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Les Catéchèses d'Hermas

Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /Juin /2010 06:36

Par Mgr Jacques MASSON

II – La Prédication de Jean-Baptiste

 

Les tableaux suivants donnent côte à côte la prédication de Jean-Baptiste, selon ce qu’en ont retenu leurs auteurs, Matthieu, Marc et Luc. Ce ne sont pas des tableaux synoptiques, comparatifs, mais des tableaux qui se complètent, et permettent d’avoir ainsi une vision complète de ce qu’a été la prédication de Jean-Baptiste.

 

Matthieu chapitre 3°

Marc chapitre 1°

Luc chapitre 3°

1. 

En ces jours-là arrive Jean le Baptiste, prêchant dans le désert de Judée

2. 

et disant : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. »

3. 

C'est bien lui dont a parlé Isaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.

4. 

Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour de ses reins ; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage.

5. 

Alors s'en allaient vers lui Jérusalem, et toute la Judée, et toute la région du Jourdain,

6. 

et ils se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en confessant leurs péchés.

7. 

Comme il voyait beaucoup de Pharisiens et de Sadducéens venir au baptême, il leur dit : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la Colère prochaine ?

8. 

Produisez donc un fruit digne du repentir

9. 

et ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : «Nous avons pour père Abraham. » Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham.

10. 

Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu.

11. 

Pour moi, je vous baptise dans de l'eau en vue du repentir ; mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne d'enlever les sandales ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu.

12. 

Il tient en sa main la pelle à vanner et va nettoyer son aire ; il recueillera son blé dans le grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s'éteint pas. »

1. 

Commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu.

2. 

Selon qu'il est écrit dans Isaïe le prophète : Voici que j'envoie mon messager en avant de toi pour préparer ta route.

3. 

Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers,

4. 

Jean le Baptiste fut dans le désert, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés.

5. 

Et s'en allaient vers lui tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem, et ils se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en confessant leurs péchés.

6. 

Jean était vêtu d'une peau de chameau et mangeait des sauterelles et du miel sauvage.

7. 

Et il proclamait : « Vient derrière moi celui qui est plus fort que moi, dont je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la courroie de ses sandales.

8. 

Moi, je vous ai baptisés avec de l'eau, mais lui vous baptisera avec l'Esprit Saint. »

1. 

L'an quinze du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode tétrarque de Galilée, Philippe son frère tétrarque du pays d'Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque d'Abilène,

2. 

sous le pontificat d'Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert.

3. 

Et il vint dans toute la région du Jourdain, proclamant un baptême de repentir pour la rémission des péchés,

4. 

comme il est écrit au livre des paroles d'Isaïe le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ;

5. 

tout ravin sera comblé, et toute montagne ou colline sera abaissée ; les passages tortueux deviendront droits et les chemins raboteux seront nivelés.

6. 

Et toute chair verra le salut de Dieu.

7. 

Il disait donc aux foules qui s'en venaient se faire baptiser par lui : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la Colère prochaine ?

8. 

Produisez donc des fruits dignes du repentir, et n'allez pas dire en vous-mêmes : «Nous avons pour père Abraham. » Car je vous dis que Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham.

9. 

Déjà même la cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. »

10. 

Et les foules l'interrogeaient, en disant : « Que nous faut-il donc faire ? »

11. 

Il leur répondait : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. »

12. 

Des publicains aussi vinrent se faire baptiser et lui dirent : « Maître, que nous faut-il faire ? »

13. 

Il leur dit : « N'exigez rien au-delà de ce qui vous est prescrit. »

14. 

Des soldats aussi l'interrogeaient, en disant : « Et nous, que nous faut-il faire ? » Il leur dit : « Ne molestez personne, n'extorquez rien, et contentez-vous de votre solde. »

15. 

Comme le peuple était dans l'attente et que tous se demandaient en leur cœur, au sujet de Jean, s'il n'était pas le Christ,

16. 

Jean prit la parole et leur dit à tous : « Pour moi, je vous baptise avec de l'eau, mais vient le plus fort que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales ; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et le feu.

17. 

Il tient en sa main la pelle à vanner pour nettoyer son aire et recueillir le blé dans son grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s'éteint pas. »

18. 

Et par bien d'autres exhortations encore il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.

 

Pendant la prédication de Jean-Baptiste, Jésus se présente pour être baptisé. Mais Luc, comme je l’ai indiqué ci-dessus, termine tout de suite tout ce qui touche à Jean-Baptiste. Il raconte donc l’arrestation de Jean-Baptiste par Hérode. Puis il passe à Jésus, au Baptême de Jésus par Jean, qui ne peut donc être en prison. Puis Luc ne fera ensuite qu’une brève allusion à la Mort du Précurseur, Jean-Baptiste, au chapitre 9 (7-29). Je laisse donc de côté pour l’instant ce passage de Luc sur l’arrestation de Jean-Baptiste, en le renvoyant à plus tard, quand sera venu le moment, en concordance avec les deux autres Evangélistes.

 

(à suivre)

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Mardi 22 juin 2010 2 22 /06 /Juin /2010 07:02

Par Mgr Jacques MASSON

De la Visitation de Marie à Elizabeth

 

Luc chapitre 1°

39. 

En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda.

40. 

Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.

41. 

Et il advint, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint.

 

 

 

Naissance de Jean-Baptiste

 

 

 

 

 

Luc chapitre 1°

56. 

Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle.

57. 

Quant à Élisabeth, le temps fut accompli où elle devait enfanter, et elle mit au monde un fils.

58. 

Ses voisins et ses proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde à son égard, et ils s'en réjouissaient avec elle.

 

 

 

 

Circoncision de Jean-Baptiste

 

 

Luc chapitre 1

59. 

Et il advint, le huitième jour, qu'ils vinrent pour circoncire l'enfant. On voulait l'appeler Zacharie, du nom de son père ;

60. 

mais, prenant la parole, sa mère dit : « Non, il s'appellera Jean. »

61. 

Et on lui dit : « Il n'y a personne de ta parenté qui porte ce nom ! »

62. 

Et l'on demandait par signes au père comment il voulait qu'on l'appelât.

63. 

Celui-ci demanda une tablette et écrivit : « Jean est son nom » ; et ils en furent tous étonnés.

64. 

A l'instant même, sa bouche s'ouvrit et sa langue se délia, et il parlait et bénissait Dieu.

65. 

La crainte s'empara de tous leurs voisins, et dans la montagne de Judée tout entière on racontait toutes ces choses.

66. 

Tous ceux qui en entendirent parler les mirent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant ? » Et, de fait, la main du Seigneur était avec lui.

 

 

 

 

Le Benedictus, chant d’action de grâce de Zacharie

 

Luc chapitre 1°

67. 

Et Zacharie, son père, fut rempli d'Esprit Saint et se mit à prophétiser :

68. 

« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et délivré son peuple,

69. 

et nous a suscité une puissance de salut dans la maison de David, son serviteur,

70. 

selon qu'il l'avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes des temps anciens,

71. 

pour nous sauver de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent.

72. 

Ainsi fait-il miséricorde à nos pères, ainsi se souvient-il de son alliance sainte,

73. 

du serment qu'il a juré à Abraham, notre père, de nous accorder

74. 

que, sans crainte, délivrés de la main de nos ennemis, nous le servions

75. 

en sainteté et justice devant lui, tout au long de nos jours.

76. 

Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras devant le Seigneur, pour lui préparer les voies,

77. 

pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés ;

78. 

grâce aux sentiments de miséricorde de notre Dieu, dans lesquels nous a visités l'Astre d'en haut,

79. 

pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas dans le chemin de la paix. »

 

Puis saint Luc, selon un procédé littéraire qui lui est propre, poursuit son récit, en s’attachant à la personne de celui qu’il a présenté », Jean-Baptiste, le projetant vers l’avenir, sans tenir compte de la chronologie ; ce qui lui permet de passer ensuite immédiatement à la naissance de Celui que Jean devait annoncer, Jésus, au chapitre deuxième. Ce qui se reproduira de nouveau ci-dessous.

 

 

Vie cachée de Jean-Baptiste

 

Luc chapitre 1°

80. 

