Mardi 25 mars 2008
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16:04
Par La rédaction
Lu sur La Croix.com (ICI), cet article
de Claire Lesegretain s'inscrit dans la lignée de ceux que nous avons déjà publié sur la situation des chrétiens en Inde et sur les terribles
violences dont certains ont fait l'objet à Noël dernier. Edifiant.
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"C’est dehors, sur des bâches poussiéreuses et à la lumière de cierges
ou de lampes à pétrole, que les chrétiens de Balliguda ont célébré la vigile pascale. Leur paroisse, totalement vandalisée le 24 décembre dernier, est restée en l’état « pour la commission
d’enquête ».
Et il a suffi à une poignée de fondamentalistes hindous d’abattre des arbres sur les quelques lignes électriques du secteur pour
plonger dans l’obscurité cette petite ville du district de Kandhamal, au centre de l’État rural de l’Orissa (nord-est de l’Inde).
« Ils veulent empêcher les chrétiens de célébrer Pâques », explique le P. Ajay Singh, directeur des œuvres caritatives du
diocèse de Cuttack-Bhubaneswar, en apprenant cette nouvelle au téléphone peu avant le début de la célébration du samedi 22 mars au soir.
Pendant que les chrétiens de ce district de collines
et de forêts de tecks, de Brahmanigaon (au sud du district) à Phulbani (au nord), célébraient ainsi, dans la nuit et l’insécurité, à côté de leur paroisse saccagée, près de 2 000 catholiques se
tassaient dans la cour de l’église Saint-Vincent de Bhubaneswar (capitale de l’Orissa) pour la longue liturgie pascale, en union de prière avec ces diocésains persécutés.
« Notre peuple a vraiment fait l’expérience de la passion et de la mort de Jésus », lance, dans son homélie, Mgr Raphaël
Cheenath, archevêque de Cuttack-Bhubaneswar depuis 1974. Commentant ces persécutions, il poursuit : « L’Église de Kandhamal devra ressusciter et cela se fera… même si cela prendra des mois et
des années »…
Il ne fait aucun doute, pour les observateurs chrétiens locaux, que ces violences de Noël ont été sciemment préméditées, préparées
et coordonnées par le mouvement nationaliste hindou Visha Hindu Parishad (VHP). Coïncidence des horaires, identité inconnue des attaquants, armes à feu pour la première fois dans des attaques en
Orissa : autant de détails qui prouvent que ce « tsunami de haine » – selon l’expression de Mgr Cheenath – du 24 au 27 décembre n’avait rien de spontané.
« Les instigateurs et principaux attaquants étaient des hindous de hautes castes, venus d’autres districts et d’autres
États », précise John Dayal, catholique engagé et influent, secrétaire général du Conseil chrétien de l’Inde (AICC), qui s’est rendu sur place dès le 29 décembre et qui a dressé un rapport
détaillé de la « tragédie ».
Il ne s’agissait donc pas, comme cela a été dit parfois, d’un conflit entre Panas (dalits) et Kui (originaires des tribus), même
s’il existe effectivement des rivalités entre les chrétiens de ces deux groupes qui ne bénéficient pas des mêmes avantages administratifs.
Autre évidence, ces attaques dans le
district de Kandhamal se sont faites « avec le consentement tacite du gouvernement de l’Orissa » – selon Mgr Cheenath. Tous les témoignages confirment que les (petites) unités de police
locales, prévenues des attaques, sont restées à l’abri pendant ces quatre jours livrant des prêtres, des religieuses et des familles chrétiennes sans défense à la haine de centaines d’hindous, «
saouls et fanatisés » selon des témoins.
« On sait que les policiers sont pro-hindous et même s’ils avaient voulu nous protéger, ils auraient été tués », résume Frère Oscar,
missionnaire de la Charité à Srasananda (à 65 km de Balliguda), dont le couvent et la paroisse ont été incendiés et saccagés. Si lui et les trois autres frères œuvrant dans un dispensaire et un
foyer pour vieillards sont toujours vivants, c’est parce qu’ils ont « couru vite » et sont restés cachés dans la forêt jusqu’au 29 décembre.
