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Les Catéchèses d'Hermas

Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /Juin /2010 00:00

Par Mgr Jacques MASSON

2). « Quid mihi et tibi mulier ? ».


La traduction la plus commune est littérale, et déclare : « Qu’y a-t-il de commun entre toi et moi, Femme ? », qui se présente sous une forme offensante, irrespectueuse de Jésus vis-à-vis de sa Mère, et est considérée comme un refus d’intervenir de la part de Jésus. Mais alors, pourquoi Marie dit-elle aux serviteurs « Faites tout ce qu’il vous dira » ?


« Femme, cela regarde-t-il vous et moi ? » (Missel Quotidien, Dom Gérard, 1951), autrement dit : ne nous mêlons pas de cette affaire ! Même genre de traduction dans la Bible Pastorale (Brépols, 1997) : « Femme, en quoi cela ne nous concerne-t-il ? ». « Femme, que me veux-tu ? » trouve-t-on dans les lectures officielles du Missel des Dimanches en français, 3° dimanche ordinaire, Année C). Je pourrais continuer longtemps ainsi dans l’énumération des traductions ! Ceci montre la grande confusion qui règne chez les traducteurs, et surtout, qu’ils sont dans l’incapacité de donner une traduction cohérente de la réponse de Jésus à sa Mère, en raison d’une grande ignorance de la Bible, et surtout parce qu’ils n’ont pas compris le sens du « signe » de Cana !

La phrase « quid mihi et tibi (mulier) (homo) » est une expression du langage commun chez les juifs. Tout dépend du ton sur lequel elle est prononcée. Elle peut aller du refus total , à l’insulte : « qu’est-ce que j’ai à voir avec toi fils de chien ! » (réponse de David à Shiméi qui l’insultait et lui lançait des pierres, 2 Samuel 16,10, et 19, 23), mais aussi à l’accueil favorable d’une demande présentée par quelqu’un. On voit mal Jésus répondre mal à sa Mère, et lui dire : « que me veux-tu », sur un ton lassé, ou « en quoi cela nous concerne-t-il » ? ce qui trancherait avec la délicatesse de Jésus qui a « pitié de ces foules car elles sont comme des brebis sans pasteur », qui fait remarquer qu’ils n’ont pas mangé depuis trois jours, et qui les nourrit avec cinq pains et deux poissons, multipliés à profusion.

L’attitude de Marie qui dit aux serviteurs « faites tout ce qu’il vous dira », montre clairement que Jésus accueille favorablement la remarque de sa Mère, et qu’il va y pourvoir. Sa réponse ne peut être que la suivante, positive, et présentée pour l’instant sous deux formes entre lesquelles le contexte nous aidera à choisir : « Que dois-je faire ? », ou « que puis-je faire ? ».

3). « Femme »


Cette manière de s’adresser à sa Mère peut choquer notre mentalité moderne, habituée à des formules toutes faites, selon les personnes auxquelles on s’adresse. Mais là aussi, c’est une manière commune de s’exprimer chez le peuple juif : « Mulier, Femme, ou bien Homo, Homme. On les retrouve à plusieurs reprises dans la bouche de Jésus, quand il s’adresse à une malade qui lui demande de le guérir « homo » « mon ami ». Il dit de même à Marie de Magdala : « Mulier, quid ploras » : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » (Jean 20, 13). Et lorsque Pierre est interrogé par une servante, dans la cour du grand-prêtre, il lui répond : « Mulier, non novi illum », « Femme, je le connais pas ». Et comme un serviteur insistait, Pierre déclare » : « O Homo, non sum », « « Mon ami, je n’en suis pas » (Luc 22, 56.58).

Rappelons simplement pour l’instant, car nous allons revenir sur cette appellation, les paroles de Jésus à sa Mère, du haut de la Croix : « Mulier, ecce filius tuus », « Femme, voilà ton fils » (Jean 19, 26b) : il existe un lien très étroit entre les deux récits, qui sont les seuls qui concernent Marie et que Jean a retenus. Jean, l’Aigle de Patmos, ne pouvait pas manquer de souligner la richesse exceptionnelle de ce terme pris dans le langage courant, mais que l’on trouve dés le début de la Genèse, et dans l’Apocalypse, dans un sens tout différent d’une simple interpellation.

 

(à suivre)

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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /Juin /2010 14:06

Par Mgr Jacques MASSON

Les Noces de Cana

 

Que le lecteur me pardonne de parler encore de Monsieur Trinquet ! Mais il était et il est toujours un bibliste de renom remarquable. A propos des Noces de Cana, il déclarait avec flamme, en 1965 : « Quand les prédicateurs cesseront-ils de dire que Jésus a changé l’eau en vin pour tirer d’embarras deux pauvres jeunes mariés, car le vin venait à manquer ? Ce sont des ignorants qui n’ont rien compris à ce qui n’est pas simplement un miracle, mais un signe, et qui indique une réalité qui n’est pas visible mais qui dépasse de beaucoup le miracle et sera comprise plus tard ! Le Verbe de Dieu s’est fait chair pour bien autre chose ! ». Je suis de son avis, permettez-moi de le dire tout simplement.

 

Au temps fixé par le Père, Jésus quitte Nazareth : le temps est venu pour lui de se manifester au monde, de commencer son ministère. De Nazareth en Galilée au nord, il se dirige vers le sud, au bord du Jourdain dans le désert de Judée, là où les foules accourent pour entendre l’invitation de Jean à la pénitence (le Baptiste) et se faire baptiser par lui. Jean Baptiste prêchait à environ sept à huit kilomètres à l'est de Jéricho (30 km environ au nord-ouest de Jérusalem) ; les habitants de Jérusalem allaient à sa rencontre en empruntant le seul chemin praticable à l'époque, celui qui conduisait justement à cette ville. Jéricho était presque essentiellement habitée par les lévites et les sacrificateurs qui officiaient dans le Temple ; ils ne pouvaient donc pas ignorer ce qui se faisait à proximité de chez eux. Ce chemin historique passait en particulier par Béthanie, petite commune bien connue où des amis de Jésus, Lazare et ses deux sœurs, habitaient. Sur tout son long, ce chemin d'une trentaine de kilomètres est chargé de symboles et de faits réels : c'est là que Lazare revient à la vie, c'est là que Marie, la sœur de Lazare oint les pieds de Jésus annonçant sa mort ; c'est un peu plus loin, que Jésus situe la parabole du bon samaritain, et c'est surtout là, en fin de parcours, que Jésus se fait baptiser et qu'Il rencontre ses premiers disciples, Jean et André frère de Simon-Pierre auquel il dira « Nous avons trouvé le Messie », Philippe de Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre (cf. Jean 2, 35-49) qui conduit Nathanaël à Jésus.

 

C’est la première semaine du ministère public de Jésus. Jean nous donne une chronologie précise : le témoignage de Jean-Baptiste, puis « le lendemain », répété trois fois, jours durant lesquels Jésus rencontre successivement les disciples nommés ci-dessus : 4 jours. Après quoi Jésus remonte en Galilée, nous dit Matthieu, quitte Nazareth et vient s’établir pour un temps à Capharnaüm. « Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée » nous dit Saint Jean, terminant ainsi la première semaine de vie publique de Jésus, et il ajoute : « La Mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité, ainsi que ses disciples ». (Jean 2 1-2), certainement ceux-là mêmes que Jésus a connus au bord du Jourdain, et qui l’ont suivi.

 

Je crois qu’il est utile de citer ce texte en entier pour qu’aucun détail ne puisse nous échapper, car ce miracle est particulier, c’est un SIGNE comme l’appelle Saint Jean, et il nous faut tâcher de découvrir sa signification, précisément

 

Jean chapitre 2° :


1. 

Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était.

2. 

Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples.

3. 

Or il n'y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé. La mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont plus de vin. »

4. 

Jésus lui dit : « (Que me veux-tu, femme : je préfère me référer au texte latin ci après)  Quid mihi et tibi mulier? Mon heure n'est pas encore arrivée. »

5. 

Sa mère dit aux servants : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. »

6. 

Or il y avait six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures.

7. 

Jésus leur dit : « Remplissez d'eau ces jarres. » Ils les remplirent jusqu'au bord.

8. 

Il leur dit : « Puisez maintenant et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent.

9. 

Le maître du repas goûta l'eau changée en vin : comme il en ignorait la provenance, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l'eau - le maître du repas appelle le marié

10. 

et lui dit : « Tout homme sert d'abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant ! »

11. 

Tel fut le premier des signes de Jésus, il l'accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.

 

Les commentaires, les interprétations, les traductions abondent et donnent lieu à des élévations spirituelles d’une grande beauté… mais qui montrent qu’ils n’ont pas compris du tout le sens profond du « signe », du premier « signe » accompli par Jésus à Cana !, nous disait encore Monsieur Trinquet.

 

Voyons de plus près ces passages difficiles et leur compréhension, non leur interprétation personnelle. Les points « controversés » sont les suivants :

 

« Ils n’ont plus de vin »

« Quid mihi et tibi mulier ? »

« Femme » (mulier)

« Mon Heure n’est pas encore arrivée »

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».

 

1). « Ils n’ont plus de vin »

 

Marie s’est aperçue que le vin venait à manquer et elle s’adresse à Jésus. Et les prédicateurs de s’émerveiller devant la délicatesse de la Sainte Vierge, à qui rien n’échappe, et qui vient demander à Jésus de faire un miracle. Comment Marie peut-elle demander à son Fils de faire un miracle pour des gens déjà ivres ? Et quel miracle ? De plus quel sens aurait ce miracle, « gratuit », qui ressemblerait fort à la tentation de Satan : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Matthieu 4, 5). En a-t-il fait à Nazareth pendant sa jeunesse ? Aucune tradition n’en parle !  Sait-elle que Jésus peut faire des miracles, et qu’il va faire des miracles, non pour « épater la galerie », mais pour révéler qui il est, et accomplir sa Mission, à l’Heure venue ? Certes elle sait que « rien n’est impossible à Dieu » comme l’Ange Gabriel le lui a dit. Mais il serait inconvenant de sa part d’utiliser la puissance divine pour tirer d’embarras deux pauvres mariés en difficulté.

 

La réalité est tout autre, comme le soulignait Monsieur Trinquet. Pour les mariages de notre époque, les invités offrent aux jeunes époux des cadeaux de toutes sortes, pour les aider à se meubler, à faire leur voyage de noces, pour qu’ils aient tout le confort tout de suite. Nous sommes il y a vingt siècles, dans un petit bourg de Galilée. Les noces, à cette époque duraient plusieurs jours, voire même une semaine, et c’est tout le village qui partageait la joie des nouveaux époux. Chaque famille, comme cadeau, apportait ce qui était nécessaire pour que rien ne manquât à la fête, au repas surtout. Marie et Jésus sont invités à ces noces. Et Jésus arrive avec quelques invités supplémentaires, ses premiers amis. Marie et Jésus ont participé eux aussi aux cadeaux pour ces noces. Marie se lève et dit à Jésus, qui est le chef de la famille, Joseph étant décédé : « Ils n’ont plus de vin ».

 

Lequel d’entre nous, invité à des noces oserait se lever de table, aller trouver le maître du repas, ou le père du marié et de la mariée, pour lui indiquer qu’il manque quelque chose ? Ce serait un manque total de délicatesse, s’occuper de ce qui ne nous concerne pas. Marie aurait dû s’adresser discrètement, elle-même, au maître du repas pour le lui faire remarquer. Si Marie dit à Jésus : « ils n’ont plus de vin », cela manifeste, certes qu’elle est attentive au bien-être de tous, à la bonne réussite de la fête, mais surtout que cela concerne Jésus, qu’elle s’adresse à Celui qui, en cadeau, a offert le vin, et qui doit y remédier : Le vin des Noces de Cana a été offert en cadeau par Marie et Jésus, par Jésus et Marie. Et Marie lui demande de remédier, humainement, à ce manque, pour que la fête ne soit pas gâchée. « C’est aussi simple que cela » nous disait Monsieur Trinquet !

 

(à suivre)

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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /Juin /2010 07:10

Par Mgr Jacques MASSON

 

 

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« Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé »

 

« Videbunt in quem transfixerunt »

 

La liturgie de cette semaine nous présente deux fêtes, liées entre elles : la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, vendredi 11 juin, et, le lendemain, la fête du Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie.

 

Bien que le seul Sauveur soit Jésus, il est toutefois indéniable que Dieu a voulu associer à la Rédemption des hommes, selon un mode qui lui est propre et particulier, Celle qui est appelée Fille du Père Eternel, Epouse du Saint-Esprit, Mère du Verbe Incarné, la Vierge Marie. Il l’a fait tout d’abord en nous la donnant comme Mère, selon les paroles de Jésus du haut de la Croix, pour nous enfanter à la vie nouvelle. Et les deux Cœurs sont unis par un point commun : la lance qui perce la côté de Jésus, le glaive qui transperce l’âme de Marie, selon la prophétie de Siméon.

 

« Un soldat lui perça le côté Et aussitôt Il sortit du sang et de l’eau »

 

Saint Jean, « le disciple que Jésus aimait », se trouvait au pied de la Croix quand le centurion romain transperça le Côté de Jésus de sa lance, et il en rend témoignage, avec insistance :

 

Jean chapitre 19 :

 

25.  Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

26.  Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27.  Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui.

31.  Comme c'était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat - car ce sabbat était un grand jour -, demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes et qu'on les enlevât.

32.  Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui.

33.  Venus à Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,

34.  mais l'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau.

35.  Celui qui a vu rend témoignage - son témoignage est véritable, et celui-là sait qu'il dit vrai - pour que vous aussi vous croyiez.

