Catéchèse de Mgr Masson

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« Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi.
Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde » (Jn 16,33)

 

Hymne des JMJ - Sydney 2008

    La première objection qui peut se présenter, face à l’affirmation assurée de l’irréversibilité et de l’évidence de l’abolition de la peine de mort, est qu’il est douteux que l’évolution des mentalités et les constructions juridiques, si raffinées soient-elles, puissent suffire à avoir raison définitive de la barbarie, à laquelle, rappelons-le, est attribuée la peine capitale. La barbarie, si paradoxal que cela puisse paraître, est anhistorique. Elle accompagne toujours l’homme, comme son ombre. Elle le suit jusqu’en ses progrès, prête à fondre sur ses découvertes, sur ses comportements, à les tourner à ses fins ; prête à submerger, en une seule vague, ses conquêtes séculaires réputées les plus solides. La barbarie n’est pas nécessairement hirsute, puante et revêtue de peaux de bête. Rien ne s’oppose à ce qu’elle se montre séduisante, "tendance", et vraiment, vraiment très cool. La barbarie – même si l’idéologie du jour s’entend à l’ignorer ou à en exorciser la pensée – est essentiellement le dévoiement politique de l’homme pécheur, l’explosion ou l’implosion sociales toujours possibles de ses passions révoltées. Il n’y a qu’une civilisation respectueuse de l’ordre naturel, au moins globalement, qui puisse y faire échec, par la mise en œuvre de ses principes, et ce d’autant plus efficacement qu’elle laissera davantage éclore en son sein des fruits de sainteté. Ce n'est pas, pour l'heure, ce que nous vivons.


    La démocratie moderne, malgré son angélisme, ne peut pas échapper à ce compagnonnage menaçant, avec lequel elle entretient d’ailleurs, à y réfléchir, tant de complicités, sourdes ou franches. Elle génère elle-même de la barbarie, selon une logique contradictoire qu’il n’est pas ici à propos d’analyser mais qui n’est que trop certaine. L’actualité en offre maint exemples, sur le terreau de la perversion globale du sens commun : droit de vie et de mort octroyé sur les fœtus [environ 250.000 avortements par an en France, rappelons-le], réduction de l’homme à ses fonctions économiques, jouissives et consommatrices, projets récurrents d’euthanasie ou de manipulations génétiques, abrutissement des foules, banalisation de la pornographie et des comportements pervers, destruction de la famille et substitution d’associations humaines contre nature, déstructuration de la vie de milliers d’enfants en raison du divorce ou d’expérimentations réputées "pédagogiques", réification de la femme et dénaturation de sa vocation, la liste serait longue à dresser des expressions de ce que l’Eglise qualifie de « culture de mort ».


    La persistance et l’aggravation, il faut bien le dire, de cette barbarie-là rend pour le moins suspecte l’idéologie qui entend adosser la justification de l’irréversibilité de la peine de mort au plérôme supposé de la conscience démocratique moderne.

 

    Une seconde objection peut également être soulevée. La société moderne s’accoutume aux violences qu’elle génère, en particulier à celles qu’elle provoque sur l’être même des choses, qu’elle mutile, ou sur la conscience des hommes, qu’elle dégrade. Pourtant, il arrive que ces violences atteignent des seuils qui, pour n’être pas plus graves, en sont néanmoins plus visiblement paroxystiques. Rien ne peut empêcher alors que s’éveille, comme on le constate de fait, la nostalgie, jamais tout à fait éteinte, d’un temps toujours supposé meilleur où la société française, en particulier, donnait au juge le moyen de frapper de la peine capitale par exemple l’enlèvement d’un mineur suivi de mort [art. 354 et 355 al. 4 de l’ancien code pénal] ou les actes d’attentat commis « dans le but de porter le massacre ou la dévastation » [art. 95 de l’ancien code pénal], pour ne citer que des exemples qui ont un retentissement social sévère.


