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Humeur

Mardi 3 janvier 2012 2 03 /01 /Jan /2012 17:28

Par L'Equipe d'Hermas

Drapeau-hongrois.pngQu’est-ce, en droit, qu’une constitution ? A cette question générale, M. Bertrand Mathieu répond, sur le site même du Conseil constitutionnel français, qu’il s’agit « d’un acte de souveraineté ». Il ajoute que « c'est au sein d'un Etat démocratique la règle qu'un Peuple se donne à lui-même ». Les normes constitutionnelles, indique-t-il encore, « prévalent sur les normes internationales et européennes », réserve faite des conditions d’application de certaines normes européennes.

 

Une sous-catégorie vient cependant de faire son apparition : celle des « constitutions  controversées ». Il faut entendre par là ces constitutions dont on n’accepte pas - de fait - qu’elles constituent des « actes de souveraineté » ni une règle qu’un « Peuple » puisse se donner à soi-même. Bref, il s’agit d’une constitution qui, réserve faite de sa suprématie interne sur des normes internationales, se voit contester sa légitimité même, et ce dans le sérail des officines journalistes et du réseau complexe des faiseurs d’opinion, dont le désaveu se répand surabondamment ensuite sur la terre entière. L’adjectif « controversé », en effet, ne répond pas à une qualification juridique. Il s’agit d’un opprobre moral, qui connaît lui-même des accentuations plus ou moins marquées, comme des manières plus ou moins appuyées de se pincer le nez au voisinage d’une mauvaise odeur. L’AFP, par exemple, reprise ou précédée en cela par nombre d’organes de presse, parle de « constitution très controversée ».

 

Son sujet ? La constitution socialiste du 27 décembre 1972 de la Corée du Nord, à l’ordre du jour ? Non. Celle de la République islamique d’Iran ? Pas davantage, non plus que celle du Yémen, pour s’arrêter à ce pays qui, malgré la pratique de la charia et les sévères restrictions apportées tant à la liberté de la presse qu’à celle de religion, se voit généreusement qualifié sur le site de notre noble Sénat de « démocratie en chemin ». Ces constitutions-là, pour ne citer qu’elles, n’entrent pas dans la catégorie des constitutions (très) controversées. Celles-là ne troublent le sommeil de personne. Il s’agit de la constitution hongroise, adoptée par le Parlement hongrois par 262 voix pour, 44 contre et une abstention, et qui, malgré cette majorité parlementaire ne serait pas démocratique ni conforme aux “valeurs” européennes.

 

Les organes de presse qui dénoncent cette « constitution controversée » insistent généralement sur le fait que cette constitution serait l’œuvre d’un « autocrate », qui aurait verrouillé constitutionnellement certains dispositifs étatiques, qu’elle a fait disparaître l’expression « République de Hongrie » pour ne parler que de la Hongrie (affreux), qu’elle a rendu rétroactivement "responsables des crimes communistes" commis jusqu'en 1989 les dirigeants de l'actuel Parti socialiste, c’est-à-dire  ex-communiste (quelle idée). A ces griefs, qui servent à introduire d’autres griefs de politique générale, s’ajoute le grief qui tue : la constitution controversée s’attaquerait à la vie privée.

 

C’est là que l’attention du lecteur catholique devrait être pour le moins titillée. On lit ainsi dans les colonnes du journal Le Monde, d’une information reprise de l’AFP : « La nouvelle Constitution touche également la vie privée en décrétant que l'embryon est un être humain dès le début de la grossesse, ce qui fait peser des craintes sur l'accès des Hongroises à l'avortement. De même, le texte stipule que le mariage ne peut avoir lieu qu'entre un homme et une femme, excluant ainsi les mariages homosexuels ». Le tour de passe-passe est ainsi opéré : Un Etat n’aurait pas le droit de “décréter” – le mot fleure bon l’arbitraire – qu’un embryon est un être humain, ni qu’un mariage ne puisse avoir lieu qu’entre personnes de sexes différents. Tout cela ne serait que vie privée et, au dernier ressort, qu’affaire d’opinion personnelle. Le plus surprenant, d’ailleurs, n’est sans doute pas que ce genre de discours trouve place dans la presse établie, c’est qu’il soit relayé par des journaux catholiques comme La Croix, qui le reprend tel quel dans son édition internet du 2 janvier 2012, sans y apporter la moindre réserve ni la moindre nuance.

 

Pour mémoire, il sera rappelé que cette « constitution très controversée » comporte cette déclaration : « Nous sommes fiers que notre Roi, Saint-Etienne, ait bâti il y a 1 000 ans l'Etat hongrois sur des fondations solides et ait fait de notre patrie une partie intégrante de l’Europe chrétienne ». Elle ajoute que « la constitution protège le mariage, considéré comme l’union de base la plus naturelle entre un homme et une femme et fondement de la famille » et que « depuis la conception, la vie mérite d’être protégée comme un droit humain fondamental. La vie et la dignité humaine sont inviolables ». Rien que d’affreusement détestable, comme on peut le voir, secundum mundum.

 

Au-delà des polémiques suscitées par cette affaire, il est permis de se demander si, loin de mettre seulement en relief les éventuels travers des gouvernants hongrois, avérés ou non, elle ne met pas plutôt en lumière, une fois de plus, l'interminable collapsus moral du monde occidental, qui ne peut se retenir d'une haine instinctive à l'égard de tout ce qui le rappelle à son être historique et à la nature des choses.

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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 18:10

Par L'Equipe d'Hermas

Après la guerre extérieure, voici la guerre intérieure.

 

Au terme d’un bilan gouvernemental que les plus réservés des partisans de la majorité jugeront pour le moins médiocre, et après des élections cantonales humiliantes, le fantasme de la montée du Front National tient à nouveau lieu de “programme commun”.

