Communautés

Le Crucifix

Samedi 10 juillet 2010 6 10 /07 /Juil /2010 12:13

Par Joseph H. H. WEILER - Traduction par HERMAS.INFO

Le présent document se rapporte à l'affaire Lautsi [cf. LES FAITS], relative à la présence du crucifix dans des salles de classe d'une école publique en Italie. Sur la demande de Mme Lautsi, la Cour européenne des droits de l'homme [CEDH] a jugé que cette présence était contraire à la Convention européenne des droits de l'homme en ce qu'elle garantie la liberté de religion - y compris la liberté de n'adhérer à aucune [cf. JUGEMENT].

 

L'Etat italien a exercé un recours contre cette décision, et l'affaire a été renvoyée devant la Grande Chambre de la CEDH, été jugée recevable en juin dernier et est en attente de jugement. L'article 36 de la Convention prévoit une procédure dite de "tierce intervention", qui permet à des Etats signataires de la Convention, mais qui ne sont pas parties à l'affaire, de présenter des observations pour éclairer le jugement à intervenir de la Cour. C'est ce qui s'est passé ici sur le sujet qui nous occupe.


weilerM. Joseph Halevi Horowitz WEILER, qui est ainsi intervenu au nom de huit Etats, est un juriste réputé, originaire d'Afrique du Sud, spécialisé dans le droit européen. Ayant enseigné en maints endroits en Europe et aux Etats-Unis, il est notamment titulaire de la chaire de droit européen "Jean Monnet", à Harvard et cofondateur de l'Académie de droit européen.


Nous donnons ici le texte de son intervention devant la CEDH - traduite par nos soins. Cette intervention nous paraît apporter une contribution très importante, sur un cas d'espèce particulier, relative à la problématique de la liberté religieuse.


 

STRASBOURG, 30 JUIN 2010

 

1.- Je m’appelle Joseph H.H. Weiler, Professeur de Droit à l'Université de New-York et Professeur honoraire à l'Université de Londres. J’ai l’honneur de représenter les gouvernement d’Arménie, de Bulgarie, de Chypre, de Grèce, de Lituanie, de Malte, de la Fédération Russe, et de San Marin. Toutes ces tierces parties sont d'avis que la seconde Chambre (1) s’est trompée dans son raisonnement, dans son interprétation de la Convention (2), et dans les conclusions qui en sont résultées.

 

2.- Le Président de la Grande Chambre m’a expliqué que les tierces parties ne peuvent entrer dans les détails d’un cas, mais doivent se limiter à traiter des principes généraux qui le gouvernent, et à suggérer une solution possible.  Le temps accordé est de 15 minutes, et, en conséquence, ne devra aborder que des arguments essentiels.

 

3.- La Chambre, dans sa décision, formule trois principes clefs : les Etats intervenants sont pleinement d’accord avec deux d’entre eux, mais ils sont en désaccord avec le troisième.

 

4.- Ils sont pleinement d’accord avec le principe selon lequel la Convention garantit aux individus la liberté de religion, ainsi que la liberté à l'égard de la religion [la liberté religieuse positive et négative] (3). Ils sont pleinement d’accord sur la nécessité qu’une salle de cours forme et éduque à la tolérance et au pluralisme (4). 

 

5.- La Chambre formule également un principe de “neutralité” : « Le devoir de neutralité et d'impartialité de l'Etat est incompatible avec un quelconque pouvoir d'appréciation de la part de celui-ci quant à la légitimité des convictions religieuses ou des modalités d'expression de celles-ci. Dans le domaine de l'enseignement, la neutralité devrait garantir le pluralisme (Folgero, précité, § 84) » (arrêt critiqué, n°47, c).

  

6.- A partir d’une telle prémisse, la conclusion était inévitable : l’exposition du crucifix sur le mur d’une classe devait être considérée, bien sûr, comme l'expression d’un jugement porté sur la légitimité d’une conviction religieuse – le christianisme – et donc comme une violation de la Convention.

  

7.– Cette formulation de la “neutralité” se fonde sur deux erreurs conceptuelles qui sont fatales aux conclusions retenues.

 

8.– Tout d’abord, dans le système prévu par la Convention, tous les Etats membres doivent, en effet, garantir aux individus la liberté de religion, mais aussi la liberté à l'égard de la religion. Cette obligation constitue une disposition constitutionnelle commune de l’Europe. Elle est cependant contrebalancée par une grande liberté quand il s’agit de religion ou de l’héritage religieux dans l’identité collective de la nation et dans la “symbologie” de l’Etat.

 

9.– Ainsi, il y a des Etats membres où la laïcité fait partie de la définition de l'Etat, comme la France, et dans lesquels, en conséquence, il ne peut y avoir un symbole religieux approuvé et parrainé par l’Etat dans un espace public. La religion est une affaire privée.

 

10.– Mais aucun Etat n’est obligé dans le système de la Convention d'épouser la laïcité. Ainsi, de l’autre côté de la Manche, il y a l’Angleterre [et j’utilise ce terme à dessein] où il existe une Eglise d’Etat, dont le Chef est aussi Chef de l’Etat, où les dirigeants religieux sont aussi membres d’office du Législatif, sur le drapeau de laquelle il y a la Croix, et  où l’Hymne national est une prière à Dieu demandant de sauver le Monarque et de lui accorder [à lui, ou à elle] la victoire et la gloire.

 

11.- Dans sa définition d'Etat avec une Eglise officielle, l’Angleterre semblerait, dans son ontologie, violer les critères posés par la Chambre. En effet, comment pourrait-on dire que tous ces symboles religieux n'impliquent pas une certaine forme de jugement porté sur la légitimité d'un crédo religieux ?


12.- En Europe, il existe une variété extraordinaire de relations entre l’Etat et l’Eglise. Plus de la moitié de la population de l’Europe vit dans des Etats qui ne pourraient être définis comme des Etats laïcs. Inévitablement, dans l’Education nationale, l’Etat et ses symboles ont leur place. Nombre d’entre eux, toutefois, ont une origine religieuse ou expriment une identité religieuse actuelle. En Europe, la Croix est l’exemple le plus visible, apparaissant sur de très nombreux drapeaux, au sommet des montagnes, des édifices, etc. Cependant il est erroné de prétendre, comme certains l’ont fait, qu’elle a seulement une signification religieuse. Elle est les deux choses à la fois, au regard de l’histoire, et une partie intégrante de l’identité nationale de nombreux Etats européens [Il y a des spécialistes qui soutiennent que les 12 Etoiles du Conseil de l’Europe, ont aussi cette même dualité].

