Partager l'article ! Entretien de La Croix avec Mgr Ricard : l'Eglise de France ne va pas si mal !: Un entretien interessant avec ...
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Un entretien interessant avec Mgr Ricard, dont on sait que Mgr Vint-Trois vient de lui succéder à la tête de la Conférence des évêques de France, a été publié par le journal La Croix (ICI). Nous vous en livrons quelques extraits.___
La Croix : L’Église de France vient de connaître des temps forts comme le rassemblement religieux-laïcs, puis Ecclésia 2007 à Lourdes. Elle a vécu aussi des tensions autour d’un motu proprio… Comment la trouvez-vous, au moment de laisser votre charge ?
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Cardinal Jean-Pierre Ricard : Pas si mal que ça ! Elle se veut fidèle au Christ, annonçant l’Évangile face à un mouvement de sécularisation déjà ancien mais toujours actif en Occident, qui affaiblit la relation des gens avec la foi et avec l’Église.
En même temps, des chrétiens prennent en charge la vie ecclésiale, des hommes et des femmes redécouvrent le chemin de la foi, bien des fidèles s’investissent dans la formation chrétienne, etc. Ces signes invitent à l’espérance : le Christ est là, présent dans la barque de l’Église même si celle-ci paraît secouée…![]()
Les craintes suscitées par le motu proprio sur la liturgie sont-elles apaisées ?Il y en a eu beaucoup plus avant sa publication qu’après. On avait peur que des modalités nouvelles pour célébrer selon le Missel tridentin soient l’occasion de remettre en cause la réforme liturgique voulue par Vatican II et tous les papes depuis Paul VI. Ce qui nous a beaucoup aidés, c’est la lettre de Benoît XVI qui accompagne le motu proprio, définissant la liturgie conciliaire comme « la forme ordinaire » du rite romain, l’autre étant une « forme extraordinaire ».
J’ai senti, en échangeant avec le pape lui-même, qu’il considère cette question dans une perspective d’avenir, comptant sur un enrichissement possible entre ces deux formes, et absolument pas comme un retour au passé ! Le pape pense qu’une bonne part des catholiques attachés à la tradition peut entrer dans une dynamique de réconciliation. Je partage cette conviction.![]()
Où en est la mise en œuvre de ce document, et comment avez-vous vécu personnellement cette affaire ?
Nous avons fait le point en septembre entre archevêques. J’ai été frappé par la volonté de chaque diocèse de s’organiser pour répondre positivement aux demandes. Pour le moment, peu de demandes nous sont arrivées. Par contre, dans plusieurs diocèses en France, cette question a éveillé l’intérêt de prêtres et de fidèles pour redécouvrir les grandes intuitions du Concile qui ont mené à la réforme liturgique.Pour moi, le point le plus douloureux dans ces débats autour de Vatican II, c’est de voir que la démarche spirituelle du Concile n’est parfois pas perçue, voire est rejetée. Il y a là comme un déni envers l’Esprit Saint. Je souffre beaucoup plus de cela que des problèmes de reconnaissance institutionnelle. Par ailleurs, je vous avouerai que, par santé spirituelle, je ne consulte jamais les sites intégristes. Leur violence me ferait douter qu’une réconciliation soit possible…![]()
Vu de Rome, la France reste un enfant terrible : pratique et vocations en baisse, relents de gallicanisme… Comprenez-vous cette impression ?
De telles réactions sont actuellement le fait de fonctionnaires de second rang au Vatican. Dans mes rencontres à Rome, je n’entends plus ce type de discours, qui existait encore il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, Rome nous dit au contraire : « Votre situation est difficile, mais nous savons tout ce que vous faites pour la vitalité de votre Église, et tous les germes de renouveau qui apparaissent. »On nous invite à persévérer, beaucoup plus qu’on ne nous juge. C’est vrai que le nombre de prêtres et de séminaristes reste une question ; mais Rome sait que nous n’avons pas pris le parti de l’échec, et nous ne nous faisons plus « remonter les bretelles » comme avant.![]()
Votre mandat à la tête de l’épiscopat a également connu un changement de pontificat…
Nommé en 2002 membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, j’en ai rencontré les membres presque tous les mois, en particulier son préfet, le cardinal Ratzinger. C’est dire que, lorsqu’il est devenu pape, je le connaissais, admirant son intelligence et sa clarté dans les analyses, mais aussi sa gentillesse.Et j’ai tout de suite pensé que ce pape ne serait pas la caricature que certains en faisaient. C’est d’abord un enseignant, désireux de faire comprendre l’enseignement de Jean-Paul II pour éclairer les situations nouvelles que nous connaissons.![]()
Dans la même période, les relations Église-État ont connu des moments forts : rudes débats de société, centenaire de la loi de 1905, mais aussi contacts avec le sommet de l’État. Quel bilan en tirez-vous ?
J’ai vécu depuis huit ans un changement de climat dans ces relations. Avec le cardinal Billé, nous avons voulu renouer des relations plus régulières avec le président de la République et avec le premier ministre, à un moment où Jacques Chirac et Lionel Jospin convenaient tous deux que cela manquait.
C’était l’époque du livre de René Rémond, Le Christianisme en accusation, et Lionel Jospin était impressionné de voir que les catholiques se sentaient mal à l’aise dans la société. Pour faire face à cette situation, il a proposé de mettre en place une instance de dialogue.
C’est ainsi qu’ont été mises sur pied, avec Matignon, des rencontres régulières (une ou deux fois par an) ou parfois plus informelles. On y traite les dossiers de l’heure, mais on évoque aussi des questions de société comme – à la demande de nos interlocuteurs – la crise des banlieues ou la loi sur la fin de vie.
La parole de l’Église vous semble-t elle attendue par les responsables de la cité ?(...)
Notre discours sur les sujets de société, même s’il gêne parfois (on l’a vu sur l’immigration), est bien reçu quand il s’agit de doctrine sociale. Par contre, ce qui touche à l’embryon, à la famille ou au mariage, au croisement du privé et du social, a plus de mal à être entendu : on nous rétorque que l’opinion va dans l’autre sens ; on nous oppose le poids des sondages… Mais peut-on élaborer sur la base des seuls sondages une politique qui engage l’avenir ?
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Comment expliquez-vous l’embarras de l’épiscopat, il y a un an, face au Téléthon ?(...)
La question se reposera cette année. Malgré des différences entre nous, la plupart des évêques n’appelleront pas au boycottage. Cela ne nous empêche pas de manifester notre inquiétude en constatant qu’une partie des fonds récoltés va à certaines recherches que nous désapprouvons. Le Téléthon n’est pas seul en cause : la Conférence épiscopale s’exprimera certainement sur le sujet lors de la prochaine révision des lois de bioéthique.
L’Église n’est pas opposée à toute recherche scientifique, et je ne serais pas étonné que, dans les mois à venir, nous soyons amenés à soutenir de façon positive d’autres types de recherches, qui ne posent pas à nos yeux les mêmes problèmes moraux.![]()
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