 

La “majorité” [visiblement toute relative] pourrait reconnaître, à ces résultats, que la politique menée jusque-là par un président apparemment détesté est un échec cuisant. Non. Elle pourrait, par voie de conséquence, analyser le vote de protestation de nombre de Français comme une réaction logique à cet échec et aux accumulations d’injustice criantes qui l’accompagnent. Pas davantage. Certes, les rangs de la majorité se lézardent, mais plus par panique apparemment que par discernement.

 

Pour les “gouvernants”, après l’ennemi extérieur, la montée des votes défavorables, ou la dégringolade des votes favorables, est due à un ennemi intérieur, toujours le même, qu’il s’agit de dénoncer. Khadafi à l’extérieur, le Front National à l’intérieur. Idéologie aidant, peu importe que l’on s’en aille ici bombarder également des civils innocents et là clouer au pilori des millions de citoyens Français que l’on accule à la révolte.

 

La dénonciation de l’ennemi sert dans les deux cas de paravent dérisoire, pour tenter de sauver le règne d’un mensonge permanent avec lequel les Français paraissent pourtant vouloir rompre. 

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Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 11:57

Par L'Equipe d'Hermas

k1.jpg M. Sarkozy peut être fier, et avec lui son ministère des affaires étrangères, qui aime à se donner des airs martiaux : le plus impopulaire de tous les Présidents français de l'histoire peut espérer, à quelque temps des élections présidentielles, redorer un peu son blason. La recette est vieille comme le monde : détourner l’attention des foules mécontentes en leur désignant un ennemi commun. M. Baroin a d’ailleurs récemment déclaré, pour manifester cette unité : « Les Français qui étaient aux avant-postes de cette demande (d'intervention) seront naturellement cohérents avec l'intervention militaire, donc ils participeront ». Notons que l'intéressé utilise, non pas l'expression usuelle   « la France » mais l'expression « les Français ». Oui, cette demande était la vôtre, la mienne, évidemment, comme aussi ce combat glorieux.

 

Le problème est que l’ennemi supposé insupportable d’aujourd’hui est celui que l’on recevait en grandes pompes à Paris en 2007, le jour de la Journée mondiale des droits de l’homme si l’on s’en souvient [ce qui avait provoqué l’indignation de Mme Rama Yadé, qui s’en était alors fait taper sur les doigts par le Président, ainsi que le scandale de beaucoup de Français]. Tous ces bons messieurs, aujourd’hui, sont pourtant unanimes. Il faut abattre la bête qui, d’interlocuteur qu’il était hier, notamment pour l’achat d’armement, est devenu un tyran sanguinaire pour l’avoir utilisé.

 

On aura beau nous expliquer que ce qui a tout changé est que cet armement a été utilisé contre le peuple libyen, tout cela ne nous convaincra pas. Car il y a belle lurette que le pouvoir de M. Khadafi est tourné contre son peuple, sans que cela ait bien dérangé les consciences de nos politiciens, toutes tendances confondues. Le problème est qu’après les ratés tunisiens et égyptiens, il fallait à tout prix faire mine d’exister, ce qui ne pouvait se faire, selon le modus operandi de M.  Sarkozy, que dans la frénésie et la grandiloquence.

 

M. Juppé était d’autant plus pressé lui-même d’aboutir auprès de l’ONU qu’il s’était enhardi, en Egypte, à déclarer, avec le ton humble qui lui est familier, que M. Khadafi n’avait plus qu’à partir. Las, ce dernier ne paraissait pas se soumettre à cette docte sentence. Et s’il l’emportait ? Cela en prenait bigrement la route. Ce serait alors un nouveau camouflet pour une politique étrangère décidément sans orientation ni inspiration. Alors, vite, vite, faisons-le tomber, et portons-y directement la main puisque certains de nos partenaires européens ne paraissent pas dupes de nos motivations.

 

Pour faire bonne figure, nous en appelons à la Liberté, bien sûr. Allons, enfants de la Patrie, la gloire nous attend ! Passé cet épisode, qui ouvrira peut-être dans notre dos un nouveau bourbier au moins entre libyens, « les Français » de M. Baroin seront-ils longtemps oublieux de n’avoir rien reçu de ce gouvernement que mensonges, privatisation et vulgarisation de la chose publique et promesses non tenues ?

 

Rien n'est moins sûr.

 

 

 

 

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Lundi 17 janvier 2011 1 17 /01 /Jan /2011 12:59

Par Pierre GABARRA

Mgr Masson, s'il était encore des nôtres en ce monde, se serait probablement amusé de l'émoi qui s'empare de certains groupes traditionalistes à l'annonce, par le Pape Benoît XVI, de son voyage à Assise en octobre prochain. Voici en quels termes cette annonce a été faire par le Saint-Père lui-même : 

 

"Chers frères et sœurs, dans le Message pour cette Journée de la Paix, j'ai eu l'occasion de souligner comment les grandes religions peuvent constituer un important facteur d'unité et de paix pour la famille humaine, et ai rappelé, à cette intention, qu'en cette année 2011 on fêtera le 25e anniversaire de la Journée Mondiale de Prière pour la Paix que le Vénérable Jean-Paul II convoqua à Assise en 1986. C'est pourquoi, en octobre prochain, je me rendrai en pèlerin dans la ville de saint François, en invitant à s'unir à ce chemin les frères chrétiens des différentes confessions, les représentants des traditions religieuses du monde et, idéalement, tous les hommes de bonne volonté, pour rendre mémoire à ce geste historique voulu par mon Prédécesseur et renouveler solennellement l'engagement des croyants de chaque religion à vivre sa propre foi religieuse comme un service pour la cause de la paix. Celui qui est en chemin vers Dieu ne peut pas ne pas transmettre la paix, celui qui construit la paix ne peut pas ne pas s'approcher de Dieu. Je vous invite à m'accompagner jusqu'à ce moment par votre prière à cette initiative.