 

13.- Regardons une photographie de la Reine d’Angleterre dans les classes. Comme la Croix, cette image a une double signification. C’est l’image du chef de l’Etat. Et c’est aussi l’image du Chef titulaire de l’Eglise d’Angleterre. C’est presque comme le Pape, qui est Chef d’Etat et Chef d’une Eglise. Serait-il acceptable que quelqu’un demandât que la photo de la Reine ne doive pas être placée dans les écoles, au motif que cela n’est pas compatible avec ses convictions religieuses et son droit à l'éducation, parce qu’il est catholique, juif ou musulman ? Ou au nom de ses convictions philosophiques, parce qu’il n’est pas croyant ? La Constitution irlandaise, ou la Constitution allemande pourraient-elles ne pas être affichées dans les classes, ou n’être pas lues dans les classes, au motif que, dans leurs préambules, nous trouvons, dans la première, une référence à la Sainte Trinité et à Jésus-Christ Divin Seigneur, et dans la seconde, à Dieu ? Il est certain que le droit de liberté à l'égard de la religion doit garantir à chaque élève qui s'y oppose la possibilité de n'être pas impliqué dans un acte religieux, de ne pas participer à une cérémonie religieuse ou de ne pas être soumis à une quelconque affiliation religieuse, de sorte que ces actes ne soient pas des conditions de la jouissance des droits garantis par l'Etat. L'intéressé devrait certainement avoir le droit de ne pas chanter God save the Queen (5) si cela est en opposition avec sa vision du monde. Mais cet étudiant peut-il demander que personne ne le chante ?

  

14.- Cette situation européenne représente une énorme leçon de pluralisme et de tolérance. Tous les enfants en Europe, athées ou croyants, chrétiens, musulmans et juifs, apprennent comme un élément de leur héritage européen, que l’Europe garantit d’une part leur droit de pratiquer une religion librement – dans le respect des limites des droits des autres et de l’ordre public – et d’autre part, leur droit de ne pas croire du tout. En même temps, comme élément de ce pluralisme et de cette tolérance, l’Europe accepte et respecte une France, une Angleterre, une Suède et un Danemark, une Grèce et une Italie, dont chacun a des manières très différentes de concevoir la reconnaissance officielle par l'Etat de symboles religieux dans l'espace public.

 

15.- Dans de nombreux Etats non-laïcs, de vastes secteurs de la population, peut-être même la majorité, ne sont plus croyants. Mais l’enchevêtrement continu des symboles religieux dans le domaine public, et de la part de l’Etat, est toujours accepté par la population sécularisée comme faisant partie de l’identité nationale, et comme un acte de tolérance entre les concitoyens de ces Etats. Il se pourrait qu'un jour la population britannique, exerçant sa souveraineté constitutionnelle, veuille se libérer de l’Eglise d’Angleterre, comme le firent les Suédois. Mais ce choix lui incombe, non à cette Cour vénérable, et la Convention n’a jamais été interprétée, cela est certain, dans un sens qui la contraindrait à le faire. L’Italie est libre de choisir d’être laïque. Le peuple italien peut, démocratiquement et constitutionnellement, choisir d’avoir un Etat laïc, et la question de savoir si le crucifix placé sur les murs est conforme ou non à la Constitution italienne ne relève pas de la compétence de cette Cour, mais uniquement de celle de la Cour italienne. Or la requérante, Madame Lautsi, n'attend pas de cette Cour qu'elle reconnaisse le droit de l'Italie d'être laïque, mais qu'elle le lui impose comme un devoir. Ceci n'a pas de fondement dans le droit.


16.- Dans l’Europe actuelle, les Pays ont ouvert leurs portes à de nombreux nouveaux résidents et citoyens. Nous devons leur offrir tout ce qui est garanti par la Convention. Nous devons les traiter justement, les accueillir, sans discrimination. Mais le message de tolérance envers l’Autre ne doit pas être traduit en un message d’intolérance envers sa propre identité. L’impératif juridique de la Convention ne doit pas étendre la juste obligation de l'Etat à garantir une liberté religieuse positive et négative, jusqu'à affirmer, sans justification ni précédent, que l'Etat devrait se dépouiller d’une partie de son identité culturelle, au seul motif que les expressions de cette identité pourraient être religieuses ou d’origine religieuse.

 

17.- La position adoptée par la Chambre n’est pas une expression du pluralisme propre au système de la Convention, mais est une expression des valeurs du seul Etat laïc. L’étendre au système tout entier de la Convention voudrait dire, révérence gardée, l’américanisation de l’Europe. Une américanisation à un double point de vue : tout d’abord, une seule et unique règle pour tous ; puis, une séparation rigide, dans le style américain, entre Eglise et Etat, comme si l’on ne pouvait avoir confiance que les peuples des Etats membres, dont l’identité est non-laïque, puissent vivre les principes de la tolérance et du pluralisme. Cela, une fois encore, ce n’est pas l’Europe. 

 

18.- L’Europe de la Convention représente un équilibre unique entre, d'une part, la liberté individuelle de religion et à l'égard de la religion et, d'autre part, la liberté collective de définir l’Etat et la Nation en utilisant des symboles religieux, voire en ayant une Eglise officielle. Nous faisons confiance à nos institutions démocratiques constitutionnelles pour définir nos espaces publics et nos systèmes collectifs d’éducation. Nous faisons confiance à nos tribunaux, y compris à cette vénérable Cour, pour défendre les libertés individuelles. C’est un équilibre qui a bien servi l’Europe dans les soixante dernières années.

 

19.- Cet équilibre peut agir comme un guide pour le reste du monde, étant donné qu’il démontre aux Pays qui croient que la démocratie implique la perte de leur propre identité religieuse, qu’il n’en est pas ainsi. La décision de la Chambre a renversé cet équilibre unique, et risque d’appauvrir notre panorama constitutionnel, en nous soustrayant cette qualité supérieure de diversité constitutionnelle. Cette vénérable Cour devrait rétablir cet équilibre.

 

20.- J’en viens à présent à la seconde erreur conceptuelle de la Chambre – confusion pratique et conceptuelle – entre laïcisme, laïcité et neutralité.

