Communautés

Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 10:55

Par La rédaction

    Au milieu de nos préoccupations, liées aux élections prochaines, il nous est bon et nécessaire de nous souvenir que le souci que nous portons à ce monde, en tant que chrétiens, n’est pas absolument séparable de celui que nous devons porter aux choses d’en haut. Faisons donc une pose, pour accueillir ici cette méditation du Père Pascal Gollnish, curé de la paroisse Saint-François-de-Sales de Paris (17ème), sur le prêtre et son rôle au cœur de notre société (1). Notre monde a  besoin de la présence sacerdotale du prêtre,  pour recevoir de lui la Parole du Christ, son témoignage, mais aussi  sa Chair et son Sang, comme aussi sa miséricorde sacramentelle. Souvenons-nous, dès lors, que nous ne pouvons pas ne pas porter, avec l'ensemble de l'Eglise, spécialement dans nos propres vocations de parents, ou de jeunes gens appelés à discerner le sens de leur vie, le souci du renouveau des vocations sacerdotales et religieuses.

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    Entre Pâques et la Pentecôte, nous sommes en communion très forte avec cette première Eglise qui, avec Marie et avec Pierre, attend l'Esprit pour accomplir la mission du Christ ressuscité : évangéliser, baptiser, et donc sauver. Communauté fragile, hésitante et pourtant choisie pour apporter à l'humanité entière la Vie, la Vie de Dieu.


Comment ne pas réaliser qu'aujourd'hui encore le monde a besoin de cette Vie divine que l'Eglise vient lui apporter. Car l'Eglise n'est pas faite pour elle-même, mais pour que le monde ait la Vie.


Dans cette Eglise tous ont part à la mission dans la diversité de leur vocation et de leur état de vie, tous invités à devenir des saints. Et tous les baptisés ne pourront accomplir leur mission, répondre à leur vocation que s'ils vivent mission et vocation comme un don de Dieu. Dieu est à l'origine de notre mission ; c'est Lui qui la détermine ; c'est Lui qui appelle ; c'est Lui qui en donne les moyens ; c'est Lui qui envoie ; et c'est pour avoir part à sa vie que la mission prend son sens. Il y a donc toujours un danger d'oublier cela ; de se prendre pour l'origine de notre mission ou pour en mesurer les critères comme pour n'importe quelle action en ce monde, ou de ramener sa puissance à nos propres forces. Avec une conséquence inévitable : si ce n'est plus le Christ qui baptise, l'Eglise deviendrait un conglomérat de chapelles se divisant les unes les autres.


Il faut donc une vocation particulière dans l'Eglise ; celle qui rappelle et accomplit sacramentellement la présence de la Source. Dans une communauté où tous ont une vocation, certains ont vocation de signifier que l'on ne s'empare pas de sa vocation ; Dieu est premier ; Dieu est source. Il s'agit du ministère ordonné.


On comprend que ce ministère soit profondément hiérarchique ; on n'est pas curé d'une paroisse parce qu'on en est issu, mais pace qu'on y a été nommé pour rappeler à tous qu'ils reçoivent leur être chrétien du Christ ; l'Eglise ne nous appartient pas, c'est nous qui lui appartenons même si c'est depuis bien longtemps ... Et on comprend que ce ministère soit profondément collégial, car il n'est pas lié à la personnalité de l'un ou de l'autre mais à la personne même du Christ. La collégialité aidera le ministre ordonné à se recevoir du Christ, à ne pas se prendre lui-même pour la source de la mission. Le Prêtre est aussi prêtre pour ses frères prêtres, dans la communion avec L'Evêque.


Signe du Christ source, le prêtre doit avoir une intimité avec la Source. Cette intimité se nourrit de la prière : prière liturgique et prière intérieure où le Prêtre aspire à se tenir devant la Source pour porter ce qu'il vit avec le peuple chrétien : les joies et les peines, les échecs et les espoirs, l'avancée de l'Esprit dans le cœur des hommes avec la joie et le repentir qui en sont les fruits. Le Prêtre a besoin de se tenir dans l'intimité de la source pour l'indiquer sans cesse au milieu du peuple auquel il est envoyé, pour indiquer à la communauté chrétienne que la Source est pour l'humanité entière et non pas seulement pour l'Eglise rassemblée.


Mais cette intimité trouve une force singulière dans ce choix spirituel de l'Eglise latine d'appeler les prêtres parmi ceux qui ont vocation au célibat. Un célibat qui n'est pas mésestime du mariage ; qui n'est pas une habitude historique ; qui n'est pas un principe commode d'organisation du clergé et moins encore une solution pour sa rémunération modeste. Une vocation au célibat qui permet une intimité avec la Source.


Comment ne pas voir que le prêtre au cœur d'un peuple, engagé en permanence dans des actions de toute sorte, impliqué dans des relations multiples où se joue la dimension spirituelle et donc essentielle des vies, comment ne pas voir que le prêtre, qui n'est pas plus fort qu'un autre, risque d'oublier
la Source? Non pas, peut-être formellement mais substantiellement ?