"Dans ce contexte, je désire saluer et encourager tous ceux qui, hier soir et pendant la journée d'aujourd'hui, dans toute l'Église prient pour la paix et pour la liberté religieuse (...) [Angelus, 1er janvier 2011].

 

Grand émoi, donc, car s'il est une chose que détestèrent particulièrement les traditionalistes chez Jean-Paul II - entre autres choses, avec la défense des droits de l'homme, de la liberté religieuse, etc. - ce fut bien cette rencontre d'Assise. Feu l'abbé de Nantes († 15 février 2010), quoi qu'il répugnât, par son sens très sûr de soi-même, à intégrer le camp traditionaliste, en avait néanmoins synthétisé sur ce point la pensée à peu près commune, plus ou moins explicitée, plus ou moins consentie, en écrivant, à propos du discours explicatif de Jean-Paul II aux cardinaux, le 22 décembre 1986, relatif à cette réunion inter-confessionnelle :

 

"Ce discours n'est (...) point d'un catholique répétant d'anciennes vérités, ni d'un hérétique répétant d'anciennes erreurs, mais d'un hérésiarque, c'est-à-dire d'un créateur d'erreurs, d'un fondateur de secte nouvelle à la doctrine perfide, et pour tout dire antichrist" (CRC n° 230 de février 1987).

 

Le blogue du Petit Placide s'est agacé de cet émoi. Non sans raisons. Il n'est pas si loin le temps où ces mêmes traditionalistes inventaient le mot de "papolâtres" pour se moquer de ceux qui n'avaient que le nom de Jean-Paul II à la bouche, en faisaient prétendument une "vedette" et couraient partout où il allait pour y agiter des foulards. La réserve goguenarde des traditionalistes se posait alors en posture rationnelle de qui sait en toutes choses raison garder et faire la part du feu.

 

Or voici que vint le Pape Benoît XVI et tout changea. Tout changea, du moins, pour un certain nombre de traditionalistes, dont certains n'hésitèrent pas à voir enfin, chez le nouveau Pontife, la conversion papale tant attendue. Tout changea au moins en ceci que pour ceux-là la papolâtrie, ridicule hier, devenait soudain comme une expression naturelle, authentique, filiale, pour ne pas dire nécessaire, des vrais serviteurs de l'Eglise - ces vrais serviteurs qu'ils demeuraient, aujourd'hui dans la "fidélité", comme ils l'étaient hier, dans l'opposition. Il n'est désormais pas de lieu où le Pape aille où l'on ne se sente en devoir d'aller, pas d'endroit où l'on ne se sente en devoir de parler de lui, d'évoquer ses qualités, d'accrocher sa photo, de vendre ses ouvrages, sans paraître parfois réfléchir à leur contenu. Tout cela, au fond, pour un seul fait : la place que le Pape a reconnue à l'ancienne forme liturgique dans l'Eglise.

 

A y regarder pourtant de près, la "papolâtrie" d'hier, celle qui était fustigée, la papolâtrie en la forme ordinaire, si l'on peut dire, était moins ridicule que celle des nouveaux fans. Au moins avait-elle pour elle d'être sincère et loyale, qui n'entretenait généralement pas trop d'ambiguïtés sur son adhésion complète au magistère, y compris celui issu du deuxième Concile du Vatican. La papolâtrie en la forme extraordinaire, elle, a fait mine d'ignorer la perpétuation du discours du Pape Jean-Paul II par le Pape Benoît XVI, pourtant d'une évidence solaire, sur des chapitres majeurs, tels que la réception nécessaire du dernier Concile, la liberté religieuse, les droits de l'homme, le dialogue oecuménique. Au fond, a été poursuivie la même adhésion sélective qu'avec le Pontife précédent, mais inversée. Là où la première était sélective par réserves explicites, la seconde l'est devenue par prétérition. Elle fait mine d'ignorer les sujets qui fâchent, en couvrant les contradictions pourtant criantes qui en résultent par les bruyantes extases d'un volontarisme liturgique comblé.

 

A jouer ce jeu-là, on en avait oublié, jusqu'à l'indignation d'aujourd'hui, que le même Pape Benoît XVI n'était pas traditionaliste et qu'il avait déjà célébré dans la rencontre d'Assise de 1986, tellement honnie, un "message vibrant en faveur de la paix" et "un événement destiné à laisser un signe dans l’histoire de notre temps". C'était en septembre 2006, et le Saint-Père soulignait alors "la valeur de l’intuition qu’a eue Jean-Paul II (dont) l’actualité (apparaissait) à la lumière des événements qui ont eu lieu ces vingt dernières années, et de la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui l’humanité". Et le Pape ajoutait alors, en termes très forts :

 

"L’initiative promue il y a déjà vingt ans par Jean-Paul II prend le caractère d’une prophétie d’actualité. Son invitation aux leaders des religions du monde, pour un témoignage commun de paix, a permis de mettre en lumière, sans équivoque possible, que la religion ne peut être que porteuse de paix. Comme le concile Vatican II l’a enseigné dans la déclaration Nostra Aetate sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes, « Nous ne pouvons invoquer Dieu, Père de tous les hommes, si nous refusons de nous conduire fraternellement envers certains des hommes créés à l'image de Dieu » (n. 5). Malgré les différences qui caractérisent les divers chemins religieux, la reconnaissance de l’existence de Dieu, à qui les hommes peuvent parvenir seulement à partir de l’expérience de la création, ne peut pas ne pas disposer les croyants à considérer les autres êtres humains comme des frères. Il n’est donc permis à personne de prendre argument de la différence religieuse comme présupposé ou prétexte à une attitude belliqueuse à l’égard d’autres êtres humains."

