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Crise de l'Eglise

Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 16:00

Par Mgr Jacques MASSON

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CONCLUSION


La débâcle en liturgie, comme j’ai intitulé un article publié dans « Hermas ». La crise en liturgie comme dont parle Mgr Piero Marini, avec les questions judicieuses et très justes qu’il pose dans les paragraphes précédents sont une réalité qui interroge les prêtres, et surtout leurs Pasteurs, Successeurs des Apôtres, et chargés comme eux d’accomplir son commandement « faites ceci en mémoire de moi ». Nous devons constater que nous nous éloignons de plus en plus des principes exposés par celui qui été Maître des Cérémonies des Papes.

Aussi, pour terminer, et pour montrer si besoin est au point où nous en sommes, et combien nous sommes loin des principes énoncés avec autorité et compétence par ce Prélat, je me permets de reprendre les quelques exemples que j’ai cités, à propos des célébration liturgiques, de la Sainte Messe en particulier, et qui montrent à l’évidence qu’il est temps que les Pasteurs interviennent avec bonté, compréhension et fermeté, pour redonner à la Sainte Liturgie la présence du Christ au milieu de nous, et aider chaque prêtre à comprendre « si vraiment les rites et les gestes que nous accomplissons sont vraiment les gestes du Christ », « … car ils sont les gestes de Jésus. Dans la célébration liturgique et les gestes concrets qu’elle requiert, l’Eglise ne fait rien d’autre que de prolonger et d’actualiser les gestes du Seigneur Jésus » (cf. Mgr Piero Marini, cité ci-dessus). Ne pas le faire, est-ce encore « faire ce que veut l’Eglise ? Il est permis d’en douter et de se demander si ceux qui se livrent à ces manipulations de la liturgie font encore partie pleinement de l’Eglise.

J’écrivais :

C’est là aussi un problème grave et répandu : le prêtre « manipule » la Liturgie, des textes proposés par l’Eglise, comme s’il pouvait en disposer. De quel droit ? Au nom de quelle autorité ? De la sienne ? N’est-il pas un Ministre, un Intendant, un Serviteur, tout simplement ? L’aurait-il oublié ?

Il est de plus en plus fréquent, notamment, mais pas seulement, pour les Messes de Mariage, ou les enterrements célébrés avec Messe, que le prêtre introduise des lectures, des prières de son choix : les cas abondent, et ne sont pas isolés :

-.remplacer la première Lecture par un texte profane qui n’a rien à voir avec la Bible. Ce qui est formellement interdit. J’ai assisté dernièrement à un enterrement en Belgique. Le prêtre, que j’avais déjà rencontré auparavant, et que je connaissais ( !), m’a demandé au dernier moment de concélébrer. Je men suis bien gardé, sachant à quoi je risquais de m’exposer. Il avait demandé à la petite fille du défunt, une Maman Catéchiste, de choisir les lectures. Ce qu’elle a très bien fait. Il n’en a pas tenu compte. Et on nous a lu un texte profane.
-.Les prières de l’Offertoire n’avaient rien à voir avec le texte liturgique officiel.
-.Pas de « Lavabo », le lavement des mains.
-.Je n’ai jamais entendu la Prière Eucharistique utilisée. Seules les paroles de la Consécration « étaient les bonnes ».
-.La Messe était-elle valide ? On peut se poser la question en de nombreux endroits, car, pour qu’elle soit valide, il faut que le prêtre fasse ce que veut l’Eglise !
-.Et que dire de « la paix » ? Un signe de paix ? Un geste de paix : une « distraction », un « geste mondain », une « procession », une « débandade » qui n’en finit plus, et qui fait passer inaperçue une prière importante : « AGNEAU DE DIEU QUI ENLEVES LE PECHE DU MONDE PRENDS PITIE DE NOUS ».
-.Bien sûr, il était en aube froissée avec une étole, et se promenait d’un bout à l’autre de l’autel, les bras ballants.
-.Un cas isolé ? PAS DU TOUT ! Un cas parmi tant d’autres ! Parmi beaucoup d’autres !

Pourquoi le choix systématique des prières les plus brèves ?
Pour donner un plus grand choix de prières au Prêtre qui célèbre la Sainte Messe, le Nouvel Ordo a introduit de nouvelles prières « ad libitum », « au choix ».
-.Au début, pour la « liturgie pénitentielle »,
-.De nouvelles Prières Eucharistiques, trois tout d’abord, ajoutées au Canon Romain pluriséculaire, puis d’autres qui se sont ajoutées pour être utilisées en des circonstances particulières.
-.La possibilité aussi de choisir, pour les Lectures et l’Evangile ou la lecture du jour, ou « sa forme brève »
-.La possibilité de choisir entre les deux prières (déjà abrégées par rapport à celle de l’Ordo Tridentin) prévues avant la Communion du prêtre
-.La distribution de la Sainte Communion : c’est à savoir qui ira le plus vite, pour ne pas la faire durer trop longtemps : les prêtres sont devenus des « distributeurs automatiques ! « le-Corps-du-Christ-le-Corps-du-Christ »…
Mais que s’est-il passé ? C’est simple : être bref, faire CE QUI EST BREF ! (La Messe, c’est fatiguant », me disait un confrère de séminaire !) :

-.La « Deuxième Prière Eucharistique » (on l’appelait le « Canon RANDAL ») est « récitée » par la presque totalité des prêtres. (Je l’ai appelée « le Canon Randal », en relation avec l’acteur de cinéma de l’époque, qui portait un fusil au « canon scié »).
-.La Troisième Prière Eucharistique vient en deuxième place ;
-.La Première Prière Eucharistique, le « Canon Romain » ? De mémoire de prêtre, depuis 40 ans, je ne l’ai pas entendue une seule fois ! Et c’est pourquoi, pour réparer cet « oubli », je la choisis chaque jour.
-.Une seule prière suffit à présent au prêtre avant de communier au Corps et au Sang du Christ, parmi les deux qui lui sont proposées (dans la Messe Tridentine, il y avait trois prières obligatoires)

Les Messes « TGV » (« A Très Grande Vitesse »)
Mais il y a plus, il y a plus grave encore ! La rapidité avec laquelle sont récitées les prières, et « célébrées » les Messes
On en est arrivé à ce que j’appelle « les Messes TGV », les Messes dites « à très grande vitesse ». Car la réalité est bien ainsi : 20 minutes une Messe en semaine, 40 minutes le dimanche, tout compris

Je dois dire honnêtement que ce n’est pas un problème qui date d’hier, ni de la Réforme Liturgique. Cela dépend seulement et uniquement du prêtre, de sa foi, de la conscience qu’il a du Mystère qui se réalise par lui, quel que soit le rite qu’il célèbre, la Messe Tridentine, ou le Nouvel Ordo.

