Partager l'article ! Perte de "sens" dans le discours et l'action politique : du divorce notarié aux propos de Mme Guigou: Deux événement ...
Deux événements, sans liens apparents hormis celui de sortir du monde politique, nous amènent à constater, une fois de plus, la perte de sens dans l'action et le discours politiques actuels.
(1) Hier à l'assemblée nationale, Mme Guigou, ancien garde des sceaux, a cru de bon goût, lors des débats sur le projet de loi instaurant des centres de rétention dans lesquels les criminels les plus dangereux pourraient continuer à être enfermés après avoir fini de purger leur peine, que d'interpeler son successeur place Vendôme et le rapporteur du projet dans les termes (choisis) suivants :
« Vous, madame la ministre, vous, monsieur le rapporteur, anciens magistrats, vous tournez le dos à Beccaria nourri de la philosophie des Lumières, vous choisissez Lombroso et son ‘homme criminel'. Or, vous le savez, c'est cette philosophie positiviste qui a conduit aux pires débordements de l'Allemagne nazie ».
Outre qu'il est toujours croquignolet de prendre un cours de criminologie ou de philosophie par une telle personnalité en des termes aussi sommaires, on ne peut que trouver bien douteux une telle comparaison, s'agissant d'un projet de loi débattu à l'assemblée et encadré par les règles d'un Etat de droit somme tout avéré... Lorsque la recherche de la petite phrase médiatique en vient à des telles extrêmités de provocation, on ne peut que se demander si son auteur a bien sa place parmi les "responsables politiques", dont on devrait pouvoir attendre une certaine mesure et une attitude plus constructive lors de débat parlementaires tendant précisément à améliorer un texte.
Surtout, une telle phrase démontre la perte de sens du discours, à force d'excès de langage et d'occulation du sens des mots. Au fait, Mme Guigou a-t-elle jamais seulement réfléchi à ce que la "philosophie positiviste" qu'elle évoque doit à ces Lumières auxquelles elle semble si aveuglèment attachée ?
(2) Un projet de loi devrait prochainement sortir qui a déjà fait couler beaucoup d'encre : celui du transfert du divorce par consentement mutuel du tribunal vers les études de notaire.
Pour désengorger les juridictions, objectif que l'on peut saluer même si les procédés utilisés pour y parvenir apparaissent bien souvent contraires à l'esprit des institutions et aux garanties fondamentales (que l'on pense à la dispense de motivation de certaines décisions, ou à l'institution de petit juges non professionnels peu formés et peu payés), on en arrive à transformer en profondeur une institution aussi fondamentale que celle du mariage.
Car, au-delà de la querelle entre avocats et notaires dans laquelle nous ne voulons pas entrer, traiter ainsi le divorce, fût-il par consentement mutuel, dont la rupture ne nécessite pas l'intervention d'un juge, c'est affaiblir le mariage en tant qu'institution pour la rapprocher plus encore d'un simple contrat de droit privé. En outre, c'est renoncer à la garantie que présente l'intervention objective, extérieure et non-rémunérée d'un juge impartial pour apprécier le traitement réservé aux époux et, surtout, aux enfants. Il ne s'agit pas de douter de l'intégrité des notaires, mais de remarquer que cela ne relève pas de leur office et qu'ils ne peuvent être juges. A minima, une homologation judiciaire parait indispensable.
On ne tentera même pas de mettre en parallèle le discours du Président Sarkozy au Latran (!), mais force est de constater que ce projet et cette privatisation douce du divorce ne peuvent qu'inquiéter dans le sens qu'ils conduisent à donner au mariage. Sans que l'on en prenne bien conscience, la recherche de la satisfaction des besoins techniques, matériels, immédiats, conduit à une perte du sens de l'action politique, et à une atteinte aux fondements de la société.
Cette perte de sens dans l'action et le discours, que l'on observe trop souvent dans les médias, est particulièrement préoccupante.