      « Le sens humain spontané de la justice »
qu’évoquait le pape Pie XII, qui est le rempart immédiat contre toute barbarie, avant toute spéculation d’ordre juridique, est prêt à tout moment à voir dans la peine capitale, à l’encontre des logiques idéologiques, une sanction jugée mieux proportionnée, à tort ou à raison, à celles contenues dans l’arsenal pénal applicable, parce qu’il perçoit, dans la menace de cette sanction, applicable à tous, une garantie plus assurée pour la sécurité de tous. De ce point de vue, il n’est pas certain que le débat sur la peine de mort puisse jamais être vraiment clos, malgré les progrès incontestables, notamment, du droit international en ce domaine, parce qu’il n’est pas certain que cette peine ne puisse jamais plus, au regard de circonstances aujourd’hui imprévisibles, être regardée, y compris par ceux qui exercent le pouvoir politique, comme une sanction proportionnée, voire comme la seule sanction proportionnée à tel moment de l’histoire. La prétention à vouloir marquer aujourd’hui d’une encre indélébile toutes les pages à venir de cette dernière relève, en ceci comme en tout, de l’autosuggestion et de la prestidigitation.


    En résumé, la conscience démocratique et la confiance aveugle en un progrès humain indéfini, assuré par le droit positif, national ou international, ne permettent, à eux seuls, ni de garantir l’absence de retour à la peine capitale, ni d’en justifier l’exclusion.


Samedi 13 janvier 2007
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    Belles et vastes questions que celles de savoir pourquoi et comment faire de la politique "en chrétien".

  La lettre apostolique du 31 octobre 2000 nous donne de très intéressantes pistes de réflexion, tirées en particulier de l'exemple de la vie et de la mort de Saint Thomas More, aujourd'hui Saint patron des responsables gouvernementaux et des hommes politiques.

 


Vendredi 12 janvier 2007
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    De prime abord, la question de la peine de mort paraît être aujourd’hui dépassée, voire définitivement résolue – ou en passe de l’être. On peut en avancer deux raisons principales.

      La première est d’ordre idéologique.- Cette peine est liée, dans l’opinion contemporaine, à la barbarie primitive, à la grossièreté des âges obscurs et de leurs mœurs. Barbares étaient ceux qui l’appliquaient, barbares ceux qui la subissaient. La barbarie, bien sûr, est relative. Elle l’était déjà pour les Grecs, comme on sait, qui la voyaient partout où ils n’étaient pas eux-mêmes. Les premières lois écrites de leur démocratie, dues à Dracon (VIIème s. av. J.-C.), n’en furent pas moins des lois sanglantes.

     Par antithèse, la démocratie moderne est censée constituer le paradigme de la civilisation. Non pas qu’elle ne soit pas elle-même perfectible ; elle est supposée, au contraire, obéir à une loi de progrès indéfini déterminant l’épanouissement des libertés individuelles et publiques. Mais ce champ de perfectibilité se distingue essentiellement, à la fois dans le temps et dans l’espace actuel, de tout mode de vie ou de pensée étranger à ses principes. Ce n’est pas seulement une distinction de plus et de moins. C’est une différence d’ordre, de nature, un saut qualitatif pourrait-on dire. Il y a pour ses propagateurs, au regard de l’histoire ou du droit comparé, un avant de la démocratie ; il n’y a pas d’après. L’histoire, en quelque sorte, était faite pour elle et elle en est l’achèvement. Dans cette perspective quasi-millénariste, la peine de mort, quand et où elle perdure, ne peut être qu’une subsistance anachronique de la barbarie, « indigne de notre société », comme l’avait indiqué le Rapport Forni. Le haut degré de perception de la dignité de la personne humaine qui caractériserait la démocratie moderne, contemporaine, n’autoriserait plus ce genre de châtiment en son sein. L’ère démocratique rendrait donc obsolète tout débat sur ce point.