Quand la Messe Tridentine était alors en usage, je me souviens très bien que les prières de l’Offertoire et du Canon étaient « dites » à voix basse. La liturgie prévoyait des gestes qui se répétaient, comme les signes de Croix par exemple sur l’Hostie et sur le Calice : « Hostiam puram, + Hostiam Sanctam, + Hostiam Immaculatam, + Panem Sanctum, +  Vitae aeternae, + et Calicem Salutis perpetuae »

Entre chaque expression, les rubriques prévoyaient un signe de croix ( + ) tracé par le célébrant, sur l’Hostie et sur le Calice. Ces signes de Croix, au lieu de permettre au prêtre de marquer un temps d’arrêt, une courte pause pour lui permettre de bien se pénétrer du mystère qu’il célébrait, se transformaient en une « course contre la montre » : des signes de croix tracés à toute vitesse, faisant penser que le prêtre était en train de « chasser les mouches ».

D’où la réflexion de nombreux prêtres de l’époque (ils avaient déjà perdu le sens du sacré !) : « pourquoi tous ces signes de croix mal faits ? Il vaut mieux en faire un bien, que cinq mal faits ».

Les pauvres (déjà à cette époque !) : et s’ils avaient songé à « bien faire » ces cinq signes de Croix ? Qui les empêchaient de bien les faire, avec recueillement avec piété ?

On comprend que, avec la possibilité de prières plus « courtes », le choix soit allé au plus pressé.

Car, dans la Messe Tridentine, le fidèle ne pouvait se rendre compte de la manière avec laquelle les prières étaient « récitées » par le célébrant.

Mais, avec le Nouvel Ordo, tout est dit à voix haute : rien n’échappe aux fidèles. Ou plutôt : tout échappe aux fidèles, car les prières sont dites, récitées, avec une telle vitesse, que, bien souvent, il n’a pas le temps de prêter attention à ce que « récite » le prêtre », de mémoire souvent, en regardant les assistants. Le Sanctus à peine terminé, il se retrouve déjà après la Consécration, sans s’en être rendu compte.

Et, ce qui se « faisait » à voix basse dans la Messe Tridentine, se fait à voix haute dans le Nouvel Ordo. Mais ne peut passer inaperçu !

Quelle mouche pique donc les prêtres, pour qu’ils récitent les textes de la Messe avec une telle rapidité ? Comment peuvent-ils se pénétrer des paroles qu’ils prononcent ! Ils sont pressés ? Qu’ont-ils à faire d’autre, si ce n’est CELEBRER LES SAINTS MYSTERES ?

« Père infiniment bon, toi vers qui montent nos louanges…Nous t’en supplions Dieu tout-puissant… Il prit le pain-le-donna-à-ses-disciples-en-disant-ceci-est-mon-corps-livré-pourvous-faites-ceci-en-mémoire-moi-il-est-grand-le-mystère-de-la-foi »

Le tout, dit, récité, de manière monotone, monocorde, neutre, sans pause, d’un seul trait, à peine le temps de reprendre son souffle. « Ouf, « Ite Missa est ». ça y est j’ai dit la Messe : j’ai été brave ce dimanche ; 40 minutes avec l’homélie ! » (Sic !)

Et les fidèles ?: « Tiens, c’était la Consécration !!! Tiens la Messe est terminée : « allez dans la paix du Christ! ».

Le prêtre se rend-il bien compte qu’il ne récite pas un texte, une prière : IL EST EN TRAIN DE PARLER A DIEU AU NOM DU PEUPLE QUI LUI EST CONFIE ET QUI DOIT POUVOIR S’UNIR A SA PRIERE !

Non, beaucoup ne s’en rendent plus compte. Ils ne parleraient pas ainsi aux gens qu’ils rencontrent, à leurs amis : personne ne les comprendrait. Ce serait même d’une grande incorrection. Et pourtant ils parlent au Dieu Trois Fois Saint : « Sanctus, Sanctus, Sanctus ».

Pas même une pause, un petit arrêt au moment de prononcer les Paroles Sacrées, quand intervient le Seigneur, au moment de la Consécration pour dire « CECI EST MON CORPS, CECI EST MON SANG »

Parler à Dieu ? Agir « in persona Christi » ? Qui le dirait ? Tourné vers le peuple, le prêtre, l’hostie, dans les mains, puis le calice, tout en prononçant les paroles sacrées de la Consécration, regarde les gens, leur monte l’Hostie, tourne la tête de droite à gauche, s’essuie les joues s’il fait chaud, récite les « formules » de la Consécration de mémoire (ce qui est formellement interdit, pour éviter de se tromper) comme si, à ce moment là, c’étaient les fidèles qui intervenaient !

Ne devrait-il pas être incliné, recueilli, marquer un léger temps de silence, pour manifester que ce n’est plus lui qui agit, qu’il laisse la place au Seigneur qui va se rendre présent dans l’accomplissement de son Sacrifice ? Et laisser ainsi le temps aux fidèles de s’unir à lui, dans sa prière, dans son adoration, en ce moment solennel où s’accomplit notre salut ?

Il faut reconnaître aussi que le texte de la Consécration, tel qu’il est rédigé actuellement, fait plus penser à un « récit » pur et simple, où se mêlent sans distinction la partie de récit de l’Institution de l’Eucharistie à la Dernière Cène, et la partie qui est la Consécration de l’Hostie et du Vin : en raison de la ponctuation tout d’abord ( : - deux points -, qui indiquent une continuité -  au lieu de . –point - qui marquait une pause ; et en raison de la mise en lettres majuscules de paroles concernant le simple récit de la cène, et les paroles mêmes de l’Institution de l’Eucharistie .Une confusion est facile à faire, surtout quand on n’a pas reçu une formation suffisante pour éviter une interprétation et une attitude erronées à ce moment grandiose et sacré !

Et cela, il faut le dire et le répéter, n’aide certes pas le prêtre qui n’a pas reçu une formation suffisante, à se rendre compte de qui se passe, de ce qu’il réalise, de ce que le Christ réalise par son Ministre.

Mgr Marini soulignait l’insuffisance de la formation des prêtres. Certains d’entre eux sont devenus Evêques. Comment s’étonner alors de leur apathie ?

Pasteurs, quand vous déciderez-vous à intervenir pour mettre fin à cette crise de la Liturgie, à cette débâcle galopante dans la liturgie, jusqu’à voir, comme dernièrement à Liège (cf. article Hermas), un prêtre célébrer le « mariage » de deux personnes du même sexe ?

Oh ! Oui, Saint Curé d’Ars, priez pour nous, vous qui êtes devenu ou allez devenir le « Patron des prêtres ».

