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J.-G. Arintero

Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 08:00

Par Juan Gonzalez ARINTERO, o.p. - Traduction française (c) : Pierre GABARRA

Nous poursuivons la traduction de ce texte qui, près de cent ans plus tard, demeure d'une surprenante actualité. Cf. article 1 et les articles suivants.

 

Lettre-P.pngour éviter [les excès de l'intégrisme et du modernisme], il est nécessaire que la théologie de la raison soit complétée de quelque manière par celle du coeur, de même que celle-ci est complétée et corrigée par celle-là. En effet, la mystique a besoin, pour ne pas se laisser égarer par les illusions de l'esprit propre, d'être orientée d'une certaine manière par les sages formules élaborées par la pensée scolastique. Réciproquement, la scolastique, pour ne pas dégénérer en un spéculativisme philosophico-naturaliste stérile, doit vivifier et féconder ses formules selon le sens ineffable que leur donnent les coeurs véritablement éclairés. En d'autres termes, elle doit être au contact de l'expérience mystique, laquelle n'est rien d'autre que le sens vivant qu'a l'Eglise elle-même des réalités divines (Phil. 2,5). De la sorte, ces deux théologies doivent s'aider et s'appuyer l'une sur l'autre pour éviter toute déviation. C'est ainsi qu'elles constituent une science directrice pour la vie intégrale du chrétien : la véritable theologia mentis et cordis que l'on rencontre chez les grands théologiens du moyen-âge, dont nous savons parfaitement qu'ils ne furent pas moins contemplatifs que spéculatifs (1).

 

Ils n'ont pas toujours été bien imités. C'est l'une des raisons pour lesquelles on doit si souvent déplorer ce déséquilibre spéculativiste, qui expose à tant de déviations et de réactions violentes (2). Comme elle est étrange, cette espèce de naturalisme ou de rationalisme théologique, qui tend en quelque sorte à paralyser et à pétrifier et qui, en retour, provoque les effets délétères d'un rationalisme opposé ! Les uns invoquent des raisons - ou plutôt des déraisons - humaines pour présenter la vérité divine vivante comme statique et inerte, en la cristallisant, comme on dit aujourd’hui, pour la maintenir inaltérable, jusqu’à donner à l’Eglise un certain aspect rigide, comme celui d’un squelette ou d’un cadavre - renforçant ainsi les thèses de ceux qui la donnent pour morte. Ne manquent pas non plus les déraisons qui prétendent prouver le contraire, en présentant cette vérité comme sujette aux changements les plus radicaux des opinions humaines, et l’Eglise comme si elle était prise dans un tourbillon de révolutions et de transformations, à l’image des fausses religions et des empires terrestres. C’est à cela, en effet, qu’inclinent les tendances appelées modernistes. Ces dernières proviennent tout autant d’un manque de sens de la profondeur des vérités chrétiennes, qui conduit à voir dans les changements de la mode, si destructeurs soient-ils, le progrès et la vie attachés à ces vérités (3).

 

En ne faisant pas toujours droit, comme il le faudrait, à une légitime nouveauté d’expression et en ne présentant pas toujours la beauté de ce qu’il y a d’ineffable dans la vérité éternelle, on en est venu peu à peu à faire passer un certain nombre de gens de l’indifférence religieuse à cette haine aujourd’hui si répandue contre le “surnaturel”, à cette plaie du naturalisme qui étouffe et abrutit et dont la contagion se répand partout. L’influence naturaliste apparaît parfois jusque dans le langage d’un grand nombre de personnes qui passent pourtant pour être de bons catholiques et - ce qui est plus lamentable encore - dans le langage des ecclésiastiques. Il en est ainsi de ceux qui ont désormais honte de parler de miracles, parce que ce serait « peu scientifique », et qui ne voient plus en tout, comme ils le devraient - jusque dans les événements les plus humbles - les amoureuses dispositions du Père céleste, perdant ainsi de vue, par la même occasion, l’esprit filial avec lequel ils devraient les recevoir pour accomplir fidèlement, en privé comme en public, la mission très spéciale qui leur a été confiée.

 

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NOTES

 

(1) « La scolastique et la mystique se complètent mutuellement et se maintiennent en équilibre. La première donne à la seconde plus de clarté dans les idées et de propriété dans les expressions, évitant la formation de certains concepts obscurs et fantastiques. La seconde communique à la première chaleur et profondeur de sentiment, en la rapprochant des domaines de la vie ; et elle la préserve de tomber dans des abstractions excessives et dans l'oubli de la fin suprême à l'occasion de discussions particulières. C'est pourquoi les plus célèbres théologiens du moyen-âge étaient également versés dans la scolastique et dans la mystique. L'impulsion du coeur a parfois précédé le pénible travail de la recherche, et l'expérience interne a toujours aidé à l'acquisition d'une plus parfaite connaissance de Dieu » (Card. Hergenroter, Hist. Eccles. V, c. 32, § 2).


(2) Cf. Melchor Cano, De locis, L. VIII, c. 1, 4-5 ; L. IX, c. 1 et 7.


(3) « Le christianisme - disent les modernistes - est, pour la critique, un fait comme n’importe quel autre, soumis aux mêmes lois du développement, influencé par les mêmes causes politiques, juridiques et économiques, et capable des mêmes variations ». « A les entendre, on croirait que c’est une chose de progresser et de détruire les dogmes, les sacrements, l’essence de toute l’Eglise » (Cf. P. Groot, Op. Cit., p. 280).


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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Prières, neuvaines chrétiennes
Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 00:01

Par Trad. de l'espagnol (c) P. Gabarra

9.- Pour éviter ces excès [du modernisme ou du progressisme] et tant d’autres, je me suis efforcé d’unir aux spéculations abstraites de nombreuses réflexions propres à favoriser la piété et à stimuler la foi vive, en associant autant qu’il est possible la dogmatique à la mystique et en consacrant à cette question une grande partie de ce travail.

 

Les Pères n’ont pas procédé autrement, chez lesquels les réflexions inspirées par la piété et les spéculations dogmatiques sont étroitement liées. Il en est de même des grands fondateurs et des principaux représentants de la théologie scolastique.  Si ces derniers ont été de si excellents théologiens c’est parce qu’ils n’étaient pas seulement de grands penseurs mais aussi de grands mystiques. Personne ne peut en effet être un théologien parfait s’il ne complète la science spéculative par cette sagesse mystique, plus expérimentale que théorique (1). Ceux qui l’abandonnent, en revanche, perdent le goût et le sens des choses de Dieu. Ils succombernt nécessairement à de nombreuses et vaines subtilités, versent dans de sèches et stériles abstractions, sans chaleur et sans vie, causant fatigue et répugnance. Alors que ceux qui cultivent avec ferveur cette sagesse resplendissent par leurs bonnes œuvres. Même leurs paroles, imprégnées en quelque sorte de lumière et de vie, sont source de vie éternelle (Ecl. 24,61) pour ceux qu’elles attirent, captivent et édifient, pour que le Père céleste soit glorifié en tous (Matthieu 5,16) (2).