Cependant l'enfant grandissait, et son esprit se fortifiait. Et il demeurait dans les déserts jusqu'au jour où il se manifesta à Israël.

 

 (à suivre)

 

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Lundi 21 juin 2010 1 21 /06 /Juin /2010 06:59

Par Mgr Jacques MASSON

Voici donc les textes évangéliques concernant Jean Baptiste, dans leur entier :

 

 

I - La Naissance miraculeuse de Jean

 

 

 

L’Annonciation à Zacharie

 

Luc chapitre 1°

5. 

Il y eut aux jours d'Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d'Abia, et il avait pour femme une descendante d'Aaron, dont le nom était Élisabeth.

6. 

Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur.

7. 

Mais ils n'avaient pas d'enfant, parce que Élisabeth était stérile et que tous deux étaient avancés en âge.

8. 

Or il advint, comme il remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales au tour de sa classe,

9. 

qu'il fut, suivant la coutume sacerdotale, désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler l'encens.

10. 

Et toute la multitude du peuple était en prière, dehors, à l'heure de l'encens.

11. 

Alors lui apparut l'Ange du Seigneur, debout à droite de l'autel de l'encens.

12. 

A cette vue, Zacharie fut troublé et la crainte fondit sur lui.

13. 

Mais l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée ; ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean.

14. 

Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance.

15. 

Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère

16. 

et il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu.

17. 

Lui-même le précédera avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. »

18. 

Zacharie dit à l'ange : « A quoi connaîtrai-je cela ? car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. »

19. 

Et l'ange lui répondit : « Moi je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j'ai été envoyé pour te parler et t'annoncer cette bonne nouvelle.

20. 

Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, lesquelles s'accompliront en leur temps. »

21. 

Le peuple cependant attendait Zacharie et s'étonnait qu'il s'attardât dans le sanctuaire.

22. 

Mais quand il sortit, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire. Pour lui, il leur faisait des signes et demeurait muet.

23. 

Et il advint, quand ses jours de service furent accomplis, qu'il s'en retourna chez lui.

24. 

Quelque temps après, sa femme Élisabeth conçut, et elle se tenait cachée cinq mois durant.

25. 

« Voilà donc, disait-elle, ce qu'a fait pour moi le Seigneur, au temps où il lui a plu d'enlever mon opprobre parmi les hommes !! »

 

 

De l’Annonciation à Marie

 

Luc chapitre 1°

26. 

Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth,

27. 

à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie.

 

36. 

Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ;

37. 

car rien n'est impossible à Dieu. »

 

 (à suivre)

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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /Juin /2010 07:33

Par Mgr Jacques MASSON

Introduction

 

Le nom de saint Jean Baptiste est bien connu, mais il reste un inconnu pour la plupart des catholiques. En effet, sa fête n’est pas une fête d’obligation, et peu de fidèles assistent à la Messe consacrée à la célébration de sa Fête, le 24 juin. Et, même s’ils y assistaient, l’Evangile de la Fête ne dirait que peu de choses sur celui qui a eu pour mission de préparer la voie au Seigneur, au Messie, de le présenter, et d’être à l’origine des premiers disciples de Jésus, André et Jean, fils de Zébédée. Il est le dernier des Prophètes de l’Ancien Testament, et le premier des prophètes du Nouveau Testament, car il parle, car il annonce Celui qui est au milieu du peuple, et que le peuple ne connaît pas encore. Il le présente même en ces termes : « Voici l’Agneau de Dieu ».

 

Mais que savons-nous exactement de Jean Baptiste ? Qui est-il pour nous ? Celui qui était dans le désert, revêtu d’un manteau de poils de chameau, qui mangeait du miel sauvage et des sauterelles et baptisait dans le Jourdain. Il baptisait dans le Jourdain, et a baptisé Jésus. Certains savent peut-être qu’il est mort décapité, sur les menées de l’adultère et perverse Hérodiade et de sa fille, l’impudique Salomé (son nom est donné par Flavius Josèphe), le roi Hérode s’étant vu reprocher par Jean le Baptiste d’avoir pris la femme de son frère, Hérodiade.

 

En fait, nous nous apercevons que nous connaissons peu de choses de l’Evangile lui-même, si ce n’est, pour ceux qui assistent à la Messe chaque Dimanche, l’Evangile de ce dimanche. Il est peu répandu chez les catholiques de faire la « lectio divina », de lire la Parole de Dieu en famille, de lire la Bible. Une question : qui d’entre nos lecteurs a lu au moins les quatre Evangiles en entier, au moins une fois ? Si je passe à l’Ancien Testament, c’est le désert. Ce que l’on appelait dans ma jeunesse « l’Histoire Sainte », était tout simplement la lecture faite par le prêtre, aux enfants, dès leur plus jeune âge, des principaux passages de la Bible. Cela n’existe plus. L’ignorance totale et crasse ! Si nous rencontrions le Christ, comme les disciples d’Emmaüs, et qu’il essayât de nous expliquer tout ce qui parle de lui dans les Ecritures, qui comprendrait son discours ? Quelques-uns, oui ! Et pourtant, c’est la Parole de Dieu, c’est Dieu qui nous parle.

 

C’est pourquoi j’ai pensé mettre de plus en plus, dans mes écrits, les textes entiers de l’Ecriture (comme je l’ai fait dernièrement pour la Sainte Vierge sur Hermas), pour que les lecteurs les aient sous les yeux, les lisent au moins une fois, en les regroupant par thèmes, ce qui rend leur lecture plus aisée et plus enrichissante au plan spirituel. C’est ce que je me propose de faire aussi pour Saint Jean Baptiste. Rassembler les textes qui nous parlent de lui dans les Evangiles.

 

Et je commencerai tout d’abord par une simple remarque, qui semblera banale. Tout le monde connaît la date du 24 juin : avec les « feux de la Saint Jean », c’est devenu une fête païenne. C’est le jour de la naissance de Jean, dit le Baptiste. Pourquoi cette date du 24 juin ? Car les Evangiles ne nous disent rien. Il fallait trouver une date ? Comme la date de la naissance de Jésus a été fixée au 25 décembre, et que Jean a été conçu 6 mois avant Jésus, on a donc choisi la date du 24 juin.

 

Pourquoi cette date du 24 juin ? La réalité est bien différente. Je l’ai déjà signalé, le hasard n’existe pas dans les plans de Dieu. Tout a une signification. Des découvertes récentes faites par un chercheur juif, spécialiste et savant, ont permis (comme je l’ai indiqué dans un article de Hermas), de fixer avec précision la date de la conception de Jean Baptiste, et donc la date de sa naissance. C’est bien le 24 juin que Jean, appelé plus tard le Baptiste est né. Et c’est donc bien le 25 décembre que Jésus est né. Or, nous découvrons que, le 24 juin, la durée du jour commence à diminuer, et que le 25 la durée du jour commence à augmenter. Que celui qui a des yeux pour lire, et des oreilles pour entendre, qu’il soit attentif, pour découvrir la vérité profonde que revêtent ces dates.

 

Ecoutons cet ultime témoignage de Jean à propos de Jésus, et ses paroles prophétiques. Une discussion avait surgi entre les disciples de Jean et un juif à propos de la purification, car les gens viennent vers Jésus. Jean leur répond :

 

Jean, chapitre 3° :

23. 

Jean aussi baptisait, à Aenon, près de Salim, car les eaux y abondaient, et les gens se présentaient et se faisaient baptiser.

24. 

Jean, en effet, n'avait pas encore été jeté en prison.

25. 

Il s'éleva alors une discussion entre les disciples de Jean et un Juif à propos de purification :

26. 

ils vinrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi de l'autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise et tous viennent à lui ! »

27. 

Jean répondit : « Un homme ne peut rien recevoir, si cela ne lui a été donné du ciel.

28. 

Vous-mêmes, vous m'êtes témoins que j'ai dit : «Je ne suis pas le Christ, mais je suis envoyé devant lui. »

29. 

Qui a l'épouse est l'époux ; mais l'ami de l'époux qui se tient là et qui l'entend, est ravi de joie à la voix de l'époux. Telle est ma joie, et elle est complète.

30. 

Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse.