Une dernière question pourrait se poser, devant la reprise de certains geste ou ornements, faits par Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI. Elle a été posée à Mgr Piero Marini, en ces termes :

« Avez-vous trouvé en Benoît XVI un Pape particulièrement attentif à la liturgie ? »

« Oui, comme chacun sait. Pour moi, Benoît XVI est non seulement un expert en liturgie, mais quelqu’un vivant cette liturgie, sachant ce que c’est. J’en ai eu l’expérience dès le début de son Pontificat quand je me suis déplacé avec lui plusieurs fois. J’ai alors vu son sens de la liturgie, son intelligence de la liturgie. Il est le fils de ces grands maîtres qu’ont été Romano Guardini, et quelques autres. Il est difficile de trouver dans l’histoire, excepté au premier millénaire, un autre Pape qui se place à l’intérieur de la question du Mystère » (op. cit. p. 134).

Merci Excellence pour ce témoignage fondé sur votre expérience. Que votre témoignage puisse faire taire ces critiques destructrices et nocives, en France, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Italie et même à Rome, chaque fois que le Saint-Père intervient discrètement dans le domaine de la liturgie, pour lui redonner son caractère sacré, et inviter les Pasteurs à imiter le Vicaire du Christ : « Qui vous écoute, m’écoute » !. Qu’il puisse amener les prêtres à suivre le Vicaire du Christ, au lieu d’entendre des prêtres dire, comme je l’ai rapporté ci-dessus, par ignorance et par parti pris : « « Si le Pape veut nous imposer toutes ses réformes et revenir en arrière, avec la Croix sur l’autel, la communion à genoux et dans la bouche, les ornements du passé, la Messe de Saint Pie V, que je ne connais même pas, la Messe le dos au peuple, etc. Moi, je ne le suivrai pas, ni beaucoup d’autres confrères. L’Eglise ne peut être l’Eglise du passé ».

« Parce Domine, parce populo tuo, ne in aeternum irascaris nobis » : cette prière s’impose plus que jamais en ce temps de Carême, qui nous invite tous, prêtres d’abord, et fidèles, à une conversion au Christ, et donc à une adhésion à son Eglise, et à Son Vicaire : n’a-t-il pas promis d’être présent avec Elle, avec Lui jusqu’à la fin des siècles ?


Mgr Jacques Masson
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Jeudi 11 mars 2010 4 11 /03 /2010 16:00

Par Mgr Jacques MASSON

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La dernière partie de l’ouvrage de Mgr Piero Marini, est différente de la première. Il ne s’agit plus de répondre à des questions. Elle porte le titre général : « ANNEXES » et parle de « beauté et de liturgie » (op. cit. p. 169). Je me contenterai tout simplement de citer Mgr Piero Marini. Certains peuvent ne pas partager toutes ses options, mais nul, comme je l’ai déjà  dit ci-dessus, ne peut nier sa compétence et son sens spirituel. Puissent ses réflexions faire réfléchir  ET FAIRE RETROUVER AUX PASTEURS LE VRAI SENS DE LA LITURGIE « œuvre de Dieu » (p. 174).

2. Le fondement de la beauté de la liturgie

« Y-a-t-il une limite entre l’émotion esthétique et le véritable sens spirituel ? Que signifie avoir une belle liturgie, répondre au goût des consommateurs ? La liturgie n’est pas une sorte de marchandise, elle n’est pas le supermarché de l’Eglise ! Nous savons qu’elle est avant tout œuvre de Dieu, adoration, accueil, gratuité. Alors, nous devons nous demander quels sont les critères fondamentaux de la beauté de la liturgie au-delà des gouts et des modes. Ce serait en effet une grande erreur d’appliquer simplement à la liturgie les goûts profanes du beau (op. cit. p. 174)..

2.1. La Liturgie, acte du Christ et de l’Eglise


« Pour comprendre la beauté de la liturgie, il est nécessaire de partir de la conception de l’Eglise : elle « est, dans le Christ, en quelque sorte le Sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de tout le genre humain » (Lumen Gentium, I). L’Eglise, donc, à travers son être de « signe » rend possible, d’une certaine manière, la perception du Christ comme Sacrement de Salut. C’est précisément à partir de cette sacramentalité que s’articulent les Sacrements proprement dits. Le Sacrement, acte de l’Eglise, est aussi acte du Christ, parce que l’Eglise ne fait rien que le Christ ne lui ait dit et enseigné de faire : « Faites ceci en mémoire de moi » (Luc 22, 19). Les Sacrements sont les modalités par lesquelles le Christ nous communique son salut : « Lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ qui baptise » (Sacrosanctum Concilium, 7). Saint Léon le Grand dit : « Ce qui était visible dans le Christ est passé dans les Sacrements de l’Eglise (Léon le Grand, Sermo 74,2 : PL 54, 358). La liturgie est Acte du Christ et de l’Eglise ; elle ne dépend pas essentiellement de la sphère intellectuelle, mais elle repose sur le principe de l’Incarnation, et comporte une dimension esthétique. Alors, nos gestes, dans la célébration, sont importants, car ils sont les gestes de Jésus. Dans la célébration liturgique et les gestes concrets qu’elle requiert, l’Eglise ne fait rien d’autre que de prolonger et d’actualiser les gestes du Seigneur Jésus (Note : c’est moi qui souligne). Les gestes de la liturgie ont donc en soi leur beauté et leur esthétique, en tant que gestes du Christ, avant encore la beauté accessoire et secondaire que nous pouvons ajouter (ibid. p. 174-175)