 

Si les docteurs scolastiques ont en général jugé opportun d’étudier séparément la dogmatique de la mystique, ils n’en ont pas moins consacré à cette dernière de précieux ouvrages, par lesquels ils ont donné vie à leurs travaux spéculatifs, pour favoriser la piété qui est utile à tout, y compris à mieux comprendre et à mieux exposer les vérités abstraites, et sans laquelle il n’est pas possible de posséder la véritable Sagesse (3).


En effet, ce n’est pas en la dissolvant ou en la dissociant que l’on peut acquérir une connaissance pleine et exacte de la Sagesse de Dieu, c'est-à-dire du Christ-Jésus. Le Christ est, à la fois, chemin, vérité et vie, de sorte que ne peut pas le connaître réellement comme vérité celui qui ne le fréquente pas assidûment comme chemin pour sentir et expérimenter sa vertu comme vie (4). En revanche, « heureux l'homme qui médite sur la sagesse et qui raisonne avec intelligence, qui réfléchit dans son cœur sur les voies de la sagesse et qui s'applique à ses secrets » (Eccles. 14, 20-21) (5).

 

Ce n’est qu’ainsi qu’on peut parler d’elle en toute propriété et vérité, en parlant de l’abondance du cœur et sur le fondement d’une vive connaissance expérimentale. Sinon, les paroles auront beau être vraies en elles-mêmes, elles seront froides et sans âme, comme de pures abstractions, et ne porteront que peu ou pas du tout à l’édification. D’où cette propension à à se répandre en vaines curiosités, si fréquente chez les théologiens dissipés y discutailleurs, qui se soucient peu d’associer la piété ou la dévotion à la spéculation, comme s’il importait peu de sentir la profondeur de ce que l’on dit pour la faire sentir également aux autres, en l’exprimant convenablement, et comme s’il n’était pas préférable de sentir la componction que de savoir simplement la définir (6).

 

«Vive, efficace et pénétrante est la parole de Dieu» (Hébr. 4, 12). Ceux qui aiment plus à spéculer et à discuter d’elle qu’à en vivre, pour sentir vivement et faire sentir sa vertu, quoi qu’ils pensent, et quoi qu’ils disent, ceux-là ne la connaissent pas bien (7). Ainsi, fût-ce inconsciemment, ils sont portés à réduire jusqu’aux doctrines les plus élevées à de simples formules rationnelles, totalement abstraites, liées par une logique de fer, pour former un corps, en apparence solide, mais sans plasticité et sans vie. Ils coupent ainsi les ailes du coeur. Ils étouffent les plus nobles aspirations de l’âme chrétienne. Celle-ci, à travers la lettre, veut aller droit à l’esprit, pour s’aller abreuver toujours à l’inépuisable source d’eau vive qui comble et donne la vie éternelle, c’est-à-dire à la Réalité ineffable qui doit palpiter sous nos mots, et en déborder, parce que les paroles humaines sont incapables de la contenir.

 

Si l’on donne trop d’importance à l’intellect sur l’esprit (1 Cor. 14, 15-20), et à la raison sur le coeur, c’est-à-dire à la froide spéculation sur la vie affective, alors on perturbe un équilibre vital. A trop vouloir préciser ce qui par nature transcende les catégories de nos concepts et définir avec rigueur l’indéfinissable et l’incompréhensible, on en vient à le défigurer et à l’abaisser, à le priver de ses enchantements naturels et à l’exposer au discrédit, dès lors qu’il n’est pas possible de faire apprécier ce que l’on n’a pas apprécié soi-même. Pour estimer et apprécier cette Réalité à sa juste valeur, il importe d’aller à elle de tout son coeur, de toute son âme, de toutes les énergies de son âme (Mathieu 12, 30). D’une certaine manière, davantage avec le coeur qu’avec l’intelligence, parce que c’est en lui qu’entrera la véritable illumination (8). Celui qui ne ressent pas les ineffables enchantements de la doctrine révélée, qui la conçoit davantage comme un moyen d’illustration que comme un moyen d’édification, en donnera une image vieillie et pauvre comme les prismes humains au travers desquels il la regarde ou comme les systèmes caduques en lesquels il prétend la faire entrer de force. C’est ainsi que l’on parvient à en dégoûter les intelligences formées dans d’autres moules, ou à la rendre peu attractive à ceux qui, avec raison, désirent la regarder avec les yeux simples et purs d’un coeur chrétien. Ceux-là voudront être édifiés par des paroles de vie éternelle, et n’auront que faire de s’enfler d’une science de froides abstractions et de vains fantasmes qui n’offre à l’âme aucune réalité vivante et ne donne aucune véritable impulsion vers le bien. Telle est - comme la définit fort bien la Revue thomiste (janv. 1906, p. 747) - la théologie qui n’est étudiée que selon la raison, sans que le coeur y prenne part : une science de curiosité honteuse, ou de vanité honteuse, comme dirait saint Bernard (9). 

 

Tout au contraire, si nous cultivons un sens vivant de la Vérité, nous vivrons de son esprit. Notre intelligence ne l’enfermera pas dans la matérialité et l’étroitesse de la lettre - dont on a dit, non sans raison, qu’elle tue : « littera occidit ». A travers le sens nécessairement analogique de nos pauvres expressions, nous percevrons en quelque manière l’infinie Réalité divine, laquelle, transcendant toutes les représentations possibles, ne peut jamais être épuisée ni exprimée adéquatement par aucune sorte de paroles ou de formules, parce qu’elle est ineffable (10).

 

C’est parce qu’ils ne sentent pas bien cette ineffabilité, parce qu’ils ne la prennent pas toujours en compte, que les spéculativistes manifestent, dans la pratique, cette lamentable propension à présenter les formules théologiques comme si elles étaient totalement équivalentes aux vérités représentées, et à les employer, par voie de conséquence, par une multiple série de syllogismes, comme des expressions adéquates. Capables de donner fidèlement à tous les termes qu’ils utilisent la même rigoureuse équivalence, ils en déduisent des conclusions étranges, qui deviennent l’origine féconde d’erreurs, de confusions et de luttes. De telles déductions, quoiqu’elles paraissent être contenues dans la pure matérialité littérale, ne le sont pas au sens vital et divin des prémisses, lequel tend, de soi, à exclure ces violences et ces pressions imposées par une dialectique de fer (11).

 

Il n’est pas contestable que l’excessive prépondérance de la spéculation sur l’expérience et le sentiment du coeur perturbe l’équilibre de la vie intégrale. Elle fait perdre à la doctrine, au moins en partie, sa souplesse organique et, avec elle, l’esprit qui doit toujours l’animer. Il n’est pas rare que certains auteurs, manquant de cet esprit et de sens chrétien, manient les plus hautes expressions dogmatiques avec la même froideur et la même désinvolture - ou la même inflexibilité logique - que s’il s’agissait d’algèbre, de métaphysique ou de toute autre question rationnelle entrant parfaitement dans les catégories de nos concepts philosophiques, de leurs expressions et de leurs formules respectives.

 

C’est pour cela qu’ils sont parfois conduits, inconsciemment, à rendre la vérité absolue et éternelle de nos dogmes sacrés solidaires de systèmes et de technicismes perfectibles, limités et même transitoires. Ils permettent ainsi à ceux qui, avec le temps, jugent ce technicisme dépassé, de penser qu’avec lui les choses saintes qui lui paraissent liées le sont aussi, comme si ces réalités ineffables pouvaient être exprimées adéquatement et univoquement en fonction de nos systèmes humains. Pire encore, ils les exposent à nier la valeur analogique des formules dogmatiques elles-mêmes, à les vider de leur sens objectif pour les réduire à de simples symboles conventionnels pouvant être librement et indifféremment remplacés par d’autres.