Même témoignage de la part des cinq religieuses de Balliguda qui n’ont dû leur survie qu’à leur cachette, sous un escalier ou dans
la sacristie… « Alors que les pompiers sont installés en face de notre couvent, ils ont laissé tout brûler pendant trois jours », souligne Sœur Christa. Et ce, non seulement dans le
couvent du Mont-Carmel et ses deux centres de formation informatique (55 étudiants dont 50 hindous) et de formation médicale (50 étudiants dont 48 hindous), mais aussi dans le séminaire
Saint-Paul, la paroisse et le presbytère adjacent.
Selon les observateurs chrétiens, si le
district de Kandhamal a été spécifiquement visé, c’est parce qu’ici les populations d’origine tribale (ST en anglais, pour Scheduled Tribes) et dalits (SC, pour Scheduled Castes) représentent 39
% de la population totale. Devenant peu à peu chrétiennes à la suite des évangélisations menées par des missionnaires catholiques (notamment espagnols) et baptistes (notamment canadiens) à partir
des années 1890, ces populations sont sorties progressivement de la soumission et de la misère.
« L’Église a lancé l’éducation et promu l’émancipation des ST/SC, leur permettant d’évoluer socialement et de mieux défendre
leurs intérêts, rappelle le P. Prabodha Kumar, directeur du séminaire de Balliguda et lui-même d’origine kondh (principale tribu de cette partie de l’Orissa). Pour enrayer cette évolution, les
fondamentalistes hindous des hautes castes détruisent nos églises, pensionnats ou dispensaires, et espèrent ainsi éliminer le christianisme. »
De telles violences antichrétiennes sont désormais organisées à travers toute l’Inde,
dans les États où les chrétiens sont pauvres et peu nombreux (moins du pourcentage national de 2,34 %) : « Jamais les fondamentalistes
hindous n’attaqueront les chrétiens puissants du Kerala », estime John Dayal.
Ainsi, le 15 mars, deux religieuses travaillant dans une école du village d’Alibag (Maharashtra) ont été violemment attaquées et
battues par un groupe d’hindous d’origine tribale, à l’instigation du Bharata Janata Party (BJP, parti nationaliste hindou, également issu du RSS). Les deux religieuses, qui ont dû être
hospitalisées, étaient accusées de « conversion », ce qui est interdit par les lois sur la liberté religieuse promulguées dans huit États (sur 28) de l’Inde.
Ce prétexte, régulièrement avancé par les extrémistes hindous et repris dans les médias locaux, choque les chrétiens indiens. Non
seulement parce qu’une demande de baptême est une démarche personnelle qui se vérifie dans le temps, mais surtout parce qu’ils savent que des chrétiens, « sous la menace d’une machette, ont
été obligés de participer à un culte hindou ou de prononcer une adoration rituelle », comme le raconte à propos de l’un de ses paroissiens le P. Dusmant Mahanayak, curé de Daringa Badi, à 50
km de Balliguda.
Au-delà de ces violences de Noël, les
chrétiens du district de Kandhamal souffrent tous de se sentir impuissants et abandonnés. Les 700 familles chrétiennes qui ont tout perdu dans l’incendie de leur maison ne recevront pas avant
longtemps l’aide promise par le gouvernement d’Orissa, aide qui de toute façon sera insuffisante…
De plus, le gouvernement d’Orissa a interdit à toute ONG ou institution chrétiennes d’aider matériellement les victimes, si bien que
Mgr Cheenath lui-même n’a pas pu encore se rendre sur place. « Je n’ai pu assister mon peuple », regrettait l’archevêque de Cuttack-Bhubaneswar dans un texte largement diffusé fin janvier ; il a
cependant aussitôt rencontré les principaux membres du gouvernement d’Orissa pour leur faire part de cette situation « insupportable, humainement parlant » et pour déposer un recours en
justice.
« Cette tragédie est devenue pour nous un temps de grâce, une occasion d’approfondir notre foi en
Dieu et une opportunité pour nous identifier davantage au Christ en partageant ses souffrances, écrivait encore Mgr Cheenath. Notre identité, c’est la Croix ! »"
J'ai du mal à m'imaginer une pareille violence au nom de la différence de culte. Puisse Dieu toucher le coeur des auteurs de tels actes de barbarie. Face à cette violence aveugle, ces paroles du Christ: "Père pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font", s'imposent vraiment.