Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /2010 08:00
- Par Mgr Jacques MASSON

La sainte vierge et la résurrection

 

Le premier jour de la semaine, les femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, Marie de Magdala, Marie femme de Cléophas, Salomé, Jeanne , Suzanne et plusieurs autres, dont nous parle Saint Luc (8, 1-3) se rendent au tombeau avec les aromates qu’elles avaient préparé, pour aller oindre le corps de Jésus. Elles viennent rendre visite à un mort, pour compléter sa sépulture. Elles ont oublié, elles n’ont pas compris, ni elles, ni les Apôtres, ce que Jésus avait promis en annonçant par trois fois sa passion : « Et le troisième jour, je ressusciterai ». C’était le troisième jour : elles auraient dû attendre la Résurrection : elles vont oindre un mort…

 

Marie, la Mère de Jésus, n’est pas avec elles. Elle est restée probablement au Cénacle. Ne serait-ce pas la place d’une Mère d’aller rendre les derniers soins à son fils mort dans de si atroces souffrances ? Cette absence pourrait surprendre à première vue. Car c’est elle qui devrait être à la tête du groupe des femmes. Non ! Marie n’est pas allé au tombeau ! Elle ne voulait pas rendre visite à un mort ! Marie, nous l’avons vu, et je l’ai répété souvent ci-dessus, dans ce but : « Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur. Toutes les paroles des Ecritures, toutes les paroles de son Fils, tout ce que son Jésus avait pu lui dire dans l’intimité de Nazareth, elle y croyait : « Oui, Bienheureuse celle qui a cru en l’accomplissement de ce qui lui a été dit de la part du, Seigneur » (Luc 1, 45), proclame Elizabeth. Elle a cru à tout ce qui était annoncé par les Ecritures, et à tout ce que disait son Fils.

 

Quand Jésus avait annoncé par trois fois sa Passion, les Apôtres, les disciples, les femmes n’avaient pas compris, nous disent les Evangélistes. Et surtout, ils avaient oublié la partie la plus importante : « Et, le troisième jour, il ressuscitera ».

 

Marie, Elle, elle n’a pas oublié ses paroles, et, confiante en la parole du Verbe fait chair dans son sein, elle attend. A quoi bon se rendre en hâte au tombeau pour rendre les derniers soins à un mort, puisqu’il va ressusciter ! Puisqu’il est Ressuscité ! Il est là, près d’Elle !

 

L’absence de Marie dans le groupe des femmes qui vont visiter un mort, laisse entendre clairement que Marie n’a pas besoin de s’y rendre. Que son Fils est Ressuscité, comme il l’avait dit, et que sa première apparition, sa première visite a été réservée à Celle qui l’avait conçu, élevé et suivi jusqu’à la Croix et à la mise au tombeau. A Celle qui avait cru, contre toute espérance, car Elle s’était abandonnée tout entière à la Volonté de Dieu.

 

Si la constatation du tombeau vide, et les apparitions aux femmes et aux Apôtres, étaient nécessaires et indispensables pour attester aux Juifs, et à nous-mêmes la Résurrection de Jésus, pour moi, l’absence de Marie dans le groupe des femmes qui se rendent au tombeau, est suffisante pour attester la Résurrection de Jésus.

 

C’est ce qu’exprimait le Serviteur de Dieu, le Pape Jean Paul II , lors de l’audience générale du mercredi 21 mai 1997 :

 

Chers Frères et Sœurs,

 

« Dans les Évangiles, nous ne trouvons aucun récit d'apparition de Jésus ressuscité à sa mère. On peut sans doute attribuer ce silence au fait qu'un tel témoignage n'aurait pas été reçu par ceux qui niaient la résurrection du Seigneur. D'autre part, les Évangiles ne rapportent que ce qui est nécessaire pour notre connaissance du salut par le Christ. Mais, il n'est pas pensable que la Vierge, présente dans la première communauté des disciples, ait été exclue du nombre de ceux qui ont rencontré son Fils ressuscité d'entre les morts. Au contraire, il est vraisemblable que la première personne à qui Jésus ressuscité est apparu a été sa mère. Son absence du groupe de femmes qui s'est rendu au tombeau à l'aube peut constituer un indice du fait qu'elle avait déjà rencontré Jésus. Le caractère unique et spécial de sa présence au Calvaire et son union parfaite à son Fils dans ses souffrances suggèrent une participation très particulière au mystère de la résurrection.

 

« Image et modèle de l'Église qui attend le Ressuscité et qui le rencontre au cours des apparitions pascales, Marie a dû avoir un contact personnel avec son Fils ressuscité, pour jouir elle aussi de la plénitude de la joie pascale. Présente au pied de la Croix le Vendredi saint et au Cénacle à la Pentecôte, la Vierge a sans doute été un témoin privilégié de la Résurrection du Christ, complétant ainsi sa participation à tous les moments essentiels du mystère pascal. En accueillant le Ressuscité, Marie est signe et anticipation de l'humanité qui espère le rejoindre lors de la résurrection des morts. »

 

« Scimus Christum surrexisse a mortuis vere :  Tu nobis victor Rex, miserere !:

 

Oui, nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts : Ô Roi vainqueur ; ayez pitié de nous ». (Séquence de Pâques (« Victimae Pascali Laudes »).

 

Notre-Dame de la Résurrection ? Oui, Marie l’est sans aucun doute, car, seule, elle a cru en la Résurrection de son Fils. Mais surtout, en nous donnant son Fils, qui est resté présent parmi nous dans le Sainte Eucharistie, c’est vraiment le vrai Corps né de la Vierge Marie que nous recevons, qui nous donne la vie et nous ressuscitera au dernier jour. Et, devenue notre Mère au pied de la Croix, elle nous enfante dans la douleur, elle nous enfante à une vie nouvelle, elle nous fait en quelque sorte ressusciter de la mort dans laquelle le péché nous avait plongés, par son union à la Passion Rédemptrice de son Divin fils. « Ad Jesum per Mariam ».

 

 

Les paroles de la sainte vierge dans les evangiles

 

Les Evangiles contiennent très peu de paroles de la Sainte Vierge. C’est pourquoi j’ai pensé les rassembler ici, pour nous permettre de connaître et de méditer des paroles de notre Maman Céleste. Dans les textes cités, je mettrai en relief les paroles de la Sainte Vierge

 

Luc 1-26-38 , l’Annonciation

 

26.  Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth,

27.  à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie.

28.  Il entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »

29.  A cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation.

30.  Et l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31.  Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus.

32.  Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ;

33.  il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n'aura pas de fin. »

34.  Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? »

35.  L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.

36.  Et voici qu'Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile ;

37.  car rien n'est impossible à Dieu. »

38.  Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il m'advienne selon ta parole ! » Et l'ange la quitta.

 

 

Luc 1, 39-56 : la visitation à sa cousine Elizabeth (Le Magnificat)

 

39.  En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda.

40.  Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.

41.  Et il advint, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint.

42.  Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !

43.  Et comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ?

44.  Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein.

45.  Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »

46.  Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,

47.  et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,

48.  parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,

49.  car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom,

50.  et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.

51.  Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.

52.  Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,

53.  Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.

54.  Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,

55.  - selon qu'il l'avait annoncé à nos pères - en faveur d'Abraham et de sa postérité à jamais ! »

56.  Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle sen retourna chez elle.

 

 

Luc 2, 41-50 : Jésus parmi les Docteurs, au Temple, à l’âge de douze ans

 

41.  Ses parents se rendaient chaque année à Jérusalem pour la fête de la Pâque.

42.  Et lorsqu'il eut douze ans, ils y montèrent, comme c'était la coutume pour la fête.

43.  Une fois les jours écoulés, alors qu'ils s'en retournaient, l'enfant Jésus resta à Jérusalem à l'insu de ses parents.

44.  Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances.

45.  Ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem.

46.  Et il advint, au bout de trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant ;

47.  et tous ceux qui l'entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses.

48.  A sa vue, ils furent saisis d'émotion, et sa Mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois ! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. »

49.  Et il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? »

50.  Mais eux ne comprirent pas la parole qu'il venait de leur dire.

51.  Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth ; et il leur était soumis. Et sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur.

52.  Quant à Jésus, il croissait en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes

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Mercredi 16 juin 2010 3 16 /06 /2010 08:00
- Par Mgr Jacques MASSON

La sainte Vierge et la passion

 

Marie, nous rapporte la Tradition, a été élevée et éduquée au Temple jusqu’à l’âge de 12 ans. Elle y a reçu sa formation humaine, intellectuelle mais surtout religieuse : l’étude des Saintes Ecritures qu’elle devait connaître de manière parfaite. Mariée à Joseph son cousin, devenue Mère du Verbe Incarné, Jésus, c’est elle qui a assuré son éducation. Elle lui a appris à parler, elle lui a appris les prières, elle lui a fait apprendre à écrire et à lire. Et surtout, elle lui a fait connaître le Saintes Ecritures. Avec Joseph et Marie, Jésus récitait les prières hébraïques communes, les psaumes par exemple, et célébrait toutes les fêtes juives. A l’âge de 12 ans, Jésus connaissait déjà parfaitement les Saintes Ecritures, puisque, lors de sa « fugue » de trois jours au Temple de Jérusalem, « ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et des ses réponses » (Luc, 2, 47) : assis au milieu des docteurs, cet enfant de douze ans les écoutait et les interrogeait (ibid. 2, 46b).

 

La vie de la Sainte Famille à Nazareth était une vie normale, mais certainement pas banale. On devait y parler des choses concrètes de la vie courante. Mais Marie et Joseph, comme les docteurs dans le Temple, devaient écouter Jésus avec une grande attention. C’est Lui qui avait quelque chose à leur dire, à leur enseigner sur Dieu, sur lui-même également sur sa mission. Marie n’avait certainement pas manqué de lui raconter l’Annonciation, la Visitation, les circonstances de sa naissance, la visite des bergers, la présentation au Temple, le venue des Mages et la fuite en Egypte. Je serais surpris qu’il ne leur ai pas expliqué le sens profond de ces événements, comme il l’a fait plus tard aux disciples d’Emmaüs.

 

Quand Joseph mourut, Jésus prit sa place et fut le charpentier de Nazareth. Sans vouloir faire « du roman », on peut penser aux conversations prolongées entre Jésus et sa Mère. Lors de la lecture des Saintes Ecritures lors de leur prière quotidienne, il pouvait apporter une lumière spéciale, et préparer sa Mère à son Heure, à ce qu’allait être sa Mission. Marie l’avait déjà entrevue, certainement, avec les paroles du vieillard Siméon. Et si il a interprété dans toutes les Ecritures ce qui le concernait, pour les disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 27 b), il a dû préparer sa très Sainte Mère à affronter le destin tragique qui l’attendait, sa Mère étant en union avec Lui. Ce qui me fait penser cela, c’est que Marie, à Cana, ne réagit pas à la réponse de Jésus : « Mon Heure n’est pas encore venue ». Elle ne semble pas surprise ; Elle ne lui pose pas de questions ; elle ne lui demande pas d’explications sur le sens de ce mot. Elle sait simplement que son Fils va faire quelque chose, humainement au moins comme il se devait de faire, puisqu’il dit aux serviteurs « faites tout ce qu’il vous dira ». Mais, en son cœur, la mention de l’Heure a dû susciter quelque chose en elle, lui faire penser à une intervention particulière de Jésus qui commence le Ministère Public, pour révéler sa Mission, pour révéler sa gloire, et que ses disciples croient en Lui » (cf. Luc 2, 11c).

 

Pendant et après les Noces de Cana, Marie a pu faire connaissance des nouveaux amis de son Divin Fils, savoir comment ils s’étaient connus. Jean et André, en particulier, les deux premiers, lui ont raconté en détails comment ils avaient suivi Jésus :deux jours de suite, Jean le Baptiste s’était écrié devant eux : « Voici l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », « Voici l’Agneau de Dieu » (Luc 1, 29b, 36b). Ces paroles qui avaient poussé Jean et André à suivre Jésus, furent pour Marie une révélation : l’Heure, certes n’était pas encore venue, mais elle venait, c’était là une certitude. Et son cœur de Mère de penser à tout ce que Jésus avait pu lui dire en privé le concernant. Mais surtout, cette parole évoqua les texte d’Isaïe parlant du Serviteur Souffrant, l’Agneau innocent conduit à la boucherie, à Jésus son Enfant qui attendait cette Heure d’un grand désir. Et pourtant, ce destin tragique était le sien. Huit siècles auparavant, la Passion de Jésus avait été annoncée et décrite en ces termes par le prophète Isaïe :

 

Isaïe chapitre 50° :

6.  J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient, et les joues à ceux qui m'arrachaient la barbe; je n'ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats.

 

Isaïe, chapitre 53° :

1.  Qui a cru ce que nous entendions dire, et le bras de Yahvé, à qui s'est-il révélé ?

2.  Comme un surgeon il a grandi devant lui, comme une racine en terre aride; sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eût séduits;

3.  objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas.

4.  Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié.

5.  Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison.

6.  Tous, comme des moutons, nous étions errants, chacun suivant son propre chemin, et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous.

7.  Maltraité, il s'humiliait, il n'ouvrait pas la bouche, comme l'agneau qui se laisse mener à l'abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette, il n'ouvrait pas la bouche.

8.  Par contrainte et jugement il a été saisi. Parmi ses contemporains, qui s'est inquiété qu'il ait été retranché de la terre des vivants, qu'il ait été frappé pour le crime de son peuple ?

9.  On lui a donné un sépulcre avec les impies et sa tombe est avec le riche, bien qu'il n'ait pas commis de violence et qu'il n'y ait pas eu de tromperie dans sa bouche.

10.  Yahvé a voulu l'écraser par la souffrance; s'il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté de Yahvé s'accomplira.

11.  A la suite de l'épreuve endurée par son âme, il verra la lumière et sera comblé. Par sa connaissance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes en s'accablant lui-même de leurs fautes.

12.  C'est pourquoi il aura sa part parmi les multitudes, et avec les puissants il partagera le butin, parce qu'il s'est livré lui-même à la mort et qu'il a été compté parmi les criminels, alors qu'il portait le péché des multitudes et qu'il intercédait pour les criminels.

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Les Saintes Ecritures sont éloquentes et émouvantes, sur ce Sacrifice Rédempteur, qui se réalisera dans tous ses détails et dans toute son horreur. Marie entendra son Divin Fils sur la Croix reprendre les premières paroles du psaume suivant. Et les insultes des grands-prêtres : s’il est le Fils de Dieu, qu’il le libère et qu’il descende de la Croix. Elle entendra, le cœur bouleversé, ces paroles: « J’ai soif ». Et elle assistera, sans rien dire et sans rien faire au partage des vêtements, et de la tunique sans couture qu’elle avait confectionnée pour son Enfant Dieu :

 

Psaume 22° :

 

1.  Du maître de chant. Sur « la biche de l'aurore » Psaume. De David.

22:2 Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Loin de me sauver, les paroles que je rugis!

2.  22:3 Mon Dieu, le jour j'appelle et tu ne réponds pas, la nuit, point de silence pour moi.

3.  22:4 Et toi, le Saint, qui habites les louanges d'Israël!

