Communautés

Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /2009 08:00

Par P. Gabarra

Chap. 1.- Vers une approche complète du bien commun (suite)


1.-Science pratique par son objet propre, la politique doit consulter l’histoire et l’expérience

 

La politique étant une science essentiellement pratique en raison de son objet propre, elle doit nécessairement, comme science pratique, consulter l’histoire et l’expérience des différentes formes de gouvernement, afin de ne pas s’exposer à construire a priori une doctrine qui tournerait le dos à la réalité (1). « Toute science pratique  - en effet - est d’autant plus parfaite qu’elle s’étend plus complètement aux circonstances particulières dont l’action est faite » (I, q. 22, a. 3 ad 1). Si toute connaissance humaine s’enracine dans l’expérience, comme le pense saint Thomas, celle de la politique doit être en contact avec elle à un titre tout particulier (2).

(à suivre)


Traduction Hermas.info ©


(1) « En morale, les généralités sont peu utiles, du fait que l’action consiste en des faits particuliers » (Somme de Théologie, 2-2, prologue).

(2) Le P. Ramirez ne développe pas davantage ce point, qui devait sans doute lui paraître évident. Il n'en est pas moins capital. L'histoire, en particulier, ainsi que le disait Bossuet, en une sentence que tout étudiant en sciences politiques devrait apprendre par coeur, d'un bout à l'autre du monde, « est la maîtresse de la vie et de la politique ».

Cette intégration dans une mémoire historique de l'expérience des hommes est l'un des éléments constitutifs essentiels de la prudence politique, sans laquelle il ne peut y avoir de gouvernement juste. « Nous devons, de nos expériences passées, tirer argument pour l'avenir, dit saint Thomas. Aussi la mémoire du passé est-elle nécessaire si l'on veut bien délibérer de ce qui est à faire dans le futur  » (2-2, q. 49, a. 1 ad 3). Cela vaut de la conduite individuelle comme de la conduite collective, c'est-à-dire tant pour la recherche du bien propre de chacun que pour la recherche du bien commun de la multitude (2-2, q. 47, a. 10). Comme telle, cette intégration de l'histoire et de l'expérience est l'un des plus sûrs garde-fous contre l'angélisme et le pessimisme, comme aussi contre toute forme d'idéologie qui tendrait à enfermer les hommes dans les illusions de l'un ou de l'autre. A l'inverse, l'oubli, la manipulation ou la dénaturation de l'histoire constituent des vecteurs de destabilisation et de désorientation de la vie sociale. L'actualité de la politique française ne le montre que trop souvent.

Il convient de préciser, en outre, que pour un chrétien, pour le citoyen chrétien en particulier, l'histoire est aussi un lieu particulier de connaissance et de responsabilisation. En effet, pour lui, et il en est ainsi de fait, l'histoire humaine, qui a sa rationnalité et ses mécanismes propres, s'insère dans une histoire plus vaste, qui est l'Histoire sainte, laquelle pénètre la première et lui donne la plénitude de son sens et de ses finalités. «  C'est ici que la conception de l'histoire du chrétien dépend de la métaphysique et du dogme. (...) L'histoire, l'histoire sainte, celle de la vie et de la passion du Christ, est l'irruption du Dieu trinitaire en personne dans l'histoire de la création, après qu'il s'est manifesté auparavant par diverses actions et paroles. Dès lors il y a une histoire des buts finis de l'humanité et une histoire du processus divino-humain vers son but infini, qui est Dieu même » (T. Haecker, Le chrétien et l'histoire, Le Cerf, p. 43). C'est dans cette insertion que se trouve, pour un chrétien, la référence et la norme ultime de ses choix et de ses engagements, y compris dans la vie politique (NdT).

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Publié dans : Le bien commun (S. Ramirez) - Communauté : Chrétiens et heureux de croire - Partager    
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