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Vies de saints

Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 05:00

Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

fr.-Andre.jpg Il est impossible de comprendre le sens de la vie de cet homme, sans tenir compte du fait – incontestable et attesté par tous ceux qui l’ont côtoyé de près – qu’il enracinait tout son ministère dans une pratique régulière et généreuse de prière personnelle. Il pouvait passer des heures de prière solitaire, agenouillé immobile derrière la statue de saint-Joseph dans la crypte de l’Oratoire.

 

Cette discipline spirituelle, qui témoigne de son besoin fondamental d’appuyer sa vie sur une relation vivante au Maître de son cœur, peut servir d’inspiration à toute personne croyante qui cherche à mener une vie droite et féconde. 

 

Parmi les interpellations que nous lègue Saint frère André, il y a l’attention à bien asseoir les fondations de notre maison spirituelle, quelle que soit notre vocation. Le petit frère du Mont-Royal a répondu à cette exigence par une généreuse pratique d’intériorité, qui a ouvert son cœur à l’amour vrai, profond et libre que dispense le Christ ressuscité, par son Esprit. 

 

En clair, bien au-delà des différences culturelles qui marquent l’époque où a vécu le frère André et la nôtre, cet homme de simplicité et de courage lègue un modèle de foi indéfectible, qui inspire encore aujourd’hui.

Fr. Pierre Charland ofm

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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 06:00

Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

Il me paraît significatif de noter que c’est en 1967 qu’ont pris fin les travaux de construction de l’Oratoire Saint-Joseph : la même année où la ville de Montréal accueillait l’Exposition universelle sur l’Île Sainte-Hélène autour du thème de Terre des hommes. Ces deux événements importants me semblent bien refléter l’esprit d’ouverture et d’accueil qui ont caractérisé la vie du frère André, son œuvre et son héritage spirituel.

 

En effet, ayant appris l’anglais lors de ses séjours de travail aux États-Unis, le frère André a – dès les débuts de son ministère d’accompagnement, de prière et de guérison – refusé tout enfermement dans un carcan linguistique, culturel ou national. Il accueillait tous et chacun, indépendamment de leur race, de leur langue ou de leur culture. Son ami Adélard Fabre en témoigne : «Le frère André a passé sa vie à faire du bien à son prochain. Il se faisait l’ami de tous, le confident de toutes leurs peines. Il aimait particulièrement les pauvres et ne faisait aucune acception de religion ou de race.» (1)

 

Il n’est pas étonnant – dans le paysage actuel du Montréal métropolitain marqué par la diversité des races, des langues et des religions – que l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal accueille tous les ans des foules de personnes issues de toutes les couches de la société, de toutes races, dépassant même largement les frontières du christianisme. De plus en plus, des Chrétiens catholiques, mais aussi des personnes issues de différentes dénominations protestantes ainsi que de religion hindoue, sikhe ou musulmane, se rendent à l’Oratoire pour prier, faire silence et reprendre contact avec une dimension intérieure de leur être.

 

Le vaste attrait qu’exerce ce sanctuaire dédié à saint Joseph sur des gens venus de partout au monde, témoigne de la profondeur de la vision spirituelle dont était animé le frère André. L’héritage d’ouverture et d’universalité qu’il lègue cadre bien dans une ville où les frontières du sacré se redéfinissent en ce début de XXIe siècle. 

 

Si l’ancrage chrétien et catholique du thaumaturge du Mont-Royal ne fait aucun doute, il est remarquable de constater que ses interventions s’appuient sur un socle d’authenticité spirituelle et d’ouverture, qui ne connaît pas d’exclusions. Son message n’est pas teinté d’étroitesse religieuse. Ainsi, à une femme qui exigeait d’être guérie, en récompense de sa ferveur eucharistique, il demande si le bon Dieu lui devait quelque chose. Elle répond : «Oui, je vais communier tous les jours.» Et lui de répliquer : «Si le bon Dieu vous doit quelque chose, allez donc le collecter vous-même. Je ne suis pas chargé de faire la collection pour le bon Dieu.» (2)

 

Il est bien attesté que le saint frère recevait aussi bien des protestants que des catholiques, ou encore des Juifs ou même des francs-maçons, dans son petit bureau du Mont-Royal (3).

 

Aussi, on a souvent dit que le frère André faisait de l’œcuménisme par simple bon sens, mais en fait, il me semble que cela découlait de sa profonde expérience de Dieu. Par l’universalité de son accueil, il décloisonnait les frontières du sacré, et ouvrait à une fraternité fondée sur une commune humanité et – avant tout – sur la vérité des cœurs. Ainsi, un témoin rapporte cette guérison étonnante d’un non-catholique : 

 

«Le frère André m’a rapporté un jour, en revenant d’un voyage aux États-Unis, qu’un prêtre lui avait demandé d’aller voir un malade qui appartenait à la franc-maçonnerie. Le frère André lui montra une médaille de saint Joseph et lui dit que beaucoup de personnes avaient été guéries en se frictionnant avec cette médaille. Le frère André se mit à le frictionner, et à un moment donné le frère André sentit que le malade lui passait le bras autour du cou. Il continua à le frictionner et le malade devint mieux.» (4)

 

(à suivre)

____________

(1) Cité dans: Dubuc, Jean-Guy, Le frère André, Montréal, Fides, p. 149-150

(2) Ibid., p. 156-157.