Le célibat est cet état de vie qui permet au prêtre de revenir sans cesse devant la Source. Si le célibat – comme tout état de vie – peut être une épreuve, l'intimité avec le Christ qu'il permet est la joie du prêtre, sa grandeur, une joie que le monde ne peut pas comprendre. Qu'avons-nous besoin de statistiques pour savoir que notre monde ne comprend pas cela ? Mais les chrétiens ? Ceux que l'on appelle les fidèles parce qu'ils le sont en effet, par exemple dans l'Eucharistie dominicale doivent comprendre l'importance du célibat des prêtres et doivent pressentir le bonheur qu'il peut y avoir à répondre à une telle vocation. Le célibat des prêtres est l'affaire de la communauté tout entière. Mais que tous le sachent, à commencer par les parents: il ne faudrait pas empêcher un jeune de répondre à une telle vocation. Il y va de l'avenir de l'Eglise. Mais il y va aussi du bonheur de ce jeune qui peut, toute sa vie, regretter de n'avoir pas été invité à l'intimité avec la Source.


Nous avons le souci de toutes les vocations: laïque, religieuse, diaconale, sacerdotale.

(…) Nous savons qu'il y a encore de nombreux prêtres à Paris et à la paroisse en particulier : il ne faudrait pas que cela soit un motif pour faire faire aux prêtres des tâches qui pourraient être exercées par d'autres: diacres ou laïcs, et donc il importe de susciter des engagements de tous au service de la paroisse. Mais nous savons que la situation en France est un souci. Que devons-nous faire ? D'abord prier pour que le maître de la moisson envoie des ouvriers.


Ensuite essayer de développer une image positive du prêtre, qui n'a pas vocation à être malheureux (…).


Les familles ont aussi un rôle à jouer ; Jean-Paul II les appelait “le premier séminaire”. Non pour avoir une vocation sur l'un de ses enfants mais, par la qualité du climat spirituel de la famille, par un regard sur le prêtre fait de confiance et de complicité, par un amour de l'Eglise, pour permettre à un jeune de laisser grandir l'appel possible.


Il faut plus encore. Il faut que l'importance de l'Eglise dans notre temps apparaisse en pleine lumière. C'est bien parce que l'Eglise est essentielle à notre temps que le prêtre comprend le sens de son existence et de sa vocation. C'est parce que l'Eglise relèvera les défis spirituels de notre temps que des jeunes accepteront de se mettre à son service. Si notre paroisse n'est pas repliée sur elle-même, mais confrontée aux besoins des hommes et des femmes de notre temps, je ne doute pas que des vocations puissent y naître. Il est essentiel que l'engagement des chrétiens soit au niveau des enjeux de la mission. Nous avons parfois des débats agités sur des questions superficielles : que nul ne vous inquiète pour des raisons de nourriture et de boisson ! Est-ce bien du Christ dont nous voulons vivre, personnellement et en communauté ? Est-ce Lui que nous voulons connaître, rencontrer, et suivre ? Est-ce Lui qui est au cœur de notre foi, de notre prière, de nos confessions, de notre conversion ? Est-ce bien le Christ qui est venu sauver l'humanité et non la condamner ?


Une autre chose est encore nécessaire : il faut faire entendre l'appel. La contagion implicite, la valeur de l'exemple ne suffisent pas. Il faut poser la question d'appels possibles, et en particulier en ce qui concerne la vocation sacerdotale. Dans le respect de la liberté, bien sûr, et donc généralement de manière collective, il faut expliciter la vocation. Et il faut approfondir la compréhension de nos vies comme des réponses à des vocations. Prêtres ou non, nous avons reçu une vocation; cela signifie que nous n'avons pas en nous l'origine du destin de nos vies. "Que veux-tu faire plus tard ?" est une question classique qui chrétiennement s'exprime ainsi "à quoi le Seigneur t'appelle-t-il ?" Il ne faut pas croire que la liberté sera mieux respectée si nous taisons la possibilité d'une vocation, par exemple devant un groupe qui prépare sa confirmation, ou une communauté de chefs scouts.


De toute façon, s'ils lisent ces lignes, ils auront compris le message. Oui, j'invite les jeunes (…) à s'interroger sur leur vocation. Tous les chemins sont beaux, s'ils correspondent au projet de Dieu. Je me permets seulement de dire que le chemin de la vocation sacerdotale est un de ces chemins de bonheur possible. Je suis un prêtre heureux et j'ai des confrères heureux. Et, en tremblant, je rends grâce à l'Eglise d'avoir eu l'audace de reconnaître en nous une vocation au célibat.


Père Pascal Gollnisch

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(1) Ce texte est tiré de la revue de la paroisse, Saint-François-de-Sales Actualités, n° 114. Avec tous nos remerciements.

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Publié dans : Paroles d'évêque et de prêtre
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