36.  Car cela est arrivé afin que l'Écriture fût accomplie : Pas un os ne lui sera brisé.

37.  Et une autre Écriture dit encore : Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé.

(cf. Exode 12, 26 ; Zacharie 12, 10)

 

Que veut nous dire Saint Jean ? Qu’il a vu sortir du côté de Jésus du sang et de l’eau ? Son insistance est trop grande pour se limiter à ce simple témoignage. Saint Jean « le voyant de Patmos », au regard pénétrant de l’aigle qui est son symbole, veut nous dire quelque chose de plus :

 

« pour que vous aussi vous croyiez »

 

Que nous croyions qu’il a vu sortir du côté de Jésus du sang et de l’eau ? Penser cela serait méconnaître profondément l’Evangile qu’il a écrit, et tout ce qu’il veut nous dire, et que les autres évangélistes n’ont pas dit. L’insistance de Jean veut nous faire comprendre quelque chose de plus grand, de plus grandiose.

 

Le Corps de Jésus est « le temple spirituel d’où jaillit la source d’eau vive ». L’eau qui sort du côté de Jésus est, pour Jean, la source d’eau vive qui sort du Temple qu’est son Corps. Saint Jean, qui insiste par deux fois sur l’accomplissement des Ecritures :

 

36.  Car cela est arrivé afin que l'Écriture fût accomplie : Pas un os ne lui sera brisé.

37.  Et une autre Écriture dit encore : Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé,

 

n’a pas pu ne pas penser à la vision du prophète Ezéchiel, en septembre-octobre 573 avant Jésus-Christ : la vision du Temple futur, du Temple Messianique, et surtout de la vision de la « Source du Temple » (au chapitre 47), dont la liturgie pascale a repris le texte pour le rite de l’Aspersion des fidèles avant la Messe, à la place de « l’Asperges me » habituel pour le reste de l’année : « Vidi Aquam »

 

« Vida Aquam egredientem de Templo a latere dextro »

« J’ai vu l’eau sortir du côté droit du Temple »

 

Et ainsi, en rappelant ce geste du centurion, saint Jean a ouvert pour les siècles futurs, la voie à la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, percé par la lance ; il est le premier, saint Jean précisément, « le disciple que Jésus aimait », celui qui, lors de la Dernière Cène, pencha sa tête sur la poitrine de Jésus (Jean 13, 25). La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus commence avec ce témoignage de saint Jean : « un soldat, de sa lance, lui perça le côté, et il en sortit du Sang et de l’Eau » (Jean 19, 34).

 

C’est ce Cœur qu’a vu, des siècles plus tard, Sainte Marguerite-Marie Alacoque, et à laquelle il dit :

 

“Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son Amour”.

 

Dom Guéranger écrit à propos de ce Cœur transpercé par la lance (Année Liturgique, Fête du Sacré-Cœur) :

 

« L'Evangile ici nous renvoie au passage du prophète Zacharie annonçant l'effusion de l'Esprit de grâce sur la maison du vrai David et les habitants de Jérusalem (Zacharie XII, 10 3). Et ils verront dans celui qu'ils ont percé (Jean. XIX, 37)», ajoutait le prophète.

 

« Mais qu'y verront-ils, sinon cette grande vérité qui est le dernier mot de toute l'Ecriture et de l'histoire du monde, à savoir que Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique, pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (Jean. III, 16) ? »

 

« Voilée sous les figures et montrée comme de loin durant les siècles de l'attente, cette vérité sublime éclata au grand jour sur les rives du Jourdain (Luc. III, 21-22), quand la Trinité Sainte intervint tout entière pour désigner l'Elu du Père et l'objet des divines complaisances (Isaïe XLII, I . Restait néanmoins encore à montrer la manière dont cette vie éternelle que le Christ apportait au monde passerait de lui dans nous tous, jusqu'à ce que la lance du soldat, ouvrant le divin réservoir et dégageant les ruisseaux de la source sacrée, vînt compléter et parfaire le témoignage de la Trinité bienheureuse. « Il y en a trois, dit saint Jean, qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois n'en font qu'un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l'Esprit, l'eau et le sang ; et ces trois concourent au même but... Et leur témoignage est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et qu'elle est dans son Fils (I Jean. V, 7, 8, 11 ». ». Passage mystérieux qui trouve son explication dans la fête présente ; il nous montre dans le Cœur de l'Homme-Dieu le dénouement de l'œuvre divine, et la solution des difficultés que semblait offrir à la Sagesse du Père l'accomplissement des desseins éternels.

 

« Penchée encore sur la béante ouverture du Côté du Sauveur, entendons l'Eglise naissante s'écrier à Dieu, dans l'ivresse de son cœur débordant : « Père souverain, Seigneur mon Dieu, je vous louerai, je vous chanterai des psaumes au milieu des nations. Lève-toi donc, ô ma gloire! 0 réveille-toi, ma cithare et mon psaltérion (Psaume. CVII, 1-4) ». Et le Seigneur s'est levé triomphant de son lit nuptial au matin du grand jour ; et le Cœur Sacré, reprenant ses mélodies interrompues, a transmis au ciel les accents enflammés de la sainte Eglise. Car le Cœur de l'Epoux appartient à l'Epouse, et ils sont deux maintenant dans une même chair (Genèse. II, 24).

 

Dans la pleine possession de celle qui blessa son Cœur (Cantiques des Cantiques IV, 9), le Christ lui confirme tout pouvoir à son tour sur ce Cœur Divin d'où elle est sortie. Là sera pour l'Eglise le secret de sa force. Dans les relations des époux, telles que les constitua le Seigneur à l'origine en vue de ce grand mystère du Christ et de l'Eglise.

 

« Si Adam a péché, c'est qu'Eve a séduit et affaibli son cœur; Jésus nous sauve, parce que l'Eglise a ravi son Cœur, et que ce Cœur humain ne peut être ému et dompté, sans que la Divinité elle-même soit fléchie. Telle est, quant au principe sur lequel elle s'appuie, la dévotion au Sacré-Cœur ; elle est, dans cette notion première et principale, aussi ancienne que l'Eglise, puisqu'elle repose sur cette vérité, reconnue de tout temps, que le Seigneur est l'Epoux et l'Eglise l'Epouse.

 

« Les Pères et saints Docteurs des premiers âges n'exposaient point autrement le mystère de la formation de l'Eglise du côté du Sauveur ; et leurs paroles, ouvraient la voie aux sublimes et plus libres épanchements des siècles qui suivirent. « Les initiés connaissent l'ineffable mystère des sources du Sauveur, dit saint Jean Chrysostome ; de ce sang et de cette eau l'Eglise a été formée ; de là sont sortis les Mystères, en sorte que, t'approchant du calice redoutable, il faut y venir comme devant boire au côté même du Christ (In Johannem. Homilia. 84) ». — « L'Evangéliste, explique saint Augustin, a usé d'une parole vigilante, ne disant pas de la lance qu'elle frappa ou blessa, mais ouvrit le côté du Seigneur. C'était bien une porte en effet qui se révélait alors, la porte de la vie, figurée par celle que Noé reçut l'ordre d'ouvrir au côté de l'arche, pour l'entrée des animaux qui devaient être sauvés du déluge et figuraient l'Eglise (In Johannem. Tractatus, CXX 2) ».

 

« Comme « apôtres » de la dévotion au Sacré-Cœur, il faut aussi citer, entre autres, Sainte Gertrude, à laquelle, 27 janvier 1281, au monastère bénédictin d'Helfta, près Eisleben en Saxe, l'Epoux divin se révélait, l'épouse qu'il avait choisie pour l'introduire dans ses secrets et ses réserves les plus écartées, ; et sainte Mechtilde sa compagne.

 

« Le Dieu qui fait choix des petits pour confondre les forts avait désigné, pour la manifestation du Cœur sacré, la religieuse inconnue d'un obscur monastère. Comme au XIII° siècle il avait négligé les Docteurs et les grands Saints eux-mêmes de cet âge, pour solliciter auprès de la Bienheureuse Julienne du Mont-Cornillon l'institution de la fête du Corps du Seigneur, il demande de même la glorification de son Cœur divin par une fête solennelle à l'humble Visitandine de Paray-le-Monial, que le monde entier connaît et vénère aujourd'hui sous le nom de sainte Marguerite-Marie.

 

Marguerite-Marie reçut donc pour mission de faire descendre des mystiques sommets, où il était resté comme la part cachée de quelques âmes bénies, le trésor révélé à sainte Gertrude. Elle nous transmet les paroles même de Jésus, que nous devons méditer sans cesse :

 

« Etant devant le Saint-Sacrement un jour de son Octave (en juin 1675), raconte elle-même la Sainte, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour. Et me sentant touchée du désir de quelque retour, et de Lui rendre amour pour amour, Il me dit : « Tu ne m'en peux rendre un plus grand service qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant de fois demandé. » Alors me découvrant son Divin Cœur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu'ils ont pour moi dans ce Sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C'est pour cela que je te demande que le premier vendredi d'après l'Octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera a pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et qui procureront qu'il lui soit rendu. »

 


Prières au Sacré-Cœur de Jésus

 

Dans la présentation du Mois du Sacré-Cœur, j’ai indiqué déjà les Litanies du Sacré-Cœur, et l’Acte de Réparation. Nous pouvons y ajouter les prières suivantes, peu connues des fidèles, car elles font partie de l’Office Divin, c’est-à-dire des prières du Bréviaire. Elles sont aptes à enrichir notre dévotion, à approfondir notre foi, et à « aimer ce Cœur qui a tant aimé les hommes », dans tout notre oeur, dans toute notre vie.

 


Auctor beáte sǽculi (à Matines) - Sacré-Coeur de Jésus

 

1. Auctor beáte sǽculi, Christe, Redémptor ómnium, 
lumen Patris de lúmine, Deúsque verus de Deo.

 

1. Bienheureux créateur du Inonde, Christ, universel Rédempteur, 
lumière jaillie de la lumière du Père, Dieu vrai sorti de Dieu.  

 

2. Amor coégit te tuus mortále corpus súmere, 
ut, novus Adam, rédderes, quod vetus ille abstúlerat.

2. C’est ton amour qui t’a contraint à prendre un corps mortel, 
pour nous rendre, nouvel Adam, ce que l’ancien nous avait pris.

 

3. Ille amor, almus ártifex terræ marísque et síderum, 
erráta patrum míserans et nostra rumpens víncula.

3. Cet amour, auguste artisan de la terre, de la mer et des astres, 
prit en pitié les égarements de nos pères et rompit nos liens.  

 

4. Non Corde discédat tuo vis illa amóris íncliti : 
hoc fonte gentes háuriant remissiónis grátiam.

4. Que de ton Cœur ne se retire pas la force de ce merveilleux amour; 
qu’à cette source les nations puisent la grâce du pardon.

 

5. Percússum ad hoc est láncea passúmque ad hoc est vúlnera, 
ut nos laváret sórdibus, unda fluénte et sánguine.

5.Si la lance le frappa, s’il endura ses blessures, 
c’était pour nous laver de nos taches par l’eau et le sang répandu.

 

6. Iesu, tibi sit glória, qui Corde fundis grátiam 
cum Patre et almo Spíritu in sempitérna sǽcula. Amen.

6.A toi soit la gloire, Jésus, qui de ton Cœur répands la grâce, 
avec le Père et l’Auguste Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

Autre hymne de Matines

 

Dans leur orgueil, dans leur cruauté, nos crimes se sont réunis ; ils ont blessé le Cœur d'un Dieu, ce Cœur innocent digne d'un tout autre sort.

 

Nos péchés dirigeaient la lance du soldat qui le transperça : le crime qui donne la mort avait aiguisé la pointe de ce fer cruel.

 

Appelée aux honneurs d'Epouse, l'Eglise est née de la blessure du Cœur du Christ. Cette blessure est la porte qui s'ouvrait aux lianes de l'arche où le genre humain devait trouver le salut.

 

Comme un fleuve à sept courants, la grâce jaillit sans cesse de ce Cœur; et nous pouvons purifier dans le sang de l'Agneau toutes les souillures de nos vêtements.

 

Quelle honte de retourner au péché qui déchire ce noble Cœur ! allumons plutôt dans nos cœurs la flamme d'amour qui le consume.

 

Faites-nous cette grâce, ô Christ! ô Père ! ô Esprit-Saint ! vous dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais. Amen.

 

 

Cor, arca legem cóntinens (à Laudes) - Sacré-Coeur de Jésus

 

1. Cor, arca legem cóntinens, non servitútis véteris, 
sed grátiæ, sed véniæ, sed et misericórdiæ.

1. Cœur, arche contenant la Loi, non de l’antique servitude, 
mais la loi de grâce, mais celle du pardon, mais celle de la miséricorde.

 

2. Cor sanctuárium novi Intemerátum féderis, 
templum vetústo sánctius, velúmque scisso utílius.

2. Cœur, sanctuaire inviolé de la nouvelle alliance, 
temple plus saint que l’ancien, voile plus utile que celui qui fut déchiré.

 

3. Te vulnerátum cáritas ictu paténti vóluit, 
amoris invisíbilis ut venerémur vúlnera.

3. Ton amour a voulu que tu fusses blessé par un coup visible, 
pour que d’un amour invisible nous vénérions les blessures.

 

4. Hoc sub amóris sýmbolo passus cruénta et mýstica, 
utrúmque sacrifícium Christus Sacérdos óbtulit.

4. Sous ce symbole de l’amour, le Christ Prêtre, 
ayant souffert de façon sanglante et mystique, offrit un double sacrifice.

 

5. Quis non amántem redámet ? Quis non redémptus díligat, 
et Corde in isto séligat ætérna tabernácula ?

5. A Celui qui nous aime qui ne rendrait son amour ? Quel racheté ne le chérirait pas 
et dans ce Cœur ne se choisirait pas une demeure éternelle ?

 

6. Jesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, 
cum Patre et almo Spíritu in sempitérna sǽcula. Amen.

6. A toi soit la gloire, Jésus, qui par ton Cœur répands la grâce, 
ainsi qu’au Père et à l’auguste Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

En ut supérba críminum (à Vêpres) - Sacré-Coeur de Jésus

 

1. En ut supérba críminum et sæva nostrórum cohors 
Cor sauciávit ínnocens meréntis haud tale Dei !

1. Voici comment la cohorte orgueilleuse et cruelle de nos crimes a blessé 
le Cœur innocent d’un Dieu qui ne méritait rien de tel!