(3)  Lafrenière, Bernard, Le frère André selon les témoins, Montréal, Oratoire Saint-Joseph, 1997, p. 35.

(4) Ibid., p. 35.

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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 11:54

Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

 

1.jpg À l’âge de 23 ans, Alfred Bessette est entré chez les religieux de Sainte-Croix. Il y a d’abord effectué des petits travaux modestes et peu convoités, jusqu’à ce qu’une réputation de thaumaturge commence à lui attirer des foules de gens malades ou découragés. Inlassablement, le frère André a accueilli ces personnes de toutes conditions. Si on a pu lui reprocher des rebuffades d’impatience ou d’occasionnelles sautes d’humeur, personne ne peut l’accuser d’avoir abusé de l’autorité spirituelle dont il jouissait, d’avoir cherché à se mettre en avant, ou encore d’avoir fait la promotion d’une piété mièvre, dénuée de racines. Bien au contraire, sa parole et son action sont toutes à l’image des plus beaux traits des gens du Québec : simples, concrètes et débordantes de vie ! Le Père Benoît Lacroix parle de lui comme d’un pionnier :

 

« Le frère André fait partie de nous, il est de notre spiritualité. Par exemple, dans toute notre histoire, il y a ce que l’on pourrait appeler l’aspect pionnier, l’aspect fondateur, le commencement, le goût des origines, le besoin de défrichage. Et quand on regarde comment le frère André a procédé, on s’aperçoit que c’est un défricheur, c’est quelqu’un qui commence et qui organise, qui structure même, presque malgré lui, une œuvre. Il nous apparaît donc comme un pionnier, à l’intérieur d’une spiritualité qui se ressent toujours du fait qu’on est aux origines d’un pays…» (1)

 

Le projet de construction de l’Oratoire de Saint-Joseph du Mont-Royal en offre un excellent exemple. Une réalisation d’une telle audace témoigne de l’ampleur du charisme de bâtisseur et de visionnaire de ce petit homme étonnant. L’histoire difficile et mouvementée de cette construction, des débuts de la crypte jusqu’à la fin des travaux extérieurs en 1967, dit l’ampleur du courage et de la détermination du frère André, qui n’a jamais perdu confiance en la réalisation du rêve que le Seigneur avait déposé en son cœur. 

 

(à suivre)

________

(1) Cité dans: Dubuc, Jean-Guy, Le frère André, Montréal, Fides, p. 140.

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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 08:02

Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

A sa façon, le frère André présente aux hommes et aux femmes de notre temps un modèle de vie simple et accessible, et offre une voie d’entrée dans l’expérience mystique chrétienne. S’il n’a pas connu le rayonnement théologique d’autres grandes figures récentes de l’histoire chrétienne – comme Thérèse de Lisieux ou Mère Térésa de Calcutta, par exemple – c’est en partie parce qu’il n’a pas laissé de traces écrites de sa pensée et des accents particuliers de sa relation à Dieu. Son expérience spirituelle s’est transmise de bouche à oreille, d’un croyant à l’autre, et notamment grâce aux nombreux témoignages des personnes qui l’ont côtoyé.

 

lefrereandre.jpgOr, aux croyants actuels, le frère André lègue d’abord un exemple de vie. Dès son plus jeune âge, Alfred Bessette n’a pas fui devant les difficultés, mais les a plutôt affrontées avec courage et détermination, en s’appuyant sur une foi indéfectible en Dieu. Alfred était à peine instruit, issu d’une famille pauvre, et il a été rapidement confronté à l’exigence de développer son autonomie, suite à la mort prématurée de ses parents. Aussi, il aurait pu se laisser aller au découragement ou à la criminalité. Mais bien au contraire, l’homme de Dieu a toujours fait preuve d’inventivité et de débrouillardise, pour trouver une issue aux difficultés qui se présentaient. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité à se déplacer d’un lieu à un autre pour trouver du travail, et a constamment développé des habiletés nouvelles pour répondre aux exigences d’un métier. En toutes circonstances, sa priorité a été la vigilance à la prière et la disponibilité intérieure aux appels de Dieu.

 

Il ne fait aucun doute qu’André Bessette avait une claire conscience de la boussole spirituelle qui le guidait. Un socle intérieur de foi et de confiance – sur lequel se sont appuyés ses choix de vie, ses solidarités d’Église et son ministère – l’a bien gardé des pièges d’élitisme ou d’inauthenticité auxquels on associe parfois l’église puissante des années d’après-guerre au Canada français.

 

(à suivre)

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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 20:58

Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

1-copie-2.jpg

 

La figure du frère André se situe à la jonction de deux mondes très contrastés. Il y a d’abord le Canada français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Albert Bessette, de son nom de baptême, a vécu dans une société très religieuse et plutôt pauvre, marquée par un mouvement des populations qui partaient des campagnes pour venir s’établir en ville. Le Québec de cette époque est aussi caractérisé par la dualité catholique-protestante et par la volonté des Canadiens français d’acquérir l’autonomie économique et culturelle. Dans cette société en quête de son identité, où plusieurs avaient la vie dure, cet homme humble et droit – à la fois fragile et courageux – a été amené à quitter son village natal et à s’ouvrir à d’autres cultures pour assurer sa survie. Il est allé travailler aux États-Unis, puis est revenu au Québec avant d’être admis chez les Pères de Sainte-Croix comme frère laïque, en 1870.

