Le sanctuaire de Collevalenza
[Italie]
Sis sur une des douces collines de l’Ombrie, à Collevalenza, un petit village entre Rome et Assise, se trouve le
Sanctuaire de l’Amour Miséricordieux. Depuis 1951, date à laquelle Mère Espérance de Jésus (1) y arriva avec un petit groupe de sœurs et de frères de ses Congrégations de l’Amour
Miséricordieux, c’est d’ici que la spiritualité de l’Amour Miséricordieux rayonne non seulement sur l’Italie, mais encore à travers le monde, pour faire connaître Dieu comme un Père plein de
bonté, qui cherche par tous les moyens à aider ses enfants, à les réconforter, à les rendre heureux, et qui pardonne, oublie et ne tient pas compte des offenses.
C’est avec l’inauguration célébrée le 30 septembre 1959 par Mgr De Sanctis, évêque de Todi, que le “Sanctuaire”
reçut officiellement son titre. Puis, environ six mois plus tard, le 2 Mars 1960, le Pape Jean XXIII y envoya, comme signe de distinction, un des cierges destinés aux sanctuaires les plus
importants du monde et concéda l’indulgence plénière à tous ses pèlerins à venir. Depuis cette époque, des foules de pèlerins y viennent non seulement d’Italie mais du monde entier pour se
rapprocher du Dieu miséricordieux et le prier.
Le Pape Jean-Paul II rendit le Sanctuaire de l’Amour Miséricordieux encore plus célèbre par sa visite le 22
novembre 1981. Là, au cours de l’Angelus, en cette fête du Christ-Roi, il expliqua sa visite – la première après l’attentat contre lui sur la Place Saint-Pierre – un an après la parution de son
encyclique Dives in misericordia :
« Cette circonstance [la publication de cette dernière] m’a conduit à venir aujourd’hui au sanctuaire de l’Amour
Miséricordieux. Par ma présence, je veux à nouveau confirmer, d’une certaine manière, le message de l’Encyclique. Je désire le relire et le proclamer de nouveau. Dès le début de mon ministère sur
le siège de saint Pierre à Rome, j’ai considéré ce message comme un devoir personnel. La Providence me l’a assigné dans la situation contemporaine de l’homme, de l’Eglise et du monde. On pourrait
même dire que c’est précisément cette situation qui m’impose comme devoir ce message devant Dieu, qui est Providence (...) » (2)
Dans son encyclique, il avait écrit ces paroles qui continuent à résonner aujourd’hui à Collevalenza
:
« L'Eglise proclame la vérité de la miséricorde de Dieu, révélée dans le Christ crucifié et ressuscité, et elle la
professe de différentes manières. Elle cherche en outre à exercer la miséricorde envers les hommes grâce aux hommes, voyant en cela une condition indispensable de sa préoccupation pour un monde
meilleur et “plus humain”, aujourd'hui et demain. » (3)
Le Crucifix et le message de l’Amour
Miséricordieux
C’est le crucifix de l’Amour Miséricordieux qui constitue le centre et le cœur du
Sanctuaire, comme symbole et synthèse du message qui s’y transmet.
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Tableau
de Mère Marie-Thérèse Desandais
1916
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Sculpture de Julio Cullot-Vallera,
commandée par Mère Espérance de Jésus
1930
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L’histoire de ce Crucifix montre très clairement qu’il ne s’agit pas d’une institution mais bien d’une
spiritualité (4), enracinée dans le contexte biblique de l’Ancien et du Nouveau Testament (5), avec un fondement théologique solide (6), et exprimée dans une forme de
dévotion spécifique, selon la définition dynamique que le jésuite Ch.-A. Bernard en a donnée :
« Comme nous pouvons l’observer […] dans l’expérience spirituelle, la dévotion profonde s’oriente vers une
organisation de la vie spirituelle à partir d’un centre. L’arrivée à un tel centre présuppose presque toujours un long cheminement spirituel facilité par une présentation juste du mystère de la
foi : comme, par exemple, dans la dévotion à la Vierge ou à la Trinité. La recherche d’un centre est toujours importante pour unifier et synthétiser la vie spirituelle. A partir ce genre de
centre se cristallisent tous les autres aspects de la vie concrète. » (7)
La spiritualité de l’Amour Miséricordieux est née, en lien étroit avec la dévotion au Sacré-Cœur et la perception
de la miséricorde de Dieu que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a transmise dans les écrits. En 1906, la Visitandine française, Mère Marie-Thérèse Desandais, reçoit les premières révélations qui
l’a conduiront à écrire et publier, avec l’appui de ses directeurs spirituels – jésuites et dominicains – plus de 50 opuscules (8). C’est le début de la diffusion de la spiritualité de l’Amour
miséricordieux qui, en 1922, passera en Espagne, où elle aura beaucoup d’adeptes dans toutes les couches de la société et tous les états de vie.
Cependant, l’écrit n’est qu’un moyen de la diffusion. Jésus demande aussi à Marie-Thérèse Desandais de peindre
l’image de l’Amour Miséricordieux, de Jésus qui sur la croix dit : « Père, pardonne-leur… » Le Crucifix que Jésus demande à Mère Espérance de faire sculpter a les mêmes traits et
symboles :
« Jésus m’a fait
savoir comment il aimerait que je fasse l’image de son Amour Miséricordieux, les symboles qu’elle devait porter […] Quand j’ai demandé au Seigneur si je devais utiliser la symbolique que je
connaissais déjà, la réponse a été affirmative. » (9)
Nous voyons ainsi la continuité et nous pouvons reprendre sans plus l’interprétation que Mère Marie-Thérèse
Desandais donne dans son Autobiographie.
« Dès qu’elle
voyait un Crucifix, il lui semblait entendre au-dedans …. C’est Moi vivant qui m’offre dans l’Hostie … C’est ici ma plus grande manifestation de mon amour.