4.  22:5 en toi nos pères avaient confiance, confiance, et tu les délivrais,

5.  22:6 vers toi ils criaient, et ils échappaient, en toi leur confiance, et ils n'avaient pas honte.

6.  22:7 Et moi, ver et non pas homme, risée des gens, mépris du peuple,

7.  22:8 tous ceux qui me voient me bafouent, leur bouche ricane, ils hochent la tête

8.  22:9 «Il s'est remis à Yahvé, qu'il le délivre! qu'il le libère, puisqu'il est son ami!»

9.  22:10 C'est toi qui m'as tiré du ventre, ma confiance près des mamelles de ma mère;

10.  22:11 sur toi je fus jeté au sortir des entrailles; dès le ventre de ma mère, mon Dieu c'est toi.

11.  22:12 Ne sois pas loin : proche est l'angoisse, point de secours!

12.  22:13 Des taureaux nombreux me cernent, de fortes bêtes de Bashân m'encerclent;

13.  22:14 contre moi bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant.

14.  22:15 Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent; mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères;

15.  22:16 mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire. Tu me couches dans la poussière de la mort.

16.  22:17 Des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m'entoure; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds.

17.  22:18 Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent;

18.  22:19 ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.

19.  22:20 Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide;

 

Impressionnant. Bouleversant de réalisme !

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Le prophète Zacharie ajoute encore une autre précision

 

Zacharie, chapitre 12, 10

10. Ils regarderont vers Celui qu’ils ont transpercé : iles feront sur lui une lamentation comme on pleure un fils premier-né

 

Cette lance qui perce le côté du Christ, cette épée qui transperce alors l’âme de Marie !

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Jésus n’a rien caché de sa Mission Rédemptrice. ses Apôtres. Et, par trois fois, il leur annonce sa Passion en ces termes. Marie, et les autres femmes qui suivent Jésus entendent, ou bine les Apôtres les leur rapportent, elles aussi ces paroles, qu’elles ne comprennent pas plus que les Apôtres. Seule Marie sait, et comprend que l’Heure est toute proche, et que Jésus y prépare les siens :

 

Première annonce de la Passion : Luc 9, 23, et textes parallèles : Matthieu 16, 21 ; Marc 8, 31

« Le Fils de l’Homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, et être mis à mort, et, le troisième jour ressusciter »

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Deuxième annonce de la Passion : Matthieu 12 22-23, et textes parallèles : Marc 9, 30-32 ; Luc 9, 44-45

« Un jour qu’ils se trouvaient réunis en Galilée, Jésus leur dit :’Le Fils de l’Homme doit être livré aux mains des hommes, ils le tueront, et le troisième jour, il ressuscitera’ »

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Troisième annonce de la Passion : Luc 18, 31-33, et textes parallèles : Matthieu 20, 17-19 ; Marc 10, 32-34,

« Puis, prenant avec lui les Douze, il leur dit : ‘Voici que nous montons à Jérusalem et que s’accomplira tout ce qui a été annoncé par les Prophètes, au sujet du fils de l’Homme. Il sera en effet livré aux païens, bafoué, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le mettront à mort (note : Mathieu précise : « mis en croix ») ». Et, le troisième jour, il ressuscitera ».

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

On lui rapportera, ou elle entendra elle-même, beaucoup d’autres paroles significatives de son Divin Fils sur sa Passion :

« Comme Moïse éleva le serpent au désert, aussi faut-il que, soit élevé le Fils de l’Homme, afin que tout homme qui croit ait la vie éternelle » (Jean 3, 14-15 : discours à Nicodème).

 

« Je suis le Pain Vivant descendu du Ciel…Qui mange ma Chair et boit mon Sang a la vie éternelle » (Jean 6, 51.54 : discours sur la Pain de Vie)

 

« Quand vous aurez élevé le Fils de l’Homme, alors, vous saurez que JE SUIS » (Jean 8, 27b)

 

« Je suis le Bon Pasteur. Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jean 10, 11)

 

« ‘C’est maintenant le jugement de ce monde ;maintenant, le prince de ce monde va être jeté à bas.

Et moi, élevé de terre, j’attirerai tout, à moi’. Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir ». (Jean 12, 31-32)

 

Et Marie méditait toutes ces choses, les conservant dans son cœur.

 

Mais la Vierge Mère ne cessait de répéter chaque jour, les paroles qu’elle avait dites à l’Ange à l’Annonciation :

« Je suis la Servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1 38).

 

Marie a ainsi suivi son Divin Fils de sa Naissance jusqu’à sa mise au Tombeau, en acceptant avec joie la volonté de Dieu pour le salut de tous les hommes. Durant toute sa vie, un glaive de douleur a transpercé son âme.

Elle n’est pas simplement Notre-Dame des Sept Douleurs, mais la Vierge des Douleurs car ce glaive de douleur n’a cessé de transpercer son âme tout au long de sa vie, depuis l’Annonciation.

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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /2010 08:00
- Par Mgr Jacques MASSON

Jésus et sa très sainte Mère au Calvaire

 

Dans ce épisode, comme le note la Bible de Jérusalem, citée ci-dessus, « Marie est présente au premier miracle qui révèle la gloire de Jésus, et de nouveau à la Croix. Par une intention manifeste, plusieurs traits se répondent dans les deux scènes » (Bible de Jérusalem, 1956. page 1399, note g) : l’Heure, la Femme notamment.

 

Jean chapitre 19° :

 

25.  Près de la Croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

26.  Voyant sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27.  Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui.

 

L’Heure est arrivée. Le Fils de l’Homme est élevé de terre, comme il l’avait annoncé. Il avait commencé son ministère public en manifestant sa gloire à Cana de Galilée, où Marie sa Mère était présente. ; Il termine son ministère public, sa Mission de Rédemption sur cette Croix. Dans quelques instants, il pourra dire « consummatum est », « tout est accompli » (Jean 19, 30), et remettre alors son esprit : La Mission que lui avait confiée le Père est accomplie.

 

Mais, auparavant, Jésus a encore quelque chose à faire. Après les mauvais traitements reçus depuis son arrestation, après une flagellation inhumaine, un Chemin de Croix qui le voit tomber à terre par trois fois, épuisé, et amène les soldats romains à contraindre Simon de Cyrène à porter la Croix, pour que la victime me meure pas avant son supplice, Jésus est là, crucifié, « élevé de terre », depuis près de trois heures déjà. Il ne lui reste que quelques souffles de vie. Au prix de souffrances indicibles, prenant appui sur ses pieds cloués, tirant sur ses bras cloués eux aussi, pour lui permettre de reprendre un peu de souffle, il prononce alors ses dernières paroles, son testament, les dernières Paroles humaines du Verbe fait chair. Et, s’adressant à sa Mère qui est au pied de la Croix, et à l’Apôtre bien-aimé, Jean, en des termes chargés de signification, il dit dans un souffle, parlant à sa Mère: « Femme, voici ton fils », puis à Jean : « Voici ta mère ».

 

Femme : nous avons vu ci-dessus que c’était un manière courante de s’adresser à quelqu’un dans le langage juif. Mais, en ces deux moments solennels, l’inauguration de son ministère public par le signe de Cana obtenu grâce à l’attention délicate de Marie qui en a été en quelque sorte l’instigatrice et à son intervention auprès, de son Fils, et au moment où Jésus remet au Père son esprit, après avoir dit : « consummatum est », « tout est accompli », Jésus nous fait passer un message, que Jean a recueilli, médité et compris, et qu’il nous transmet. Selon le langage public, « femme » se traduit, par « ma chère », « mon amie » (au masculin, « mon ami »). On ne voit pas Jésus, en ce moment solennel, déclarer à sa Mère « Mon amie, voici ton fils ». Et pourtant il ne lui dit pas non plus « Mère ,Voici ton fils », mais « Femme, voici ton fils ». Mais lorsqu’il s’adresse à Jean, il utilise ce terme affectueux : « Voici ta Mère ». Jésus a tout donné, jusqu’à la dernière goutte de son Sang. Avant de rendre son esprit, il donne aussi sa propre Mère à Jean, aux Apôtres, aux disciples, à l’Eglise tout entière qu’il a fondée sur Pierre, au monde entier, à chacun de nous. Et alors seulement, il pourra dire : « tout est accompli ».

 

Marie, en ce moment solennel, est appelée « femme » et devient la « Mère » de Jean. Jésus, à Cana, et aux derniers moments de sa vie terrestre, a utilisé ce terme dans un sens bien précis, voulu par lui, pour nous indiquer ce qu’était Marie dans le plan de Dieu, «saluée déjà comme « pleine de grâce » par l’Archange Gabriel, choisie pour être la Mère du Fils de David, la Mère du Fils Dieu, grâce à l’intervention du Saint-Esprit qui la couvre de son ombre, et la place qu’elle avait dans l’accomplissement de sa propre Mission : Le terme « femme » est lié étroitement à l’Heure, dont nous avons vu ci-dessus la signification. Elle participe, à la place qui est la sienne et qui est voulue par Dieu, d’une certaine manière et d’une manière certaine, à la Rédemption opérée par son Divin Fils, à sa Mission rédemptrice et c’est pourquoi Jésus la confie à Jean et lui confie Jean pour qu’Elle puisse continuer à être Mère. N’est-ce pas ce que lui avait prédit le vieillard Siméon, lors de la présentation de Jésus au Temple : « et toi-même, un glaive de douleur transpercera l’âme » (Luc 2, 35). La lance qui transperce le côté de Jésus transperce aussi son âme : le Fils et la Mère sont liés, sont unis dans la même souffrance, dans la même mission, par le choix de Dieu. En acceptant de devenir la Mère du Fils de Dieu, Elle a tout accepté, sans conditions, sans restrictions : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1, 38).

 

Pour bien comprendre la portée et la signification de la parole « Femme » employée par Jésus en ces deux moments cruciaux de son Ministère, et dans le Mystère de la Rédemption, il est indispensable de « remonter » dans le temps, aux origines, au moment de la création du monde, et de nos premiers parents, Adam et Eve. Je citerai les textes ou des extraits, car chaque mot compte :

 

Genèse chapitre 1° :

 

26.  Dieu dit : Faisons l'homme à notre image, comme notre ressemblance, et qu'ils dominent sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, toutes les bêtes sauvages et toutes les bestioles qui rampent sur la terre.

27.  Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa.

28.  Dieu les bénit et leur dit : Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la; dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre.

31.  Dieu vit tout ce qu'il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour.

 

Adam et Eve, c’est le nom du premier homme et de la première femme, reçoivent de Dieu la mission de dominer la terre, c’est-à-dire de la mettre en valeur. Il leur donne aussi une grande mission : continuer ce qu’il a commencé avec eux deux : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre ». Collaborateurs de Dieu, ils vont poursuivre son œuvre d’amour et de vie. « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère e s’attache à sa femme, et deviennent une seule chair » (Genèse, 2, 24)

 

C’était le sixième jour, notre vendredi !

 

Dieu les met en garde aussi contre les dangers qui peuvent se trouver toutefois dans ce monde « où tout était très bon », car il a l’Adversaire, et Il leur donne les premiers Commandements de l’histoire, pour leur permettre de vivre sereinement dans ce monde qu’il a créé dans un ordre parfait. Car, il y a un ennemi, l’ennemi de toujours de Dieu : le serpent qui ne manquera pas de s’adresser à eux et d’essayer de les détacher de leur Créateur, de les détruire, et de détruire toute l’œuvre de la création. Et Dieu le dit clairement à Adam en lui montrant le danger de suivre cet animal maléfique, l’adversaire, Satan, et en lui indiquant précisément ce qu’il doit faire ; ce que fait tout bon père de famille :

 

Genèse chapitre 2° :

 

15.  Yahvé Dieu prit l'homme et l'établit dans le jardin d'Éden pour le cultiver et le garder.

16.  Et Yahvé Dieu fit à l'homme ce commandement : Tu peux manger de tous les arbres du jardin.

17.  Mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas, car, le jour où tu en mangeras, tu mourras de mort certaine ».

Par l’obéissance à ce commandement, l’homme était soustrait, par l’amour créateur et paternel de Dieu, à certaines contraintes liées à sa nature de créature humaine : ne pas connaître la souffrance, ne pas connaître la mort, maintenir l’intimité avec Dieu, et, le temps sur cette terre terminé, passer directement, corps et âme dans la Maison du Père, pour une vie de béatitude éternelle. Mais…

Genèse chapitre 3° :

1.  Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que Yahvé Dieu avait faits. Il dit à la femme : Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?

2.  La femme répondit au serpent : Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin.

3.  Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort.

Le maléfique serpent ne s’arrête pas en si bon chemin sur la voie du mensonge qui est son arme préférée, lui qui est le Prince du Mensonge :

4.  Le serpent répliqua à la femme : Pas du tout ! Vous ne mourrez pas !

5.  Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal.

6.  La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.

 

Pauvre Eve, pauvre Adam, pauvres de nous ! A peine eurent-ils mangé de ce fruit appétissant, une « grenade » certainement (et le péché a toujours un aspect « attrayant »), qu’elle explose dans leur être, en détruisant l’ordre parfait que Dieu avait mis eu eux, entre leur intelligence, leur volonté et leur nature humaine. Ils sont entrés dans un monde nouveau, celui du mensonge, de la désobéissance, de la violence, de la haine, de la souffrance, de la mort, non seulement physique, mais qui peut devenir une mort éternelle : ils ont quitté le monde de Dieu, et sont entrés dans le monde de Satan. Ils sont changés complètement. Et alors qu’ils vivaient dans l’innocence spirituelle complète, dans l’intimité avec Dieu, ils éprouvent maintenant la honte de se présenter devant Dieu qui venait se promener dans la brise du jour dans le jardin pour parler avec eux, et ils se cachent (cf. Genèse 3, 9-11).

 

Par sa désobéissance, à l’instigation de Satan, l’homme semble avoir mis en échec le plan de Dieu. Car l’homme, et il en est toujours ainsi, peut toujours dire « non » à Dieu, même au dernier moment.

 

Non, le plan de Dieu de Dieu n’est pas compromis ! C’est l’homme qui a compromis sa destinée, pour lui et sa descendance jusqu’à la fin des siècles : il connaîtra la mort, physique, la séparation de son âme et de son corps, signe de la séparation que le péché, la désobéissance établissent entre l’homme et Dieu, et s’il persévère dans cette voie, la mort éternelle : et Dieu dit encore :

 

Genèse chapitre 3° :

 

17.  A l'homme, il dit : Parce que tu as écouté la voix de ta femme et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais interdit de manger, maudit soit le sol à cause de toi ! A force de peines tu en tireras subsistance tous les jours de ta vie.

18.  Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l'herbe des champs.

19.  A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu'à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré. Car tu es glaise et tu retourneras à la glaise.

« Memento homo quia pulvis es et in pulverem reverteris » : « Souviens-toi ô homme que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » : paroles prononcées par le prêtre le Mercredi des Cendres en déposant de la cendre sur la tête des fidèles, pour leur rappeler précisément.

