sociales de redistribution du revenu qui, tenant compte des conditions générales, considèrent opportunément les mérites et les besoins de chaque citoyen." (Compendium, n° 303).

(A suivre)

par La rédaction publié dans : Economie
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Jeudi 22 mars 2007
     Parler de la vie économique impose également d'aborder la question de la vie de l'entreprise, qui, c'est une évidence, est à la fois au coeur de l'activité économique et déterminante de la vie de ceux qui y travaillent.

    La doctrine catholique ne peut bien sûr pas être indifférente à ce sujet, pour lequel elle propose des guides et principes d'action, dont certains feront l'objet ici d'un bref résumé. Or, leur source est inévitablement, outre une certaine conception de l'homme, une conception particulière du travail lui-même. A ce sujet, s'"il n'appartient pas à l'Eglise d'analyser scientifiquement les conséquences possibles de tels changements sur la vie de la société humaine", "l'Eglise estime de son devoir de rappeler toujours la dignité et les droits des travailleurs, de stigmatiser les conditions dans lesquelles ils sont violés, et de contribuer pour sa part à orienter ces changements vers un authentique progrès de l'homme et de la société" (Jean-Paul II, Encycl. Laborem exercens).

I- Le travail. Sur ce point, on se reportera utilement à l'encyclique 
Laborem exercens du Pape Jean-Paul II.

(1) La définition de la notion de travail est déterminante.

"C'est par le travail que l'homme doit se procurer le pain quotidien et contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique, et surtout à l'élévation constante, culturelle et morale, de la société dans laquelle il vit en communauté avec ses frères. Le mot «travail» désigne tout travail accompli par l'homme, quelles que soient les caractéristiques et les circonstances de ce travail, autrement dit toute activité humaine qui peut et qui doit être reconnue comme travail parmi la richesse des activités dont l'homme est capable et auxquelles il est prédisposé par sa nature même, en vertu de son caractère humain. Fait à l'image, à la ressemblance de Dieu lui-même dans l'univers visible et établi dans celui-ci pour dominer la terre, l'homme est donc dès le commencement appelé au travail. Le travail est l'une des caractéristiques qui distinguent l'homme du reste des créatures dont l'activité, liée à la subsistance, ne peut être appelée travail; seul l'homme est capable de travail, seul l'homme l'accomplit et par le fait même remplit de son travail son existence sur la terre. Ainsi, le travail porte la marque particulière de l'homme et de l'humanité, la marque d'une personne qui agit dans une communauté de personnes; et cette marque détermine sa qualification intérieure, elle constitue en un certain sens sa nature même" (Jean-Paul II, Laborem exercens, introduction).

"L'enseignement de l'Eglise a toujours exprimé la conviction ferme et profonde que le travail humain ne concerne pas seulement l'économie, mais implique aussi et avant tout des valeurs personnelles. Le système économique lui-même et le processus de production trouvent leur avantage à ce que ces valeurs personnelles soient pleinement respectées" (Jean-Paul II, Laborem exercens, 15.).

Le travail, qui a une acceptation objective et une acception subjective, doit être compris dans sa dimension spécifique de condition de la dignité de l'homme.

"Le travail au sens objectif constitue l'aspect contingent de l'activité de l'homme, qui varie sans cesse dans ses modalités avec l'évolution des conditions techniques, culturelles, sociales et politiques. Dans le sens subjectif, il se présente, au contraire, comme sa dimension stable, car il ne dépend pas de ce que l'homme réalise concrètement ni du genre d'activité qu'il exerce, mais seulement et exclusivement de sa dignité d'être personnel. La distinction est décisive, aussi bien pour comprendre quel est le fondement ultime de la valeur et de la dignité du travail, qu'en fonction du problème d'organisation des systèmes économiques et sociaux respectueuse des droits de l'homme" (Compendium, n° 270).

"Le travail est une expression essentielle de la personne, il est «actus personae». Toute forme de matérialisme et d'économisme qui tenterait de réduire le travailleur à un simple instrument de production, à une simple force-travail, à une valeur exclusivement matérielle, finirait par dénaturer irrémédiablement l'essence du travail, en le privant de sa finalité la plus noble et la plus profondément humaine. La personne est la mesure de la dignité du travail : Il n'y a en effet aucun doute que le travail humain a une valeur éthique qui, sans moyen terme, reste directement liée au fait que celui qui l'exécute est une personne" (Compendium, n° 271).

