Communautés

Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 00:26

Par mgr J. Masson
Il me faut ici ouvrir une parenthèse significative au sujet de la distribution de la sainte communion :

 

Le 28 juillet 1993, une bombe explosait devant le Palais du Latran faisant de graves dégâts sur la façade du Vicariat de Rome, qui jouxte le Basilique Saint Jean Latran, mais aussi à la façade latérale, surmontée de deux clochers (cf. photo-ci-dessous)

 

Le Vicariat au Palais du Latran, et la Basilique de Sant Jean de Latran. Vue générale. Gravure ancienne

 

Mon frère et son épouse étaient mes hôtes à Rome. Le Secrétaire personnel du Saint-Père le Pape Jean Paul II me téléphone quelques jours avant cet attentat, pour m’inviter au nom du Saint-Père, à venir célébrer la Sainte Messe avec lui à Castel Gandolfo : il y avait en effet un groupe important de français, dont des prêtres et des séminaristes de Nancy et de Metz, je crois. Mon frère et son épouse furent invités également.

Le Vicariat au Palais du Latran, et la Basilique de Sant Jean de Latran, actuellement

 

La Messe serait célébrée le 29 JUILLET !

 

Arrivés devant le portail du Palais Apostolique, en soutane « filetée » (de violet, comme il convient), nous voyons sur la droite un groupe important de personnes et de prêtres, en clergyman, je dois dire. Un Garde Suisse s’approche de nous, et nous fait placer sur la gauche. Quand le portail central s’ouvre, le Secrétaire privé du Saint-Père vient directement vers moi, et me dit : pour la Messe, vous accompagnez le Saint-Père à l’autel, à sa gauche, et je serai à sa droite. Mon frère et son épouse sont placés au premier rang devant l’autel. Les autres prêtres concélébrants se trouvent face à l’autel.


Ce jour-là, le Saint-Père était très éprouvé, moralement, à cause de l’attentat de la veille, mais aussi physiquement. Pendant les lectures, je l’ai entendu se plaindre, je l’ai vu même pleurer tant il souffrait.


Pendant le Canon, ses mains tremblaient tellement, que le Saint-Père dut les appuyer sur l’autel, et me demanda de réciter les prières du Canon à sa place, sauf, bien sûr pour les partie communes et la Consécration. C’était émouvant et bouleversant de voir ainsi « le doux Christ en terre » souffrir en offrant le Sacrifice du Christ !

 

Le Saint-Père me demanda de distribuer la Sainte Communion à sa place !

 

Dilemme : une réflexion très brève : « Les fidèles sont tous Français. Les Français sont « fous »  (je suis Français !): ils vont tous demander la Communion dans la main… Certains sont capables de faire un scandale ! On ne peut créer un incident, et à plus forte raison en présence du Saint-Père.


Que faire ? donner la communion dans la main ? C’était manquer de cohérence envers moi-même, et manquer de « transparence » vis-à-vis du Saint-Père. La donner dans la bouche ? c’était risqué… Je me dis : je ne dois pas aller contre ma conscience, et, je n’ai pas le droit de « jouer double jeu » devant le Saint-Père. S’il m’en fait le reproche, je l’accepterai filialement. Et je fis cette prière : « Saint Michel, je m’en remets à vous ! ».


Tous les fidèles ont demandé la Communion dans la main, tous l’ont reçue dans la bouche. Pas une protestation. Ils furent suivis par les membres de la « Famille Pontificale, les Gentilshommes qui entourent le Pape et veillent sur lui. J’ai reporté ensuite, à la demande du Saint-Père, le Saint-Sacrement dans la « Chapelle Polonaise » (qui n’a rien à voir avec Jean-Paul II, puisque créée par le Pape Pie XI). Je demandai pardon au Seigneur que je portais, si j’avais quelques distractions, pour voir un peu ce que je ne verrais plus, probablement. Puis je redescendis dans la Cour intérieure du Palais Apostolique, où la Messe était célébrée. Le Saint-Père attendait mon retour, en priant.


Après avoir enlevé les ornements, et s’être recueilli, le Saint-Père est passé pour nous saluer. Très affectueux, comme toujours, et plein de délicatesse pour ma famille. Le Saint-Père me remercia chaleureusement de l’avoir aidé pour la célébration de la Sainte Messe, car, tout seul, il n’aurait pu le faire, et moins encore pour distribuer la Sainte Communion. Une bénédiction, un sourire, et le Saint-Père va vers les autres groupes.


Les gentilshommes s’approchent de moi et me disent : « Félicitations pour votre courage pour la Communion : vous avez bien fait ! C’est une souffrance pour le Saint-Père quand il doit donner la Communion dans la main ».