 

Mais le Serpent, qui est en fait l’instigateur, le menteur, l’adversaire, le responsable, le tentateur, qu’en est-il ? Dieu s’adresse à lui de manière solennelle et lui dit ces paroles terribles, mais, ô combien réconfortantes pour nous pauvres humains :

 

Genèse chapitre 3° :

 

14.  Alors Yahvé Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, maudit sois-tu entre tous les bestiaux et toutes les bêtes sauvages. Tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie.

15.  Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon.

 

L’hostilité est déclarée entre la descendance, littéralement « l engeance » du serpent, et la descendance de la Femme : elle oppose l’homme à Satan et son engeance, et laisse entrevoir la victoire finale de l’Homme. C’est pourquoi ce passage, annonçant le salut et la victoire sur Satan, est appelé « le Protévangile » (le premier Evangile).Le texte grec distingue entre la Femme et sa descendance qui écrase la tête du serpent, et attribue la victoire à la descendance de la Femme. C’est la première annonce du Messie, fils de la Femme. Avec le Messie, sa Mère, la Femme, est impliquée ; et l’interprétation mariologique de la traduction latine est devenue traditionnelle dans l’Eglise que l’on peut aisément comprendre en choisissant un mot synonyme de « lignage » :

 

« Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne et la sienne. Elle t'écrasera (latin : ipsa conteret ») la tête et tu l'atteindras au talon ». « Elle t’écrasera la tête » : ce qui peut s’entendre de la Femme, ou, de sa descendance, ou de tous les deux. Marie, la FEMME, est ainsi annoncée dès le début, comme associée à la Mission de salut des hommes opérée par sa descendance, c’est-à-dire par son Fils.

 

La première femme s’appelait EVE « parce qu’elle fut la mère de tous les vivants » nous dit le Livre de la Genèse en conclusion de ce drame (3, 20), de tous les vivants qu’elle venait de condamner à une mort certaine par sa désobéissance, et pour s’être laissée séduire par le Maudit.

 

N’oublions pas : quand Dieu a créé Adam et Eve, c’était le sixième jour, notre vendredi !

 

Comment s’étonner que Jésus, aux Noces de Cana, commençant un ère nouvelle, par le salut en son Sang, par une nouvelle naissance, ne déclare ensuite lors de multiplication des pains, autre annonce de l’Eucharistie « En vérité en vérité je vous le dis, si vous ne mangez la Chair du Fils de l’Homme et se buvez son Sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma Chair et boit mon Sang Sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour » (Jean, 6, 53-55) ). Oui, comment s’étonner que Jésus, aux Noces de Cana, alors que l’Heure n’est pas encore venue, s’adresse à Marie sa Mère sous le titre biblique de FEMME, alors qu’il s’apprête à donner le signe de ce qui sera son Sang versé pour la multitude, à la Dernière Cène de manière non sanglante, et sur la Croix, jusqu’à la dernière goutte ? Cana est le début de la « re-création » de la« résurrection » de l’humanité. Et Marie y tient la première place. C’est elle qui est intervenue la première pour que rien ne manquât à la joie des convives. Et les termes employés par Jésus, Femme, Heure, même si elle ne peut imaginer ce que va faire son Fils, ne s’étonne pas, et lui laisse entrevoir qu’il va intervenir de manière extraordinaire, avec la Toute-puissance de Dieu.

 

Comment s’étonner que Jésus, sur la Croix, ayant accompli la Mission que lui avait confiée le Père, s’adresse à sa Mère en reprenant ce titre FEMME : l’Heure est venue, il a donné en abondance le Bon Vin de l’Alliance en son Sang. Par son sacrifice il crée une humanité nouvelle, et devient l’auteur de la descendance des enfants de Dieu re-nés à une vie nouvelle et plus grandiose : « ô felix culpa ») proclame le Diacre dans la nuit de Veillée pascale, « Ô Indispensable péché d’Adam ! Ô l’heureuse faute qui nous a valu un tel et si grand Rédempteur ».Thème qui est repris dans les prières de l’Offertoire du rite tridentin, au moment où le célébrant verse la goutte d’eau ( !) dans le vin du calice : « Deus qui humanae substantiae… Dieu qui d’une manière admirable avez créé la nature humaine dans sa dignité, et l’avez restaurée ‘une manière plus admirable encore… ». Une nouvelle création est faite, le premier Adam a cédé la place au second Adam, Jésus.

 

Remarquons bien cela : quand « tout est consommé, » quand Jésus a donné sa Mère à saint Jean, nous sommes le sixième jour, notre Vendredi : une humanité nouvelle est créée, avec un Nouvel Adam et une Nouvelle Eve.

 

Au pied de la Croix, Marie est la FEMME par excellence, celle dont parlait le Seigneur en annonçant à Adam et Eve le salut futur. Aussi s’adresse-t-il en ces termes à sa Mère, pour la donner à Jean comme Mère, et par Jean, à toute l’humanité :

26.  Voyant sa mère et, près d'elle, le disciple qu'il aimait, Jésus dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27.  Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui.

 

Marie devient ainsi la Nouvelle Eve, « la Mère de tous les Vivants » auxquels elle donne la vie, par son Fils Bien-aimé, pour tous ceux qui l’accueillent avec Foi. Et ainsi, Marie nous enfante à une vie nouvelle, car, sur l’autel, se perpétue l’Incarnation du Verbe, son Divin Fils ; ce que l’Eglise proclame par cette hymne:

 

Ave Verum

Ave verum corpus

natum de Maria virgine ;
Vere passum,

immolatum in cruce pro homine .
Cujus latus perforatu

fluxit aqua et sanguine,
Esto nobis praegustatum mortis in examine.
O Jesu dulcis !

O Jesu pie !

O Jesu, fili Mariae.

Salut, ô vrai corps,

né de la Vierge Marie.

Qui avez véritablement souffert,

et avez été immolé sur la Croix pour les hommes.

Vous dont le côté entr'ouvert

a versé du sang et de l'eau.

Puissions-nous, à l'heure de la mort,

vous recevoir par la communion avant le jugement.

O doux Jésus ! O bon Jésus ! O Jésus, fils de Marie !

 

Saint Jean, dans l’Apocalypse a vu un signe grandiose dans le ciel, qui nous montre la Gloire et la Puissance de Celle qui a su dire un jour au Seigneur Dieu « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole » (Luc 1, 38). C’est elle « cette nommée Marie », sa propre Mère et Mère de Dieu, que le Verbe de Dieu fait chair dans son sein, nous a donnée comme Mère, « la Maman céleste », la Reine du Ciel.

 

Jean a contemplé sa gloire dans le Ciel :

 

Apocalypse chapitre 12° :

 

1.  Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.

 

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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /2010 08:41
- Par Mgr Jacques MASSON

4). « Mon Heure n’est pas encore arrivée »

« Que puis-je faire ? », que dois-je faire « ? », « mon Heure n’est pas encore arrivée » : la réponse de Jésus, la mention de l’Heure, ne démonte pas Marie, elle ne la surprend même pas. Joseph étant décédé, Jésus prend la succession pour assurer le maintien de la famille : il est charpentier : « N’est-ce pas là le charpentier, le fils de Marie » (Marc 6, 3) disent les gens lors de la visite de Jésus à Nazareth. De longues journées passées avec Marie, des entretiens riches et profonds. Il serait étonnant que Marie n’ait pas posé des questions à Jésus sur sa Mission, elle qui gardait toutes dans son coeur et les méditait ; il serait surprenant que Jésus n’ait pas mis sa Sainte Mère au courant de son destin : n’a-t-il pas averti par trois fois les Apôtres de ce qui l’attendait à Jérusalem ? Et puis, un jour, le moment étant arrivé, Jésus qui avait environ 32 ans, annonce à sa Mère qu’il doit commencer sa Mission. Elle y était préparée, elle s’y attendait. Je ne serais pas surpris qu’il ait dit à Marie : « maintenant l’Heure est arrivée ». Et Marie, de le suivre, sans jamais le quitter, car elle savait ce que cela voulait dire : le glaive de douleur qui devait transpercer son âme. Le Verbe de Dieu fait chair en son sein ne pouvait rester un simple charpentier à Nazareth : il devait maintenant accomplir la Mission qui lui avait été confiée et qu’il avait acceptée : « Tu n’as voulu ni holocaustes ni oblations, alors j’ai dit, ô Père : me voici, pour faire ta volonté ».

L’Heure : seul saint Jean en parle - du moins avec cette insistance. L’heure de Jésus est l’heure de sa glorification, de son retour à la Droite du Père. L’Evangile de Saint Jean en marque l’approche. Mais elle est fixée par Dieu, et nul ne peut l’anticiper : « Ils voulurent alors l’arrêter ; mais personne ne porta la main sur lui, parce que son Heure n’était pas encore venue » (Jean 7, 30). Et de même : « Personne ne l’arrêta, parce que son Heure n’était pas encore venue » (Jean 8, 20). Jésus, l’annonce cette Heure de sa glorification par la mort. Aux Grecs qui demandent à Philippe de voir Jésus, Jésus répondit : « La voici venue l’Heure où le Fils de l’Homme doit être glorifié » (Jean 12, 23). Et il poursuit en ces termes qui ne laissent aucun doute sur la signification de cette parole : « En vérité en vérité je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jean 12, 24). Mais Jésus, Dieu, mais homme, à l’évocation de cette Heure qui approche, est troublé, comme au Jardin des Oliviers, et il déclare : « Maintenant mon âme est troublée Et que dire ? Père, sauve-moi de cette Heure ? Mais c’est pour cela que je suis arrivé à cette Heure. Père, glorifie ton Fils (Jean 12, 27-28a). Car avec cette Heure, poursuit Jésus : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 31-32). Et Jean, l’homme au regard pénétrant, d’ajouter l’explication de ces paroles : « Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir » (Jean 12, 33). L’HEURE, C’EST LA PASSION, LA CROIX, NOTRE REDEMPTION

Jésus connaît cette Heure, et, avant qu’elle ne vienne, il doit terminer sa mission auprès des siens, avec le Lavement des pieds, l’institution de la Sainte Eucharistie et du Sacerdoce, pour perpétuer au long des siècles le salut que cette Heure apporte au monde : « Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son Heure était venue de passer de ce monde au Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin » (Jean 13, 1), c’est-à-dire jusqu’à l’extrême de l’amour. Après l’institution de l’Eucharistie, avant de partir pour le Jardin des Oliviers, Jean cite la grande prière d’oblation et d’intercession du Sauveur à l’heure de son sacrifice imminent, appelée habituellement « Prière Sacerdotale ». « Levant les yeux au Ciel, il dit : Père, l’Heure est venue, glorifie ton Fils, pour que ton Fils de glorifie, et que, par le pouvoir sur toute chair que tu lui as conféré, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, Toi, le seul et véritable Dieu et ton Envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17 1a-3). L’HEURE, C’EST LA PASSION, LA CROIX, POUR DONNER AUX HOMMES LA VIE ETERNELLE.

Cette Heure, Jésus l’a désirée d’un grand désir : elle était le but de sa vie, le but de son Incarnation : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous », cette dernière Pâque qui marquait l’arrivée de l’Heure, de l’immolation de l’Agneau de Dieu, dont le Sang protège de la mort, tout comme le sang de l’Agneau mis sur les linteaux des portes des Hébreux, les avait sauvés en Egypte lors du passage de l’Ange exterminateur, pour la dixième plaie.

Cette Heure, il y pense sans cesse : il vit comme sur deux plans, le plan humain, et le plan de sa Mission : il demande à boire à la Samaritaine, et il lui parle de l’eau qu’il est venu apporter: « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau. Mais qui boit de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle »(Jean 4, 13-14.). Quand l’Heure sera venue. Cette Heure est fixée par le Père et elle ne saurait être avancée, mais elle reste sans cesse présente dans la pensée de Jésus, et quand il voit la Croix, son âme exulte d’une joie intérieure intense , malgré les souffrances horribles qu’il vient de subir : « Me voici, ô Père pour faire votre volonté ! »

« Jésus descend les marches du prétoire ; ils lui ont ôté sa robe rouge et lui ont remis celle sans couture. La Croix est là, inclinée, contre la muraille : c’est l’autel sur lequel Jésus veut être immolé pour nous ; c’est le Trône de son Amour ; c’est l’instrument de ses miséricordes, c’est le trophée de sa victoire.


« De tout temps, la croix fut le plus cher objet du cœur de Notre Seigneur, le but de toute sa vie ; aussi fait-il à sa Croix un doux accueil : « Mon Père, dit-il, oh !, cette Croix que les juifs m’imposent, je la mérite bien puisque je me suis chargé volontairement de tous les crimes des hommes. Viens, ô Croix, que je t’embrasse ».


Puis, son épaule ploie paisiblement sous le fardeau, et son bras l’enlace avec amour ; du haut du Ciel, les Anges le contemplent avec admiration. Portant sa Croix, il sortit. Alors, commence pour lui le voyage funèbre. En tête, le centurion qui préside au supplice, puis le héraut porteur de l’écriteau diffamatoire, ensuite le condamné autour duquel la cohorte fait une haie ; et, derrière le cortège, la foule houleuse, bestiale, et dans les rues tortueuses vibre le son de la trompette ». (Méditations, 40 jours avec Jésus, par Maman, jeudi 18 mars 1915, cf. Hermas 18 mars 2010)

A Cana, lorsque Marie dit à Jésus : « ils n’ont plus de vin », partant de ce « détail » matériel, Jésus s’élève au plan supérieur de sa Mission. Dans le vin, il voit le bon vin de la Nouvelle Alliance en son Sang. Et, comme l’Heure n’est pas venue, il fait cette réponse à Marie « Que puis-je faire ? Mon Heure n’est pas encore venue ». Mais il écoute la parole de Marie sa Mère : il ne lui répond pas par un refus, il va faire quelque chose. Elle l’a bien compris puisqu’elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le »

5). Tout ce qu’il vous dira, faites-le » !


Marie s’attendait probablement, certainement, à ce que Jésus envoyât les serviteurs pour se procurer le vin nécessaire à la poursuite des noces. Mais Jésus leur demande tout simplement, à leur grande surprise, à celle de Marie probablement, de remplir d’eau « les six jarres de pierre destinées à la purification des juifs » (Jean 2, 6) et qui contenaient chacune deux ou trois mesures. Puis il leur dit « Puisez maintenant  et portez-en au maître du repas ». (Jean 2, 8). « Le maître du repas goûta l’eau changée en vin » (Jean 2, 9a). Ce dernier est le premier témoin du miracle. Le deuxième sera le marié, sans oublier les serviteurs, car, si le maitre de maison ignorait la provenance, « les servants la connaissaient, eux qui avaient puisé l’eau »(Jean 2, 9b). Et le maître de maison de s’exclamer : « Tout le monde sert d’abord le bon vin et, quand les gens sont gais, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (Jean 2, 10). La chose fut connue et tous les convives furent les témoins de ce miracle de l’eau changée en vin, en un bon vin

« Quid mihi et tibi, mulier ? ». « Que puis-je faire, puisque mon Heure n’est pas encore venue ? » : rien ppour l’instant qui contribue au salut vrai de l’homme. « Que dois-je faire ? » pour répondre à ce que me demande ma Mère ?: pourvoir à ce que le vin ne manquât point puisque nous en nous en sommes chargés. Ce sont les deux plans où se situe Jésus. Mais ce qu’il va faire dépasse largement ce que Marie lui a demandé de faire : le miracle dont ont été témoins tous les convives, lié par Jésus à « son Heure », prend une signification spéciale : il n’est plus un miracle, il est un signe, il est le SIGNE d’une réalité future en rapport avec sa Mission de Sauveur des hommes, en les libérant du péché, de la mort, de Satan.

