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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 13:00

Par Trad. P. Gabarra

CHAPITRE II – L’ETRE ET LA FIN DE L’HOMME, FONDEMENTS DE LA CONCEPTION THOMISTE DU BIEN COMMUN (suite)

1.- Principes ontologiques sur la nature de l’homme (suite)


B.- Ce qu’ajoute la théologie : l’homme est une image vivante de Dieu, un frère du Christ et un membre de son Corps mystique

 

La théologie approuve pleinement ces conquêtes de la philosophie. Elle y ajoute cependant des éléments nouveaux et plus parfaits relatifs à la nature de l’homme. Elle précise que l’homme, par son âme rationnelle et intellectuelle, est image et ressemblance de Dieu créateur, première et suprême Intelligence. La vie propre de Dieu est purement intellectuelle – en tant que son intelligence embrasse l’intellectif et le volontaire. Elle n’est pas sensible, et moins encore végétative. C’est pourquoi l’homme, qui comprend en lui-même ces trois vies, végétative, sensitive et intellectuelle, ressemble à Dieu et est son image vivante en tant qu’être intelligent, par son âme et par sa vie intellectuelle (1).

 

Cette dignité même d’être image et ressemblance directe de Dieu rend l’homme capable de le posséder, de sorte qu’il ne peut trouver de satisfaction complète hors de Lui. Il s’agit d’une capacité réceptive d’association à Dieu dans sa vie intime et béatifique, d’une puissance obédientielle (2) à être élevé par Dieu à la participation de sa propre nature et de ses dons les plus précieux. Dieu, par sa bonté et sa miséricorde infinies, en même temps qu’il l’a créé à son image et ressemblance, a élevé l’homme à la suprême dignité d’être son fils adoptif, en le rendant participant de sa propre nature divine, de sa grâce, et en le destinant à être héritier de la vie éternelle, de son propre bonheur. Ainsi l’homme, qui était image et ressemblance de Dieu par nature, est devenu son fils par grâce (3).

 

Quoiqu’indigne de tels dons, l’homme a rejeté et piétiné sa dignité en désobéissant à son Créateur et Père. Pourtant, il a plu à l’infinie bonté de Dieu de le racheter et de le relever par la passion et la mort de son Fils incarné, deuxième personne de la très sainte Trinité, qu’il a constitué chef de toute l’humanité et source inépuisable de son salut. De cette manière, l’homme a recouvré sa dignité de fils de Dieu, y ajoutant celle de frère du Christ et de membre de son Corps mystique, qui est l’Eglise : « Où le péché s'est multiplié, la grâce a surabondé » (Rom. 5,20).

 

Ainsi, l’homme n’est pas seulement un animal rationnel, une personne, comme le reconnaît la philosophie. Il est en outre une image vivante de Dieu, son fils adoptif. Il est frère du Christ, membre de son Corps mystique et temple de l’Esprit-Saint, et cela non pas seulement selon son âme mais même selon son corps. « Vous avez été rachetés – dit l’Apôtre – à un prix très élevé, rien moins qu’avec le sang de Dieu fait homme ; honorez, par conséquent, Dieu dans vos âmes et dans vos corps, qui appartiennent au Christ et sont les  temples de l’Esprit-Saint » (1 Cor. 6, 19-20) [4]. Reconnais, chrétien, ta dignité de fils de Dieu, participant de sa grâce, s’exclame saint Léon le Grand, et ne recommence pas à la rejeter et à la piétiner par tes fautes (5).

(à suivre)

Traduction Hermas.info ©

_______________

Notes et commentaires

(1) Cf. Somme de théologie, 1, q. 18 a. 3

(2) La "puissance obédientielle" désigne, chez l'homme, considéré naturellement, une capacité passive à être élevé à un ordre qui dépasse infiniment cette nature, à savoir l'ordre surnaturel, auquel il ne peut accéder que par grâce. Cette puissance obédientielle, cette capacité à être surélevé, se traduit par le désir naturel de voir Dieu, lequel désir répond à l'orientation originelle de l'être créé. Cette notion implique et exprime de grandes difficultés sur les rapports de la nature et de ses exigences, d'une part, et du don de la grâce, purement gratuit par hypothèse, d'autre part, difficultés  qui ont alimenté d'abondantes controverses entre les théologiens. On pourra se reporter, sur ce point, à l'ouvrage du P. de Lubac, s.j., Surnaturel (Ed. du Cerf, 2000), et aux débats dont il a été l'objet.

(3 ) Cf. I, q. 93 : « Il est manifeste que l'on trouve chez l'homme une certaine ressemblance de Dieu, et qui dérive de Dieu comme de son modèle. Cependant, ce n'est pas une ressemblance qui va jusqu'à l'égalité, car le modèle dépasse infiniment cette reproduction particulière. Et c'est pourquoi l'on dit qu'il y a chez l'homme image de Dieu, non pas parfaite, mais imparfaite. C'est ce que signifie l'Ecriture lorsqu'elle dit que l'homme a été fait "à l'image de Dieu". La préposition "à" traduit, en effet, une certaine approximation, par rapport à une réalité qui demeure éloignée » (a. 1c).

(4) Ndt : En ce texte, il est dit : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps ».

(5) Sermons, 21, c. 3 ; ML 54, 192. NdT : Là encore, il s’agit d’une traduction libre. Le texte indique : « Reconnais, ô chrétien, ta dignité : associé à la nature divine, ne retourne pas à ton ancienne bassesse par une manière de vivre dégénérée. Souviens-toi de quel Chef et de quel Corps tu es membre ! »

 

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Publié dans : Le bien commun (S. Ramirez) - Communauté : Poésies chrétiennes
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