 

2. Vibrántis hastam mílitis peccáta nostra dírigunt, 
ferrúmque diræ cúspidis mortále crimen ácuit.

2. La lance brandie par le soldat, ce sont nos péchés qui la dirigent, 
et le fer de la pointe cruelle, la faute mortelle l’aiguise.

 

3. Ex Corde scisso Ecclésia, Christo iugáta, náscitur : 

hoc óstium arcæ in látere est genti ad salútem pósitum.

3. Du Cœur percé naît l’Église, unie au Christ : 
c’est la porte placée sur le côté de l’arche pour le salut du genre humain.

 

4. Ex hoc perénnis grátia, ceu septifórmis flúvius, 
stolas ut illic sórdidas lavémus Agni in sanguine.

4. De lui découle une grâce sans fin, comme un fleuve septiforme, 
pour que nous y lavions nos robes dans le sang de l’Agneau.

 

5. Turpe est redíre ad crímina, quæ Cor beátum lácerent : 
sed æmulémur córdibus flammas amóris índices.

5. C’est une honte de revenir aux crimes qui blesseraient ce Cœur bienheureux : 
attisons plutôt dans nos cœurs les flammes, indice de l’amour.

 

6. Iesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, 
cum Patre et almo Spíritu, in sempitérna sǽcula. Amen.

6. Jésus, dont le Cœur répand l’amour, à toi soit la gloire, 
ainsi qu’au Père et à l’auguste Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

Autre hymne de Vêpres

 

Divin créateur de ce monde, ô Christ Rédempteur de tous, lumière issue de la lumière du Père, vrai Dieu engendré par le vrai Dieu.

 

Votre amour vous contraignit de prendre un corps mortel, pour nous rendre, nouvel Adam, les dons que l'ancien nous avait dérobés.

 

Cet amour puissant qui créa la terre, la mer et les cieux, fut ému de compassion pour la faute de nos premiers parents, il se dévoua pour briser nos chaînes.

 

Qu'elle demeure donc toujours dans votre Cœur, cette puissance d'un si noble amour; que ce Cœur soit toujours la fontaine où les âmes aillent puiser la grâce du pardon.

 

C'est pour cela que ce Cœur fut percé de la lance, qu'il fut traversé par une blessure sacrée, afin que nous fussions lavés de nos souillures par l'eau et le sang qui en jaillirent.

 

Gloire soit au Père, et au Fils, et à l'Esprit Saint, dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais.

Amen.

 

V/. Vous puiserez en allégresse les eaux jaillissantes

R/. Aux fontaines du Sauveur.

 

COR JESU SACRATISSIMUM, MISERERE NOBIS


COR JESU SACRATISSIMUM, MISERERE NOBIS


COR JESU SACRATISSIMUM, MISERERE NOBIS



CŒUR IMMACULE DE MARIE, SOYEZ NOTRE SALUT


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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Praedicatho.com
Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 18:05

Par Mgr Jacques MASSON

 Ce Vendredi 11 juin, en la Solennité du Très Saint Cœur de Jésus, le Pape Benoît XVI célébrera la Sainte Messe, Place Saint Pierre, en conclusion de l’ANNEE SACERDOTALE qu’il avait proclamée pour la sanctification des prêtres, à l’occasion du 150° anniversaire de la Mort du Curé d’Ars, Saint Jean Marie Vianney.

 

Tout au long de cette Année, et en différentes occasions, le Saint-Père n’a cessé de rappeler un aspect important du Ministère Sacerdotal des prêtres, la prière, mais en premier lieu la célébration quotidienne du Saint-Sacrifice de la Messe, du Sacrifice du Christ offert « in remissionem peccatorum », en rémission des péchés. Et ce qu’Il a accompli sur la Croix, quand son Heure fut arrivée, il a chargé les Apôtres et leurs successeurs, de le rendre présent jusqu’à la fin des siècles : « Hoc facite in meam commemorationem », « faites ceci en mémoire de moi ».

 

C’est en effet pour enlever, pour porter sur Lui les péchés du monde que le Verbe de Dieu s’est fit chair devenant « Agnus Dei ; qui tollis peccata mundi », pour nous arracher à l’esclavage du péché, à la mort, et nous libérer des mains de Satan.

 

Malheureusement, dans le monde actuel, le péché règne en roi ; et même la plupart du temps, même chez les fidèles et les âmes consacrées, le sens du péché, de sa gravité, de ses conséquences pour notre vie future, n’est plus ressenti comme un drame abominable, ni même parfois comme péché. Comme péché, qui a pourtant nécessité l’Incarnation du Verbe de Dieu, Sa Passion, sa Mort ignominieuse sur la Croix, afin de nous faire retrouver aux enfants prodigues que nous sommes devenus, ou que nous sommes en train de devenir, la Maison du PERE Miséricordieux, du Dieu des Misericordes.

 

C’est pourquoi, à l’occasion de la conclusion de cette Année Sacerdotale, consacrée au Saint Curé d’Ars qui a passé une bonne partie de son ministère sacerdotal dans son confessionnal, à donner le pardon des péchés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Hermas.info a pensé offrir à ses lecteurs ce que le prêtre Jean-Marie Vianney disait à ses fidèles, dans un sermon du Vendredi Saint, et que nous oublions trop souvent : ces paroles, il les adresse à chacun de nous, aujourd’hui, prêtres et fidèles :

 

 

Le péché renouvelle la passion de Jésus-Christ

 

Prolapsi sunt, rursurn crucifigentes sibimetipsis Filium Dei.
Ceux qui pèchent crucifient en eux-mèmes de nouveau le Fils de Dieu

(Saint Paul aux Hébreux, IV, 6.)

 

ars2.jpgPouvons-nous, concevoir un crime plus horrible que celui des Juifs, quand ils firent mourir le Fils de Dieu, qu'ils attendaient depuis quatre mille ans, lui qui avait été l'admiration des prophètes, l'espérance des patriarches, la consolation des justes, la joie du ciel, le trésor de la terre, le bonheur de l'univers ? Quelques jours auparavant, ils l'avaient reçu en triomphe à son entrée à Jérusalem, manifestant ainsi clairement qu'ils le reconnaissaient pour le Sauveur du monde. Dites-moi, est-il possible que, malgré tout cela, ils veuillent le faire mourir, après l'avoir accablé de toutes sortes d'outrages ? Quel mal leur avait donc fait ce divin Sauveur ? Ou plutôt, quel bien ne leur faisait-il pas, en venant les délivrer de la tyrannie du démon, les réconcilier avec son Père, leur ouvrir la porte du ciel que le péché d'Adam leur avait fermée ? Hélas ! de quoi n'est pas capable l'homme qui se laisse aveugler par ses passions ! Pilate laissa aux Juifs le choix de leur délivrer ou Jésus ou Barabbas, qui était un insigne voleur. Ils délivrent le voleur chargé de crimes ; et Jésus, qui était l'innocence même, bien plus encore, leur Rédempteur ; ils veulent qu'on le fasse mourir ! Ô mon Dieu ! quelle indigne préférence ! Cela vous étonne, vous avez bien raison ; cependant, si j'osais, je vous dirais que nous faisons cette préférence toutes les fois que nous péchons. Et pour mieux vous le faire sentir, je vais vous montrer combien grand est l'outrage que nous faisons à Jésus-Christ en préférant la voie de nos penchants à la voie de Dieu.

 

Oui, la malice des hommes leur a fait trouver, des moyens pour renouveler les souffrances et la mort de Jésus-Christ, non seulement d'une manière aussi cruelle que chez les Juifs, mais encore d'une manière sacrilège et pleine d'horreur. Jésus-Christ, sur la terre, n'avait qu'une vie et qu'un calvaire où il devait être crucifié ; mais, depuis sa mort, l'homme, par son péché, lui fait trouver autant de croix qu'il y a de cœurs sur la terre. Pour mieux vous en convaincre, voyons cela de plus près. Qu'apercevons-nous dans la passion de Jésus-Christ. ? N'est-ce pas un Dieu trahi, abandonné même de ses disciples ; un Dieu mis en parallèle avec un infâme voleur ; un Dieu exposé à la fureur du libertinage et traité comme un roi de théâtre ? Enfin, n'est-ce pas un Dieu crucifié sur une croix ? Tout cela, vous en conviendrez, était bien humiliant et bien cruel dans la mort de Jésus-Christ. Cependant je ne crains pas de vous dire que ce qui se passe tous les jours parmi les chrétiens, est encore bien plus sensible à Jésus-Christ, que tout ce que les Juifs ont pu lui faire souffrir.

 

Je sais bien que Jésus-Christ fut trahi et abandonné de ses apôtres : ce fut là peut-être même la plaie la plus sensible à son cœur si bon. Mais je dis que par la malice de l'homme et du démon, cette plaie si douloureuse est renouvelée chaque jour, chez un nombre infini de mauvais chrétiens. Si Jésus-Christ, dans la Sainte Messe, nous a laissé le souvenir et le mérite de sa Passion, il a permis qu'il y eût encore des hommes, des chrétiens portant le caractère de ses disciples, et qui néanmoins le trahissent et l'abandonnent, dès que l'occasion s'en présente. Ils ne se font point scrupule de renoncer à leur Baptême, ni de renier leur foi ; et cela, par la crainte d'être raillés ou méprisés de quelques libertins ou de quelques petites ignorantes. De ce nombre sont les trois quarts des gens de nos jours, qui n'osent montrer par leurs actes qu'ils sont chrétiens. Or, nous abandonnons notre Dieu, toutes les fois que nous laissons nos prières soir ou matin, et que nous manquons la sainte Messe, les Vêpres, ou autres exercices qui se font dans l'église. Nous avons abandonné le bon Dieu, depuis que nous ne fréquentons plus les sacrements. Ah ! Seigneur, où sont ceux qui vous sont fidèles, et qui vous suivent jusqu'au Calvaire ?... Jésus-Christ, dans le temps de sa Passion, prévoyait déjà combien peu de chrétiens le suivraient partout, combien peu il y en aurait, que ni les tourments, ni la mort ne pourraient séparer de lui. Parmi tous ses disciples, il n'y eut alors que sa sainte Mère et saint Jean, qui eurent assez de courage, pour l'accompagner jusqu'au Calvaire. Tant que Notre-Seigneur combla ses disciples de bienfaits, ils furent toujours prêts à souffrir. Tels étaient saint Pierre, saint Thomas ; mais le moment, de l'épreuve arrivé, tous s'enfuirent, tous l'abandonnèrent. Image évidente de tant de chrétiens qui font à Dieu les plus belles résolutions ; mais qui, à la moindre épreuve, le laissent et l'abandonnent : ils ne veulent reconnaître ni Dieu, ni sa providence ; une petite calomnie, un petit tort qu'on leur fera, une maladie un peu longue, la crainte de perdre l'amitié d'une personne de qui ils ont reçu ou de qui ils attendent quelque bien, leur fait alors regarder la religion comme rien ; ils la mettent de côté, et vont même jusqu'à se déchaîner contre ceux qui la pratiquent. Ils tournent tout en mal, maudissent les personnes qu'ils croient en être cause. Hélas ! mon Dieu, que de déserteurs ! qu'il y a peu de chrétiens pour vous suivre, comme la sainte Vierge, jusqu'au Calvaire !...

 

Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous connaître que nous suivons Jésus-Christ ? Rien de plus facile à savoir. C'est lorsque vous observez fidèlement les commandements. Il nous est ordonné de prier Dieu soir et matin, avec un grand respect : eh bien ! le faites-vous à genoux, avant de travailler, dans le désir de plaire à Dieu et de sauver votre âme ? Ou bien, au contraire, le faites-vous par habitude, par routine, sans penser à Dieu, sans songer que vous êtes en danger de vous perdre, et que, par conséquent, vous avez besoin des grâces du bon Dieu pour ne pas vous damner ? Les commandements de Dieu vous défendent de travailler le saint jour du dimanche. Eh bien ! voyez si vous y êtes fidèles, si vous avez passé saintement ce jour, à prier, à vous confesser de vos péchés, de crainte que la mort ne vous surprenne dans un état capable de vous conduire en enfer. Examinez la manière dont vous avez assisté à la sainte Messe, pour voir si vous avez été bien pénétrés de la grandeur de cette action, si vous avez vraiment pensé que c'était Jésus-Christ lui-même, comme homme et comme Dieu, qui était présent à l'autel ? Y êtes-vous venus avec les dispositions que la sainte Vierge avait sur le Calvaire, puisque c'est le même Dieu et le même sacrifice ? Avez-vous témoigné à Dieu combien vous étiez fâchés de l'avoir offensé, et qu'avec le secours de sa grâce, vous aimeriez mieux mourir que de pécher à l'avenir ? Avez-vous fait tout votre possible pour vous rendre dignes des faveurs que le bon Dieu voulait vous accorder ? Lui avez-vous demandé qu'il vous fît la grâce de bien profiter des instructions que vous avez le bonheur d'entendre, et dont le but est de vous instruire sur vos devoirs envers lui et envers votre prochain ? Les commandements de Dieu vous défendent de jurer : voyez quelles paroles sont sorties de votre bouche, consacrée à Dieu par le saint Baptême ; examinez si vous n'avez jamais juré le saint Nom de Dieu, si vous n'avez point dit de mauvaises paroles, etc. Le bon Dieu vous ordonne par un commandement, d'aimer vos père et mère, et le reste. Vous dites que vous êtes enfant de l'Église : voyez si vous observez ce qu'elle vous commande... (

 

Oui, si nous sommes fidèles à Dieu comme la sainte Vierge, nous ne craindrons ni le monde, ni le démon ; nous serons prêts à tout sacrifier, même notre vie. Voici un exemple. L'histoire raconte qu'après la mort de saint Sixte, toutes les richesses de l'Église furent confiées à saint Laurent. L'empereur Valérien fit venir le Saint, et lui ordonna de lui livrer tous ces trésors. Saint Laurent, sans s'émouvoir, demanda au prince un délai de trois jours. Pendant ce temps, il rassembla tout ce qu'il put trouver d'aveugles, de boiteux et d'autres pauvres ou malades, remplis d'infirmités ou couverts d'ulcères. Les trois jours écoulés, saint Laurent les montra à l'empereur en lui disant que là était tout le trésor de l'Église. Valérien, surpris et épouvanté de se trouver en présence d'une foule qui semblait réunir toutes les misères de la terre, entra en fureur, et se tournant vers ses soldats, il ordonna de charger Laurent de chaînes et de fers, se réservant le plaisir de le faire mourir d'une mort lente et cruelle. En effet, il le fit battre de verges, lui fit déchirer la peau et subir des tourments de toutes sortes : le Saint se jouait de toutes ces tortures ; aussi Valérien ne se possédant plus, fit dresser un lit de fer sur lequel Laurent fut étendu ; puis on alluma dessous un petit feu de charbon, afin de le faire rôtir à loisir, et de rendre ainsi sa mort plus cruelle et plus lente. Quand le feu eut consumé une partie de son corps, saint Laurent, se jouant toujours des supplices, se tourna vers l'empereur, le visage riant et tout éclatant de lumière : « Ne vois-tu pas, lui dit-il, que ma chair est assez rôtie d'un côté ? tourne-la donc de l'autre, afin qu'elle soit également glorieuse dans le ciel. » Sur l'ordre du tyran, les bourreaux tournèrent le martyr. Quelque temps après, saint Laurent s'adressa à l'empereur : « Ma chair est présentement assez rôtie, tu peux en manger. » Ne reconnaissez-vous pas là, un chrétien, qui, imitant la sainte Vierge et sainte Madeleine, sait suivre son Dieu jusqu'au Calvaire ? Hélas ! Qu'allons-nous devenir lorsque le bon Dieu va nous mettre en face de ces Saints, qui ont préféré tout souffrir, plutôt que de trahir leur religion et leur conscience ?