« Mon Heure n’est pas encore venue », certes, et Jésus ne peut l’anticiper. Mais ce n’est plus la vie cachée à Nazareth, où il travaillait comme charpentier, où ses gestes étaient des gestes humains, où il menait un vie humaine comme tous les habitants de Nazareth. Désormais, il a commencé sa vie publique, il a reçu le « Baptême de Jean, à l’occasion duquel la Voix du Père s’est faite entendre : « Celui-ci est mon Fils Bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances : écoutez-le », et où le Saint-Esprit s’est manifesté sous forme corporelle, comme d’une colombe (cf. Luc). Ce fut l’Envoi en Mission.

Oui, désormais, les gestes de Jésus ne seront plus simplement des gestes humains, ses « miracles » ne seront pas simplement des « miracles, mais des signes », qui révèlent son identité véritable et sa Mission : « Afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur terre le pouvoir de pardonner les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralytique, ‘lève-toi, prends ton grabat et marche’ ». Le « miracle » de la guérison du paralytique devient le signe du pouvoir qu’a Jésus de pardonner les péchés, ce qui n’appartient qu’à Dieu. Car, comme le disaient justement les scribes et les Pharisiens « Dieu seul peut pardonner les péchés ».

Le « miracle » de l’eau changée en vin à Cana devient un signe en lien avec l’Heure de Jésus, qui est l’Heure de passer de ce monde à son Père, par sa mort sur la Croix, afin que élevé de terre il attire tous les hommes à Lui, et que tous reconnaissent en lui « Celui qui est », « Je Suis », Dieu, le Fils de Dieu. Saint Jean n’a pas employé le terme « signe » par hasard. Et de même, il n’a pas choisi par hasard les deux épisodes qui parlent de la Mère de Jésus : les Noces de Cana, et La Mort de Jésus.

L’eau changée en vin, le « miracle » changé en signe, indiquent ainsi une réalité grandiose, qui échappe malheureusement à la plupart des lecteurs de ce passage. Jésus, ne pouvant donner le Bon Vin de la Nouvelle Alliance, car l’Heure n’est pas encore venue, en donne toutefois un signe, le bon vin de Cana qui annonce la Nouvelle Alliance en Son Sang qui sera versé pour nous et pour la multitude en rémission de nos péchés. C’est l’annonce de la Sainte Eucharistie, de la Dernière Cène où le vin devient le Sang du Christ, du Sacrifice de la Croix, où Jésus donne son sang jusqu’à la dernière goutte. Et Jésus commence ainsi son ministère public. Marie y a eu sa part. C’est sa prévenance, et sa démarche auprès de son Fils qui nous a valu ce signe, qui nous aide comprendre ce grand Mystère de la Foi qu’est l’Eucharistie, qui nous permet de participer au « banquet des élus », et d’être avec Elle, à chaque Messe, au pied de la Croix, et d’entendre ces paroles divines, « Femme, voici ton fils, fils, voici ta mère » (Jean 19, 26b-27)

Un petit excursus personnel, à propos de la goutte d’eau versée dans la calice à l’Offertoire. J’ai longtemps pensé que cette goutte d’eau rappelait le sang et l’eau qui s’écoulent du côté de Jésus percé par la lance. Je ne le pense plus. Je pense à l’eau des Noces de Cana. L’offertoire de la Messe n’est pas une présentation des dons, le pain et le vin. C’est une offrande, un sacrifice au sens propre du terme : L’Ordo Tridentin, à l’Offertoire, avait cette prière : « Veni Sanctificator Omnipotens Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto Nomini preaparatum » : « Venez Esprit Sanctificatateur, Dieu éternel et Tout-puissant, et bénissez ce Sacrifice préparé pour votre Saint Nom ». Dans les deux rites, l’Offertoire se termine par l’invitation de « l’Orate Fratres », que le prêtre, tourné vers les fidèles, leur adresse :  « ut meum ac vestrum sacrificium » (Orate fratres), « afin que mon sacrifice qui est aussi le vôtre » (Oublions la « traduction-trahison française » de cette prière !), comme les sacrifices offerts à Dieu au Temple de Jérusalem. Cette petite goutte d’eau, versée dans le calice ne se mêle pas simplement au vin, mais elle devient du vin. J’y vois l’eau de Cana qui devient le bon vin des Noces, et le vin de la Dernière Cène qui devient le Sang du Christ au moment de la Consécration.

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Dimanche 13 juin 2010 7 13 /06 /2010 00:00
- Par Mgr Jacques MASSON

2). « Quid mihi et tibi mulier ? ».


La traduction la plus commune est littérale, et déclare : « Qu’y a-t-il de commun entre toi et moi, Femme ? », qui se présente sous une forme offensante, irrespectueuse de Jésus vis-à-vis de sa Mère, et est considérée comme un refus d’intervenir de la part de Jésus. Mais alors, pourquoi Marie dit-elle aux serviteurs « Faites tout ce qu’il vous dira » ?


« Femme, cela regarde-t-il vous et moi ? » (Missel Quotidien, Dom Gérard, 1951), autrement dit : ne nous mêlons pas de cette affaire ! Même genre de traduction dans la Bible Pastorale (Brépols, 1997) : « Femme, en quoi cela ne nous concerne-t-il ? ». « Femme, que me veux-tu ? » trouve-t-on dans les lectures officielles du Missel des Dimanches en français, 3° dimanche ordinaire, Année C). Je pourrais continuer longtemps ainsi dans l’énumération des traductions ! Ceci montre la grande confusion qui règne chez les traducteurs, et surtout, qu’ils sont dans l’incapacité de donner une traduction cohérente de la réponse de Jésus à sa Mère, en raison d’une grande ignorance de la Bible, et surtout parce qu’ils n’ont pas compris le sens du « signe » de Cana !

La phrase « quid mihi et tibi (mulier) (homo) » est une expression du langage commun chez les juifs. Tout dépend du ton sur lequel elle est prononcée. Elle peut aller du refus total , à l’insulte : « qu’est-ce que j’ai à voir avec toi fils de chien ! » (réponse de David à Shiméi qui l’insultait et lui lançait des pierres, 2 Samuel 16,10, et 19, 23), mais aussi à l’accueil favorable d’une demande présentée par quelqu’un. On voit mal Jésus répondre mal à sa Mère, et lui dire : « que me veux-tu », sur un ton lassé, ou « en quoi cela nous concerne-t-il » ? ce qui trancherait avec la délicatesse de Jésus qui a « pitié de ces foules car elles sont comme des brebis sans pasteur », qui fait remarquer qu’ils n’ont pas mangé depuis trois jours, et qui les nourrit avec cinq pains et deux poissons, multipliés à profusion.

L’attitude de Marie qui dit aux serviteurs « faites tout ce qu’il vous dira », montre clairement que Jésus accueille favorablement la remarque de sa Mère, et qu’il va y pourvoir. Sa réponse ne peut être que la suivante, positive, et présentée pour l’instant sous deux formes entre lesquelles le contexte nous aidera à choisir : « Que dois-je faire ? », ou « que puis-je faire ? ».

3). « Femme »


Cette manière de s’adresser à sa Mère peut choquer notre mentalité moderne, habituée à des formules toutes faites, selon les personnes auxquelles on s’adresse. Mais là aussi, c’est une manière commune de s’exprimer chez le peuple juif : « Mulier, Femme, ou bien Homo, Homme. On les retrouve à plusieurs reprises dans la bouche de Jésus, quand il s’adresse à une malade qui lui demande de le guérir « homo » « mon ami ». Il dit de même à Marie de Magdala : « Mulier, quid ploras » : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » (Jean 20, 13). Et lorsque Pierre est interrogé par une servante, dans la cour du grand-prêtre, il lui répond : « Mulier, non novi illum », « Femme, je le connais pas ». Et comme un serviteur insistait, Pierre déclare » : « O Homo, non sum », « « Mon ami, je n’en suis pas » (Luc 22, 56.58).

Rappelons simplement pour l’instant, car nous allons revenir sur cette appellation, les paroles de Jésus à sa Mère, du haut de la Croix : « Mulier, ecce filius tuus », « Femme, voilà ton fils » (Jean 19, 26b) : il existe un lien très étroit entre les deux récits, qui sont les seuls qui concernent Marie et que Jean a retenus. Jean, l’Aigle de Patmos, ne pouvait pas manquer de souligner la richesse exceptionnelle de ce terme pris dans le langage courant, mais que l’on trouve dés le début de la Genèse, et dans l’Apocalypse, dans un sens tout différent d’une simple interpellation.

 

(à suivre)

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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /2010 14:06
- Par Mgr Jacques MASSON

Les Noces de Cana

 

Que le lecteur me pardonne de parler encore de Monsieur Trinquet ! Mais il était et il est toujours un bibliste de renom remarquable. A propos des Noces de Cana, il déclarait avec flamme, en 1965 : « Quand les prédicateurs cesseront-ils de dire que Jésus a changé l’eau en vin pour tirer d’embarras deux pauvres jeunes mariés, car le vin venait à manquer ? Ce sont des ignorants qui n’ont rien compris à ce qui n’est pas simplement un miracle, mais un signe, et qui indique une réalité qui n’est pas visible mais qui dépasse de beaucoup le miracle et sera comprise plus tard ! Le Verbe de Dieu s’est fait chair pour bien autre chose ! ». Je suis de son avis, permettez-moi de le dire tout simplement.

 

Au temps fixé par le Père, Jésus quitte Nazareth : le temps est venu pour lui de se manifester au monde, de commencer son ministère. De Nazareth en Galilée au nord, il se dirige vers le sud, au bord du Jourdain dans le désert de Judée, là où les foules accourent pour entendre l’invitation de Jean à la pénitence (le Baptiste) et se faire baptiser par lui. Jean Baptiste prêchait à environ sept à huit kilomètres à l'est de Jéricho (30 km environ au nord-ouest de Jérusalem) ; les habitants de Jérusalem allaient à sa rencontre en empruntant le seul chemin praticable à l'époque, celui qui conduisait justement à cette ville. Jéricho était presque essentiellement habitée par les lévites et les sacrificateurs qui officiaient dans le Temple ; ils ne pouvaient donc pas ignorer ce qui se faisait à proximité de chez eux. Ce chemin historique passait en particulier par Béthanie, petite commune bien connue où des amis de Jésus, Lazare et ses deux sœurs, habitaient. Sur tout son long, ce chemin d'une trentaine de kilomètres est chargé de symboles et de faits réels : c'est là que Lazare revient à la vie, c'est là que Marie, la sœur de Lazare oint les pieds de Jésus annonçant sa mort ; c'est un peu plus loin, que Jésus situe la parabole du bon samaritain, et c'est surtout là, en fin de parcours, que Jésus se fait baptiser et qu'Il rencontre ses premiers disciples, Jean et André frère de Simon-Pierre auquel il dira « Nous avons trouvé le Messie », Philippe de Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre (cf. Jean 2, 35-49) qui conduit Nathanaël à Jésus.

 

C’est la première semaine du ministère public de Jésus. Jean nous donne une chronologie précise : le témoignage de Jean-Baptiste, puis « le lendemain », répété trois fois, jours durant lesquels Jésus rencontre successivement les disciples nommés ci-dessus : 4 jours. Après quoi Jésus remonte en Galilée, nous dit Matthieu, quitte Nazareth et vient s’établir pour un temps à Capharnaüm. « Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée » nous dit Saint Jean, terminant ainsi la première semaine de vie publique de Jésus, et il ajoute : « La Mère de Jésus y était. Jésus aussi fut invité, ainsi que ses disciples ». (Jean 2 1-2), certainement ceux-là mêmes que Jésus a connus au bord du Jourdain, et qui l’ont suivi.

 

Je crois qu’il est utile de citer ce texte en entier pour qu’aucun détail ne puisse nous échapper, car ce miracle est particulier, c’est un SIGNE comme l’appelle Saint Jean, et il nous faut tâcher de découvrir sa signification, précisément

 

Jean chapitre 2° :


1. 

Le troisième jour, il y eut des noces à Cana de Galilée, et la mère de Jésus y était.

2. 

Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples.

3. 

Or il n'y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé. La mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont plus de vin. »

4. 

Jésus lui dit : « (Que me veux-tu, femme : je préfère me référer au texte latin ci après)  Quid mihi et tibi mulier? Mon heure n'est pas encore arrivée. »

5. 

Sa mère dit aux servants : « Tout ce qu'il vous dira, faites-le. »

6. 

Or il y avait six jarres de pierre, destinées aux purifications des Juifs, et contenant chacune deux ou trois mesures.

7. 

Jésus leur dit : « Remplissez d'eau ces jarres. » Ils les remplirent jusqu'au bord.

8. 

Il leur dit : « Puisez maintenant et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent.

9. 

Le maître du repas goûta l'eau changée en vin : comme il en ignorait la provenance, tandis que les servants le savaient, eux qui avaient puisé l'eau - le maître du repas appelle le marié

10. 

et lui dit : « Tout homme sert d'abord le bon vin et, quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu'à maintenant ! »

11. 

Tel fut le premier des signes de Jésus, il l'accomplit à Cana de Galilée et il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui.

 

Les commentaires, les interprétations, les traductions abondent et donnent lieu à des élévations spirituelles d’une grande beauté… mais qui montrent qu’ils n’ont pas compris du tout le sens profond du « signe », du premier « signe » accompli par Jésus à Cana !, nous disait encore Monsieur Trinquet.

 

Voyons de plus près ces passages difficiles et leur compréhension, non leur interprétation personnelle. Les points « controversés » sont les suivants :

 

« Ils n’ont plus de vin »

« Quid mihi et tibi mulier ? »

« Femme » (mulier)

« Mon Heure n’est pas encore arrivée »

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».

 

1). « Ils n’ont plus de vin »

 

Marie s’est aperçue que le vin venait à manquer et elle s’adresse à Jésus. Et les prédicateurs de s’émerveiller devant la délicatesse de la Sainte Vierge, à qui rien n’échappe, et qui vient demander à Jésus de faire un miracle. Comment Marie peut-elle demander à son Fils de faire un miracle pour des gens déjà ivres ? Et quel miracle ? De plus quel sens aurait ce miracle, « gratuit », qui ressemblerait fort à la tentation de Satan : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas » (Matthieu 4, 5). En a-t-il fait à Nazareth pendant sa jeunesse ? Aucune tradition n’en parle !  Sait-elle que Jésus peut faire des miracles, et qu’il va faire des miracles, non pour « épater la galerie », mais pour révéler qui il est, et accomplir sa Mission, à l’Heure venue ? Certes elle sait que « rien n’est impossible à Dieu » comme l’Ange Gabriel le lui a dit. Mais il serait inconvenant de sa part d’utiliser la puissance divine pour tirer d’embarras deux pauvres mariés en difficulté.

