Mercredi 16 avril 2008
3
16
/04
/Avr
/2008
10:55
Par La rédaction
Le boycott… Boycottera-t-on,
ne boycottera-t-on pas ? Et si l’on boycotte, que boycottera-t-on ? Les Jeux olympiques – car il s’agit bien d’eux, précisons-le à l’égard des distraits – ou la cérémonie d’ouverture ? Graves
questions.
Que l’on nous autorise quelques remarques hétérodoxes. Ces débats nous paraissent d’une puérilité qui va au-delà de toute mesure. Il ne faut pas avoir peur du ridicule pour présenter comme une
initiative héroïque le fait d’arborer sur sa poitrine, lors des Jeux, un slogan “Pour un monde meilleur”... Il n’en faut pas davantage pour présenter cette niaiserie comme une audace
insupportable.
Osons donc ce truisme solitaire : les Jeux olympiques sont les Jeux olympiques. A savoir une épreuve sportive entre athlètes du monde entier, qui s’affrontent en principe loyalement selon les
règles de leurs disciplines respectives. Ces Jeux n’ont pas à être un Enjeu. Ni de politique, ni de moralité.
Quand, en 1968, les athlètes noirs Tommie Smith et John Carlos ont reçu leurs médailles en baissant la tête et en levant le poing pour protester contre la ségrégation dont étaient l’objet les
noirs aux Etats-Unis, tout le monde a protesté contre cette immixtion du politique dans les Jeux de Mexico. Ces athlètes ont été exclus à vie des Jeux olympiques. Encore ces hommes-là étaient-ils
directement concernés et défendaient-ils leur peau, si l’on peut dire. Mais aujourd’hui ? L’héroïsme à bon compte, sans risque, est devenu une coquetterie médiatique obligatoire. C’est que l’on
aime tellement le moralisme, aujourd’hui qu’il n’y a plus de morale ! On aimerait inviter M. Bernard Laporte, pour ne citer que lui, à nettoyer devant sa porte en la matière.
Ces gesticulations paraissent d’autant plus ridicules qu’aucune des démocraties rouges, elles, d'indignation, ne
songerait à décliner une invitation commerciale qui lui serait proposée par la même Chine, avec la perspective de contrats alléchants. Il y a fort à parier que le gouvernement français, pour sa
part, ne manquerait pas de s’y rendre, en emmenant évidemment dans ses bagages l’inévitable autant qu’inutile Mme Yade. Et si l’on parle de droits de l’homme, risquons cette comparaison : au
hasard, si les Jeux avaient lieu cette année aux Etats-Unis, nos bonnes âmes inviteraient-elles au boycott, au nom du million de victimes irakiennes évoquées par l’Opinion research
business britannique (Ici) ou les quelque deux
millions d’irakiens déplacés, selon le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés, à la suite de ce conflit injuste ? Poser la question c’est y répondre.
Au fait, la Chine, ne serait-ce pas un pays communiste ? Avons-vous entendu qu'elle soit critiquée pour l'être, ou pour les millions de morts que le régime de ce pays à provoqués depuis son
Avènement glorieux ? Non. C'est le Tibet qui compte, parce qu'il est médiatiquement up to date ! Si l'on parle d'occupation, il n'y a que celle-là qui soit insupportable, allez savoir
pourquoi.
Les indignations actuelles sont d'autant plus malvenues qu'elles sont tardives. C'est avant qu'il y avait à s'interroger sur la question de savoir si un pays tel que la Chine répondait aux
exigences de l'olympisme et des valeurs qu'il représente. Quand la question s'est posée, ceux qui avaient en charge d'y répondre n'ont pas balancé, en tout cas pas longtemps, tant ces Jeux ont
désormais un impact financier colossal, et nous n'avons pas souvenir que les indignés du jour aient fait alors de considérables pressions pour que la Chine ne l'emporte pas. Qu'on nous épargne
donc, à tous égards, ces gérémiades commodes et hypocrites.