Les candidats et la religion

Publié le par La rédaction

Dans un article de ce jour (4 avril) intitulé « Religion : les candidats se confessent », le Figaro annonce la parution, jeudi, dans La Vie, d’une enquête menée auprès des candidats sur leurs convictions en matière de religion.

Comme nous avons décidé de nous en tenir à un religieux silence pendant les quatre jours à venir, nous ne pourrons pas faire de commentaires sur ce sujet demain. Il nous faut donc nous contenter, pour le moment, des extraits de l’article annoncé. Apparemment, seule Mme Laguiller a refusé de se soumettre aux questions posées.

A dire vrai, on ne sait trop s’il faut vraiment regretter de n’avoir pas le dossier de La Vie lui-même sous les yeux, ni si l’on en pourra apprendre davantage que ce qui en est déjà révélé.

 
Le constat global, il faut bien le dire, est à la mesure de ce que nous connaissons du débat politique en général.

 
    Sur les onze candidats interrogés, M. de Villiers semble être le seul à affirmer, sans ambages, d’une part qu’il est catholique pratiquant et, d’autre part, que sa foi détermine ses engagements, en particulier sur « le clonage, l’eugénisme, l’avortement, ou l’homosexualité », ce qui, de prime abord, paraît être un  comportement chrétien de cohérence.


M. Bayrou se déclare également « chrétien et pratiquant », mais il se hâte d’indiquer : « Je n’obéis pas à l’Eglise lorsque je vote une loi ». Si M. Bayrou entend ainsi indiquer qu’il refuse de se soumettre à des injonctions de vote qui émaneraient de l’Eglise, sa remarque est fort sotte, car ces injonctions n’existent pas. S’il entend dire que la foi chrétienne et les enseignements de l’Eglise, (notamment) sur les matières qui viennent d’être évoquées, n’ont aucune incidence sur sa décision, qu’il est libre d’ignorer, il marque une séparation entre la foi individuelle et l’agir qui ne peut certainement pas se prévaloir du catholicisme.


La communiste Mme Buffet, très paradoxalement, vient ici lui donner une saine réplique, en s’insurgeant à raison contre la « séparation factice, voire schizophrène » entre le public et le privé en matière religieuse ! On ne peut mieux dire. La remarque est d’autant plus piquante que Mme Buffet se dit athée.

 
Athées, c’est aussi le cas, à les en croire, de Mme Voynet et surtout de M. Schivardi. M. Bové se dit agnostique, bien que proche du christianisme, et M. Nihous proche d’aucune religion, qui déclare « n’implorer aucun esprit supérieur pour être sauvé ». On croit savoir que M. Le Pen est catholique, bien qu’il n’en soit rien dit dans l’article, mais l’on n’y apprend rien non plus de Mme Royal, de M. Basancenot ou de M. Sarkosy sous ce rapport.

 
    On ne sait trop dès lors quelle différence établir entre M. Bayrou, qui déclare être croyant mais « ne pas obéir à l’Eglise » dans ses choix politiques et M.
Schivardi, qui se dit athée, et qui tient aussi que la foi de ceux auxquels il « chante » de croire ne doit pas sortir de la sphère privée. Etonnant concours de la croyance et de l’athéisme. En dehors d’eux, dont la position pratique, il faut le reconnaître, est partagée par un grand nombre de catholiques, à quoi se réduit donc la religion ? Apparemment à deux choses.

 
La première est d’avoir offert, une fois sa dimension surnaturelle évacuée ou oubliée, une sorte de substrat humaniste. Une sorte de
« post-christianisme », pour reprendre une expression de Mgr Cattenoz. Mme Buffet, qui dit avoir reçu une éducation catholique, indique ainsi que c’est à cette dernière qu’elle doit le « début d’éveil de (sa) conscience aux autres et au monde ». Idem de Mme Voynet, laquelle dit avoir reçu de sa propre éducation catholique « une aspiration à la justice et une capacité de révolte ».  Idem encore de Mme Royal, qui indique qu’en s’en étant émancipée elle en a conservé le meilleur… M. Bové voit dans les Béatitudes un appel à l’engagement malgré les persécutions et M. Besancenot professe qu’il se sent « plus près d’un croyant engagé dans le soutien aux sans-papiers que d’un athée… adorateur du Dieu profit », ce qui sent un peu son Coluche.

 
La seconde est également assez classique. Elle consiste à réduire la religion à la sociologie et à l’utilité sociale, abstraction faite, évidemment, de toute vérité, selon une conception très en vogue au XIXème siècle, notamment sous l’impulsion d’Auguste Comte. M. Le Pen invoque explicitement cette utilité sociale et la stabilité qu’elle apporte. M. Sarkosy, on le sait en particulier par l’ouvrage qu’il a consacré à cette question, partage cette conception. Il paraît en revanche être le seul, avec M. de Villiers, à considérer que les religions aient leur mot à dire dans les grands débats de société.

 
    Evidemment, ce tableau doit être complété par ce que nous apprendra l’article complet de La Vie. Pour l’heure, il ne fait que confirmer, en général, ce que nous savons déjà de la pauvreté de conviction du personnel politique en la matière, de l’ignorance ou de l’oubli dont est victime le christianisme en politique, parfois malgré la certitude de l’éducation reçue.

 
Concours de circonstances, cette publication intervient pendant la Semaine sainte, où la foi chrétienne se tourne spécialement vers le Christ, en sa passion rédemptrice. Le Christ dont la Parole, au milieu de cet épisode dramatique, confond à la fois les illusions du messianisme temporel, de l’inféodation du temporel au religieux mais aussi de tout projet humain d’envergure qui ne passe pas par Lui : « Je suis la Voie, je suis la Vérité, je suis la Vie ».

 

A cette lumière, et au regard des réactions ainsi recueillies, on se reportera, toujours avec profit, à la Note doctrinale concernant certaines questions sur l'engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique, publiée par la Congrégation pour la doctrine de la foi le 24 novembre 2002, signée du cardinal Ratzinger [Ici].


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