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Lundi 18 juin 2007 1 18 /06 /Juin /2007 12:56

Par La rédaction

    L’horizon idéologique auquel nous faisons face répond à une mentalité utilitariste et hédonistique, telle que l’a décrite Jean-Paul II : une mentalité qui plonge ses racines dans une philosophie nihiliste marquée par une “anthropologie sans Dieu et sans Christ”, par “une culture de mort” (1) qui se targue d’avoir rejeté le concept de nature, supposé inutile. Comme elle ne peut néanmoins pas l’annihiler totalement sans s’annihiler soi-même comme philosophie, elle en conserve un reste en se transformant en une philosophie nihiliste volontariste, selon la voie ouverte par Nietzsche. L’idéologie actuelle se présente elle-même comme une philosophie radicale, alternative au christianisme et à sa morale, qu’elle perçoit comme un ennemi dangereux, comme système cohérent de croyances dont la foi recherche l’intelligence, selon la formule de saint Anselme (2). La philosophie chrétienne, qui est avant tout, selon l’affirmation certaine de saint Paul, une connaissance du Christ (Eph. 3,19 ; Phil. 3,8 ; Col. 2,3), en laquelle se trouve clarifié le mystère de l’homme (3), comporte en effet une conception intégrale de l’homme et du monde éclairée par la révélation du Christ, à la construction de laquelle prend part l’usage rectifié de la raison illuminée  par la foi.

 
    La révélation guide l'exercice de la raison pour le croyant, qui cherche à comprendre en croyant et met ainsi en œuvre la sagesse de la foi : “Je crois pour comprendre” (je crois pour comprendre). Dans sa belle encyclique Fides et ratio, Jean-Paul II a affirmé que se confirme ainsi « l'harmonie fondamentale de la connaissance philosophique et de celle de la foi : la foi requiert que son objet soit compris avec l'aide de la raison ; la raison, au sommet de sa quête, admet comme nécessaire ce qui la foi lui présente » (n. 42).

   
    L'idéologie agnostique actuelle perçoit parfaitement que le christianisme propose cette harmonie. On comprend mieux, dès lors, son hostilité envers lui et sa lutte infatigable pour lui ôter par le discrédit, y compris programmé, à la fois sa présence sociale et sa capacité d’orienter moralement les individus. Selon les termes de Jean-Paul II, cette idéologie est porteuse de désespoir en l'avenir de l'humanité et, « à la racine de la perte de l’espérance se trouve la tentative de faire régner une anthropologie sans Dieu et sans Christ » (4).

 
    La “Christophobie” qui envahit les pays d'Europe, alimentée par des lobbies organisés et des sociétés philosophiques, politiquement et socialement très influents, trouve, de fait, dans le christianisme, la seule pensée qui empêche ou fasse obstacle à l’universalisation et à l’adoption, dans la société européenne, des idées alternatives que ces groupes veulent imposer et de la vision laïcisée du monde qu’elles véhiculent. Le caractère hostile de ce laïcisme s’est tout spécialement exprimé dans les difficultés rencontrées par les rédacteurs de la Constitution européenne pour y inclure une référence explicite aux racines chrétiennes de l'Europe. Jean-Paul II, pourtant, a souligné que ces racines « ont favorisé la sujétion du pouvoir politique à la loi et au respect du droit des personnes et des peuples ». Bien que « l’Eglise n'ait pas qualité pour exprimer une préférence en faveur de l'une ou l'autre solution institutionnelle ou constitutionnelle” de l'Europe, et qu’elle veuille donc respecter de manière cohérente la légitime autonomie de l'ordre civil », elle a « le devoir de raviver dans le cœur des chrétiens d'Europe la foi en la Trinité, en sachant bien qu'une telle foi est un signe avant-coureur d'une authentique espérance pour le continent », comme le démontrent beaucoup des grandes créations ou des paradigmes de la civilisation européenne (5).

 

    On comprend dès alors que devant cette invasion de l'idéologie agnostique et laïciste actuelle nous soyons en présence d’une manière de comprendre l'homme et le monde qui ne laisse pas d'être contradictoire. D’un côté, c'est le résultat d'un “naturalisme” qui affecte l'individu et la société, ainsi que l'anthropologie jusqu'à présent illuminée par la révélation biblique. Mais de l’autre, cette idéologie exprime clairement son impossibilité à poursuivre jusqu’au bout ce processus naturaliste de manière conséquente, parce que si ce processus était porté à son terme, cette idéologie serait vouée à la déconstruction ou à l’annihilation de l’homme lui-même comme sujet véritablement responsable et libre. Comme il a été dit précédemment, le sujet ne survit, dans cette idéologie, que comme volonté de détermination et, dans cette mesure, comme capacité de se représenter le monde et de le réaliser par la volonté. La modification que subit son anthropologie trouve sa racine, sans aucun doute, dans le nihilisme de Nietzsche, nuancé et adapté par le processus de la philosophie de la connaissance de la seconde partie du XXème siècle, lequel a conduit à la “naturalisation” de l'épistémologie des sciences humaines.


    Cet horizon philosophique ouvre la voie à une vision relativiste de la morale. Dès lors, pour comprendre pourquoi il s’oppose aussi radicalement et aussi exclusivement à la vision chrétienne d'un ordre objectif, et pourquoi il postule une vision laïciste de la vie et de la société, il est indispensable de prendre en considération le fait que, dans cette vision, l'athéisme est l'élément fondamental qui la conditionne tout entière. Non que l’on veuille absolument imposer l'athéisme à tous les individus. Cependant, pour que ne soit pas troublée la vision de l’homme et de la société générée par le système officialisé de pensée, il est nécessaire de réduire la religion à n’être qu’une simple croyance, une opinion portant sur des éléments invérifiables, et de la confiner dès lorsz dans une sphère purement privée.


 + Mgr Adolfo González Montes
Evêque d’Almería (Espagne)


 _______________

(1) Jean-Paul II, Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa (28 juin 2003), nn. 9-10 ; 26 et 47.
(2) “Fides quaerens intellectum” : la foi cherche l’intelligence de ce qu’elle croit.
(3) Constitution Gaudium et spes, n. 22.

(4) Ecclesia in Europa, n. 9.
(5) Ecclesia in Europa, n. 19

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Publié dans : Paroles d'évêque et de prêtre
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