2.2. La noble simplicité de l’amour

« Les Evangiles nous présentent la gestualité concrète et humaine de Jésus : il marche, bénit, touche, guérit, fait de la boue, lève les yeux vers le ciel, rompt le pain, prend le calice. Ce sont des gestes que, la liturgie reprend dans la célébration des Sacrements. Mais c’est surtout la veille de sa Passion que Jésus a enseigné les gestes que nous devons accomplir à notre tour. Il est le maître de notre éducation liturgique. Son art consiste à mettre l’essentiel en peu de choses. La signification de la liturgie ne devient transparente que dans la simplicité et la sobriété. « Père Saint, quand l’Heure fut venue où tu allais le glorifier, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout : pendant le repas qu’il partageait avec eux, il prit le pain, il le rompit et le donna à ses disciples en disant : prenez et mangez-en tous : ceci est mon Corps livré pour vous. De même il prit la coupe remplie de vin, il rendit grâce et la donna à ses disciples… » (Prière Eucharistique IV). Qu’est-ce qui rend beau le geste du Seigneur ? La décoration de la salle ? La manière dont la table a été préparée ? La richesse de la nappe ? Certes, tout cela sert à souligner la beauté comme un cadre met en évidence la beauté d’un tableau. Mais la vraie beauté est le geste de l’amour salvifique : « il les aima jusqu’au bout… il prit le pain ». C’est pour cela que le geste est beau. Lorsqu’elle répète le geste du Christ, l’Eglise le trouve beau parce qu’elle reconnaît dans le geste l’Amour de son Seigneur. Le sens esthétique, le sens de la beauté de la liturgie, ne dépend pas en premier lieu de l’art, mais de l’amour du Mystère Pascal. Pour collaborer avec la liturgie, l’art a besoin d’être évangélisé par l’amour. La beauté d’une Célébration Eucharistique ne dépend pas essentiellement de la beauté architecturale, des icônes, des chants, des ornements sacrés et des couleurs, mais en premier lieu de sa capacité à laisser transparaître le geste d’amour accompli par Jésus. Par l’intermédiaire des gestes, des paroles et des prières de la liturgie, nous devons reproduire et faire transparaître les gestes, la prière et la parole du Seigneur. C’est là le commandement que nous avons reçu du Seigneur : Faites ceci en mémoire de moi » »

« Le style liturgique, comme celui de Jésus, doit être simple et austère. Dans les célébrations, nous devons devenir, selon les Pères du Concile, les maîtres de l’art de la « noble simplicité » (S.C., 34) (ibid. p. 175-177)

Une réflexion personnelle : Que Mgr Piero Marini me pardonne d’interrompre ses considérations profondes. Mais qui, mieux que le prêtre peut  être ce « maître de l’art et de la simplicité…Qui mieux que le prêtre, « par l’intermédiaire des gestes, des paroles et des prières de la liturgie » doit « reproduire et faire transparaître la prière et la parole du Seigneur » ? Comment, en s’en tenant aux rites prescrits par le Magistère, sans théâtre ou gestes théâtraux, sans ôter ou ajouter quoi que ce soit, sans « réciter » tout simplement le texte du Missel, de mémoire, en regardant la foule, et trop souvent, avec une vitesse qui ne permet pas aux fidèles de suivre les paroles que prononce le prêtre, et qui sont les paroles que Jésus prononce lui-même en ce moment solennel, par la bouche du prêtre, qui fait cela « en mémoire de moi », de Jésus, «  in persona Christi ». La manière sobre, et en même temps hiératique, de célébrer du prêtre, devient un enseignement pour les fidèles, les fait revivre ce moment grandiose : « ceci est Mon Corps, Ceci est Mon Sang ». Ne pas en être conscient, ne pas se mettre dans ces dispositions, c’est DESACRALISER le « Mysterium Fidei », paroles que prêtre prononce précisément aussitôt après, comme acclamation : « Il est grand le Mystère de la foi : si nous, les prêtres nous en sommes convaincus les premiers, par la beauté simple du geste et les paroles prononcées avec foi et respect, nous ferons passer notre conviction aux fidèles pour qu’ils en vivent, et ils en vivront.

2.3. Geste, parole, espace, temps et ordre

« Dans la liturgie, les gestes est toujours accompagné de la parole. Tout se déroule, comme dit le Concile, per ritus et preces, des rites et des prières éclairés et vivifiés par la parole. La parole et le geste ont cependant besoin, tous les deux, de temps et d’espace. Le Verbe fait chair a eu besoin de temps et d’espace pour ses gestes de salut. La liturgie et l’espace dont le Christ a besoin pour s’exprimer, et le temps qui lui sert pour se raconter.

« Mais dans la liturgie, l’espace et le temps sont soumis à la règle de l’ordre. De par sa nature, la liturgie exige l’ordre. Il n’y a pas en effet de liturgie sans indication données par les rubriques, c’est-à-dire sans les indications de l’Eglise. Cela est attesté depuis les plus anciens textes liturgiques. La beauté de la liturgie est donc le fruit de l’ordre. La quasi-totalité des livres de la réforme liturgique comportent comme premier mot tu titre le mot ordo. L’ordre requis par la liturgie concerne diverses réalités : le temps, l’espace, les relations avec les autres ; bien plus, la liturgie exige aussi de l’ordre en nous-mêmes.

« Quarante ans après Sacrosanctum Concilium, nous sommes invités à nos interroger : les rites et les gestes que nous accomplissons sont-ils vraiment les gestes du Christ ? (Note, c’est moi qui souligne). La liturgie que nous célébrons est-elle un espace donné au Christ, ou bien nous est-il réservé ? Le temps consacré à la liturgie est-il un temps où le Christ se raconte, ou bien un temps où nous nous racontons nous-mêmes, ou simplement un temps vide ?

(Note personnelle : comment un prêtre peut-il terminer une Messe du Dimanche, avec homélie, chants, distribution de la Sante Communion, en disant, en arrivant à la sacristie : « Ah, je suis content, je n’ai mis que 40 minutes pour la Messe, comme le veut le Curé ? (sic ! entendu personnellement) ; ceci dit, en me regardant fixement, avec fierté,  car je célèbre la Messe du dimanche en  50-55 minutes, sans faire de théâtre, mais conscient que, en disant par exemple « Père infiniment Saint », c’est à Dieu que je parle, que je ne récite pas simplement un texte, que ce n’est pas aux fidèles que je m’adresse… Ce qui m’a valu de me voir retirer la célébration de la Sainte Messe dans cette paroisse, où je célébrais chaque dimanche depuis 30 ans !).

« La liturgie que nous célébrons, outre qu’elle a son ordre, qu’elle est une suite de rites, est, elle aussi, source d’ordre dans nos rapports avec les autres ? Est-elle source à l’intérieur de nous-mêmes ?

« Ces questions servent non seulement à comprendre l’essence de la liturgie, mais aussi à clarifier le sens et la participation active sur laquelle a tant insisté le Concile ? (ibid. p. 177-178)

Mgr Jacques Masson
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Mercredi 10 mars 2010 3 10 /03 /2010 14:00

Par Mgr Jacques MASSON
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Dans le précédent article que nous lui avons consacré, nous avons vu que Mgr Piero Marini déclarait : « … Avant, les fidèles ne comprenaient pas n ne voyaient pas en somme. Désormais ils peuvent tout de suite se rendre compte si le prêtre célèbre avec foi ou non ». Dans l’article de Hermas, « La débâcle en Liturgie », j’écrivais : « Montre-moi comment tu célèbres la Messe, je te dirai quel prêtre tu es » ! Et Mgr Marini de conclure : « S’il y a aujourd’hui une crise de l’Eglise, elle dépend de la crise de la Liturgie, c’est-à-dire de notre identité ». Si je comprends bien : Cela dépend donc de l’identité du prêtre, du sens qu’il a d’être Ministre de Jésus-Christ, avec toutes les conséquences que cette consécration implique dans sa vie tout entière. Si le prêtre perd le sens de son Sacerdoce, et s’il reste « sur place », il devient un simple « fonctionnaire », un mauvais fonctionnaire qui ne peut donner ce qu’il n’a pas, ou ce qu’il n’a plus : « Nemo dat quod non habet » : on ne donne pas ce qu’on n’a pas.