 

21.- Aujourd’hui, dans nos Etats, la principale division sociale relative à la religion n’est pas celle qui oppose, mettons, catholiques et protestants, mais celle qui oppose croyant et “laïciste”. La laïcité n’est pas une catégorie vide signifiant simplement absence de foi. Beaucoup la considèrent comme un large point de vue qui soutient, inter alia, la conviction politique selon laquelle la religion trouve sa place légitime seulement dans la sphère privée, et qu’il ne peut y avoir aucun lien entre autorité publique et religion. Par exemple, seules les écoles publiques seront financées par l’Etat. Les écoles religieuses doivent être privées, et ne pas bénéficier d’aide publique. C’est une position politique, respectable, mais qui n’est certainement pas “neutre”. Les non-laïcs, même s’ils respectent en tout la liberté de religion, et la liberté par rapport à la religion, adoptent cependant des formes de religion publique, dont j’ai déjà parlé. La laïcité veut un domaine public “dépouillé”, un mur dans les classes qui soit privé de tout symbole religieux. Il est juridiquement malhonnête d’adopter une position politique qui divise notre société, et de prétendre que, d’une certaine manière, elle est neutre.


22.- Certains Pays, comme les Pays-Bas ou le Royaume-Uni ont perçu ce dilemme. Dans le domaine de l’éducation, ils comprennent que le fait qu’ils soient neutres, ne consiste pas dans le fait de soutenir le laïcisme en opposition au religieux. Ainsi, l’Etat finance les écoles publiques laïques, et, dans la même mesure, les écoles publiques religieuses.

 

24.- Quelles sont les conséquences de tout cela sur l’éducation?

 

25.- Penchons-nous sur cette parabole de Marc et Léonard, deux amis qui commencent l’école. Léonard va trouver Marc chez lui. Il entre et trouve un crucifix. - « Qu’est-ce que c’est ? » lui demande-t-il. - « Un crucifix – pourquoi, vous n’en avez pas un ? Chaque maison devrait en avoir un ». Léonard retourne chez lui tout agité. Sa Maman lui explique avec patience : « Ils sont catholiques pratiquants. Nous, non. Nous suivons nos convictions ». A présent, imaginons une visite de Marc chez Leonardo. - « Fichtre ! », s’exclame-t-il, « aucun crucifix ? Un mur vide ? » - « Nous, nous ne croyons pas à ces absurdités », lui répond son ami. Marc retourne chez lui tout agité. « Oui, nous avons nos convictions ». Le jour suivant, les deux enfants vont à l’école. Imaginons l’école avec un crucifix. Léonard rentre chez lui tout agité : « L’école est comme la maison de Marc. Tu es sûre, Maman, que c’est bien, de ne pas avoir de crucifix ? » C’est là le cœur de la question de Lautsi. Mais imaginons également que, ce premier jour d’école, les murs soient vides. Marc rentrerait chez lui tout agité. « L’école est comme la maison de Léonard » s’écrirait-il. « Tu vois, je te l’avais dit que nous n’en avons pas besoin ».

 

26.- La situation serait plus alarmante encore si les crucifix qui étaient là sur le mur depuis toujours, étaient enlevés d’un coup.

 

27.- Ne commettez pas cette erreur. Un mur dénudé sur l'ordre de l’Etat, comme en France, peut faire penser aux élèves que l’Etat prend une position anti-religieuse. Nous avons confiance que les programmes scolaires de la République française enseignent aux enfants la tolérance et le pluralisme, et qu'ils écartent une telle idée. Il y a toujours une interaction entre ce qu’il y a sur le mur, et la manière dont on discute et enseigne en classe. De la même manière, un crucifix sur le mur peut être perçu comme un élément coercitif. Encore une fois, il appartient au programme suivi en classe d'expliquer le contexte et d'enseigner aux enfants dans les classes italiennes la tolérance et le pluralisme. Il pourrait aussi y avoir d’autre solutions, comme par exemple de montrer des symboles de plusieurs religions, ou de trouver d’autres formes éducatives appropriées pour faire passer le message du pluralisme.

 

28.- Il est clair que, étant donné les diversités de l’Europe sur ce point, il ne peut y avoir une solution générale qui soit adaptée à chaque Pays membre, à chaque classe et à chaque situation. Il faut tenir compte de la réalité politique et sociale des différents lieux, de leur démographie, de leur histoire et de leurs sensibilités, ainsi que des susceptibilités des parents. Mais, la France, avec le crucifix au mur n’est plus la France. L’Italie, sans le crucifix au mur, n’est plus l’Italie. Il est de même de l’Angleterre sans le God Save the Queen.

 

29.- Il est possible, dans des circonstances particulières, que la solution adoptée par l’Etat soit considérée comme coercitive et hostile. Cependant, la preuve doit en toutes hypothèses en peser sur l’individu, et le niveau requis pour admettre cette preuve doit être extrêmement élevé, avant que cette Cour ne décide d’intervenir, au nom de la Convention, dans les choix éducatifs faits par un Etat. Une seule règle pour tous, comme l’a décidé la seconde Chambre, privée de contexte historique, politique, démographique et culturel, n’est pas seulement à déconseiller. Elle mine le pluralisme, la diversité et la différence les plus authentiques que la Convention se propose de sauvegarder, et qui sont la marque de l’Europe.


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NOTES

(1) La Chambre de sept juges de la deuxième section de la Cour européenne des droits de l’homme qui a son siège à Strasbourg. L'article 43 de la CEDH prévoit que, dans un délai de trois mois à compter de la date de l’arrêt d’une chambre, toute partie à l’affaire peut, dans des cas exceptionnels, demander le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre (17 membres) de la Cour. En pareille hypothèse, un collège de cinq juges examine si l’affaire soulève une question grave relative à l’interprétation ou à l’application de la Convention ou de ses protocoles ou encore une question grave de caractère général. Si tel est le cas, la Grande Chambre statue par un arrêt définitif. Si tel n’est pas le cas, le collège rejette la demande et l’arrêt devient définitif. Autrement, les arrêts de chambre deviennent définitifs à l’expiration dudit délai de trois mois ou si les parties déclarent qu’elles ne demanderont pas le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre.

(2) La Convention européenne des droits de l’homme, signée à Rome le 4 novembre 1950, et modifiée ensuite par différents protocoles.

(3) NdT - ce principe est ainsi énoncé dans la décision critiquée : « Le respect des convictions religieuses des parents et des croyances des enfants implique le droit de croire en une religion ou de ne croire en aucune religion. La liberté de croire et la liberté de ne pas croire [la liberté négative] sont toutes les deux protégées par l'article 9 de la Convention [voir, sous l'angle de l'article 11, Young, James et Webster c. Royaume-Uni, 13 août 1981, §§ 52-57, série A n° 44] ». (arrêt critiqué, n°47, c).

