Lundi 23 février 2009
1
23
/02
/Fév
/2009
14:07
Par Trad. P. Gabarra
CHAPITRE II – L’ETRE ET LA FIN DE L’HOMME, FONDEMENTS DE LA CONCEPTION THOMISTE
DU BIEN COMMUN
Il est dès lors aisé d’établir les principes fondamentaux de la science politique thomiste. Puisque la politique
est une science essentiellement pratique et morale, il faut en tout premier lieu examiner et déterminer la fin propre de la société politique, à savoir le bien commun. En effet, les entités de
cette nature sont spécifiées par leurs fins propres. Or ces fins propres et spécifiques, par le simple fait d’être telles, sont connaturelles. C'est-à-dire qu’elles répondent nécessairement à la
nature propre des êtres qui leur sont ordonnés, et ne doivent en aucun cas les contredire. Par conséquent, c’est dans la nature même des êtres qui composent la société politique qu’il faut
rechercher les premiers principes de la science qui nous intéresse ici. La téléologie se fonde sur l’ontologie (1).
1.- Principes ontologiques sur la nature de l’homme
Commençons donc par les principes ontologiques. La société politique est une société humaine parfaite.
Une société d’hommes, pas un troupeau, ni un cheptel de bêtes. La société humaine ne doit pas contredire la nature de l’homme. Au contraire, elle doit se fonder sur elle et lui être en tout
conforme.
Traduction Hermas.info ©
Notes et commentaires
(1) Ces quelques lignes condensent admirablement la matière. Elles apportent au lecteur
moderne trois informations essentielles.
La première est que la société politique n'est pas un fait arbitraire, ou de hasard. Elle n’est pas une
rencontre accidentelle d’individus, guidés par la poursuite de leurs seuls intérêts propres, ne se donnant de lois que pour protéger ces derniers et rendre vivable leur inévitable cohabitation,
comme il advient dans une copropriété, où parties privatives et parties communes sont conventionnellement définies pour que chacun, en les respectant, préserve les intérêts et la jouissance
paisible de tous. La société politique est une réalité proprement humaine, proprement morale, qui est exigée par et pour l’épanouissement de la vie humaine.
La deuxième est que pour connaître ce à quoi tend cette société, c'est-à-dire cette fin qui a pour elle raison de bien, et de bien moral, et a fortiori pour l’y guider, il faut
préalablement connaître ce qu’est l’homme lui-même. Il est logique qu’il en soit ainsi puisque ce bien a vocation à le combler. Logique et sain. Tout pédagogue digne de ce nom, guide
véritable, pratique cette approche à l’égard de ceux qui lui sont confiés. On ne comble pas quelqu’un en déterminant a priori son bien, comme il advient soit dans les éducations
dévoyées, soit dans les idéologies, qui postulent le bonheur dans l’accumulation de possessions ou dans la communion forcée à des schémas de pensée. C’est la science de ce que l’on est qui
révèle l’amplitude de nos attentes, nos capacités de recevoir et le bien capable de nous combler. C’est en cela que la téléologie [la science du “bien-fin” ( τέλεος = la fin) que l’on se propose d’acquérir ici] se fonde sur une ontologie, c'est-à-dire sur une connaissance
de l’être même de l’homme.
La troisième tient dans une petite incise : les fins propres, spécifiques, connaturelles, « répondent nécessairement à la nature propre des êtres qui
leur sont ordonnés, et ne doivent en aucun cas les contredire ». Nous sommes aujourd’hui bien placés pour savoir ce que contrarier les lois de la nature veut dire, du moins dans
l’ordre des lois climatiques ou des équilibres de la faune et de la flore. Mais il existe aussi une écologie humaine, à l’égard de laquelle il reste encore beaucoup de chemin à faire,
et une écologie politique en particulier, qui devrait conduire à réfléchir sur le fait qu’une société qui repose sur une image fausse de l’homme ne peut pas conduire à son
bien. A l’inverse, à l’interpellation des échecs, des pauvretés ou des tristesses d’une société, il est toujours légitime et même nécessaire de s’interroger : repose-t-elle sur une conception
juste de l’homme et, partant, sur une juste idée de son bien ?