On aborde là une question importante, celle de la formation des séminaristes, les futurs prêtres, les prêtres de demain, et leur formation permanente tout au long de leur Ministère sacerdotal. Un curé se plaignait à Mgr Piero Marini de ce que les jeunes ne savaient même pas faire un signe de Croix, ne savaient rien sur Jésus et Marie. Je me suis aperçu en 43 ans de sacerdoce que les jeunes ne connaissent pas les prières habituelles, qu’il est difficile de trouver dans un livre, et que l’on ne récite jamais dans les paroisses. Mais mon expérience me montre aussi que des adultes ont « oublié » leurs prières, la récitation du chapelet, et même l’acte de contrition. Ceci vaut aussi et surtout pour les prêtres plus âgés, ceux de mon âge qui ont reçu une formation normale au séminaire, et qui sont les premiers à envoyer tout « par-dessus bord ». Ils rayonnaient de joie lors de la prise de soutane, lors du sous-diaconat. Ils ont
« jeté », comme on disait alors « la soutane aux orties », et le sous-diaconat, qui comprenait le vœu de chasteté parfaite, qu’en ont-ils fait ? Combien de prêtres se sont mariés ? Combien de prêtres prônent le mariage des prêtres, ou… Mais tirons un voile pudique sur ce qui regarde la conscience de chacun. Il reste toutefois un problème grave. Les jeunes prêtres sont-ils en mesure d’y pourvoir, et d’apporter un sang nouveau ?

Je me suis aperçu hélas, de la grande ignorance des jeunes prêtres qui sortent actuellement (depuis plusieurs années !) du séminaire, en matière de liturgie surtout et de morale, de formation biblique, théologique et même humaine. Après son Ordination, un jeune prêtre a eu le courage d’écrire à son ancien Supérieur de Séminaire pour se plaindre amèrement que personne ne leur avait enseigné à célébrer la Sainte Messe, et à administrer les Sacrements, selon les rubriques prescrites par l’Eglise. Et ce n’était pas n’importe quel Séminaire.

D’où cette question posée à Mgr Piero Marini, face à ses critiques sur les manquements en liturgie, et à la crise en liturgie, et je me permets d’ajouter, « qui n’est pas sans liens avec une formation dogmatique, théologique et spirituelle défaillante et plus qu’insuffisante ».

« Vous critiquez les défaillances dans la formation. Que prônez-vous-vous dans les séminaires ? ».

« Je pense en effet que la solution de nombreux problèmes passe par l’enseignement dans les séminaires. Prenons deux pistes. Tout d’abord l’enseignement des prémisses des livres liturgiques. Il suffirait d’étudier ce que disent les prémisses des Missels et de la Liturgie des Heures. Ensuite, les célébrations dans les séminaires, parce que la liturgie n’est pas l’étude mais l’action. Je me demande quelle formation ont eue les jeunes prêtres qui sortent des séminaires… Qu’ont-ils fait au séminaire ? S’ils y ont appris le contenu, s’ils ont célébré, ils le font peu en général dans leur vie en paroisse.

« …La réalité au cœur de la liturgie, c’est l’amour. Les gestes de Jésus que Jésus a accomplis étaient beaux parce qu’ils provenaient de ce contenu d’amour. Le visage de Jésus sur la Croix était défiguré, mais restait toujours plus beau, parce qu’il était l’expression d’un amour pour nous. J’aimerais que la recherche de cet esthétisme que nos constatons ne soit pas le signe d’un vide, mais traduise plutôt la réalité profonde de la liturgie »
(op. cit. p. 141-142).

Mgr Piero Marini pose à juste titre deux questions : « Qu’ont-ils fait au séminaire ? » et j’aimerais que la recherche de cet esthétisme… ne soit pas le signe d’un vide… ».

Hélas, la réponse est facile, aux deux questions. Déjà de mon temps, en 1965, à Saint Sulpice, il n’y avait aucune formation liturgique (la seule formation valable était la formation biblique avec le Père Trinquet).Et il en était ainsi dans la majorité des séminaires. On en voit le résultat, par les prêtres de ma génération dont j’ai cité les aberrations auxquelles ils en sont arrivés, dans le domaine de la liturgie, allant même jusqu’à professer des hérésies, et à ne plus croire à l’ensemble du Dogme de l’Eglise, dont celui concernant la Présence du Christ dans l’Eucharistie.

La situation n’est pas plus brillante à présent. J’ai eu l’occasion de m’en rendre compte en paroisse. Les jeunes prêtres néophytes ne savent rien. Tout fraichement ordonnés, ils ont encore la foi de l’Eglise, du moins ce qu’on leur a enseigné au séminaire. Dans le domaine de la liturgie, de la célébration de la Messe et de l’administration des Sacrements, ils s’efforcent, de bonne foi, d’exprimer ces embryons de foi qu’on leur a enseignés au Séminaire. Chacun célèbre donc la Messe selon sa propre sensibilité spirituelle, selon sa propre créativité, en s’efforçant par des gestes qui leur sont propres, d’exprimer le Mystère qu’ils célèbrent… et qui reste souvent un Mystère purement et simplement. On verra par exemple le prêtre élever l’Hostie et le Calice pendant plusieurs minutes, et rester à genoux plusieurs minutes après avoir reposé Hostie et Calice sur l’autel. C’est leur sentiment, leur sentimentalisme qui règle leur célébration, et non plus les règles liturgiques. Mais ils le font de bonne foi. Que les « responsables fassent «  leur « mea culpa »

Ils célèbrent aussi, la Sainte Messe, et les Sacrements, en suivant la« mode » des « anciens », curés ou confrères plus âgés, pour ne pas « détonner » et être considérés comme « retardataires, préconciliaires
», faire ce que leur Curé leur impose (célébrer la Messe du dimanche en 40 minutes, homélie et Communion comprise, pas de Canon romain)… En suivant aussi leurs choix, leurs options personnelles, en célébrant la Messe avec aube et étole simplement, ce qui est interdit. Car ils ne connaissent pas la signification des ornements requis pour la liturgie. Il en est de même pour la célébration des autres Sacrements. Ils n’ont certainement pas lu, ou entendu, les paroles du Pape Benoît XVI, lors de la Messe Chrismale de 2007. Ils revêtent les ornements à la sacristie, devenue un « hall de gare », en bavardant, sans penser à ce qu’ils font. Ils montent à l’autel et baisent l’autel machinalement sans se rendre compte de l’importance du geste qu’ils accomplissent. Souvent, ils «baisent » l’autel qui n’est qu’une simple table, du bois… Baise-t-on la table de la salle-à-manger avant de se mettre à table ?