(4) NdT -  ce principe est ainsi formulé dans la décision critiquée : « Le respect des convictions des parents doit être possible dans le cadre d'une éducation capable d'assurer un environnement scolaire ouvert et favorisant l'inclusion plutôt que l'exclusion, indépendamment de l'origine sociale des élèves, des croyances religieuses ou de l'origine ethnique. L'école ne devrait pas être le théâtre d'activités missionnaires ou de prêche ; elle devrait être un lieu de rencontre de différentes religions et convictions philosophiques, où les élèves peuvent acquérir des connaissances sur leurs pensées et traditions respectives ».

(5) Dieu sauve la Reine, hymne anglais.

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Publié dans : Le Crucifix - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 12:40

Par L'Equipe d'Hermas

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Déclaration du 23 juin 2010.- En union avec d’autres conférences épiscopales et diverses instances aussi bien étatiques que sociales de tout le continent, la Commission permanente de la Conférence épiscopale espagnole, réunie dans l’attente d’une décision prochaine de la Cour européenne sur l’exposition de symboles religieux dans les écoles publiques, entend souligner l’importance de la question pour les convictions religieuses des peuples et les traditions culturelles de l’Europe.


Grâce précisément au christianisme, l’Europe a su affirmer l’autonomie des domaines spirituel et temporel et s’ouvrir au principe de la liberté religieuse, en respectant aussi bien les droits des croyants que ceux des non-croyants. Ceci est rendu plus évident encore de nos jours, au moment où d’autres religions se répandent parmi nous à l’ombre de cette réalité.


La présence de symboles religieux chrétiens dans des lieux publics, en particulier la présence de la croix, reflète le sentiment religieux des chrétiens de toutes confessions et ne prétend exclure personne. Au contraire, elle est l’expression d’une tradition à laquelle tout le monde reconnaît une grande valeur et un grand rôle catalyseur dans le dialogue entre les personnes de bonne volonté, et dans laquelle chacun reconnaît le soutien apporté, sans distinction de foi, de race ou d’origine, aux pauvres et à ceux qui souffrent.


Dans la culture et la tradition religieuse chrétiennes, la croix représente le salut et la liberté de l’humanité. De la croix jaillissent l’altruisme et la générosité les plus purs, comme aussi une sincère solidarité offerte à tous, sans prétention à rien imposer à personne.


En conséquence, les sociétés de tradition chrétienne ne devraient pas s’opposer à l’exposition publique de leurs symboles religieux, en particulier dans les lieux où sont éduqués les enfants. Dans le cas contraire, ces sociétés pourront difficilement parvenir à transmettre aux générations futures leur propre identité et leurs valeurs. Elles deviendront des sociétés contradictoires rejetant l’héritage spirituel et culturel dans lequel plongent leurs racines et elles se fermeront le chemin de l’avenir. S’opposer aux symboles des valeurs qui ont modelé l’histoire et la culture d’un peuple, c’est le laisser sans défense devant d’autres offres culturelles, qui ne sont pas toujours bénéfiques, et boucher les sources fondamentales de l’éthique et du droit qui ont démontré leur fécondité dans la reconnaissance, la promotion et la protection de la dignité de la personne.


Le droit à la liberté religieuse existe, et il est affirmé toujours davantage dans les pays d’Europe. En certains d’entre eux, d’autres symboles religieux sont explicitement autorisés, soit par la loi, soit par leur acceptation spontanée. Les Eglises et les communautés chrétiennes favorisent le dialogue entre elles et avec d’autres religions ; elles agissent comme une partie intégrante de leurs réalités nationales respectives. Quant aux symboles, il existe en Europe des lois différentes et des évolutions sociales ou du droit positif diverses qui doivent être respectées dans le cadre d’une juste relation entre les Etats et les Institutions européennes. Ce n’est que dans une Europe respectueuse à la fois de la liberté religieuse de chacun et des traditions de chaque peuple et de chaque nation que pourront se développer des relations adéquates entre les religions et les peuples, dans la justice et la liberté.

 

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Publié dans : Le Crucifix - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 6 juillet 2010 2 06 /07 /Juil /2010 06:00

Par Mgr Jacques MASSON

Aussi bien la droite que la gauche italiennes ont exprimé leurs regrets après l'arrêt rendu le 3 novembre 2009 [requête n° 30814/06] par la Cour européenne des droits de l'Homme, sur la présence de crucifix dans les salles de classe [cf. sur cette question l'article d'Hermas.info : un]. Il s'agissait de la fameuse Affaire Lautsi, du nom de celle que le journal français L'Humanité appelait alors "la Mère Courage en lutte contre le crucifix". 

 

« Cette Europe du troisième millénaire ne nous laisse que les citrouilles des fêtes récentes », celles d'Halloween « et elle nous enlève nos symboles les plus chers », avait déploré alors le cardinal-secrétaire d'Etat Mgr Tarcisio Bertone. Il s'est réjoui que le gouvernement italien ait annoncé un recours contre la décision rendue [cf article Hermas.info : deux].

 

La Cour Européenne devrait rendre sa décision définitive dans quelques mois - décision attendue car elle devrait s'appliquer non seulement en Italie, mais aussi dans les 47 états membres du Conseil de l’Europe.

 

La plupart des Italiens considérent que le crucifix est un symbole culturel plutôt que religieux. Le Président de la République italienne lui-même, communiste, homme droit et au jugement mesuré, avait déclaré , quand le recours a été déposé auprès de la Cour : « Pourquoi enlever le Crucifix des écoles, quand il est unanimement reconnu comme un symbole important de la paix et de la fraternité ? ». Et de nombreux autres hommes politiques firent des déclarations du même genre pour exprimer leur indignation, et leur opposition. C’est donc que le Crucifix a une valeur pour eux, quelle qu’elle soit !

 

*

*     *

 

Devant cette levée de boucliers du monde politique et laïc contre cette mesure, quelle est l’attitude de l’Episcopat ? L’Episcopat italien y est opposé, c’est sûr. Cependant cette question politico-religieuse nous conduit à nous interroger sur la place qui est faite au Crucifix, symbole de notre salut, dans nos propres églises, alors que bien des jeunes laïcs, eux, ne manifestent aucun resspect humain à en tirer publiquement gloire.

