Voici la suite (et la fin) du remarquable discours prononcé par le Père Tomas Rosica à l'adresse des
participants du rassemblement « Rise Up » du « Catholic Christian Outreach » (CCO), le 30 décembre 2007, à Calgary (Alberta).
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Quelle révolution pour ramener Dieu dans la société canadienne ? (suite)
Bienheureux Franz Jägerstätter: martyre pour la Vérité
Un troisième modèle fort pour nous est le fermier et laïc autrichien Franz Jägerstätter. Né en 1907 en Autriche, Franz était un jeune qui aimait s'amuser.
Il draguait les filles, conduisait une motocyclette et a conçu un enfant alors qu'il n'était pas marié. Toutefois, sa foi devint plus profonde et il devint plus religieux après s'être marié.
Jägerstätter est devenu l'une des figures-clés de la résistance chrétienne au Socialisme national et à l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en mars 1938. Franz s'était marié et
vivait comme un paysan typique. Outre ses tâches à la ferme et autour de la maison, il était devenu sacristain à la paroisse Saint-Radegonde et était reconnu pour sa diligence et son
dévouement.
En 1940, alors qu'il avait 33 ans, il fut conscrit dans les forces allemandes et suivit l'entraînement de soldat. De retour chez lui en 1941, exempté du
service parce qu'il était fermier, il commença à examiner de près les motifs religieux pour refuser le service militaire forcé. En 1943, il dut se rapporter à sa base militaire et affirma son
refus de servir. Un tribunal militaire rejeta son assertion qu'il ne pouvait à la fois être nazi et catholique, et le condamna à mort au motif de miner la morale militaire. On ignora son offre
de servir de servir en tant qu'ambulancier. Son refus de servir l'armée nazie ne trouva l'appui ni de son curé, de son évêque ou de la plupart de ses amis catholiques. Parce qu'il avait une
femme et trois filles, beaucoup lui conseillèrent de penser à sa famille et de laisser de côté ses objections de conscience à la machine de guerre nazie.
Tôt le 9 août 1943, Franz Jägerstätter fut amené de Berlin au camp de concentration de Brandebourg/Havel. À la mi-journée, on lui dit que sa condamnation à
mort était confirmée et aurait lieu le même jour, à 16h. Juste avait son exécution Franz écrit : « Je suis convaincu qu'il vaut mieux dire la vérité, même si je dois payer au prix de
ma vie. » Cet après-midi-là, à 16h, Franz fut décapité, le premier de 16 victimes, pour son refus de servir le Troisième Reich. Il fut martyrisé le jour du premier anniversaire de
l'exécution de Sainte Edith Stein à Auschwitz. Trois ans plus tard, ses restes furent ramenés dans sa terre natale et il fut enterré près de son église paroissiale de Sainte-Radegonde.
Sa vie est une histoire remarquable, spécialement en ces temps où la guerre et la violence font rage dans plusieurs parties du monde. Franz, l'humble
sacristain de Sainte-Radegonde, montre comment vivre la foi chrétienne dans toute sa totalité et sa radicalité, même lorsque des conséquences extrêmes s'ensuivent. « Il est un brillant
exemple, dans sa fidélité aux appels de sa conscience, un avocat de la non-violence et de la paix, » affirmaient les évêques autrichiens, louant Jägerstätter de s'être tenu debout
devant « le système inhumain et sans Dieu qu'était le nazisme. » Le 26 octobre 2007, en présence de sa femme âgée de 94 ans, de ses trois filles et de 5000 autres personnes
réunies à la cathédrale de Linz en Autriche, Franz Jägerstätter fut béatifié en tant que martyre, ce qui signifie qu'il fut tué à cause de la haine envers la foi. Qu'il nous donne le courage et
l'honnêteté alors que nous cherchons à vivre une sainteté.
Bienheureuse Teresa de Calcutta: l'une des nôtres après tout
Le dernier exemple que je vous présente est la vie de l'Albanaise Agnes Gonxha Bojaxhiu, connue à travers le monde comme Mère Teresa de Calcutta. La vie de
Mère Teresa n'était pas qu'un simple grand titre sensationnel. Sa vie était une métaphore de dévouement désintéressé et de sainteté. C'est pourquoi tant de jeunes, femmes et hommes, de presque
tous les coins du monde, continuent d'entrer chez les Missionnaires de la Charité. Mère Teresa a fondé la communauté des Missionnaires de la Charité qui compte plus de 4500 femmes qui servent
dans plus de 100 pays. Elles dirigent plus de 500 maisons, hospices et abris pour des milliers de mourants et de déshérités, en plus de centaines d'écoles, de cliniques mobiles, de maisons pour
lépreux et sidéens.
Il existe des critiques au sein de l'Église qui affirment que Mère Teresa personnifiait une vision pré-Vatican II de la foi et ignorait de parler des maux
systémiques comme les dépenses militaires. Ils la critiquent, de mêmes que ceux et celles qui la suivent, de condamner sans relâche l'avortement. Je connais des religieux et religieuses dans
notre pays et ailleurs qui affirment qu'il n'y avait aucun élément de critique prophétique dans les enseignements et le style de vie de Mère Teresa. Certains affirment qu'elle était un modèle
‘sûr', allant aussi loin que d'affirmer que chaque prêtre ou évêque pouvait la mettre sur un piédestal et dire aux femmes : « Soyez dociles, faites vos affaires de femmes, mais
n'allez pas critiquer quoi que ce soit. »
Lorsque Mère Teresa parle de ‘partager la pauvreté', elle défie la logique des institutions qui préfèrent des plans stratégiques pour les pauvres à la
communion avec les personnes qui sont pauvres. La communion ignore les approches conventionnelles. Elle ne trouvera peut-être jamais un emploi à quelqu'un, encore moins le remettra-t-elle sur
ses deux pieds. C'est pourquoi les agents de communion sont qualifiés de non pertinent. Ou bien finiront-ils, comme Mère Teresa, par être qualifiés de ‘saints'. Alors qu'un journaliste lui
demanda directement comment elle se sentait était qualifiée de sainte à travers le monde, la petite religieuse frêle répondit sans broncher : « La sainteté n'est pas un luxe, mais une
nécessité. »
Bien qu'elle ait quitté ce monde il y a dix ans en août dernier, cette petite sœur a fait la nouvelle mille fois plutôt qu'une l'automne dernier lors de la
publication de ses lettres. Plusieurs journalistes, éditeurs de magazine et lecteurs de nouvelles ont raté leur cible avec leurs manchettes sensationnelles : «La vie secrète de Mère
Teresa : crise et ténèbres,» ou «La sainte de Calcutta était une athée,» ou même «Mère Teresa et le Grand Absent.» Certains commentateurs ont écrit : «Elle a perdu la foi et
l'Église l'a récompensée pour cela.» Tous ces gens semblent ignorer que ceux qui ont préparé la béatification de Mère Teresa en 2003 ont cité ces lettres comme preuve de sa foi exceptionnelle
et non de l'absence de foi.
L'Église ne recherche pas simplement de bonnes œuvres chez les saints, il a Prix Nobel pour cela, mais une évidence solide que le candidat pour
béatification ou canonisation a été transformé, en dedans et au dehors, par la grâce de Dieu. Nous pouvons dire à partir de ses lettres que Mère Teresa était d'une race de saints
spéciale : elle était une authentique mystique. Dans ses messages bouleversants, Mère Teresa nous dit qu'elle a déjà senti la présence de Dieu et entendu la voix de Jésus qui lui parlait.
Puis Dieu s'est retiré et Jésus s'est tu. Mère Teresa a par la suite fait l'expérience de la foi exempte de toute consolation émotive. À la fin, Mère Teresa dut s'appuyer sur la foi crue,
l'espérance et la charité. Ce sont-là les vertus de tous les chrétiens, et pas seulement des élites spirituelles. Elle était l'une des nôtres après tout.
Il y a plusieurs années, j'ai rencontré pour la première fois Mère Teresa après une célébration à Rome, j'ai pu rencontré Mère Teresa. Elle posa fermement
dans mes mains une carte d'affaire comme je n'en n'avais jamais vue. On pouvait y lire:
« Le fruit du silence est la PRIÈRE ; le fruit de la prière est la FOI; le fruit de la foi est l'AMOUR; le fruit de l'amour est le SERVICE; le fruit du
service est la PAIX. Que Dieu vous bénisse. - Mère Teresa ».
J'ai toujours cette carte avec moi. Il n'y avait pas d'adresse postale, pas numéro de téléphone ou de courriel sur la carte. Mère Teresa n'avait pas besoin
d'une adresse à ce moment. Et nous n'avons pas besoin d'adresse pour la rejoindre. Chacun sait où elle se trouve et comment la rejoindre : elle est là pour nous tous dans la communion des
Saints.
Conclusion
Permettez-moi de retourner à ma question d'origine : Y a-t-il de la place pour Dieu dans notre monde aujourd'hui ? Y a-t-il de la place pour des révolutionnaires de la sainteté dans notre
culture? La réponse est un ‘oui' fort! Jeunes de CCO, laissez-moi vous demander : Pourquoi les chrétiens et les catholiques de ce pays devraient-ils être réticents à se déclarer
chrétiens, catholiques, ou révolutionnaires de la sainteté ? Pourquoi devrions-nous nous comporter comme si notre message pouvait être dangereux ou comme si nous avions une Parole et une
histoire mais ne savions pas comment l'annoncer? Avons-nous peur de l'indifférence, de l'hostilité ou d'être ridiculisé? Si tel est le cas, laissez-moi vous rappeler la réponse de la jeune
Bernadette Soubirous au commissaire de police de Lourdes qui lui disait qu'elle ne l'avait pas convaincu des événements qui avaient eu lieu à la grotte près de la rivière. Bernadette lui
dit : « La Dame ne m'a pas dit de vous convaincre, mais de vous dire ses paroles. »
L'espérance était toujours au cœur de la proclamation des saints et bienheureux, même au milieu des périodes les plus sombres de l'histoire. Le
cœur de notre propre annonce doit aussi être l'espérance. «Spe salvi », dans l'espérance nous sommes sauvés, dit saint Paul aux Romains, et aussi à nous (Rom 8, 24). Lorsque l'Église se
trouvent dans des périodes creuses, Dieu élève des saints extraordinaires pour ramener l'Église à sa véritable mission, comme si la lumière du Christ était encore plus brillante en ces
périodes de noirceurs. Nous vivons l'une de ces périodes, et le Seigneur accepte toujours des candidats pour prendre cette forme extrême de sainteté. Et j'ai le fort sentiment que le Seigneur
était rayonnant de joie au cours des 28 dernières années, alors qu'Il regardait les foules de jeunes réunies à Rome, Buenos Aires, Saint-Jacques de Compostelle, Czestochowa, Denver, Manille,
Paris, encore à Rome, puis Toronto, Cologne et bientôt à Sydney. « Ha, ha, dit le Seigneur, les Journées mondiales de la jeunesse sont des bureaux d'emploi pour la sainteté extrême. Il y
a là des candidats qui peuvent travailler pour moi. »
Et le Seigneur s'est réjoui en grand au Canada alors qu'Il était aux conférences Rise Up des 8 dernières années, et qu'Il fait partie de CCO depuis 19
ans. « Ha, ha, je trouverai parmi ces jeunes Canadiens des successeurs de Saints Jean de Brébeuf, Noël Chabanel, Antoine Daniel, Charles Garnier, Isaac Jogues, Gabriel Lalemant, René Goupil
and Jean de Lalande. Je vois de nouveaux agents qui prendront la vision et le travail de Saintes Marguerite d'Youville et Marguerite Bourgeoys, et leur équipe gagnante de bienheureux: André
Grasset, Kateri Tekakwitha, Marie de l'Incarnation, François de Laval, Marie-Rose Durocher, André Bessette, Marie-Léonie Paradis, Louis-Zéphirin Moreau, Frédéric Janssoone, Catherine de
Saint-Augustin, Dina Bélanger, Marie-Anne Blondin, Émilie Tavernier Gamelin, Nykyta Budka, Basil Velychkovsky. » À cela le Seigneur ajouterait sûrement : « Il y a beaucoup de
francophones sur cette liste. Je veux que des jeunes du Canada anglais postulent pour ces emplois! »
Nous devons aujourd'hui rendre grâce au Seigneur pour avoir donné à l'Église au Canada des fondateurs et des modèles aussi impressionnants. Ces modèles
nous mettent au défi d'entreprendre aujourd'hui une nouvelle évangélisation. Ils nous encouragent par leur dévouement au Christ, et aussi par leur zèle et leur prière tout au long de
l'autoroute qui mène vers le ciel. Ces martyres, saints et bienheureux nous rappellent que nous sommes seulement et toujours en chemin sur cette route. Lorsque nous pensons la sainteté en ces
termes, comme une direction, un chemin, et non comme une destination, nous sentons que ce qui nous unit aux saints, nos compagnons de voyage, est beaucoup plus profond que ce qui nous
sépare.
Lors de la messe de minuit au Vatican, le pape Benoît XVI a partagé au monde cette magnifique réflexion : « Le ciel n'appartient pas à la
géographie de l'espace, mais à la géographie du cœur. Et le cœur de Dieu, dans cette Nuit très sainte, s'est penché jusque dans l'étable : l'humilité de Dieu est le ciel. Et si nous
entrons dans cette humilité, alors, nous toucherons le ciel. Alors, la terre deviendra aussi nouvelle. Avec l'humilité des bergers, mettons-nous en route, en cette Nuit très sainte, vers
l'Enfant dans l'étable ! Touchons l'humilité de Dieu, le cœur de Dieu ! Alors, sa joie nous touchera et elle rendra le monde plus lumineux. »
Il n'y a pas de meilleurs mots pour résumer la mission de révolutionnaires extrêmes de la sainteté que ces paroles du pape. Notre mission première relève
de la géographie du cœur. Être citoyens aux côtés des saints nous garanti des bénéfices qui ne sont pas de sont pas de ce monde, mais aussi l'assurance que nous aurons un goût du ciel
ici-bas! Dieu s'est abaissé pour nous embrasser à travers un petit enfant dans une étable. Puissions-nous accepter l'invitation de Dieu et embrasser cette grande humilité. Engageons-nous dans
cette mission avec paix, joie et courage. Alors le monde aura un aperçu et un avant-goût du ciel à travers nous. Telle est la mission et la vocation des saints, des bienheureux et des quelque
500 révolutionnaires extrêmes de la sainteté rassemblés ici à Calgary pour « Rise Up 2007 ».
Merci.