 

La réalité est tout autre, comme le soulignait Monsieur Trinquet. Pour les mariages de notre époque, les invités offrent aux jeunes époux des cadeaux de toutes sortes, pour les aider à se meubler, à faire leur voyage de noces, pour qu’ils aient tout le confort tout de suite. Nous sommes il y a vingt siècles, dans un petit bourg de Galilée. Les noces, à cette époque duraient plusieurs jours, voire même une semaine, et c’est tout le village qui partageait la joie des nouveaux époux. Chaque famille, comme cadeau, apportait ce qui était nécessaire pour que rien ne manquât à la fête, au repas surtout. Marie et Jésus sont invités à ces noces. Et Jésus arrive avec quelques invités supplémentaires, ses premiers amis. Marie et Jésus ont participé eux aussi aux cadeaux pour ces noces. Marie se lève et dit à Jésus, qui est le chef de la famille, Joseph étant décédé : « Ils n’ont plus de vin ».

 

Lequel d’entre nous, invité à des noces oserait se lever de table, aller trouver le maître du repas, ou le père du marié et de la mariée, pour lui indiquer qu’il manque quelque chose ? Ce serait un manque total de délicatesse, s’occuper de ce qui ne nous concerne pas. Marie aurait dû s’adresser discrètement, elle-même, au maître du repas pour le lui faire remarquer. Si Marie dit à Jésus : « ils n’ont plus de vin », cela manifeste, certes qu’elle est attentive au bien-être de tous, à la bonne réussite de la fête, mais surtout que cela concerne Jésus, qu’elle s’adresse à Celui qui, en cadeau, a offert le vin, et qui doit y remédier : Le vin des Noces de Cana a été offert en cadeau par Marie et Jésus, par Jésus et Marie. Et Marie lui demande de remédier, humainement, à ce manque, pour que la fête ne soit pas gâchée. « C’est aussi simple que cela » nous disait Monsieur Trinquet !

 

(à suivre)

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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /2010 07:49
- Par Mgr Jacques MASSON

A la fin de la cérémonie d'hier, le Saint-Père a renouvelé l’acte de Consécration des Prêtres au Cœur Immaculée de Marie, dont la liturgie célèbre la fête en ce jour, en reprenant l’Acte qu’il avait adressé à Notre-Dame de Fatima le 12 mai dernier :

 

 

En union avec la prière des enfants du monde

pour la paix et pour les prêtres

 

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Mère Immaculée,
en ce lieu de grâce,
convoqués par l’amour de ton Fils Jésus,
Grand et Eternel Prêtre,
nous, fils dans le Fils et ses prêtres,
nous nous consacrons à ton Cœur maternel,
pour accomplir fidèlement la Volonté du Père.

 

Nous sommes conscients que, sans Jésus,
nous ne pouvons rien faire de bon (cf. Jn 15, 5)
et que, seulement par Lui, avec Lui et en Lui,
nous serons pour le monde
des instruments de salut.

 

Épouse de l’Esprit Saint,
obtiens-nous l’inestimable don
d’être transformés dans le Christ.
Par la puissance même de l’Esprit qui,
étendant sur Toi son ombre,
t’a rendue Mère du Sauveur,
aide-nous afin que le Christ, ton Fils,
naisse aussi en nous.
Que l’Église puisse ainsi
être renouvelée par de saints prêtres,
transfigurée par la grâce de Celui
qui fait toutes choses nouvelles.

 

Mère de Miséricorde,
c’est ton Fils Jésus qui nous a appelés
à devenir comme Lui :
lumière du monde et sel de la terre
(cf. Mt 5, 13-14).

 

Aide-nous,
par ta puissante intercession,
à ne jamais trahir cette sublime vocation,
à ne pas céder à nos égoïsmes,
aux séductions du monde
et aux suggestions du Malin.

 

Préserve-nous par ta pureté,
garde-nous par ton humilité
et enveloppe-nous de ton amour maternel,
qui se reflète en de nombreuses âmes
consacrées à toi,
devenues pour nous
d’authentiques mères spirituelles.

 

Mère de l’Église,
nous, prêtres,
nous voulons être des pasteurs
qui ne paissent pas pour eux-mêmes,
mais qui se donnent à Dieu pour leurs frères,
trouvant en cela leur bonheur.
Non seulement en paroles, mais par notre vie,
nous voulons répéter humblement,
jour après jour,
notre « me voici ».

 

Guidés par toi,
nous voulons être des Apôtres
de la Miséricorde Divine,
heureux de célébrer chaque jour
le Saint Sacrifice de l’Autel
et d’offrir à tous ceux qui nous le demandent
le Sacrement de la Réconciliation.

 

Avocate et Médiatrice de la grâce,
Toi qui es entièrement immergée
dans l’unique médiation universelle du Christ,
demande à Dieu, pour nous,
un cœur complètement renouvelé,
qui aime Dieu de toutes ses forces
et serve l’humanité comme toi-même tu l’as fait.

 

Redis au Seigneur
cette parole efficace :
« ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3),
afin que le Père et le Fils répandent sur nous,
comme dans une nouvelle effusion
l’Esprit Saint.

 

Plein d’émerveillement et de gratitude
pour ta présence continuelle au milieu de nous,
au nom de tous les prêtres,
moi aussi je veux m’exclamer :
« Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 43)

 

Notre Mère depuis toujours,
ne te lasse pas de « nous visiter »,
de nous consoler, de nous soutenir.
Viens à notre secours
et libère-nous des dangers
qui nous menacent.
Par cet acte d’abandon et de consécration,
nous voulons t’accueillir de façon
plus profonde et radicale,
pour toujours et pleinement,
dans notre existence humaine et sacerdotale.

 

Que ta présence fasse refleurir le désert
de nos solitudes et briller le soleil
sur nos obscurités,
qu’elle fasse revenir le calme après la tempête,
afin que chaque homme voie le salut
du Seigneur,
qui a le nom et le visage de Jésus,
réfléchi dans nos cœurs,
pour toujours unis au tien !

 

Ainsi soit-il !

 

Saint Curé d’Ars, donnez-nous de saints prêtres

 

Saint Curé d’Ars, sanctifiez tous nos prêtres

 

Saint Curé d’Ars, priez pour nous

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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /2010 13:47
- Par L'Equipe d'Hermas

SAINT JEAN MARIE VIANNEY PATRON ET PROTECTEUR DE TOUS LES PRETRES

 

 

Unie par la pensée et la prière aux milliers et milliers de prêtres qui ont concélébré la Sainte Messe avec notre Saint-Père le Pape benoît XVI, en ce jour de la Fête du Sacré-Cœur, et de la conclusion de l’Année Sacerdotale dédiée au Saint Curé d’Ars, l’Equipe d’Hermas exprime sa joie profonde et sa vive gratitude envers la Sainte Trinité et envers le Vicaire du Christ, pour avoir choisi un humble fils de la Fille Ainée de l’Eglise, Jean Marie Vianney, le saint Curé d’Ars, pour être le Patron et le Protecteur des prêtres du monde entier.

 

Voici quelques extraits de l’homélie du Saint-Père prononcée en cette double circonstance :

 

« L’Année Sacerdotale que nous avons célébrée, 150 ans après la mort du saint Curé d’Ars, modèle du ministère sacerdotal dans notre monde, arrive à son terme. Par le Curé d’Ars, nous nous sommes laissés guider, pour saisir à nouveau la grandeur et la beauté du ministère sacerdotal. Le prêtre n’est pas simplement le détenteur d’une charge, comme celles dont toute société a besoin afin qu’en son sein certaines fonctions puissent être remplies. Il fait en revanche quelque chose qu’aucun être humain ne peut faire de lui-même : il prononce au nom du Christ la parole de l’absolution de nos péchés et il transforme ainsi, à partir de Dieu, la situation de notre existence. Il prononce sur les offrandes du pain et du vin les paroles d’action de grâce du Christ qui sont paroles de transsubstantiation – des paroles qui le rendent présent, Lui, le Ressuscité, son Corps et son Sang, et transforment ainsi les éléments du monde : des paroles qui ouvrent le monde à Dieu et l’unissent à Lui. Le sacerdoce n’est donc pas seulement une « charge », mais un sacrement : Dieu se sert d’un pauvre homme pour être, à travers lui, présent pour les hommes et agir en leur faveur. Cette audace de Dieu qui se confie à des êtres humains et qui, tout en connaissant nos faiblesses, considère les hommes capables d’agir et d’être présents à sa place – cette audace de Dieu est la réalité vraiment grande qui se cache dans le mot « sacerdoce ». Que Dieu nous considère capables de cela, que de cette manière il appelle les hommes à son service et qu’ainsi de l’intérieur il se lie à eux : c’est ce que, en cette année, nous voulions considérer et comprendre à nouveau. Nous voulions réveiller la joie que Dieu nous soit si proche, et la gratitude pour le fait qu’il se confie à notre faiblesse ; qu’il nous conduise et nous soutienne jour après jour. Nous voulions aussi ainsi montrer à nouveau aux jeunes que cette vocation, cette communion de service pour Dieu et avec Dieu, existe – et plus encore, que Dieu est en attente de notre « oui ». Avec l’Église, nous voulions à nouveau faire noter que cette vocation nous devons la demander à Dieu. Nous demandons des ouvriers pour la moisson de Dieu, et cette requête faite à Dieu c’est, en même temps, Dieu qui frappe à la porte du cœur des jeunes qui se considèrent capables de ce dont Dieu les considère capables. On pouvait s’attendre à ce que cette nouvelle mise en lumière du sacerdoce déplaise « l’ennemi » ; il aurait préféré le voir disparaître, pour qu’en fin de compte Dieu soit repoussé hors du monde. Et il est ainsi arrivé que, proprement au cours de cette année de joie pour le sacrement du sacerdoce, sont venus à la lumière les péchés des prêtres – en particulier l’abus à l’égard des petits, où le sacerdoce chargé de témoigner de la prévenance de Dieu à l’égard de l’homme se trouve retourné en son contraire. Nous aussi nous demandons avec insistance pardon à Dieu et aux personnes impliquées, alors que nous entendons promettre de faire tout ce qui est possible pour que de tels abus ne puissent jamais plus survenir ; promettre que dans l’admission au ministère sacerdotal et dans la formation délivrée au cours du parcours qui y prépare, nous ferons tout ce qui est possible pour examiner attentivement l’authenticité de la vocation et que nous voulons mieux encore accompagner les prêtres sur leur chemin, afin que le Seigneur les protège et les garde dans les situations difficiles et face aux dangers de la vie. Si l’Année Sacerdotale avait du être une glorification de notre prestation humaine personnelle, elle aurait été détruite par ces événements. Mais il s’agissait pour nous exactement du contraire : devenir reconnaissant pour le don de Dieu, un don qui se cache « dans des vases d’argile » et qui toujours de nouveau, à travers toute la faiblesse humaine, rend concret son amour en ce monde. Nous considérons ainsi que ce qui est arrivé est un devoir de purification, un devoir qui nous porte vers l’avenir et qui, d’autant plus, nous fait reconnaître et aimer le grand don de Dieu. De cette façon, le don devient l’engagement de répondre au courage et à l’humilité de Dieu par notre courage et notre humilité. La parole du Christ, que nous avons chanté comme chant d’entrée dans la liturgie de ce jour, peut nous suggérer en cette heure ce que signifie devenir et être prêtre : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29).

 

« Nous célébrons la fête du Sacré Cœur de Jésus et nous jetons avec la liturgie, pour ainsi dire, un regard dans le cœur de Jésus qui, dans la mort, fut ouvert par la lance du soldat romain. Oui, son cœur est ouvert pour nous et devant nous – et ainsi, le cœur de Dieu lui-même nous est ouvert. La liturgie interprète pour nous le langage du cœur de Jésus, qui parle surtout de Dieu en tant que pasteur des hommes et nous présente de cette façon le sacerdoce de Jésus, qui est enraciné dans les profondeurs de son cœur ; elle nous indique ainsi le fondement durable, tout autant que le critère valable, de tout ministère sacerdotal, qui doit être ancré dans le cœur de Jésus et être vécu à partir de lui.

 

« « Un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau » (Jn 19, 34). Le cœur de Jésus est transpercé par la lance. Il est ouvert, et il devient une source : l’eau et le sang qui en sortent renvoient aux deux Sacrements fondamentaux dont l’Église vit : le Baptême et l’Eucharistie. Du côté percé du Seigneur, de son cœur ouvert jaillit la source vive qui court à travers les siècles et qui fait l’Église. Le cœur ouvert est source d’un nouveau fleuve de vie ; dans ce contexte, Jean a certainement pensé aussi à la prophétie d’Ézéchiel qui voit jaillir du nouveau temple un fleuve qui donne fécondité et vie (Ez 47) : Jésus lui-même est le nouveau temple, et son cœur ouvert est la source d’où sort un fleuve de vie nouvelle, qui se communique à nous dans le Baptême et l’Eucharistie.

 

« Qui a soif, qu’il vienne à moi. Qu’il boive, celui qui croit en moi. L’Écriture dit : « Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur » (cf. Jn 7, 37ss). Dans la foi, nous buvons, pour ainsi dire, de l’eau vive de la Parole de Dieu. Ainsi, le croyant devient lui-même une source, et offre à la terre desséchée de l’histoire l’eau vive. Nous le voyons chez les saints. Nous le voyons avec Marie qui, femme grande en foi et en amour, est devenue au long des siècles source de foi, d’amour et de vie. Chaque chrétien et chaque prêtre devrait, à partir du Christ, devenir une source qui communique la vie aux autres. Nous devrions donner l’eau de la vie à un monde assoiffé. Seigneur, nous te remercions parce que tu as ouvert ton cœur pour nous ; parce que dans ta mort et dans ta résurrection tu es devenu source de vie. Fais que nous soyons des personnes vivantes, vivantes de ta source, et donne-nous de pouvoir être nous aussi des sources, en mesure de donner à notre temps l’eau de la vie. Nous te remercions pour la grâce du ministère sacerdotal. Seigneur bénis-nous et bénis tous les hommes de ce temps qui sont assoiffés et en recherche ». Amen.

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Vendredi 11 juin 2010 5 11 /06 /2010 07:10
- Par Mgr Jacques MASSON

 

 

deux_coeurs.jpg

 

« Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé »

 

« Videbunt in quem transfixerunt »

 

La liturgie de cette semaine nous présente deux fêtes, liées entre elles : la Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, vendredi 11 juin, et, le lendemain, la fête du Cœur Immaculé de la Bienheureuse Vierge Marie.

 

Bien que le seul Sauveur soit Jésus, il est toutefois indéniable que Dieu a voulu associer à la Rédemption des hommes, selon un mode qui lui est propre et particulier, Celle qui est appelée Fille du Père Eternel, Epouse du Saint-Esprit, Mère du Verbe Incarné, la Vierge Marie. Il l’a fait tout d’abord en nous la donnant comme Mère, selon les paroles de Jésus du haut de la Croix, pour nous enfanter à la vie nouvelle. Et les deux Cœurs sont unis par un point commun : la lance qui perce la côté de Jésus, le glaive qui transperce l’âme de Marie, selon la prophétie de Siméon.

