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Mardi 28 avril 2009 2 28 /04 /2009 08:07

Par Mgr J. Masson
LES RECITS DE LA PASSION

    Il y a quatre récits de la Passion : Mathieu, Marc, Luc, et JEAN

    Mais il faut rappeler que Jean est le SEUL des Apôtres à avoir suivi Jésus tout au long de la Passion, qu’il a été le témoin de tout, qu’il était au pied de la Croix, et qu’il a été un témoin de la mort et de l’ensevelissement de Jésus.

    L’Evangile de Saint Jean est très différent des trois autres que l’on appelle Synoptiques, parce qu’ils rapportent à peu près les mêmes choses, avec un plan différent, selon l’optique de leurs destinataires : Mathieu écrit pour des Juifs, Luc écrit pour des non-juifs, Marc a mis par écrit la prédication de Saint Pierre. Tous trois suivent un même plan, ou à peu près. Le premier Evangile est celui de Mathieu, écrit en araméen avant l’année 40 certainement (Jésus est mort au début du mois d’avril de l’an 30). Les autres, celui de Marc et de Luc, le suivent de près.

    L’Evangile de Jean a été écrit bien plus tard, au moins 50 ans, quand Jean était déjà âgé, plus de 90-95 ans, à une époque où l’Eglise était déjà bien implantée dans le Monde Romain. Malgré la distance de temps, Jean se souvient très bien de tout, et donne des précisions très précieuses qui ne permettent pas de douter de la véracité de son texte.

    Il se présente d’une manière différente des autres. Il commence par la première semaine de ministère public de Jésus (le 7° jour étant le « signe » de Cana, l’eau changée en vin). Le ministère se termine par les sept derniers jours du ministère public de Jésus, le Vendredi Saint, 7° jour de la dernière semaine. Il se contente de raconter 7 miracles (des signes), qui n’ont pas été racontés par les autres Evangélistes, dont le premier signe à l’occasion des Noces de Cana, et le dernier signe, la pêche miraculeuse après la Résurrection. Il ne parle pas de l’Institution de l’Eucharistie, dont l’Eglise vivait déjà  depuis le début, mais il raconte le Lavement des pieds, annonce de la purification nécessaire, de la Confession peut-on penser, pour participer dignement à l’Institution de l’Eucharistie ; et il nous donne le « discours sur le Pain de Vie », prononcé » par Jésus après la multiplication des pains, annonce de l’Eucharistie, dans lequel Jésus déclare explicitement qu’il faut manger sa Chair et boire son Sang, et explique ainsi comment comprendre ses propres paroles lors de la dernière Cène.

    Mais Saint Jean a une autre caractéristique : il explique les paroles de Jésus
Par exemple : Jean 12, 33 :
33.     Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir

Ou encore : Jean chapitre 2° :
    « Détruisez ce Temple et en trois jours je le reconstruirai…
    « Mais lui parlait du Temple de son Corps »

Voici ce texte :
Jean 2
13.    La Pâque des Juifs était proche et Jésus monta à Jérusalem.
14.     Il trouva dans le Temple les vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes et les changeurs assis.
15.     Se faisant un fouet de cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les bœufs ; il répandit la monnaie des changeurs et renversa leurs tables,
16.     et aux vendeurs de colombes il dit : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce. »
17.    Ses disciples se rappelèrent qu'il est écrit : « Le zèle pour ta maison me dévorera. »
18.     Alors les Juifs prirent la parole et lui dirent : « Quel signe nous montres-tu pour agir ainsi ? »
19.     Jésus leur répondit : « DETRUISEZ CE SANCTUAIRE ET EN TROIS JOURS JE LE RELEVERAI. »
20.     Les Juifs lui dirent alors : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèveras ? »
21.    MAIS LUI PARLAIT DU SANCTUAIRE DE SON CORPS.
22.     Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, SES DISCIPLES SE RAPPELERENT QU'IL AVAIT DIT CELA, et ils crurent à l'Écriture et à la parole qu'il avait dite.

    Jean a aussi une autre caractéristique très importante. Avant d’écrire son Evangile, il a rédigé, dans L’APOCALYPSE, les visions qu’il a eues : c’est un voyant ! Et un voyant, quand il « revient » sur terre, ne voit plus les choses de la même manière. Il est capable d’interpréter la réalité qu’il voit : dans les miracles, par exemple, voir des signes, et voir quelle est leur signification. La réalité lui apparaît dans sa réalité matérielle, mais aussi avec sa dimension spirituelle.

    J’ai eu la chance de rencontrer un voyant authentique et de m’entretenir longtemps avec lui. Il s’agit d’André Frossard, mon oncle adoptif, écrivain, journaliste et homme politique. et ami intime de Jean Paul II qu’il voyait très souvent, pour rédiger avec lui ou en son nom de nombreux ouvrages. Il est resté une fois 18 mois de suite à Rome, et il déjeunait trois fois par semaine avec le Saint-Père.

    André Frossard était athée, de père athée anticlérical, de mère juive et de grand-mère protestant. Il accompagne un jour un ami dans une chapelle de la Rue d’Ulm et là, il voit, il est envahi par une grande lumière et devient immédiatement chrétien.

