Deuxième tour : quels choix pour les catholiques ? (1)

Publié le par La rédaction


Et d’un ! Voilà  ce premier tour achevé, avec les résultats que l’on sait. Pour ce qui intéresse les débats que nous avons relatés ici, il est sans doute très difficile de dire s’il y a eu ou non un vote déterminé par des orientations catholiques. A fortiori en quelle proportion. Demeure, pour ce second tour, la question du devoir des chrétiens et de l’éventualité d’une objection de conscience devant les programmes proposés. Ceux-ci, en effet, d’une manière ou d’une autre, exposent certains projets qui heurtent des principes non négociables au sens de la Note doctrinale.

 

OBSERVATIONS PREALABLES


Dans les deux articles qu’il a consacrés à cette question sur le site libertepolitique.com, le P. Garrigues précisait explicitement qu’il n’entendait pas donner pour un enseignement magistériel ce qui ne constitue que l’expression de son analyse théologique privée. Il ajoutait qu’en l’absence de directives concrètes de l’autorité, le respect des opinions divergentes allait de soi. Néanmoins, il précisait qu’il n’était pas possible de raisonner en la matière sans prendre en considération les termes obvies de la Note doctrinale approuvée par le pape Jean-Paul II.

 
Ce texte précise, en particulier : « La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d'une loi ou d'un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme une unité infrangible, il n'est pas logique d'isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique. L'engagement politique en faveur d'un aspect isolé de la doctrine sociale de l'Église ne suffit pas à épuiser la responsabilité pour le bien commun » (Note doctrinale, n° 4 ; principe repris par le Compendium de doctrine sociale, n° 570).

 

L'ABSTENTION : MORALE OU IMMORALE ?


Dès lors l’objection de conscience chrétienne est-elle ou non nécessaire, et sous quelle forme éventuelle ?

 
Le Catéchisme de l’Eglise catholique indique que « la soumission à l’autorité et la coresponsabilité du bien commun exigent moralement le paiement des impôts, l’exercice du droit de vote, la défense du pays ». (§ 2240). D’aucuns en tirent argument pour dire qu’il ne serait pas possible de se soustraire au vote sans péché.

 
Il convient cependant de mettre à sa place cette obligation.


L'obligation au vote constitue un principe général, qui vaut ut in pluribus, comme l’expression normale d’une participation à des conditions normales de vie politique. Dans cette hypothèse, soit les programmes proposés à l’adhésion des électeurs ne heurtent pas les principes mêmes de la vie en société ou de la vie morale, soit ils peuvent être combattus par une alternative effective, que les chrétiens ont alors le devoir de favoriser, dût-elle n’être pas parfaitement satisfaisante. Cette obligation est le corollaire, dans une société démocratique, de l’obligation faite aux chrétiens de participer à la vie sociale, obligation déjà marquée par le pape Léon XIII, notamment dans l’encyclique Immortale Dei (1888), et toujours rappelée depuis lors.

 
S’ensuit-il qu’une abstention à telle élection [concrètement, celle de ce second tour] ne soit pas moralement possible ? Cette affirmation nous semble excessive et procéder d’une pétition de principe, dès lors qu’elle tient pour acquis ce qui est précisément en débat. A supposer que l’obligation morale du citoyen ne soit satisfaite, en général, que par l’accomplissement matériel du vote, comme le précepte dominical suppose au moins l’assistance à la messe du fidèle, il resterait à établir qu’il ne puisse exister, comme dans cet exemple, des circonstances excusantes de ne pas accomplir l’acte requis.


Or c’est précisément ce qui est discuté. De fait, l’élection prochaine met en présence deux programmes contenant l’un et l’autre, fût-ce à des degrés divers, des projets qui font violence à la loi naturelle et qui sont, de ce chef, intrinsèquement mauvais. Ces projets – même si l’on est accoutumé à ce que les politiciens ne tiennent pas leurs promesses – sont destinés à être appliqués. Les candidats sont très clairs là-dessus. Il paraît dès lors difficile de dissocier le choix du candidat du choix du programme.


Même si l’on considère, à raison, que le programme de Mme Royal, en cet ordre, est plus pervers que celui de M. Sarkozy, il nous paraît légitime qu’un citoyen chrétien puisse ne pas se résoudre à accepter, par exemple, que, sous l’impulsion à venir de ce dernier ou des siens, l’on enseigne demain dans l’école de ses enfants la “tolérance” à l’égard de l’homosexualité. Car enfin, sauf à avoir la certitude que le programme de M. Sarkozy ne sera pas appliqué [mais pourquoi l’aurait-on ?], le contraire est probable. Il faudrait, pour avoir cette certitude, posséder des garanties qu’il ne donne évidemment pas et auxquelles l’évolution sociale et la nécessité des compromis à venir ne donnent aucune raison de croire. Il paraît également tout à fait compréhensible que ce même citoyen chrétien puisse refuser d’avoir à se dire un jour : ce qui s’est fait, contre mes enfants, contre la morale publique, contre la famille, était bel et bien dans le programme de celui que j’ai contribué à porter au pouvoir. Qui pourrait lui reprocher de raisonner ainsi et de se refuser à "favoriser par son vote, la mise en acte (...) d'un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits" ?


L’affirmation selon laquelle l’abstention, de soi, constituerait un péché nous paraît d’autant plus irrecevable que des évêques ont déjà enjoint à leurs fidèles de s’abstenir à des élections majeures. Tel fut le cas, en particulier, en 2005, lorsque les évêques italiens, approuvés par le pape, ont demandé aux catholiques de ne pas participer au référendum visant à remettre en cause la loi sur la procréation médicalement assistée, adoptée en février 2004 avec le soutien de l’Eglise  [Ici]. M. Norbert Martin, professeur de sociologie et membre du Conseil pontifical pour la Famille, avait alors considéré que « L’abstention au référendum en Italie était un exemple pour les autres Etats de la Communauté européenne ». De même, toujours en 2005, les évêques espagnols ont invité les catholiques de leur pays à ne pas participer au référendum relatif au projet de constitution européenne.

 

On notera avec intérêt qu'en se déterminant de la sorte, les évêques ont pris sciemment un risque, en particulier pour le cas italien. En effet, à s'en tenir à des considérations purement stratégiques, on pouvait leur opposer qu'une telle abstention  risquait de favoriser les partisans de la réforme de la loi, comme on pourrait opposer aux partisans de l'abstention, dans notre élection, que ne pas voter pour M. Sarkozy au second tour reviendrait à favoriser Mme Royal et son propre programme. Cette considération utilitariste, à l'évidence, ne l'a pas emporté.

 

Comme l'a observé le Père Garrigues dans son article "La conscience de l'électeur chrétien", « sur la base du diagnostic qu'il pose sur le relativisime éthique généralisé de notre société, le Magistère estime que le moindre mal que doit aujourd'hui tolérer la prudence politique des chrétiens, c'est d'accepter le risque des inconvénients de l'objection de conscience  ».

 (à suivre)

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