Merci Saint Michel !

  Mgr Jacques MASSON

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Poésies chrétiennes
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Commentaires

merci, pourrai-je l'avoir en anglais? pour un ami.. j'aimerais bien lui en transmettre la traduction....
Commentaire n°1 posté par philippe le 10/11/2009 à 00h55
Si je ne m'abuse, on peut traduire la page sans difficulté en recourant au traducteur Google, dans la colonne de gauche. Ce n'est pas parfait mais ce n'est déjç pas mal !

Merci Monseigneur pour ces textes. Une chose me chagrine quand même : comment se fait-il que les Pape sucessifs, s'ils trouvent si mal cette communion dans la main, la maintiennent et même la donnent ? Quand même, ce ne sont pas les arguments qui manquent pour inviter à un changement de discipline sur ce point !
Respectueusement
Commentaire n°2 posté par Claudius B le 10/11/2009 à 15h39
alleluia alleluia c'est sublime c'est en Vendée ! sublime ..

http://www.youtube.com/watch?v=Wm8dPFrbtBs
Commentaire n°3 posté par le petit placide le 10/11/2009 à 19h29
http://www.youtube.com/watch?v=6Zsck78VdME

si !a marche !
Commentaire n°4 posté par le petit placide le 10/11/2009 à 20h19
Laudato sia Gesù Cristo !

De passage sur ce blog, je vous laisse mes salutations.

J'ai lu ce que vous avez écrit, j'ai l'impression d'y lire un peu de mon histoire.

in Xto per Maria

ABS
Commentaire n°5 posté par ABS le 11/11/2009 à 00h27

Bonjour,

La problématique de la communion dans la main – que je réprouve pour ma part – s’inscrit dans l’esprit des réformes liturgiques et de surcroît « théologico-liturgiques » si j’ose dire, liées à Vatican II.

 Préalablement le célébrant était dos aux fidèles tel un capitaine de navire amenant l’assemblée vers le Mystère comprenant tout à la fois certes un « espace » visible, celui de l’ecclésia des baptisés, mais aussi un « espace » invisible, celui tout à la fois du chœur des anges mais aussi des apparents absents pour qui des intentions étaient adressées.

Aujourd’hui le célébrant est face aux fidèles, et le mystère qui s’accomplit tient compte, d’une certaine façon au niveau liturgique, de la participation des baptisés.

Si pour ma part je pense que les fidèles ont pour vocation au cours de la célébration de participer au Mystère, cette participation intervient comme expression de leur communion par  

leurs prières à l’unique Sacrifice actualisé par le célébrant et cette communion spirituelle vient accroître les Grâces liées à la réception du sacrement.

Dès lors et si donc la messe est vécue par les fidèles comme lieu de participation et d’échange avec l’action du célébrant, - en ne prenant pas conscience du Mystère et de « ses règles » -, alors qu’il n’est  ni échange ni rien d’autre de possible  de la part des fidèles que le recueillement et la prière liée au Mystère, toutes les dérives deviennent possibles, et la communion dans la main peut signifier une communion avec le pouvoir reçu par le célébrant, pouvoir reçu par lui seul, ce n’est pas l’assemblée qui opère le Mystère, mais la Grâce liée au pouvoir d’Ordre résultant de l’ordination : en résumé, la communion dans la main n’est-elle pas source possible de confusion ?

 

 

Commentaire n°6 posté par J-P BONNEROT le 11/11/2009 à 04h02

Bonjour Monsieur Claudius et Monsieur Bonnerot

Je réponds avec retard, car j'ai été absent pendant quatre jours!
Le Pape Jean Paul II, lors de son premier voyage en France a donné la Communion dans la bouche aux hautes personnalités qui se présentaient les mains tendues pour La recevoir dans la main. Le Saint-Père s'est rendu ensuite en Allemagne où pour des "raisons oecuméniques", sur lesquelles je m'abstiens de porter un jugement, le Saint-Père a "dû", sous les pressions de l'épiscopat allemand, au nom de l'oecuménisme, donner, exceptionnellement la Communion dans la main. Cette attitude, cette exception lui fut fatale! Car les Evêques de France, élevèrent alors une violente protestation, et, pour éviter des "complications" avec l'épiscopat français, le Saint-Père, pour éviter une polémique et plus encore, a cru devoir, par prudence "étant donné la dureté des coeurs", et étant donné que la distribution de la Communion dans la main avait été permise par les Evêques, donner la Communion dans la main, aux fidèles qui considéraient ce que l'on considérait alors comme un "droit " pour eux. La prudence du Saint-Père s'explique par l'ambiguïté de ce mot "un droit", car les fidèles, en se voyant refuser "ce droit" (qui n'en est pas un, le Pape Benoît XVI a bien pris soin de le rappeler), n'auraient pas compris.
Il était difficile au Saint-Père d'agir autrement, comme pouvait le faire un simple prêtre comme moi, qui ne célèbre pas devant les télévisions du monde entier!

