Mercredi 17 décembre 2008
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Par Mgr J. Masson
De traductions en
trahisons : traductor, traditor
Le récit de l’Annonciation fait par saint Luc apparaît deux fois en ce temps de l’Avent : dans l’Evangile, le 8 décembre, solennité de l’Immaculée Conception, et le 4° Dimanche de l’Avent –
très proche : dimanche prochain. Il a sa place aussi, bien sûr et en tout premier lieu, le 25 Mars, solennité de l’Annonciation.
Le verset 34 est pourtant l’objet de traductions différentes en français, dans différentes Bibles, et même dans le Texte Officiel de la Liturgie. Traductions qui ne respectent en rien
l’original latin (Vulgate et Nouvelle Vulgate), et qui changent profondément le sens des paroles de Marie, jusqu’à lui faire dire des choses déraisonnables, à propos notamment de ces
paroles : « Virum non conosco », « je ne CONNAIS pas d’homme ».
Il est vrai l’adage italien qui déclare : « Traduttore, traditore » - le traducteur est un traître. Pour qui a une solide formation linguistique, et une longue expérience
des traductions, cet adage est vrai et faux à la fois. Le vrai traducteur doit posséder une connaissance parfaite de la langue, de ses subtilités, de ses nuances. Pour autant, il se trouve
souvent placé devant des expressions idiomatiques, typiques, devant des nuances, qui ne manquent pas de lui poser des problèmes : comment traduire un texte le plus fidèlement possible ?
S’il traduit en français, il doit rendre le plus fidèlement possible le texte original qu’il a sous les yeux.
Il faut reconnaître que, parfois, il est difficile de donner une traduction fidèle, non pas le mot à mot, ce qui serait absurde, mais un texte écrit en français. Il arrive ainsi que certaines
paroles, adjectifs, expressions, tournures de la phrase, etc. doivent trouver un équivalent, sans trahir le texte et le sens du texte. Mais il faut dire aussi que, parfois, certaines nuances ne
peuvent être rendues par une traduction. En ce sens, traduire, c’est un peu « trahir » un texte. Mais la véritable traduction est une science et un art. Il faut aussi connaître la
culture du peuple dans la langue duquel un texte est écrit.
Il serait bon que certains traducteurs des textes sacrés de la Bible et des textes liturgiques se souviennent de cela, notamment dans les Lectures qui sont proclamées à chaque messe, en
particulier les dimanches et jours de fêtes. On pourrait dire la même chose aussi sur les traductions de certains textes de la messe : dans le Credo [où l’expression « de même
nature » a été substituée au terme « consubstantiel » ; dans la traduction de l’Orate Fratres : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice
de toute l’Eglise, pour la gloire de Dieu et le salut du monde » ; ou encore dans le Confiteor où « mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa » est devenu
« oui, j’ai vraiment péché »… Et bien d’autres exemples encore.
Nous sommes là devant une trahison du texte original, même si elle a reçu l’approbation des autorités “compétentes”.
Mais revenons au chapitre 1° de l’Evangile de saint Luc et à la traduction d’un verset du récit de l’Annonciation à Marie, le verset 34.
La traduction officielle du texte : Luc 1,26-38
Le texte latin officiel de la Vulgate, et de la Nouvelle Vulgate, est le suivant (cf. www.vatican.va) :
34 Dixit autem Maria ad angelum: “ Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco? ”.
Je donne à présent le texte complet du récit écrit par saint Luc, pris dans la Bible de Jérusalem, car il est nécessaire de le connaître dans son entier, pour faire les remarques qui
s’imposent face à certaines traductions-interprétations.
Bible de Jérusalem (cf. notamment Bible de Crampon 1923, Bible de Maredsous, Bible Pastorale – faite Maredsous]. J’ai mis en lettres grasses certains passages pour guider notre réflexion.
Luc I-26-38
26.
Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth,
27.
à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie.
28.
Il entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »
29.
A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.
30.
Et l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31.
Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.
32.
Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ;
33.
il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. »
34.
Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? »
35.
L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
36.
Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ;
37.
car rien n'est impossible à Dieu. »
38.
Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! » Et l'ange la quitta.
Une première remarque s’impose : Marie, qui était « une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph » déclare pourtant à l’Archange Gabriel « je ne connais point
d’homme ».
Or nous savons qu’elle était « fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David », et que cette vierge s’appelait « Marie ».
Marie connaît donc un homme, auquel elle est fiancée (au sens fort du mot dans l’usage biblique, équivalent à « mariée », sans encore habiter avec lui, selon l’usage juif) : c’est
Joseph, de la Maison de David, dont saint Mathieu et saint Luc donneront la généalogie, jusqu’à David, Abraham, et même Adam (Luc).
Marie n’est pas une illettrée, ni une inconsciente au point de se tromper ainsi. Elle a été élevée dans le Temple, et elle connaît parfaitement les Ecritures. Si elle emploie l’expression
« JE NE CONNAIS POINT D’HOMME », cela veut dire que, le verbe « je ne connais pas », à un autre sens que le sens habituel. Et c’est ce sens qu’il importe de
connaître ! Que veut dire Marie ?
Les traductions erronées
La Bible de la liturgie (textes officiels des Lectures pour les messes, approuvés par la Conférence Episcopale), écrit - Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il
se faire, puisque je suis vierge ? »
La Bible en Français courant, écrit de même : - Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il possible, puisque je suis vierge ? »
Normalement, avant d’être mariée, une jeune fille est vierge, et il est tout à fait normal qu’elle arrive à son mariage en ayant conservé sa virginité : « L’œuvre de chair ne
désireras qu’en mariage seulement » (Les Dix Commandements de Dieu). Qu’une jeune fille soit vierge jusqu’à son mariage, n’empêche aucunement qu’elle puisse concevoir ensuite, dans le
cadre des relations conjugales avec son époux légitime. Mettre cette objection dans la bouche de Marie est stupide, c’est un non sens, j’y vois même une offense à Marie : Marie ne peut faire
une telle réponse stupide, une réponse qui n’a pas de sens, qui va contre la réalité de la nature, du don de la vie.
Oui, elle est vierge, mais si elle s’unit à Joseph elle pourrait concevoir. La virginité n’a jamais été un empêchement à la conception d’un enfant. Le texte officiel proclamé à la messe est donc
erroné, vidé de sens : ce n’est plus une traduction, c’est une trahison, qui ressemble fort à une manipulation (intentionnelle ?... ou parce que l’on pense que les fidèles ne pourraient
pas comprendre, qu’ils sont stupides à ce point… mais, si c’est le cas, qu’attendent les pasteurs pour leur expliquer la Parole de Dieu ?)
La Traduction œcuménique de la Bible écrit : « Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations conjugales ? »
Et la Bible Parole de vie (français simplifié) écrit de même - Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il arriver ? En effet, je ne vis pas avec un
homme. »
Comment peut-on tomber dans de telles aberrations : si Marie est VIERGE, et saint Luc le dit en tout premier lieu, c’est que Marie n’a pas de relations conjugales, et donc qu’elle ne vit pas
avec un homme. C’est évident, et donner les traductions citées ci-dessus est une infamie, une tromperie, une trahison. On trompe les fidèles, on change la foi des fidèles... Veut-on changer la
foi des fidèles ?...
Tous ceux qui sont familiers de la Bible, et les prêtres et les pasteurs des diocèses le sont, car ils ont étudié la Sainte Ecriture durant leur formation au Séminaire, et, comme l’Eglise le
demande, et notamment le dernier Synode des Evêques sur la « Parole de Dieu », précisément, ils méditent chaque jour la Parole de Dieu. Ils savent bien, ou du moins ils devraient savoir
le sens particulier du mot « connaître » dans la Sainte Ecriture.