D’où la question posée à Mgr Piero Marini :

« Mais les vêtements liturgiques  ne peuvent-ils pas eux aussi illustrer les diversités culturelles ? »

« Pour les pays chauds, le Saint-Siège a prévu depuis bien des année l’usage de la « chasuble sans aube ». Mais je crois qu’il est nécessaire de préserver, en ce qui concerne les vêtements sacrés, un souci d’ordre et de spécificité. Nous avons aujourd’hui beaucoup de possibilités. Celles d’être en clergyman pour des situations ordinaires (Note : pas en vêtements civils !), de sortir pour une promenade en s’habillant plus librement (Note : mais pas de manière habituelle !).
« Mais quand ils exercent leur ministère, les prêtres doivent avoir une tenue particulière… Quand j’en vois certains qui vont confesser en pantalon et clergyman… Si c’est aux Journées Mondiales de la jeunesse ou dans des situations particulières, cela se comprend. Mais, dans une église on doit se vêtir en fonction du ministère que l’on exerce.

« Cette question de l’habit liturgique ne concerne donc pas seulement la Messe, mais aussi l’administration des autres Sacrements. Sinon, ce laisser-aller révèle une négligence qui porte atteinte à la dignité de la célébration.

« Prenons l’exemple concret d’un mariage, ce dont j’ai été témoin plusieurs fois. Tout le monde est habillé pour la fête, en robe, costume et cravate. L’épouse, vêtue de long, accompagnée de son père, entre au son de l’orgue et parmi les fleurs, etc. Et puis, quand tout le monde est là, entre le prêtre. Il sonne la cloche et arrive tout seul, parfois avec son aube courte et sale. Ne montre-t-il pas ainsi de la désinvolture pour cette liturgie ? N’avons-nous pas perdu le sens de la dignité de la célébration ?

« C’est un peu la même situation dans les sacristies où nous préparons. Je me souviens par exemple de celle de cathédrale de Tolède, en Espagne, avec tous ses tableaux du Greco. C’est là qu’on s’habille, dans un cadre impressionnant, où il est écrit « SILENCE ». Il s’agit d’un lieu de formation et de catéchèse. Et l’on peut dire : <<Si telle est la Sacristie pour nous habiller, quelle sera l’importance de la célébration que je vais faire dans l’Eglise !>> En réalité, il m’est arrivé plusieurs fois de pénétrer dans la sacristie d’une église moderne pour revêtir les ornements sacrés. Dans cette sacristie j’ai trouvé un grand désordre de vieux chandeliers, des vases avec des fleurs passées et fanées ; puis on a trouvé des habits liturgiques qui n’avaient pas été lavés depuis longtemps. Ce n’est naturellement pas toujours ainsi, mais les conditions de préparation n’ont-elles pas une influence sur celles de la célébration ? »
(op. cit. p. 103-104).

Vous avez raison Excellence. On est loin du temps où le prêtre se lavait les mains avant de revêtir ce que vous appelez à juste titre les « vêtements sacrés », et ils le sont, et pas des vêtements de travail ! Puis le prêtre s’agenouillait et récitait les prières de préparation pour célébrer dignement le Saint Sacrifice de la Messe. Puis il revêtait les ornements sacrés, en récitant les prières adaptées à chacun d’entre eux, et que le Pape Benoît XVI a rappelés ce Jeudi Saint de 2007. Et tout cela dans le plus grand silence, en présence des seuls clercs, aucun laïc n’étant admis ans la Sacristie, appelée souvent « l’antichambre du Sanctuaire ».

Que voit-on à présent, ou plutôt, qu’entend-on ? Un brouhaha : des enfants de chœur qui ne se rendent pas compte de ce qu’est le service de l’Autel ; des laïcs qui envahissent la sacristie pour parler avec l’un ou avec l’autre, ou avec le célébrant ; le célébrant qui, tout en leur répondant, s’habille machinalement, rapidement, comme s’il revêtait une salopette de mécanicien. Quand il n’arrive pas au dernier moment, ce qui l’amène à se vêtir avec plus de hâte encore. Sans parler des prêtres qui arrivent à la dernière minute, « pour concélébrer », en civil bien sûr, en sueur ! Puis le prêtre, les bras ballants, entre dans l’église, salue les fidèles comme le fait un chef d’Etat, monte à l’autel avec désinvolture, sans même penser que c’est l’Autel du Seigneur, l’Autel du Sacrifice, le Tombeau de Jésus-Christ, qu’il représente le Christ en personne. Il baise l’autel en hâte et se dirige, toujours les bras ballants, vers son siège pour commencer le Saint Sacrifice de la Messe. Auparavant, le prêtre récitait la prière suivante : « je monterai à l’Autel du Seigneur, du Dieu qui réjouit ma jeunesse ». Et de même, en montant à l’autel, le prêtre récitait déjà cette prière :
« Enlevez nos fautes, Seigneur, afin que nous puissions pénétrer jusqu’au Saint des Saints avec une âme pure » ; puis en vénérant l’autel, par un baiser, il récitait la prière suivante : «  Nous vous en prions, Seigneur, par les mérites de vos Saints dont nous conservons ici les Reliques, et de tous Vos Saints, de daigner me pardonner tous mes péchés ».

Mais il est vrai que, de propos délibéré, il a été rendu possible, avec la réforme liturgique, que l'on ne "monte" plus à l'autel, de fait souvent mis au même niveau que les fidèles.