 

L'annonce de son intention de célébrer l'événement de 1986 passe dès lors, en l'état de cette ignorance du passé, comme une nouveauté, comme un hiatus incompréhensible et périlleux dont certains se sentent dès lors un devoir de mettre en garde le Pape lui-même : "Sainteté, fuyez l'esprit d'Assise", afin de ne pas "raviver les confusions syncrétistes". Après tout, rappelle-t-on, le cardinal Ratzinger n'avait-il pas lui-même, en son temps, averti le Pape Jean-Paul II des dangers de confusion provoqués par cette réunion d'Assise ? C'est juste, semble-t-il, mais, depuis lors, est intervenue la lettre aux cardinaux du 22 décembre 1986 évoquée plus haut, puis la Déclaration Dominus Iesus du 6 août 2000, qui ne laissent aucun doute sur la portée et les limites de l'événement. Or c'est en l'état notamment de la lettre de 1986 - à laquelle il n'est probablement pas étranger - que le même Joseph Ratzinger, cette fois devenu Pape, a repris explicitement en septembre 2006, dans le discours évoqué plus haut, cette formule contestée de "l'esprit d'Assise". Mettant en perspective le Concile Vatican II, la pensée de Jean-Paul II et la sienne propre, il apportait alors ces précisions :

 

"Pour qu’il n’y ait pas d’équivoque sur ce que Jean-Paul II, en 1986, voulut réaliser et que, selon une de ses propres expressions, on appelle l’esprit d’Assise, il est important de ne pas oublier l’attention qui fut mise alors pour que la rencontre interreligieuse de prière ne soit pas prétexte à des interprétations syncrétiques, fondées sur une conception relativiste. C’est pourquoi, dès le début, Jean-Paul II a déclaré : « Le fait que nous soyons venus ici n’implique aucune intention de rechercher un consensus religieux entre nous, ni de négocier nos convictions de foi. Il ne signifie pas non plus que les religions peuvent se réconcilier sur le plan d’un engagement commun dans un projet terrestre qui les dépasserait toutes. Et il n’est pas davantage une concession au relativisme des croyances religieuses… » (Enseignements, cit., p. 1252). Je désire confirmer ce principe, qui constitue le présupposé de ce dialogue entre religions tel que, il y a déjà quarante ans, le Concile Vatican II souhaitait dans la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes."

 

L'émotion manifestée par certains groupes à l'annonce du voyage du Saint-Père à Assise est éclairante à plusieurs égards.

 

En premier lieu, elle manifeste - une fois de plus - leur volontarisme idéaliste, qui les porte, au lieu de chercher la vérité des choses, à envahir la réalité de leurs fantasmes, quitte à se mentir à eux-mêmes sur ce qu'elle est, à masquer ce qui les dérange et à s'illusionner, au fond, sur la consistance réelle de leurs fidélités, dont ils font si grand bruit contre les autres. 

 

En second lieu, elle instruit chacun sur l'attitude prudente à laquelle il faut toujours se contraindre. "Prudence chrétienne" ne veut pas dire auto-aveuglement, ni dans l'acceptation, ni dans le refus de ce qu'on peine objectivement à saisir. Devant la complexité des choses, elle signifie qu'il faut se résoudre à être interrogé par elles, à leur ouvrir notre intelligence, à admettre que l'on puisse ne pas tout comprendre, à accepter surtout d'être éclairé par d'autres, en particulier, en l'occurrence, par l'Eglise elle-même, maîtresse de vie et de vérité, qui a grâce d'état pour cela, dans une recherche de bonne foi, loyale, et un authentique souci catholique de discernement.

 

Le Pape Benoît XVI insiste, sur tous les tons, sur la nécessité du rapport de l'intelligence à la foi. La fidélité de chacun à l'Eglise ne consiste pas à moutonner benoîtement, si l'on peut dire, à proportion des approbations, appuis ou encouragements pontificaux que nos propres convictions ont pu recevoir, en quelque domaine que ce soit, en particulier liturgique, comme si le triomphe de notre subjectivisme en était la mesure. Elle consiste, comme toute obéissance humaine vertueuse, à entrer dans l'intention du Souverain Pontife, par un effort d'intelligence et de foi, pour que cette intention devienne nôtre et serve de guide intériorisé à notre fidélité. Il en est ainsi d'Assise comme de tout, comme de tout ce que certains groupes traditionalistes font encore mine d'ignorer, du deuxième Concile du Vatican jusqu'à nos jours.

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Mardi 23 novembre 2010 2 23 /11 /Nov /2010 14:01

Par L'Equipe d'Hermas

Fort régulièrement, la vie de la République est émaillée de scandales divers, généralement graves, qui révèlent, comme sous un bref mais violent coup de lumière blanche, les réalités profondes et habituelles de son fonctionnement. Alors, elle apparaît sous un jour plus crû que celui des fanfares, des cérémonies publiques, des dorures des palais gouvernementaux, des discours lissés, consensuels et nuancés des politiciens et des médias : celui d’une République bananière comme une autre, où, au fond, il est toujours question de gros argent. Le citoyen n’y est d’ailleurs jamais très sûr que les dénonciateurs indignés d’un jour ne soient pas eux-mêmes de simples envieux de ceux qu’ils dénoncent. Envieux de leur chute, envieux de leurs pouvoirs, de leurs prébendes, de leurs privilèges, de leur place où ils pourraient à leur tour, enfin, faire fonctionner à leur profit et à celui de leur clan la Machine – désargentée pour les citoyens, mais toujours grasse et prospère pour ses mécaniciens.

