Vers 95, Jean, exilé dans l’île de Patmos, écrit l’Apocalypse. Il écrit ensuite son Evangile, plus de 60 ans après les faits, et alors que les trois Evangiles, dits “Synoptiques”, sont déjà rédigés depuis longtemps et bien connus. Il est le seul survivant des Apôtres et il n’est pas loin d’être centenaire. Il est représenté par un aigle, pour indiquer « le regard perçant du voyant ».
Il a recueilli chez lui à Ephèse la Sainte Vierge, qui a vécu probablement avec sa propre mère, Salomé, épouse de Zébédée, et mère de Jacques le Majeur et de Jean, le « disciple que Jésus aimait », qui devait être un jeune homme d’une vingtaine d’année environ au moment du ministère public de Jésus.
La vie de Jésus est bien connue des chrétiens du 1° siècle par la prédication des Apôtres, par les trois Evangiles de Mathieu, Marc et Luc dont la rédaction est certainement plus ancienne et plus proche des faits que ne le prétendent certains auteurs. En effet, sans entrer dans les détails, une erreur dans le texte de la généalogie de Jésus en Mathieu, tel que nous le possédons actuellement, postule une rédaction très ancienne de l’Evangile de Mathieu en araméen, et de sa traduction très ancienne elle aussi en grec (cf J. Masson, Jésus Fils de David dans les généalogies de saint Mathieu et de Saint Luc).
Saint Luc écrit même, dès le début, qu’il s’est « informé soigneusement de tout depuis les origines » (1, 3). Il a certainement connu saint Jean et rencontré la Sainte Vierge chez lui. Son Evangile a des traits communs avec l’Evangile de Jean. Et pourtant, il ne parle pas des noces de Cana, ni du discours sur le Pain de Vie, ni de l’apparition de Jésus, ni de la pêche miraculeuse après la Résurrection, etc., pas plus que ne l’ont fait Mathieu et Marc.
Ecrit tardivement, l’Evangile de Jean présente toutefois des précisions d’une grande fraîcheur. « C’était environ la dixième heure » (1, 39) : il parlait alors de sa première rencontre avec Jésus. « Tel fut le premier des signes », à propos des noces de Cana (2, 11). « Ce fut là le second signe accompli par Jésus à son retour de Judée en Galilée » : la guérison du fils d’un fonctionnaire royal à Cana (4, 54). « Ce fut là la troisième fois que Jésus se montra à ses disciples, une fois ressuscité des morts » (21, 14).
Saint Jean, de plus, donne l’explication de certains gestes ou paroles de Jésus : c’est « l’oeil pénétrant du voyant » qui a compris, et qui nous livre la clef de lecture : « Mais lui parlait du Temple de son Corps » (2, 21) ; « Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croient en lui » : discours sur la promesse de l’eau vive (7, 39).
En revanche, il ne parle pas de l’Institution de l’Eucharistie, dont la communauté chrétienne vivait alors régulièrement. Mais il donne le discours de Jésus sur le Pain de Vie, après la multiplication des pains, qui explique sans ambiguïté le sens plénier de l’Eucharistie ; il mentionne aussi le Lavement des pieds fait par Jésus, avant l’Institution de l’Eucharistie, comme purification nécessaire et indispensable pour recevoir le Pain de Vie, annonce du Sacrement de la Pénitence.
Saint Jean présente aussi une autre caractéristique propre : l’insistance sur le nombre 7. Son Evangile contient le récit de 7 « miracles » qu’il appelle « signes » ; il raconte les sept premiers jours du ministère de Jésus (qui se terminent par les noces de Cana), et les sept derniers jours (qui se terminent au Calvaire). Et, pour l’apparition au Lac de Tibériade et la pêche miraculeuse après la Résurrection, il y a 7 disciples. Ce ne peut être le fruit du hasard. C’est pourquoi il de la plus haute importance de bien noter tous les détails donnés par Jean, et le choix qu’il a fait des « signes » qu’il a retenus, d’autant plus que les « signes », les gestes ou les discours retenus ne se trouvent pas dans les trois autres Evangiles. On ne peut dire qu’il a voulu les compléter, car ce serait impossible, comme il l’indique dans les deux conclusions de son Evangile tant Jésus a fait d’autres signes (cf 20, 30 ; 21, 25).