J.-G. Arintero

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(1) « Tu ignores encore bien des choses pour n’être pas passé de la théologie spéculative à la théologie affective, de la science à la sagesse, théologie que l’on qualifie à raison de mystique, c'est-à-dire cachée, puisqu’elle est connue de très peu (…). Il s’agit de la connaissance expérimentale de Dieu (…). C’est pourquoi Gerson [dans son ouvrage de mystica theologia] soutient qu’il convient au plus haut degré que les théologiens scolastiques, même lorsqu’ils manquent de dévotion, lisent fréquemment des ouvrages de théologie mystique. Cette lecture engendre l’amour et fait naître un certain désir d’expérimenter et de connaître ces idées (…) parce que la Parole de Dieu est un feu qui brûle. S’ils parviennent par ce chemin à la contemplation, alors ils pourront pleinement recevoir le nom de théologiens tout à fait consommés, ainsi que le furent, comme nous le savons, saint Thomas, saint Bonaventure et tous les autres dont nous conservons avec fierté le souvenir » (Fr. Bartolome de la Mártires, Comp. Mysticæ doctr., c. 26).


(2) « Car la connaissance de Dieu qui s’obtient par les autre sciences illumine l’intelligence seulement, en montrant que Dieu est la cause première, qu’Il est un et sage etc. Mais la connaissance de Dieu qui s’obtient par la foi illumine l’intelligence et charme l’âme, parce qu’elle dit que, non seulement Dieu est la cause première, mais qu’Il est notre sauveur, notre rédempteur, qu’il nous aime et qu’il s’est incarné pour nous; toutes ces vérités enflamment l’âme. Il faut donc dire que par nous Dieu répand en tous lieux pour celui qui croit le parfum de sa connaissance, c’est-à-dire la connaissance de sa suavité (…) (Cf. s.Thomas d’Aquin, in 2 Cor. 2,14).


(3) Sag. 1, 4-5 ; 6, 17-18 ; Prov. 1,7.

(4) « O,Verbe de Dieu (…), lumière, sans laquelle il n’y a que ténèbres ; chemin, hors duquel il n’y a qu’erreur ; vérité sans laquelle il n’ y a que vanité ; vie, sans laquelle il n’existe que la mort (…) Seigneur : Que la lumière soit ! afin que je voie la lumière et que j’évite les ténèbres ; que je voie le chemin, pour éviter ce qui s’en écarte ; que je voie la vérité, et que j’évite la vanité ; que je voie la vie, et que j’évite la mort ». « C’est pourquoi se séparer du Verbe équivaut à demeurer sans chemin, sans vérité, sans vie ». « C’est l’expérience quotidienne que plus on s’éloigne de toi, lumière véritable, et plus on se trouve enveloppé par les ténèbres du péché ; et plus cet obscurcissement est grand, et moins on te connaît » (cf. s. Augustin, Soliloques, c. 4, 5, 17, parmi les œuvres qui lui sont faussement attribuées).

 

(5) « Si l’on trouve beaucoup de sages consommés en théologie mystique qui n’aient pas été versés dans la théologie spéculative, aucun théologien purement spéculatif n’est jamais parvenu à un tel sommet de perfection. Bien plus, il n’est pas même possible d’être parfait en théologie spéculative sans la mystique. Il en est ainsi parce qu’il ne sera jamais légitime à personne de comprendre les paroles de l’Apôtre, ou d’un prophète, sans être pénétré de l’esprit de leurs écrits. Comment serait-il possible que quelqu’un sache exactement ce qu’est la liberté des enfants de Dieu, ou la douceur de l’amour divin, s’il n’a jamais pu l’expérimenter ? » (Cf. Fr. Bartolome de los Martires, Comp. mysticæ doctr., c. 12, § 1).


(6) Thomas a Kempis, L’Imitation de Jésus-Christ, L. chap. 1, n. 3.


(7) « On n’accède à la vérité que par la charité » (s. Augustin, Contra Faust. 1, 32 ; cf. Jean 8, 54-55 ; 1 Jean 2, 4 ; 4, 7-8 ; 5, 20.

(8) « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mathieu, 5, 8) ; « Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints» (Ephésiens, 1, 18) ; « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l'amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu » (1 Jean 4, 7) ; « La connaissance de Dieu est apportée par le feu de la charité » (cf. s. Thomas d’Aquin, in Ev. Joan. V, lect. 6).


(9)  « Car il y en a qui veulent savoir, sans se proposer d'autre but que de savoir, c'est là une curiosité honteuse. Il y en a qui veulent savoir, afin qu'on sache qu'ils sont savants, c’est là une vanité honteuse (...). Il y en a qui veulent savoir pour vendre leur science, c'est-à-dire pour amasser du bien, ou obtenir des honneurs, et c'est un trafic honteux. Mais il y en a aussi qui veulent savoir pour édifier les autres, c'est la charité ; et il y en a qui veulent savoir pour s'édifier eux-mêmes, et c'est prudence » (s. Bernard, Sermon 36 sur le Cantique, n° 3, PL 183).


(10) Cf. Groot, o.p., Summa apologetica, 3ème éd. Q. 19, a. 5, p. 782 ; A. Gardeil, o.p. Le donné révélé et la théologie, L. 2, I.


(11) « Les mystiques, en effet, ont une certaine expérience des réalités surnaturelles elles-mêmes qui sont en nous par la grâce : c’est précisément dans cette expérience du surnaturel que paraissent consister les état mystiques. De là vient que, pour décrire ces choses, ils recourent à des expressions qui sont, sinon plus exactes, du moins plus vivantes et plus concrètes que les formules théologiques. Ils recourent à des analogies et à des images qui, quoiqu’imparfaites, sont les plus aptes et celles qui suppléent le mieux à l’expérience elle-même. C’est un grand secours pour la théologie, car de cette manière le théologien se met en contact avec la réalité. Telle parole de saint Bernard ou d’un moine inconnu sur le silence de l’âme en présence de Dieu, sur le toucher divin au plus intime de l’être, sur le mystérieux pas de de Dieu, comme une lampe dans une nuit profonde, fait entrevoir mieux que les formules abstraites et sert singulièrement à les vivifier » (cf. P. Bainvel, s.j., Nature et surnaturel [1903], p. 77 -trad. de l'espagnol).

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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 13:55

Par Traduction (c) Pierre Gabarra

Nous poursuivons cette traduction d'un texte écrit au début du XXème siècle et dont les termes sont si actuels, si pertinents, si adaptés à notre époque blessée des mêmes maux.


8.- Le progrès chrétien, comme tout progrès réel, consiste à conserver fidèlement tout ce qui est bon de ce que l’on a reçu en héritage, à le cultiver, pour qu’il ne soit pas détérioré, à le faire fructifier et à l’accroître, à le compléter, par des acquisitions ou des assimilations nouvelles. Il en est ainsi lorsque l’on éprouve toutes choses et que l’on accepte de retenir celles qui s’avèrent bonnes et légitimes (1 Thessaloniciens, 5,21), d’où quelles viennent, anciennes ou modernes, parce que toute vérité, toute bonté, où qu’elle se trouve, est de Dieu (1).

