A l’annonce et à la publication de la Lettre apostolique Summorum pontificum, certains fidèles ou ecclésiastiques se sont émus. Cette même émotion peut être suscitée aujourd’hui par des demandes exprimées en vue de l’application de ce texte, ici ou là. Ces dernières ne vont-elles pas introduire divisions et divergences là où elles n’existent pas ? Est-il utile et sain d’introduire des clivages dans l’unité ?
C’est précisément parce que cette unité n’était qu’apparente, ou en tout cas incomplète, que le Saint-Père, pasteur commun, a cru devoir prendre cette mesure afin que chacun puisse trouver sa place en sa paroisse, jusque dans l’expression de sa vie liturgique.
Unité ne veut pas dire uniformité. Et particularité ne veut pas dire divergence.
C’est à l’épreuve de la charité que la communion, dont on a si longtemps et tant de fois invoqué l’exigence, peut trouver aujourd’hui tout son sens et sa vérité.
Nous vous proposons ici un texte de saint Bernard, qu’il écrivit au sujet de la variété des ordres religieux dans l’unité de l’Eglise. Ce qui vaut des ordres vaut, mutatis mutandis, des groupes liturgiques, unifiés autour d’ordo différents. Il nous a semblé qu’il méritait, en les présentes circonstances, d’être médité dans cette perspective.
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« Quoi d’étonnant si, dans ce temps d’exil où l’Eglise est en marche vers la patrie, subsiste ainsi une unité pluraliste, pour ainsi dire, et une unique pluralité, puisque dans la patrie elle-même, quand l’Eglise régnera, il y aura une égalité inégale ? Il est écrit : dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures. De même que là, une seule maison aura de nombreuses demeures, ici une seule Eglise à des ordres divers ; et de même qu’ici un même Esprit de Dieu distribue des grâces différentes, là une seule maison unira des gloires différentes. Ici et là, une seule et même unité consiste en une même charité ; ici la diversité vient de la multitude des ordres et des manières de vivre, là elle sera constituée par des mérites entre lesquels les différences n’introduiront ni opposition, ni désordre.
Elle sait bien, l’Eglise, que sa concorde est de cette façon discordante et sa discorde concordante ; et c’est pourquoi elle dit : « En son nom, le Seigneur m’a conduite par les chemins de la justice » (Ps. 22,3). Elle dit « les chemins » au pluriel et « la justice » au singulier, traduisant à la fois la diversité des actions et l’unité de ceux qui agissent. Et prévoyant que, dans le ciel aussi, l’unité admettra bien des distinctions, elle chante, joyeuse : « Tes places publiques, ô Jérusalem, seront pavées d’or pur, et dans toutes tes rues on chantera : Louange à Dieu ! Alleluia ! » (Tb 13,22). Les places et les rues signifient les gloires et les couronnes diverses. L’or, ce métal unique dont toute la ville est embellie, et cet unique Alleluia qui retentit partout, symbolisent la beauté semblable que tous partageront, et l’unique attachement à Dieu d’innombrables esprits. Tous ne s’avancent donc point sur un même sentier, parce que n’est pas unique la demeure où l’on tend. Mais personne, quelle que soit sa voie, ne doit se séparer de l’unique pratique du bien : chacun, par sa voie propre, arrivera dans sa demeure, à l’intérieur de l’unique maison du Père » (saint Bernard, Apologie, n° 8).