 

Nous ne nous sommes pas contentés d'abandonner Jésus-Christ, comme les apôtres, qui, après avoir été comblés de ses bienfaits, s'enfuirent alors qu'il avait le plus besoin de consolation. Mais, hélas ! que le nombre est grand de ceux qui donnent la préférence à Barabbas, c'est-à-dire, qui aiment mieux suivre le monde et leurs passions, que Jésus-Christ portant sa croix ! Que de fois nous l'avons reçu comme en triomphe dans la Sainte Communion ; et quelque temps après, séduits par nos passions, nous avons préféré à ce Roi de gloire, tantôt un plaisir d'un moment, tantôt un vil intérêt ; que nous poursuivons malgré les remords de notre conscience ! Que de fois, n'avons-nous pas été partagés entre notre conscience et nos passions, et, dans ce combat, n'avons-nous pas étouffé la voix de Dieu, pour n'écouter que celle de nos mauvais penchants ? Si vous en doutez, écoutez-moi un instant, et vous le comprendrez aussi clairement qu'il est possible. Notre conscience, qui est notre juge, lorsque nous faisons quelque chose contre la loi de Dieu, nous dit intérieurement : « Que vas-tu faire ?... Voilà ton plaisir d'un côté et ton Dieu de l'autre ; tu ne peux plaire à tous les deux en même temps : pour lequel des deux veux-tu te déclarer ?.. : Renonce ou à ton Dieu ou à ton plaisir. » Hélas ! que de fois nous faisons comme les Juifs ; nous donnons la préférence à Barabbas, c'est-à-dire, à nos passions ! combien de fois n'avons-nous pas dit : « Je veux mon plaisir ! ». Notre conscience nous a répondu : « Mais ton Dieu, que va-t-il devenir ? » – « Qu'il en soit de mon Dieu ce qu'il lui plaira, reprennent nos passions, je veux me satisfaire. » – « Tu sais bien, nous dit la conscience par le remords qu'elle nous fait éprouver, qu'en prenant ces plaisirs défendus, tu vas faire mourir ton Dieu une seconde fois ! ». – « Que m'importe, répond notre passion, si mon Dieu est crucifié, pourvu que je me contente ? » – « Mais quel mal a fait ton Dieu, et quelle raison as-tu de l'abandonner ? Tu sais bien que chaque fois que tu l'as méprisé, tu t'en es repenti, et qu'en suivant tes mauvais penchants, tu perds ton âme, le ciel et ton Dieu ! » – Mais la passion, qui brûle du désir de se satisfaire : « Mon plaisir, voilà ma raison : Dieu est l'ennemi de mon plaisir, qu'il soit crucifié ! » – « Préféreras-tu un plaisir d'un instant à ton Dieu ? » – « Oui, crie la passion, advienne que pourra de mon âme et de mon Dieu, pourvu que je jouisse. »

 

Voilà cependant, ce que nous faisons toutes les fois que nous péchons. Il est vrai que nous ne nous en rendons pas toujours compte aussi clairement ; mais nous savons très bien qu'il nous est impossible de désirer et de commettre le péché, sans perdre notre Dieu, le ciel et notre âme. N'est-il pas vrai que, chaque fois que nous sommes sur le point de pécher, nous entendons une voix intérieure qui nous crie d'arrêter ; que sinon, nous allons nous perdre et faire mourir notre Dieu ? Ah ! nous pouvons bien le dire, la Passion que les Juifs firent souffrir à Jésus-Christ, n'était presque rien en comparaison de celle que les chrétiens lui font endurer par les outrages du péché mortel. Les Juifs préférèrent à Jésus-Christ un voleur qui avait commis plusieurs meurtres ; et que fait le chrétien pécheur ?... Ce n'est pas un homme qu'il préfère à son Dieu, c'est, disons-le en gémissant, une misérable pensée d'orgueil, de haine, de vengeance ou d'impureté ; c'est un acte de gourmandise, un verre de vin, un misérable gain de cinq sous à peine ; c'est un regard déshonnête ou quelque action infâme : voilà ce qu'il préfère au Dieu de toute sainteté ! Ah ! malheureux, que faisons-nous ? Quelle ne sera pas notre horreur, lorsque Jésus-Christ nous montrera ce que nous lui aurons préféré !... Ah ! Pouvons-nous porter si loin une noire fureur contre un Dieu qui nous a tant aimés !...

 

Ne soyons pas étonnés si les saints, qui connaissaient la grandeur du péché, ont préféré souffrir tout ce que la fureur des tyrans a pu inventer, plutôt que de le commettre. Nous en voyons un admirable exemple dans la personne de sainte Marguerite. Son père, prêtre idolâtre et de grande réputation, la voyant chrétienne et ne pouvant la faire renoncer à sa religion, la maltraita de la manière la plus indigne, puis la chassa de sa maison. Marguerite ne se rebuta pas, et, malgré la noblesse de son origine, elle alla mener une vie humble et obscure auprès de sa nourrice, qui, dès son jeune âge, lui avait inspiré les vertus chrétiennes. Un certain préfet du prétoire nommé Olybrius, épris de sa beauté, se la fit amener pour lui faire renier sa foi et l'épouser. Aux premières questions que lui fit le préfet, elle répondit : qu'elle était chrétienne, et qu'elle resterait toujours l'épouse du Christ. Olybrius, irrité de la réponse de la sainte, commanda aux bourreaux de la dépouiller de ses habits et de l'étendre sur le chevalet. Là, il la fit battre de verges avec tant de cruauté, que le sang coulait de tous ses membres. Au milieu de ces tourments, on lui disait de sacrifier aux dieux de l'empire, afin de ne pas perdre sa beauté et la vie par son opiniâtreté. Mais au milieu des supplices, elle criait : « Non, non, jamais pour un bien périssable et un plaisir honteux, je ne quitterai mon Dieu ! Jésus-Christ, qui est mon époux, a soin de moi, et il ne m'abandonnera pas. » Le juge, voyant son courage qu'il appelait opiniâtreté, la fit frapper si cruellement, que, tout barbare qu'il était, il fut obligé de détourner ses regards. Craignant qu'elle ne succombât, il la fit conduire en prison. Le démon apparut à la jeune vierge sous la forme d'un horrible dragon qui semblait vouloir l'engloutir. Mais la sainte ayant fait le signe de la croix, il creva à ses pieds. Après ce terrible combat, elle vit une croix brillante comme un globe de lumière, et une colombe d'une blancheur admirable qui planait au-dessus. Elle se sentit toute fortifiée. Quelque temps après, le juge inique, voyant qu'il ne pouvait rien sur elle, malgré les tortures dont les bourreaux, eux-mêmes étaient épouvantés, lui fit enfin trancher la tête.

 

Eh bien ! Faisons-nous comme sainte Marguerite, nous qui préférons un vil intérêt, à Jésus-Christ ? nous qui aimons mieux transgresser les commandements de Dieu on de l'Église que de déplaire au monde ? nous qui, pour plaire à un ami impie, mangeons de la viande les jours défendus ? nous qui, pour rendre service à un voisin, ne nous faisons point scrupule de travailler, ou de prêter nos bêtes le saint jour du dimanche ! nous, enfin, qui passons une partie de ce jour, et même le temps des offices au jeu ou au cabaret, plutôt que de déplaire à quelque misérable ami ? Hélas ! Les chrétiens qui sont disposés à faire comme sainte Marguerite, à tout sacrifier, leurs biens et leur vie, plutôt que de déplaire à Jésus-Christ, sont aussi rares que les élus, c'est-à-dire aussi rares que ceux qui iront au ciel. Mon Dieu, que le monde a changé !

 

Nous avons dit que Jésus-Christ, fut exposé aux insultes du libertinage, et traité comme un roi de théâtre par une troupe de faux adorateurs. Voyez ce Dieu que le ciel et la terre ne peuvent contenir, qui, s'il le voulait, d'un seul regard anéantirait le monde : on lui jette sur les épaules un vil manteau d'écarlate : on lui met un roseau à la main et une couronne d'épines sur la tête ; on le livre à une cohorte insolente de soldats. Hélas ! dans quel état est réduit celui que les anges n'adorent qu'en tremblant ! On plie le genoux devant lui par la plus amère dérision ; on arrache le roseau qu'il tenait à la main, on lui en frappe la tête. Oh ! quel spectacle ! oh ! quelle impiété !... Mais la charité de Jésus est si grande, que, malgré tant d'outrages, et sans faire entendre aucune plainte, il meurt volontairement pour nous sauver tous. Et pourtant, ce spectacle que nous ne pouvons considérer qu'en frémissant, se reproduit tous les jours dans la conduite d'un grand nombre de chrétiens.

 

Considérons la manière dont ces malheureux se comportent pendant les offices divins, en présence d'un Dieu qui s'est anéanti pour nous, qui ne repose sur nos autels et dans nos tabernacles que pour nous combler de toutes sortes de biens ; quelles adorations lui rendent-ils ! Jésus-Christ n'est-il pas traité encore plus cruellement par les chrétiens que par les Juifs, qui n'avaient pas, comme nous, le bonheur de le connaître ? Voyez ces personnes sensuelles : à peine plient-elles un genou pendant les instants les plus redoutables du mystère ; voyez ces rires, ces paroles, ces regards jetés de toute part dans l'église, ces signes que se font tous ces petits impies et ces petits ignorants : et ce n'est encore que l'extérieur ; si nous pouvions pénétrer jusque dans le fond des cœurs, hélas ! que de pensées de haine, de vengeance, d'orgueil ! Oserais-je le dire, que de pensées impures dévorent et corrompent ces cœurs ! Ces pauvres chrétiens n'ont souvent ni livres, ni chapelets pendant la sainte Messe, et ne savent à quoi occuper le temps des offices ; aussi écoutez-les se plaindre et murmurer de ce qu'on les retient trop longtemps en la sainte présence de Dieu. Ô Seigneur ! quel outrage et quelle insulte l'on vous fait, à l'heure même où vous ouvrez avec tant de bonté et d'amour les entrailles de votre miséricorde !... Je ne m'étonne pas, que les Juifs aient comblé Jésus-Christ d'opprobres, l'aient regardé comme un criminel, bien plus, aient cru faire en cela une bonne œuvre ; car « s'ils l'avaient connu, nous dit saint Paul, jamais ils n'auraient fait mourir le Roi de gloire (1 Corinthiens 2, 8)) ». Mais, des chrétiens qui savent très bien que Jésus-Christ lui-même est présent sur nos autels, et combien leur peu de respect l'offense et leur impiété le méprise !... Ô mon Dieu ! des chrétiens, s'ils n'avaient pas perdu la foi, pourraient-ils paraître dans vos temples sans trembler et sans pleurer amèrement leurs péchés ! Combien vous crachent au visage par trop de soin d'embellir leur tête ; combien vous couronnent d'épines par leur orgueil ; combien vous font sentir les rudes coups de la flagellation, par les actions impures dont ils profanent leur corps et leur âme ; combien, hélas ! vous donnent la mort par leurs sacrilèges ; combien vous tiennent cloué sur la croix en restant dans le péché !... Ô mon Dieu ! que vous retrouvez de Juifs parmi les chrétiens !...

 

Nous ne pouvons penser sans frémir à ce qui se passa au pied de la croix : c'était là que le Père éternel attendait son Fils adorable pour décharger sur lui tous les coups de sa justice. Nous pouvons dire aussi que c'est au pied des autels, que Jésus-Christ reçoit les outrages les plus sanglants. Hélas ! que de mépris de sa sainte présence ! que de confessions mal faites ! que de messes mal entendues ! que de communions sacrilèges ! Ah ! Ne pourrais-je pas vous dire avec saint Bernard : « Que pensez-vous de votre Dieu, quelle idée en avez-vous ? Malheureux, si vous en aviez l'idée que vous devez en avoir, viendriez-vous jusqu'à ses pieds pour l'insulter ? » C'est insulter Jésus-Christ que de venir dans nos églises, à la face de nos autels, avec un esprit distrait et tout rempli des affaires du monde ; c'est insulter la majesté de Dieu, que de se tenir en sa présence avec moins de modestie que dans la maison des grands du monde. Elles l'outragent, ces femmes et ces filles mondaines, qui semblent ne venir au pied des autels que pour étaler leur vanité, attirer les regards, et dérober la gloire et l'adoration qui ne sont dues qu'à Dieu seul. Dieu est patient, mais il aura son tour... Laissez venir l'éternité !...