Le Saint des Saint, Le Sanctuaire, où seuls pénétraient le Grand-Prêtre car c’était là que siégeai Dieu sur les chérubins ! Le Sanctuaire, le « chœur » comme on l’appelait alors, où seuls pénétraient le prêtre et les ministres de l’autel et les servants, est devenu un « lieu public ». Je le disais précédemment (« la débâcle en liturgie ») nous sommes en pleine désacralisation. Et cela commence par les Ministres ordonnés, par leur attitude désinvolte, par leur manière de célébrer, par les fantaisies liturgiques fruit de leur « créativité », et par bien d’autres choses encore qu’il serait trop long d’énumérer.-

Nous terminerons, dans le prochain article, par une note positive pleine d’espérance, en exposant le fondement et la beauté de liturgie, tels que les présente Mgr Piero Marini. Cela pourrait permettre un renouveau authentique de la Liturgique dont profiteraient fidèles et prêtres, et qui leur permettrait d’en vivre en nourrissant leur vie chrétienne. Espérons que, en cette « Année Sacerdotale », chacun, Evêque, prêtre, fidèle, fasse un examen de conscience et corrige ce qui doit être corrigé, tout simplement en se rappelant que « Ubi Petrus, ibi Ecclesia », « Là où est Pierre, là se trouve l’Eglise du Christ ». On ne doit pas hésiter à penser et à dire : La Parole de Dieu nous est donnée par son Vicaire. Est catholique, celui qui suit Pierre. Celui qui ne le suit pas ? Je ne puis m’empêcher toutefois d’être fort inquiet, après avoir entendu Curé influent de Rome déclarer à qui voulait l’entendre : « Si le Pape veut nous imposer toutes ses réformes et revenir en arrière, avec la Croix sur l’autel, la communion à genoux et dans la bouche, les ornements du passé, la Messe de Saint Pie V, que je ne connais même pas, la Messe le dos au peuple, etc. Moi, je ne le suivrai pas, ni beaucoup d’autres confrères. L’Eglise ne peut être l’Eglise du passé ». (Sic !)


Saint Curé d’Ars priez pour nous, les prêtres ! Les Pasteurs, Evêques et prêtres, en sont responsables en très grande partie. Convertissez-nous ! Il est grand temps.

Mgr Jacques Masson
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /2010 10:20

Par Mgr Jacques MASSON

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Que pensez-vous de ces initiatives œcuméniques où, comme à Taizé, la distribution du pain bénit se fait à côté de la communion aux hosties consacrée ?(page 74)

 

• Mgr Piero Marini : « Je reste un peu perplexe. Je ne refuse pas cette tradition venue d’Orient, mais je me demande quelle signification elle pourrait avoir chez nous. N’y a-t-il pas un risque de confusion entre le pain bénit et l’hostie ? Je n’aime pas les imitations des célébrations eucharistiques quand elles n’en sont pas. C’est un peu comme les ADAP (Assemblée dominicale en l’absence de prêtre) : je ne suis pas favorable à la solution d’imiter une prière eucharistique. Pourquoi chercher à imiter une Eucharistie quand il n’y en a pas ? Il existe en revanche la célébration de la liturgie des Heures, des Laudes, des Vêpres. Un laïc peut présider cette liturgie qui permet de faire clairement la distinction entre Eucharistie et autres rassemblement » (op. cit. p. 74).

 

Le problème de la distinction entre l’Eucharistie est abordé en ces termes dans un autre passage du livre, en raison de la pénurie de prêtres et de la difficulté pour les fidèles d’aller assister à la Messe : en nombre et vieillissent en âge :

 

« …Les prêtres diminuent et vieillissent en âge… Comment assurer le culte quand il y a pénurie de prêtres ? »

 

Mgr Piero Marini répond, en développant  la question abordée ci-dessus, des célébrations en l’absence de prêtre : « Il est possible de célébrer une Liturgie de la Parole, avec les lectures prévues pour le dimanche, et puis une prière des fidèles. Mais on ne peut faire suivre cette liturgie d’un ersatz d’Offertoire ou de Prière Eucharistique. Ce serait falsifier la Messe, car la liturgie se fonde sur la vérité des signes. J’aurais du mal à présenter aux fidèles quelque chose qui n’est pas vrai. Certes, la Communion peut être distribuée à la fin de la prière des fidèles. Mais je ne suis pas favorable à tout ce qui imite la Messe. Ne laissons pas entrer dans la tête des fidèles des expressions comme celle que j’ai déjà entendue : "la messe de la Sœur est plus belle que celle du prêtre", lorsque dans des communautés paroissiales des religieuses animent les célébrations sans prêtres » (op. cit. p. 147).

 

A plus forte raison quand il s’agit de laïcs, hommes et femmes non préparés…

 

La question se pose, face à cette pénurie de prêtres, de l’assistance à la Messe célébrée par un prêtre, car elle oblige les fidèles à se déplacer. D’où la question posée à Mgr Piero Marini, qui y répond en faisant appel à la cohérence et au bon sens des gens et des prêtres :

 

« Mais comment pratiquer quand les Messes se font rares et sont célébrées dans des lieux éloignés de son village ou de son quartier ? »

 

« Je sais, répond Mgr Piero Marini, que cette situation constitue aujourd’hui un grave problème dans l’Eglise pour de nombreuses petites communautés. On a tendance… à convaincre les fidèles qu’il est nécessaire de se déplacer pour la Messe. Mais, en Italie, les gens étaient habitués à avoir leur Messe dans leur église le dimanche. Difficile de changer les mentalités en disant simplement : ‘Allez à la Messe dans le village voisin’.

 

« Mais ces personnes qui se déplacent plus loin pour aller à la pharmacie ou, faire d’autres courses, veulent toujours avoir la Messe chez eux ! Mieux vaut donc changer les mentalités plutôt que de remplacer la Messe par de petits succédanés. C’est une question de changement de culture, mais aussi de temps. Dans les campagnes, ce sont des personnes âgées qui vont à la Messe. Les jeunes qui y restent encore, iront-ils toujours à l’église…

 

« Beaucoup de curés me disent : ‘Les enfants qui viennent pour le catéchisme et la Première Communion ne savent rien…’ Comme s’ils étaient nés dans le désert de Mauritanie ! Le Signe de Croix ? L’histoire de Jésus et de Marie ? Ils ne connaissent pas ! Il n’y a plus cette catéchèse et cette éducation délivrée par des parents qui emmenaient leurs enfants à l’église le dimanche. La déchristianisation commence aussi chez nous  » (note : en Italie) (op.cit. p. 148)

 

Devant cette réalité Mgr Piero Marini exprime un espoir, mais sans trop d’illusions :

 

« Face à ces réalités, espérons que les paroles de Jean-Paul II seront vérifiées : ‘L’avenir est, dans les mains des jeunes !’ Espérons que les Journées Mondiales de le Jeunesse porteront des fruits. MAIS, où sont ces jeunes qui avaient vingt ans quand ils ont participé aux premières Journées Mondiales de la Jeunesse et qui en ont maintenant quarante ? Toutes ces générations de jeunes ont-elles changé l’Eglise ?J’espère que oui, MAIS je m’interroge cependant.