 

Par la suite, au fil de milliers de rencontres où il a fait office de confident, de thaumaturge et de sage, il est devenu une figure populaire dont la renommée s’est étendue bien au-delà des frontières québécoises et canadiennes. Son héritage probablement le plus connu – et certainement le plus visible – est l’Oratoire de Saint-Joseph du Mont-Royal qui domine la montagne en plein cœur de Montréal. Ce fleuron des temples catholiques d’Amérique du Nord est le plus important lieu de pèlerinage du monde dédié à Saint-Joseph.

 

Mais le legs du Frère André ne s’arrête pas là. Il y a aussi un visage très actuel à son histoire et à son message, qui prennent forme dans une toute autre culture : celle du Québec et du monde d’aujourd’hui, qui ont été témoins de sa canonisation, le 17 octobre 2010.

 

Dans le Québec de ce début de XXIe siècle, qui a largement pris ses distances par rapport à l’institution religieuse catholique, la figure du frère André tranche sur le paysage. À la différence de ce qui se vivait au début du siècle dernier, le Québec d’aujourd’hui est pris d’assaut par une surenchère de consommation, ainsi que par les pressions constantes du modèle économique néo-libéral. Notre société est aussi marquée par des avancées technologiques qui progressent à un rythme ahurissant et ne cessent de faire reculer les frontières du savoir. Dans ce contexte, le message de foi du frère André peut sembler anachronique. 

 

Pourtant, les manifestations populaires qui ont entouré sa canonisation en 2010 nous portent à croire que malgré le fossé qui sépare ces deux mondes, le charisme du petit frère du Mont-Royal a une portée bien contemporaine. Si plusieurs églises du Québec sont aujourd’hui contraintes à la fermeture – dans une société où l’institution est souvent malmenée par l’opinion publique – on peut s’étonner de constater que les foules continuent de se rendre nombreuses à l’Oratoire Saint-Joseph pour s’arrêter, prier, se confesser ou prendre part à l’une des nombreuses eucharisties qui y sont célébrées dans le courant d’une journée. 

 

(à suivre)

 

 

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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 10:53

Par L'Equipe d'Hermas

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Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /Juin /2010 13:00

Par José M. Sánchez de MUNIAIN - Traduction de l'espagnol par Pierre GABARRA

"Cantiga" n° 36 d'Alphonse X le Sage

Son règne est celui d’un conquérant, d’un chef intrépide, constant et habile dans l’art de la guerre. Sous ce rapport, seul peut lui être comparé son beau-père Jaime le Conquérant. Les sièges des grandes places fortes étaient préparés par des incursions, des raids à cheval, menés par des forces rapides qui vivaient sur le pays. Il dominait l’art de surprendre et de déconcerter, en profitant de toutes les opportunités politiques que lui offraient les dissensions de ses adversaires. Il organisait avec soin ses grandes campagnes et s’efforçait d’entraîner les siens davantage par la persuasion, l’exemple personnel et la perspective des bienfaits futurs que par la contrainte. Une fois les places fortes investies, il laissait se retirer ceux qui n’en pouvaient plus.

Telle est sa physionomie historique la plus connue. Son action de gouvernant l’est moins, que l’histoire reconstruit peu à peu : ses relations avec le Saint Siège, les prélats, les nobles, les municipalités, les universités récemment fondées ; son administration de la justice, sa sévère répression des hérésies, ses relations exemplaires avec les autres rois d’Espagne, sa gestion économique, la colonisation et l’organisation des cités conquises, la poursuite de la codification et de la réforme du droit espagnol, sa protection des arts. Telle est la deuxième dimension d’un règne véritablement exemplaire, qui ne peut être comparé en cela qu’à celui d’Isabelle la Catholique, quoiqu’en moins connu.

Mais il en existe une troisième, digne d'admiration, qu’un illustre historien moderne a commencé à révéler. Il s’agit de la prudence et de la noblesse dont il fit preuve à l’égard de ses adversaires, les rois musulmans. « Saint Ferdinand – écrit Ballesteros Beretta dans une brève étude monographique – pratique dès le début une politique de loyauté ». Son œuvre est l’accomplissement d’une politique sagement dirigée par une façon de procéder soigneusement méditée et par une loyauté sans pareille. Le Père Retana le souligne aussi dans sa biographie très précise.

Pénétré de son droit à reconquérir la terre d’Espagne, il respecte ceux qui acceptent de se déclarer ses vassaux. Une fois qu’il a vaincu l’adversaire d’un de ses alliés maures, il ne se retourne pas contre celui-ci. Il observe scrupuleusement les trêves et les traités. Peut-être a-t-il aussi voulu en son cœur gagner ses adversaires à la foi chrétienne par son comportement. Il est hautement probable que certains de ses alliées l’ont embrassée en secret. Le roi de Baeza lui a remis l’un de ses fils comme otage ; ce dernier, converti au christianisme sous le nom castillan d’infant Fernando Abdelmón (le propre nom de baptême du roi), devint plus tard l’un des habitants de Séville. Saint Ferdinand n’aurait-il pas été son parrain de baptême? Grâce à ses négociations avec l’émir des “Benimerines” (1) au Maroc, le Pape Alexandre IV put envoyer un légat au sultan. S’il y avait eu d’autres saint Ferdinand, l’Afrique aurait aujourd’hui une toute autre physionomie.