 

Si autrefois Dieu se plaignait que son peuple lui était infidèle et profanait son saint nom, quelles plaintes ne devrait-il pas nous faire maintenant que, non content d'outrager son saint nom par des jurements à faire frémir l'enfer, on profane le Corps adorable de son Fils et son Sang précieux !... Ô mon Dieu, où en êtes vous réduit ?... Autrefois vous n'avez eu qu'un Calvaire, et maintenant, vous en avez autant qu'il y a de ces mauvais chrétiens !...

 

Que conclure de tout cela, sinon que nous sommes bien malheureux de faire tant souffrir notre Sauveur qui nous a tant aimés ? Non, ne faisons plus mourir Jésus-Christ par nos péchés, laissons-le vivre en nous ; et vivons nous-mêmes de sa grâce. Ainsi, nous aurons le sort de tous ceux qui ont évité le péché et fait le bien dans la seule vue de lui plaire. C'est ce que je vous souhaite.

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Catholique
Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /Juin /2010 07:56

Par Mgr Jacques MASSON

« Et le Verbe s’est fait chair »

Jean l’évangéliste est différent des trois autres. Son Evangile est écrit alors qu’il était déjà à un âge avancé, vers la fin du I° siècle, et alors que l’Eglise dite « primitive » était en plein essor malgré les persécutions. Pierre et Paul étaient morts martyrs, les autres Apôtres s’étaient dispersés dans le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle aux Nations et avaient eux aussi donné le témoignage de leur sang pour le Seigneur. Mais l’Evangile de Jean garde la fraîcheur d’un témoignage datant d’hier, avec des détails d’une grande précision. De plus, chose précieuse, il nous fait part de ses réflexions, lui qui a été gratifié des visions qu’il a rapportées dans l’Apocalypse, et de la présence de la Sainte Vierge chez lui. Il voit avec des « yeux d’aigle », ce que les autres n’ont pas pu voir : dans un miracle, le signe d’une réalité bien plus grande qui reste cachée et incompréhensible pour le moment ; dans une parole de Jésus, la signification que Jésus lui-même y mettait, à propos du Temple notamment.

Il raconte sept « miracles » ou signes comme il les appelle. Son Evangile commence par les sept premiers jours du ministère public de Jésus, et se termine par les sept derniers jours du ministère de Jésus. Il nous fait part du premier « signe », à Cana de Galilée, dont les autres évangélistes ne parlent pas, et aussi du Lavement des pieds. Mais il ne raconte pas l’Institution de l’Eucharistie. A quoi bon, la communauté chrétienne participait régulièrement à la « fraction du pain ». En revanche, il  nous rapporte le Discours sur le Pain de Vie, qui est l’explication claire et concrète de ce que Jésus fera et dira lors de la Dernière Cène. Et aussi la pêche miraculeuse, après la Résurrection, avec sept disciples.

Jean ne mentionne pas le nom de Marie, mais il la présente deux fois, en utilisant ce titre « La Mère de Jésus » (Cana, Jean 2,1) : au début du ministère public de Jésus, lors des Noces de Cana, alors que « l’Heure n’est pas encore venue » ; et à la fin de la vie de Jésus : « Près de la Croix de Jésus se trouvaient sa Mère, la sœur de sa Mère… ». (Jean 19, 25) : l’Heure était en effet venue pour son Fils de passer de ce monde à son Père.

Jean mentionne une troisième fois la présence de « sa Mère » qui ne le quitte pas, aussitôt après les Noces de Cana : « il descendit à Capharnaüm, lui, ainsi que sa mère et ses frères et ses disciples, et ils n'y demeurèrent que peu de jours » (Jean 2, 12). Ce qui, montre bien que Marie sa Mère l’a accompagné dès le début, et l’a suivi jusqu’au bout.

Mais ces deux récits méritent que nous nous y arrêtions quelque peu, même si j’en ai déjà parlé précédemment (cf. Hermas mai 2009 Marie Mère de la Mission). On ne cessera jamais de creuser ces textes sans y trouver la nourriture pour nos âmes. En effet indique la Bible de Jérusalem (1956, page 1399, note g ): « Marie est présente au premier miracle qui révèle la gloire de Jésus, et de nouveau à la Croix. Par une intention manifeste, plusieurs traits se répondent dans les deux scènes ».

(à suivre)

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Dimanche 6 juin 2010 7 06 /06 /Juin /2010 07:44

Par Mgr Jacques MASSON

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Le Saint-Père en adoration devant le Saint-Sacrement

Durant la Procession solennelle dans les rues de Rome

Le soir de la Fête-Dieu

 

HOC EST ENIM CORPUS MEUM

CECI EST MON CORPS

 

HIC EST CALIX SANGUINIS MEI

CECI EST LE CALICE DE MON SANG

 

 

Jésus fait son entrée solennelle à Jérusalem le jour que l’on appelle le Dimanche des Rameaux, acclamé par les enfants et par la foules des Juifs.

 

Il y entre, pour se recueillir ensuite avec ses disciples, dans la Salle Haute, le Cénacle, avec ses Disciples, pour fêter la Pâque, la grande Fête des Juifs. Au cours de ce Repas Sacré, annonce séculaire depuis la première Pâque avant la sortie d’Egypte, de la future et éternelle Alliance en son Sang, il complète le rituel, par ce que l’on appelle « la Dernière Cène. Il y entre pour arriver, humainement, apparemment, à un échec : sa Passion.

 

Ce Repas Sacré comprend quelque chose de nouveau et d’éternel : Jésus prend alors du Pain puis la coupe de vin, il les passe à ses disciples, en prononçant ses PAROLES DIVINEs (« Dieu dit et il en fut ainsi » !)

 

« CECI EST MON CORPS

DONNE POUR VOUS

 

« CECI EST LE CALICE DE MON SANG

DE LA NOUVELLE ET ETERNELLE ALLIANCE

VERSE POUR VOUS ET POUR LA MULTITUDE (pro multis »

En remission des peches »

 

Et Jésus ajoute alors, à l’attention de ses disciples, ces Paroles Divines qui les charge d’une Mission concernant le monde

 

« CHAQUE FOIS QUE VOUS FEREZ CELA FAITES-LE EN MEMOIRE DE MOI »

 

Nous sommes alors le Jeudi Saint au soir. Quelques heures plus tard, Jésus se rendra au Jardin des Oliviers, où il connaîtra cette agonie terrible. Ce sera ensuite sn Arrestation, le supplice de toute sa Passion, de sa Crucifixion, et de mort sur la Croix, à laquelle Il a été cloué pendant trois longues heures. Puis il est déposé dans le Tombeau, avant de ressusciter trois jours après. Tout semblait fini… humainement. Et, humainement, les Chefs des Juifs avaient parvenus à se défaire de ce Jésus de Nazareth.

 

Mais, en réalité, l’entrée solennelle et triomphale à Jérusalem devait se terminer par l’Institution de la Très Sainte Eucharistie sous une forme non sanglante, par son Sacrifice sanglant de Jésus, le jour même du Vendredi Saint, sa mise au tombeau et sa descente aux enfers, et ENSUITE par sa Résurrection, dont ne furent témoins que ceux qui l’avaient suivi, et qu’il avait choisis.

 

En somme, Jésus sembleentrer à Jérusalem, pour connaître l’humiliation, la souffrance, « disparaître » en un certain sens de ce monde, de cette Ville Sainte qui l’avait accueilli. Tel n’était pas son destin. Mais sa Résurrection change tout le cours de l’histoire et du Salut. Il sort glorieux diu Tombeau, pour entrer non plus dans la Ville Sainte, mais dans le Monde.

 

LA FETE DIEU

 

Cette Fête, célébrée le Jeudi dans les Pays catholiques, n’est pas la commémoration du Jeudi Saint, de la Dernière Cène et de l’Institution der la Très Sainte Eucharistie.

 

Dès le début, la première Communauté des chrétiens, les Apôtres, les Disciples, vivra de l’Eucharistie, appelée la « Fraction du Pain ». Les Disciples d’Emmaüs reconnaissent Jésus à la Fraction du Pain. L’Eglise toute jeune, a compris immédiatement que ce Pain et ce Vin étaient le Corps et le Sang de Jésus, Jésus Ressuscité Présent au milieu d’eux. Saint Paul nous met en garde solennellement et attire notre attention sur ce que nous faisons en recevant l’Eucharistie :

 

23.  Pour moi, en effet, j'ai reçu du Seigneur ce qu'à mon tour je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain

24.  et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. »

25.  De même, après le repas, il prit la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi. »

26.  Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

27.  Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur.

28.  Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ;

29.  car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il ne discerne le Corps.

 

C’est-à-dire qu’il ne reconnaît pas que c’est le CORPS DU CHRIST !

 

Combien de gens hélas viennent communier, recevoir l’Hostie Sacrée, le Corps, le Sang l’Ame et la Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, sans être en état de grâce, mais en plein péché mortel. Pire encore, par habitude, pour recevoir un simple morceau de pain qui « rappelle » la Dernière Cène », mais sans croire que c’est JESUS EN PERSONNE. Et la pratique de la distribution de la Sainte Communion dans la main ? il faut avoir le courage de le dire, n’a fait que favoriser ce courant.

 

Le comble, c’est que cette manière de procéder, est encouragée, et forcée aussi la plupart du temps par des prêtres. LE COMBLE ? c’est que CEUX-LA MEME QUI ONT RECU LA MISSION DE FAIRE « CECI EN MEMOIRE DE MOI », DES PRETRES, sont, hélas, de plus en plus nombreux à ne plus croire eux-mêmes en LA PRESENCE REELLE… L’hérésie des hérésies, l’abomination de la désolation, dont parlait Jésus. La condamnation assurée pour chacun, selon les affirmations claires de Saint Paul. PRIONS, PRIONS. PRIONS.

 

Nous, nous croyons que Jésus est le Fils de Dieu, le Verbe de Dieu fait chair, que sa Parole est Toute Puissante. Et que les paroles de la Dernière Cène ont rendu, présent le Christ dans monde jusqu’à la fin des siècles. C’est là notre Foi, et la foi dans laquelle nous voulons vivre et mourir.

 

Et quand je célèbre la Sainte Messe, chaque jour, au moment de la Consécration, je m’arrête une seconde, en tenant l’Hostie Consacrée dans mes mains, et je me dis : Tu tiens dans tes mains TON CREATEUR et TON SAUVEUR. Comment alors ne pas s’agenouiller devant la Majesté Divine, et l’Humilité du Verbe de Dieu fait chair, pour le louer et le remercier.

 

POURQUOI A-T-ON SUPPRIME CETTE GENUFLEXION DU PRETRE ? Qu’en penserait le Curé d’Ars ?

 

LA FETE-DIEU, c’est donc la Fête de Dieu, le « Corpus Domini » (du « Corps du Christ », en latin), (du « Corps et du Sang du Christ » en italien). Ce qui a toujours été la foi de l’Eglise. Mais la FETE DIEU a pris aussi une autre dimension, recommandée vivement par les Papes, y compris par Notre Saint-Père le Pape Benoît XVI : la Procession solennelle du Saint-Sacrement dans les rues de nos villes, de nos paroisses. Cette Processions existait dans nos paroisses, dans nos villes. J’en ai le souvenir. Elle a disparu, comme par enchantement, comme si un mot d’ordre avait été donné. Elle est tombée dans l’oubli, même si, heureusement, de saints prêtres courageux ont renoué avec cette Sainte et Pieuse Tradition et Pratique qui, n’est pas sans signification. POURVU QUE L’ON CROIT QUE JESUS EST PRESENT DANS LA SAINTE EUCHARISTIE.

 

 

La Procession

 

 

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Certes, la Procession du Saint-Sacrement, le prêtre portant la Sainte Hostie dans l’Ostensoir, est d’origine plus, tardive

 

Cette solennelle démonstration envers l'Hostie Sainte, nous l'avons déjà dit, est d'origine plus récente que la fête elle-même du Corps du Seigneur. Urbain IV n'en parle pas dans sa Bulle d'institution, en 1264. Par contre, Martin V et Eugène IV, en leurs Constitutions (26 mai 1429, 26 mai 1433), fournissent la preuve qu'elle était en usage de leur temps, puisqu'ils accordent des indulgences à ceux qui la suivent. Le Milanais Donat Bossius rapporte, en sa Chronique, « que le jeudi 29 mai 1404, on porta pour la première fois solennellement le Corps du Christ dans les rues de Pavie, comme il est passé depuis en usage ». Quelques auteurs en ont conclu que la Procession de la Fête-Dieu ne remontait pas au delà de cette date, et devait sa première origine à l'Eglise de Pavie. Mais cette conclusion dépasse le texte sur lequel elle s'appuie, et qui peut fort bien n'exprimer qu'un fait de chronique locale. Nous trouvons en effet la Procession mentionnée sur un titre manuscrit de l’Eglise de Chartres en 1330, dans un acte du Chapitre de Tournai en 1325, au concile de Paris en 1323, et, en 1320, dans celui de Sens.

 

L'initiative populaire semble donc avoir eu grande part à cette institution; et de même que Dieu avait fait choix, au siècle précédent, d'un Pape français pour établir la fête, ce fut de France que se répandit peu à peu dans tout l'Occident ce complément glorieux de la solennité du Mystère de la foi (A la suite du concile de 1311, où la fête fut définitivement promulguée, Vienne prit pour armes l'orme surmonté d'un calice et d'une hostie qu'entourent ces mots: Vienna civitas sancta).

 

Je mentionnais l’entrée glorieuse et solennelle de Jésus à Jérusalem, entrée qui se termine finalement dans le Tombeau. Mais, par sa Résurrection et ses dernières paroles aux Apôtres, le Christ est Ressuscité, non pas pour mourir de nouveau, pour entrer dans le Tombeau, et se montrer à ses disciples et Apôtres. Il est mort, il est Ressuscité, il a voulu rester avec nous dans la très Sainte Eucharistie, pour aller parcourir les voies du monde : ALLEZ DANS LE MONDE ENTIER » (cf Mathieu 28, 18)

 

C’est là le but de la Procession de la Fête-Dieu, et elle y trouve toute sa signification. Elle est l’accomplissement de l’ordre du Christ.

 

L’Eucharistie, et la Résurrection, sont beaucoup plus que l’entrée solennelle à Jérusalem : c’est l’entrée solennelle de Dieu dans notre monde, dans le monde entier, dans ce monde qui est appelé à fêter Dieu en ce Jour de la Fête-Dieu, de la Fête de Dieu, de lui rendre hommage, de lui exprimer nos remerciements pour le Salut qu’il nous donne, pour son Amour Infini, de lui offrir notre Amour reconnaissant, en L’aimant dans tout notre cœur, dans toute notre âme, et dans tout notre esprit. Et, en LE RECEVANT REGUELIEREMENT, le Dimanche surtout, et chaque fois que cela nous est possible, chaque jour si c’est possible !

 

Il devait être l »EMMANUEL », « DIEU AVEVC NOUS », avait prophétisé le prophète Isaïe. Il est beau coup plus : DIEU EN NOUS !

 

 

Prières à Jésus Présent dans la Très Eucharistie

 

Ave verum Corpus

natum de Maria virgine :

 

Vere passum, immolatum in cruce pro homine:

 

Cuius latus perforatum fluxit aqua et sanguine.

 

Esto nobis praegustatum mortis in examine,

 

O Jesu dulcis !

 

O Jesu pie !

 

O Jesu Fili Mariae !

Salut, vrai Corps

né de la Vierge Marie,

 

Vraiment passé par la souffrance, immolé sur la croix pour l'homme.

 

Dont le côté ouvert a répandu le sang et l'eau :

 

Soyez pour nous l'avant-goût du ciel aux approches de la terrible mort,

 

O doux Jésus !

 

O bon Jésus !

 

O Jésus, Fils de Marie !

 

Hymne des Laudes

 

Le Verbe descend des cieux, sans quitter la droite du Père ; sorti pour accomplir son œuvre, il arrive au soir de la vie.

 

Près d'être livré par un de ses disciples à l'ennemi qui cherche sa mort, il se livre à eux le premier dans le mets de la vie.

 

Sous une double espèce il leur donne sa chair et son sang, pour nourrir l'homme entier dans sa double substance.

 

Il s'est donné pour compagnon à sa naissance, pour aliment en son banquet, pour rançon à la mort, pour récompense en son royaume.

 

O salutaire Hostie, qui ouvrez la porte du ciel, des guerres violentes nous assiègent, rendez-nous forts , secourez-nous.

 

Au Seigneur un et trois soit gloire éternellement ; qu'il nous donne en la patrie une vie sans fin.

 

 

Séquence de Saint Thomas d’Aquin (Lauda Sion Salvatorem)

 

Chante ton Sauveur, ô Sion ! par des hymnes et des cantiques , célèbre ton chef et ton pasteur.

 

Ose le faire autant qu'il est en ton pouvoir ; car tu ne pourras jamais assez louer celui qui est au-dessus de toute louange.

 

Le sujet de tes chants aujourd'hui, c'est le pain vivant, le pain qui donne la vie.

 

Nous savons qu'il fut donné à la troupe des douze frères, lors du banquet de la cène sacrée.

 

Que ta louange, ô Sion, soit solennelle et mélodieuse, agréable et belle comme la joie qui transporte ton âme ;

 

Car aujourd'hui est le jour solennel qui rappelle l'institution première d'un si noble banquet.

 

A cette table du nouveau Roi, la Pâque nouvelle de la nouvelle loi met fin à l'ancienne Pâque.

 

L'ancien rit cède la place au nouveau ; la vérité chasse l'ombre, la lumière fait disparaître la nuit.

 

Ce que le Christ accomplit à la cène, il ordonna de le renouveler en mémoire de lui.

 

Instruits par son enseignement sacré, nous consacrons le pain et le vin, pour produire l'Hostie du salut.

 

La croyance transmise aux chrétiens, c'est que le pain devient chair et que le vin devient sang.

 

Ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas, une foi courageuse l'appuie, sans s'arrêter à l'ordre naturel.

 

Sous des espèces diverses, sous des signes sans réalités, est cachée une essence sublime.

 

La chair est un aliment, et le sang un breuvage ; mais le Christ demeure tout entier sous l'une et l'autre espèce.

 

Celui qui le reçoit ne le brise point, ne le rompt point, ne le divise point ; c'est tout entier qu'il le reçoit.

 

Qu'un seul le reçoive, que mille le reçoivent, celui-là reçoit autant que ceux-ci : on s'en nourrit sans le détruire.

 

Les bons le reçoivent, et les méchants aussi ; mais par un partage bien différent, les uns y trouvent la vie, les autres la mort.

 

Il est la mort pour les méchants, et la vie pour les bons : vois quelle dissemblance dans les effets d'un même aliment.

 

Quand l'Hostie mystérieuse est rompue, ne sois pas troublé ; mais souviens-toi que sous chaque fragment il y a autant que sous l’hostie entière.

 

 

La substance n'est nullement divisée : c'est le signe seulement qui est rompu ; mais ni l'état ni l'étendue de ce qui est sous les espèces n'a souffert de diminution.

 

Voici donc le pain des Anges, devenu le pain de l'homme voyageur. C'est vraiment le pain des enfants : il ne doit pas être jeté aux chiens.

 

D'avance il fut représenté sous les figures. C'est lui qui est immolé dans Isaac : il est signifié dans l'agneau de la Pâque, dans la manne donnée à nos pères.

 

Bon Pasteur, pain véritable, Jésus, ayez pitié de nous Nourrissez-nous, défendez-nous : donnez-nous de contempler le bien suprême dans la terre des vivants.

 

Vous qui savez tout et pouvez tout, vous qui nous nourrissez ici-bas dans l'état de notre mortalité, daignez, après nous avoir faits vos commensaux sur cette terre, nous rendre cohéritiers et compagnons des habitants de la cité sainte.

Amen. Alleluia

 

L'Hymne qui suit résume le Mystère de la Foi dans une doctrine profonde et concise. C'est elle que l'Eglise choisit de préférence pour chanter le divin Sacrement; les deux dernières strophes forment la conclusion obligée des Expositions et Saluts dans le cours de l'année.

 

Pange, lingua gloriosi

 

Pange, lingua, gloriosi

Corporis mysterium,

Sanguinisque pretiosi,

Quem in mundi pretium,

Fructus ventris generosi,

Rex effudit gentium.

 

Nobis datus, nobis natus

Ex intacta Virgine,

Et in mundo conversatus,

Sparso verbi semine,

Sui moras incolatus

Miro clausit ordine.

 

In supremae nocte coenae

Recumbens cum fratribus,

Observata lege plene Cibis in legalibus,

Cibum turbae duodena;

Se dat suis manibus.

 

Verbum caro panem verum

Verbo carnem efficit ;

Fitque sanguis Christi merum :

Et si sensus deficit,

Ad firmandum cor sincerum

Sola fides sufficit.

 

Tantum ergo Sacramentum

Veneremur cernui :

Et antiquum documentum

Novo cedat ritui :

Praestet fides supplementum

Sensuum defectui.

 

Genitori, Genitoque

Laus et jubilatio,

Salus, honor, virtus quoque

Sit et benedictio :

Procedenti ab utroque

Compar sit laudatio. Amen.

 

V/. Panem de coelo praestitisti eis.

Alleluia.

R/. Omne delectamentum in se habentem. Alleluia.

Chante, ô ma langue, le mystère du glorieux Corps

et du Sang précieux

que le Roi des nations,

fils une noble mère,

a versé pour la rédemption du monde.

 

Il nous fut donné ;

pour nous il naquit de la Vierge sans tache ;

il vécut avec les hommes,

et après avoir jeté la semence de sa parole,

il termina son pèlerinage

par une admirable merveille.

 

Dans la nuit de la dernière cène, étant à table avec ses frères, après avoir observé ce que prescrivait la loi pour les nourritures légales, il se donne lui-même de ses propres mains, pour nourriture, aux douze qu'il a choisis.

 

Le Verbe fait chair change d'une seule parole le pain en sa chair divine ;

le vin devient le propre sang du Christ;

et si la raison défaille à comprendre un tel prodige,

la foi suffit pour rassurer un cœur fidèle.

 

Adorons prosternés

un si grand Sacrement ;

que les rites antiques cèdent la place

à ce nouveau mystère ;

et que la foi supplée

à la faiblesse de nos sens.

 

Gloire, honneur et louange, puissance,

actions de grâces et bénédiction soient

au Père et au Fils ;

pareil hommage à Celui

qui procède de l'un et de l'autre.

Amen.

 

V/. Vous leur avez donné le pain du ciel. Alleluia.

R/. Ayant en lui toutes délices. Alleluia.

 

 

Prière de l’Eglise Grecque avant la Communion

 

A la fin de cette grande journée consacrée par l'Eglise latine au triomphe de l'Hostie Sainte, nous pouvons reprendre cette prière de l'Eglise Grecque témoigner d'une même foi au divin Sacrement. Elles accompagnent et suivent la Communion, dans la Liturgie ou Messe appelée de « Saint Jean-Chrysostome ».

 

Je crois, Seigneur, et je confesse que vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont je suis le premier.

 

Recevez-moi aujourd'hui à la participation de votre Cène mystique. Je ne livrerai point le mystère à vos ennemis, je ne vous donnerai point le baiser de Judas ; je m'adresse à vous, comme le larron : Souvenez-vous de moi, Seigneur, en votre royaume.

 

Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous le toit souillé de mon âme. Mais de même que vous avez daigné descendre en l'étable et reposer dans la crèche des animaux, entrer dans la maison de Simon le Lépreux et recevoir à vos pieds une pécheresse pareille à moi : daignez entrer aussi dans l'étable de mon âme sans raison, et dans ce corps souillé, mort et lépreux. Et comme vous n'avez point repoussé la bouche impure de la pécheresse baisant vos pieds sans tache, ainsi, Seigneur mon Dieu, ne repoussez pas non plus ce pécheur. Mais dans votre clémence et bonté, daignez m'admettre à la communion de votre très saint Corps et de votre Sang.

 

Pardonnez, déliez, remettez, ô mon Dieu, tous les péchés que j'ai commis sciemment ou par ignorance, en parole ou en œuvre. Soyez-moi propice en votre bonté compatissante; par les prières de votre Mère très pure et toujours vierge, sauvez-moi de la condamnation, et que je puisse recevoir votre Corps précieux et immaculé pour la guérison de mon âme et de mon corps. Car à vous est l'empire, la puissance et la gloire, Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Séquence du Missel de Prague

 

Saluons une fois encore l'Hostie Sainte, par cette Séquence, du Missel de Prague

 

Salut, chair adorable du Christ Roi,

Du troupeau de la loi nouvelle admirable nourriture !

Les hommages des fidèles vous sont dus à toute heure ;

C'est dignement, d'un cœur chaste, sans souillure, qu'on doit vous manger.

Vous êtes, ô Pain de vie, l'objet du culte de l'Eglise ;

Vous êtes le guide des voyageurs, vous êtes le pardon des coupables.

Aliment du salut, rassasiez nous en vous.

Vous êtes le relèvement, la défense de ceux qui sont tombés.

Vous êtes la consolation de l'affligé, l'allégresse des cœurs.

De ce monde malheureux conduisez-nous aux joies éternelles,

Pour y jouir à jamais de votre présence et douce gloire. Amen.

 

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Benoit XVI
Samedi 5 juin 2010 6 05 /06 /Juin /2010 08:28

Par Mgr Jacques MASSON

« Marie conserve toutes ces choses avec soin, les méditant en son cœur »

 

Dans le récit de la naissance de Jésus, à Bethléem, où elle était allée se faire recenser, Luc mentionne la visite des bergers, avertis par des Anges, tout comme Matthieu raconte la venue des Mages guidés par une étoile miraculeuse :

 

Luc chapitre 2° :

7.  Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle.

8.  Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit.

9.  L'Ange du Seigneur se tint près d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d'une grande crainte.

10.  Mais l'ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple :

11.  aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David.

12.  Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. »

13.  Et soudain se joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, qui louait Dieu, en disant :

14.  « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix aux hommes objets de sa complaisance ! »

 

Luc donne le récit de la visite des bergers qui deviennent des témoins de cet événement, et qui racontent à Marie et à Joseph comment ils ont été averti de cette naissance d’un Sauveur, et les manifestations célestes de toute l’armée céleste. Luc note avec soin l’attitude de Marie, et là aussi, dans un but précis qui montre que Marie, dès le début, avait compris et comprendrait toujours plus quelle serait la Mission de son Fils, à laquelle elle serait liée.

 

Luc chapitre 2° :

19.  Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur.

 

Après les retrouvailles de Jésus dans le Temple de Jérusalem, au bout de trois jours, Luc écrit de nouveau :

 

Luc chapitre 2° :

51.  Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur

 

Je cite le passage tout entier, car il est riche de signification !

 

Luc chapitre 2° :

41.  Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.

42.  Et lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent, comme c'était la coutume pour la fête.

43.  Une fois les jours écoulés, alors qu'ils s'en retournaient, l'enfant Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents.

44.  Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances.

45.  Ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.

46.  Et il advint, au bout de trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;

47.  et tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.

48.  A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. »

49.  Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »

50.  Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire.

51.  Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur.

52.  Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes.

 

Quelques années plus tard, quand Jésus aura quitté Nazareth pour commencer son ministère public, suivi par les saintes femmes et par sa Sainte Mère sans aucun doute, Marie ne pourra pas ne pas se souvenir de cette « fugue », de sa signification profonde : « Je dois être dans la Maison de mon Père » : la maison de mon Père, c’est le TEMPLE. Et elle entendra son Fils déclarer aux juifs scandalisés parce que Jésus a chassé les vendeurs du Temple : « Détruisez ce Temple et en trois jours je le rebâtirai… Mais lui, parlait du Sanctuaire de son Corps » (cf. Jean 2, 19a.21).

 

Détruisez ce Temple, en trois jours je le rebâtirai… Comment Marie n’aurait-elle pas compris ce qui allait se passer et pressentir, dans l’annonce de la destruction du Temple, la mise à mort de son Divin Fils, l’ensevelissement, et trois jours après la Résurrection ? Jean a dû lui raconter sa première rencontre avec Jésus, comment il avait quitté Jean le Baptiste pour suivre Jésus, après que Jean l’ait présenté en ces termes : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde » (Jean 1, 29), « Voici l’Agneau de Dieu » (ibid. verset 36 b). Comment Marie, qui avait été formée dans le Temple de Jérusalem jusqu’à l’âge de douze ans, qui avait appris à connaître parfaitement les Saintes Ecritures, n’aurait-elle pas pu penser aux passages du Serviteur Souffrant, en Isaïe, un récit anticipé et émouvant par sa précision de la Passion de Jésus ? Et de même quand, à trois reprises Jésus annonce sa Passion et sa Résurrection. Toutes ces paroles résonnaient dans son cœur de Mère, et l’unissaient à son Divin Fils, à sa Mission. Nous reviendrons brièvement ci-dessous sur ces textes qu’il importe de bien connaître.

 

Mais bien avant le ministère public de Jésus, Marie avait compris quel serait son destin, pour son divin Fils et pour Elle-même : une vie de souffrance. Les paroles de l’Ange lui annonçaient des choses grandioses :

 

Luc chapitre 1° :

30.  Et l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31.  Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.

32.  Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ;

33.  il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. »

34.  Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? »

35.  L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.

 

Fils du Très-Haut, Fils de Dieu, il recevra le trône de David son père, et son règne n’aura pas de fin. Ce caractère divin de cette naissance ne pouvait échapper à Marie : la vertu du très-Haut qui la prend sous son ombre et lui permet d’être Mère en restant Vierge, le règne de cet enfant qui n’aura pas de fin. le nom lui-même : « Jésus » : Dieu sauve. Marie comprend que c’est le Messie annoncé par les prophètes, le Fils de David attendu depuis des siècles, le Sauveur. Sans peut-être comprendre encore toute la portée de cet événement, elle adhère sans hésiter au plan de Dieu par son « fiat » qui l’unit de manière intime au destin de Celui qu’elle vient de concevoir par son « oui » : « Et le Verbe s’est fait chair ».

 

La signification des événements qui marquent la naissance de Jésus, ne peuvent échapper à Marie sa Mère. Joseph et Marie se rendent dans la ville de David, où ils ont certainement de la famille. Mais personne ne les accueille, il n’y a pas de place pour eux. « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » écrit Saint Jean (1, 11). Il parlait certes du peuple juif en général. Mais je ne serais pas surpris que, lors de ses longs entretiens avec la Sainte Vierge, ce soit Marie elle-même qui ait prononcé, la première, ces paroles… Car c’est la réalité.

 

Joseph et Marie ne trouvent d’autre abri, dans la ville du roi-berger, qu’une grotte qui abritait des brebis, avec leurs petits, des agneaux. Et les premiers visiteurs avertis et envoyés par le Ciel sont précisément des bergers. David, au moment de son choix comme Roi d’Israël par Samuel, était gardien de troupeau. Et quand Jésus déclarera : « Je suis le Bon Pasteur » reprenant mot à mot les paroles du prophète (Ezéchiel 23 ; Ezéchiel 34, 7-17) annonçant que c’est Dieu lui-même qui allait désormais prendre soin de son troupeau, veiller su ses brebis, et ramener la brebis perdue, tout le cœur de Marie frémira d’angoisse et d’offrande : « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis ».

 

Elle le sait, elle l’a compris depuis longtemps, dès la Circoncision de Jésus :

 

Luc chapitre 2° :

21.  Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de Jésus, nom indiqué par l'ange avant sa conception.

 

Jésus : Dieu sauve. Nom donné par l’Ange à Marie lors de l’Annonciation (Luc 2, 31b), et à Joseph en songe (Mathieu 1, 21). Mais l’Ange avait dit à Joseph : « …elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». Et Marie sait très bien que l’offrande d’un sacrifice sanglant, d’un agneau sans tache par exemple, était nécessaire pour obtenir le pardon des péchés. A-t-elle entrevu dans ces quelques gouttes du sang de Jésus, lors de circoncision faite au nom de l’Ancienne Alliance, le Sang de Jésus, le Sang de la future Nouvelle Alliance versé en abondance ?

 

Et puis, quarante jours après la naissance de l’Enfant-Dieu, Joseph et Marie portent l’enfant Jésus au Temple : lors de la Présentation au Temple, les paroles du vieillard Siméon lui présente l’avenir de cet enfant «  lumière pour éclairer les nations » (Luc 2, 32), et son propre avenir :

 

Luc chapitre 2° :

33.  Son père et sa mère étaient dans l'étonnement de ce qui se disait de lui.

34.  Syméon les bénit et dit à Marie, sa mère : « Vois ! cet enfant doit amener la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction -

35.  et toi-même, une épée te transpercera l'âme ! - afin que se révèlent les pensées intimes de bien des cœur »

 

« Une épée te transpercera l’âme ! ». C’est l’annonce d’une mort, non pas physique, car Siméon aurait dit « le cœur » ; mais une mort « mystique », une douleur terrible capable de faire mourir quelqu’un, ce dont Marie, disent certains Pères, a été préservée par l’intervention de Dieu : quelle douleur peut être plus grande, pour une Mère, que de voir son Fils mourir dans d’atroces souffrances ? Marie se trouve ainsi associée, dès le début, à la Passion de son Fils. Une lance transpercera le côté de Jésus, un glaive transpercera son âme ! A-t-elle pensé à la parole de Dieu adressée au serpent dans le Paradis Terrestre : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre son lignage et le sien » (Genèse 3, 15a). La Femme, c’est Elle « Toutes les générations me diront bienheureuse » déclare-t-elle avec humilité dans le Magnificat.

 

Comment douter ensuite que Marie, en méditant toutes ces choses et en les conservant dans son cœur, n’ait pas noté la signification de la « myrrhe » offerte en cadeau, par les Mages quelques mois plus tard. La mort de son Enfant ? Ce sera là son sort, sa Mission, et le premier signe en est la décision d’Hérode de tuer tous les enfants de Jérusalem pour se débarrasser de ce « roi des Juifs qui vient de naître ». C’est l’intervention de l’Ange, dans la nuit, le départ en hâte vers l’inconnu, comme Abraham ; la fuite en Egypte, l’Exil : « il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu » (cf. Jean 1, 11).

 

Mais Marie s’abandonne à la volonté de Dieu, en répétant chaque jour les paroles qu’elle a dites à l’Ange venu lui annoncer la naissance du Messie :

 

Luc chapitre 1° :

38.  Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! » Et l'ange la quitta.

Et elle « conservait toutes ces choses avec soin, les méditant en son cœur ».

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Praedicatho.com
Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 08:25

Par Mgr Jacques MASSON

Marie, parente d’Elizabeth est de descendance davidique

 

Elizabeth est elle aussi descendante d’Aaron, ce qui veut dire que son père était un prêtre, au même titre que Zacharie, et qu’il pouvait entrer, au tour de sa classe, dans le Saint des Saints, pour y accomplir le service du Seigneur. L’Ange Gabriel nous donne aussi une autre précision importante : « Et voici qu’Elizabeth, ta parente, vient elle aussi de concevoir un fils en sa vieillesse ».

 

Elizabeth et Marie sont donc parentes. Comment ? Quels liens de parenté unissent les deux femmes ? Cette question a soulevé une littérature considérable, sans apporter de solution raisonnable. La plupart des auteurs tiennent le raisonnement suivant : Elizabeth est descendante d’Aaron, Marie est sa parente : donc Marie est descendante d’Aaron, de race lévitique ; c’est un syllogisme erroné, un raisonnement simpliste, qui, malgré sa conclusion séduisante, n’a toutefois aucun fondement : Jésus réunirait ainsi en lui le sacerdoce lévitique et le sacerdoce de Melchisédech, l’Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance !

 

C’est une belle vision des choses, mais qui ne résiste pas à une étude sérieuse (pardonnez-moi Père Laurentin !). Tirer cette conclusion hâtive manifeste une ignorance profonde de la science généalogique. En généalogie, tous les cas de figures sont possibles, et peuvent même se présenter comme probables… Mais ils doivent passer par l’étude impitoyable de la chronologie, et par l’étude de tous les cas de figures possibles réellement, compte tenu des lois régissant les successions et l’établissement des généalogies ! Ce qui est possible se montre souvent impossible, et ce qui se présente comme impossible se révèle être la solution ! J’ai pu le constater au cours de mes longues recherches généalogiques commencées à l’âge de 12 ans.

 

Affirmer l’ascendance lévitique de Marie, sur cette seule donnée de Luc, manifeste une « légèreté » dans la lecture des textes, voire même la volonté de justifier à tout prix un a priori conscient ou inconscient, en s’appuyant sur des données soi-disant bibliques et spirituelles. C’est une grave erreur, car c’est négliger un autre texte non moins important, et même capital pour traiter cette question, à condition de le lire objectivement, sans a priori, comme l’a écrit son auteur.

 

 Les données du recensement sur l’ascendance de Marie

 

Luc chapitre 2° :

1.  Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité.

2.  Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.

3.  Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.

4.  Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -

5.  afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 

César Auguste publie un édit, qui ordonne le recensement de tout le monde habité, c’est-à-dire de toute le monde qui se trouve sous la domination de Rome. Le but est « financier », établir les biens de chacun pour fixer les impôts qui leur incombent. Chaque juif doit ainsi se rendre dans sa ville, c’est-à-dire dans la ville qui était le « centre » de la Tribu à laquelle il appartenait, même s’il habitait en un tout autre endroit du Pays.

 

C’est le cas de Joseph. Il habite en Galilée, dans le nord, mais la « ville de sa tribu », est Bethléem en Judée, non loin de Jérusalem « parce qu'il était de la maison et de la lignée de David ». Ce qui représente un voyage non négligeable, de plus de 200 km au moins, traverser la Samarie, en caravanes, à dos d’âne ou à pieds. De plus, d’après ce que nous avons vu ci-dessus, en hiver. Or, Marie, son épouse était enceinte ; elle ne pouvait ignorer que le moment de la naissance de l’enfant était proche, et qu’il était risqué d’entreprendre un tel voyage ! Elle aurait pu rester à Nazareth et laisser Joseph partir tout seul pour se faire recenser, et faire enregistrer les biens de sa famille. Et pourtant, Marie entreprend ce voyage dangereux et risqué pour l’enfant,. En effet, Luc écrit :

 

4.  Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -

5.  afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 

Que celui qui a des yeux pour voir, apprenne à bien lire ce texte ! Joseph monte de Nazareth en Galilée et se rend en Judée à Bethléem la ville de David pour se faire recenser. Jusque là, tout est clair. Mais Luc écrit :

 

 

4.  Joseph aussi monta de Galilée, avec de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -

5.  afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 

Sa fiancée est enceinte, et Joseph monte avec elle de Nazareth de Galilée, pour se rendre en Judée à la ville de David, « parce qu'il était de la maison et de la lignée de David » pour se faire recenser « avec Marie ». Joseph fait ce voyage pour se faire recenser avec Marie sa fiancée qui était enceinte ! C’est-à-dire « pour se faire recenser en même temps que Marie sa fiancée qui était enceinte », qui devait donc se faire recenser elle aussi.

 

Luc aurait pu écrire : « Joseph aussi, avec Marie sa fiancée qui était enceinte, monta de Galilée de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s’appelle Bethléem – parce qu’il était de la maison et de alignée de David, pour se faire recenser ». Joseph se fait recenser ». Marie, en bonne et aimante épouse, malgré la proximité de la naissance, n’aurait pas voulu le laisser faire ce voyage tout seul.

 

Non ! Luc écrit, je répète ce texte capital :

 

4.  Joseph aussi monta de Galilée, avec de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -

5.  afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.

 

Il monte en Judée NON PAS EN COMPAGNIE de Marie pour se faire recenser, mais il monte en Judée pour se faire recenser AVEC MARIE, qui devait donc se soumettre elle aussi à ce recensement. Cela veut dire clairement que Marie était elle aussi « de la maison et de la lignée de David ». C’est incontestable, et ne pas lire le texte comme l’a écrit Luc, c’est lui faire violence et trahir ce qu’il écrit. Cela veut dire que le Père de Marie, Joachim selon la tradition, est un descendant de David en ligne masculine. Et en effet, étaient soumis aux recensements tous les héritiers mâles de chaque famille ; mais, en cas d’absence d’héritiers mâles, c’étaient les filles héritières qui devaient le faire. Marie n’avais pas de frère, probablement une sœur bien plus âgée, connue sous le nom de son deuxième époux, Cléophas, frère de saint Joseph, et mère de 4 enfants cités dans les Evangiles. Marie était donc tenue à se faire recenser. Et c’est pourquoi elle doit se rendre à Bethléem, malgré son état avancé.

 

Un petit excursus en passant, mais qui rentre dans la même mentalité : si une famille n’avait que des filles, ou une seule fille, elle(s) devai(ent)t épouser un proche parent, pour que l’héritage ne passât point dans un autre clan, dans une autre tribu. Et c’est pourquoi Joseph a épousé Marie, une parente. Marie était en quelque sorte obligée de prendre un époux, malgré son voeu de consécration totale au Seigneur, qu’elle n’a certainement pas caché à celui qu’on lui donnait comme fiancé et futur époux. En se fiançant, Joseph montre qu’il accepte de respecter en tout le vœu de celle qui sera son épouse et qui s’est consacrée corps et âme à Dieu En cela, il nous faut admirer et imiter Saint Joseph dans sa sainteté et dans sa chasteté !