 

« Il faut que lui grandisse et que moi je décroisse » : « eum oportet crescere, me autem minui ». N’est-il pas surprenant et significatif de voir Jean le Baptiste naître le 24 juin jour même où commence à décroître la lumière du jour ? Jean qui sera décapité et disparaîtra de la scène évangélique, alors que Celui qu’il annonçait est à la lumière du jour, se manifeste au peuple qui attendait le Messie, par ses Paroles et par ses actes. Alors que, le 25 décembre voit naître Jésus, le jour même où la lumière du jour commence à croître ? Ce Jésus qui déclarera plus tard : Je suis la Lumière du monde ! Le fruit du hasard ? Pas du tout. Du moins, pas pour ceux qui croient que rien n’arrive « par hasard » et que le monde est guidé par la Sagesse de Dieu, que Dieu s’est révélé à nous selon des modes qui nous permettent de comprendre son enseignement, de le découvrir, même au plus petit signe et indice. Pas pour ceux qui savent lire les signes que Dieu nous donne.

(à suivre)

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Samedi 19 juin 2010 6 19 /06 /Juin /2010 11:49

Par L'Equipe d'Hermas

 

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Vendredi 18 juin 2010 5 18 /06 /Juin /2010 17:04

Par Mgr Jacques MASSON

 

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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 08:00

Par Mgr Jacques MASSON

La sainte vierge et la résurrection

 

Le premier jour de la semaine, les femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, Marie de Magdala, Marie femme de Cléophas, Salomé, Jeanne , Suzanne et plusieurs autres, dont nous parle Saint Luc (8, 1-3) se rendent au tombeau avec les aromates qu’elles avaient préparé, pour aller oindre le corps de Jésus. Elles viennent rendre visite à un mort, pour compléter sa sépulture. Elles ont oublié, elles n’ont pas compris, ni elles, ni les Apôtres, ce que Jésus avait promis en annonçant par trois fois sa passion : « Et le troisième jour, je ressusciterai ». C’était le troisième jour : elles auraient dû attendre la Résurrection : elles vont oindre un mort…

 

Marie, la Mère de Jésus, n’est pas avec elles. Elle est restée probablement au Cénacle. Ne serait-ce pas la place d’une Mère d’aller rendre les derniers soins à son fils mort dans de si atroces souffrances ? Cette absence pourrait surprendre à première vue. Car c’est elle qui devrait être à la tête du groupe des femmes. Non ! Marie n’est pas allé au tombeau ! Elle ne voulait pas rendre visite à un mort ! Marie, nous l’avons vu, et je l’ai répété souvent ci-dessus, dans ce but : « Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur. Toutes les paroles des Ecritures, toutes les paroles de son Fils, tout ce que son Jésus avait pu lui dire dans l’intimité de Nazareth, elle y croyait : « Oui, Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du, Seigneur » (Luc 1, 45), proclame Elizabeth. Elle a cru à tout ce qui était annoncé par les Ecritures, et à tout ce que disait son Fils.

 

Quand Jésus avait annoncé par trois fois sa Passion, les Apôtres, les disciples, les femmes n’avaient pas compris, nous disent les Evangélistes. Et surtout, ils avaient oublié la partie la plus importante : « Et, le troisième jour, il ressuscitera ».

 

Marie, Elle, elle n’a pas oublié ses paroles, et, confiante en la parole du Verbe fait chair dans son sein, elle attend. A quoi bon se rendre en hâte au tombeau pour rendre les derniers soins à un mort, puisqu’il va ressusciter ! Puisqu’il est Ressuscité ! Il est là, près d’Elle !

 

L’absence de Marie dans le groupe des femmes qui vont visiter un mort, laisse entendre clairement que Marie n’a pas besoin de s’y rendre. Que son Fils est Ressuscité, comme il l’avait dit, et que sa première apparition, sa première visite a été réservée à Celle qui l’avait conçu, élevé et suivi jusqu’à la Croix et à la mise au tombeau. A Celle qui avait cru, contre toute espérance, car Elle s’était abandonnée tout entière à la Volonté de Dieu.

 

Si la constatation du tombeau vide, et les apparitions aux femmes et aux Apôtres, étaient nécessaires et indispensables pour attester aux Juifs, et à nous-mêmes la Résurrection de Jésus, pour moi, l’absence de Marie dans le groupe des femmes qui se rendent au tombeau, est suffisante pour attester la Résurrection de Jésus.

 

C’est ce qu’exprimait le Serviteur de Dieu, le Pape Jean Paul II , lors de l’audience générale du mercredi 21 mai 1997 :

 

Chers Frères et Sœurs,

 

« Dans les Évangiles, nous ne trouvons aucun récit d'apparition de Jésus ressuscité à sa mère. On peut sans doute attribuer ce silence au fait qu'un tel témoignage n'aurait pas été reçu par ceux qui niaient la résurrection du Seigneur. D'autre part, les Évangiles ne rapportent que ce qui est nécessaire pour notre connaissance du salut par le Christ. Mais, il n'est pas pensable que la Vierge, présente dans la première communauté des disciples, ait été exclue du nombre de ceux qui ont rencontré son Fils ressuscité d'entre les morts. Au contraire, il est vraisemblable que la première personne à qui Jésus ressuscité est apparu a été sa mère. Son absence du groupe de femmes qui s'est rendu au tombeau à l'aube peut constituer un indice du fait qu'elle avait déjà rencontré Jésus. Le caractère unique et spécial de sa présence au Calvaire et son union parfaite à son Fils dans ses souffrances suggèrent une participation très particulière au mystère de la résurrection.

 

« Image et modèle de l'Église qui attend le Ressuscité et qui le rencontre au cours des apparitions pascales, Marie a dû avoir un contact personnel avec son Fils ressuscité, pour jouir elle aussi de la plénitude de la joie pascale. Présente au pied de la Croix le Vendredi saint et au Cénacle à la Pentecôte, la Vierge a sans doute été un témoin privilégié de la Résurrection du Christ, complétant ainsi sa participation à tous les moments essentiels du mystère pascal. En accueillant le Ressuscité, Marie est signe et anticipation de l'humanité qui espère le rejoindre lors de la résurrection des morts. »

 

« Scimus Christum surrexisse a mortuis vere :  Tu nobis victor Rex, miserere !:

 

Oui, nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts : Ô Roi vainqueur ; ayez pitié de nous ». (Séquence de Pâques (« Victimae Pascali Laudes »).

 

Notre-Dame de la Résurrection ? Oui, Marie l’est sans aucun doute, car, seule, elle a cru en la Résurrection de son Fils. Mais surtout, en nous donnant son Fils, qui est resté présent parmi nous dans le Sainte Eucharistie, c’est vraiment le vrai Corps né de la Vierge Marie que nous recevons, qui nous donne la vie et nous ressuscitera au dernier jour. Et, devenue notre Mère au pied de la Croix, elle nous enfante dans la douleur, elle nous enfante à une vie nouvelle, elle nous fait en quelque sorte ressusciter de la mort dans laquelle le péché nous avait plongés, par son union à la Passion Rédemptrice de son Divin fils. « Ad Jesum per Mariam ».

 

 

Les paroles de la sainte vierge dans les evangiles

 

Les Evangiles contiennent très peu de paroles de la Sainte Vierge. C’est pourquoi j’ai pensé les rassembler ici, pour nous permettre de connaître et de méditer des paroles de notre Maman Céleste. Dans les textes cités, je mettrai en relief les paroles de la Sainte Vierge

 

Luc 1-26-38 , l’Annonciation

 

26.  Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth,

27.  à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie.

28.  Il entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »

29.  A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.

30.  Et l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31.  Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.

32.  Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ;

33.  il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. »

34.  Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? »

35.  L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.

36.  Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ;

37.  car rien n'est impossible à Dieu. »

38.  Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! » Et l'ange la quitta.

 

 

Luc 1, 39-56 : la visitation à sa cousine Elizabeth (Le Magnificat)

 

39.  En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda.

40.  Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.

41.  Et il advint, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint.

42.  Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !

43.  Et comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ?

44.  Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein.

45.  Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

46.  Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,

47.  et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,

48.  parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,

49.  car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom,

50.  et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.

51.  Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.

52.  Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,

53.  Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.