Au terme de sa croisade, atteint d’une maladie mortelle, il se désignait lui-même dans les coutumes de Séville comme le Chevalier du Christ, le Serviteur de Sainte Marie, le Lieutenant de saint Jacques. Ces titres étaient contenus dans des expressions d’adoration et de gratitude adressées à Dieu, pour l’édification de son peuple. Les Papes Grégoire IX et Innocent IV l’avaient déjà qualifié « d’athlète du Christ » et de « Champion invaincu de Jésus-Christ ». Ils faisaient allusion à ses éclatantes victoires guerrières comme croisé de la Chrétienté et à l’esprit qui l’animait.

C omme roi, saint Ferdinand est une figure qui s’est emparée de l’âme tant de son peuple que de celle des historiens. On peut dire de lui, en vérité – ce qu’a fait le prudent Feijoo– qu’il n’a eu son pareil en aucune autre nation : non est inventus similis illi.

Il semble être entré dans l’histoire, en effet, pour stimuler l’esprit collectif des espagnols aux moments de dépressions spirituelles.

Nous le savons austère, pénitent. Mais, à bien y réfléchir, y a-t-il austérité comparable au fait de donner sa vie résolument au service de l’Eglise et de son peuple pour l’amour de Dieu ?

Alors qu’il portait le deuil de son épouse, Béatrice, à Benavente, il apprit pendant son repas qu’un audacieux assaut nocturne avait été mené par une poignée de ses chevaliers à Ajarquía, dans la banlieue de Cordoue. Il se leva aussitôt, ordonna que l’on selle son cheval et se mit en route, avec l’espoir – qui se réalisa – que ses chevaliers et ses troupes le suivraient en le voyant ainsi s’élancer. Il s’enflamma, dit la Chronique latine : « Irruit (…) Domini Spiritus in rege ». Les siens voyaient que toutes ses décisions étaient animées par une charité sainte. Il semble qu’il n’ait pas quitté son camp, ni pour assister au mariage de son fils héritier, ni lorsque lui fut appris le décès de sa mère.

La “diligence” signifie littéralement l’amour ; la “négligence” le désamour. Celui qui n’est pas diligent n’est pas charitable en ses œuvres, en d’autres termes, il n’aime pas en vérité. La diligence, en définitive, est la charité opérante. Tel est peut-être l’exemple moral le plus élevé de saint Ferdinand. C’est pourquoi aucune des louanges que rapporte son fils Alphonse X le Sage n'est dans le fond aussi éloquente que celle-ci :
« Il ne connut ni le vice ni le repos ».

Cette diligence était animée par l’esprit de prière. Malade, à Tolède, il veillait dans la nuit pour implorer l’aide de Dieu sur son peuple. « Si je ne veille pas – répliquait-il à ceux qui voulaient lui imposer le repos – comment vous autres pourrez-vous dormir tranquilles ? ». Sa piété, comme celle de tous les saints, s’adressait spécialement au très Saint-Sacrement et à la Vierge Marie.

A l’exemple des chevaliers de son temps, qui portaient sur eux une image de leur dame, saint Ferdinand portait, insérée dans un anneau à l'arçon de son cheval, une représentation en ivoire de sainte Marie, la vénérable “Vierge des Batailles” qui est conservée à Séville. Lors de ses campagnes, il récitait le petit office de la sainte Vierge (2), ancêtre médiéval du saint Rosaire. Au cours du siège de Séville, il éleva une chapelle fixe en l’honneur de la patronne de son armée dans le campement ; c’est la “Vierge des Rois”, mise en honneur aujourd’hui dans une splendide chapelle de la cathédrale de Séville. Renonçant à entrer en vainqueur dans la capitale d’Andalousie, il laissa à cette image l’honneur de présider le cortège triomphal. C’est à Fernand III que l’Andalousie doit sa dévotion mariale. (…).

La mort de saint Ferdinand est l’une des plus bouleversantes de notre histoire. Allongé sur un tas de cendres, une corde autour du cou, demandant pardon à toutes les personnes présentes, donnant de sages conseils à son fils et à ses parents, un cierge allumé à la main, et en extase suppliante. Menéndez Pelayo dit avec raison : « Le passage de Saint Ferdinand obscurcit et rendit petites toutes les grandeurs de sa vie ». Et il ajoute : « Telle fut la vie extérieure du plus grand des rois de Castille. De la vie intérieure, qui pourrait en parler dignement sinon les anges, qui furent les témoins de ses entretiens spirituels et de ces extases qui tant de fois précédèrent et annoncèrent ses victoires ? »

Saint Ferdinand a refusé qu'on le représentât après sa mort sous la forme d'un gisant. Cependant, on grava sur son sépulcre cette épitaphe impressionnante en latin, en castillan, en arabe et en hébreu :

« Ci-gît le Roi très honoré Don Ferdinand, seigneur de Castille et de Tolède, de León, de Galice, de Séville, de Cordoue, de Murcie et de Jaén, celui qui a conquis toute l’Espagne, le plus loyal, le plus véridique, le plus franc, le plus courageux, le plus audacieux, le plus prudent, le plus généreux, le plus humble, le plus pénétré de la crainte de Dieu, le plus prompt à le servir, qui a ébranlé et détruit tous ses ennemis, qui a élevé et honoré tous ses amis, qui a conquis la cité de Séville, qui est la tête de toute l’Espagne ».