« Pour commencer à
la place du Cœur j’avais mis un foyer de flammes car c’est comme cela que je l’avais vu, ce n’est pas un Cœur plaqué sur la poitrine … dans la poitrine il y avait un foyer et le Cœur était
étincelant dans ce foyer … tout le reste, le détail des traits du visage ne m’a pas frappés, c’était l’impression surtout, la pensée divine qui m’a été communiquée … c’était la manifestation de
la disposition de l’Âme de Jésus sur la Croix, de son Amour Miséricordieux … nous étant à nous-mêmes notre modèle dans le souffrances… Oublie de nous-pour ne penser qu’à la gloire du Père et au
salut des Âmes … oblation de tout notre être avec et comme Jésus au nom de toutes les créatures. »
(10)
Et Mère Espérance, à son tour, écrit dans son Journal :
« Le Crucifié parle et ne cesse jamais de parler de Dieu le Père, qui est
absolument fidèle à Son amour éternel envers l’homme, car Il a aimé le monde – donc, l’homme dans le monde – au point de lui donner Son Fils unique, pour que chacun qui croit en Lui ne meure pas
mais ait la vie éternelle. Croire au Fils crucifié signifie “voir le Père”, cela signifie croire que l’Amour miséricordieux est présent dans le monde et que cet amour est plus puissant que tout
genre de mal dans lequel l’homme, l’humanité, le monde sont empêtrés. » (11)
Le message de l’Amour Miséricordieux, telle que nous le trouvons au Sanctuaire de
Collevalenza, part de l’affirmation de la première épître de saint Jean : Dieu est amour (1 Jn 4,7), qui atteint sa plus haute expression dans le don de soi de Jésus sur
la Croix et dans l’Eucharistie, mémorial quotidien du Son sacrifice volontaire, pour le salut de toute l’humanité. Avec clarté et simplicité les paroles consignées par écrit de Mère Espérance de
Jésus, en forme d’affirmations et de prières, font résonner ce message. Contentons-nous ici de quelques courtes citations :
« Dieu est “l’Amour
infini”.
« Le Seigneur aime
tous avec la même intensité et sans aucune distinction, au point d’aimer avec une tendresse immense même l’homme le plus pervers, le plus perdu et misérable. Dieu cache nous fautes et attend
notre conversion avec une patience incroyable. Dieu est un Père plein de bonté, qui cherche par tous les moyens à réconforter, aider et rendre heureux ses fils ; Il les cherche et nous poursuit
d’un amour infatigable, comme s’Il ne pouvait pas être heureux sans nous. Dieu est pour chaque personne un Père et une tendre Mère.
« Mon Seigneur et
mon Dieu, que ta miséricorde nous sauve et que ton Amour miséricordieux nous garde de tout mal ! »
Enfin, nous pouvons encore citer la prière l’introduction de la neuvaine de à l’Amour Miséricordieux composée par
Mère Espérance (12), que l’on récite chaque jour dans la chapelle du Crucifix :
« O mon Jésus, ma
douleur est grande en voyant que j’ai eu le malheur de t’offenser tant de fois, mais Tu avec ton cœur de Père m’as non seulement pardonné mais m’invites encore à te demander ce dont j’ai besoin
en disant : “Demandez et vous recevrez”. Plein de confiance, j’en appelle à ton Amour Miséricordieux pour que tu me accorde ce que je te demande dans cette neuvaine et surtout la grâce de
réformer ma conduite et désormais montrer ma foi par mes œuvres, en vivant selon tes préceptes et brûlant du feu de ta charité. »
[à suivre]
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Notes
1.- Sur la vie de Mère Espérance de Jésus, voir ce LIEN [cliquer].
2.- Angelus, 22 novembre 1981, n° 2
3.- Encyclique Dives in misericordia, nº 15.
4.- Les institutions des Congrégations des Servantes et des Fils de l’Amour Miséricordieux, nées dans la mouvance de l’Œuvre de l’Amour Miséricordieux, largement diffusée en Espagne entre les
deux guerres, en sont aujourd’hui une vivante expression. A ce sujet, voir F. M. Requena, Católicos,… (trad. française en préparation).
5.- Voir par exemple le volume du Père Général des Fils de l’Amour Miséricordieux, Aurelio Pérez, Le mal et la miséricorde: L’homme et Dieu dans l’Ancien Testament, trad. Sr
Pascale-Dominique Nau (Rome, 2010).
6.-A ce sujet, cf. Mgr Albino Menéndez Riegada, La doctrine de l’Amour miséricordieux, trad. Sr Pascale-Dominique Nau (Rome, 2010).
7.- Charles-André Bernard, Le mystère du cœur du Christ et la spiritualité ignatienne, trad. Sr Pascale-Dominique Nau (Rome, Centrum Ignatianum Spiritualis, 1991), Partie I, ch. 2:
« La spiritualité du Cœur du Christ ».
8.- Voulant rester dans l’anonymat, elle les publia sans y apposer son nom, entre les deux guerres. Aujourd’hui nous en avons perdu, malheureusement, presque toute trace en France ; il ne
reste que les volumes qu’elle envoya à Salamanque pour leur traduction en espagnol et quelques volumes dans la bibliothèque de son monastère. Elle n’a pas donné son Autobiographie pour être
publiée.
9.- Cité par M. J. Muñoz Mayor, “La Obra del Amor Misericordioso y M. Esperanza” (I), dans : La Vida Sobrenatural (1989) 161-178.
10.- L’Autobiographie reste encore un texte inédit.
11.- Cité dans le guide Santuario dell’Amore Misericordioso: Collevalenza, p. 7.
12.- Pour le texte complet en français, cliquer sur ce LIEN