     La seconde est d’ordre juridique.- Elle est évidemment corrélative à la première. La loi française a aboli la peine de mort, comme on sait, le 9 octobre 1981. Rappelons, pour mémoire, qu’entre 1950 et 1981, 188 condamnations à mort ont été prononcées en France [métropole et D.O.M.], pour des crimes de droit commun [suivies de 61 exécutions]. Dans les trente ans qui ont précédé [1920-1949], 927 condamnations ont été prononcées uniquement en France métropolitaine, dont 367 ont été effectivement exécutées. Nous avons évoqué dans l'article précédent consacré à ce sujet, le fait que le président de la République entendait constitutionnaliser cette prohibition, pour lui donner à la fois fermeté et symbolisme. Le débat sur cette question, comme il a été dit plus haut, paraît donc bien à la fois dépassé et définitivement résolu.

      Objections.- Cette affirmation se heurte pourtant à une série d’objections, de fait et de droit, qu’il n’est peut être pas inutile de considérer, parce qu’elles sont liées à l’évolution de nos sociétés, ou de nos mentalités, et qu'en quelque manière elles les éclairent. Nous nous réservons de les examiner ultérieurement.

     Ces objections n’ont pas pour objet de justifier qu’il faille mettre à mort un homme reconnu coupable d’un crime, ou rétablir une peine désormais sortie du champ du droit français. Il ne s'agit pas non plus de relancer les interminables et vains débats relatifs, notamment, à l'exemplarité de la peine. Notre propos n’est que de porter à réfléchir sur la fragilité des assurances qui sous-tendent l’affirmation de l’irréversibilité de cette dernière, afin de montrer, ultérieurement, qu’elle ne peut prendre de sens que dans un droit en tous points respectueux de la personne humaine, ainsi que le propose la doctrine sociale de l’Eglise. On constatera alors que la position de cette dernière, qui admet le principe de la peine de mort mais en exclut l'application sitôt que le degré de développement juridique d'une société le permet, est autrement plus cohérente et plus ferme que celle qui consiste à nourrir cette prohibition d'angélisme et de paradoxes.

Jeudi 11 janvier 2007
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    L'Osservatore Romano, dans son édition quotidienne du 11 janvier 2007, relève qu'avec le décès, hier, d'un motard, la célèbre course en est à son 54ème mort, parmi lesquels huit enfants et deux femmes. Le journal du Vatican se livre à une critique très sévère de cette « course cruelle de l'irresponsabilité », en parlant de « sillage de sang » s’allongeant d’année en année. Il fustige également la violence que constitue ce type d’exportation d’un modèle « occidental » dans des milieux humains et des écosystèmes qui lui sont étrangers, et « l’attitude cynique » et irresponsable qui porte à les traverser en y abandonnant notamment des épaves de véhicules accidentés.


    On touche ici du doigt un autre de ces paradoxes de nos sociétés, qui en sont riches, et qui les conduisent à se bercer de trémolos sur l’écologie ad intra, et à la mépriser quand elle concerne d’autres peuples. Que ne sacrifierait-on pas, d'ailleurs, pour se griser et "s'éclater" ? Imaginons cependant un seul instant ce qu’il en serait si une telle course avait lieu chez nous, à grand renfort de pubs et de sponsors, lançant motos, voitures et camions, plein pots, à travers prairies et villages, écrasant ici une vieille dame, là un bambin, avec, ici et là, quelques débris  de camion explosés... Mazette, qu'est-ce qu'on s'amuserait!


