Partager l'article ! La re-création d'un secrétariat à la famille : une fausse bonne nouvelle ?: I.- Nous avions publié sur Hermas.info la déclarati ...
I.- Nous avions publié sur Hermas.info la déclaration faite par l’Union nationale des associations familiales [Ici] qui, ayant été reçue par le président Sarkozy, se réjouissait, en particulier, de ce que celui-ci s’était déclaré favorable, en cas de remaniement ministériel, à ce que « le titre de ministère de la famille soit réintroduit ». En effet, le gouvernement Fillon I avait gommé toute référence à la famille, ce qui ne s’était jamais vu depuis plus de dix ans.
Le remaniement évoqué vient d’avoir lieu, comme on le sait. Il n’y a cependant toujours pas de ministère de la famille, contrairement à la “faveur” exprimée. Un secrétariat à la famille a cependant été re-créé. C’est un point incontestablement positif.
Ce qui l’est beaucoup moins, c’est son titulaire, à savoir Mme Nadine MORANO.
II.- Abstraction faite de savoir s’il était opportun de confier cette fonction à une personne qui vient de se faire aussi brillamment battre aux élections municipales [en troisième position, à Toul, avec seulement 26 % des suffrages exprimés], la personnalité de Mme Morano peut soulever de très légitime interrogations.
Diplômée en communication (sic), ce qui n’est pas censé lui conférer une compétence particulière en la matière [il est vrai qu’elle a tout de même été responsable de la communication du Parc naturel régional de Lorraine...], Mme Morano est essentiellement connue pour sa fidélité au président de la République et ses éclats verbaux.
S’agissant des questions familiales, Mme Morano a clairement manifesté qu’elle était favorable à la reconnaissance des unions homosexuelles et à l’adoption par des couples homosexuels. Sa nomination, de ce point de vue, tend à confirmer les informations que nous avons reçues, de sources très proches du gouvernement, selon lesquelles un projet serait déjà bouclé, approuvé par le président de la République et le premier ministre, sur la reconnaissance de ces unions.
III.- Mme Morano est catholique, mariée, mère de trois enfants. Dans un entretien à Sciences Po. [Ici], elle avait déclaré que « quand on est élu, il faut bien comprendre que l’on est investi d’une mission, et à ce titre-là on est législateur : on n’a donc pas le droit de prendre position en fonction de critères personnels. J’ai donc essayé d’avoir une vision de construction de la société. » Voilà qui est caractéristique de cette morale décomposée que nous avons évoquée dans nos récents entretiens sur les rapports de la politique et de la religion [Ici et suivants], et qui repose sur cette conviction ruineuse que le politicien, dans son engagement, doit opérer un clivage, et même ici une opposition, entre ses convictions personnelles – appelées ici des « critères personnels », comme si elles n’avaient aucune validité objective – et cet engagement. Qu’est-ce que donc cette « vision de construction de la société » où ces « critères personnels » n’ont pas leur place ? Et pourquoi ceux-ci ne pourraient-ils pas ou ne devraient-ils pas l’éclairer ?
Pourtant Mme Morano se dit attachée à l’Eglise, quoi qu’en des termes qui laissent songeurs. Dans le même entretien, elle déclarait : « Mon opinion (?) sur l’Eglise se caractérise (?) par un profond respect pour le Pape [c’était alors le pape Jean-Paul II]. J’ai beaucoup de respect pour cet homme qui est pour moi un grand politique et qui doit maintenir une certaine morale. » Vous avez bien lu : le pape doit maintenir « une certaine morale ». Il ne peut pas faire autrement, c’est son job. Avec toujours cette réduction de la religion à la morale, et de la morale à la rigueur du permis et du défendu. Il faut bien, sinon, tout fout-le-camp, n’est-ce pas ?
« Cependant – enchaîne immédiatement Mme Morano – ce que nous montrent les textes, par exemple la visite du Christ chez Zachée, le collecteur d’impôts, ou à la femme adultère, c’est un message d’amour et de tolérance. “Que celui qui a jamais pêché lui jette la première pierre”, dit Jésus. Quand il se fait laver les pieds par Marie-Madeleine la prostituée, il accomplit un geste fort. Je pense que c’est avant tout un message d’amour et de paix que le catholicisme. » L’opposition entre le message de l’Eglise et l’Evangile, qui repose sur une confusion entre la "tolérance" et la miséricorde, est ici clairement exprimée. Il faut bien rappeler certains principes, bien sûr, mais… Bien sûr, je respecte le pape, quel homme ! mais… C’est l’argumentaire de tous ceux qui se sont opposés à Jean-Paul II durant son pontificat sur ces questions et pour lesquels le magistère n’a aucune portée au regard de leurs propres interprétations.