Le Vocabulaire de théologie biblique (Ed. du Cerf, 1964), écrit à propos de l’article sur le mot “connaître” : « (…) Connaître quelqu’un, c’est entrer en relations
personnelles avec lui ; ces relations pouvant prendre bien des formes et comportant bien des degrés, connaître est susceptible de toute une gamme de sens ; le mot sert à exprimer la
solidarité familiale ; (Deutéronome 33,9), ET AUSSI LES RELATIONS CONJUGALES (Genèse 4, 1 ; Luc 1, 34) » (1).
Conclusion
Lire la Parole de Dieu, et la méditer est un devoir pour les âmes consacrées, et surtout pour ceux qui ont charge et mission de l’annoncer. Lire la Parole de Dieu et la méditer est un devoir
aussi pour les fidèles, qui doivent en vivre, pour témoigner autour d’eux de l’Amour de Dieu pour tous les hommes. Mais la Parole de Dieu ne peut être lue n’importe comment, et surtout, elle ne
peut être l’objet de manipulations qui l’atténuent ou la changent.
C’est pourquoi j’ai voulu signaler ce texte de l’Annonciation, le premier qui nous parle de Marie « pleine de grâce », vierge, Mère du Fils de Dieu. L’Eglise a toujours vu,
dans sa question faite à l’Ange, l’expression de sa volonté de rester vierge, comme elle l’était restée jusqu’alors, et comme elle entendait le rester à jamais.
Fiancée à Joseph, « mariée » en quelque sorte à Joseph, sans qu’ils aient encore habité ensemble, comme nous l’apprend l’Evangile, quel sens auraient ses paroles dites à l’Ange, si elle
n’avait pas l’intention de rester VIERGE toute sa vie ? En effet, fiancée à Joseph, si telle n’était pas son intention de rester Vierge malgré leur mariage, elle savait très bien
qu’elle aurait perdu alors sa virginité. Et si elle était devenue mère, en ayant conçu de Joseph, elle ne serait pas restée vierge. C’est le sort naturel de toute jeune fille qui devient
mère.
Quel sens auraient donc vraiment les paroles dites à l’Ange ? Qu’elle devienne Mère du Fils de Dieu, lui fait penser alors qu’elle allait perdre sa virginité ! A laquelle elle tient,
comme l’indiquent ces paroles, « mystérieuses » pour nous, car expression d’un langage qui n’est pas le nôtre, mais celui du peuple d’Israël.
« Car je ne connais pas d’homme » : nous devons maintenir dans cette expression utilisée par la Vierge Mère, sa volonté de se consacrer tout entière à Dieu, corps et
âme. Et nous devons maintenir ce que l’Eglise et toute la Tradition, interprète autorisée de la Parole de Dieu, nous enseigne depuis toujours ; que Marie est restée Vierge, avant, pendant et
après la Naissance de Jésus.
Et, en cela, nous ne pouvons douter que Marie ait exprimé à Joseph, son fiancé, cette volonté bien arrêtée, de rester Vierge. Saint Joseph, « son époux, qui était un homme
droit » (Mathieu, 19) a accepté de prendre Marie pour épouse, en respectant en tout sa consécration totale à Dieu. Il a été Gardien de la Vierge, Chef de la sainte Famille. Et c’est à
juste titre que l’Eglise l’invoque, dans les Litanies de Saint Joseph, sous le vocable suivant : « Custos Virginum » « Gardien des Vierges ».
Nous pouvons, nous devons le prier, certes, avec ferveur et insistance, en cette époque où cette vertu de la chasteté, de la virginité avant le mariage, est bafouée, rejetée et méprisée par
beaucoup, par la plupart des gens, même chez des catholiques. Et nous pouvons et nous devons le prier pour lui demander de protéger nos Familles, victimes d’attaques diaboliques dans tous les
domaines. Que la Sainte Famille soit le modèle de nos familles chrétiennes : Jésus, Marie, Joseph, priez pour nous, protégez-nous.
Mgr Jacques Masson
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(1) Genèse 4, 1 : L'homme connut Eve, sa femme; elle conçut et enfanta Caïn et elle dit : J'ai acquis un homme de par Yahvé.