 

Où sont placés les Crucifix dans non églises ? Les pasteurs, évêques et prêtres, ont été les premiers à les enlever, en particulier de la place première qui lui revenait : sur l’autel, au milieu de l’autel. Se rendaient-ils compte de la signification de ce geste ? Certes, les Croix se trouvent à côté ou près de l’autel, tournées vers les fidèles. Mais l’autel est la plupart du temps nu, dépouillé, avec tout au plus deux chandeliers minuscules. C’est souvent une table minuscule en bois. L’autel du sacrifice ? Comme l’autel de la nouvelle basilique à San Giovanni Rotondo : une pyramide minuscule retournée, et tronquée à sa base, présentant quatre triangles, vide de tout… Pauvre Padre Pio ! Scandaleux !

 

Et l’on invoque les prétextes les plus absurdes en opposant la Messe « face au peuple », et la Messe « le dos au peuple ». Car il faut, dit-on, que les fidèles voient ce que fait le prêtre. Un prêtre colombien en séjour à Rome, après avoir assisté à une Messe célébrée par le Pape Benoît XVI, s’élevait avec force contre la présence de la Croix au milieu de l’autel, en disant : « C’est ridicule, car, ainsi, on ne voit plus le Pape ». Alors, il n’était venu à la Messe que « pour voir le Pape » ?…

 

La pratique de la Messe « face au peuple» a contribué à faire perdre la signification de la présence de la Croix au milieu de l’autel. La Messe, certes, est une assemblée « présidée » par le prêtre. Mais elle est beaucoup plus : elle est le Sacrifice du Christ qui s’offre lui-même, pour la rémission de nos péchés, rendu présent par l’intermédiaire des ministres choisis par lui et ordonnés par les Successeurs des Apôtres. A la Messe, nous pouvons dire en toute certitude que nous sommes « au pied de la Croix », témoins de l’unique Sacrifice du Christ. Nous sommes au Golgotha, au Calvaire.

 

Mais, qui donc se trouvait au pied de la Croix : Marie, la Mère de Jésus, Marie de Magdala, Marie femme de Cléophas, et Jean. Regardaient-ils les grands-prêtres haineux et la foule hurlante, tournant le dos à la Croix où était cloué Jésus, ou bien étaient-ils  tournés vers Jésus sur la Croix ?

 

 

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La Messe est célébrée sur l’autel, l’endroit du Sacrifice, le Calvaire donc, le Golgotha, et la Croix s’y élève, y est dressée, pour que se réalise la parole du Christ : « Quand j’aurai été élevé de terre j’attirerai tout à moi ». mais le « président » de l’assemblée, est avant tout le ministre ordonné, le prêtre, qui permet que le Sacrifice du Christ soit présent à toutes les époques jusqu’à la fin des temps, jusqu’au retour du Seigneur. Il n’est pas nécessaire qu’il soit tourné vers les fidèles, mais bien plutôt vers la Croix, au pied de laquelle Saint Thomas d’Aquin disait qu’il avait tout appris.

 

La liturgie séculaire de l’Eglise a souligné ce lien étroit entre le prêtre qui célèbre le Saint Sacrifice de la Messe, le Sacrifice du Christ, et la Croix bienheureuse « sur le bois de laquelle a été suspendu le Salut du monde ».

 

Et c’est pourquoi, on célébra dès le début le Saint Sacrifice tourné vers l’Orient, vers le Calvaire, vers le Golgotha, vers la Croix. Les églises étaient orientées vers l’Orient. Mais, quelle que soit l’orientation de l’église, la Croix figurait à la place qui lui revient, au centre de l’autel. Un dialogue s’instaurait ainsi entre le ministre du Christ et le Christ Sauveur, et pas nécessairement et uniquement avec les fidèles. Certes, ils ont leur place et leur importance. Mais « les brebis suivent le pasteur », qui les conduit, qui leur montre le chemin. Et, choisi parmi les hommes pour intercéder pour ses péchés et ceux du peuple, le Pasteur, le « Bon Pasteur », le Prêtre, est tourné vers le Seigneur sur la Croix, et prie au nom des ses brebis qui le suivent (et auxquelles il est erroné de dire qu’il « tourne le dos »). Le berger qui conduit ses brebis tourne-t-il le dos à son troupeau ?

 

Les gestes du prêtre, dont la plupart ont été supprimés par la réforme liturgique dans le novus ordo, avaient une signification profonde, pour lui d’abord, et pour les fidèles, et manifestaient ce dialogue « face à face », avec le Seigneur, comme Moïse « face à face avec le Dieu tout-puissant » sur la Montagne sainte.

 

Quand il montait à l’autel, il élevait les bras et les étendait vers la Croix en disant : « Enlevez nos fautes Seigneur, afin que nous puissions pénétrer jusqu’au Saint des Saints avec une âme pure ». (Aufer a nobis iniquitates nostras…). Puis, arrivé au milieu de l’autel, levant les yeux vers la Croix, avant de baiser l’autel, il récitait la prière « Oramus te Domine ».

 

A la fin de la Collecte, de la Secrète, de la Postcommunion, il disait « Per Dominum nostrum Jesus Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in saecula saeculorum » : il joignait alors les mains, et en inclinant la tête, au nom sacré de Jésus, en se tournant vers le Crucifix. Car, la partie la plus importante de la prière était celle-là : tout ce qui était demandé à Dieu l’était par Notre Seigneur Jésus Christ… Paroles pendant lesquelles, la plupart du temps, le prêtre, occupé à toute autre chose, fermait le Missel, et cherchait la feuille des annonces, car pour lui, « l’oraison était terminée ».

 

Avant de proclamer l’Evangile, le prêtre venait au centre de l’autel, levait les yeux vers la Croix, et récitait en privé la prière de préparation à cette proclamation de la Parole de Dieu S’il était assis, il venait devant l’autel, regardait la Croix, s’inclinait pour réciter la prière « Munda cor meum », et faisait la génuflexion.. .A présent, le prêtre, s’il est déjà à l’ambon, s’incline et bredouille quelques paroles… tourné vers qui ? adressées à qui ?  S’il est au siège, il se rend à l’ambon, récite quelques phrases bredouillées, s’incline devant l’autel (on ne fait plus de génuflexion…, devant Dieu on est des « hommes debout »), et va « lire » l’Evangile.

 

Après le « lavabo », dans le rite tridentin, toujours en vigueur dans l’Eglise, le prêtre récitait une prière à la Sainte Trinité « Suscipe Sancta Trinitas » (qui a été supprimée dans le novus ordo), il venait au centre de l’autel, et levait d’abord les yeux vers la Croix. Et de même, avant de quitter l’autel avec un dernier baiser, jetant un regard vers la Croix, il récitait une autre prière à la Très Sainte Trinité, qui a été supprimée elle aussi dans le novus ordo, « Placeat Sancta Trinitas ».