    Je lui ai fait raconter de nombreuses fois cette expérience qui s’est renouvelée pendant des mois et qui a changé sa vie. Cette lumière était purificatrice et révélatrice. Tout d’abord il a senti le poids du péché, de son péché, de ses péchés : « j’étais comme immergé jusqu’au bord des lèvres comme dans un océan de boue, prêt à m’engloutir… Une chose horrible de sentir une mort éternelle… D’autre part, une Lumière qui révèle, qui te fait te sentir très bien et te révèle, autant que c’est possible à un homme, les mystères de Dieu ». Quand il en parlait, il en parlait toujours avec émotion. Et pour lui, le monde était devenu tout à fait différent, prenant sa signification spirituelle de créature de Dieu, de monde créé par Dieu, d’une œuvre grandiose faite par le Seigneur. Il était sensible à de tout petits signes dans lesquels il voyait le bras de Dieu…

    Pour Saint Jean, c’est pareil, et c’est pourquoi, son Evangile est précieux : il a su choisir les miracles/signes les plus significatifs, donner l’explication qu’il fallait nous donner, « pour que vous croyiez » que Jésus est bien le Fils de Dieu, « le Verbe qui s’est fait chair », comme il le déclare au début de son Evangile, et donc « le Temple de Dieu ».

    Ne pas tenir compte de cela, c’est passer à côté de la richesse spirituelle de son récit de témoin, enrichi par ses réflexions de voyant » qui a su voir en Jésus la réalisation des promesses et des annonces de Jésus dans l’Ancien Testament.

    A l’occasion des Noces de Cana Jésus déclare, de façon mystérieuse pour qu n’est pas « initié » : « Mon HEURE n’est pas encore venue ». Mais, comme son Heure n’est pas encore venue, il donne un signe de cette Heure, en changeant l’eau en vin, le bon vin gardé pour la fin, le Vin de la Nouvelle Alliance annoncé par l’Ancien Testament, qui évoquait le Sang par sa couleur.

    Et dans l’Evangile du Dimanche de la Passion qui précède le dimanche des Rameaux, nous sommes à quelques jours de cette Pâque où Jésus devait offrir sa vie. Il faut lire ce texte, car il y parle de son Heure, qui est sa Mort pour notre salut. Voici ce texte :

Jean 12
20.    Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer pendant la fête.
21.     Ils s'avancèrent vers Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et ils lui firent cette demande : « Seigneur, nous voulons voir Jésus. »
22.    Philippe vient le dire à André ; André et Philippe viennent le dirent à Jésus.
23.    Jésus leur répond : « Voici venue l'heure où doit être glorifié le Fils de l'homme.
27.     Maintenant mon âme est troublée. Et que dire ? Père, sauve-moi de cette heure ! Mais c'est pour cela que je suis venu à cette heure.
32.    et moi, UNE FOIS ELEVE DE TERRE, j'attirerai tous les hommes à moi. »
33.    Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir.

    L’HEURE est arrivée, cette HEURE à laquelle il avait hâte d’arriver pour accomplir sa Mission et nous sauver. Il va enfin donner le Bon Vin de la Nouvelle Alliance, le vin transformé en son Sang le Jeudi Saint, ce Sang « qui sera versé » le lendemain, d’une façon concrète et non plus mystérieuse et non sanglante dans le Sacrement de l’Eucharistie.

    Mais Jean, qui ne raconte pas cette Institution de l’Eucharistie, ce n’était pas nécessaire, puisque tous en vivaient déjà régulièrement, va nous raconter un épisode auquel il a assisté. Ce qui pourrait apparaître comme un détail dans un récit : le sang et l’eau qui sortent du côté de Jésus transpercé par la lance. Mais Jean, le VOYANT, y a vu autre chose, il a compris la signification de cette EAU, inattendue, et c’est pourquoi il insiste aussi fortement sur la valeur de son témoignage « afin que vous aussi vous croyiez » : non pas qu’il a vu du sang et de l’eau, mais que, par cette EAU, il avait compris que c’était la réalisation d’un autre texte de l’Ancien Testament, que nous verrons ensuite.

    Relisons d’abord ce texte concernant le « coup de lance » ; j’y ai souligné des paroles  importantes qui, si on ne s’y attache pas, nous font passer à côté de la réalité qui s’accomplit sur la Croix :

Jean, 19
30.     Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « C'est achevé » et, inclinant la tête, il remit l'esprit.
31.     Comme c'était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat - car ce sabbat était un grand jour -, demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes et qu'on les enlevât.
32.     Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui.
33.    Venus à Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,
34.    mais l'un des soldats, de sa lance, lui perça le Côté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau.
35.     Celui qui a vu rend témoignage - son témoignage est véritable, et celui-là sait qu'il dit vrai - pour que vous aussi vous croyiez.
36.    Car cela est arrivé afin que l'Écriture fût accomplie : Pas un os ne lui sera brisé.
37.    Et une autre Écriture dit encore : Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé.

    Il y a deux paroles importantes : l’EAU et le CÔTE de Jésus.

    Jusqu’à la Renaissance environ, les représentations de Jésus en Croix montraient la plaie de la lance du côté droit de Jésus. Puis, par la suite, par souci de réalisme probablement, on plaça la plaie du côté gauche, à la hauteur du cœur…

    Le Saint Suaire de Turin, dont l’authenticité n’est plus niée, malgré les analyses falsifiées faites au Carbone 14, nous présente la Passion de Jésus en images. Et, chose surprenant, on y voit une plaie béante sur le côté DROIT, avec la présence d’un liquide blanc.
    Le centurion romain a donc transpercé le côté de Jésus du bas vers le haut, en pénétrant par le côté droit, en traversant toute la poitrine pour arriver au cœur.

    L’eau et le côté droit ! Pourquoi Saint Jean a-t-il donné ce détail ?

Pour bien comprendre cela, il faut se rappeler que l’humanité de Jésus, son Corps est le TEMPLE de Dieu, le réceptacle de la Divinité, là où Dieu habite au milieu de nous.
(à suivre).

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Catholique - Partager    
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