Entre ces deux acceptions, la dimension subjective du travail doit être privilégiée, car elle est à la mesure de celui qui l'accomplit, l'homme, sans réduire l'activité  à un mécanisme technique :

"Si cette conscience vient à manquer ou si l'on ne veut pas reconnaître cette vérité, le travail perd sa signification la plus vraie et la plus profonde: dans ce cas, hélas fréquent et diffus, le travail et même les techniques utilisées deviennent plus importants que l'homme lui-même et, d'alliés, se transforment en ennemis de sa dignité" (Compendium, n° 271).

Il faut ainsi toujours garder à l'esprit que l'homme est l'acteur autant que la finalité du travail qu'il accomplit.

"Non seulement le travail humain procède de la personne, mais il lui est aussi essentiellement ordonné et finalisé. Indépendamment de son contenu objectif, le travail doit être orienté vers le sujet qui l'accomplit, car le but du travail, de n'importe quel travail, demeure toujours l'homme. Même si on ne peut pas ignorer l'importance de la dimension objective du travail sous l'angle de sa qualité, cette dimension doit être subordonnée à la réalisation de l'homme, et donc à la dimension subjective, grâce à laquelle il est possible d'affirmer que le travail est pour l'homme et non l'homme pour le travail et que le but du travail, de tout travail exécuté par l'homme — fût-ce le plus humble service, le travail le plus monotone selon l'échelle commune d'évaluation, voire le plus marginalisant — reste toujours l'homme lui-même" (Compendium, n° 272).

Si le travail présente une dimension personnelle d'accomplissement individuel, il comporte évidemment un enjeu social :

"Le travail d'un homme, en effet, s'imbrique naturellement dans celui d'autres hommes. Plus que jamais aujourd'hui, travailler, c'est travailler avec les autres et travailler pour les autres : c'est faire quelque chose pour quelqu'un. Les fruits du travail aussi offrent l'occasion d'échanges, de relations et de rencontres. Par conséquent, le travail ne peut pas être évalué de façon juste si l'on ne tient pas compte de sa nature sociale :  À moins, en effet, que la société ne soit constituée en un corps bien organisé, que l'ordre social et juridique ne protège l'exercice du travail, que les différentes professions, si étroitement solidaires, ne s'accordent et ne se complètent mutuellement, à moins surtout que l'intelligence, le capital et le travail ne s'unissent et ne se fondent en quelque sorte en un principe unique d'action, l'activité humaine est vouée à la stérilité. Il devient dès lors impossible d'estimer ce travail à sa juste valeur et de lui attribuer une exacte rémunération, si l'on néglige de prendre en considération son aspect à la fois individuel et social" (Compendium, n° 273).

(2) Le travail est une obligation, un devoir de l'homme, d'une part, parce qu'il se réalise ainsi personnellement pleinement et, d'autre part, parce qu'il lui permet d'assumer ses obligations dans la vie de sa famille et de la société.

"L'homme doit travailler aussi bien parce que le Créateur le lui a ordonné que pour répondre aux exigences d'entretien et de développement de son humanité même. Le travail se présente comme une obligation morale par rapport au prochain, qui est en premier lieu la propre famille, mais aussi la société à laquelle on appartient, la nation dont on est fils ou fille, la famille humaine tout entière, dont on est membre: nous sommes les héritiers du travail de générations et, en même temps, artisans de l'avenir de tous les hommes qui vivront après nous" (Compendium, n° 274).

C'est pourquoi chacun doit s'attacher à travailler, quel que soit son activité, en utilisant ses talents et compétences, et l'Etat doit faire en sorte que chacun puisse trouver et exercer un emploi. Le travail est un bien et l'ardeur à l'exercer est une vertu pour l'homme, pourvu que  sa dignité soit respectée dans les conditions et l'exercice de ce travail.

(A suivre)
par La rédaction publié dans : Economie
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Mercredi 21 mars 2007
    La vie économique, qui se trouve au coeur de la vie de chacun, n'est bien évidemment pas étrangère aux préoccupations de l'Eglise et du chrétien. Des termes du concile Vatican II au Compendium de la doctrice sociale de l'Eglise, cette préoccupation se manifeste constamment : si le travail est absolument nécessaire à la liberté, à l'accomplissement et la dignité de l'individu et de la société, les conditions de son exercice doivent être respectueuses de ses droits et de sa dignité ; si la liberté d'entreprendre est indispensable à l'épanouissement de l'individu et de la société, l'économie et l'organisation de l'entreprise et des marchés économiques doivent être au service de l'homme et non un élément de son asservissement.

Quelques textes méritent en particulier d'être signalés, qui éclairent plus précisément la position de l'Eglise sur ces questions, incontournables pour apprécier le projet de société que défendent les candidats aux élections et leur conformité à la conception et aux droits de l'homme.

