Communautés

Mardi 29 janvier 2008 2 29 /01 /Jan /2008 10:32

Par La rédaction

    Le rapport Attali [téléchargeable gratuitement Ici], qui fait parler beaucoup de lui, part d’un constat sur lequel tout le monde est censé s’accorder : la société française est une société plombée, bloquée. Elle se heurte, dans une foule de domaines, à des verrous psychologiques, institutionnels, financiers, légaux, politiques, fiscaux. Tout le monde, par conséquent, devrait s’accorder au moins sur ceci : des réformes sont nécessaires. Pas des “réformettes”. Non. Des réformes en profondeur, pensées et conjuguées pour être effectives à moyen et long terme. Des réformes qui ont trop tardé à être apportées, par des retards qui les rendent chaque jour plus nécessaires encore.

L’un des grands problèmes, et peut-être LE grand problème, au fond, est que cet accord ne paraît subsister qu’autant qu’il reste au niveau des abstractions et des généralités. La société française, qui se fait gloire d’avoir fait exploser privilèges et corporations d’ancien régime, pour établir le règne de la raison, du droit et de la loi, a depuis tout aussi longue date reconstitué ses propres réseaux de privilèges, de castes et de corporatismes. Le même rapport Attali le constate, mais tout le monde le sait. Tout le monde le voit, et l’expérimente.Y compris nos voisins européens.

    Tout le monde le voit – mais ailleurs. “Ailleurs”, c'est-à-dire dans la caste ou la corporation du voisin. Celle d'à côté est ainsi supposée être la seule qui en soit une, et qui doive être réputée insupportable et préjudiciable. Par exemple, le cadre est un privilégié pour l’agent de la S.N.C.F., qui ne croit pas en être un lui-même. Ce dont il dispose, lui, n’est qu’un dû, un acquis social. Son régime dérogatoire est indispensable. Des acquis sociaux ou historiques, des castes, des corporatismes, il en existe partout. Dans le syndicalisme, l’administration, certaines entreprises, les professions du droit, etc., on rencontre des régimes spéciaux, qui ne sont pas uniquement ceux des retraites, et qui structurent autant de mondes particuliers sur les intérêts desquels leurs membres sont toujours prêts à se battre, bec et ongles, mondes sur les frontières desquels toute réforme devrait atteindre sa propre limite.

En fait, tout le monde est sensible à ce qu’on appelle, avec l’esprit réducteur propre à ce temps, “l’intérêt général”. Mais l’intérêt général ainsi clamé, lorsqu’il doit passer du champ du discours à celui plus exigeant de la vie concrète, passe par une métamorphose qui n’en fait plus souvent qu’un intérêt particulier parmi d’autres, fort trivial. Dans le fond, l’intérêt général, on s’en accommode autour d’une bière, entre deux cacahouètes. Mais dans la vie “sérieuse”, la société politique n’est pour le plus grand nombre qu’une sorte de société anonyme, réduite à un apport de parts, dont le nombre et la valeur importent seuls à ceux qui les détiennent, individuellement ou en groupe, avec le profit qu’ils en peuvent tirer. Seul compte, finalement, l’intérêt “général” de caste, de corporation. Si les cheminots ou les enseignants se mettent en grève pour défendre leurs intérêts de caste, le corporatiste d’un autre pré sera prompt à le leur reprocher vertement, non sans raison, en dénigrant leur comportement anti-politique. Il pourra alors se montrer d’une acuité chirurgicale sur leurs travers. Mais si c’est son intérêt de caste qui est menacé, que fera-t-il ? La même chose qu’eux. EXACTEMENT LA MEME CHOSE. A ceci près qu’il réputera nécessairement juste et nécessaire,  pour le maintien à tout prix de sa caste et de ses lois, ce qu’il répute être ordinairement injuste pour les autres. Et ainsi d’un corporatisme à l’autre. En définitive, la règle devient celle-ci : il est urgent de réformer, oui, mais qu’on ne touche pas à mon pré carré !

    C’est en particulier pour cela, peut-être, que l’évolution d’une société démocratique - la nôtre - pose tant de problèmes. Cette société repose sur l’expression des opinions, et les opinions expriment des intérêts. Mais ces opinions changent, se monnayent. Elles ne sont pas seulement sujettes à l’influence de l’argent, elles le sont aussi à la caresse des égoïsmes, individuels ou collectifs. Bien sûr, elles pourront être déterminées, lors d’une élection, par le fait que tel candidat paraît raisonnablement plus à même qu’un autre de défendre et de promouvoir les intérêts du pays. Mais que viennent de sa part des décisions, fussent-elles conformes à cette promotion, contraires aux intérêts d’une caste ou d’une corporation déterminée, on lui retirera alors tout crédit. C’est la manifestation très claire de la subordination de fait de l’intérêt général à l’intérêt particulier, à l’encontre de toute conception saine d’une vie sociale.

Il advient alors ceci, en démocratie comme en tout régime : seule l’autorité est à même de conduire la société à ce qui constitue son bien. A l’inverse, une situation de ce genre manifeste ceci : quel que soit le régime en place, c’est toujours l’ordination à ce bien qui sert de critère de légitimité, tant à l’action des gouvernants qu’à celle des gouvernés.

 
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Publié dans : Politique - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
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