Que saint Ferdinand soit un perpétuel modèle de gouvernant et intercède pour que le nom de Jésus-Christ soit toujours sanctifié comme il convient en Espagne.

Fin du texte cité de José M. Sánchez de Muniáin

En ces temps d'épreuve pour ce pays que vous avez conquis au Christ à sa sainte Mère,
Saint Ferdinand, priez pour l'Espagne !

Traduction Hermas.info ©

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(1)
"Benimerines" est le nom hispanisé donné aux Banu Marin, membres de la dynastie berbère la plus importante issue de la destruction de l'empire almohade.
(2) On peut lire ces intéressantes précisions, sur le site qui lui est consacré [
ICI] :

"La prière adressée à la Sainte Vierge sous une forme liturgique remonte à une haute antiquité tant en Orient qu'en Occident. On trouve dans l'Eglise grecque des Heures de la Très Sainte Vierge composées par S. Jean Damascène au VIIIème siècle. Les premières traces d'une dévotion semblable se rencontrent dans l'Eglise latine au siècle suivant, car Pierre Diacre, moine du Mont-Cassin, dit dans son commentaire sur la Règle de S. Benoît : « Que les moines réciteront l'office prescrit par la règle en y ajoutant l'office de la Sainte Vierge » et cela d'après une ordonnance du pape Zacharie. Il faut remarquer que cet office de surérogation n'est pas signalé comme une dévotion nouvelle mais comme une pratique déjà en usage dans l'Eglise.


Cette pieuse coutume étant tombée en désuétude, S. Pierre Damien la rétablit au XIème siècle dans les monastères dont il entreprit la réforme.


Lors de la prédication de la première croisade au Concile de Clermont (1095), le pape Urbain II ordonna, pour obtenir la protection de la Sainte Vierge sur cette expédition, que tous ceux qui étaient tenus à l'office canonial y ajouteraient l'office de Notre-Dame.


Au XVIème siècle, S. Pie V en dispensa les prêtres séculiers absorbés par les soins du ministère ; enfin la dernière réforme du Bréviaire en a relevé les religieux tenus à la récitation de l'office au choeur.


Mais, si l'obligation ne subsiste plus, l'Eglise encourage vivement ses enfants à la pratique de cette dévotion. Plusieurs ordres monastiques, par suite de constitutions particulières, l'ajoutent au grand office. Beaucoup de congrégations de femmes, vouées aux oeuvres de miséricorde, l'ont adopté en place de l'office canonial, enfin un grand nombre de pieux laïques, suivant en cela l'exemple des saints, ne manquent pas de payer chaque jour ce tribut de louanges à la Très Sainte Vierge".

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Publié dans : Vies de saints - Communauté : Nos amis les saints
Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /Juin /2010 07:29

Par José M. Sánchez de MUNIAIN - Traduction de l'espagnol par Pierre GABARRA

Saint séculier, Ferdinand n’en fut pas moins rempli de qualités humaines qui le distinguaient dans le monde. Ce n’était pas un moine reclus dans son palais, mais un aimable et galant chevalier. Le portrait fidèle qu’en tracent la Crónica general et le Septenario est enchanteur. C’est le témoignage véridique de son fils aîné, qui l’a connu dans l’intimité du foyer et de la cour.


Saint Ferdinand était ce que nous appellerions aujourd’hui un sportif. Habile et élégant cavalier, il était bon chasseur. Il jouait bien aux dames et aux échecs, comme aux autres jeux de salon.


Il aimait la bonne musique et chantait bien. Tout cet ensemble constitue le délicat équilibre culturel et humain d’un roi guerrier, ascétique et saint. Les recherches modernes de Higinio Anglés semblent démontrer que la musique jouissait à la cour de Ferdinand III d’un prestige égal, sinon supérieur, à celui qui était le sien à la cour parisienne de son cousin saint Louis, si réputée. Nous savons que l’un de ses fils, l’infant Don Sanche, avait une excellente voix, qui avait été travaillée, peut-on supposer, au foyer paternel.


Il était l’ami des troubadours et on lui attribue la composition de quelques Cantigas, en particulier une à la Sainte Vierge. C’est ce goût pour la poésie, cultivé au foyer, dont héritera son fils Alphonse X le Sage, lequel a témoigné : « Dieu a mis dans le roi Ferdinand toutes ces vertus, ces grâces et ces bontés ».


Nous savons qu’il joignait à l’élégance de son port une mesure dans sa façon de marcher et de parler, une grande allure à cheval, et une aménité qu'il pratiquait lorsqu'il s’entretenait avec autrui dans ses moments d’épanchement. Les Chroniques nous le représentent donc, humainement, comme un grand seigneur européen. L’art gothique naissant lui doit en Espagne, nous l’avons déjà relevé, ses meilleures cathédrales.