(1) Le travail est un droit fondamental de l'homme et une condition de sa dignité, de sorte que la société et l'Etat doivent tendre au plein emploi.

" Le travail est un droit fondamental et c'est un bien pour l'homme : bien utile, digne de lui car apte précisément à exprimer et à accroître la dignité humaine. L'Église enseigne la valeur du travail non seulement parce qu'il est toujours personnel, mais aussi en raison de son caractère de nécessité. Le travail est nécessaire pour fonder et faire vivre une famille, pour avoir droit à la propriété, pour contribuer au bien commun de la famille humaine. La considération des implications morales que comporte la question du travail dans la vie sociale conduit l'Église à qualifier le chômage de « véritable calamité sociale », surtout pour les jeunes générations.
Le travail est un bien de tous, qui doit être disponible pour tous ceux qui en sont capables. Le « plein emploi » est donc un objectif nécessaire pour tout système économique tendant à la justice et au bien commun. Une société dans laquelle le droit au travail est déprécié ou systématiquement nié et où les mesures de politique économique ne permettent pas aux travailleurs d'atteindre des niveaux d'emploi satisfaisants, « ne peut ni obtenir sa légitimation éthique ni assurer la paix sociale"
(Compendium, n° 287 et 288).

"Les problèmes de l'emploi interpellent les responsabilités de l'État, auquel il revient de promouvoir des politiques actives de travail, aptes à favoriser la création d'opportunités de travail sur le territoire national, en stimulant à cette fin le monde productif. Le devoir de l'État ne consiste pas tant à assurer directement le droit au travail de tous les citoyens, en régentant toute la vie économique et en mortifiant la libre initiative des individus, que plutôt à « soutenir l'activité des entreprises en créant les conditions qui permettent d'offrir des emplois, en la stimulant dans les cas où elle reste insuffisante ou en la soutenant dans les périodes de crise".

(2) Concernant la liberté d'entreprise, l'Eglise défend tant la légitimité du droit d'entreprendre, qui fait progresser l'entrepreneur autant que son environnement social et humain, que le droit pour chacun d'entreprendre et de progresser socialement et économiquement.

Elle considère également que l'Etat doit soutenir l'entrepreneur et favoriser le succès et le développement de son entreprise, dont le rôle sociale est primordial, en protégeant en la matière aussi les droits fondamentaux des individus. Mais il ne doit ni brider l'initiative privée, ni s'y substituer.

« L'Etat a le devoir de soutenir l'activité des entreprises en créant les conditions qui permettent d'offrir des emplois, en la stimulant dans les cas où elle reste insuffisante ou en la soutenant dans les périodes de crise. L'Etat a aussi le droit d'intervenir lorsque des situations particulières de monopole pourraient freiner ou empêcher le développement. Mais, à part ces rôles d'harmonisation et d'orientation du développement, il peut remplir des fonctions de suppléance dans des situations exceptionnelles, lorsque des groupes sociaux ou des ensembles d'entreprises trop faibles ou en cours de constitution ne sont pas à la hauteur de leurs tâches » (Jean-Paul II, CA 48).

« Mais il faut toujours rappeler ce principe : la présence de l'Etat dans le domaine économique, si vaste et pénétrante qu'elle soit, n'a pas pour but de réduire de plus en plus la sphère de liberté de l'initiative personnelle des particuliers, tout au contraire elle a pour objet d'assurer à ce champ d'action la plus vaste ampleur possible, grâce à la protection effective, pour tous et pour chacun, des droits essentiels de la personne humaine. Et il faut retenir parmi ceux-ci le droit qui appartient à chaque personne humaine d'être et demeurer normalement première responsable de son entretien et de celui de sa famille. Cela comporte que, dans tout système économique, soit permis et facilité le libre exercice des activités productrices » (Encyclique Mater et Magistra, Jean XXIII, 1961).

(3) Le marché, modèle économique performant ne peut se passer de l'intervention mesurée de l'Etat, pour protéger certains domaines qui ne peuvent relever du simple jeu de l'offre et de la demande.

