Partager l'article ! La ville de Rouen restitue à la Nouvelle-Zélande une tête de guerrier maori: On a appris que le maire de Roue ...
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On a appris que le maire de Rouen, M. Pierre Albertini, avait décidé, avec l'accord du conseil municipal de la ville, de restituer une tête de guerrier maori, qui était conservée depuis 1875 au Museum des sciences naturelles de la ville, à la Nouvelle-Zélande. Malgré l'opposition du ministre de la culture et l'exercice d'un recours devant le tribunal administratif, il a organisé hier matin (23/10) une cérémonie au cours de laquelle il a remis la tête à Sarah Dennis, ambassadeur de la Nouvelle-Zélande en France.
Au-dela de l'anecdote, cet épisode pose plusieurs problèmes qui méritent d'être évoqués.
En premier lieu, on doit pouvoir se demander de quel droit un maire - fût-il un de ces potentats locaux, dont la décentralisation a peuplé nos bonnes provinces, en son fief - peut décider de donner à un pays étranger des biens qui ne lui appartiennent pas, mais appartiennent au patrimoine de la nation ? En autorisant ce genre de comportement, on peut craindre le pire d'un Delanoë ou d'un Frèche...
En deuxième lieu, les arguments qui sont opposés retiennent l'attention. Si le ministère de la Culture s'est opposé mardi à la restitution par la ville de Rouen d'une tête de guerrier maori à la Nouvelle-Zélande, c'est que la tête conservée au Museum des sciences naturelles de Rouen fait partie des collections des musées qui sont protégées, à l'évidence, "par un régime juridique particulier, destiné à garantir l'intégrité du patrimoine de la Nation qui est en principe inaliénable". Le minstre fait valoir également, à raison mais un peu tard, qu'une décision de cette nature suppose de recueillir au préalable l'avis d'une commission scientifique, ce qui n'a pas été fait ici.
Même si le comportement autocratique de la mairie est inadmissible dans un Etat de droit et n'est explicable que par la déliquescence de l'Etat, ce qui rend le débat intéressant, est la raison invoquée pour procéder à cette restitution. Pierre Albertini explique que Rouen est la première ville française à procéder à une telle restitution de "restes humains", alors que les autres pays le font "sans aucun problème". Et le gouvernement néo-zélandais demandait depuis longtemps restitution de ces têtes, en ce qu'elles ont, pour le peuple maori, un caractère sacré.
La nature humaine et sacrée de ce qui est devenu un élément du patrimoine national impose-t-elle cette restitution ? On peut le croire et en débattre sérieusement : mais alors, si tel est le cas, pourquoi cette tête sera-t-elle... exposée dans un musée de Wellington, et non dignement enterrée selon les rites sacrés de la tribu dont elle émane (ou rendue à cette tribu) ?
En dernier lieu, se pose la question de l'efficacité des services du ministère de la culture, bien prompts à se mobiliser pour sauver l'esprit des cocktails mondains à travers la planète, mais incapables de déposer un recours administratif et de saisir le tribunal administratif en référé - dont l'efficacité n'est aujourd'hui plus à démontrer - en temps utile !
Car en l'absence de décision du juge, le maire n'a pas cru devoir attendre pour restituer la tête. Une action de l'Etat à son encontre est-elle envisagée ? Il faudrait un peu plus de courage et d'efficacité pour faire respecter la légalité en période préélectorale, même envers un ami politique.