 

Tel est le progrès essentiel. Le progrès accidentel consiste à modifier opportunément, en harmonie avec les circonstances, tout ce qui de soi est variable ou demande à être modifié selon les temps et les lieux, pour exploiter au mieux les différentes conditions d’existence. Ainsi, il faut s’adapter, autant qu’il est possible, à toutes sortes d’hommes, pour se faire tout à tous, afin de les gagner tous. Il faut prendre soigneusement en compte les nécessités particulières de chaque époque, de chaque pays, pour pouvoir y répondre, et il faut être capable de parler à chacun en son propre langage, et selon sa mentalité, afin qu’il puisse nous comprendre et nous rencontrer. Notre négligence et notre incurie en ce domaine peuvent provoquer des contresens chez nos interlocuteurs qui les porteront à ne s’attacher qu’à de fausses doctrines, et à se tenir toujours plus éloignés de l’Eglise (2).

 

Parler ainsi selon une forme nouvelle ne signifie pas proférer des nouveautés aventureuses, selon le goût perverti de ce siècle – ainsi que le font les novateurs, parce que ce sont des mondains (3) – mais s’efforcer de mieux exprimer, de manière plus opportune, les mêmes vérités salvatrices, toujours nouvelles et toujours anciennes : « Non nova, sed nove ». Nous pouvons parfaitement, et même nous devons employer parfois un certain technicisme moderne, pour faire notre profit des véritables avancées et nous adapter davantage à la mentalité contemporaine, comme l’a fait saint Thomas en utilisant l’aristotélisme pour s’adapter à la culture de son époque et utiliser la propriété de nombreux termes bien élaborés afin de mieux exprimer et défendre la vérité catholique (4). Voici comment l’Apôtre décrit le docteur chrétien : « Attaché à l'enseignement sûr, conforme à la doctrine, capable, à la fois, d'exhorter dans la saine doctrine et de confondre les contradicteurs » (Tite, 1,9). Il faut cependant prendre garde, quand on use d’un langage moderne, qu’il ne tourne pas en moderniste, c'est-à-dire qu’il ne soit pas imprégné d’idées nouvelles qui ne soient pas saines, ces dernières s’infiltrant avec l’impropriété de ces expressions ambiguës ou suspectes que goûte tant la fausse science. Ce sont ces « discours creux et impies » que le même Apôtre commande d’éviter (1 Timothée 6,20) pour conserver pur le dépôt révélé, parce que, comme en avertit saint Thomas, citant saint Jérôme, « des formules inconsidérées font encourir le reproche d’hérésie » (5).

J.-G. Arintero, o.p.

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(1) Cf. s. Thomas d’Aquin, in 1 Cor. 12, lect. 1 [“(… ) C’est pourquoi la Glose, citant saint Ambroise, dit sur ce passage : "Tout ce qu’il y a de vrai, n’importe qui le dise, procède de l’Esprit Saint", principalement les vérités de foi » ; Opuscule 68.

(2) Bien qu’il ne soit guère facile de ramener à la raison une âme gagnée à l’erreur, cependant il n’est pas du tout impossible d’éviter l’erreur, quand on offre la vérité » (s. Irénée, Adv. Haer., II, 2 ; PG 7).

« L’une des causes qui ont le plus contribué au funeste développement du modernisme est l’isolement même dans lequel une grande partie du clergé se trouve par rapport au mouvement intellectuel (…). Quand les esprits tourmentés par le doute vont frapper à la porte du prêtre, qui parfois  les traite avec dureté ou qui, pour le moins, ne les éclaire pas assez. Notre devoir était de les écouter, d’essayer de les comprendre et de travailler à les attirer. N’avons-nous pas été bien souvent coupables, par notre formation insuffisante, par notre connaissance incomplète des nécessités modernes, de les avoir éloignés de nous ? D’autres, qui ne manquent pourtant pas d’intelligence ni de bonne volonté, ont voulu bien des fois maintenir certaines positions intenables, rejeter a priori, sans examen, les conclusions d’une critique et d’un progrès légitimes (…). Sans aller jusqu’à tout concéder, ne serait-il pas raisonnable de considérer les choses avec plus d’attention, au lieu de les rejeter en bloc ? Très fréquemment encore, dans certains milieux aveuglément conservateurs, on anathématise, sans étudier ni comprendre, en recourant à des procédés peu charitables qui ne font qu’envenimer les plaies et accroître les déviations » (Cf. Etudes franciscaines, août 1907, - trad. ici de l’espagnol).

(3) « Eux, ils sont du monde ; c'est pourquoi ils parlent d'après le monde et le monde les écoute. » (1 Jean, 4,5).

(4) « Ce fut la nécessité de discuter avec les hérétiques qui contraignit de rechercher des mots nouveaux pour exprimer l’ancienne foi en Dieu » (s. Thomas d’Aquin, Somme de théologie, 1a, q. 29, a. 3, ad 1).

(5) Somme de théologie, 1a, q. 31, a. 2 ; 2.2. q. 11, a. 2, ad 2.


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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Benoit XVI
Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 06:00

Par Trad. (c) Pierre Gabarra
Mais, me dira-t-on, en quoi peut bien consister cette rénovation, si bénéfique qu’il nous faille tant chercher à la réaliser ? En ce qu’elle a toujours consisté : à nous dépouiller de plus en plus – comme le dit l’Apôtre – du vieil homme, de ses actes mauvais, de ses habitudes invétérées, lesquels corrompent selon les désirs de l’erreur, pour nous revêtir de l’homme nouveau, créé dans la justice et la sainteté de la vérité, et qui se renouvelle jour après jour dans la connaissance de la Vérité (Cf. Ephésiens, 4, 22-24 ; Colossiens, 3, 9-10). En d’autres termes, cette rénovation consiste à fuir les ténèbres du monde pour suivre fidèlement Jésus-Christ, qui est chemin, vérité et vie. A suivre ses pas, à imiter ses merveilleux exemples et à pratiquer ses conseils, selon notre état et notre condition, nous servirons Dieu et le prochain à la mesure de notre charisme propre – comme disait saint Clément. Alors nous contribuerons à édifier le Corps mystique, en lequel nous trouverons une lumière de vie.

 

Approchons-nous de Lui – Soleil de justice – de cette manière. Nous en serons véritablement illuminés, sans être confondus (Ps. 33,6). Parce que la confusion n’atteint pas celui qui écoute la Sagesse, et ceux qui travaillent en sa présence ne s’égarent pas (Ecl. 24,30). Si nous nous mettons ainsi à l’école de la souveraine Vérité, en cultivant les talents que nous avons reçus, nous grandirons en grâce et en connaissance du Sauveur (2 Pierre, 3,18). A nous tenir amoureusement près de lui, la lumière de vie qu’il nous communique grandira en sainteté et en vérité. Elle dissipera les ténèbres des erreurs et des vices qui nous environnent pour que nous demeurions pleinement possédés par l’Esprit de Vérité lui-même, au point que ce ne sera plus nous qui vivrons et agirons – selon nos attaches à la terre – mais que ce sera Jésus-Christ lui-même qui agira par nous et vivra en nous (Galates, 2,20). Voilà en quoi consiste pour nous tous, membres de la sainte Eglise, notre rénovation dans l’Esprit, pour vivre purs, forts et saints, afin de contribuer à restaurer toutes choses dans le Christ (1).