Et Mme Morano en tirait cette conclusion : « C’est pourquoi si en tant que législateur je m’interroge et je prends position, c’est à rebours de certaines convictions personnelles initiales. Certes ma vision du mariage est celle d’une union entre un homme et une femme. Mais si on veut respecter l’amour, alors l’amour peut être une belle histoire entre deux personnes de même sexe. Je me refuse à juger ». Avec toujours cette confusion, conscience ou inconsciente, entre le jugement des consciences, que personne ne peut s’autoriser à porter, et le jugement des situations morales qu’un gouvernant à le devoir d’exercer, en les rapportant au bien commun.
Nous sommes ici aux antipodes de la conception chrétienne de l’engagement politique.
IV.- Rappelons également que Mme Morano est favorable à l’euthanasie. En pleine affaire Sébire, au moment même où Mme Dati et le président de la République lui-même manifestaient qu’ils entendaient s’en tenir à la loi actuelle qui l’exclut, Mme Morano rappelait qu’elle était quant à elle favorable à la création d'une “commission nationale d'exception d'euthanasie”, qui traiterait des “cas particuliers” comme celui de Mme Chantal Sebire. Utilisant – hasard ? – l’argument évoqué jadis par les partisans de l’avortement provoqué, elle a déclaré notamment à propos de cette affaire : « On comprend cette souffrance et je trouve assez dommage de devoir quitter le territoire français pour pouvoir accéder à son désir de mourir dans la dignité ».
Mme Morano paraît sur ce point en porte-à-faux avec M. Sarkozy. Jusqu’à quel point – compte tenu de cette donnée d’évidence qu’il vient de la nommer ? Les Associations familiales catholiques ont récemment relevé [Ici], à l’occasion de cette affaire Sébire, que « le Président de la République a proposé à Madame Sébire “qu'un nouvel avis soit donné sur son cas par un collège de professeurs d'université du plus haut niveau”. Cette réunion serait destinée à “prouver que toutes les ressources de la médecine sont épuisées” ». Cette proposition de « réunion » paraît bien correspondre au projet de Mme Moreno de “commission d’exception”, et les AFC s’interrogeaient à raison : « Que fera le Président si [la preuve qu’il a évoquée] est apportée ? » Le ver paraît bien être dans le fruit, dans ce domaine de l’euthanasie comme dans celui des unions homosexuelles.
La nomination de Mme Morano pour défendre les intérêts de la famille – quelle famille ? – dans un tel contexte nous apparaît dès lors bien plus que problématique. N’y-a-t-il donc, dans ce pays, aucun homme ou aucune femme qui soit capable d’exercer avec intelligence et compétence une telle charge, pour la défense des intérêts de la famille, sans qu’il faille le ou la choisir dans ce clan des idéologues militants ? La réponse à cette question doit être manifestement négative s'il est implicitement entendu qu'il s'agit de promouvoir une politique évolutive de la famille, déconnectée de ses enracinements naturels. La nomination de Mme Morano est ainsi un nouveau flux de la politique du chien crevé au fil de l'eau.