Mais il précise, et il est important de le souligner : «Jésus a accompli (…) bien d’autres signes qui ne sont pas relatés dans ce livre. Ceux-là l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu (...) » (21, 30-31). Toute explication devra tenir compte strictement de cette clef de lecture que nous donne saint Jean.
Jean 1
| 19. | Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » |
| 20. | Il confessa, il ne nia pas, il confessa : « Je ne suis pas le Christ. » - |
| 21. | « Qu'es-tu donc ? lui demandèrent-ils. Es-tu Élie ? » Il dit : « Je ne le suis pas. » - « Es-tu le prophète ? » Il répondit : « Non. » |
| 22. | Ils lui dirent alors : « Qui es-tu, que nous donnions réponse à ceux qui nous ont envoyés ? Que dis-tu de toi-même ? » - |
| 23. | Il déclara : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur, comme a dit Isaïe, le prophète. » |
| 24. | On avait envoyé des Pharisiens. |
| 25. | Ils lui demandèrent : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n'es ni le Christ, ni Élie, ni le prophète ? » |
| 26. | Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l'eau. Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas, |
| 27. | celui qui vient derrière moi, dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sandale. » |
| 28. | Cela se passait à Béthanie au-delà du Jourdain, où Jean baptisait. |
Jean 1
| 29. | Le lendemain, il voit Jésus venir vers lui et il dit : « Voici l'agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. |
| 30. | C'est de lui que j'ai dit : Derrière moi vient un homme qui est passé devant moi parce qu'avant moi il était. |
| 31. | Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c'est pour qu'il fût manifesté à Israël que je suis venu baptisant dans l'eau. » |
| 32. | Et Jean rendit témoignage en disant : « J'ai vu l'Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. |
| 33. | Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, celui-là m'avait dit : «Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. » |
| 34. | Et moi, j'ai vu et je témoigne que celui-ci est l'Élu de Dieu. » |
Jean 1
| 35. | Le lendemain, Jean se tenait là, de nouveau, avec deux de ses disciples. |
| 36. | Regardant Jésus qui passait, il dit : « Voici l'agneau de Dieu. » |
| 37. | Les deux disciples entendirent ses paroles et suivirent Jésus. |
| 38. | Jésus se retourna et, voyant qu'ils le suivaient, leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui dirent : « Rabbi - ce qui veut dire Maître -, où demeures-tu ? » |
| 39. | Il leur dit : « Venez et voyez. » Ils vinrent donc et virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui de jour-là. C'était environ la dixième heure. |
| 40. | André, le frère de Simon-Pierre, était l'un des deux qui avaient entendu les paroles de Jean et suivi Jésus. |
| 41. | Il rencontre en premier lieu son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » - ce qui veut dire Christ. |
| 42. | Il l'amena à Jésus. Jésus le regarda et dit : « Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t'appelleras Céphas » - ce qui veut dire Pierre. |
Jean 1
| 43. | Le lendemain, Jésus résolut de partir pour la Galilée ; il rencontre Philippe et lui dit : « Suis-moi ! » |
| 44. | Philippe était de Bethsaïde, la ville d'André et de Pierre. |
| 45. | Philippe rencontre Nathanaèl et lui dit : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que les prophètes, nous l'avons trouvé : Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » |
| 46. | Nathanaèl lui dit : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe lui dit : « Viens et vois. » |
| 47. | Jésus vit Nathanaèl venir vers lui et il dit de lui : « Voici vraiment un Israélite sans détour. » |
| 48. | Nathanaèl lui dit : « D'où me connais-tu ? » Jésus lui répondit : « Avant que Philippe t'appelât, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. » |
| 49. | Nathanaèl reprit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d'Israël. » |
| 50. | Jésus lui répondit : « Parce que je t'ai dit : «Je t'ai vu sous le figuier», tu crois ! Tu verras mieux encore. » |
| 51. | Et il lui dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. » |
La première semaine se termine ainsi par les noces de Cana : la Femme, l’Heure, l’eau changée en bon vin…
Mgr Jacques MASSON




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