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L’actualité, par divers bouts, remet sous nos yeux le phénomène odieux du terrorisme. Nous vous proposons donc ici de méditer ces textes. Celui de Mgr Montes, qui concerne l’ETA, tout d'abord, et surtout celui – très fort – du pape Jean-Paul II, qui concerne le terrorisme en général, sa perversité radicale, haine de l’homme et haine de Dieu même, peut-être surtout lorsqu’il s’attribue un caractère religieux.
« Depuis quarante ans, les évêques espagnols se sont clairement prononcés sur le terrorisme de l’E.T.A. et, à l’occasion, d’autres groupes criminels, qui tentent, sans y être jusqu’ici parvenus, de paralyser la société espagnole en s’imposant à la volonté des citoyens par la terreur. Ils ont rappelé les principes moraux qui rendent inadmissibles tout attentat contre la vie des personnes et contre la paix publique. Ils n’ont pas hésité, pour cette raison, à qualifier la violence terroriste d’action criminelle injuste et intrinsèquement immorale, s’agissant d’une véritable « plaie morale et sociale » qui a causé aux personnes comme à l’ensemble du corps social de l’Espagne tant de blessures et de souffrances » (Mgr A. González Montes, Obispo de Almería, in « Responsabilidad moral ante la situación social de España », Almería 2006).
Ce 4 décembre 2007, l'archevêque de Pampelune et évêque de Tudela (Navarre), Mgr Francisco Pérez, a condamné les récents attentats terroristes qui sont des actes « qui dégradent l'homme, méprisent le dessein de Dieu et constituent une dégradation de toute morale ». Il a imploré le secours de saint François-Xavier, patron de la Navarre, de toucher le coeur des terroristes, qui « ont pour unique but la violence » afin qu'ils se convertissent à l'amour et à la paix, en rappelant que ce saint, quant à lui, dont la vie était une constante offrande, était passionné pour le bien (Source : Aciprensa [Ici]).
Nous nous associons bien volontiers à cette prière.
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« C'est précisément la paix fondée sur la justice et sur le pardon qui est attaquée aujourd'hui par le terrorisme international. Ces dernières années, spécialement après la fin de la guerre froide, le terrorisme s'est transformé en un réseau sophistiqué de connivences politiques, techniques et économiques qui dépasse les frontières nationales et s'élargit jusqu'à englober le monde entier. Il s'agit de véritables organisations dotées bien souvent d'immenses ressources financières, qui élaborent des stratégies sur une vaste échelle, frappant des personnes innocentes qui n'ont rien à voir avec les visées poursuivies par les terroristes.
Utilisant leurs adeptes comme armes à lancer contre des personnes sans défense et ignorantes du danger, ces organisations terroristes manifestent d'une manière déconcertante l'instinct de mort qui les nourrit. Le terrorisme naît de la haine et il engendre l'isolement, la méfiance et le repli sur soi. La violence s'ajoute à la violence, en une spirale tragique qui entraîne même les nouvelles générations, celles-ci héritant ainsi de la haine qui a divisé les générations précédentes. Le terrorisme est fondé sur le mépris de la vie humaine. Voilà précisément pourquoi non seulement il est à l'origine de crimes intolérables, mais il constitue en lui-même, en tant que recours à la terreur comme stratégie politique et économique, un véritable crime contre l'humanité.
5. De ce fait, il existe un droit de se défendre contre le terrorisme. C'est un droit qui, comme tout autre droit, doit répondre à des règles morales et juridiques tant dans le choix des objectifs que dans celui des moyens. L'identification des coupables doit être dûment prouvée, car la responsabilité pénale est toujours personnelle et on ne peut donc l'étendre aux nations, aux ethnies, aux religions, auxquelles appartiennent les terroristes. La collaboration internationale dans la lutte contre l'activité terroriste doit comporter aussi un engagement particulier sur les plans politique, diplomatique et économique pour résoudre avec courage et détermination les éventuelles situations d'oppression et de marginalisation qui seraient à l'origine des desseins terroristes. Le recrutement des terroristes est en effet plus facile dans les contextes sociaux où les droits sont foulés au pied et où les injustices sont trop longtemps tolérées.