V.- Pour terminer, puisqu’il a été question d’engagement chrétien, au regard des analyses de Mme Moreno, rappelons ce passage de la Note doctrinale à propos de questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique – qui concerne tous les catholiques, politiciens inclus, approuvée explicitement par le pape Jean-Paul II (quelqu'un de très bien, vraiment...) le 21 novembre 2002 et publiée, sur son ordre, le 24 novembre de la même année :
« Il n’est (…) pas possible de taire (…) les graves dangers de certaines tendances culturelles, qui, par le biais des législations, voudraient orienter les comportements des futures générations. On constate aujourd’hui un certain relativisme culturel qui se révèle dans sa nature comme un système et une défense d’un pluralisme éthique favorable à la décadence et à la dissolution de la raison et des principes de la loi morale naturelle. Suite à cette tendance, il n’est malheureusement pas rare de rencontrer, dans des déclarations publiques, des assertions qui soutiennent qu’un tel pluralisme éthique est la condition de la démocratie. Il en résulte d’une part, que les citoyens revendiquent, pour leurs propres choix moraux, la plus complète autonomie, tandis que de l’autre, les législateurs se voient obligés de respecter cette liberté de choix. A ce propos, ils formulent des lois qui font fi des principes de l’éthique naturelle plutôt soumises à des orientations culturelles ou morales transitoires, comme si toutes les conceptions possibles de la vie avaient une égale valeur. En même temps, on invoque de manière trompeuse la valeur de la tolérance, et on demande à une bonne partie des citoyens – entre autres aux catholiques – de renoncer à participer à la vie sociale et politique de leur propre pays selon la conception de la personne et du bien commun qu’ils pensent humainement vraie et juste. (…) Ils ont raison les citoyens qui jugent complètement fausse la thèse relativiste pour laquelle une norme morale enracinée dans la nature même de l’être humain n’existe pas. L’histoire du XXe siècle l’a montré. Toute conception de l’homme, du bien commun, de l’Etat doit se soumettre au jugement de cette norme morale.
« Cette conception relativiste du pluralisme n’a rien à voir avec la légitime liberté qu’ont les citoyens catholiques de choisir, parmi les opinions politiques compatibles avec la foi et la loi morale naturelle, celle qui correspond le mieux aux exigences du bien commun, selon leur critère propre. La liberté politique n’est pas fondée sur l’idée relativiste selon laquelle toutes les conceptions du bien de l’homme ont la même vérité et la même valeur. Elle ne peut être fondée là-dessus, mais plutôt sur le fait que les activités politiques visent au coup par coup, à des réalisations extrêmement concrètes du vrai bien humain et social, dans un contexte historique, géographique, économique, technologique et culturel bien déterminé. La réalisation concrète et la diversité des circonstances engendrent généralement une pluralité d’orientations et de solutions. Cependant, celles-ci doivent être moralement acceptables.
« (…) L’Eglise est consciente que la voie de la démocratie si, d’un côté, elle exprime le mieux la participation directe des citoyens aux choix politiques, n’est possible, de l’autre côté, que dans la mesure où elle est fondée sur une juste conception de la personne. Sur ce principe l’engagement des catholiques ne peut céder à aucun compromis.
« (…) Dans la continuité à l’enseignement constant de l’Eglise, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont “une obligation grave et précise de s’opposer” à toute loi qui s’avère un attentat à la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, existe l’impossibilité de participer à une campagne en leur faveur, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote.
« (…) La conscience chrétienne bien formée ne permet à personne de favoriser par son vote, la mise en acte d’une loi ou d’un programme politique, dans lequel les contenus fondamentaux de la foi et de la morale sont détruits par la présence de propositions qui leurs sont alternatives ou opposées. Parce que la foi est constituée comme une unité infrangible, il n’est pas logique d’isoler un de ses éléments au détriment de la totalité de la doctrine catholique. L’engagement politique en faveur d’un aspect isolé de la doctrine sociale de l’Eglise ne suffit pas à épuiser la responsabilité pour le bien commun. Le catholique ne peut penser non plus à déléguer à d’autres l’engagement chrétien qu’il a reçu de l’Évangile de Jésus-Christ, pour que la vérité sur l’homme et sur le monde puisse être annoncée et rejointe. Quand l’action politique se confronte avec des principes moraux qui ne permettent pas de dérogation, d’exception, ni aucun compromis, alors l’engagement politique des catholiques devient plus évident et chargé de responsabilités.
« En face de ces exigences éthiques fondamentales, auxquelles on ne peut renoncer, les chrétiens doivent savoir en effet qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral, qui concerne le bien intégral de la personne. C’est le cas, par exemple, des lois civiles en matière d’avortement et d’euthanasie (à ne pas confondre avec le renoncement à l’acharnement thérapeutique, qui du point de vue moral est aussi légitime). (…) De façon analogue, il faut sauvegarder la protection et la promotion de la famille, fondée sur le mariage monogame entre personnes de sexe différent, et la préserver dans son unité et sa stabilité, en face des lois modernes sur le divorce : d’autres formes de convivence ne peuvent lui être égalée juridiquement en aucune manière, ni recevoir en tant que telles une reconnaissance légale ».
Ce texte essentiel, que tout catholique soucieux de la chose publique doit connaître et méditer, peut être consulté sur le site du Vatican [Ici] et téléchargé au format PDF [Ici].