54.  Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,

55.  - selon qu'il l'avait annoncé à nos pères - en faveur d'Abraham et de sa postérité à jamais ! »

56.  Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle sen retourna chez elle.

 

 

Luc 2, 41-50 : Jésus parmi les Docteurs, au Temple, à l’âge de douze ans

 

41.  Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.

42.  Et lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent, comme c'était la coutume pour la fête.

43.  Une fois les jours écoulés, alors qu'ils s'en retournaient, l'enfant Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents.

44.  Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances.

45.  Ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.

46.  Et il advint, au bout de trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;

47.  et tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.

48.  A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa Mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. »

49.  Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »

50.  Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire.

51.  Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur.

52.  Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes

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Mercredi 16 juin 2010 3 16 /06 /Juin /2010 08:00

Par Mgr Jacques MASSON

La sainte Vierge et la passion

 

Marie, nous rapporte la Tradition, a été élevée et éduquée au Temple jusqu’à l’âge de 12 ans. Elle y a reçu sa formation humaine, intellectuelle mais surtout religieuse : l’étude des Saintes Ecritures qu’elle devait connaître de manière parfaite. Mariée à Joseph son cousin, devenue Mère du Verbe Incarné, Jésus, c’est elle qui a assuré son éducation. Elle lui a appris à parler, elle lui a appris les prières, elle lui a fait apprendre à écrire et à lire. Et surtout, elle lui a fait connaître le Saintes Ecritures. Avec Joseph et Marie, Jésus récitait les prières hébraïques communes, les psaumes par exemple, et célébrait toutes les fêtes juives. A l’âge de 12 ans, Jésus connaissait déjà parfaitement les Saintes Ecritures, puisque, lors de sa « fugue » de trois jours au Temple de Jérusalem, « ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et des ses réponses » (Luc, 2, 47) : assis au milieu des docteurs, cet enfant de douze ans les écoutait et les interrogeait (ibid. 2, 46b).

 

La vie de la Sainte Famille à Nazareth était une vie normale, mais certainement pas banale. On devait y parler des choses concrètes de la vie courante. Mais Marie et Joseph, comme les docteurs dans le Temple, devaient écouter Jésus avec une grande attention. C’est Lui qui avait quelque chose à leur dire, à leur enseigner sur Dieu, sur lui-même également sur sa mission. Marie n’avait certainement pas manqué de lui raconter l’Annonciation, la Visitation, les circonstances de sa naissance, la visite des bergers, la présentation au Temple, le venue des Mages et la fuite en Egypte. Je serais surpris qu’il ne leur ai pas expliqué le sens profond de ces événements, comme il l’a fait plus tard aux disciples d’Emmaüs.

 

Quand Joseph mourut, Jésus prit sa place et fut le charpentier de Nazareth. Sans vouloir faire « du roman », on peut penser aux conversations prolongées entre Jésus et sa Mère. Lors de la lecture des Saintes Ecritures lors de leur prière quotidienne, il pouvait apporter une lumière spéciale, et préparer sa Mère à son Heure, à ce qu’allait être sa Mission. Marie l’avait déjà entrevue, certainement, avec les paroles du vieillard Siméon. Et si il a interprété dans toutes les Ecritures ce qui le concernait, pour les disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 27 b), il a dû préparer sa très Sainte Mère à affronter le destin tragique qui l’attendait, sa Mère étant en union avec Lui. Ce qui me fait penser cela, c’est que Marie, à Cana, ne réagit pas à la réponse de Jésus : « Mon Heure n’est pas encore venue ». Elle ne semble pas surprise ; Elle ne lui pose pas de questions ; elle ne lui demande pas d’explications sur le sens de ce mot. Elle sait simplement que son Fils va faire quelque chose, humainement au moins comme il se devait de faire, puisqu’il dit aux serviteurs « faites tout ce qu’il vous dira ». Mais, en son cœur, la mention de l’Heure a dû susciter quelque chose en elle, lui faire penser à une intervention particulière de Jésus qui commence le Ministère Public, pour révéler sa Mission, pour révéler sa gloire, et que ses disciples croient en Lui » (cf. Luc 2, 11c).

 

Pendant et après les Noces de Cana, Marie a pu faire connaissance des nouveaux amis de son Divin Fils, savoir comment ils s’étaient connus. Jean et André, en particulier, les deux premiers, lui ont raconté en détails comment ils avaient suivi Jésus :deux jours de suite, Jean le Baptiste s’était écrié devant eux : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », « Voici l’Agneau de Dieu » (Luc 1, 29b, 36b). Ces paroles qui avaient poussé Jean et André à suivre Jésus, furent pour Marie une révélation : l’Heure, certes n’était pas encore venue, mais elle venait, c’était là une certitude. Et son cœur de Mère de penser à tout ce que Jésus avait pu lui dire en privé le concernant. Mais surtout, cette parole évoqua les texte d’Isaïe parlant du Serviteur Souffrant, l’Agneau innocent conduit à la boucherie, à Jésus son Enfant qui attendait cette Heure d’un grand désir. Et pourtant, ce destin tragique était le sien. Huit siècles auparavant, la Passion de Jésus avait été annoncée et décrite en ces termes par le prophète Isaïe :

 

Isaïe chapitre 50° :

6.  J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats.

 

Isaïe, chapitre 53° :

1.  Qui a cru ce que nous entendions dire, et le bras de Yahvé, à qui s'est-il révélé ?

2.  Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;

3.  objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas.

4.  Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié.

5.  Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison.

6.  Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous.

7.  Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n'ouvrait pas la bouche.

8.  Par contrainte et jugement il a été saisi. Parmi ses contemporains, qui s'est inquiété qu'il ait été retranché de la terre des vivants, qu'il ait été frappé pour le crime de son peuple ?

9.  On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y ait pas eu de tromperie dans sa bouche.

10.  Yahvé a voulu l'écraser par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira.

11.  A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes.

12.  C'est pourquoi il aura sa part parmi les multitudes, et avec les puissants il partagera le butin, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les criminels, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les criminels.

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Les Saintes Ecritures sont éloquentes et émouvantes, sur ce Sacrifice Rédempteur, qui se réalisera dans tous ses détails et dans toute son horreur. Marie entendra son Divin Fils sur la Croix reprendre les premières paroles du psaume suivant. Et les insultes des grands-prêtres : s’il est le Fils de Dieu, qu’il le libère et qu’il descende de la Croix. Elle entendra, le cœur bouleversé, ces paroles: « J’ai soif ». Et elle assistera, sans rien dire et sans rien faire au partage des vêtements, et de la tunique sans couture qu’elle avait confectionnée pour son Enfant Dieu :

 

Psaume 22° :

 

1.  Du maître de chant. Sur « la biche de l'aurore » Psaume. De David.

22:2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Loin de me sauver, les paroles que je rugis!

2.  22:3 Mon Dieu, le jour j'appelle et tu ne réponds pas, la nuit, point de silence pour moi.

3.  22:4 Et toi, le Saint, qui habites les louanges d'Israël!

4.  22:5 en toi nos pères avaient confiance, confiance, et tu les délivrais,

5.  22:6 vers toi ils criaient, et ils échappaient, en toi leur confiance, et ils n'avaient pas honte.

6.  22:7 Et moi, ver et non pas homme, risée des gens, mépris du peuple,

7.  22:8 tous ceux qui me voient me bafouent, leur bouche ricane, ils hochent la tête

8.  22:9 «Il s'est remis à Yahvé, qu'il le délivre! qu'il le libère, puisqu'il est son ami!»

9.  22:10 C'est toi qui m'as tiré du ventre, ma confiance près des mamelles de ma mère;

10.  22:11 sur toi je fus jeté au sortir des entrailles; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi.

11.  22:12 Ne sois pas loin : proche est l'angoisse, point de secours!

12.  22:13 Des taureaux nombreux me cernent, de fortes bêtes de Bashân m'encerclent;

13.  22:14 contre moi bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant.

14.  22:15 Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent; mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères;

15.  22:16 mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire. Tu me couches dans la poussière de la mort.

16.  22:17 Des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m'entoure; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds.

17.  22:18 Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent;

18.  22:19 ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.

19.  22:20 Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide;

 

Impressionnant. Bouleversant de réalisme !