« L'Etat avait le devoir de défendre les droits fondamentaux du travail, de même, avec le nouveau capitalisme, il doit, ainsi que la société, défendre les biens collectifs qui, entre autres, constituent le cadre à l'intérieur duquel il est possible à chacun d'atteindre légitimement ses fins personnelles. On retrouve ici une nouvelle limite du marché : il y a des besoins collectifs et qualitatifs qui ne peuvent être satisfaits par ses mécanismes ; il y a des nécessités humaines importantes qui échappent à sa logique ; il y a des biens qui, en raison de leur nature, ne peuvent ni ne doivent être vendus ou achetés. Certes, les mécanismes du marché présentent des avantages solides : entre autres, ils aident à mieux utiliser les ressources ; ils favorisent les échanges de produits ; et, surtout, ils placent au centre la volonté et les préférences de la personne, qui, dans un contrat, rencontrent celles d'une autre personne. Toutefois, ils comportent le risque d'une « idolâtrie » du marché qui ignore l'existence des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises » (Jean-Paul II , CA 40).

Au plan international, si le libre-échange est un facteur de prospérité récompensant l'effort, il ne peut être appliqué tel quel dans le cas d'une disproportion manifeste entre les partenaires et une régulation s'avère alors nécessaire.

« La règle de libre échange ne peut plus - à elle seule - régir les relations internationales. Ses avantages sont certes évidents quand les partenaires ne se trouvent pas en conditions trop inégales de puissance économique : elle est un stimulant au progrès et récompense l’effort. C’est pourquoi les pays industriellement développés y voient une loi de justice. Il n’en est plus de même quand les conditions deviennent trop inégales de pays à pays : les prix qui se forment "librement" sur le marché peuvent entraîner des résultats iniques. Il faut le reconnaître : c’est le principe fondamental du libéralisme comme règle des échanges commerciaux qui est ici mis en question »  (Paul VI, PP 58)

(4) La production de richesse n'est pas un absolu. Elle doit s'effectuer dans le respect de la personne humaine et de sa dignité. Cela implique, au-delà de la prohibition évidente de l'esclavage moderne comme ancien, des temps de travail raisonnables et des congés suffisants permettant à chacun de  préserver sa vie personnelle, sa vie de famille et de se consacrer à d'autres activités, notamment culturelles, nécessaires à son équilibre. Il ne s'agit cependant pas de tomber dans l'excès inverse, qui réduirait à peu de chose l'importance et la valeur du travail, faisant de l'individu un pur consommateur.


« Quand les individus et les communautés ne voient pas rigoureusement respectées les exigences morales, culturelles et spirituelles fondées sur la dignité de la personne et sur l'identité propre de chaque communauté, à commencer par la famille et par les sociétés religieuses, tout le reste - disponibilité de biens, abondance de ressources techniques appliquées à la vie quotidienne, un certain niveau de bien-être matériel - s'avérera insatisfaisant et, à la longue, méprisable » (Jean-Paul II, SRS 28-29-33).

« Il importe d’adapter tout le processus du travail productif aux besoins de la personne et aux modalités de son existence, en particulier de la vie du foyer (surtout en ce qui concerne les mères de famille), en tenant toujours compte du sexe et de l’âge. Les travailleurs doivent aussi avoir la possibilité de développer leurs qualités et leur personnalité dans l’exercice même de leur travail. Tout en y appliquant leur temps et leurs forces d’une manière consciencieuse, que tous jouissent par ailleurs d’un temps de repos et de loisir suffisant qui leur permette aussi d’entretenir une vie familiale, culturelle, sociale et religieuse. Bien plus, ils doivent avoir la possibilité de déployer librement des facultés et des capacités qu’ils ont peut-être peu l’occasion d’exercer dans leur travail professionnel » (Vatican II, GS 67-3).

« Il faut garantir le respect d’horaires « humains » pour le travail et le repos, ainsi que le droit d’exprimer sa personnalité sur les lieux de travail, sans être violenté en aucune manière dans sa conscience ou dans sa dignité. Là encore, il convient de rappeler le rôle des syndicats, non seulement comme instruments de négociation mais encore comme « lieux » d’expression de la personnalité : ils sont utiles au développement d’une authentique culture du travail et ils aident les travailleurs à participer d’une façon pleinement humaine à la vie de l’entreprise » (CA 15).


L’Eglise se prononce clairement en faveur « d’un travail qui ne désagrège jamais la famille mais la renforce dans son union et sa stabilité » (Jean-Paul II, FC 25), car le développement humain n'est pas exclusivement économique.

