Communautés

Mercredi 14 novembre 2007 3 14 /11 /Nov /2007 14:38

Par La rédaction
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    Le Pakistan est un pays musulman à 96%, deuxième république islamique au monde, où se réfugient les intégristes afghans, où s'affrontent intégristes et musulmans plus "modérés", où l'état d'urgence vient d'être décrété pour lutter - officiellement au moins - contre les radicaux.

On sait peu qu'il compte cependant une minorité de catholiques (1 % de la population), qui est extrêmement menacée et dont le sort n'est pas enviable... L'observatoire de l'Aide à l'Eglise en Détresse (AED) précise que
les minorités religieuses au Pakistan souffrent à la fois de discriminations légales, d’actes de violence et de pressions sociales.

Il est donc particulièrement intéressant d'écouter l'entretien accordé par Mgr Lobo, évêque d’Islamabad et Rawalpindi à Radio Vatican (ICI).

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    Les témoignages sont bouleversants.
Ainsi, Sœur Pilar Vilasanjuan, de la Congrégation Jésus et Marie, missionnaire espagnole à Lahore au Pakistan, a affirmé que pour la minorité chrétienne, il est "difficile de vivre". "Les chrétiens souffrent ici tous les jours, non pas du fait du manque de nourriture ; ils ont de quoi manger, mais ils sont chassés des usines parce qu’ils sont chrétiens ; c’est une situation terrible impossible à expliquer", a-t-elle affirmé, en insistant sur la nécessité de la "tolérance" et de la "réciprocité". Jointe par téléphone depuis Lahore, la religieuse affirmait : "Il y a cinq minutes j’ai conduit hors du pays une famille menacée parce qu’elle était chrétienne". Sœur Pilar a également critiqué l’attitude de l’Europe à l’égard de l’islam : "En Europe nous ne sommes pas soutenus, on soutient l’islam ; mais plus ils obtiennent là-bas de considération, plus ils sont durs à notre égard ici". Tandis qu’en Europe on continue à construire des mosquées, commente la missionnaire, elle "a vu tomber les croix de toutes les Eglises ; ils veulent que nos temples aient des toits plats, sans croix, afin que l’on ne remarque pas que ce sont des églises". "J’aime ce pays, poursuit sœur Pilar, mais quand on parle de foi il n’y a pas de respect". La religieuse a exprimé son désir de vivre parmi les musulmans, en les aimant et en les respectant, mais elle demande "la même chose pour nous". Sœur Pilar est convaincue que les missionnaires dans ces pays ont avant tout besoin de prières. "Aujourd’hui être missionnaire dans certaines régions est dangereux", et les prières aident "à aller de l’avant", affirme-t-elle. "Les intolérances, reconnaît-elle, se multiplient en vengeances, grandes ou petites" (Source Zénit).

Extrême minorité perdue au milieu d'une communauté musulmane ultra majoritaire, l'Église ose cependant une parole pour défendre la liberté religieuse et pour réclamer un respect de tous, nous dit l'AED. Malgré des situations proches de la persécution, elle accomplit la charité sans distinction de confessions.

    Outre une lutte parfaitement fictive contre les madrassas (école coranique) parmi les plus radicales du monde islamique, le gouvernement ne fait manifestement rien pour lutter contre l'intolérance et l'intégrisme qui se développe dans le pays.

Selon Om Prakash, président de la Commission pour les droits des minorités, il arrive fréquemment que de jeunes femmes célibataires soient kidnappées pour être mariées à des musulmans et converties de force à l'Islam. En effet, dans un système profondément féodal où la polygamie est courante, les grands propriétaires terriens, tous de religion musulmane, abusent de leur position de force pour séquestrer les femmes et les convertir de force. Ils demandent en outre souvent aux paysans de se convertir à l'Islam avant de leur donner du travail. Beaucoup d'enfants sont arrachés à leur famille vers l'âge de 5 ans pour les faire travailler et les amener de force à l'Islam. La police et la justice sont dans la plupart des cas complices de ces actes par leur inaction. Beaucoup de lieux de culte sont régulièrement profanés ou incendiés ainsi que des villages, dans l'indifférence totale des autorités. Ce phénomène touche les provinces du Punjab et du Sind, à la frontière du Nord-Ouest, encore plus durement qu'ailleurs car l'Islam intégriste est très répandu dans ces régions qui perçoivent les communautés minoritaires comme des éléments indésirables. “Il est triste de constater que ce sont les minorités religieuses, chrétiennes et hindoues en particulier, qui sont visées et qui ne peuvent jouir de l'égalité des droits, un principe pourtant inscrit dans la Constitution du pays”, a déclaré Mgr Joseph Coutts lors d'un forum des minorités religieuses réunies le 26 mai 2006 à Lahore pour aborder le problème des conversions forcées à l'Islam. Les responsables des différentes communautés touchées et des associations défendant leurs droits ont décidé de présenter un document relatant ce phénomène à partir des multiples cas concrets de persécution et de le soumettre non seulement aux autorités pakistanaises mais également à la scène internationale pour exercer une pression sur le gouvernement. La Commission “Justice et Paix” et la Caritas sont engagées depuis longtemps dans cette lutte mais il est urgent qu'une campagne plus massive soit menée. La décision a été prise durant ce forum d'agir entre autre de manière unie et forte pour l'abolition de la “loi sur le blasphème”.

De plus, les lois sur le blasphème en vigueur au Pakistan sont discriminatoires. Elles permettent de faire passer en justice des chrétiens pour cause de blasphème contre l'Islam pour n'importe quel motif et de manière arbitraire. En mai 2006, 30 personnes étaient en procès ou en attente de l'être suite à une accusation de blasphème sans aucune transparence. Parmi elles se trouvent également des musulmans. Cette loi est souvent utilisée dans des cas de vengeance personnelle ou de jalousie. Cela était le motif d'accusation du chrétien Yousaf Masih. Il a gagné une somme d'argent le 11 novembre 2005 que lui devait un musulman. Le lendemain, le bruit a commencé à courir comme quoi il avait brûlé des pages d'un exemplaire du Coran, un acte passible de la prison à vie. Alors des musulmans en nombre, environ 3000 personnes, sont entrés dans le village de Sangla Hill. Ils ont réduit en cendres trois églises ainsi que la demeure de M. Masih qui a réussi à fuir, et saccagé des biens des chrétiens du village. Ses frères ont été arrêtés et ont subi de mauvais traitements par la police. Arrêté à son tour, il a dû subir la torture. Le conseil juridique de la Commission “Justice et Paix” de la Conférence des évêques catholiques a entamé des démarches pour prouver son innocence. Finalement, le 23 février 2006, celui qui avait déposé une plainte contre lui a avoué n'avoir jamais vu Yousif Masih commettre l'acte dont il l'avait accusé et il a été relâché.

En mai dernier encore, des communautés chrétiennes ont reçu des menaces leur imposant la conversion à peine de mort (voir ICI - en anglais).

Pour un dossier complet, voir le site de l'AED (ICI) ou des missions étrangères (ICI). Quant à l'implication des chrétiens dans la lutte pour les droits de l'homme et la démocratie depuis que l'état d'urgence a été décrété, on se reportera à la récente dépêche de l'Agence Fides (ICI).

    N'oublions pas ces chrétiens du Pakistan, dont la vie est chaque jour menacée, et qui comptent sur nos prières. Pensons à eux, avant de tolérer n'importe quoi de nos gouvernements (pour qui la réciprocité doit être un concept arriéré) ou
du leur !


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Publié dans : L'Eglise qui souffre
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