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Le prophète Zacharie ajoute encore une autre précision

 

Zacharie, chapitre 12, 10

10. Ils regarderont vers Celui qu’ils ont transpercé : iles feront sur lui une lamentation comme on pleure un fils premier-né

 

Cette lance qui perce le côté du Christ, cette épée qui transperce alors l’âme de Marie !

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Jésus n’a rien caché de sa Mission Rédemptrice. ses Apôtres. Et, par trois fois, il leur annonce sa Passion en ces termes. Marie, et les autres femmes qui suivent Jésus entendent, ou bine les Apôtres les leur rapportent, elles aussi ces paroles, qu’elles ne comprennent pas plus que les Apôtres. Seule Marie sait, et comprend que l’Heure est toute proche, et que Jésus y prépare les siens :

 

Première annonce de la Passion : Luc 9, 23, et textes parallèles : Matthieu 16, 21 ; Marc 8, 31

« Le Fils de l’Homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, et être mis à mort, et, le troisième jour ressusciter »

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Deuxième annonce de la Passion : Matthieu 12 22-23, et textes parallèles : Marc 9, 30-32 ; Luc 9, 44-45

« Un jour qu’ils se trouvaient réunis en Galilée, Jésus leur dit :’Le Fils de l’Homme doit être livré aux mains des hommes, ils le tueront, et le troisième jour, il ressuscitera’ »

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Troisième annonce de la Passion : Luc 18, 31-33, et textes parallèles : Matthieu 20, 17-19 ; Marc 10, 32-34,

« Puis, prenant avec lui les Douze, il leur dit : ‘Voici que nous montons à Jérusalem et que s’accomplira tout ce qui a été annoncé par les Prophètes, au sujet du fils de l’Homme. Il sera en effet livré aux païens, bafoué, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le mettront à mort (note : Mathieu précise : « mis en croix ») ». Et, le troisième jour, il ressuscitera ».

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

On lui rapportera, ou elle entendra elle-même, beaucoup d’autres paroles significatives de son Divin Fils sur sa Passion :

« Comme Moïse éleva le serpent au désert, aussi faut-il que, soit élevé le Fils de l’Homme, afin que tout homme qui croit ait la vie éternelle » (Jean 3, 14-15 : discours à Nicodème).

 

« Je suis le Pain Vivant descendu du Ciel…Qui mange ma Chair et boit mon Sang a la vie éternelle » (Jean 6, 51.54 : discours sur la Pain de Vie)

 

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors, vous saurez que JE SUIS » (Jean 8, 27b)

 

« Je suis le Bon Pasteur. Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10, 11)

 

« ‘C’est maintenant le jugement de ce monde ;maintenant, le prince de ce monde va être jeté à bas.

Et moi, élevé de terre, j’attirerai tout, à moi’. Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir ». (Jean 12, 31-32)

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Mais la Vierge Mère ne cessait de répéter chaque jour, les paroles qu’elle avait dites à l’Ange à l’Annonciation :

« Je suis la Servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1 38).

 

Marie a ainsi suivi son Divin Fils de sa Naissance jusqu’à sa mise au Tombeau, en acceptant avec joie la volonté de Dieu pour le salut de tous les hommes. Durant toute sa vie, un glaive de douleur a transpercé son âme.

Elle n’est pas simplement Notre-Dame des Sept Douleurs, mais la Vierge des Douleurs car ce glaive de douleur n’a cessé de transpercer son âme tout au long de sa vie, depuis l’Annonciation.

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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 08:00

Par Mgr Jacques MASSON

Jésus et sa très sainte Mère au Calvaire

 

Dans ce épisode, comme le note la Bible de Jérusalem, citée ci-dessus, « Marie est présente au premier miracle qui révèle la gloire de Jésus, et de nouveau à la Croix. Par une intention manifeste, plusieurs traits se répondent dans les deux scènes » (Bible de Jérusalem, 1956. page 1399, note g) : l’Heure, la Femme notamment.

 

Jean chapitre 19° :

 

25.  Près de la Croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

26.  Voyant sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27.  Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui.

 

L’Heure est arrivée. Le Fils de l’Homme est élevé de terre, comme il l’avait annoncé. Il avait commencé son ministère public en manifestant sa gloire à Cana de Galilée, où Marie sa Mère était présente. ; Il termine son ministère public, sa Mission de Rédemption sur cette Croix. Dans quelques instants, il pourra dire « consummatum est », « tout est accompli » (Jean 19, 30), et remettre alors son esprit : La Mission que lui avait confiée le Père est accomplie.

 

Mais, auparavant, Jésus a encore quelque chose à faire. Après les mauvais traitements reçus depuis son arrestation, après une flagellation inhumaine, un Chemin de Croix qui le voit tomber à terre par trois fois, épuisé, et amène les soldats romains à contraindre Simon de Cyrène à porter la Croix, pour que la victime me meure pas avant son supplice, Jésus est là, crucifié, « élevé de terre », depuis près de trois heures déjà. Il ne lui reste que quelques souffles de vie. Au prix de souffrances indicibles, prenant appui sur ses pieds cloués, tirant sur ses bras cloués eux aussi, pour lui permettre de reprendre un peu de souffle, il prononce alors ses dernières paroles, son testament, les dernières Paroles humaines du Verbe fait chair. Et, s’adressant à sa Mère qui est au pied de la Croix, et à l’Apôtre bien-aimé, Jean, en des termes chargés de signification, il dit dans un souffle, parlant à sa Mère: « Femme, voici ton fils », puis à Jean : « Voici ta mère ».

 

Femme : nous avons vu ci-dessus que c’était un manière courante de s’adresser à quelqu’un dans le langage juif. Mais, en ces deux moments solennels, l’inauguration de son ministère public par le signe de Cana obtenu grâce à l’attention délicate de Marie qui en a été en quelque sorte l’instigatrice et à son intervention auprès, de son Fils, et au moment où Jésus remet au Père son esprit, après avoir dit : « consummatum est », « tout est accompli », Jésus nous fait passer un message, que Jean a recueilli, médité et compris, et qu’il nous transmet. Selon le langage public, « femme » se traduit, par « ma chère », « mon amie » (au masculin, « mon ami »). On ne voit pas Jésus, en ce moment solennel, déclarer à sa Mère « Mon amie, voici ton fils ». Et pourtant il ne lui dit pas non plus « Mère ,Voici ton fils », mais « Femme, voici ton fils ». Mais lorsqu’il s’adresse à Jean, il utilise ce terme affectueux : « Voici ta Mère ». Jésus a tout donné, jusqu’à la dernière goutte de son Sang. Avant de rendre son esprit, il donne aussi sa propre Mère à Jean, aux Apôtres, aux disciples, à l’Eglise tout entière qu’il a fondée sur Pierre, au monde entier, à chacun de nous. Et alors seulement, il pourra dire : « tout est accompli ».

 

Marie, en ce moment solennel, est appelée « femme » et devient la « Mère » de Jean. Jésus, à Cana, et aux derniers moments de sa vie terrestre, a utilisé ce terme dans un sens bien précis, voulu par lui, pour nous indiquer ce qu’était Marie dans le plan de Dieu, «saluée déjà comme « pleine de grâce » par l’Archange Gabriel, choisie pour être la Mère du Fils de David, la Mère du Fils Dieu, grâce à l’intervention du Saint-Esprit qui la couvre de son ombre, et la place qu’elle avait dans l’accomplissement de sa propre Mission : Le terme « femme » est lié étroitement à l’Heure, dont nous avons vu ci-dessus la signification. Elle participe, à la place qui est la sienne et qui est voulue par Dieu, d’une certaine manière et d’une manière certaine, à la Rédemption opérée par son Divin Fils, à sa Mission rédemptrice et c’est pourquoi Jésus la confie à Jean et lui confie Jean pour qu’Elle puisse continuer à être Mère. N’est-ce pas ce que lui avait prédit le vieillard Siméon, lors de la présentation de Jésus au Temple : « et toi-même, un glaive de douleur transpercera l’âme » (Luc 2, 35). La lance qui transperce le côté de Jésus transperce aussi son âme : le Fils et la Mère sont liés, sont unis dans la même souffrance, dans la même mission, par le choix de Dieu. En acceptant de devenir la Mère du Fils de Dieu, Elle a tout accepté, sans conditions, sans restrictions : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1, 38).