 

« Un soldat lui perça le côté Et aussitôt Il sortit du sang et de l’eau »

 

Saint Jean, « le disciple que Jésus aimait », se trouvait au pied de la Croix quand le centurion romain transperça le Côté de Jésus de sa lance, et il en rend témoignage, avec insistance :

 

Jean chapitre 19 :

 

25.  Or près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas, et Marie de Magdala.

26.  Jésus donc voyant sa mère et, se tenant près d'elle, le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

27.  Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Dès cette heure-là, le disciple l'accueillit chez lui.

31.  Comme c'était la Préparation, les Juifs, pour éviter que les corps restent sur la croix durant le sabbat - car ce sabbat était un grand jour -, demandèrent à Pilate qu'on leur brisât les jambes et qu'on les enlevât.

32.  Les soldats vinrent donc et brisèrent les jambes du premier, puis de l'autre qui avait été crucifié avec lui.

33.  Venus à Jésus, quand ils virent qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,

34.  mais l'un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l'eau.

35.  Celui qui a vu rend témoignage - son témoignage est véritable, et celui-là sait qu'il dit vrai - pour que vous aussi vous croyiez.

36.  Car cela est arrivé afin que l'Écriture fût accomplie : Pas un os ne lui sera brisé.

37.  Et une autre Écriture dit encore : Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé.

(cf. Exode 12, 26 ; Zacharie 12, 10)

 

Que veut nous dire Saint Jean ? Qu’il a vu sortir du côté de Jésus du sang et de l’eau ? Son insistance est trop grande pour se limiter à ce simple témoignage. Saint Jean « le voyant de Patmos », au regard pénétrant de l’aigle qui est son symbole, veut nous dire quelque chose de plus :

 

« pour que vous aussi vous croyiez »

 

Que nous croyions qu’il a vu sortir du côté de Jésus du sang et de l’eau ? Penser cela serait méconnaître profondément l’Evangile qu’il a écrit, et tout ce qu’il veut nous dire, et que les autres évangélistes n’ont pas dit. L’insistance de Jean veut nous faire comprendre quelque chose de plus grand, de plus grandiose.

 

Le Corps de Jésus est « le temple spirituel d’où jaillit la source d’eau vive ». L’eau qui sort du côté de Jésus est, pour Jean, la source d’eau vive qui sort du Temple qu’est son Corps. Saint Jean, qui insiste par deux fois sur l’accomplissement des Ecritures :

 

36.  Car cela est arrivé afin que l'Écriture fût accomplie : Pas un os ne lui sera brisé.

37.  Et une autre Écriture dit encore : Ils regarderont celui qu'ils ont transpercé,

 

n’a pas pu ne pas penser à la vision du prophète Ezéchiel, en septembre-octobre 573 avant Jésus-Christ : la vision du Temple futur, du Temple Messianique, et surtout de la vision de la « Source du Temple » (au chapitre 47), dont la liturgie pascale a repris le texte pour le rite de l’Aspersion des fidèles avant la Messe, à la place de « l’Asperges me » habituel pour le reste de l’année : « Vidi Aquam »

 

« Vida Aquam egredientem de Templo a latere dextro »

« J’ai vu l’eau sortir du côté droit du Temple »

 

Et ainsi, en rappelant ce geste du centurion, saint Jean a ouvert pour les siècles futurs, la voie à la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, percé par la lance ; il est le premier, saint Jean précisément, « le disciple que Jésus aimait », celui qui, lors de la Dernière Cène, pencha sa tête sur la poitrine de Jésus (Jean 13, 25). La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus commence avec ce témoignage de saint Jean : « un soldat, de sa lance, lui perça le côté, et il en sortit du Sang et de l’Eau » (Jean 19, 34).

 

C’est ce Cœur qu’a vu, des siècles plus tard, Sainte Marguerite-Marie Alacoque, et à laquelle il dit :

 

“Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son Amour”.

 

Dom Guéranger écrit à propos de ce Cœur transpercé par la lance (Année Liturgique, Fête du Sacré-Cœur) :

 

« L'Evangile ici nous renvoie au passage du prophète Zacharie annonçant l'effusion de l'Esprit de grâce sur la maison du vrai David et les habitants de Jérusalem (Zacharie XII, 10 3). Et ils verront dans celui qu'ils ont percé (Jean. XIX, 37)», ajoutait le prophète.

 

« Mais qu'y verront-ils, sinon cette grande vérité qui est le dernier mot de toute l'Ecriture et de l'histoire du monde, à savoir que Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils unique, pour que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (Jean. III, 16) ? »

 

« Voilée sous les figures et montrée comme de loin durant les siècles de l'attente, cette vérité sublime éclata au grand jour sur les rives du Jourdain (Luc. III, 21-22), quand la Trinité Sainte intervint tout entière pour désigner l'Elu du Père et l'objet des divines complaisances (Isaïe XLII, I . Restait néanmoins encore à montrer la manière dont cette vie éternelle que le Christ apportait au monde passerait de lui dans nous tous, jusqu'à ce que la lance du soldat, ouvrant le divin réservoir et dégageant les ruisseaux de la source sacrée, vînt compléter et parfaire le témoignage de la Trinité bienheureuse. « Il y en a trois, dit saint Jean, qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois n'en font qu'un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l'Esprit, l'eau et le sang ; et ces trois concourent au même but... Et leur témoignage est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et qu'elle est dans son Fils (I Jean. V, 7, 8, 11 ». ». Passage mystérieux qui trouve son explication dans la fête présente ; il nous montre dans le Cœur de l'Homme-Dieu le dénouement de l'œuvre divine, et la solution des difficultés que semblait offrir à la Sagesse du Père l'accomplissement des desseins éternels.

 

« Penchée encore sur la béante ouverture du Côté du Sauveur, entendons l'Eglise naissante s'écrier à Dieu, dans l'ivresse de son cœur débordant : « Père souverain, Seigneur mon Dieu, je vous louerai, je vous chanterai des psaumes au milieu des nations. Lève-toi donc, ô ma gloire! 0 réveille-toi, ma cithare et mon psaltérion (Psaume. CVII, 1-4) ». Et le Seigneur s'est levé triomphant de son lit nuptial au matin du grand jour ; et le Cœur Sacré, reprenant ses mélodies interrompues, a transmis au ciel les accents enflammés de la sainte Eglise. Car le Cœur de l'Epoux appartient à l'Epouse, et ils sont deux maintenant dans une même chair (Genèse. II, 24).

 

Dans la pleine possession de celle qui blessa son Cœur (Cantiques des Cantiques IV, 9), le Christ lui confirme tout pouvoir à son tour sur ce Cœur Divin d'où elle est sortie. Là sera pour l'Eglise le secret de sa force. Dans les relations des époux, telles que les constitua le Seigneur à l'origine en vue de ce grand mystère du Christ et de l'Eglise.

 

« Si Adam a péché, c'est qu'Eve a séduit et affaibli son cœur; Jésus nous sauve, parce que l'Eglise a ravi son Cœur, et que ce Cœur humain ne peut être ému et dompté, sans que la Divinité elle-même soit fléchie. Telle est, quant au principe sur lequel elle s'appuie, la dévotion au Sacré-Cœur ; elle est, dans cette notion première et principale, aussi ancienne que l'Eglise, puisqu'elle repose sur cette vérité, reconnue de tout temps, que le Seigneur est l'Epoux et l'Eglise l'Epouse.

 

« Les Pères et saints Docteurs des premiers âges n'exposaient point autrement le mystère de la formation de l'Eglise du côté du Sauveur ; et leurs paroles, ouvraient la voie aux sublimes et plus libres épanchements des siècles qui suivirent. « Les initiés connaissent l'ineffable mystère des sources du Sauveur, dit saint Jean Chrysostome ; de ce sang et de cette eau l'Eglise a été formée ; de là sont sortis les Mystères, en sorte que, t'approchant du calice redoutable, il faut y venir comme devant boire au côté même du Christ (In Johannem. Homilia. 84) ». — « L'Evangéliste, explique saint Augustin, a usé d'une parole vigilante, ne disant pas de la lance qu'elle frappa ou blessa, mais ouvrit le côté du Seigneur. C'était bien une porte en effet qui se révélait alors, la porte de la vie, figurée par celle que Noé reçut l'ordre d'ouvrir au côté de l'arche, pour l'entrée des animaux qui devaient être sauvés du déluge et figuraient l'Eglise (In Johannem. Tractatus, CXX 2) ».

 

« Comme « apôtres » de la dévotion au Sacré-Cœur, il faut aussi citer, entre autres, Sainte Gertrude, à laquelle, 27 janvier 1281, au monastère bénédictin d'Helfta, près Eisleben en Saxe, l'Epoux divin se révélait, l'épouse qu'il avait choisie pour l'introduire dans ses secrets et ses réserves les plus écartées, ; et sainte Mechtilde sa compagne.

 

« Le Dieu qui fait choix des petits pour confondre les forts avait désigné, pour la manifestation du Cœur sacré, la religieuse inconnue d'un obscur monastère. Comme au XIII° siècle il avait négligé les Docteurs et les grands Saints eux-mêmes de cet âge, pour solliciter auprès de la Bienheureuse Julienne du Mont-Cornillon l'institution de la fête du Corps du Seigneur, il demande de même la glorification de son Cœur divin par une fête solennelle à l'humble Visitandine de Paray-le-Monial, que le monde entier connaît et vénère aujourd'hui sous le nom de sainte Marguerite-Marie.

 

Marguerite-Marie reçut donc pour mission de faire descendre des mystiques sommets, où il était resté comme la part cachée de quelques âmes bénies, le trésor révélé à sainte Gertrude. Elle nous transmet les paroles même de Jésus, que nous devons méditer sans cesse :

 

« Etant devant le Saint-Sacrement un jour de son Octave (en juin 1675), raconte elle-même la Sainte, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour. Et me sentant touchée du désir de quelque retour, et de Lui rendre amour pour amour, Il me dit : « Tu ne m'en peux rendre un plus grand service qu'en faisant ce que je t'ai déjà tant de fois demandé. » Alors me découvrant son Divin Cœur : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu'il n'a rien épargné, jusqu'à s'épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu'ils ont pour moi dans ce Sacrement d'amour. Mais ce qui m'est encore le plus sensible c’est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C'est pour cela que je te demande que le premier vendredi d'après l'Octave du Saint-Sacrement soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là et en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu'il a reçues pendant le temps qu'il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera a pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur, et qui procureront qu'il lui soit rendu. »

 


Prières au Sacré-Cœur de Jésus

 

Dans la présentation du Mois du Sacré-Cœur, j’ai indiqué déjà les Litanies du Sacré-Cœur, et l’Acte de Réparation. Nous pouvons y ajouter les prières suivantes, peu connues des fidèles, car elles font partie de l’Office Divin, c’est-à-dire des prières du Bréviaire. Elles sont aptes à enrichir notre dévotion, à approfondir notre foi, et à « aimer ce Cœur qui a tant aimé les hommes », dans tout notre oeur, dans toute notre vie.

 


Auctor beáte sǽculi (à Matines) - Sacré-Coeur de Jésus

 

1. Auctor beáte sǽculi, Christe, Redémptor ómnium, 
lumen Patris de lúmine, Deúsque verus de Deo.

 

1. Bienheureux créateur du Inonde, Christ, universel Rédempteur, 
lumière jaillie de la lumière du Père, Dieu vrai sorti de Dieu.  

 

2. Amor coégit te tuus mortále corpus súmere, 
ut, novus Adam, rédderes, quod vetus ille abstúlerat.

2. C’est ton amour qui t’a contraint à prendre un corps mortel, 
pour nous rendre, nouvel Adam, ce que l’ancien nous avait pris.

 

3. Ille amor, almus ártifex terræ marísque et síderum, 
erráta patrum míserans et nostra rumpens víncula.

3. Cet amour, auguste artisan de la terre, de la mer et des astres, 
prit en pitié les égarements de nos pères et rompit nos liens.  

 

4. Non Corde discédat tuo vis illa amóris íncliti : 
hoc fonte gentes háuriant remissiónis grátiam.

4. Que de ton Cœur ne se retire pas la force de ce merveilleux amour; 
qu’à cette source les nations puisent la grâce du pardon.

 

5. Percússum ad hoc est láncea passúmque ad hoc est vúlnera, 
ut nos laváret sórdibus, unda fluénte et sánguine.

5.Si la lance le frappa, s’il endura ses blessures, 
c’était pour nous laver de nos taches par l’eau et le sang répandu.

 

6. Iesu, tibi sit glória, qui Corde fundis grátiam 
cum Patre et almo Spíritu in sempitérna sǽcula. Amen.

6.A toi soit la gloire, Jésus, qui de ton Cœur répands la grâce, 
avec le Père et l’Auguste Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

Autre hymne de Matines

 

Dans leur orgueil, dans leur cruauté, nos crimes se sont réunis ; ils ont blessé le Cœur d'un Dieu, ce Cœur innocent digne d'un tout autre sort.

 

Nos péchés dirigeaient la lance du soldat qui le transperça : le crime qui donne la mort avait aiguisé la pointe de ce fer cruel.

 

Appelée aux honneurs d'Epouse, l'Eglise est née de la blessure du Cœur du Christ. Cette blessure est la porte qui s'ouvrait aux lianes de l'arche où le genre humain devait trouver le salut.

 

Comme un fleuve à sept courants, la grâce jaillit sans cesse de ce Cœur; et nous pouvons purifier dans le sang de l'Agneau toutes les souillures de nos vêtements.

 

Quelle honte de retourner au péché qui déchire ce noble Cœur ! allumons plutôt dans nos cœurs la flamme d'amour qui le consume.

 

Faites-nous cette grâce, ô Christ! ô Père ! ô Esprit-Saint ! vous dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais. Amen.

 

 

Cor, arca legem cóntinens (à Laudes) - Sacré-Coeur de Jésus

 

1. Cor, arca legem cóntinens, non servitútis véteris, 
sed grátiæ, sed véniæ, sed et misericórdiæ.

1. Cœur, arche contenant la Loi, non de l’antique servitude, 
mais la loi de grâce, mais celle du pardon, mais celle de la miséricorde.

 

2. Cor sanctuárium novi Intemerátum féderis, 
templum vetústo sánctius, velúmque scisso utílius.

2. Cœur, sanctuaire inviolé de la nouvelle alliance, 
temple plus saint que l’ancien, voile plus utile que celui qui fut déchiré.

 

3. Te vulnerátum cáritas ictu paténti vóluit, 
amoris invisíbilis ut venerémur vúlnera.

3. Ton amour a voulu que tu fusses blessé par un coup visible, 
pour que d’un amour invisible nous vénérions les blessures.

 

4. Hoc sub amóris sýmbolo passus cruénta et mýstica, 
utrúmque sacrifícium Christus Sacérdos óbtulit.

4. Sous ce symbole de l’amour, le Christ Prêtre, 
ayant souffert de façon sanglante et mystique, offrit un double sacrifice.