Jeudi 11 janvier 2007
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      Nous nous sommes amusés, il y a peu, de la “bravitude” prêtée par Ségolène Royal au chinois grimpant sur la Muraille. Nous aurions pu, aussi bien, nous intéresser à Alain Juppé, qui se propose, quant à lui sur son blog, “d’agiliser” l’Etat, ce qui n’est pas mal non plus. Du « plus froid des monstres froids » de Nietzsche à la puce sauteuse de M. Juppé… quel bond ! D’autres pourraient encore nous distraire, sans aucun doute. M. Lang a au moins raison en cela que la fécondité sémantique n’a pas de limite. Il est moins assuré qu’elle soit le gage, comme il le prétend, d’une émancipation de la langue de bois. Après tout, qu’est-ce que la langue de bois ? Celle qui se nourrit d’elle-même sans avoir plus aucune prise sur le réel. « L’inventivité sémantique » aurait-elle lieu d’être si le discours des hommes de pouvoir était encore capable d’atteindre ce réel ? L’inventivité n’est bien souvent qu’une langue de bois fleurie !

 

    Mais puisque nous parlons de ces hommes, de réalité, de sens et de mots, il est une expression dont il faudrait enfin se résoudre, soit à lui tordre définitivement le cou, soit à lui restituer sa véritable portée. Cette expression est celle d’« homme politique ».


      Si l’on interroge sur cette expression l’homme de la rue, l’homme du salon ou celui du parti, l’ouvrier, le clerc, l’ingénieur, l’agent de la R.A.T.P. ou la gardienne de votre immeuble, ils vous répondront tous, d’une même voix, que l’homme politique est celui qui fait de la politique. Entendez par là, celui qui en fait profession, un peu comme celle qui fait le trottoir – si l’on m’autorise ce rapprochement peu innocent – en fait en quelque sorte profession et carrière.

 

    Il ne viendra à l’idée de personne qu’il puisse en être un lui-même. Demandez à votre coiffeur s’il est un homme politique, vous aurez droit à une cascade de rire ou à un regard surpris. A moins qu’il ne pense que, mécontent de votre coupe, vous ne lui en adressiez ainsi le reproche. Tout dépendra, évidemment, du ton que vous aurez utilisé. C’est une grande étrangeté historique et morale que l’ère où la démocratie est supposée constituer une valeur absolue et indépassable soit aussi celle où les hommes ne se connaissent plus comme hommes politiques.

 

      Et pourtant. Quand Aristote s’interrogeait sur le rapport de l’homme à la société, il lui est apparu, au nombre des évidences, que l'homme était naturellement fait pour elle, et qu’il était, de ce chef, « un animal politique, plus social que les abeilles et autres animaux qui vivent ensemble ». Il relevait d’ailleurs que c’est pour cela que la nature, qui ne fait rien en vain, l’a doté du don de la parole, « qu'il ne faut pas confondre avec les sons de la voix » précisait-il, comme pour nous avertir, déjà, de nous méfier des « inventivités sémantiques », des mots creux et des brasseurs de vent.

 

       L’homme est donc bien un animal politique, du SDF le plus délaissé au crétin le plus adulé. Chacun de nous est un homme politique : par nature, pas par accident, décision arbitraire, recherche de gloire, de profit ou même de vertu. Par nature ! Cela entre dans notre définition d’êtres humains, qui ne peuvent se réaliser sans entrer en relation les uns avec les autres, sans se perfectionner les uns par rapport aux autres et par les autres, sans échanger, comme dit encore Aristote, sur le bien et le mal, l'utile et le nuisible, le juste et l'injuste. Le christianisme n’a rien renié de cette lecture du réel : « Dieu n'a pas créé l'homme comme un “être solitaire”, mais il l'a voulu comme un “être social”. La vie sociale n'est donc pas extérieure à l'homme: il ne peut croître et réaliser sa vocation qu'en relation avec les autres » [Congrégation pour la doctrine de la foi, Instr. Libertatis conscientia, 32: AAS 79 (1987) 567)]. On pourrait légitimement s’attendre à ce que cette perception soit plus vive dans le cadre d’une démocratie. Et pourtant il n'en est apparemment rien.