En effet, à mesure que les membres de l’Eglise se renouvellent, la face du Corps mystique tout entier se renouvelle aussi (2), qui doit poursuivre son édification dans la charité, en grandissant et en progressant, comme celui qui est sa Tête, « en âge, en sagesse et en grâce » (Luc 2,52), jusqu’à atteindre la plénitude du Christ (Ephésiens, 4, 12-16). Nous avons ainsi les trois formes principales de progrès ecclésial que je tâcherai d’examiner dans cet ouvrage. En connaissant le mode selon lequel l’Eglise de Dieu s’est déjà développée et renouvelée, nous pourrons, sur le fondement de son histoire, de son expérience et de sa doctrine, mieux inférer ce que seront ses évolutions postérieures et les rénovations de cette Epouse mystique, jusqu’à parvenir à la plénitude de son expansion et de sa beauté, pour paraître devant son Epoux, toute pure, belle et sans tache (Ephésiens, 5,27).

J.-G. Arintero, o.p.

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(1) « (…) pour vous renouveler par une transformation spirituelle de votre jugement » (Ephésiens 4,23) ; « Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait. » (Romains, 12,2).

« Il s’ensuit qu’unis au Christ dans l’Eglise, nous grandissons aves lui par tous moyens, et l’Eglise notre Mère confirme chaque jour davantage le mystère de la volonté divine, c'est-à-dire celui de réunir toutes choses dans le Christ lors de la plénitude des temps (Eph. 1, 9-10) » (s. Pie X,  Editae saepe, 36 mai 1910, préc. n° 16).


(2) J.-G. Arintero, Evolución mística, 3ème partie, chap. 1.


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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 06:00

Par Trad. (c) Pierre Gabarra

Pour éviter les extrêmités dans lesquelles tombe le modernisme, il faut cependant éviter de basculer dans les extrémités opposées, parce que les extrêmes, outre qu’ils sont vicieux, se touchent en général. Ce n’est pas une solution, pour éviter les nouveautés fatales du modernisme, de tomber dans la paralysie mortelle de l’antiquisme ou de l’adamisme (1) qui, faute de vouloir se dépouiller du vieil homme, peut difficilement se revêtir du nouveau. En ne cherchant pas à vivre pleinement selon Jésus-Christ, pour croître en Lui et contribuer de la sorte à l’édification de l’Eglise (Eph. 4, 12-16), celui qui réagit ainsi ne pourra que se laisser gagner par les tromperies du monde, et tituber – comme un enfant inconstant – selon les vents contraires à la foi ou à la morale. Il désédifiera, sans pouvoir dissiper les erreurs anciennes ou nouvelles qui l’environneront de plus en plus. Pour éviter tous ces travers, il n’y a qu’une solution : suivre fidèlement celui qui est la Lumière du monde. Seule sa lumière de vie peut nous faire voir et comprendre les enchantements de la vérité. A le suivre, nous pourrons vivre et agir en tout selon son Esprit (Gal. 5,25), lequel renouvellera certainement la face de notre terre et nous conduira sur une voie droite, en nous préservant de toutes sortes de voies hasardeuses (Ps. 103,80 ; 142,10). C’est ainsi que s’efforcent de vivre les vrais chrétiens. Ceux-là cherchent en toutes choses à se conformer à l’homme nouveau, lequel se renouvelle de jour en jour dans la connaissance (Col. 3,10), afin de servir Dieu, non selon les jugements des hommes ni selon la vétusté de la lettre, qui tue, mais selon la nouveauté de l’Esprit, qui vivifie (Rom. 7,6 ; 2 Cor. 3,6).

 

Je le répète : on ne peut pas éviter les infiltrations de l’esprit ambiant, ni la contagion des nouveautés pestilentielles qui l’accompagnent si l’on ne s’attache pas résolument à purifier et perfectionner son cœur, son intelligence et ses sens, en se prêtant à cette mystérieuse rénovation spirituelle qu’opère l’Esprit de sagesse et d’intelligence en tous ceux qui s’efforcent de ne lui résister en rien. Il faut s’appliquer à être en toutes choses docile à ses motions internes, aux éclairages qu’il nous apporte, à la voix extérieure des Pasteurs qu’il a placés à la tête de l’Eglise pour la gouverner et guider les âmes.

J.-G. Arintero, o.p.

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(1) Cet "antiquisme", cet "adamisme", sont difficiles à traduire en français. Il inclut incontestablement, au regard du second paragraphe ici traduit, ce que l'on appelerait aujourd'hui "l'intégrisme" - en ce qu'il se coupe du magistère vivant. Mais cela va bien plus loin, et d'ailleurs l'expérience a bien établi que  la rupture avec le magistère était loin d'être le fait exclusif de certains groupes traditionalistes. Il existe un intégrisme pseudo-conciliaire, qui s'attache lui-même à des vieilleries héritées des années soixante et qui ne cultive pas moins l'anarchisme.


Le Père Arintero fait ici référence à quelque chose de plus profond, qui ne consiste pas seulement à s'attacher à des formalismes, à des modes raidies tournées en tics. Il vise directement l'état d'esprit qui provoque ces attachements, lequel est un esprit de fermeture à l'Esprit de Dieu. Il conduit, dans tous les cas de figure, à préférer le vieil homme à l'homme nouveau, c'est-à dire à préférer au fond le "moi", avec ses orgueils, ses prétentions,  ses coquetteries imbéciles, ses ambitions et ses calculs, à ce qu'il faut appeler crûment par son nom : la conversion. En fait, tel est bien l'enjeu fondamental de notre époque, au-delà des étiquettes "tradis", "progressistes" ou autres : la conversion à la seule volonté de Dieu sur l'Eglise.


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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /Nov /2009 00:00

Par Trad. de l'espagnol (c) P. Gabarra

Il ne faut pas, sous prétexte d’éviter les excès de la stagnation, c'est-à-dire la pétrification du conservatisme (1) verser dans l’extrême opposé, bien plus dangereux, qui est celui du modernisme, lequel conduit au suicide sous prétexte de revivification. Les modernistes, qui prétendent savoir plus qu’il ne convient, sans « sapere ad sobrietatem », se dissipent en leurs pensées, se laissent séduire par des philosophies vaines et fausses, fondées, non sur le Christ, mais sur des apparences humaines et les maximes du monde. Ils prétendent mieux comprendre que l’Eglise le message de lumière et d’amour qu’elle est chargée de porter et d’annoncer à tous les hommes. Se croyant capables d’expurger par une critique acérée les anciens éléments profanes qui ont pu s’infiltrer dans la doctrine catholique, ils se laissent en réalité envahir, et sans résistance aucune, par les erreurs modernes. Ils sont ainsi conduits du rationalisme au panthéisme et à l’athéisme, ou, pour le moins, à ce naturalisme déprimant et asphyxiant qui, sous prétexte d’assurer notre autonomie, sature aujourd’hui toute l’atmosphère scientifico-sociale (2).