Cette manière de distribuer lacommunion dans la main a été imposée par de nombreux prêtres, aux enfants de la Première Communion, ce dont ils n'avaient pas le droit!
J'ai toujours refusé cette "pratique", car elle était fort ambiguë et fort dangereuse, et allait contre ce qui, m'avait été enseigné dans mon enfance.

Et surtout, chez de nombreux prêtres, elle était le signe d'une signification différente de ce qu'était la Sainte Messe: une participation des fidèles à la célébration de la Messe; une participation au "banquet du Seigneur", devenu un "repas, la Dernière Cène, et non plus tellement (ou plus du tout), le Saint Sacrifice de la Messe, le Sacrifice du Christ.

Les raisons invoquées manifestent ce changement chez le prêtre: "les Apôtres ont rçu le pain dans la main"....disait-on habituellement.
Ce qui est vrai! Mais on oublie qu'ils avaient été consacrés prêtres, Evêques, avec pouvoir et mission de "faites ceci en mémoire de moi" qui ne s'adressse qu'à leurs successeurs et non pas à tous les fidèles.
Le danger est grand, car les fidèles pensent ainsi qu'ils participent à un "repas", le "repas du Seigneur", et ils reçoivent l'hostie dans la main, comme on mange la pain avec ses mains dans les repas de chaque jour
Le résultat, c'est la perte du sens profond  de la Messe, et du rôle unique du prêtre,
et surtout, de la perte du sens du Sacré: les fidèles reçoivent l'Hostie comme un morceau de pain, sans y "discerner le Corps du Christ": corps, sang, âme et divinité.
Pour beaucoup, cela est devenu un symbole, un signe. Et cela se manifeste dans la désinvolture avec laquelle de nombeux fidèles s'approchent de la Communion, et de la perte du sens de la Présence Réelle (que des prêtres, hélas, ont perdu eux aussi, et qu'ils enseignent par leur attitude, et par leurs paroles!).

La Réforme Liturgique de 1969 a été imposée sans transition, sans ménagements, et cela a choqué de nombreux fidèles qui se sont éloignés de l'Eglise, choqués notamment par cette perte du sens du sacré.

Revenir, de la même manière autoritaire, sur certaines réformes, comme la distribution de la communion dans la main, risquait de heurter les fidèles qui, de bonne foi, avaient adopté cette nouvelle "mode".

Aussi, le Pape Benoît XVI, après plusieurs mois de Pontificat, et sans en faire une loi, a voulu donner l'exemple, pour ceux qui veulent suivre le Successeur de Pierre: le jour de la Fête-Dieu, dans son sermon, il a indiqué que la seule attitude devant Dieu était l'adoration, à genoux. Et, au moment de la distribution de la SainteCommunion, un prie-dieu a été placé devant lui, et chaque fidèle a reçu le Corps du Christ, à genoux, et dans la bouche. Quelques semaines plus tard, le Maître des Cérémoinies Pontificales, Monseigneur Guido Marini, déclarait dans l'Osservatore Romano, que cette pratique était celle adoptée définitivement par le Saint-Père.
Qui m'aime me suive! Là où est Piere, là se trouve l'Eglise.

Chaque prêtre peut donc désormais suivre le Saint-Père, sans risquer de s'entendre dire, "c'est un droit", ou encore "le Saint-Père donne la Communion dans la main".

Avec prudence, avec délicatesse, le Saint-Père a fait rappeler aussi que l'usage traditionnel de la distribution de la communion était "dans la bouche" et que recevoir la Communion dans la main était "un indult et non pas un droit".

Je note personnellement, lors de la Messe célébrée chaque matin à 7 heures, que les fidèles, lorsque la "Sainte Table (là où elle existe encore!) est fermée, et à l'invitation discrète du prêtre, s'agenouillent à la Sainte Table, et reçoivent la Sainte Hostie dans la bouche avec une grande foi et piété, celle que j'ai connue dès ma plus tendre enfance.

C'est de cette manière que les fidèles rédecouvriront que le Christ  est réellement présent dans l'Hostie.
Encore faut-il que les prêtres aient le courage et/ou l'humilité de revenir à la pratique traditionnelle de l'Eglise, en suivant ce que fait le Successeur de Pierre.
Mgr Jacques Masson

Commentaire n°7 posté par mgr jacques Masson le 14/11/2009 à 09h10
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