 

L’affaire de Karachi vient, après mille autres, faire briller ces feux, dans une tradition très “gaullienne” de la vie politicienne, où les escarpins dorés de la gauche libérale et de la droite gauchisée ont su, depuis longtemps, suivre les empreintes profondes des “godillots” des premiers âges, avec cette âme commune qui se nourrit de servilité, d’avidité et d’amoralisme, dans une imperméabilité effrayante au sens de l’honneur, de la dignité et même du ridicule. La vie politicienne est ainsi une des rares catégories professionnelles où il soit permis de rebondir, en toute blancheur, en tous honneurs renouvelés, tête bien haute, après avoir pourtant été poursuivi par la justice et condamné. La notion de “repris de justice” n’y a pas cours. Il est vrai qu’il ne s’y rencontre jamais que des calomniés, proclamant toujours faire « confiance à la justice de leur pays », sans que l’on sache trop, à la longue, s’il s’agit d’une simple pantomime ou d’un appel du pied à quelques “frères” compréhensifs.

 

L’affaire, comme on dit, suit son cours. Deux choses y sont cependant frappantes, abstraction faite de son caractère judiciaire.

 

La première est l’angle sous lequel elle est présentée : la cessation du versement des commissions litigieuses aurait provoqué les attentats survenus quelques années plus tard, de sorte que l’Etat ou certains politiciens alors en charge seraient coupables d’avoir, par leur décision, mis en danger la vie d’autrui. Etrange raisonnement. La question n’est-elle pas, avant toute chose, de s’interroger sur la légalité des rétrocessions auxquelles ces paiements donnaient lieu ? Voici qu’un gang rackette un quartier. La police intervient, arrête ces pratiques. Le gang se venge, abat un notable. Dira-t-on que la police en est responsable ?

 

La seconde est la réaction de M. Sarkozy, qui a réagi brutalement aux questions de journalistes sur son éventuelle part dans les magouillages sous-jacents, en leur demandant ce qu’ils répliqueraient eux-mêmes si on les accusait de pédophilie. Que M. Sarkozy soit ou non impliqué, où est en cela la dignité de sa charge ? Jusqu’où n’est-elle pas elle-même descendue pour qu’un Président en exercice accepte d’être mis en cause, en discutaillant avec lui, par un tribunal de journalistes ? Il est en charge d'une fonction publique qui ne s'identifie pas à sa vie privée, ni même à ses ambitions, ses calculs ou ses erreurs personnelles. Qu’il ait à rendre compte devant la justice est une chose ; qu’il cherche à se justifier, de surcroît à ce niveau d'argument, avec un parterre de journalistes en est une autre. Imaginerait-on une seule seconde que de Gaulle, dont on a célébré à grands cris l’anniversaire, ait pu s’abaisser à cela ?

 

Mais il faut s’y faire. Européen où il ne l’était pas, atlantiste où il ne l’était pas, mondialiste où il ne l’était pas, affairiste où il ne l’était pas, fasciné par l’argent comme il ne l’était pas, ayant abandonné son sens de l’Etat, de la grandeur historique et des racines chrétiennes de ce pays, le gaullisme contemporain est un ectoplasme, celui d’un gaullisme sans de Gaulle, auquel les politiciens du jour, de tous bords, ne s’accrochent que pour se donner à eux-mêmes une apparence de crédibilité qui fuit de toutes parts.

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Mardi 19 octobre 2010 2 19 /10 /Oct /2010 11:04

Par Vincent REDOIS

 

RETRAITE.jpgQuand la jeunesse n'a plus d'autre idéal que l'âge de sa retraite,

Quand elle n'a d'autre perspective que la date de fin du travail - elle est vieille.

 

Quand la jeunesse ne pense qu'à conserver les acquis de Papa,

Au lieu de réinventer son monde [qui sont donc les vrais conservateurs ?] - elle est vieille.

 

Quand la jeunesse a peur, quand la jeunesse se vautre dans la sécurité matérielle

Au lieu de vivre l'aventure, de vivre son aventure - elle est vieille.

 

Ce n'est pas à la retraite, quand viendront les rhumatismes, qu'on vivra ses rêves.

 

Ce n'est pas à la retraite, quand nos idéaux seront flétris par l'amertume des ans et le souvenir d'éventuels échecs, qu'on changera le monde.

 

Ce n'est pas à la retraite, quand on sera lassé de son travail, qu'on fera des heures sup' pour se payer nos rêves les plus fous... ou le berceau d'un enfant.

 

Jeunesse de France, tu as autre chose à faire que d'aller manifester pour des combats de vieux...

 

Fais des rêves, pour aujourd'hui ou pour demain, pas pour ton 3° âge...

 

SOIS JEUNE !

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Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 16:00

Par L'Equipe d'Hermas

On s'en souvient : le monde entier avait été ému par la détention d'abord, puis par les conditions de la libération d'Ingrid Betancourt. D'autant plus ému, dans le monde catholique, qu'elle avait alors exprimé une foi vive qui tranchait comme une lame avec les discours entendus habituellement sur les chaînes de télévision.

 

Puis sont venus les soupçons de coquetterie, de manipulation médiatique et d'exploitation financière, au scandale d'anciens co-otages qui ont écrit plusieurs livres pour donner une image fort différente de celle donnée sur soi par Ingrid Betancourt.

 

Et voilà que vient la goutte qui fait déborder le vase. Alors qu'il avait toujours été signalé, y compris par ses proches amis, qu'elle avait, en connaissance de cause, pris des risques démesurés le jour où elle a été enlevée par les FARC, la voici qui a annoncé avoir présenté au gouvernement colombien une demande d'indemnisation de près de 7 millions de dollars en réparation des dommages moraux et financiers causés par son enlèvement.