Pour se prémunir de cette contagion et éviter radicalement les dégâts du modernisme, il n’est rien de plus à propos que de susciter, en soi et chez les autres, le vif sentiment de la foi. Il faut fomenter l’amour de la Tradition catholique et le respect de l’autorité établie par Jésus-Christ. Il faut purifier nos sens spirituels par la fidèle pratique des vertus chrétiennes, de manière à tout sentir avec notre sainte mère l’Eglise, sans jamais nous illusionner nous-mêmes. Ainsi purifiés, les yeux de nos cœurs ne tarderont pas à être éclairés par les dons très précieux d’intelligence et de sagesse, sans lesquels personne ne peut jouir de l’intimité du Père des lumières (3). Par ces dons, en revanche, nous pourrons d’une certaine manière – comme le dit saint Thomas – voir les réalités divines et sentir leur ineffable douceur, en goûtant et voyant comme est bon le Seigneur. Si nous restons toujours attentifs à conserver l’unité de l’Esprit par les liens de la paix, compte tenu de ce que nous ne formons qu’un seul corps (Eph. 4, 3-4), alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde nos cœurs et nos pensées, dans le Christ Jésus (Phil. 4,7). Elle les gardera de la perversion des vices et des erreurs humaines, en excluant de nous le ferment contagieux de l’agnosticisme et du naturalisme, du criticisme rationaliste et de l’immanentisme panthéiste, qui produisent tant de ravages aujourd’hui.

 

Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons cesser de nous modeler sur le monde présent, et renouveler notre jugement afin de discerner le parfait bon plaisir de Dieu (Rom. 12,2). Si nous ne nous réformons pas de cette manière, avec cet Esprit qui crée et renouvelle toutes choses (Ps. 103,30), en nous bornant à détruire les éléments de mort et le corps de péché, alors nous nous affaiblirons toujours davantage (Ib. 29), de sorte que nous nous laisserons facilement envahir par la contagion naturaliste et séduire par le modernisme, lesquels prétendent apporter la rénovation et l’évolution alors qu’ils ne font que conduire à la mort et à la dissolution (4) [A suivre].

J.-G. ARINTERO

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NOTES


(1) Le P. Arintero utilise ici le mot « antiquismo », plus fort encore. On pourrait traduire aujourd'hui par "intégrisme".


(2) « C’est une loi historique qu’après une hérésie radicale et franche, survient toujours une semi-hérésie dissimulée et moins radicale. Après l’arianisme, le semiarianisme ; après le pélagianisme, le semipélagianisme ; après le calvinisme, le jansénisme ; toutes doctrines défendues par des gens qui prétendent être toujours catholiques, et réconcilier l’erreur et l’orthodoxie (…). Le même phénomène se produit aujourd’hui. La grande hérésie moderne est le rationalisme et le naturalisme : celle-ci est rejetée (…) ; mais on lui concède quelque chose et, à forces d’atténuations, on élimine pratiquement le surnaturel » (cf. Baudrillart, in Rev pr. d’Apol., 15 nov. 1907, p. 234- traduit de l’esp.). Telle est la tendance moderniste – ajoute Arintero en cette note – laquelle, en se donnant pour sage, blasphème.

« Il est meilleur et plus utile d’être ignorant et de savoir peu de choses, et d’être proche de Dieu par la charité, que de croire que l’on sait beaucoup et d’apporter la preuve que l’on blasphème contre Dieu même » (s. Irénée, Adv. Hær., II, 21, 1, PG, 7, 800).


(3) « Dieu n’aime que celui qui demeure dans la sagesse » (Sag.7,28). « Là où font défaut les dons d’intelligence, de science et de sagesse, il y a nécessairement obscurcissement du sens, aveuglement de l’entendement, ignorance et sottise, toutes choses qui empêchent tout progrès dans la connaissance des dogmes » (cf. Lepicier, o.s.m., De stabilitate et progressu dogmatis, 2ème édit. 1910, p. 232).


(4) « Le modernisme est une erreur qui, en apparence, n’attaque pas la religion chrétienne mais qui, en réalité, la détruit tout entière, en minant les bases mêmes de l’édifice religieux. Il paraît la maintenir telle qu’elle est : il parle de l’Eglise avec son triple pouvoir (doctrinal, disciplinaire et liturgique), de la révélation, du surnaturel, des miracles, des dogmes, des sacrements et des rites ; mais, en réalité, il conserve les mots et supprime les choses, en leur donnant un sens nouveau différent du sens traditionnel. C’est un concept inédit du christianisme qui, sous des apparences trompeuses, implique la négation complète du surnaturel » (cf. Baylac, Rev. Pr. D’Apolog., 1er juillet 1908, p. 481 – traduit de l’espagnol). Le modernisme, comme l’a très bien dit la Civiltà Cattolica, « n’est qu’une forme, mitigée de phrases chrétiennes, du naturalisme qui infecte toute la vie moderne ».

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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 12:15

Par Trad. de l'espagnol (c) P. Gabarra

5.- Quoi, l’Eglise, évoluer ! Ceux qui prennent le mot évolution au mauvais sens du terme, ou ne le considèrent qu’avec méfiance, regarderont une telle affirmation comme une hérésie, ou du moins comme une nouveauté suspecte. Mais ceux qui le prennent pour ce qu’il signifie, selon le sens que lui a donné saint Vincent de Lérins, - comme synonyme d’accroissement ou d’expansion – cette expression ne signifie rien d’autre que la vie toujours croissante de la sainte Eglise catholique, dont la catholicité se manifeste précisément dans cette incoercible expansibilité.

La véritable évolution constitue un progrès, non un recul. C’est un acte d’édification, et pas de destruction. Elle implique un certain accroissement, une certaine expansion et une rénovation vitale. Elle exclut ce qui est dommageable, ce qui déprécie, démolit, dissout. En d’autres termes, elle exclut la transformation mortifère, laquelle détruit les éléments vitaux sous prétexte de les remplacer par des nouveautés artificielles, comme ont toujours tenté de le faire les faux réformateurs.

C’est ce que s’efforcent de faire aujourd’hui les modernistes, en proposant sous le nom “d’évolutions” toute une série de transformations radicales. Ils travaillent, non pour recueillir avec le Christ, mais pour répandre et dissiper ; non pour édifier sur les fondements éternels, établis une fois pour toutes, mais pour détruire tout l’édifice chrétien, en minant ses bases elles-mêmes. Ils détruisent le concept du dogme de la foi, des sacrements, de la hiérarchie, de l’autorité ecclésiastique. Par les faux principes du positivisme et de l’agnosticisme, du criticisme, du pragmatisme et de l’immanentisme, qu’ils amalgament malicieusement, ils ébranlent les fondements de la raison naturelle elle-même, qui doit démontrer les préambules de la foi et la crédibilité de nos dogmes très saints. A tous égards, ce n’est pas une rénovation mais une dévastation, une désolation. L’Esprit souverain de sagesse et d’intelligence, qui renouvelle toutes choses comme il convient, forge des amis de Dieu et des prophètes, et non pas des blasphémateurs, des séducteurs et des apostats. Les renouvellements qui sont les siens suivent un plan déterminé qui, en toutes les phases de sa réalisation progressive, demeure identique. Esprit de la Vérité même, jamais il ne peut se contredire, jamais il ne dément par l’un de ses organes véritables ce qu’il a affirmé par un autre. Par la main des réformateurs légitimes, il ne détruit pas ce qu’il a édifié pour toujours par celles des apôtres, des prophètes, des docteurs et des pontifes qu’il a suscités, ou des Conciles dont il a inspiré la réunion.

