Chapitre I - Vers une approche complète du bien commun (suite)
2.- Il faut cependant projeter sur la politique les rayons convergents de la philosophie et de la théologie
En tant que science, la politique doit se rattacher à des principes universels d’ordre naturel, ou philosophique, et d’ordre surnaturel, ou théologique, parce que le saint Docteur ne cherche pas à édifier une science politique quelconque, mais une science politique véritablement chrétienne, applicable aux peuples chrétiens. Selon les termes de François de Vitoria, « la mission du théologien est si vaste et si universelle qu’aucune considération, aucun débat, aucune matière n’échappe à son regard (1) ». Scintillement, participation et image de la science même de Dieu, les domaines auxquels elle s’étend sont sans limite, à l’imitation de la science divine (2).
Léon XIII et ses glorieux successeurs emprunteront la même voie, et consacreront de leur autorité suprême ces points de vue. L’éthique et la politique ne peuvent pas plus être convenablement étudiées que la théodicée sans que soit consultée la révélation divine, ainsi que l’enseigne Pie XII dans l’encyclique Humani generis (3). La vraie philosophie et la théologie, selon le mot de Pie XI, sont deux rayons d’un même soleil, deux fleuves issus d’une même source, deux édifices construits sur un même terrain. « les deux se complètent mutuellement. C’est pourquoi celui qui n’est pas bon philosophe ne parviendra jamais non plus à être un théologien parfait ; et celui qui est court en théologie ne pourra pas philosopher droitement et pleinement (4) ».
Par conséquent, pour édifier une doctrine politique authentiquement humaine et chrétienne, il faut projeter sur les données de l’expérience et les enseignements de l’histoire les rayons réunis et convergents de la philosophie et de la théologie (5). Saint Thomas connaissait par la Bible l’histoire sainte du peuple hébreu. Il connaissait les constitutions politiques des différentes cités grecques et limitrophes à travers les informations apportées par Aristote dans ses livres De politica. L’histoire du peuple romain lui était connue par ses historiens Salluste et Tite-Live, par Valère Maxime et saint Augustin, en son ouvrage De la cité de Dieu. Sans compter la connaissance qu’il avait de l’Europe de son temps. Des récits historiques et des expériences suffisamment variées pour que son génie privilégié puisse construire une doctrine politique équilibrée et réaliste. Les grands génies tirent des faits et des phénomènes les plus ordinaires les grandes lois de la nature et de l’histoire, à la façon dont un bon chien de chasse ouvre des pistes en s’aidant des moindres éléments qu’il débusque.
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