 

Dans la célébration du Saint Sacrifice de la Messe, la Croix tenait pour ainsi dire une place centrale, pour le prêtre surtout, réalisant les paroles du prophète : « ils regarderont vers Celui qu’ils ont transpercé », mais aussi pour les fidèles, car tous, ministres et fidèles, pécheurs, nous tournons notre regard vers Celui, élevé de terre, nous attire tous à Lui : « sursum corda, habemus ad Dominum : élevons notre cœur, nous le tournons vers le Seigneur »… Où ? sur le côté de l’autel, à quelques mètres de l’autel ?

 

On nous a enlevé le Crucifix de la seule place à laquelle il devait se trouver, au Golgotha, sur le Calvaire, sur l’autel… Et l’on s’étonne que l’on veuille l’enlever des écoles, des lieux publics ?

 

Redonnez-nous la Croix, à sa place, sur les autels, afin que le prêtre, je le répète, comme Moïse, puisse s’adresser à Lui face à face pour intercéder pour le peule des fidèles, et pour lui-même.

 

Le Successeur de Pierre, à qui rien n’échappe, a jugé que le moment était venu de remettre la Croix au milieu de l’autel, face au célébrant. Et, à chaque voyage, à chaque Messe célébrée, dans les cathédrales, ou dans les plus humbles paroisses, en présence des Evêques, ou de l’Evêque, et du curé et de ses vicaires, la Croix se trouve au milieu de l’autel. C’est un enseignement qu’il nous donne, et que nous devons suivre avec une docilité filiale.

 

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Je pense que nous retrouverons le sens profond du Sacrifice de la Messe quand les autels seront redevenus des autels, et quand la Croix victorieuse s’y trouvera : « in hoc signo vinces » : c’est l’inscription qui est apparue à Constantin, qu’il a fait mettre sur tous les étendards, et lui a donné la victoire au Pont Milvius à Rome. Le Démon ne redoute rien de plus que la Croix, le Crucifix. « In hoc signo vinces » : que tous nos autels retrouvent leur Croix, à sa place, sur l’autel. Alors chacun d’entre nous, ministres et fidèles, nous serons en mesure de rafraîchir notre foi, de l’approfondir, d’en vivre, de vivre de la Sainte Messe, car nous saurons que, à chaque Messe, nous sommes tournés vers le Christ, au pied de la Croix, avec Marie, Saint Jean et les saintes femmes.

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Publié dans : Le Crucifix - Communauté : Catholique
Vendredi 4 décembre 2009 5 04 /12 /Déc /2009 13:55

Par Mgr J. Masson

« PAR CE SIGNE TU VAINCRAS »

 

« IN HOC SIGNO VINCES »

 

 

Crucifix accompagné des « Arma Christi »

à Poppiano près de Montespertoli en Toscan

 

 

EN GUISE DE PREAMBULE

 

 

Cet article a été rédigé par Mgr Masson à l’occasion de la désormais célèbre affaire Lautsi, du nom de cette italienne qui a obtenu condamnation de l’Etat italien par la Cour européenne des droits de l’homme, en raison de la présence de crucifix dans les salles de classe d’une école publique, où ses deux enfants ont été scolarisés en 2001-2002.

 

Il convient de rappeler brièvement les circonstances de ce litige, dont l’issue a dû remplir d’aise les enfers, lesquels ne doivent pourtant pas être avares de réjouissances en ces temps que l’Apôtre qualifiait déjà de « mauvais ». L’affaire vaut qu’on s’y arrête, car la “campagne contre les crucifix” bat aussi son plein ailleurs, en Espagne notamment. Cette bataille de signes est hautement significative en une période où les Hautes Autorités de la Société Pluriculturelle, journalistiques ou politiciennes, font campagne pour justifier l’expansion en terres jadis chrétiennes des mosquées et de leurs minarets.

 

Cette Mme Lautsi, donc, a jugé la présence de ces crucifix insupportable, et contraire au principe de laïcité. La direction de l’école, appuyée ultérieurement par une directive du Ministère de l’instruction publique, a cependant rejeté ses réclamations.

 

Mme Lautsi a alors exercé un recours devant le juge administratif pour contester la décision ainsi rendue, et le juge a accepté de saisir la Cour constitutionnelle italienne, afin que soit examinée la constitutionalité de la présence des crucifix dans les écoles. Le gouvernement italien, partie à la procédure, a alors soutenu que cette présence était naturelle, parce que le crucifix n’était pas seulement un symbole religieux mais aussi, en quelque sorte, le drapeau de la seule Eglise (catholique) nommée dans la Constitution italienne, de sorte qu’il était également un symbole de l’Etat italien. La Cour constitutionnelle s’est déclarée incompétente. Le tribunal administratif a alors rejeté la demande de Mme Lautsi, en considérant lui-même que le crucifix était le symbole de l’histoire et de la culture italiennes et, par conséquent, de l’identité italienne. Il a jugé que le crucifix symbolisait les principes d’égalité, de liberté et de tolérance, tout autant que la laïcité de l’Etat – ce qui, il faut bien le concéder, était un peu curieux. Saisi à son tour, le Conseil d’Etat italien a également rejeté la demande de Mme Lautsi, en retenant que la croix était devenue l’une des valeurs laïques de la Constitution et représentait les valeurs de la vie civile italienne.

 

Mme Lautsi a alors saisi la Cour européenne des droits de l’homme en 2006, qui a accueilli favorablement son recours. Voici en quels termes, selon le Communiqué du greffe qui a été diffusé de cet arrêt  de 16 pages (3 novembre 2009, requête n° 30814/06 – on peut consulter l’intégralité de la décision ICI ) :

 

« La présence du crucifix - qu'il est impossible de ne pas remarquer dans les salles de classe - peut aisément être interprétée par des élèves de tous âges comme un signe religieux et ils se sentiront éduqués dans un environnement scolaire marqué par une religion donnée. Ceci peut être encourageant pour des élèves religieux, mais aussi perturbant pour des élèves d'autres religions ou athées, en particulier s'ils appartiennent à des minorités religieuses. La liberté de ne croire en aucune religion (inhérente à la liberté de religion garantie par la Convention) ne se limite pas à l'absence de services religieux ou d'enseignement religieux : elle s'étend aux pratiques et aux symboles qui expriment une croyance, une religion ou l'athéisme. Cette liberté mérite une protection particulière si c'est l'Etat qui exprime une croyance et si la personne est placée dans une situation dont elle ne peut se dégager ou seulement en consentant des efforts et un sacrifice disproportionnés.