Nous devons toujours nous renouveler, de plus en plus, oui, mais dans l’Esprit éclairant notre esprit, et non pas en nous laissant porter à tous vents de doctrine (Eph. 4,14-32), ni par quelque esprit que ce soit, contraire à celui de Dieu (1 Jn 4,1-6). Or celui-ci est saint, unique, suave, pur (Sag. 7,22). Ni il nie, ni il ne dissout Jésus-Christ, bien au contraire. Il nous porte à nous renoncer, à nous dépouiller complètement de nous-mêmes, c'est-à-dire du vieil homme et de tous ses agissements, de ce qu’il emprunte au monde, de ses appréciations et traditions humaines, pour nous revêtir de plus en plus de l’Homme nouveau, de toutes ses pensées et sentiments (Col. 3,9-12). De la sorte, une fois débarrassés de l’ancien ferment, nous deviendrons azymes de vérité et de sincérité (1 Cor. 5,7-8). Revêtus de celui qui est Lumière du monde, nous serons éclairés par la lumière de la vie, nous vivrons en tout comme des enfants de lumière (Eph. 5,8) et les ténèbres du monde ne nous envahiront plus. Nous serons de fidèles disciples du Verbe. Nous connaîtrons la Vérité, et la vérité nous rendra libres (Jn 8,31-32), nous préservant des tromperies du démon et du monde, des illusions et des assauts des passions humaines et des pièges de toutes les erreurs anciennes ou modernes. C’est à cette condition seulement qu’il est possible d’édifier solidement selon la volonté du Père, sans détruire en rien son œuvre, sans désédifier notre prochain (1).

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(1) « Le véritable réformateur “ne recherche pas sa propre gloire, mais la gloire de celui qui l’a envoyé” (Jn 7,18) ; comme le Christ, son modèle, “Il ne crie pas, il n'élève pas le ton, il ne fait pas entendre sa voix dans la rue… il ne s’attriste pas et ne s’afflige pas (Is. 42,2 ; Mt 12,19), il est doux et humble de cœur (Mt 11,29). Celui-là est agréable à Dieu et obtiendra de très abondants fruits de salut » (s. Pie X, Encycl. Editae saepe, n° 33). 
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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Benoit XVI
Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 12:00

Par (c) Trad. de l'espagnol par P. Gabarra

4.- L’Eglise, pourtant, malgré les crises, suit un juste milieu et rejette également tous les extrêmes vicieux, pérenne incarnation du Verbe de vie, venue dans le monde pour être notre véritable lumière, et notre unique chemin. Elle est, en effet, la gloire du Christ, ou le Christ-Jésus lui-même, perpétué sur la terre à travers les siècles pour dire à tous les hommes les paroles de vie éternelle nécessaires à chacun. Elle est ainsi elle-même, à sa manière, verbe de vie, d’une vie qui est lumière des hommes, pour illuminer tout homme qui vient en ce monde, et rendre tout l’homme parfait dans le Christ (Col. 1,28). Tout l’homme, et pas seulement son cœur ou son entendement. Parce qu’elle ne vit pas, et elle ne fait pas vivre seulement de simples sentiments, moins encore d’abstractions, mais de paroles de vie que les yeux du cœur, illuminés, perçoivent et sentent comme des réalités puissantes et éternelles (Eph. 1,18). L'Eglise vit pour rendre témoignage à la Vérité. Cette Vérité, dont elle témoigne en la possédant et en la montrant, est une vérité concrète, pleine de vie, de splendeur et d’enchantements, capable de rassasier pleinement les intelligences et les cœurs, desquels elle fait jaillir continuellement des sentiments et des pensées ineffables de vie éternelle. Celui qui, en vérité, suit la Lumière du monde, ne marchera dans les ténèbres ni par l’intelligence ni par le cœur. En toutes choses il aura une lumière vitale (Jn 4,14 ; 8, 12, 15, 26 ; 17,22).

 

L’Eglise est véritablement sel de la terre et lumière du monde (Mt 5,13-14). En toutes ses phases, elle demeure la même, sans se dissiper, sans s’obscurcir. Elle ne vieillit jamais. Elle ne perd jamais la conscience de son identité et de sa vitalité. Jamais elle ne se dément ni ne se transforme ou se corrompt. Jamais elle n’admet les éléments mondains qui ne sont pas selon le Christ. Tout au contraire, par réaction vitale, elle les élimine et les repousse. En même, temps elle puise opportunément en elle, « tirant le nouveau de l’ancien », se renouvelant comme l’aigle en une jeunesse perpétuelle, déployant la variété de ses splendeurs, illuminant les hommes selon leurs nécessités, portant enfin à tous les siècles la parole éternelle qu’ils attendent d’elle pour leur salut. Ainsi elle harmonise la spéculation et le sentiment, l’élévation des idées et un sens parfait de la réalité, un fidèle et inébranlable amour de la Tradition et le sens d’une continuelle rénovation, en corrigeant ou évitant radicalement les désordres qui pourraient résulter de l’une de ces tendances, si elles devaient agir séparément.

 

Par sa vitalité indéfectible, l’Eglise vit et vivifie tous ceux qui la reçoivent, en leur donnant une vie intégrale et pleine. En vivant et en vivifiant autrui, elle évolue continuellement, sans se transformer jamais ni cesser d’être intégralement la même. Elle demeure celle que Jésus-Christ a instituée aux jours de son pèlerinage, celle dont il a voulu, comme le grain de sénevé, et conformément à la loi vitale qu’il a inscrite en elle, qu’elle se développe jusqu’à couvrir de son ombre toute la terre, croissant en tout selon Lui, pour pouvoir, en sa totalité, parvenir à la mesure de l’Homme parfait. Elle demeure, enfin, telle qu’elle devra régner – une fois atteintes sa plénitude et son expansion – comme digne Epouse du Christ, pour demeurer éternellement avec Lui dans la gloire de Dieu le Père. Telle est la Vie et l’Evolution de l’Eglise ! Tel est son développement et telle est sa vitalité ! [à suivre]

 

J.-G. Arintero, o.p.


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Publié dans : J.-G. Arintero - Communauté : Praedicatho.com
Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 12:00

Par (c) Trad. de l'espagnol par P. Gabarra

1.- Depuis près d’un siècle, à toute heure et sur tous les tons, les ennemis de l’Eglise affirment, sans se lasser, que l’Eglise catholique se trouve à présent, sinon tout à fait morte, du moins moribonde et proche de sa fin. Pour eux, les grandes crises que traverse cette chaste épouse de l’Agneau divin et les épreuves terribles qu’elle traverse pour être de plus en plus purifiée dans le sang de son Epoux (Eph. 5,25-27) ne sont que les soubresauts de l’agonie ou le signe certain de sa perte. Les dissensions provoquées par certains fils rebelles, viciés par le monde, qui jugent selon les opinions vaines et les affirmations présomptueuses des hommes, sont considérées comme des symptômes de dissolution prochaine. L’inertie, la mollesse et la passivité de certains autres qui, par paresse ou par crainte, satisfaits de ne pas avoir perdu les talents reçus, les enterrent sans les faire fructifier, sont regardés comme les indices d’une paralysie mortelle  ou le signe d’une momification. L’activité prodigieuse  qui est déployée, à la mesure de la gravité des circonstances, par les serviteurs prudents et fidèles passe elle-même, au jugement des incrédules, pour des mouvements plus ou moins désespérés, annonciateurs d’une prochaine et irréparable déroute.