 

« Après les applaudissements, l’enthousiasme à l’arrivée du Pape, les témoignages de foi et les catéchèses, que reste-t-il ? Une fois rentrés chez eux, les jeunes sont-ils retournés à la Messe du dimanche ? Vont-ils à l’église par nécessité, pour y exprimer leur foi ? Y a-t-il encore une tradition qui survit parce que leurs parents, les grands-parents leur recommandent d’aller à la Messe ? Ce sont des questions qui se posent pour l’avenir de la liturgie et qui sont déjà bien réelles aujourd’hui » (op. cit .p. 149)

 

Mais tout cela ne suffit pas à expliquer le pourquoi et le comment de la désaffection vis-à-vis de la Messe de la part des jeunes surtout, mais aussi des adultes et même des personnes âgées. Mgr Piero Marini n’hésite pas à aborder avec une grande lucidité cette question délicate, comme nous allons le voir dans les pages qui suivent [à suivre]
.

J.M.
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /2010 08:54

Par Mgr Jacques MASSON

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Hermas a publié une série d’articles intitulés « la débâcle en liturgie ». On y soulignait surtout les déviations de plus en plus nombreuses qui se manifestent dans la célébration de la sainte Messe et dans l’administration des sacrements. Les faits cités sont authentiques, et personne n’est intervenu pour y mettre un terme. Nous nous en sommes tenus aux faits, au concret, à ce que les fidèles voient dans leurs paroisses. Les conséquences sont les suivantes : ou bien certains se font une idée fausse de ce que veut l’Eglise actuellement, en raison des « libertés » non permises prises par les prêtres, sans que l’Autorité compétente intervienne. Ils pensent que l’Eglise, enfin, a changé, qu’elle permet maintenant le mariage des divorcés à l’église ; ou encore que la célébration des ADAP (assemblée dominicale en l’absence de prêtre), dirigée par des religieuses ou des laïcs, avec récitation de toutes les prières de la Messe, est une véritable Messe, l’Eucharistie.

Notre but était d’alerter les fidèles contre ces errements déplorables, en se référant quand c’était nécessaire à plusieurs textes du Magistère pontifical, et à certains discours et homélies prononcés par le Saint-Père lui-même, le Pape Benoît XVI.

S.E. Monseigneur l’Archevêque Piero Marini, qui a été Maître des Cérémonies de deux Papes, Jean-Paul II et Benoît XVI pendant près de 21 ans, de 1987 à 2007, n’hésite pas à parler de Crise de la liturgie.

Mgr Piero Marini écrit en effet : « Je suis convaincu que, s’il y a une crise aujourd’hui dans l’Eglise, c’est celle de la Liturgie. C’est celle du spirituel, c’est-à-dire à la fois de la relation avec Dieu et avec les autres » (Cérémoniaire des Papes, Bayard, Paris 2007).

Il précise : « Si nous n’offrons pas une Liturgie de qualité dans laquelle l’assemblée se retrouve vraiment à travers une expérience du Divin et une Parole de Dieu réellement significative, nous ratons toute la catéchèse et toute notre vie de foi. Voilà pourquoi je dis toujours que la crise de la liturgie est aujourd’hui la crise de l’Eglise » (op.cit. p151). « C’est la liturgie qui est unie au concept d’Eglise. Mais quel est ce concept aujourd’hui ? Quel est, pour nous prêtres, notre mission première dans l’Eglise ? Quelle est notre authenticité ? Il a été dit au Concile que la liturgie était le sommet et la source de la vie de l’Eglise. Mais, est-ce vraiment ainsi qu’elle est perçue, ou bien est-elle devenue seulement, d’une certaine manière, un ritualisme pire que le précédent ?

« Avant, au moins, les fidèles ne comprenaient pas (sic), ne voyaient pas en somme. Désormais ils peuvent tout de suite se rendre compte si le prêtre célèbre avec foi ou non. Les prêtres donnent souvent l’impression de ne pas avoir une formation suffisante, de ne pas se fier à la hiérarchie des valeurs dans leur vie. Je le répète, s’il y a aujourd’hui une crise de l’Eglise, elle dépend de la crise de la liturgie, c’est-à-dire de notre identité » (Op.cit. p. 140).

Dans cet ouvrage, qui est une autobiographie, sous forme de questions et de réponses, Mgr Piero Marini, parle notamment de son ministère au Vatican, au service de la liturgie depuis 1965. Il a travaillé à la mise en application de la réforme liturgique, et a été Maître des Cérémonies Pontificales pendant près de 21 ans au service des Papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Ce livre se lit avec une grande facilité, et permet de revivre les grands moments qu’a connus l’Eglise durant ces deux Pontificats. On découvre aussi combien la tâche de Maître des Cérémonies est complexe et délicate, et nécessite une connaissance profonde. Dans ce domaine personne ne contestera la compétence très grande de ce Maître des Cérémonies Pontificales.

« Cérémoniaire des Papes » n’est pas un récit habituel. Il se présente sous forme d’entretiens avec deux interlocuteurs : Mgr Piero Marini répond avec une grande clarté à leurs réponses, sans nier les problèmes sérieux et parfois graves qui se présentent à côté d’autres aspects. Ce qui m’a frappé en lisant cet ouvrage, c’est la convergence de vue entre ce que j’avais noté par des faits concrets, sur les problèmes graves qui se présentent dans le domaine concret de la liturgie, célébration de la sainte Messe, et administration des sacrements, et ce qu’en ditici l'Auteur, lequel, ne citant que quelques rares exemples significatifs, indique et rappelle la doctrine officielle du Magistère de l’Eglise dans ce domaine qui lui appartient en propre. Si je voulais résumer, je dirais : Mgr Marini expose ce qu’est la liturgie et stigmatise les abus qui se manifestent de ci de là. Hermas expose précisément ces abus qui ne sont malheureusement pas des exceptions, et qui tendent à se répandre rapidement, sans que l’autorité « compétente » intervienne pour y mettre un terme.

C’est en ce sens que l’on peut reprendre la phrase citée ci-dessus : « Je suis convaincu que, s’il y a une crise aujourd’hui dans l’Eglise, c’est celle de la liturgie. C’est celle du spirituel, c’est-à-dire à la fois de la relation avec Dieu et avec les autres ». C’est précisément sur ce point que Hermas voulait attirer l’attention, pour faire réfléchir les Pasteurs, les prêtres et les fidèles. Mgr Piero Marini est une autorité dans ce domaine, et sa parole n’en prend que plus de force. Il sait de quoi il parle.

Dans cette suite d’articles, nous nous efforcerons de souligner les principes essentiels qui guident les célébrations liturgiques, et les « mises en garde » du Prélat contre les abus, en citant tout d’abord la question qui lui est posée, puis tout ou partie de ses réponses à ses interlocuteurs :

« Que pensez-vous de ces initiatives œcuméniques où, comme à Taizé, la distribution du pain bénit se fait à côté de la communion aux hosties consacrées ? »

J. M.
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