 

(à suivre)

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Jeudi 3 juin 2010 4 03 /06 /Juin /2010 13:20

Par Mgr Jacques MASSON

Zacharie, Elizabeth, et Marie

Luc présente en parallèle Jean appelé plus tard le Baptiste, et Jésus : l’annonciation à Zacharie son père, l’Annonciation à Marie et la Visitation ; la naissance de Jean Baptiste et sa circoncision, la naissance de Jésus et sa circoncision. Mais Luc, selon un procédé qui lui est propre, nous présente Jean Baptiste, aussitôt après le récit de sa circoncision, comme adulte déjà, en survolant les années de l’adolescence, et qui « demeure dans les solitudes jusqu’au jour où il se manifestera devant Israël » (Luc 1, 80). Le Précurseur laisse ainsi, en Luc, la place à Celui qu’il annoncera plus tard, à Jésus, le Fils de Marie. Ce qui permet à Luc de nous parler de l’épisode révélateur de la présentation de Jésus au Temple, de sa vie à Nazareth et de sa « fugue » à Jérusalem à l’âge de 12 ans.

« Il y eut aux jours d’Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie de la classe d’Abia, et il avait pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Elizabeth » (Luc 1, 5)

Zacharie est donc prêtre, et descendant direct d’Aaron puisqu’il peut entrer dans le Saint des Saints, la partie la plus sacrée du Temple, où se trouvaient avant l’exil à Babylone en 597, l’Arche d’Alliance qui contenait le bâton miraculeux de Moïse, les tables de la Loi, et de la manne qui avait nourri les Hébreux pendant 40 ans,. L’Arche était surmontée de deux Chérubins, dont les ailes étendues formaient un trône où Dieu siégeait : c’est pourquoi les Psaumes parlent de « Yahwé qui siège sur les Chérubins ».

Prêtre, et non pas simple lévite. Les descendants de Lévi, rappelons-le, étaient tous prêtres, du sacerdoce lévitique, chargés des nombreux sacrifices offerts au Seigneur. Mais Aaron, de la descendance de Lévi avait été choisi, lui et ses descendants, pour être les grands-prêtres admis à entrer dans le Saint des Saints. Zacharie était donc descendant d’Aaron ! Et Luc ne le mentionne pas, alors qu’il indique que son épouse, Elizabeth, était descendante d’Aaron. Il nous dit simplement que Zacharie était « de la classe d’Abia ». Il était évident que Zacharie, s’il pouvait entrer dans le Saint ds Saints, était nécessairement descendant d’Aaron. Et il n’étai point nécessaire de le dire. Mais pourquoi citer « la classe d’Abia » ? Quelques versets plus loin, Luc indique que « au jour de sa classe, Zacharie remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales ». Le Roi David avait en effet réparti les prêtres en vingt classes, et chaque classe assurait le service au Temple durant une semaine, deux fois l’an.

Cette mention d’Abia, qui pourrait sembler inutile, qui semble ne rien ajouter au récit qui suit, revêt pourtant une grande importance. Et si Luc l’a mentionnée, c’est qu’elle a une signification précise, « une pierre d’attente », une « énigme » pourrait-on dire, une « porte ouverte » sur quelque chose à découvrir et à approfondir. Il en est bien ainsi. Des découvertes récentes (cf. Hermas, mai 2009, Marie Mère de la Mission) ont permis de retrouver le cycle du service de chacune des classes, de dire avec précision quand Zacharie a accompli son service au Temple, et donc quand l’Ange Gabriel lui a annoncé la naissance d’un enfant qui serait le précurseur du Messie : durant la quatrième semaine de notre mois de septembre.

Qui plus est, Luc, aussitôt après le récit de l’annonciation à Zacharie de la future naissance d’un enfant, présente le récit de l’Annonciation à Marie, en ces termes « Le sixième mois ». Il s’agit bien sûr du sixième mois à dater de la conception de Jean ! Et l’Ange Gabriel ne le contredit pas. Luc, en effet, dans le récit de l’Annonciation à Marie, ne manque pas de citer cette précision apportée par l’Ange lui-même, comme « garantie » de la véracité de ses paroles : « Et voici qu’Elizabeth, ta parente, vient elle aussi de concevoir un fils en sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait stérile » (Luc 1, 36). Cette précision est précieuse, ô combien, car elle permet de fixer la chronologie des événements : la date de l’Annonciation et donc de l’Incarnation du Verbe de Dieu dans le sein de la Vierge Marie (6 mois après le mois de septembre : le mois de Mars, 25 mars), la date de la naissance de Jean-Baptiste, il restait trois mois de grossesse à Elizabeth (24 juin), et la date de la naissance de Jésus, 9 mois après l’Annonciation, le 25 décembre. Luc n’avait pas besoin de donner plus de détails chronologiques ; la mention d’Abia suffisait.

(à suivre)

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Benoit XVI
Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 16:36

Par Mgr Jacques MASSON

COR JESU SACRATISSIMUM,

MISERERE NOBIS

 

 

COEUR SACRE DE JESUS,

AYEZ PITIE DE NOUS

 

 

Le Mois de Marie vient de se terminer, avec la Fête de la Visitation de Marie qui n’a certainement pas manqué d’être aujourd’hui tout spécialement dans les familles qui l’ont priée avec amour et persévérance, durant ce Mois qui est lui est consacré, et durant lequel, par nos prières, nous pouvons L’aider à accomplir sa Mission de « Maman du Ciel », pour sauver tous ses enfants. De sa part, je vous adresse un grand merci, pour toutes les âmes que vous avez pu convertir, et sauver.

 

A présent, une autre grande grâce s’offre à nous, le Mois du Sacré-Cœur : une invitation profonde à pénétrer dans l’Amour profond et infiniment miséricordieux du Cœur de Dieu, par l’intermédiaire du Cœur de Jésus, transpercé par la lance du centurion romain.

 

J’aurai l’occasion de vous présenter la Fête du Sacré-Cœur pour le 11 juin, avec de belles prières. Pour l’instant, je me contente de vous inviter à ne pas attendre cette date pour continuer à prier, et notamment en récitant les Litanies du Sacré-Cœur chaque jour et l’Acte de Réparation, et en méditant les Mystères Douloureux du Rosaire. Que cette prière, personnelle ou en famille, faite aussi en union avec les lecteurs d’Hermas qui s’y associent, puissent nous faire découvrir l’Amour Infini du Sacré-Cœur, et nous écrier comme le Centurion Longin, à la mort de Jésus : « Oui, vraiment cet homme est Fils de Dieu ».

 

 

Litaniae Sacratissimi Cordis Iesu

Kyrie, eleison.

Christe, eleison.

Kyrie, eleison.

 

Christe, audi nos

Christe, exaudi nos.

 

Pater de caelis, Deus,                                                                      miserere nobis. 

Fili, Redemptor mundi, Deus,                                                                      miserere nobis. 

Spiritus Sancte, Deus,                                                                       miserere nobis. 

Sancta Trinitas, unus Deus,                                                                      miserere nobis. 

 

Cor Iesu, Filii Patris aeterni,                                                                      miserere nobis. 

Cor Iesu, in sinu Virginis Matris  a Spiritu Sancto formatum,               miserere nobis. 

Cor Iesu, Verbo Dei substantialiter unitum,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, maiestatis infinitae,                                                                      miserere nobis. 

Cor Iesu, templum Dei sanctum,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, tabernaculum Altissimi,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, domus Dei et porta caeli,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, fornax ardens caritatis,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, iustitiae et amoris receptaculum,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, bonitate et amore plenum,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, virtutum omnium abyssus,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, omni laude dignissimum                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, rex et centrum omnium cordium,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, in quo sunt omnes thesauri  sapientiae et scientiae,              miserere nobis. 

Cor Iesu, in quo habitat omnis plenitudo divinitatis,                             miserere nobis. 

Cor Iesu, in quo Pater sibi bene complacuit,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, de cuius plenitudine  omnes nos accepimus,                             miserere nobis. 

Cor Iesu, desiderium collium aeternorum,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, patiens et multae misericordiae,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, dives in omnes qui invocant te,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, fons vitae et sanctitatis,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, propitiatio pro peccatis nostris,                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, saturatum opprobriis,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, attritum propter scelera nostra                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, usque ad mortem obediens factum                                          miserere nobis. 

Cor Iesu, lancea perforatum,                                                                      miserere nobis. 

Cor Iesu, fons totius consolationis,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, vita et resurrectio nostra,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, pax et reconciliatio nostra,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, victima peccatorum,                                                                      miserere nobis. 

Cor Iesu, salus in te sperantium,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, spes in te morientium,                                                        miserere nobis. 

Cor Iesu, deliciae Sanctorum omnium,                                                        miserere nobis. 

 

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,                                                        parce nobis, Domine. 

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,                                                        exaudi nos, Domine. 

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi,                                                        miserere nobis. 

 

V. Iesu, mitis et humilis corde, 

R. Fac cor nostrum secundum Cor tuum. 

 

Oremus:

Omnipotens sempiterne Deus, respice in Cor dilectissimi Filii  

tui, et in laudes et satisfactiones, quas in nomine peccatorum tibi  

persolvit, iisque misericordiam tuam petentibus tu veniam concede  

placatus, in nomine eiusdem Filii tui Iesu Christi:  Qui tecum vivit et  

regnat in saecula saeculorum.

Amen.

 

Litanies du Cacre-coeur de Jesus

Seigneur, ayez pitié de nous

Jésus-Christ, ayez pitié de nous.

Seigneur, ayez pitié de nous.

 

Jésus-Christ, écoutez-nous.

Jésus-Christ, exaucez-nous.

 

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Fils Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, Fils du Père éternel, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, formé par le Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Mère, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, uni substantiellement au Verbe de Dieu, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, d'une majesté infinie, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, temple saint du Seigneur, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, tabernacle du Très Haut, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, maison de Dieu et porte du ciel, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, fournaise ardente de charité, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, sanctuaire de la justice et de l'amour, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, plein d'amour et de bonté, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, abîme de toutes les vertus, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, très digne de toutes les louanges, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, roi et centre de tous les coeurs, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, en qui se trouvent tous les trésors de la sagesse et de la science, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, en qui réside toute la plénitude de la divinité, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, objet des complaisances du Père céleste, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, dont la plénitude se répand sur nous tous, ayez pitié de nous

Coeur de Jésus, le Désiré des collines éternelles, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, patient et très miséricordieux, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, libéral pour tous ceux qui vous invoquent, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, source de vie et de sainteté, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, propitiation pour nos péchés, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, rassasié d'opprobres, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, broyé à cause de nos péchés, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, obéissant jusqu'à la mort, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, percé par la lance, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, source de toute consolation, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, notre vie et notre résurrection, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, notre paix et notre réconciliation, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, victime des pécheurs, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, salut de ceux qui espèrent en vous, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, espérance de ceux qui meurent dans votre amour, ayez pitié de nous.

Coeur de Jésus, délices de tous les saints, ayez pitié de nous.

 

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

Jésus, doux et humble de coeur. Rendez notre coeur semblable au vôtre.

 

ORAISON :

Dieu tout-puissant et éternel regardez le Coeur de votre Fils bien-aimé, soyez attentif aux louanges et aux satisfactions qu'il vous rend au nom des pécheurs. Apaisé par ces divins hommages, pardonnez à ceux qui implorent votre miséricorde, au nom du même, Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

 

Acte de Reparation au Sacre Cœur de Jesus de Pie XI (1928)

 

Cette prière de consécration centrée sur la Réparation doit être récitée le jour de la fête du Sacré-Cœur, ainsi que les premiers vendredis du mois, et tous les jours du, mois de juin, Mois du, Sacré-Coeur. Elle était jointe à l'Encyclique « Miserentissimus Redemptor » du 8 mai 1928.

 

Très doux Jésus, dont l'immense amour pour les hommes a été payée de tant d'ingratitude, d'oubli, de négligence, de mépris, nous voici prosternés devant vos autels. Nous voulons réparer par des témoignages particuliers d'honneur l'indigne froideur des hommes et les injures qui, de toutes parts, blessent votre Cœur très aimant.

Nous n'oublions pas, toutefois, que nous n'avons pas toujours été, nous-mêmes, exempts de reproches. Nous en ressentons une très vive douleur et nous implorons, pour nous d'abord, votre miséricorde, disposés à réparer par une expiation volontaire, non seulement les péchés que nous avons commis nous-mêmes, mais encore les fautes de ceux qui errent loin de la voie du salut, les infidèles obstinés qui refusent de vous suivre comme leur pasteur et leur guide et les chrétiens qui ont renié les promesses de leur baptême et secoué le joug très suave de votre loi.

 

Ces fautes déplorables, nous voulons les expier toutes, et nous nous proposons de réparer en particulier l'immodestie et l'impudeur de la conduite et de la toilette, les embûches tendues par la corruption aux âmes innocentes, la profanation des fêtes religieuses, les blasphèmes dont vous êtes l'objet, vous et vos Saints, les insultes adressées à votre Vicaire et à vos prêtres, la négligence envers le Sacrement du divin amour ou sa profanation par d'horribles sacrilèges, enfin les crimes publics des nations qui combattent les droits et le magistère de l'Eglise que vous avez instituée.

 

Ah ! puissions-nous laver ces crimes dans notre sang ! Du moins, pour réparer l'honneur divin outragé, nous vous présentons, en union avec les expiations de la Vierge votre Mère, de tous les Saints et des fidèles pieux, la réparation que vous avez un jour offerte au Père sur la croix et que vous continuez de renouveler chaque jour sur les autels. Nous vous promettons du fond de notre cœur de réparer, autant que nous le pourrons, et avec le secours de votre grâce, nos fautes passées et celles des autres, et l'indigne oubli de votre incomparable amour, par une foi inébranlable, par une vie pure, par l'observation parfaite de la loi évangélique, et particulièrement de la charité. Nous vous promettons d'empêcher selon nos forces les offenses dont vous serez menacé et d'amener le plus d'hommes possible à vous suivre.

 

Très doux Jésus, recevez, nous vous en prions, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Réparatrice, cet hommage volontaire d'expiation, et daignez nous accorder le don précieux de la persévérance, qui nous garde fidèles jusqu'à la mort dans votre obéissance et votre service, afin que nous puissions un jour parvenir à cette patrie où vous vivez et régnez, vrai Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
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