 

La démarche était tellement choquante et a soulevé une telle vague d'indignation en Colombie même [le vice-président Francisco Santos a parlé de  "prix mondial de l'ingratitude", par allusion à la libération de l'otage par l'armée], que Mme Betancourt a dû se rétracter devant la télévision colombienne pour exprimer ses "regrets" d'avoir eu une telle idée et assurer qu'elle avait décidé, avec ses avocats (sic), de ne pas attaquer l'Etat - même si les démarches amiables qu'elle mène [donc toujours pour être indemnisée] avec lui n'aboutissent pas. Elle continue en effet de se plaindre de ce qu'on ne l'ait pas empêchée (sic) de se rendre là où elle fut enlevée. 

 

Il nous est difficile de ne pas partager le sentiment de profond agacement qui anime ses détracteurs.

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Jeudi 6 mai 2010 4 06 /05 /Mai /2010 18:27

Par Pierre GABARRA

J’ignore quelles raisons lui valent aujourd'hui ce soudain intérêt, mais différents organes de presse évoquent une loi du « 26 brumaire an IX de la République », qui disposait que « toute femme désirant s’habiller en homme doit se présenter à la Préfecture de police pour en obtenir l’autorisation », laquelle « ne peut être donnée qu’au vu d’un certificat d’un officier de santé ». Deux circulaires, de 1892 et de 1909, ont néanmoins autorisé les femmes, libéralisation des mœurs oblige, à porter pantalons à cheval ou à vélo. Les femmes, pour porter un pantalon, avaient besoin, hors ces circonstances un peu laxistes, on en conviendra, d’obtenir ce que l’on appelait alors une « permission de travestissement ».


Peut-être ce réveil est-il lié aux débats actuels sur la burka, avec l’idée (toujours peut-être) sous-jacente qu’il ressortirait d’un égal ridicule de prétendre l’interdire. L’idée, cependant, ne va sans doute pas jusqu’à suggérer, naturellement, que toutes les françaises devraient la porter dans quelques décennies.


Quoi qu’il en soit, on évoque également l’intervention en 2003 de M. Jean-Yves HUGON, député UMP, lequel restera au moins relativement connu de la postérité pour avoir demandé alors au ministre délégué à la Parité et à l’Egalité professionnelle [ah, ces jolis intitulés que l’on croirait tirés du roman “1984” d’Orwell…] – dont le nom, quant à lui (elle), est définitivement tombé dans les oubliettes de l’histoire, d’abroger cette loi. Ledit délégué, ayant refusé l’invitation, il est dit ça et là que la fameuse loi serait toujours applicable.


La première réflexion qui s’impose, assez massivement, est que députés et journalistes ont bien du temps à perdre à soulever de tels lapins, qui ne présentent aucun intérêt.


La seconde se porte, malgré tout, sur l’évolution des mœurs vestimentaires féminines. Chacun a sans doute eu l’occasion de voir un de ces vieux films français en noir et blanc, tournés dans les années quarante au milieu des quartiers interlopes de Paris, avec leurs personnages de petits voyous, de souteneurs et de filles de joie. Quand on compare à ces dernières tant de femmes, jeunes ou moins jeunes, que l’on croise quotidiennement dans la rue aujourd’hui, y compris naturellement de fort "bon milieu", bien catho et tout, la comparaison n’est certes pas flatteuse. A côté de nos femmes “libérées”, les péripatéticiennes d’alors avaient l’allure de petites bourgeoises bien rangées, habillées somme toute modestement, seules leurs poses trahissant un peu la nature particulière de leur profession. Etrange inversion vestimentaire et symbolique.


On rit de la loi du « 26 brumaire an IX de la République » ; on s’indigne de la burka. Mais entre les deux, en ce domaine vestimentaire comme en nombre de domaines, il paraît que le sens de la mesure rationnelle et raisonnable soit sorti du champ de perception du plus grand nombre.

 

 

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Publié dans : Humeur - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Vendredi 16 avril 2010 5 16 /04 /Avr /2010 17:56

Par L'Equipe d'Hermas

Voici trois anecdotes qui nous paraissent assez éclairantes sur la situation de notre société.

 

Premier épisode : qu’on le sache ou qu’on l’ignore – au fond, cela est probablement égal – M. Luc-Marie [apparemment, le Marie est désormais abandonné] Chatel est ministre de l’éducation nationale. On dit beaucoup de choses de cette institution. Peu de bien. Au travers de l’expérience de ces quarante dernières années, elle offre surtout l’image d’une formidable usine à gaz et à décérébrer. Mais enfin, rien n’interdit de porter sur elle un regard naïf. Ceux dont elle a laissé la connaissance de la langue française à peu près intacte pourront penser que l’éducation nationale a vocation à “éduquer”, c'est-à-dire, selon l’étymologie latine, à “élever”. Bien que cela ne soit guère d’évidence, cette vocation à “élever” est d’ordre culturel. On peut donc encore penser, naïveté toujours, que le fonctionnaire chargé de cette noble tâche “nationale” soit un homme pour le moins docte, à défaut d’être sage. Un homme de savoir, de réflexion et de culture, qui soit à même d’entrer, en quelque sorte par connaturalité, en intelligence avec les finalités de sa mission.

 

Il est dès lors assez intéressant de consulter le “cursus” de ce M. Chatel. Né aux Etats-Unis, il a fait des études de… gestion à l’Université Paris I pour décrocher un DESS de “marketing”. Puis il est entré dans le groupe L’Oréal, où il a exercé des fonctions en rapport avec cette formation humaniste, et celles de “directeur des ressources humaines”, autrement dit, selon le jargon initialitique à la mode, de “DRH”. M. Chatel est aussi connu, dit-on, pour être spécialisé dans les problèmes de consommation. Voilà l’homme de sagesse et de culture que le gouvernement de la République française a commis à l’éducation de la Nation. Cherchez l’erreur. Les méchantes langues disent que le ministre aura pour le moins tiré de cette enrichissante expérience intellectuelle l’art de la crème, ou de la pommade. De fait, M. Chatel a été porte-parole de l’UMP et il est porte-parole du gouvernement.