 

Pour bien comprendre la portée et la signification de la parole « Femme » employée par Jésus en ces deux moments cruciaux de son Ministère, et dans le Mystère de la Rédemption, il est indispensable de « remonter » dans le temps, aux origines, au moment de la création du monde, et de nos premiers parents, Adam et Eve. Je citerai les textes ou des extraits, car chaque mot compte :

 

Genèse chapitre 1° :

 

26.  Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.

27.  Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.

28.  Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.

31.  Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.

 

Adam et Eve, c’est le nom du premier homme et de la première femme, reçoivent de Dieu la mission de dominer la terre, c’est-à-dire de la mettre en valeur. Il leur donne aussi une grande mission : continuer ce qu’il a commencé avec eux deux : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre ». Collaborateurs de Dieu, ils vont poursuivre son œuvre d’amour et de vie. « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère e s’attache à sa femme, et deviennent une seule chair » (Genèse, 2, 24)

 

C’était le sixième jour, notre vendredi !

 

Dieu les met en garde aussi contre les dangers qui peuvent se trouver toutefois dans ce monde « où tout était très bon », car il a l’Adversaire, et Il leur donne les premiers Commandements de l’histoire, pour leur permettre de vivre sereinement dans ce monde qu’il a créé dans un ordre parfait. Car, il y a un ennemi, l’ennemi de toujours de Dieu : le serpent qui ne manquera pas de s’adresser à eux et d’essayer de les détacher de leur Créateur, de les détruire, et de détruire toute l’œuvre de la création. Et Dieu le dit clairement à Adam en lui montrant le danger de suivre cet animal maléfique, l’adversaire, Satan, et en lui indiquant précisément ce qu’il doit faire ; ce que fait tout bon père de famille :

 

Genèse chapitre 2° :

 

15.  Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder.

16.  Et Yahvé Dieu fit à l'homme ce commandement : Tu peux manger de tous les arbres du jardin.

17.  Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort certaine ».

Par l’obéissance à ce commandement, l’homme était soustrait, par l’amour créateur et paternel de Dieu, à certaines contraintes liées à sa nature de créature humaine : ne pas connaître la souffrance, ne pas connaître la mort, maintenir l’intimité avec Dieu, et, le temps sur cette terre terminé, passer directement, corps et âme dans la Maison du Père, pour une vie de béatitude éternelle. Mais…

Genèse chapitre 3° :

1.  Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?

2.  La femme répondit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin.

3.  Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort.

Le maléfique serpent ne s’arrête pas en si bon chemin sur la voie du mensonge qui est son arme préférée, lui qui est le Prince du Mensonge :

4.  Le serpent répliqua à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas !

5.  Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.

6.  La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.

 

Pauvre Eve, pauvre Adam, pauvres de nous ! A peine eurent-ils mangé de ce fruit appétissant, une « grenade » certainement (et le péché a toujours un aspect « attrayant »), qu’elle explose dans leur être, en détruisant l’ordre parfait que Dieu avait mis eu eux, entre leur intelligence, leur volonté et leur nature humaine. Ils sont entrés dans un monde nouveau, celui du mensonge, de la désobéissance, de la violence, de la haine, de la souffrance, de la mort, non seulement physique, mais qui peut devenir une mort éternelle : ils ont quitté le monde de Dieu, et sont entrés dans le monde de Satan. Ils sont changés complètement. Et alors qu’ils vivaient dans l’innocence spirituelle complète, dans l’intimité avec Dieu, ils éprouvent maintenant la honte de se présenter devant Dieu qui venait se promener dans la brise du jour dans le jardin pour parler avec eux, et ils se cachent (cf. Genèse 3, 9-11).

 

Par sa désobéissance, à l’instigation de Satan, l’homme semble avoir mis en échec le plan de Dieu. Car l’homme, et il en est toujours ainsi, peut toujours dire « non » à Dieu, même au dernier moment.

 

Non, le plan de Dieu de Dieu n’est pas compromis ! C’est l’homme qui a compromis sa destinée, pour lui et sa descendance jusqu’à la fin des siècles : il connaîtra la mort, physique, la séparation de son âme et de son corps, signe de la séparation que le péché, la désobéissance établissent entre l’homme et Dieu, et s’il persévère dans cette voie, la mort éternelle : et Dieu dit encore :

 

Genèse chapitre 3° :

 

17.  A l'homme, il dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie.

18.  Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l'herbe des champs.

19.  A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise.

« Memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris » : « Souviens-toi ô homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » : paroles prononcées par le prêtre le Mercredi des Cendres en déposant de la cendre sur la tête des fidèles, pour leur rappeler précisément.

 

Mais le Serpent, qui est en fait l’instigateur, le menteur, l’adversaire, le responsable, le tentateur, qu’en est-il ? Dieu s’adresse à lui de manière solennelle et lui dit ces paroles terribles, mais, ô combien réconfortantes pour nous pauvres humains :

 

Genèse chapitre 3° :

 

14.  Alors Yahvé Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.

15.  Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon.

 

L’hostilité est déclarée entre la descendance, littéralement « l engeance » du serpent, et la descendance de la Femme : elle oppose l’homme à Satan et son engeance, et laisse entrevoir la victoire finale de l’Homme. C’est pourquoi ce passage, annonçant le salut et la victoire sur Satan, est appelé « le Protévangile » (le premier Evangile).Le texte grec distingue entre la Femme et sa descendance qui écrase la tête du serpent, et attribue la victoire à la descendance de la Femme. C’est la première annonce du Messie, fils de la Femme. Avec le Messie, sa Mère, la Femme, est impliquée ; et l’interprétation mariologique de la traduction latine est devenue traditionnelle dans l’Eglise que l’on peut aisément comprendre en choisissant un mot synonyme de « lignage » :

 

« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne et la sienne. Elle t'écrasera (latin : ipsa conteret ») la tête et tu l'atteindras au talon ». « Elle t’écrasera la tête » : ce qui peut s’entendre de la Femme, ou, de sa descendance, ou de tous les deux. Marie, la FEMME, est ainsi annoncée dès le début, comme associée à la Mission de salut des hommes opérée par sa descendance, c’est-à-dire par son Fils.

 

La première femme s’appelait EVE « parce qu’elle fut la mère de tous les vivants » nous dit le Livre de la Genèse en conclusion de ce drame (3, 20), de tous les vivants qu’elle venait de condamner à une mort certaine par sa désobéissance, et pour s’être laissée séduire par le Maudit.

 

N’oublions pas : quand Dieu a créé Adam et Eve, c’était le sixième jour, notre vendredi !

 

Comment s’étonner que Jésus, aux Noces de Cana, commençant un ère nouvelle, par le salut en son Sang, par une nouvelle naissance, ne déclare ensuite lors de multiplication des pains, autre annonce de l’Eucharistie « En vérité en vérité je vous le dis, si vous ne mangez la Chair du Fils de l’Homme et se buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma Chair et boit mon Sang Sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean, 6, 53-55) ). Oui, comment s’étonner que Jésus, aux Noces de Cana, alors que l’Heure n’est pas encore venue, s’adresse à Marie sa Mère sous le titre biblique de FEMME, alors qu’il s’apprête à donner le signe de ce qui sera son Sang versé pour la multitude, à la Dernière Cène de manière non sanglante, et sur la Croix, jusqu’à la dernière goutte ? Cana est le début de la « re-création » de la« résurrection » de l’humanité. Et Marie y tient la première place. C’est elle qui est intervenue la première pour que rien ne manquât à la joie des convives. Et les termes employés par Jésus, Femme, Heure, même si elle ne peut imaginer ce que va faire son Fils, ne s’étonne pas, et lui laisse entrevoir qu’il va intervenir de manière extraordinaire, avec la Toute-puissance de Dieu.

