Communautés

Lundi 8 janvier 2007 1 08 /01 /2007 18:06

Par La rédaction

    Lors de son voyage en Chine, Ségolène Royal a proposé à notre méditation ce proverbe chinois, ainsi traduit : « Un Chinois qui ne vient pas sur la Grande muraille n'est pas un brave et un Chinois qui vient sur la Grande muraille conquiert la bravitude ».


    Est-ce véritablement un proverbe chinois ? Seul pourrait le dire quelque connaisseur. Pour nous, fort peu éclairés en la matière, il ne restera qu’un mot comme un autre, du style : « Qui n’a pas mangé de la tarte tatin chez Gustave ne sait pas ce que c’est que de vivre ». Sauf qu’en l’occurrence, le bon mot se termine par un vilain mot. Un peu comme si l’on disait : « Qui n’a pas mangé de la tarte tatin chez Gustave ne sait pas ce que c’est que de vivaturer ». Autant le dire tout de go, ça fait cucu.

 
      Mais voilà pourtant que le mot, dégagé de sa maladresse écolière, devient un mot politique. On s’en gausse ici, on le défend là. Car les choses sont ainsi faites en ce pays que tout est enjeu. Votre gamin de douze ans dirait cela que vous en ririez, tout simplement, pour relever l’étourderie. Et votre enfant, évidemment, la corrigerait. Et l'affaire serait terminée.

    Mais en l’espèce, non, car nous sommes entre grands, n'est-ce pas ? et il s’agit de choses sérieuses. D’ailleurs, à qui viendrait l’idée de dire des choses qui ne le sont pas sur la Grande
Muraille ? Il y a donc bien une « bravitude » et il faut rechercher en ce terme surprenant sa gravité et son message.

 
   
A force de le chercher, on le trouve. Naturellement, c’est à M. Lang que l’on doit ce progrès de la pensée. L’homme, qui a d’autant plus d’autorité sur la question qu’il a été ministre de la culture, s’est dit « un peu envieux » [le « un peu » est une coquetterie, bien sûr] de cette invention. « J'aurais aimé inventer ce beau mot (…) qui  exprime la plénitude d'un sentiment de bravoure ». Et de nous expliquer que « l'inventivité sémantique fait partie de la capacité d'un candidat à parler une autre langue que la langue de bois ». Ah, que nous voilà rassurés ! Il suffit d’ailleurs de se reporter aux glorieuses pages de la Révolution française pour confirmer, surabondamment, à quel point cette richesse d’invention sémantique est libératrice de la langue de bois et de l’idéologie.


   
Finalement, oui, le mot est beau : "bravitude", un mot clair, transparent, plein, qui apporte à notre langue, un peu fatiguée de contenir déjà tant de mots dont si peu savent encore faire usage, un peu de rafraîchissionnement et d’inventitude. On devrait le mettrait en musicationnement s'il n'était si court.


    Le mot de la fin revient pourtant à l'enfance. Entendant ce «beau mot
», mon fils me demande: «Dis, Papa, cette dame n'est pas allée à l'école ?» Si, si, cher enfant ! Comment lui expliquer, à l'aube de sa vie, ce que de simples petits mots de ce genre peuvent traduire de vacuité chez ceux qui entendent gouverner son destin ?

 

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Publié dans : Humeur - Partager    
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés