Partager l'article ! Les Scouts d'Europe et le Motu proprio : le masque tombe !: 1.- Dans un article encore récent - tout chaud - nous avions évoqué la lett ...
1.- Dans un article encore récent - tout chaud - nous avions évoqué la lettre qu'a dû écrire le cardinal Castrillon Hoyos, président de la Commission Ecclesia Dei, à la direction des Scouts d'Europe, à la suite des résistances que celle-ci opposait au motu proprio Summorum pontificum sur la messe. Le contenu complet de cette lettre ne nous était alors pas connu. Nous savions seulement que le prélat avait invité les intéressés à reconsidérer leur position.
Celle-ci, en revanche, nous était bien connue, que nous avons analysée : au nom de sa fidélité à l'Eglise et au magistère, et au nom de l'unité et de la paix du mouvement, l'AGSE disait ne vouloir s'en tenir qu'à la forme ordinaire de la messe. Bien plus, et c'est surtout là qu'était l'anomalie – au sens propre – elle s'autorisait à refuser à ses (?) Scouts d'assister à la forme extraordinaire de la messe - celle dite “du Bienheureux Jean XXIII” - sauf exceptions qu'elle s'autorisait encore probablement à contrôler.
2.- Pourquoi nous sommes-nous arrêtés à ce fait et pourquoi y revenons-nous encore ? Pour cette raison essentielle : cet événement est exemplaire. Il cristallise, sous une lumière très crue ce qui se passe dans l'Eglise, en France en tout cas, depuis près de 40 ans et ce qui s'y renouvelle, à chaque fois que le pape demande que l'on fasse un geste à l'égard des personnes attachées à l'ancienne forme liturgique.
3.- Que la liturgie latine ait dû être l'objet d'une réforme, selon les indications du concile Vatican II n'est pas ici remis en cause. Nous y acquiesçons sans aucune réserve, dans une soumission totale à la sagesse de l’Eglise.
Ce qui est néanmoins l'expérience de ceux qui ont vécu cette réforme, et ce qu'en retiendra l'histoire, quand celle-ci pourra en être écrite paisiblement et loyalement, c'est que cette réforme s'est très souvent faite dans la violence. La haine du passé, la haine des fidélités piétinées. Tout paraissait acceptable, en bien des endroits, dans l'ordre de l'innovation et de la "spontanéité", pourvu que cela ne fût pas "comme avant". Cette manie barbare et imbécile sévit hélas toujours. Le pape Benoît XVI, dans la lettre qu'il a écrite aux évêques à l'occasion du motu proprio Summorum pontificum l'a explicitement relevé, en parlant de ces « déformations de la liturgie à la limite du supportable » qui ont « profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l'Eglise » (1).
Le reconnaître, le dire, le répéter n’est pas ignorer ce que l’on est par ailleurs en droit de critiquer dans le comportement de maints traditionalistes, qui se croient souvent impeccables, malgré leur volontarisme et leur libre-examen. C’est néanmoins leur rendre une élémentaire justice. C’est poser aussi la question, impossible à esquiver, de savoir si les travers que l’on dénonce chez eux n’ont pas été provoqués par ceux qui aujourd’hui leur en font grief. On est mal placé pour reprocher ses cris à quelqu’un qu’on écorche. Sur ce point encore le pape a constaté, dans la même lettre, « qu'aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l'Eglise n'ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l'unité; on a l'impression que les omissions dans l'Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider ». Cette impression, hélas, demeure, même si de nettes améliorations se sont produites ici ou là.
L’Eglise n’est pas composée de deux sortes de fidèles : des élus du cœur et des parias, triés selon leur sensibilité au vent de l’histoire. Elle n’est pas une société qui construit sa réussite nouvelle sur le cadavre d’âmes sacrifiées, jugées inaptes au changement. C’est une honte sans nom que d’avoir pris ce parti que le mouvement de la réforme liturgique pouvait et devait laisser dans le fossé des masses entières de fidèles, et de les avoir abandonnées à elles-mêmes, à leurs chagrins, à leurs colères et à leurs errements. Une honte sans nom. Comprend-on ce que signifie « profondément blesser » des personnes « totalement enracinées dans la foi de l'Eglise » ? A qui possède un peu de sens théologal et ecclésial, cela signifie blesser le cœur même du Christ. Le Bon Pasteur a laissé 99 brebis parce qu’il lui était insupportable qu’une seule ne soit pas avec les autres. La parabole ne dit pas si cette brebis avait tort ou raison, si elle avait les pieds plats, si elle était ringarde, pelée, réactionnaire ou sosotte aux yeux des autres. Elle ne retient que ceci : elle n’était pas avec les autres et le Pasteur l’aimait, et tout lui paraissait devoir être fait pour qu’elle ne fût plus éloignée. Son cœur était déchiré à proportion de cet éloignement. N’est-ce qu’une image, une fable romantique, un conte pour enfants ? Ou bien est-ce une analogie, qui réalise dans le Christ ce que chaque pasteur qui participe de son sacerdoce doit être, pour tous les fidèles, sans acception de personnes ?
4.- La vérité commande de reconnaître que ces violences se sont souvent exercées sous le regard indifférent de la hiérarchie, quand ce n’est pas avec son concours. Peu nous importe qu’on nous fasse grief de le dire. L’histoire à écrire ne dira pas autre chose, et trop d’exemples nous viennent à l’esprit pour que nous en puissions douter. Toujours dans la même lettre, le Saint-Père, s’adressant aux évêques, leur disait ceci, non sans une paternelle sévérité : « Il me vient à l'esprit une phrase de la seconde Epître aux Corinthiens, où Saint Paul écrit : "Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens; notre coeur s'est grand ouvert. Vous n'êtes pas à l'étroit chez nous ; c'est dans vos coeurs que vous êtes à l'étroit. Payez-nous donc de retour; (...) ouvrez tout grand votre coeur, vous aussi!" Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place ».
5.- Le 3 octobre 1984, après une enquête de quatre ans, l’indult Quattuor abhinc annos du pape Jean-Paul II avait entrouvert aux évêques diocésains la faculté de permettre l’usage du missel de 1962 aux prêtres et aux fidèles qui en faisaient la demande, « énumérés explicitement » dans leur requête. Ce document, très restrictif, indiquait que cette célébration aurait lieu « dans les églises et les chapelles que l’évêque du diocèse indiquera (et pas dans les églises paroissiales, à moins que l’évêque ne le permette pour des cas extraordinaires) et qu’elle se [ferait] aux jours et dans les conditions approuvées par l’évêque, qu’il s’agisse des célébrations habituelles ou exceptionnelles » (Ici).
Cet indult est très largement resté lettre morte en France. Les prêtres et les fidèles désirant rester attachés au missel de 1962 – pour des raisons qui, plus tard, seront reconnues légitimes, ne l’oublions pas – ont été souvent réduits à le célébrer ou à y assister dans des hangars, dans une marginalisation qui a favorisé les surenchères, les durcissements et les désespoirs. Chacun campant sur ses positions, se réclamant de la seule Eglise, il est advenu ce qui devait advenir. Malgré les propositions inespérées qui lui ont été faites par Rome, raidi dans son désespoir jusqu’à affirmer que le Siège de Pierre était occupé par l’Antéchrist, Mgr Lefebvre a fait schisme.
Alors – et alors seulement hélas – est intervenu le motu proprio Ecclesia Dei, le 2 juillet 1988 (2). En relevant la conception erronée de Mgr Lefebvre sur la Tradition, le pape a invité tous les fidèles à réfléchir sur leur propre fidélité à cet héritage. Il a invité « tous les pasteurs et les autres fidèles [à prendre] une conscience nouvelle non seulement de la légitimité mais aussi de la richesse que représente pour l'Église la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d'apostolat ». Ceci constituait une invitation explicite au respect des traditionalistes : « A tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, je désire aussi manifester ma volonté – à laquelle je demande que s'associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans l'Église – de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations ». Le pape Jean-Paul II a alors donné cette injonction : « On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l’édition typique de 1962 ».
Cette application « large et généreuse » destinée à « faciliter la communion ecclésiale » n’a jamais eu lieu. Les traditionalistes ont continué d’être traités, dans de nombreux cas, comme des parias. Aujourd’hui encore, 20 ans plus tard, les communautés sacerdotales ou religieuses qui ont alors été reconnues rencontrent toujours des difficultés à exercer leur apostolat dans les diocèses où elles sont implantées. Et ce malgré une insuffisance alarmante de prêtres dans ces derniers. Il est vrai que rien n’est simple. Il y a eu, ou il y a toujours, des ambiguïtés sur la réalité de l’adhésion de ces communautés au magistère vivant, « de Nicée jusqu’à Vatican II », comme l’exprimait Ecclesia Dei. Il est vrai aussi que leur défiance parfois chronique à l’égard de la messe de Paul VI n’est pas faite pour encourager les plus récalcitrants ni désarmer de justes méfiances.
Le 7 juillet 2007, le pape Benoît XVI a publié la lettre apostolique Summorum pontificum qui modifie totalement la donne, en principe, puisque qu’elle réunit les deux formes liturgiques en conflit sous un seul et unique rite latin, d’égale valeur canonique, intégrées dans l’évolution homogène de la liturgie de l’Eglise. Tout prêtre peut désormais librement célébrer selon la forme extraordinaire de 1962. « Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962. Il appréciera lui-même ce qui convient pour le bien de ces fidèles en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’Évêque selon les normes du canon 392, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Église ».
6.- Tout paraît ainsi, enfin, concourir à la paix et à l’unité. Tout, sauf que l’essentiel, comme le pape l’a souligné dans sa lettre aux évêques, est dans les cœurs. Or beaucoup sont encore figés, comme si ce qui était en jeu n’était pas l’unité du troupeau que le Christ s’est acquis au prix de son Sang, comme l’a écrit saint Paul. La réaction de la direction des Scouts d’Europe en est une illustration affligeante et scandaleuse.
Alors qu’il était sollicité par Rome de modifier sa position, voici ce qu’a écrit le président de l’AGSE après l’avoir reçue :
« Les commissaires généraux ont informé les commissaires de province que le président de la commission pontificale Ecclesia Dei m'avait adressé en tant que président de l'AGSE une lettre par fax le 14 février 2008 concernant le communiqué “Place au scoutisme” du 17 novembre 2007. Cette information a également été donnée aux conseillers religieux présents lors du colloque, comme le demandait son auteur.
Cette question, si elle nous intéresse au premier chef, dépasse le cadre des Guides et Scouts d'Europe. Elle nécessite notamment des échanges entre le Siège Apostolique, les évêques de France et les dirigeants de l'Association, dans le respect des procédures prévues.
Il nous a donc été demandé d'être patients et discrets en attendant les résultats des échanges en cours afin d'éviter une communication prématurée.
Je ne peux vous donner par lettre davantage d'informations et considère avoir répondu aux demandes de diffusion de ce document émanant de certains administrateurs ».
Jean-Marie Nessi
M. NESSI, qui ne manifeste ainsi aucune intention de revenir sur la position actuelle de l’AGSE – formellement contraire aux demandes du pape – se moque du monde. Comment le dire autrement ?
Il dit les Scouts d’Europe « dépassés » par la question, sur laquelle pourtant l’AGSE n’a pas craint d’imposer, de son propre chef, une position inadmissible. Il prétend que des échanges sont nécessaires entre Rome, les évêques et les dirigeants de l’Association, dans le respect des procédures (sic!), pour régler le problème pendant, alors qu’il lui a été, directement et personnellement, demandé de corriger la position injustement prise, pour prendre en compte la norme imposée par le pape. Enfin, M. NESSI ajoute : « Il nous a donc été demandé d'être patients et discrets ». Qui donc est ce “il” ? Et de quel droit invoquer la patience et la discrétion pour couvrir le maintien de ce qui est objectivement une iniquité ?
Cette réaction est tellement choquante que le cardinal Hoyos a été contraint de rendre publique la lettre écrite à M. NESSI. En voici la teneur, telle qu’elle est donnée par le site Paix liturgique.com [Ici], et que nous reproduisons ici. C’est nous qui soulignons :
« Dernièrement sont arrivés à la Commission Pontificale “Ecclesia Dei” de nombreuses lettres au sujet de la Déclaration que vous avez fait au nom des Guides et Scouts d’Europe, qui porte le titre “Place au Scoutisme” et la date du 17 novembre 2007.
Dans cette Déclaration vous vous exprimez sur l'impossibilité de faire usage de la forme extraordinaire du Rite Romain pendant des activités de votre mouvement, comme par exemple des camps.
Comme vous le savez, cette matière a été réglée par le Motu proprio “Summorum Pontificum” du Souverain Pontife Benoît XVI entré en vigueur le 14 septembre 2007, lequel a donné à la Commission la charge de veiller sur l’application de ce Motu proprio.
Les lettres, qui nous sont arrivées, proviennent de la part de nombreux prêtres, - dont 61 ont signé une pétition explicite adressée à cette Commission Pontificale, - et aussi de la part des laïcs membres de votre mouvement : toutes expriment la même préoccupation que cette interdiction de l’usage extraordinaire ne soit pas conforme au Motu proprio et devrait causer de grands problèmes dans plusieurs sections des Scouts d’Europe.
Après avoir fait une profonde réflexion sur la matière, je me vois dans l’obligation de vous inviter à reconsidérer cette normative ; une nouvelle réglementation de votre part devrait prendre acte de ce qui suit :
Les prêtres membres d’un Mouvement de l’Eglise ont le droit de célébrer selon la forme extraordinaire, comme tous les autres prêtres ; ils ne peuvent, certes, imposer cette forme à tout leur mouvement ; d’autre part, les Dirigeants de telles Associations et Mouvements ne peuvent, ni imposer ni empêcher cette forme de la célébration dans leur Mouvement.
Je vous saurais donc gré, Monsieur le président, si vous pouviez en informer le comité des Scouts d’Europe lors de la réunion annuelle des Conseillers religieux prévue pour le 14 janvier 2008.
Signé : Dario Card. Castrillon Hoyos »
7.- Cette lettre est tout à fait explicite. Elle rappelle à M. NESSI que l’AGSE s’est octroyé un pouvoir qu’elle n’avait pas, sur une question tranchée en sens contraire par le pape. Elle signifie à l’AGSE de reconsidérer la norme imposée, de la modifier, et d’y intégrer ce qu’elle méconnaît : le droit de chaque prêtre à célébrer selon le rite du Bienheureux Jean XXIII. Elle se termine sur ce rappel sévère mais évident : l’AGSE n’a aucun droit, même si “il” – qui qu’il soit – prétend le contraire, à imposer ou empêcher quoi que ce soit en ce domaine. En effet, dans la lettre apostolique Summorum pontificum, le Vicaire du Christ a indiqué : « Les prières instantes de ces fidèles ayant déjà été longuement pesées par mon prédécesseur Jean-Paul II, ayant moi-même entendu les Pères Cardinaux au consistoire qui s’est tenu le 23 mars 2006, tout bien considéré, après avoir invoqué l’Esprit Saint et l’aide de Dieu, par la présente Lettre apostolique je DECIDE ce qui suit (…) ».
La vérité est donc que le masque tombe. La position de l’AGSE est une illégalité intenable. Invoquer la fidélité à l’Eglise et à son magistère pour la couvrir est une hypocrisie. Affirmer, après réception de la lettre du cardinal Hoyos, agissant ès qualités, que la question est à débattre avec l’épiscopat, le Saint-Siège et le mouvement est un mensonge.
Comme l’expérience de paroisses le montre, nombreux sont les fidèles – traditionalistes ou non – qui en ont assez de toutes ces manœuvres indignes, et qui aspirent de tout leur cœur à une vraie communion, dans le respect mutuel, la paix et l’enrichissement spirituel et liturgique auquel le pape les convie. Si ce projet ne vous convient pas, M. NESSI, personne ne vous l’impose. Ni dans les Scouts d’Europe, ni ailleurs. Si vous ne vous sentez pas en mesure de surmonter vos préventions, d’autres pourront le faire à votre place, mieux inspirés, qui n’auront besoin ni de « patience », ni de « discrétion » pour entrer avec joie, et loyalement, dans les intentions du Saint-Père.
Prenez du recul – démissionnez.
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(1) Cf. l’intégralité de cette lettre Ici
(2) Cf. l’intégralité de ce document Ici