 

 

Deuxième épisode : cette fois en terrain plus connu. Nul n’ignore que le divorce est une institution bien établie en France. Présenté comme un droit d’évidence et le garant de la liberté des individus par rapport aux liens du mariage civil, le divorce est en réalité une machine à fracasser les familles, les psychologies – en particulier des enfants qui en sont victimes – et les repères moraux. Or voici Dame Pervenche Dupond qui vit un divorce sanglant avec M. Archibald Dupond, son époux tant aimé cinq ans plus tôt. Tout se passe mal, et le Monsieur, qui ne dédaigne pas d’être catholique fervent à ses heures [dans ce domaine aussi, il y a du temps partagé], se montre odieux avec Pervenche. Il faut passer devant le juge.

 

Là encore, que la petite voix naïve s’élève : un juge est un magistrat. Il exerce un magistère, par l’exercice d’un pouvoir qui est une émanation du pouvoir politique, ordonné à rendre la justice. La justice : rendre à chacun ce qui lui est dû, art difficile et noble tâche, qui réclame une fermeté et une exactitude de jugement que seule confère la vertu qui lui est adaptée. Art qui réclame aussi de la hauteur de vue et, bien évidemment, de l’indépendance. Or voici que les époux Dupond comparaissent devant M. Arsène Codifiet. En fait de juge indépendant, haut dans ses vues, magistrat, M. Codifiet vient lui-même de divorcer de cette garce de Chloé, au terme d’une procédure déchirante. Ce juge ne devrait-il pas s’occuper d’autres choses que de juger des divorces ? Eh bien non. Cherchez l’erreur.

 

Troisième épisode : voici un jeune enfant de 8 ans soustrait à la garde de sa mère, immigrée de fraîche date, parlant à peine le français, et réputée par l’Administration toute puissante être incapable d’exercer ses devoirs maternels. Depuis cinq ans, cet enfant est placé dans une famille d’accueil, qui en tire 1.000 euros par mois, et multiplie ses gains avec d’autres enfants. La mère a moins de droits pour voir son enfant que n’en a une femme lambda pour aller visiter en prison son criminel de mari. Lorsqu’elle cherche à téléphoner à l’enfant, la conversation est surveillée, “médiatisée”, selon le jargon de l’Administration, dont l’agent instrumentaire décide discrétionnairement de ce qui peut être dit et de ce qui ne doit pas être dit. Nous sommes en France, naturellement, pas en ex République Démocratique Allemande.

 

Survient, encore une fois, petite Naïveté : bien sûr tout cela est difficile, mais sans doute nécessaire, pour le bien de cet enfant qui fait partie des quelque 70.000 enfants dont s’occupe ainsi l’Administration, pour des cas souvent dramatiques. D’ailleurs, à n’en pas douter, l’enfant doit être dans une famille exemplaire, et puisque la mère est catholique, sans doute cette famille l’est-elle aussi, qui doit veiller à ce que l’enfant fasse ses Pâques et reçoive une éducation chrétienne – respect de la liberté religieuse oblige. Il n’est pas douteux non plus que les personnes qui jugent si la mère peut ou non voir son enfant et apprécient sa capacité à être mère sont elles-mêmes des mères irréprochables, de familles unies, pleines de sagesse, exemplaires. Flûte, patatras !… voilà que petite Naïveté vient de s’étaler de tout son long ! Quelle glissade ! Eh non, là encore, que nenni. La famille d’accueil, qui concubine, n’a que faire de ces considérations, l’enfant a bien assez de sa télé, et puis ce ne serait pas facile d’emmener à la fois ce petit à l’église et ses “frères” de sort à la mosquée. Quant aux personnes qui s’autorisent à juger de la capacité de la mère à être telle, et de la qualité de sa “relation maternelle”, la charité commande de ne pas s’attarder sur ce point, mais de modèle de mère et d’épouse, et de famille, cela ne doit pas être prévu par les règlements de l’Administration. L’image même de ce que représente une famille ou une mère pour un chrétien paraît être totalement étrangère à ce monde et à ses valeurs. Cherchez une fois encore l’erreur.

 

Petits épisodes, petites anecdotes, mais significatives. L’humain, ici est là, est gouverné par la gestion, le marketing, cette résorption des fins dans l’utilitaire. Il suffit, pour ainsi "marketer", de savoir manier les instruments mis à votre disposition. Le reste, au fond, n'est que secondaire. L'essentiel est que la Machine tourne.

 

 

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Publié dans : Humeur - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 11:11

Par L'Equipe d'Hermas

Certains esprits chagrins s'imagineront que, décidément, nous faisons une fixation sur le diocèse de Nancy, mais il nous plairait à nous-mêmes - ô combien - de ne pas avoir occasion d'en donner l'impression.


Le diocèse de Nancy, en effet, sur son propre SITE internet, fait une promotion de ce qui est désormais appelé le "denier de l'Eglise", et qu'en d'autres temps on appelait le "denier du culte". Jusque-là, rien que de très normal, rien que de très sain. "Les dons - peut-on lire sur le site, cette fois, de la Conférence des Evêques de France - constituent l'unique source de revenus de l'Eglise puisqu'elle ne reçoit aucune subvention de l'Etat [ni du Vatican, contrairement à l'idée reçue]. Donner à l'Eglise, c'est donc soutenir sa présence et son rôle dans la société et lui donner les moyens d'accomplir sa mission". Le "denier de l'Eglise", en particulier, "est une libre participation annuelle des catholiques d'un diocèse et chacun donne selon ses possibilités (...) pour assurer la vie matérielle des prêtres et la rémunération des laïcs salariés en mission dans l'Église".