 

« L'Etat doit s'abstenir d'imposer des croyances dans les lieux où les personnes sont dépendantes de lui. Il est notamment tenu à la neutralité confessionnelle dans le cadre de l'éducation publique où la présence aux cours est requise sans considération de religion et qui doit chercher à inculquer aux élèves une pensée critique.

 

« Or, la Cour ne voit pas comment l'exposition, dans des salles de classe des écoles publiques, d'un symbole qu'il est raisonnable d'associer au catholicisme (la religion majoritaire en Italie) pourrait servir le pluralisme éducatif qui est essentiel à la préservation d'une société démocratique” telle que la conçoit la Convention, pluralisme qui a été reconnu par la Cour constitutionnelle italienne.

 

« L'exposition obligatoire d'un symbole d'une confession donnée dans l'exercice de la fonction publique, en particulier dans les salles de classe, restreint donc le droit des parents d'éduquer leurs enfants selon leurs convictions ainsi que le droit des enfants scolarisés de croire ou de ne pas croire. La Cour conclut, à l'unanimité, à la violation de l'article 2 du Protocole n° 1 conjointement avec l'article 9 de la Convention. »

 

No comment.

 

Il convient cependant de préciser qu'en Espagne, une initiative parlementaire d'un groupuscule nationaliste catalan, l'ERC, appuyée par le parti socialiste au pouvoir (PSOE) vient de demander au gouvernement espagnol, dirigé par M. Zapatero, dont on connaît l'anticatholicisme militant, de faire application de cette jurisprudence pour que soient ôtés les crucifix de tous les établissements scolaires publics. Mgr Jesus Sanz, archevêque d'Oviedo, a dénoncé là une véritable stratégie, qui veut changer l'âme, l'histoire et la tradition chrétienne de l'Espagne - en soulignant d'ailleurs que les réactions suscitées partout en Europe contre la votation suisse contre la construction de minarets ne procédait pas elle-même tant d'un accueil à l'islam que d'une volonté de rompre avec la tradition chrétienne de la vieille Europe. Comment qualifier cela sinon en parlant d'une haine diabolique de soi ?

 

Ce qui est très réconfortant est que les catholiques espagnols, qui ont le bonheur d'être solidement soutenus par leurs évêques, se montrent très fermes, en particulier les mouvements de parents d'élèves.

 

Dans le même temps, le Parlement polonais, lui, a approuvé hier, par 347 voix contre 40, une résolution en faveur de la présence des crucifix dans les écoles, de crainte que la même jurisprudence de Strasbourg ne fasse tache d'huile, en soulignant qu'il n'était pas acceptable de prétendre promouvoir la liberté religieuse au mépris "des droits et des sentiments des croyants". Le texte souligne que "le signe de la croix n'est pas seulement un symbole religieux et un signe d'amour de Dieu pour les hommes, mais que dans la sphère publique il rappelle la disposition à se sacrifier pour les autres, et exprime les valeurs qui construisent le respect de la dignité de chaque homme et de ses droits".

 

  Hermas.info

*

*          *

 

L’italie est la Patrie de la Croix de Jésus par la volonte de Dieu

 

              N’en déplaise à la Cour européenne des droits de l’homme, qui vient de prendre une position inique sur la présence du Crucifix dans les endroits publics, tribunaux, écoles, hôpitaux, en Italie !

 

              Au nom de la « laïcité ». Pour ne pas choquer quelques personnes qui expriment leur désapprobation, ces membres de la Cour, issus de différents Pays de l’Europe, qui ignorent sans doute l’histoire de ces Pays, leur formation, leur culture, leur religion, leurs traditions, se permettent d’émettre des jugements qui concernent la vie de tout un Pays, et de tout un Peuple, de rompre ainsi avec son passé bimillénaire !

 

C’est une atteinte aux droits fondamentaux de l’homme, et notamment à la liberté religieuse. C’est une atteinte portée à l’identité nationale, culturelle, religieuse d’une Ville, d’un Empire, l’Empire de Rome, dont on ne peut nier les racines chrétiennes antiques.

 

              C’est un abus de pouvoir qui manifeste une volonté délibérée d’effacer tout ce qui est « chrétien », car cela pourrait « offenser », ou « gêner » la conscience de quelques personnes, qui ne sont qu’une toute petite minorité, il faut le noter. Il suffit qu’un individu porte plainte auprès de cet Organisme, pour que ces Messieurs se permettent de décider sur des questions qui les dépassent.

 

              Effacer tout ce qui est chrétien : tel me semble être le but final de cette attitude, au nom de la liberté de conscience, de la laïcité de l’Etat.

 

              On ne peut nier à un Pays le droit de revendiquer ses racines, et en particulier ses racines religieuses profondes. Et si l’on continue dans ce sens, si, en raison de quelques protestations adressées à cette Cour « suprême », on peut s’attendre à tout.

 

              Pourquoi ne pas interdire aussi, en public, le port de l’habit ecclésiastique: la soutane (pour les rares prêtres qui la portent encore, mais qui revient chez les jeunes) ; le clergyman, noir ou gris foncé. Et même la Croix, si petite soit-elle, sur les prêtres habillés en civil : cela pourrait « offenser » les croyances religieuses ou non de certains citoyens

 

La Croix, dans un tribunal, ne peut-elle pas rappeler les hommes à pratiquer la justice, égale pour tous : à rappeler qu’un Innocent est mort sue cette Croix, accusé par ses coreligionnaires ?

 

              La Croix dans une école, ne peut-elle rappeler à tous, quelle que soit sa religion, que nous sommes tous frères, libres et égaux en droit et en dignité surtout ?

 

              Un ami musulman, Imam, m’expliquait pourquoi, en Arabie Saoudite, toute religion était interdite : Allah a choisi cette terre, où se trouve la Pierre noire, il y a envoyé son prophète Mahomet, pour en faire une terre sainte. Et c’est pourquoi, l’Arabie Saoudite tout entière était devenue la terre sainte qu’Allah s’est réservée : elle lui est consacrée, réservée, à l’exclusion de tout autre culte. C’est son domaine, son royaume.