 

Les malheureux que le dieu de ce siècle a aveuglés pour que ne resplendisse pas en eux l’illumination de l’Evangile de la gloire du Christ (2 Cor. 4,4), n’ont pas d’oreille pour entendre le témoignage pérenne de l’éternelle Vérité. Ils n’ont pas davantage d’yeux pour voir les réalités divines qu’ils ont devant eux, ni même pour lire dans l’Histoire comment ce merveilleux organisme, qui s’appelle l’Eglise catholique, à la différence de tous ceux que nous connaissons, au lieu de périr dans les grandes crises, ou de sortir affaibli de ses épreuves, s’y rajeunit et y trouve de nouveaux éclats. Il en est ainsi parce qu’elle s’y lave de la poussière terrestre et élimine les infiltrations du milieu hostile, toujours renouvelée, affinée, fortifiée et ornée de nouvelles splendeurs (1). Ainsi apparaît davantage – jusqu’au regard des anges eux-mêmes – la sagesse multiforme de Dieu qui a créé toutes choses et en a réservé les merveilles au développement de son Eglise (Eph. 3, 9-10). Même ce qui y paraît être des symptômes de mort est un signe d’inextinguible « vitalité ».

 

Tel est le sujet que nous nous proposons d’étudier dans cet ouvrage, dont le titre aurait aussi bien pu être simplement : « L’évolution de l’Eglise ».

 

2.- Cependant, ce mot d’évolution, qui signifie de soi développement et progrès vital, est aujourd’hui malmené et dénaturé. On en abuse tellement qu’il est parfois identifié à son contraire, à savoir la transformation destructrice. Comme ce terme est ainsi contaminé par des erreurs pernicieuses, je lui préfère un titre moins expressif, moins graphique, mais non moins apte à signifier toute ma pensée, avec cet avantage de ne prêter à aucune équivoque suspecte, à aucune tendance réductrice et subversive ni à aucune interprétation tordue ou malicieuse.

 

On accuse la sainte Eglise d’être incompatible avec les sociétés modernes, parce qu’elle serait moribonde, morte ou momifiée. Je vais montrer sa prodigieuse vitalité. Toutes ces accusations tomberont par terre. Les vociférations hostiles seront dissipées ou confondues. On l’accuse d’être figée, pétrifiée et ennemie du progrès. Je montrerai comment sa vitalité est, sinon la source unique, du moins l’appui le plus ferme et l’aiguillon le plus efficace de tous les véritables progrès. On l’accuse également – comme le font les fausses églises, ses rivales – d’enseigner de nouvelles doctrines et de promouvoir des pratiques inconnues des temps apostoliques et non sanctionnées par les sept premiers conciles. Je montrerai comment elle est l’héritière légitime des promesses du Sauveur, dont les paroles sont esprit et vie, dont l’Esprit, demeurant identique, vivifie et renouvelle tout, et dont la vie, bien que restant la même, se manifeste toujours plus abondamment – afin que nous l’ayons en plus grande abondance – en puisant de nouvelles ressources et de nouvelles manifestations de ses trésors inépuisables.

 

3.- Le mot vitalitédit, d’une part, unité parfaite et continuité et, d’autre part, expansion et rénovation. Il exprime ainsi l’identité et l’accroissement, la stabilité et l’évolution progressive véritable.

 

Il ne faut pas se dissimuler que des crises violentes accompagnent cette évolution. Ne les prendrions nous pas en compte qu’elles se chargeraient elles-mêmes de se rappeler à nous avec violence. Elles sont provoquées par de nombreux égarements, de nombreux éléments humains qui ne sont pas selon le Christ et qui, constituant autant de systèmes extravagants, s’écartent du juste milieu de la vertu. Ces systèmes peuvent être ainsi catégorisés : l’intellectualisme idéaliste, qui oublie le réel ; le pragmatisme, ou positivisme, qui se borne à l’expérience de la vie pratique ou à ce qui  entre dans le champ de la vie sensible ; le spéculativisme, fasciné à l’excès par la raison raisonnante ; et le sentimentalisme, qui ne s’attache qu’aux émotions, aux intuitions ou aux impulsions du cœur. D’autres systèmes peuvent y être rattachés, comme autant d’effets complexes. Ainsi du traditionalisme pharisaïque. Ce quiétisme paresseux, qui résiste à l’expurgation de l’ancien ferment, empêche les rénovations spirituelles nécessaires et tend à l’immobilisme et à la momification. C’est pourquoi il mérite bien le nom “d’adanisme” ou de fossilisme. Ainsi, encore, de l’audacieux modernisme, innovateur et destructeur. Sous prétexte de renouveler ce qui est ancien et de ne pas manquer les avancées de la modernité, il cherche à rompre les liens de la tradition légitime, pour se laisser emporter par le vent de la mode et de toutes sortes de fantaisies humaines (2).

(à suivre)

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NOTES

(1) « Vous le savez (…) même lorsqu’elle est soumise à des tribulations, l’Eglise jouit toujours d'une certaine consolation de Dieu. Le Christ a aimé l'Eglise (…) Lorsque le vice se répand sauvagement, lorsque les persécutions pèsent lourd, lorsque l'erreur devient si maligne qu’elle la menace de destruction en arrachant de nombreux enfants de son sein (pour les plonger dans le tourbillon du péché et de l'impiété) – alors, plus que jamais, l’Eglise est soutenue par en haut. Que les méchants le veuillent ou non, Dieu fait servir même l’erreur au triomphe de la Vérité, dont l’Eglise est la gardienne et le défenseur. Il met la corruption au service de la sainteté, dont l’Eglise est la mère nourricière (…). Pour ces raisons, au moment où les hommes du monde croient voir l'Église malmenée et bientôt renversée par la tempête qui  fait rage, c’est alors pourtant qu’elle devient plus juste, plus forte, plus pure, et plus brillante de l'éclat des vertus les plus hautes (s. Pie X, Encycl. Editae saepe, 36 mai 1910, A l’occasion du 3ème centenaire de la canonisation de s. Charles Borromée, n° 6).


(2) « Le modernisme est une contrefaçon du véritable et légitime concept de modernité, un funeste état qui affecte un grand nombre de consciences catholiques (…), qui affirment et professent des aspirations, des opinions, des tendances et des idées multiformes, lesquelles – prenant parfois la forme d’un système – conspirent à donner de nouvelles bases et une nouvelle forme à la société, à la politique, à la philosophie, à la théologie, à l’Eglise et au christianisme » (Cf. Cavallanti, Modernismo e modernisti, p. 1).

 

J.-G. Arintero, o.p.

 

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