Il faut toutefois affirmer clairement que l'on ne peut jamais prendre prétexte des injustices qui existent dans le monde pour justifier les attentats terroristes. De plus, on doit noter que, parmi les victimes de l'écroulement radical de l'ordre que cherchent les terroristes, il faut compter en premier lieu les millions d'hommes et de femmes moins équipés pour résister à l'affaissement de la solidarité internationale. Je fais allusion ici d'une manière spécifique aux peuples du monde en voie de développement, qui vivent déjà avec une marge étroite de survie et qui seraient les plus douloureusement atteints par le chaos économique et politique généralisé. La prétention qu'a le terrorisme d'agir au nom des pauvres est une flagrante imposture.
6. Celui qui tue par des actes terroristes nourrit des sentiments de mépris envers l'humanité, faisant preuve de désespérance face à la vie et à l'avenir: dans cette perspective, tout peut être haï et détruit. Le terroriste pense que la vérité à laquelle il croit ou la souffrance endurée sont tellement absolues qu'il lui est légitime de réagir en détruisant même des vies humaines innocentes. Le terrorisme est parfois engendré par un fondamentalisme fanatique, qui naît de la conviction de pouvoir imposer à tous d'accepter sa propre conception de la vérité. Au contraire, même à supposer que l'on ait atteint la vérité — et c'est toujours d'une manière limitée et perfectible —, on ne peut jamais l'imposer. Le respect de la conscience d'autrui, dans laquelle se reflète l'image même de Dieu (cf. Gn 1, 26-27), permet seulement de proposer la vérité aux autres, auxquels appartient ensuite la responsabilité de l'accueillir. Prétendre imposer à d'autres par la violence ce que l'on considère comme la vérité signifie violer la dignité de l'être humain et, en définitive, outrager Dieu dont il est l'image. C'est pourquoi le fanatisme fondamentaliste est une attitude radicalement contraire à la foi en Dieu. À y regarder de près, le terrorisme exploite non seulement l'homme, mais Dieu lui-même, dont il finit par faire une idole qu'il utilise à ses propres fins.
7. Aucun responsable religieux ne peut donc user d'indulgence à l'égard du terrorisme et moins encore le préconiser. C'est une profanation de la religion que de se proclamer terroriste au nom de Dieu, d'user de violence sur les hommes au nom de Dieu. La violence terroriste est contraire à la foi en Dieu Créateur de l'homme, en Dieu qui prend soin de l'homme et qui l'aime. En particulier, elle est totalement contraire à la foi dans le Christ Seigneur, qui a montré à ses disciples comment prier: « Remets-nous nos dettes, comme nous les avons remises nous-mêmes à ceux qui nous devaient » (Mt 6, 12).
Suivant l'enseignement et l'exemple de Jésus, les chrétiens sont convaincus que faire preuve de miséricorde signifie vivre pleinement la vérité de notre vie: nous pouvons et nous devons être miséricordieux parce que nous avons bénéficié de la miséricorde d'un Dieu qui est Amour miséricordieux (cf. 1 Jn 4, 7-12). Le Dieu qui nous rachète par son entrée dans l'histoire et qui, à travers le drame du Vendredi saint, prépare la victoire du jour de Pâques est un Dieu de miséricorde et de pardon (cf. Ps 103 [102], 3-4. 10-13). Devant ceux qui le critiquaient parce qu'il mangeait avec les pécheurs, Jésus s'est exprimé ainsi: « Allez apprendre ce que veut dire cette parole: C'est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mt 9, 13). Les disciples du Christ, baptisés dans sa mort et dans sa résurrection, doivent toujours être des hommes et des femmes de miséricorde et de pardon »
(Jean-Paul II, Message pour la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002).