 

Comment s’étonner que Jésus, sur la Croix, ayant accompli la Mission que lui avait confiée le Père, s’adresse à sa Mère en reprenant ce titre FEMME : l’Heure est venue, il a donné en abondance le Bon Vin de l’Alliance en son Sang. Par son sacrifice il crée une humanité nouvelle, et devient l’auteur de la descendance des enfants de Dieu re-nés à une vie nouvelle et plus grandiose : « ô felix culpa ») proclame le Diacre dans la nuit de Veillée pascale, « Ô Indispensable péché d’Adam ! Ô l’heureuse faute qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ».Thème qui est repris dans les prières de l’Offertoire du rite tridentin, au moment où le célébrant verse la goutte d’eau ( !) dans le vin du calice : « Deus qui humanae substantiae… Dieu qui d’une manière admirable avez créé la nature humaine dans sa dignité, et l’avez restaurée ‘une manière plus admirable encore… ». Une nouvelle création est faite, le premier Adam a cédé la place au second Adam, Jésus.

 

Remarquons bien cela : quand « tout est consommé, » quand Jésus a donné sa Mère à saint Jean, nous sommes le sixième jour, notre Vendredi : une humanité nouvelle est créée, avec un Nouvel Adam et une Nouvelle Eve.

 

Au pied de la Croix, Marie est la FEMME par excellence, celle dont parlait le Seigneur en annonçant à Adam et Eve le salut futur. Aussi s’adresse-t-il en ces termes à sa Mère, pour la donner à Jean comme Mère, et par Jean, à toute l’humanité :

26.  Voyant sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27.  Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui.

 

Marie devient ainsi la Nouvelle Eve, « la Mère de tous les Vivants » auxquels elle donne la vie, par son Fils Bien-aimé, pour tous ceux qui l’accueillent avec Foi. Et ainsi, Marie nous enfante à une vie nouvelle, car, sur l’autel, se perpétue l’Incarnation du Verbe, son Divin Fils ; ce que l’Eglise proclame par cette hymne:

 

Ave Verum

Ave verum corpus

natum de Maria virgine ;
Vere passum,

immolatum in cruce pro homine .
Cujus latus perforatu

fluxit aqua et sanguine,
Esto nobis praegustatum mortis in examine.
O Jesu dulcis !

O Jesu pie !

O Jesu, fili Mariae.

Salut, ô vrai corps,

né de la Vierge Marie.

Qui avez véritablement souffert,

et avez été immolé sur la Croix pour les hommes.

Vous dont le côté entr'ouvert

a versé du sang et de l'eau.

Puissions-nous, à l'heure de la mort,

vous recevoir par la communion avant le jugement.

O doux Jésus ! O bon Jésus ! O Jésus, fils de Marie !

 

Saint Jean, dans l’Apocalypse a vu un signe grandiose dans le ciel, qui nous montre la Gloire et la Puissance de Celle qui a su dire un jour au Seigneur Dieu « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1, 38). C’est elle « cette nommée Marie », sa propre Mère et Mère de Dieu, que le Verbe de Dieu fait chair dans son sein, nous a donnée comme Mère, « la Maman céleste », la Reine du Ciel.

 

Jean a contemplé sa gloire dans le Ciel :

 

Apocalypse chapitre 12° :

 

1.  Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.

 

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Catholique
Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 08:41

Par Mgr Jacques MASSON

4). « Mon Heure n’est pas encore arrivée »

« Que puis-je faire ? », que dois-je faire « ? », « mon Heure n’est pas encore arrivée » : la réponse de Jésus, la mention de l’Heure, ne démonte pas Marie, elle ne la surprend même pas. Joseph étant décédé, Jésus prend la succession pour assurer le maintien de la famille : il est charpentier : « N’est-ce pas là le charpentier, le fils de Marie » (Marc 6, 3) disent les gens lors de la visite de Jésus à Nazareth. De longues journées passées avec Marie, des entretiens riches et profonds. Il serait étonnant que Marie n’ait pas posé des questions à Jésus sur sa Mission, elle qui gardait toutes dans son coeur et les méditait ; il serait surprenant que Jésus n’ait pas mis sa Sainte Mère au courant de son destin : n’a-t-il pas averti par trois fois les Apôtres de ce qui l’attendait à Jérusalem ? Et puis, un jour, le moment étant arrivé, Jésus qui avait environ 32 ans, annonce à sa Mère qu’il doit commencer sa Mission. Elle y était préparée, elle s’y attendait. Je ne serais pas surpris qu’il ait dit à Marie : « maintenant l’Heure est arrivée ». Et Marie, de le suivre, sans jamais le quitter, car elle savait ce que cela voulait dire : le glaive de douleur qui devait transpercer son âme. Le Verbe de Dieu fait chair en son sein ne pouvait rester un simple charpentier à Nazareth : il devait maintenant accomplir la Mission qui lui avait été confiée et qu’il avait acceptée : « Tu n’as voulu ni holocaustes ni oblations, alors j’ai dit, ô Père : me voici, pour faire ta volonté ».

L’Heure : seul saint Jean en parle - du moins avec cette insistance. L’heure de Jésus est l’heure de sa glorification, de son retour à la Droite du Père. L’Evangile de Saint Jean en marque l’approche. Mais elle est fixée par Dieu, et nul ne peut l’anticiper : « Ils voulurent alors l’arrêter ; mais personne ne porta la main sur lui, parce que son Heure n’était pas encore venue » (Jean 7, 30). Et de même : « Personne ne l’arrêta, parce que son Heure n’était pas encore venue » (Jean 8, 20). Jésus, l’annonce cette Heure de sa glorification par la mort. Aux Grecs qui demandent à Philippe de voir Jésus, Jésus répondit : « La voici venue l’Heure où le Fils de l’Homme doit être glorifié » (Jean 12, 23). Et il poursuit en ces termes qui ne laissent aucun doute sur la signification de cette parole : « En vérité en vérité je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12, 24). Mais Jésus, Dieu, mais homme, à l’évocation de cette Heure qui approche, est troublé, comme au Jardin des Oliviers, et il déclare : « Maintenant mon âme est troublée Et que dire ? Père, sauve-moi de cette Heure ? Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette Heure. Père, glorifie ton Fils (Jean 12, 27-28a). Car avec cette Heure, poursuit Jésus : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 31-32). Et Jean, l’homme au regard pénétrant, d’ajouter l’explication de ces paroles : « Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir » (Jean 12, 33). L’HEURE, C’EST LA PASSION, LA CROIX, NOTRE REDEMPTION

Jésus connaît cette Heure, et, avant qu’elle ne vienne, il doit terminer sa mission auprès des siens, avec le Lavement des pieds, l’institution de la Sainte Eucharistie et du Sacerdoce, pour perpétuer au long des siècles le salut que cette Heure apporte au monde : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son Heure était venue de passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jean 13, 1), c’est-à-dire jusqu’à l’extrême de l’amour. Après l’institution de l’Eucharistie, avant de partir pour le Jardin des Oliviers, Jean cite la grande prière d’oblation et d’intercession du Sauveur à l’heure de son sacrifice imminent, appelée habituellement « Prière Sacerdotale ». « Levant les yeux au Ciel, il dit : Père, l’Heure est venue, glorifie ton Fils, pour que ton Fils de glorifie, et que, par le pouvoir sur toute chair que tu lui as conféré, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, Toi, le seul et véritable Dieu et ton Envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17 1a-3). L’HEURE, C’EST LA PASSION, LA CROIX, POUR DONNER AUX HOMMES LA VIE ETERNELLE.

Cette Heure, Jésus l’a désirée d’un grand désir : elle était le but de sa vie, le but de son Incarnation : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous », cette dernière Pâque qui marquait l’arrivée de l’Heure, de l’immolation de l’Agneau de Dieu, dont le Sang protège de la mort, tout comme le sang de l’Agneau mis sur les linteaux des portes des Hébreux, les avait sauvés en Egypte lors du passage de l’Ange exterminateur, pour la dixième plaie.