Son fils nous livre incidemment un exemple de cette élégance supérieure, au travers d’un épisode qui fournit un détail psychologique de grande valeur : tandis qu’il se déplaçait un jour avec sa troupe, étant lui-même à cheval alors que ses troupes marchaient sur le chemin, Ferdinand III coupa par les champs pour que la poussière ne dérange pas les fantassins et n’aveugle pas les bêtes. Nous pouvons imaginer avec une certaine joie de l’âme cette scène de la suite royale marchant sur les chemins empoussiérés de Castille et sortant d’un coup à travers champs derrière son roi, suivi de ses fantassins. C’est  l’une des plus exquises courtoisies que l’on puisse imaginer d’un roi élégant et charitable (…). Bien des années plus tard, ce même roi, méditant un Jeudi Saint la Passion du Christ, demanda une bassine d’eau et une serviette et il se mit à laver les pieds de douze pauvres, inaugurant ainsi une coutume de la Cour de Castille qui s’est poursuivie jusqu’à notre siècle. 


Homme de son temps, il était profondément attaché à l’idéal chevaleresque, lequel est une synthèse médiévale, profondément européenne, de vertus chrétiennes et de vertus civiles. Trois jours avant son mariage, le 27 novembre 1219, après une nuit de veillée d’armes au monastère de Las Huelgas,  il s'arma lui-même chevalier, ceignant l’épée qui allait lui procurer tant de fatigues et tant de gloire. Dieu seul sait la prière et la méditation qui furent ceux de ce chevalier novice en cette nuit si mémorable, quand il se préparait à embrasser un genre de profession ou d’état que tant d’hommes modernes superficiels méprisent sans l’avoir compris. Des années plus tard, il armera également chevaliers de sa main ses propres fils, peut-être lors des campagnes dans le sud. Nous savons en revanche qu’il refusa de le faire pour l’un des nobles les plus puissants de son royaume, qu’il jugeait indigne d’une telle investiture.


Sportif, homme de cour, musicien, poète, grand seigneur, chevalier. Nous montons peu à peu les degrés de l’échelle des valeurs humaines d’un chrétien médiéval exemplaire.

(à suivre)

Traduction Hermas.info ©

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Publié dans : Vies de saints - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 14:00

Par José M. Sánchez de MUNIAIN - Traduction de l'espagnol par Pierre GABARRA

Plutôt que d’être à la fois un roi et un saint, Ferdinand III fut un saint roi, c'est-à-dire un séculier, un homme de son siècle, qui a atteint la sainteté dans l’exercice de sa charge.


Ce fut un homme de mortification, un pénitent, à l’instar de tous les saints, mais le meilleur témoignage de sa sainteté, en dehors de tout projet panégyrique, c’est la critique historique la plus froide, les documents, les chroniques, les faits contenus dans les actes juridiques, qui attestent d’une vie toute entière consacrée au service de son peuple pour l’amour de Dieu, avec un tel soin, une telle constance et un tel sacrifice que l’on en est stupéfié. Saint Ferdinand, pour cette raison, conquiert le cœur de tous les historiens, de ses contemporains immédiats aux nôtres. Physiquement, il est mort à la suite des longs labeurs qu’il a dû s’imposer pour mener, sur tous les fronts de son royaume, une tâche qui, à la considérer dans son ensemble, paraît impossible. Peut-être est-ce là une des formes du martyre les plus agréables à Dieu.


Nous voyons ainsi atteindre la sainteté un homme qui fut marié deux fois, eut treize enfants, fut un conquérant, un gouvernant, un homme de justice, un sportif, un homme de cour, un troubadour, un musicien. Plus encore, par les mystérieuses voies de la providence divine, nous honorons en lui, sur les autels, un homme qui était le fils illégitime d’un mariage royal incestueux, annulé par le grand pape Innocent III, celui d’Alphonse IX de León avec sa nièce Bérengère, fille d’Alphonse VIII, héros de la bataille de Las Navas (1).


Ferdinand III eut sept fils et une fille de son premier mariage avec Béatrice de Souabe, la princesse allemande que les chroniqueurs décrivent comme « très bonne, belle, savante et pudique » (optima, pulchra, sapiens et pudica), petite-fille du grand empereur croisé Frédéric Barberousse, puis, sans difficulté politique de succession familiale, il épousa la française Jeanne de Ponthieu, dont il eut encore cinq enfants. Au milieu d’une société courtisane très relâchée, sa mère Bérengère lui conseilla de se marier sans attendre, à l’âge de vingt ans, et plus tard elle lui conseilla de se remarier. Le choix de cette seconde épouse revint à Blanche de Castille, mère de saint Louis.


Ce serait pure conjecture que de se demander s’il aurait embrassé l’état ecclésiastique à défaut d’être roi (étant rappelé que les Cortes de León lui avaient déjà prêté serment alors qu’il n’avait que dix ans, peu après la séparation de ses parents). La vocation vient de Dieu et Il l’a voulu ce qu’il fut. Il l’a voulu saint roi. Saint Ferdinand est un très grand exemple, l’un des plus exemplaires de l’histoire, d’une sainteté séculière.