 

5. Quis non amántem redámet ? Quis non redémptus díligat, 
et Corde in isto séligat ætérna tabernácula ?

5. A Celui qui nous aime qui ne rendrait son amour ? Quel racheté ne le chérirait pas 
et dans ce Cœur ne se choisirait pas une demeure éternelle ?

 

6. Jesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, 
cum Patre et almo Spíritu in sempitérna sǽcula. Amen.

6. A toi soit la gloire, Jésus, qui par ton Cœur répands la grâce, 
ainsi qu’au Père et à l’auguste Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

En ut supérba críminum (à Vêpres) - Sacré-Coeur de Jésus

 

1. En ut supérba críminum et sæva nostrórum cohors 
Cor sauciávit ínnocens meréntis haud tale Dei !

1. Voici comment la cohorte orgueilleuse et cruelle de nos crimes a blessé 
le Cœur innocent d’un Dieu qui ne méritait rien de tel!

 

2. Vibrántis hastam mílitis peccáta nostra dírigunt, 
ferrúmque diræ cúspidis mortále crimen ácuit.

2. La lance brandie par le soldat, ce sont nos péchés qui la dirigent, 
et le fer de la pointe cruelle, la faute mortelle l’aiguise.

 

3. Ex Corde scisso Ecclésia, Christo iugáta, náscitur : 

hoc óstium arcæ in látere est genti ad salútem pósitum.

3. Du Cœur percé naît l’Église, unie au Christ : 
c’est la porte placée sur le côté de l’arche pour le salut du genre humain.

 

4. Ex hoc perénnis grátia, ceu septifórmis flúvius, 
stolas ut illic sórdidas lavémus Agni in sanguine.

4. De lui découle une grâce sans fin, comme un fleuve septiforme, 
pour que nous y lavions nos robes dans le sang de l’Agneau.

 

5. Turpe est redíre ad crímina, quæ Cor beátum lácerent : 
sed æmulémur córdibus flammas amóris índices.

5. C’est une honte de revenir aux crimes qui blesseraient ce Cœur bienheureux : 
attisons plutôt dans nos cœurs les flammes, indice de l’amour.

 

6. Iesu, tibi sit glória, Qui Corde fundis grátiam, 
cum Patre et almo Spíritu, in sempitérna sǽcula. Amen.

6. Jésus, dont le Cœur répand l’amour, à toi soit la gloire, 
ainsi qu’au Père et à l’auguste Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

 

 

Autre hymne de Vêpres

 

Divin créateur de ce monde, ô Christ Rédempteur de tous, lumière issue de la lumière du Père, vrai Dieu engendré par le vrai Dieu.

 

Votre amour vous contraignit de prendre un corps mortel, pour nous rendre, nouvel Adam, les dons que l'ancien nous avait dérobés.

 

Cet amour puissant qui créa la terre, la mer et les cieux, fut ému de compassion pour la faute de nos premiers parents, il se dévoua pour briser nos chaînes.

 

Qu'elle demeure donc toujours dans votre Cœur, cette puissance d'un si noble amour; que ce Cœur soit toujours la fontaine où les âmes aillent puiser la grâce du pardon.

 

C'est pour cela que ce Cœur fut percé de la lance, qu'il fut traversé par une blessure sacrée, afin que nous fussions lavés de nos souillures par l'eau et le sang qui en jaillirent.

 

Gloire soit au Père, et au Fils, et à l'Esprit Saint, dont la puissance, la gloire et la royauté demeurent à jamais.

Amen.

 

V/. Vous puiserez en allégresse les eaux jaillissantes

R/. Aux fontaines du Sauveur.

 

COR JESU SACRATISSIMUM, MISERERE NOBIS


COR JESU SACRATISSIMUM, MISERERE NOBIS


COR JESU SACRATISSIMUM, MISERERE NOBIS



CŒUR IMMACULE DE MARIE, SOYEZ NOTRE SALUT


CŒUR IMMACULE DE MARIE, SOYEZ NOTRE SALUT


CŒUR IMMACULE DE MARIE, SOYEZ NOTRE SALUT

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Praedicatho.com - Partager    
Jeudi 10 juin 2010 4 10 /06 /2010 18:05
- Par Mgr Jacques MASSON

 Ce Vendredi 11 juin, en la Solennité du Très Saint Cœur de Jésus, le Pape Benoît XVI célébrera la Sainte Messe, Place Saint Pierre, en conclusion de l’ANNEE SACERDOTALE qu’il avait proclamée pour la sanctification des prêtres, à l’occasion du 150° anniversaire de la Mort du Curé d’Ars, Saint Jean Marie Vianney.

 

Tout au long de cette Année, et en différentes occasions, le Saint-Père n’a cessé de rappeler un aspect important du Ministère Sacerdotal des prêtres, la prière, mais en premier lieu la célébration quotidienne du Saint-Sacrifice de la Messe, du Sacrifice du Christ offert « in remissionem peccatorum », en rémission des péchés. Et ce qu’Il a accompli sur la Croix, quand son Heure fut arrivée, il a chargé les Apôtres et leurs successeurs, de le rendre présent jusqu’à la fin des siècles : « Hoc facite in meam commemorationem », « faites ceci en mémoire de moi ».

 

C’est en effet pour enlever, pour porter sur Lui les péchés du monde que le Verbe de Dieu s’est fit chair devenant « Agnus Dei ; qui tollis peccata mundi », pour nous arracher à l’esclavage du péché, à la mort, et nous libérer des mains de Satan.

 

Malheureusement, dans le monde actuel, le péché règne en roi ; et même la plupart du temps, même chez les fidèles et les âmes consacrées, le sens du péché, de sa gravité, de ses conséquences pour notre vie future, n’est plus ressenti comme un drame abominable, ni même parfois comme péché. Comme péché, qui a pourtant nécessité l’Incarnation du Verbe de Dieu, Sa Passion, sa Mort ignominieuse sur la Croix, afin de nous faire retrouver aux enfants prodigues que nous sommes devenus, ou que nous sommes en train de devenir, la Maison du PERE Miséricordieux, du Dieu des Misericordes.

 

C’est pourquoi, à l’occasion de la conclusion de cette Année Sacerdotale, consacrée au Saint Curé d’Ars qui a passé une bonne partie de son ministère sacerdotal dans son confessionnal, à donner le pardon des péchés au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Hermas.info a pensé offrir à ses lecteurs ce que le prêtre Jean-Marie Vianney disait à ses fidèles, dans un sermon du Vendredi Saint, et que nous oublions trop souvent : ces paroles, il les adresse à chacun de nous, aujourd’hui, prêtres et fidèles :

 

 

Le péché renouvelle la passion de Jésus-Christ

 

Prolapsi sunt, rursurn crucifigentes sibimetipsis Filium Dei.
Ceux qui pèchent crucifient en eux-mèmes de nouveau le Fils de Dieu

(Saint Paul aux Hébreux, IV, 6.)

 

ars2.jpgPouvons-nous, concevoir un crime plus horrible que celui des Juifs, quand ils firent mourir le Fils de Dieu, qu'ils attendaient depuis quatre mille ans, lui qui avait été l'admiration des prophètes, l'espérance des patriarches, la consolation des justes, la joie du ciel, le trésor de la terre, le bonheur de l'univers ? Quelques jours auparavant, ils l'avaient reçu en triomphe à son entrée à Jérusalem, manifestant ainsi clairement qu'ils le reconnaissaient pour le Sauveur du monde. Dites-moi, est-il possible que, malgré tout cela, ils veuillent le faire mourir, après l'avoir accablé de toutes sortes d'outrages ? Quel mal leur avait donc fait ce divin Sauveur ? Ou plutôt, quel bien ne leur faisait-il pas, en venant les délivrer de la tyrannie du démon, les réconcilier avec son Père, leur ouvrir la porte du ciel que le péché d'Adam leur avait fermée ? Hélas ! de quoi n'est pas capable l'homme qui se laisse aveugler par ses passions ! Pilate laissa aux Juifs le choix de leur délivrer ou Jésus ou Barabbas, qui était un insigne voleur. Ils délivrent le voleur chargé de crimes ; et Jésus, qui était l'innocence même, bien plus encore, leur Rédempteur ; ils veulent qu'on le fasse mourir ! Ô mon Dieu ! quelle indigne préférence ! Cela vous étonne, vous avez bien raison ; cependant, si j'osais, je vous dirais que nous faisons cette préférence toutes les fois que nous péchons. Et pour mieux vous le faire sentir, je vais vous montrer combien grand est l'outrage que nous faisons à Jésus-Christ en préférant la voie de nos penchants à la voie de Dieu.

 

Oui, la malice des hommes leur a fait trouver, des moyens pour renouveler les souffrances et la mort de Jésus-Christ, non seulement d'une manière aussi cruelle que chez les Juifs, mais encore d'une manière sacrilège et pleine d'horreur. Jésus-Christ, sur la terre, n'avait qu'une vie et qu'un calvaire où il devait être crucifié ; mais, depuis sa mort, l'homme, par son péché, lui fait trouver autant de croix qu'il y a de cœurs sur la terre. Pour mieux vous en convaincre, voyons cela de plus près. Qu'apercevons-nous dans la passion de Jésus-Christ. ? N'est-ce pas un Dieu trahi, abandonné même de ses disciples ; un Dieu mis en parallèle avec un infâme voleur ; un Dieu exposé à la fureur du libertinage et traité comme un roi de théâtre ? Enfin, n'est-ce pas un Dieu crucifié sur une croix ? Tout cela, vous en conviendrez, était bien humiliant et bien cruel dans la mort de Jésus-Christ. Cependant je ne crains pas de vous dire que ce qui se passe tous les jours parmi les chrétiens, est encore bien plus sensible à Jésus-Christ, que tout ce que les Juifs ont pu lui faire souffrir.

 

Je sais bien que Jésus-Christ fut trahi et abandonné de ses apôtres : ce fut là peut-être même la plaie la plus sensible à son cœur si bon. Mais je dis que par la malice de l'homme et du démon, cette plaie si douloureuse est renouvelée chaque jour, chez un nombre infini de mauvais chrétiens. Si Jésus-Christ, dans la Sainte Messe, nous a laissé le souvenir et le mérite de sa Passion, il a permis qu'il y eût encore des hommes, des chrétiens portant le caractère de ses disciples, et qui néanmoins le trahissent et l'abandonnent, dès que l'occasion s'en présente. Ils ne se font point scrupule de renoncer à leur Baptême, ni de renier leur foi ; et cela, par la crainte d'être raillés ou méprisés de quelques libertins ou de quelques petites ignorantes. De ce nombre sont les trois quarts des gens de nos jours, qui n'osent montrer par leurs actes qu'ils sont chrétiens. Or, nous abandonnons notre Dieu, toutes les fois que nous laissons nos prières soir ou matin, et que nous manquons la sainte Messe, les Vêpres, ou autres exercices qui se font dans l'église. Nous avons abandonné le bon Dieu, depuis que nous ne fréquentons plus les sacrements. Ah ! Seigneur, où sont ceux qui vous sont fidèles, et qui vous suivent jusqu'au Calvaire ?... Jésus-Christ, dans le temps de sa Passion, prévoyait déjà combien peu de chrétiens le suivraient partout, combien peu il y en aurait, que ni les tourments, ni la mort ne pourraient séparer de lui. Parmi tous ses disciples, il n'y eut alors que sa sainte Mère et saint Jean, qui eurent assez de courage, pour l'accompagner jusqu'au Calvaire. Tant que Notre-Seigneur combla ses disciples de bienfaits, ils furent toujours prêts à souffrir. Tels étaient saint Pierre, saint Thomas ; mais le moment, de l'épreuve arrivé, tous s'enfuirent, tous l'abandonnèrent. Image évidente de tant de chrétiens qui font à Dieu les plus belles résolutions ; mais qui, à la moindre épreuve, le laissent et l'abandonnent : ils ne veulent reconnaître ni Dieu, ni sa providence ; une petite calomnie, un petit tort qu'on leur fera, une maladie un peu longue, la crainte de perdre l'amitié d'une personne de qui ils ont reçu ou de qui ils attendent quelque bien, leur fait alors regarder la religion comme rien ; ils la mettent de côté, et vont même jusqu'à se déchaîner contre ceux qui la pratiquent. Ils tournent tout en mal, maudissent les personnes qu'ils croient en être cause. Hélas ! mon Dieu, que de déserteurs ! qu'il y a peu de chrétiens pour vous suivre, comme la sainte Vierge, jusqu'au Calvaire !...

 

Mais, me direz-vous, comment pouvons-nous connaître que nous suivons Jésus-Christ ? Rien de plus facile à savoir. C'est lorsque vous observez fidèlement les commandements. Il nous est ordonné de prier Dieu soir et matin, avec un grand respect : eh bien ! le faites-vous à genoux, avant de travailler, dans le désir de plaire à Dieu et de sauver votre âme ? Ou bien, au contraire, le faites-vous par habitude, par routine, sans penser à Dieu, sans songer que vous êtes en danger de vous perdre, et que, par conséquent, vous avez besoin des grâces du bon Dieu pour ne pas vous damner ? Les commandements de Dieu vous défendent de travailler le saint jour du dimanche. Eh bien ! voyez si vous y êtes fidèles, si vous avez passé saintement ce jour, à prier, à vous confesser de vos péchés, de crainte que la mort ne vous surprenne dans un état capable de vous conduire en enfer. Examinez la manière dont vous avez assisté à la sainte Messe, pour voir si vous avez été bien pénétrés de la grandeur de cette action, si vous avez vraiment pensé que c'était Jésus-Christ lui-même, comme homme et comme Dieu, qui était présent à l'autel ? Y êtes-vous venus avec les dispositions que la sainte Vierge avait sur le Calvaire, puisque c'est le même Dieu et le même sacrifice ? Avez-vous témoigné à Dieu combien vous étiez fâchés de l'avoir offensé, et qu'avec le secours de sa grâce, vous aimeriez mieux mourir que de pécher à l'avenir ? Avez-vous fait tout votre possible pour vous rendre dignes des faveurs que le bon Dieu voulait vous accorder ? Lui avez-vous demandé qu'il vous fît la grâce de bien profiter des instructions que vous avez le bonheur d'entendre, et dont le but est de vous instruire sur vos devoirs envers lui et envers votre prochain ? Les commandements de Dieu vous défendent de jurer : voyez quelles paroles sont sorties de votre bouche, consacrée à Dieu par le saint Baptême ; examinez si vous n'avez jamais juré le saint Nom de Dieu, si vous n'avez point dit de mauvaises paroles, etc. Le bon Dieu vous ordonne par un commandement, d'aimer vos père et mère, et le reste. Vous dites que vous êtes enfant de l'Église : voyez si vous observez ce qu'elle vous commande... (

 

Oui, si nous sommes fidèles à Dieu comme la sainte Vierge, nous ne craindrons ni le monde, ni le démon ; nous serons prêts à tout sacrifier, même notre vie. Voici un exemple. L'histoire raconte qu'après la mort de saint Sixte, toutes les richesses de l'Église furent confiées à saint Laurent. L'empereur Valérien fit venir le Saint, et lui ordonna de lui livrer tous ces trésors. Saint Laurent, sans s'émouvoir, demanda au prince un délai de trois jours. Pendant ce temps, il rassembla tout ce qu'il put trouver d'aveugles, de boiteux et d'autres pauvres ou malades, remplis d'infirmités ou couverts d'ulcères. Les trois jours écoulés, saint Laurent les montra à l'empereur en lui disant que là était tout le trésor de l'Église. Valérien, surpris et épouvanté de se trouver en présence d'une foule qui semblait réunir toutes les misères de la terre, entra en fureur, et se tournant vers ses soldats, il ordonna de charger Laurent de chaînes et de fers, se réservant le plaisir de le faire mourir d'une mort lente et cruelle. En effet, il le fit battre de verges, lui fit déchirer la peau et subir des tourments de toutes sortes : le Saint se jouait de toutes ces tortures ; aussi Valérien ne se possédant plus, fit dresser un lit de fer sur lequel Laurent fut étendu ; puis on alluma dessous un petit feu de charbon, afin de le faire rôtir à loisir, et de rendre ainsi sa mort plus cruelle et plus lente. Quand le feu eut consumé une partie de son corps, saint Laurent, se jouant toujours des supplices, se tourna vers l'empereur, le visage riant et tout éclatant de lumière : « Ne vois-tu pas, lui dit-il, que ma chair est assez rôtie d'un côté ? tourne-la donc de l'autre, afin qu'elle soit également glorieuse dans le ciel. » Sur l'ordre du tyran, les bourreaux tournèrent le martyr. Quelque temps après, saint Laurent s'adressa à l'empereur : « Ma chair est présentement assez rôtie, tu peux en manger. » Ne reconnaissez-vous pas là, un chrétien, qui, imitant la sainte Vierge et sainte Madeleine, sait suivre son Dieu jusqu'au Calvaire ? Hélas ! Qu'allons-nous devenir lorsque le bon Dieu va nous mettre en face de ces Saints, qui ont préféré tout souffrir, plutôt que de trahir leur religion et leur conscience ?