Cette Heure, il y pense sans cesse : il vit comme sur deux plans, le plan humain, et le plan de sa Mission : il demande à boire à la Samaritaine, et il lui parle de l’eau qu’il est venu apporter: « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau. Mais qui boit de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle »(Jean 4, 13-14.). Quand l’Heure sera venue. Cette Heure est fixée par le Père et elle ne saurait être avancée, mais elle reste sans cesse présente dans la pensée de Jésus, et quand il voit la Croix, son âme exulte d’une joie intérieure intense , malgré les souffrances horribles qu’il vient de subir : « Me voici, ô Père pour faire votre volonté ! »

« Jésus descend les marches du prétoire ; ils lui ont ôté sa robe rouge et lui ont remis celle sans couture. La Croix est là, inclinée, contre la muraille : c’est l’autel sur lequel Jésus veut être immolé pour nous ; c’est le Trône de son Amour ; c’est l’instrument de ses miséricordes, c’est le trophée de sa victoire.


« De tout temps, la croix fut le plus cher objet du cœur de Notre Seigneur, le but de toute sa vie ; aussi fait-il à sa Croix un doux accueil : « Mon Père, dit-il, oh !, cette Croix que les juifs m’imposent, je la mérite bien puisque je me suis chargé volontairement de tous les crimes des hommes. Viens, ô Croix, que je t’embrasse ».


Puis, son épaule ploie paisiblement sous le fardeau, et son bras l’enlace avec amour ; du haut du Ciel, les Anges le contemplent avec admiration. Portant sa Croix, il sortit. Alors, commence pour lui le voyage funèbre. En tête, le centurion qui préside au supplice, puis le héraut porteur de l’écriteau diffamatoire, ensuite le condamné autour duquel la cohorte fait une haie ; et, derrière le cortège, la foule houleuse, bestiale, et dans les rues tortueuses vibre le son de la trompette ». (Méditations, 40 jours avec Jésus, par Maman, jeudi 18 mars 1915, cf. Hermas 18 mars 2010)

A Cana, lorsque Marie dit à Jésus : « ils n’ont plus de vin », partant de ce « détail » matériel, Jésus s’élève au plan supérieur de sa Mission. Dans le vin, il voit le bon vin de la Nouvelle Alliance en son Sang. Et, comme l’Heure n’est pas venue, il fait cette réponse à Marie « Que puis-je faire ? Mon Heure n’est pas encore venue ». Mais il écoute la parole de Marie sa Mère : il ne lui répond pas par un refus, il va faire quelque chose. Elle l’a bien compris puisqu’elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le »

5). Tout ce qu’il vous dira, faites-le » !


Marie s’attendait probablement, certainement, à ce que Jésus envoyât les serviteurs pour se procurer le vin nécessaire à la poursuite des noces. Mais Jésus leur demande tout simplement, à leur grande surprise, à celle de Marie probablement, de remplir d’eau « les six jarres de pierre destinées à la purification des juifs » (Jean 2, 6) et qui contenaient chacune deux ou trois mesures. Puis il leur dit « Puisez maintenant  et portez-en au maître du repas ». (Jean 2, 8). « Le maître du repas goûta l’eau changée en vin » (Jean 2, 9a). Ce dernier est le premier témoin du miracle. Le deuxième sera le marié, sans oublier les serviteurs, car, si le maitre de maison ignorait la provenance, « les servants la connaissaient, eux qui avaient puisé l’eau »(Jean 2, 9b). Et le maître de maison de s’exclamer : « Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont gais, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (Jean 2, 10). La chose fut connue et tous les convives furent les témoins de ce miracle de l’eau changée en vin, en un bon vin

« Quid mihi et tibi, mulier ? ». « Que puis-je faire, puisque mon Heure n’est pas encore venue ? » : rien ppour l’instant qui contribue au salut vrai de l’homme. « Que dois-je faire ? » pour répondre à ce que me demande ma Mère ?: pourvoir à ce que le vin ne manquât point puisque nous en nous en sommes chargés. Ce sont les deux plans où se situe Jésus. Mais ce qu’il va faire dépasse largement ce que Marie lui a demandé de faire : le miracle dont ont été témoins tous les convives, lié par Jésus à « son Heure », prend une signification spéciale : il n’est plus un miracle, il est un signe, il est le SIGNE d’une réalité future en rapport avec sa Mission de Sauveur des hommes, en les libérant du péché, de la mort, de Satan.

« Mon Heure n’est pas encore venue », certes, et Jésus ne peut l’anticiper. Mais ce n’est plus la vie cachée à Nazareth, où il travaillait comme charpentier, où ses gestes étaient des gestes humains, où il menait un vie humaine comme tous les habitants de Nazareth. Désormais, il a commencé sa vie publique, il a reçu le « Baptême de Jean, à l’occasion duquel la Voix du Père s’est faite entendre : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances : écoutez-le », et où le Saint-Esprit s’est manifesté sous forme corporelle, comme d’une colombe (cf. Luc). Ce fut l’Envoi en Mission.

Oui, désormais, les gestes de Jésus ne seront plus simplement des gestes humains, ses « miracles » ne seront pas simplement des « miracles, mais des signes », qui révèlent son identité véritable et sa Mission : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralytique, ‘lève-toi, prends ton grabat et marche’ ». Le « miracle » de la guérison du paralytique devient le signe du pouvoir qu’a Jésus de pardonner les péchés, ce qui n’appartient qu’à Dieu. Car, comme le disaient justement les scribes et les Pharisiens « Dieu seul peut pardonner les péchés ».

Le « miracle » de l’eau changée en vin à Cana devient un signe en lien avec l’Heure de Jésus, qui est l’Heure de passer de ce monde à son Père, par sa mort sur la Croix, afin que élevé de terre il attire tous les hommes à Lui, et que tous reconnaissent en lui « Celui qui est », « Je Suis », Dieu, le Fils de Dieu. Saint Jean n’a pas employé le terme « signe » par hasard. Et de même, il n’a pas choisi par hasard les deux épisodes qui parlent de la Mère de Jésus : les Noces de Cana, et La Mort de Jésus.

L’eau changée en vin, le « miracle » changé en signe, indiquent ainsi une réalité grandiose, qui échappe malheureusement à la plupart des lecteurs de ce passage. Jésus, ne pouvant donner le Bon Vin de la Nouvelle Alliance, car l’Heure n’est pas encore venue, en donne toutefois un signe, le bon vin de Cana qui annonce la Nouvelle Alliance en Son Sang qui sera versé pour nous et pour la multitude en rémission de nos péchés. C’est l’annonce de la Sainte Eucharistie, de la Dernière Cène où le vin devient le Sang du Christ, du Sacrifice de la Croix, où Jésus donne son sang jusqu’à la dernière goutte. Et Jésus commence ainsi son ministère public. Marie y a eu sa part. C’est sa prévenance, et sa démarche auprès de son Fils qui nous a valu ce signe, qui nous aide comprendre ce grand Mystère de la Foi qu’est l’Eucharistie, qui nous permet de participer au « banquet des élus », et d’être avec Elle, à chaque Messe, au pied de la Croix, et d’entendre ces paroles divines, « Femme, voici ton fils, fils, voici ta mère » (Jean 19, 26b-27)

Un petit excursus personnel, à propos de la goutte d’eau versée dans la calice à l’Offertoire. J’ai longtemps pensé que cette goutte d’eau rappelait le sang et l’eau qui s’écoulent du côté de Jésus percé par la lance. Je ne le pense plus. Je pense à l’eau des Noces de Cana. L’offertoire de la Messe n’est pas une présentation des dons, le pain et le vin. C’est une offrande, un sacrifice au sens propre du terme : L’Ordo Tridentin, à l’Offertoire, avait cette prière : « Veni Sanctificator Omnipotens Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini preaparatum » : « Venez Esprit Sanctificatateur, Dieu éternel et Tout-puissant, et bénissez ce Sacrifice préparé pour votre Saint Nom ». Dans les deux rites, l’Offertoire se termine par l’invitation de « l’Orate Fratres », que le prêtre, tourné vers les fidèles, leur adresse :  « ut meum ac vestrum sacrificium » (Orate fratres), « afin que mon sacrifice qui est aussi le vôtre » (Oublions la « traduction-trahison française » de cette prière !), comme les sacrifices offerts à Dieu au Temple de Jérusalem. Cette petite goutte d’eau, versée dans le calice ne se mêle pas simplement au vin, mais elle devient du vin. J’y vois l’eau de Cana qui devient le bon vin des Noces, et le vin de la Dernière Cène qui devient le Sang du Christ au moment de la Consécration.

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