Par là-même, le profit ne doit pas être le seul critère et but de l'entreprise :

« L'Eglise reconnaît le rôle pertinent du profit comme indicateur du bon fonctionnement de l'entreprise. Quand une entreprise génère du profit, cela signifie que les facteurs productifs ont été dûment utilisés et les besoins humains correspondants convenablement satisfaits. Cependant, le profit n'est pas le seul indicateur de l'état de l'entreprise. Il peut arriver que les comptes économiques soient satisfaisants et qu'en même temps les hommes qui constituent le patrimoine le plus précieux de l'entreprise soient humiliés et offensés dans leur dignité. Non seulement cela est moralement inadmissible, mais cela ne peut pas ne pas entraîner par la suite des conséquences négatives même pour l'efficacité économique de l'entreprise. En effet, le but de l'entreprise n'est pas uniquement la production du profit, mais l'existence même de l'entreprise comme communauté de personnes qui, de différentes manières, recherchent la satisfaction de leurs besoins fondamentaux et qui constituent un groupe particulier au service de la société tout entière. Le profit est un régulateur dans la vie de l'établissement mais il n'en est pas le seul ; il faut y ajouter la prise en compte d'autres facteurs humains et moraux qui, à long terme, sont au moins aussi essentiels pour la vie de l'entreprise. »

(5) Si l'Etat providence est nécessaire, son intervention doit être mesurée et ne peut être omniprésente, à peine de pénaliser et de déresponsabiliser l'ensemble de la société au prix d'un coût financier excessif et d'une action administrative technique mais inadaptée. Surtout, la solidarité doit s'exercer avec le concours actif des démunis eux-mêmes et de chacun dans le respect du principe de subsidiarité.

« L'État a le devoir de veiller au bien commun et de pourvoir à ce que chaque secteur de la vie sociale, sans exclure celui de l'économie, contribue à le promouvoir, tout en respectant la juste autonomie de chacun d'entre eux » (Jean-Paul II, CA 11).

« Les dysfonctionnements et les défauts des soutiens publics proviennent d'une conception inappropriée des devoirs spécifiques de l'Etat. Dans ce cadre, il convient de respecter également le principe de subsidiarité: une société d'ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d'une société d'un ordre inférieur, en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité et l'aider à coordonner son action avec celle des autres éléments qui composent la société, en vue du bien commun. En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l'Etat de l'assistance provoque la déperdition des forces humaines, l'hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d'être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses. En effet, il semble que les besoins soient mieux connus par ceux qui en sont plus proches ou qui savent s'en rapprocher, et que ceux-ci soient plus à même d'y répondre. On ajoutera que souvent certains types de besoins appellent une réponse qui ne soit pas seulement d'ordre matériel mais qui sache percevoir la requête humaine plus profonde. Que l'on pense aussi aux conditions que connaissent les réfugiés, les immigrés, les personnes âgées ou malades, et aux diverses conditions qui requièrent une assistance, comme dans le cas des toxicomanes, toutes personnes qui ne peuvent être efficacement aidées que par ceux qui leur apportent non seulement les soins nécessaires, mais aussi un soutien sincèrement fraternel » (Jean-Paul II, CA 48).


(6) Les dangers de la surconsommation. Alors que la consommation est au centre du développement de nos sociétés, l'Eglise n'hésite pas à condamner le "tout consommation" et la surconsommation, qui procèdent d'un excès, qui étouffent l'individu dans le confort matériel exclusif et du gaspillage des biens comme des ressources naturelles.

« Une constatation déconcertante de la période la plus récente devrait être hautement instructive : à côté des misères du sous-développement, qui ne peuvent être tolérées, nous nous trouvons devant une sorte de surdéveloppement, également inadmissible parce que, comme le premier, il est contraire au bien et au bonheur authentiques. En effet, ce surdéveloppement, qui consiste dans la disponibilité excessive de toutes sortes de biens matériels pour certaines couches de la société, rend facilement les hommes esclaves de la « possession » et de la jouissance immédiate, sans autre horizon que la multiplication des choses ou le remplacement continuel de celles que l’on possède déjà par d’autres encore plus perfectionnées. C’est ce qu’on appelle la civilisation de « consommation », qui comporte tant de « déchets » et de « rebuts ». Un objet possédé et déjà dépassé par un autre plus perfectionné est mis au rebut, sans que l’on tienne compte de la valeur permanente qu’il peut avoir en soi ou pour un autre être humain plus pauvre. Nous touchons tous de la main les tristes effets de cette soumission aveugle à la pure consommation : d’abord une forme de matérialisme grossier, et en même temps une insatisfaction radicale car on comprend tout de suite que - à moins d’être prémuni contre le déferlement des messages publicitaires et l’offre incessante et tentatrice des produits de consommation - plus on possède, plus aussi on désire, tandis que les aspirations les plus profondes restent insatisfaites, peut-être même étouffées. » (Jean-Paul II, SRS 28)



par La rédaction publié dans : Economie
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Si nous renions l'Evangile, nous sommes perdus".

Mal Jean de Lattre de Tassigny
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