Ce qui est moins sain, et moins normal, on en conviendra, est le slogan et l'affiche utilisés pour accrocher le chaland. Qu'on en juge par la reproduction de l'affiche qui sert officiellement - nous y insistons - de support visuel à cette campagne publique du denier de l'Eglise :


denier2010


La bêtise et la vulgarité du message n'échapperont à personne, où copinent le jeu de mot débilo-sacrilège et l'invocation du diable - avec la légèreté de qui n'y croit pas. Non, non, on ne rêve pas, ce message n'est pas tiré de Charlie-Hebdo, mais bien du site du diocèse de Nancy.

 

Celui-ci [qui, au fait ?] assume pleinement la belle idée, avec de fausses précautions de langage qui fleurent bon les années soixante, quand des curés "éclairés" prêchant à leurs ouailles, leur lançaient, avant de démollir quelque chose de leur foi : "Je vais peut-être vous choquer, mais..."

 

"L’Église de France lance la campagne annuelle du denier. Marronnier oblige, nombre de médias, presse écrite comme télévision, s’en font l’écho. C’est dans ce contexte médiatisé que s’inscrit celle voulue par notre diocèse.

 

"« Voulue » car elle ne manquera pas de surprendre, susciter des commentaires, voire heurter. Ce n’est pas un « dérapage » ! Le message utilise le vocabulaire et le style de ceux que nous visons : non plus nos fidèles donateurs (leur confiance nous reste un atout), mais tous ceux parmi les jeunes foyers qui vivent aux marges de l’Église, partageant ses valeurs, de sensibilité catholique (57 % des français) mais ne franchissant qu’occasionnellement le seuil des églises : pour demander un service d’Église."

 

Et sur un document d'AFP, nous voici gratifiés de ces autres précisions, fort utiles, qui donnent toute leur dimension à la démarche "ecclésiale" :

 

"Nous nous sommes dits : situons-nous en rupture, non pas pour choquer, mais pour provoquer le débat, pour que les gens s'interrogent. Or, quel meilleur message que l'humour", demande la porte-parole du diocèse.

Si la proposition du visuel a semé le doute au diocèse, "l'un de nos laïcs, par ailleurs professeur de marketing dans l'école de commerce de Nancy, nous a convaincu de la pertinence de la démarche", raconte Françoise Penigaud.

"C'est le poids des mots : Jésus crise, il n'est pas content, il s'indigne", explique la porte-parole, qui reconnaît que "les gens en interne sont parfois choqués, mais en aucun cas on ne peut dire que nous somme blasphématoires".

 

Tout y est : le goût de provoquer, le mépris assumé des convictions froissées, le "jeunisme", l'infantilisme ["Jésus crise (sic), il n'est pas content"], le collapsus de l'apostolat dans le marketing et jusqu'à cette indécrottable conviction que la vulgarité est séductrice et, en l'occurrence, profitable. A quelle personne censée fera-t-on croire que ceux qui "vivent aux marges de l'Eglise", et qui l'ont quittée souvent à cause de sa désubstantialisation cléricale, pourront se laisser berner par cette campagne qui les prend pour des imbéciles ? Et qu'en ont-ils à faire, eux, que "Jésus pas être content" ?


Jusqu'à quand cet interminable bazar durera-t-il ? Nous n'avons que faire des "contextes médiatisés", des "coups de pub", des complexes ecclésiastiques devant le monde. Nous sommes baptisés, pas des "gens en interne", selon le jargon d'entreprise. Nous sommes des fils de Dieu qu'Il a rachetés au prix du Sang de son Fils, nous sommes tous appelés, selon les enseignements du Concile, à la sainteté. Nous voulons vivre à hauteur de cette ambition divine. Nous n'avons que faire des orientations ecclésiales données par des professeurs... de marketing ! Nous avons besoin que l'on nous ouvre des chemins de lumière, pas de retrouver dans les églises et les cures les slogans crétinisants ou les tics de ce monde dégénéré dans l'économisme et qui pèse si lourdement sur nos épaules.


Voulez-vous que nous vous aidions, nous laïcs, de notre labeur quotidien ? Marchez donc devant, en prêtres, en saints, marchez dans la crainte de Dieu, rendez vous visibles et crédibles aux yeux de tous, sans vous cacher derrière cravates, jeans ou costumes, avancez dans la sanctification de son Nom, marchez en apôtres, marchez dans le renoncement et la prière, dans l'amour de la vérité et des âmes, dans le respect de l'Eucharistie, abandonnez ces postures adolescentes, ces mièvreries qui vous tiennent encore tellement à coeur, bref, grandissez, grandissez enfin, et la contagion de ce que vous serez gagnera le monde. Alors afflueront ceux qui vous paraissent aujourd'hui si loin !

 

Evidemment, ce discours va déplaire ! Mais c'est l'expression de notre propre droit, à nous, de nous "situer en rupture", non pour choquer, ni d'ailleurs pour provoquer de débat, mais pour vous rappeler à vos devoirs, ce qui constitue un droit inaliénable des baptisés. Que l'on se représente une seconde - une seule toute petite seconde - ce que serait la réaction du Curé d'Ars s'il avait cette misérable publicité entre les mains. Est-ce  donc si difficile à imaginer ? Il est vrai que le saint curé savait, lui, ce que "diable" veut dire... et qu'il n'avait pas souci d'émarger les mêmes comptes.

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