(à suivre)

Traduction hermas.info ©
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(1) La bataille de Las Navas de Tolosa, qui eut le 16 juillet 1212, est l'une des plus prestigieuses victoires des armées chrétiennes lors de la Reconquista. Note du traducteur.

 

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Publié dans : Vies de saints - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 08:00

Par José M. Sánchez de MUNIAIN - Traduction de l'espagnol par Pierre GABARRA

La récente exposition de la fête de la Très Sainte Trinité nous a conduits à négliger de rappeler la fête d'un très grand personnage du monde chrétien, honoré le 30 mai.  Pour rattraper cette lacune, nous reprenons ici quatre articles publiés en son honneur il y a de cela déjà deux ans.

 

Le 30 mai célèbre en effet, pour les catholiques, une double libération. C’est d’abord, pour nous Français, la fête de sainte Jeanne d’Arc, morte sur le bûcher en 1431, réhabilitée en 1456, canonisée en 1920. Sainte Jeanne d’Arc, on le sait, est l’une des saintes Patronnes de la France. 


Bien moins connu chez nous est saint Ferdinand III, que nous fêtons également en ce jour.Il fit reculer l’islam en Espagne, et conquit Cordoue, Murcie, Grenade et Séville.

 

Ce saint nous intéresse particulièrement parce qu’il fut roi, et un très grand roi. Roi, il fut un politicien par excellence, réunissant en lui et dans son action au service de son pays toutes les vertus que peut réunir un prince chrétien, de prudence et de justice.

 

Sa vie est une précieuse leçon de choses, à un double titre.

 

D’abord, elle vient nous montrer qu’un gouvernement sage, intelligent, courageux, vertueux,  peut réellement exister. Ce n’est pas une abstraction marsienne, un être de raison, un impossible qui va de soi dans son impossibilité et dans cette seule impossibilité. La preuve en est apportée, fût-elle rare. Qu’un païen n’y croit pas, qu’un libéral ou un socialiste gangrenés par leurs idéologies respectives n’y croient pas, soit. Mais qu’un chrétien ne le croit pas, non, ce n’est pas admissible. Alors c’est un stimulant à la prière, à la prière de conversion pour notre pays, pour nos gouvernants. Comme on dit dans l’Ecriture, « le bras de Dieu n’est pas raccourci ». Faisons prier nos enfants pour cette cause.

 

La seconde leçon est plus anecdotique. La cité moderne déchristianisée, “libérée” de Dieu, se présente comme un paradigme de civilisation, de progrès humain, d’intelligence, d’épanouissement social, dans un cadre institutionnel indépassable. Méditons un peu ces choses. Certes le Moyen-Age n’a pas produit que des Ferdinand III [dont la seconde épouse, Béatrice de Souabe, tertiaire de l'Ordre de la Merci, a été elle-même béatifiée] et des Louis XI, son cousin germain, tous deux tertiaires de saint François, contemporains de saint Dominique et de saint Thomas d’Aquin, loin s’en faut ! Mais notre Âge, que produit-il donc ? En quels modèles humains se reconnaît-il depuis la Révolution française qui a mis fin à la « superstition »  ? Ce serait très cruel de faire sur ce point des rapprochements.

 

Nous empruntons le récit qui suit, que nous traduisons, à l'étude de José M. Sánchez de Muniáin, San Fernando III de Castilla y León, Año cristiano, tome II, Ed. BAC 1959, Madrid, pp. 523-531. En raison de la longueur du texte, nous le publierons en plusieurs articles. N’oublions pas nos frères espagnols, dans la communion : c’est l’occasion aussi de prier pour eux. Ils en ont bien besoin !

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Saint Ferdinand ( 1198 - 1252) est, sans exagération, l’espagnol le plus illustre de l’un des plus grands siècles de l'histoire humaine, le treizième, et l'une des figures les plus hautes de l’Espagne ; il est peut-être, avec Isabelle la Catholique, le personnage le plus complet de toute notre histoire politique. Il est l’un de ces modèles humains qui conjuguent au plus haut degré la piété, la prudence et l’héroïsme ; l’un des greffons les plus heureux, en quelque sorte, des dons et des vertus surnaturels sur les dons et les vertus humains.


A la différence de son cousin germain saint Louis IX de France (1), Ferdinand III n'a pas connu la défaite, ni même l’échec. Il a triomphé dans toutes ses entreprises intérieures et extérieures. Dieu a porté ces deux cousins à la sainteté par des voies humaines opposées : l'un sous le signe du triomphe terrestre, l’autre sous celui du malheur et de l'échec.