 

              Et il ajoutait : La civilisation en Occident a perdu le sens du sacré. Les hommes politiques devraient être les premiers à mettre Allah, Dieu comme vous l’appelez, à la première place dans la société, et à veiller à ce que la vie civile et la vie religieuse soient conformes aux Commandements du Dieu que vous adorez ! Rome, où Pierre est mort sur une croix, à Rome où la Croix de Jésus a été apportée par Hélène la mère de Constantin, est une Ville Sainte, et donc toute l’Italie, dont elle est la capitale, est une terre sainte. Pour vous, chrétiens, il devrait en être ainsi ».

 

« Mais ce sont les hommes politiques qui, les premiers, renient leur foi, en n’appliquant pas ce que vous appelez les « Commandements de Dieu », en professant la « laïcité », c’est-à-dire, l’exclusion de Dieu de la société, en réservant la partie religieuse à une pratique privée qui n’a pas de conséquences sur la vie civile. C’est pourquoi nous, Musulmans, nous disons que l’Occident est devenu païen ! ».

 

              Jean-Marie Vianney, le Saint Curé d’Ars disait : « Laissez une paroisse pendant 30 ans sans prêtres, et les gens adoreront les bêtes. » . Plus près de nous, le Pape Jean Paul II déclara, au cours d’une audience générale : « Dieu s’est dégoûté des hommes qui sont devenus pires que des bêtes « .

 

              L’Ancien Testament nous montre précisément ce que devient l’homme quand il oublie Dieu, quand il se rebelle contre le Maître de la Vie, le Père de l’Amour, quand il Le rejette !

 

              Le peuple d’Israël, après la révolte contre le Dieu Tout-puissant, qui l’avait pourtant fait sortir de l’esclavage d’Egypte, « à main forte et à bras étendus », est frappé de châtiment : des milliers d’entre eux meurent des suites des morsures d’une invasion de serpents (cf. Nombres 21,4). A la prière suppliante de Moïse, le Dieu de Miséricorde intervient et fait élever un serpent d’airain : « Quiconque aura été mordu et regardera restera en vie »(Nombres, 21,8b).

 

              Annonce prophétique, reprise par le prophète Zacharie (12, 10) qui déclare : « ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé (cf. Jean 19,37).

 

Annonce prophétique que reprend Jésus, qui se l’applique à lui -même à deux reprises :

                            « Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean, 12, 32)

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous saurez que JE SUIS » (Jean 8, 28).

Jésus s’attribue le Nom Divin que Dieu a révélé à Moïse. Et ainsi, le Fils de l’Homme, « JE SUIS », Dieu, est le seul qui peut guérir de la mort physique et éternelle.

 

              Le Crucifix est ainsi le symbole, l’instrument du Salut, de la Vie. Et c’est pourquoi le monde qui est tombé dans le « cycle de la mort « programmée » (avortement, euthanasie), dans une immoralité galopante dans tous les domaines, dans l’opposition à Dieu, ne peut espérer apporter au monde la paix, la justice, la prospérité. « Sans moi, vous le pouvez rien faire » (Jean 15, 6) déclare Jésus.

 

              Vouloir enlever le Crucifix est un acte grave à tous points de vue, et une offense pour les Chrétiens, un acte délibéré contre l’Eglise, une mesure anticléricale. Une offense grave à Dieu ! C’est enlever au monde entier son salut, comme le proclame la liturgie du Vendredi Saint quand le célébrant découvre la Croix pour la présenter à la vénération des fidèles en chantant par trois fois :

 

ECCE LIGNUM CRUCIS

IN QUO SALUS MUNDI

PEPENDIT

VENITE ADOREMUS

 

Voici le Bois de la Croix

Auquel a été suspendu

Le Salut du Monde

Venez, adorons-Le

 

Cette attaque contre le Crucifix, doit nous inviter à Lui redonner toute sa place, sans notre vie, dans nos familles dans nos maisons : que le Crucifix y soit placé à la place d’honneur, pour que, en passant devant Lui, nous puissions regarder vers « Celui qui a été transpercé », Lui exprimer notre reconnaissance, notre amour, lui demander son pardon. Afin que ceux qui entrent dans nos maisons puissent y voir le Christ, le Crucifix : c’est un témoignage concret de notre foi, et nous ne devons pas rougir, bien au contraire, de nous montrer chrétiens.

 

              Ce qui a été tenté pour l’Italie a déjà été fait depuis longtemps en France. Raison de plus pour manifester, sans ostentation, notre foi en Dieu fait Homme, Mort sur la Croix et Ressuscité.

« Je suis chrétien, voilà ma gloire, mon espérance et mon soutien, mon chant d’amour et de victoire, JE SUIS CHRETIEN, JE SUIS CHRETIEN », chantions-nous de tout notre cœur lors de notre Communion Solennelle.

 

Et il me revient en mémoire un autre chant que nous chantions pendant le Temps du Carême. Il a disparu, mais il est toujours d’actualité. Puissions-nous le rependre avec foi :

 

 

Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Oh ! qu'il est bien juste qu'on l'aime,

Puisqu'en expirant sur ce bois,

Il nous aima plus que lui-même.

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

 

Vive Jésus ! Vive sa Croix !

C'est l'étendard de sa victoire ;

De ce trône il donne ses lois,

Il conquiert le ciel et sa gloire.

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

 

Vive Jésus ! Vive sa Croix !

De nos biens la source féconde,

Saint autel où le Roi des rois,

En mourant, rachète le monde.

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

 

Vive Jésus ! vive sa Croix !

Prenons-la pour notre partage :

Ce juste, cet aimable choix

Conduit au céleste héritage.

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

 

Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Ce n'est pas le bois que j'adore,

Mais c'est mon Sauveur, sur ce bois,

Que je révère et que j'implore.

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

Chrétiens, chantons à haute voix : Vive Jésus ! Vive sa Croix !

 

Vive Jesus, Vive sa croix!

 

 

La Croix à Rome, dans l’empire romain, en Italie

 

              La Croix était l’instrument privilégié de châtiment des criminels, MAIS SURTOUT DES PREMIERS CHRETIENS qui, s’ils n’étaient pas livrés aux bêtes au Colisée, y étaient crucifiés, par centaines et par centaines.

 

              La croix, sur laquelle est mort Jésus, appelé « Chrestus » à Rome, est devenue le Symbole du Christianisme naissant en rapide expansion dans tout l’Empire Romain.

              Elle a marqué notamment en trois occasions la vie de l’Empire :

 

1.   Le Martyre de Saint Pierre

2.   La victoire de Constantin et sa Conversion

3.   Sainte Hélène apporte à Rome la Croix du Christ

(à suivre)

Mgr J. Masson

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