 

Nous ne nous sommes pas contentés d'abandonner Jésus-Christ, comme les apôtres, qui, après avoir été comblés de ses bienfaits, s'enfuirent alors qu'il avait le plus besoin de consolation. Mais, hélas ! que le nombre est grand de ceux qui donnent la préférence à Barabbas, c'est-à-dire, qui aiment mieux suivre le monde et leurs passions, que Jésus-Christ portant sa croix ! Que de fois nous l'avons reçu comme en triomphe dans la Sainte Communion ; et quelque temps après, séduits par nos passions, nous avons préféré à ce Roi de gloire, tantôt un plaisir d'un moment, tantôt un vil intérêt ; que nous poursuivons malgré les remords de notre conscience ! Que de fois, n'avons-nous pas été partagés entre notre conscience et nos passions, et, dans ce combat, n'avons-nous pas étouffé la voix de Dieu, pour n'écouter que celle de nos mauvais penchants ? Si vous en doutez, écoutez-moi un instant, et vous le comprendrez aussi clairement qu'il est possible. Notre conscience, qui est notre juge, lorsque nous faisons quelque chose contre la loi de Dieu, nous dit intérieurement : « Que vas-tu faire ?... Voilà ton plaisir d'un côté et ton Dieu de l'autre ; tu ne peux plaire à tous les deux en même temps : pour lequel des deux veux-tu te déclarer ?.. : Renonce ou à ton Dieu ou à ton plaisir. » Hélas ! que de fois nous faisons comme les Juifs ; nous donnons la préférence à Barabbas, c'est-à-dire, à nos passions ! combien de fois n'avons-nous pas dit : « Je veux mon plaisir ! ». Notre conscience nous a répondu : « Mais ton Dieu, que va-t-il devenir ? » – « Qu'il en soit de mon Dieu ce qu'il lui plaira, reprennent nos passions, je veux me satisfaire. » – « Tu sais bien, nous dit la conscience par le remords qu'elle nous fait éprouver, qu'en prenant ces plaisirs défendus, tu vas faire mourir ton Dieu une seconde fois ! ». – « Que m'importe, répond notre passion, si mon Dieu est crucifié, pourvu que je me contente ? » – « Mais quel mal a fait ton Dieu, et quelle raison as-tu de l'abandonner ? Tu sais bien que chaque fois que tu l'as méprisé, tu t'en es repenti, et qu'en suivant tes mauvais penchants, tu perds ton âme, le ciel et ton Dieu ! » – Mais la passion, qui brûle du désir de se satisfaire : « Mon plaisir, voilà ma raison : Dieu est l'ennemi de mon plaisir, qu'il soit crucifié ! » – « Préféreras-tu un plaisir d'un instant à ton Dieu ? » – « Oui, crie la passion, advienne que pourra de mon âme et de mon Dieu, pourvu que je jouisse. »

 

Voilà cependant, ce que nous faisons toutes les fois que nous péchons. Il est vrai que nous ne nous en rendons pas toujours compte aussi clairement ; mais nous savons très bien qu'il nous est impossible de désirer et de commettre le péché, sans perdre notre Dieu, le ciel et notre âme. N'est-il pas vrai que, chaque fois que nous sommes sur le point de pécher, nous entendons une voix intérieure qui nous crie d'arrêter ; que sinon, nous allons nous perdre et faire mourir notre Dieu ? Ah ! nous pouvons bien le dire, la Passion que les Juifs firent souffrir à Jésus-Christ, n'était presque rien en comparaison de celle que les chrétiens lui font endurer par les outrages du péché mortel. Les Juifs préférèrent à Jésus-Christ un voleur qui avait commis plusieurs meurtres ; et que fait le chrétien pécheur ?... Ce n'est pas un homme qu'il préfère à son Dieu, c'est, disons-le en gémissant, une misérable pensée d'orgueil, de haine, de vengeance ou d'impureté ; c'est un acte de gourmandise, un verre de vin, un misérable gain de cinq sous à peine ; c'est un regard déshonnête ou quelque action infâme : voilà ce qu'il préfère au Dieu de toute sainteté ! Ah ! malheureux, que faisons-nous ? Quelle ne sera pas notre horreur, lorsque Jésus-Christ nous montrera ce que nous lui aurons préféré !... Ah ! Pouvons-nous porter si loin une noire fureur contre un Dieu qui nous a tant aimés !...

 

Ne soyons pas étonnés si les saints, qui connaissaient la grandeur du péché, ont préféré souffrir tout ce que la fureur des tyrans a pu inventer, plutôt que de le commettre. Nous en voyons un admirable exemple dans la personne de sainte Marguerite. Son père, prêtre idolâtre et de grande réputation, la voyant chrétienne et ne pouvant la faire renoncer à sa religion, la maltraita de la manière la plus indigne, puis la chassa de sa maison. Marguerite ne se rebuta pas, et, malgré la noblesse de son origine, elle alla mener une vie humble et obscure auprès de sa nourrice, qui, dès son jeune âge, lui avait inspiré les vertus chrétiennes. Un certain préfet du prétoire nommé Olybrius, épris de sa beauté, se la fit amener pour lui faire renier sa foi et l'épouser. Aux premières questions que lui fit le préfet, elle répondit : qu'elle était chrétienne, et qu'elle resterait toujours l'épouse du Christ. Olybrius, irrité de la réponse de la sainte, commanda aux bourreaux de la dépouiller de ses habits et de l'étendre sur le chevalet. Là, il la fit battre de verges avec tant de cruauté, que le sang coulait de tous ses membres. Au milieu de ces tourments, on lui disait de sacrifier aux dieux de l'empire, afin de ne pas perdre sa beauté et la vie par son opiniâtreté. Mais au milieu des supplices, elle criait : « Non, non, jamais pour un bien périssable et un plaisir honteux, je ne quitterai mon Dieu ! Jésus-Christ, qui est mon époux, a soin de moi, et il ne m'abandonnera pas. » Le juge, voyant son courage qu'il appelait opiniâtreté, la fit frapper si cruellement, que, tout barbare qu'il était, il fut obligé de détourner ses regards. Craignant qu'elle ne succombât, il la fit conduire en prison. Le démon apparut à la jeune vierge sous la forme d'un horrible dragon qui semblait vouloir l'engloutir. Mais la sainte ayant fait le signe de la croix, il creva à ses pieds. Après ce terrible combat, elle vit une croix brillante comme un globe de lumière, et une colombe d'une blancheur admirable qui planait au-dessus. Elle se sentit toute fortifiée. Quelque temps après, le juge inique, voyant qu'il ne pouvait rien sur elle, malgré les tortures dont les bourreaux, eux-mêmes étaient épouvantés, lui fit enfin trancher la tête.

 

Eh bien ! Faisons-nous comme sainte Marguerite, nous qui préférons un vil intérêt, à Jésus-Christ ? nous qui aimons mieux transgresser les commandements de Dieu on de l'Église que de déplaire au monde ? nous qui, pour plaire à un ami impie, mangeons de la viande les jours défendus ? nous qui, pour rendre service à un voisin, ne nous faisons point scrupule de travailler, ou de prêter nos bêtes le saint jour du dimanche ! nous, enfin, qui passons une partie de ce jour, et même le temps des offices au jeu ou au cabaret, plutôt que de déplaire à quelque misérable ami ? Hélas ! Les chrétiens qui sont disposés à faire comme sainte Marguerite, à tout sacrifier, leurs biens et leur vie, plutôt que de déplaire à Jésus-Christ, sont aussi rares que les élus, c'est-à-dire aussi rares que ceux qui iront au ciel. Mon Dieu, que le monde a changé !

 

Nous avons dit que Jésus-Christ, fut exposé aux insultes du libertinage, et traité comme un roi de théâtre par une troupe de faux adorateurs. Voyez ce Dieu que le ciel et la terre ne peuvent contenir, qui, s'il le voulait, d'un seul regard anéantirait le monde : on lui jette sur les épaules un vil manteau d'écarlate : on lui met un roseau à la main et une couronne d'épines sur la tête ; on le livre à une cohorte insolente de soldats. Hélas ! dans quel état est réduit celui que les anges n'adorent qu'en tremblant ! On plie le genoux devant lui par la plus amère dérision ; on arrache le roseau qu'il tenait à la main, on lui en frappe la tête. Oh ! quel spectacle ! oh ! quelle impiété !... Mais la charité de Jésus est si grande, que, malgré tant d'outrages, et sans faire entendre aucune plainte, il meurt volontairement pour nous sauver tous. Et pourtant, ce spectacle que nous ne pouvons considérer qu'en frémissant, se reproduit tous les jours dans la conduite d'un grand nombre de chrétiens.

 

Considérons la manière dont ces malheureux se comportent pendant les offices divins, en présence d'un Dieu qui s'est anéanti pour nous, qui ne repose sur nos autels et dans nos tabernacles que pour nous combler de toutes sortes de biens ; quelles adorations lui rendent-ils ! Jésus-Christ n'est-il pas traité encore plus cruellement par les chrétiens que par les Juifs, qui n'avaient pas, comme nous, le bonheur de le connaître ? Voyez ces personnes sensuelles : à peine plient-elles un genou pendant les instants les plus redoutables du mystère ; voyez ces rires, ces paroles, ces regards jetés de toute part dans l'église, ces signes que se font tous ces petits impies et ces petits ignorants : et ce n'est encore que l'extérieur ; si nous pouvions pénétrer jusque dans le fond des cœurs, hélas ! que de pensées de haine, de vengeance, d'orgueil ! Oserais-je le dire, que de pensées impures dévorent et corrompent ces cœurs ! Ces pauvres chrétiens n'ont souvent ni livres, ni chapelets pendant la sainte Messe, et ne savent à quoi occuper le temps des offices ; aussi écoutez-les se plaindre et murmurer de ce qu'on les retient trop longtemps en la sainte présence de Dieu. Ô Seigneur ! quel outrage et quelle insulte l'on vous fait, à l'heure même où vous ouvrez avec tant de bonté et d'amour les entrailles de votre miséricorde !... Je ne m'étonne pas, que les Juifs aient comblé Jésus-Christ d'opprobres, l'aient regardé comme un criminel, bien plus, aient cru faire en cela une bonne œuvre ; car « s'ils l'avaient connu, nous dit saint Paul, jamais ils n'auraient fait mourir le Roi de gloire (1 Corinthiens 2, 8)) ». Mais, des chrétiens qui savent très bien que Jésus-Christ lui-même est présent sur nos autels, et combien leur peu de respect l'offense et leur impiété le méprise !... Ô mon Dieu ! des chrétiens, s'ils n'avaient pas perdu la foi, pourraient-ils paraître dans vos temples sans trembler et sans pleurer amèrement leurs péchés ! Combien vous crachent au visage par trop de soin d'embellir leur tête ; combien vous couronnent d'épines par leur orgueil ; combien vous font sentir les rudes coups de la flagellation, par les actions impures dont ils profanent leur corps et leur âme ; combien, hélas ! vous donnent la mort par leurs sacrilèges ; combien vous tiennent cloué sur la croix en restant dans le péché !... Ô mon Dieu ! que vous retrouvez de Juifs parmi les chrétiens !...

 

Nous ne pouvons penser sans frémir à ce qui se passa au pied de la croix : c'était là que le Père éternel attendait son Fils adorable pour décharger sur lui tous les coups de sa justice. Nous pouvons dire aussi que c'est au pied des autels, que Jésus-Christ reçoit les outrages les plus sanglants. Hélas ! que de mépris de sa sainte présence ! que de confessions mal faites ! que de messes mal entendues ! que de communions sacrilèges ! Ah ! Ne pourrais-je pas vous dire avec saint Bernard : « Que pensez-vous de votre Dieu, quelle idée en avez-vous ? Malheureux, si vous en aviez l'idée que vous devez en avoir, viendriez-vous jusqu'à ses pieds pour l'insulter ? » C'est insulter Jésus-Christ que de venir dans nos églises, à la face de nos autels, avec un esprit distrait et tout rempli des affaires du monde ; c'est insulter la majesté de Dieu, que de se tenir en sa présence avec moins de modestie que dans la maison des grands du monde. Elles l'outragent, ces femmes et ces filles mondaines, qui semblent ne venir au pied des autels que pour étaler leur vanité, attirer les regards, et dérober la gloire et l'adoration qui ne sont dues qu'à Dieu seul. Dieu est patient, mais il aura son tour... Laissez venir l'éternité !...

 

Si autrefois Dieu se plaignait que son peuple lui était infidèle et profanait son saint nom, quelles plaintes ne devrait-il pas nous faire maintenant que, non content d'outrager son saint nom par des jurements à faire frémir l'enfer, on profane le Corps adorable de son Fils et son Sang précieux !... Ô mon Dieu, où en êtes vous réduit ?... Autrefois vous n'avez eu qu'un Calvaire, et maintenant, vous en avez autant qu'il y a de ces mauvais chrétiens !...

 

Que conclure de tout cela, sinon que nous sommes bien malheureux de faire tant souffrir notre Sauveur qui nous a tant aimés ? Non, ne faisons plus mourir Jésus-Christ par nos péchés, laissons-le vivre en nous ; et vivons nous-mêmes de sa grâce. Ainsi, nous aurons le sort de tous ceux qui ont évité le péché et fait le bien dans la seule vue de lui plaire. C'est ce que je vous souhaite.

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