Ferdinand III a uni définitivement les couronnes de Castille et de León. Il a reconquit la quasi-totalité de l’Andalousie et de Murcia. Les sièges de Cordoue, de Jaén, de Séville, et la conquête de bien d’autres places de moindre importance ont revêtu une grandeur épique. Le roi maure de Grenade est devenu son vassal. Une première expédition castillane a pris pied en Afrique, et notre roi est mort alors qu’il planifiait le passage définitif du détroit. Il a entrepris la construction des plus belles de nos cathédrales (Burgos et Tolède certainement, peut-être León, qui a commencé sous son règne). Il a pacifié ses Etats et les a administrés avec une justice exemplaire. Il fut tolérant envers les Juifs et rigoureux à l’égard des apostats et des faux convertis. Il promut la science et consolida les universités naissantes. Il créa la marine de guerre castillane. Il protégea les récents Ordres mendiants, franciscains et dominicains, et prit garde à l’honnêteté et à la piété des soldats. Il prépara la codification de notre droit, instaura le castillan comme langue officielle des lois et des documents publics, à la place du latin. Il est de plus en plus certain, historiquement, que le fleurissement juridique, littéraire et même musical de la cour d’Alphonse X le Sage [son fils] (2) fut le fruit de l’œuvre de son père. Il a peuplé et colonisé consciencieusement les territoires conquis. Il a institué ce qui allait devenir les Conseils du Royaume, en désignant un collège de douze hommes savants et prudents pour l’assister. Il a observé rigoureusement les pactes et les engagements pris à l’égard de ses adversaires, les chefs maures, même lorsque des raisons de convenance politique nationale se sont ultérieurement présentées. En un sens, il était l’antithèse chevaleresque du “prince” de Machiavel.


Il fut, comme nous le verrons, un habile diplomate et, en même temps, le promoteur infatigable de la Reconquête. Il n’a voulu la guerre qu’en tant que croisade chrétienne et de légitime reconquête nationale, et il a respecté son engagement de ne jamais prendre les armes contre d’autres princes chrétiens, épuisant pour cela toutes les ressources de la patience, de la négociation et du compromis. Au sommet de l’autorité et du prestige, il s’est constamment attaché, avec une tendresse filiale, exprimée à maintes reprises dans des documents officiels, à suivre les sages conseils de la mère exceptionnelle qui était la sienne, Bérengère. Il a dominé les seigneurs turbulents, pardonné magnanimement aux nobles vaincus qui se sont soumis, et il a honoré de ses largesses les chefs fidèles de ses campagnes. Il a favorisé le culte et la vie monastique, tout en exigeant la coopération économique des mains-mortes ecclésiastiques et féodales qui était due. Il a renforcé la vie des municipalités, et réduit au minimum les contributions économiques nécessitées par ses entreprises guerrières. En une époque aux mœurs licencieuses, il a donné l’exemple d’une très haute pureté de vie et de ses sacrifices personnels, en gagnant ainsi auprès de ses fils, des prélats, des nobles et du peuple la réputation unanime d’être un saint.


Comme gouvernant, il fut à la fois sévère et bienveillant, énergique et humble, audacieux et patient, courtois et pur. Il a incarné ainsi, avec son cousin saint Louis IX de France, l’idéal chevaleresque de son époque.


A sa mort, selon les témoignages contemporains, hommes et femmes éclatèrent en sanglots dans les rues, y compris les hommes de guerre.


Bien plus. Nous savons qu’il a conquis même le cœur de ses ennemis, à ce point a priori inconcevable que certains princes ou rois maures ont embrassé la foi chrétienne à cause de son exemple.  « Nous n’avons rien lu de tel au sujet de rois antérieurs », dit la chronique contemporaine du Tudense (3), en parlant de l’honnêteté de ses mœurs. « C’était un homme doux, avec un grand sens politique », témoigne l’historien Al Himyari, son adversaire musulman. Le roi maure de Grenade fut présent à ses obsèques, avec une centaine de nobles portant des flambeaux. Son petit-fils, Jean-Manuel, l’appelait déjà, dans l’Exemplo XLI, « le saint et bienheureux roi Don Fernando ».

(à suivre)

Traduction Hermas.info ©

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(1) En effet, la mère de Ferdinand III, Bérengère Ière de Castille (1180-1246)  [fille d'Alphonse VIII et d'Aliénor d'Aquitaine], était la soeur aînée de Blanche de Castille (1188-1252), qui eut notamment pour enfant Louis IX, autrement dit "notre" saint Louis (1214-1270), roi de France. Note du traducteur.

(2) Alphonse X le Sage (1221-1284), sans avoir la grandeur de son père, fut néanmoins l'une des plus grandes figures de la monarchie médiévale d'Espagne. Erudit, poète, musicien, il est l'auteur des célèbres 426  "Cantigas de Santa María", ces poèmes chantés en l'honneur de Notre-Dame. « L'art du troubadour - écrivait-il pour les présenter - exige de l'entendement et de la raison, et bien que je ne possède pas ces facultés au degré que je voudrais, j'espère que Dieu me permettra de dire un peu ce que je désire. Et ce que je désire, c'est que la Vierge fasse de moi son troubadour ». On consultera sur ce sujet le site qui leur est consacré, ICI. Note du traducteur.

(3) Les médiévaux étaient familiés de ces surnoms donnés à des auteurs, des professeurs, en fonction de leur origine.  Le "Tudense" désigne Lucas de Tuy († 1249), chanoine de Saint-Isidore de León et évêque de Tuy, qui fut notamment un historien très connu en son temps, et à qui la reine Bérengère confia la rédaction d'un ouvrage qu'il intitula le Chronicon mundi (l'histoire du monde). Note du traducteur.

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