 

       Y a-t-il dès lors un lien entre la crise du politique et la crise du langage ? Pour nous, cela ne fait aucun doute, par dénaturation, assèchement, confiscation, incapacité de saisir et d'exprimer la réalité, ou encore volonté de la subvertir, de même qu’il y a crise de la relation entre des individus dont l’atomisation est favorisée par la perte, d’une part, d’une identité commune et, d’autre part, de valeurs proprement humaines. Il nous paraît clair que l’on ne s’éloigne pas de cette situation mais qu'on la creuse lorsque l’on prétend conférer aux mots la faculté magique d'exorciser ou de changer le monde.

 

     Pour en rester ici à notre propos initial, il nous semble que ce serait déjà un petit progrès, une "conversion sémantique" préliminaire, si l’on voulait bien clarifier le vocabulaire, en donnant à ceux qui font de la politique le nom de POLITICIENS, comme les anglo-saxons, pour conserver le noble nom d’HOMME POLITIQUE à chaque membre de la cité, du plus humble au plus élevé. Ce serait un moyen de revaloriser à la fois la nécessité de l'engagement de chacun et la responsabilité des dirigeants à l’égard de tous. Evidemment, le mot de “politicien” comporte une connotation aujourd'hui peu flatteuse. Mais cette dernière, en l'occurrence, est la bienvenue : elle permet de rappeler à ceux qui s’engagent sur le terrain politique que cet engagement est un service et que l’estime politique s'y mérite... ou s'y perd. A eux de revaloriser le terme !


Mercredi 10 janvier 2007
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    En ces temps pré-électoraux, qu'il nous soit permis de préciser ce qui, pour nous, qui ne sommes pas engagés politiquement et ne nous reconnaissons totalement dans aucun parti politique, est une évidence : ce blog est chrétien et politique, mais il n'est pas partisan.

    Car le Christ en appelle à tous les hommes de bonne volonté, pour développer une société et un monde plus juste, quelle que soit leur appréciation du bulletin de vote le plus approprié à cette fin. Le vote, en système démocratique, doit être déterminé individuellement et en conscience.

    L'Eglise entend guider et éclairer les consciences, pour permettre d'atteindre la justice, la fraternité et la paix, sans prendre parti sur le terrain politicien. Il en va - bien plus modestement - de même pour ce blog.

    Pour conclure, on ne peut que citer un extrait de l'encyclique Dieu est Amour :

"La doctrine sociale de l'Église argumente à partir de la raison et du droit naturel, c'est-à-dire à partir de ce qui est conforme à la nature de tout être humain. Elle sait qu'il ne revient pas à l'Église de faire valoir elle-même politiquement cette doctrine : elle veut servir la formation des consciences dans le domaine politique et contribuer à faire grandir la perception des véritables exigences de la justice et, en même temps, la disponibilité d'agir en fonction d'elles, même si cela est en opposition avec des situations d'intérêt personnel. Cela signifie que la construction d'un ordre juste de la société et de l'État, par lequel est donné à chacun ce qui lui revient, est un devoir fondamental, que chaque génération doit à nouveau affronter. S'agissant d'un devoir politique, cela ne peut pas être à la charge immédiate de l'Église. Mais, puisque c'est en même temps un devoir humain primordial, l'Église a le devoir d?offrir sa contribution spécifique, grâce à la purification de la raison et à la formation éthique, afin que les exigences de la justice deviennent compréhensibles et politiquement réalisables.

 

L'Église ne peut ni ne doit prendre en main la bataille politique pour édifier une société la plus juste possible. Elle ne peut ni ne doit se mettre à la place de l'État. Mais elle ne peut ni ne doit non plus rester à l'écart dans la lutte pour la justice. Elle doit s'insérer en elle par la voie de l'argumentation rationnelle et elle doit réveiller les forces spirituelles, sans lesquelles la justice, qui requiert aussi des renoncements, ne peut s'affirmer ni se développer. La société juste ne peut être l'oeuvre de l'Église, mais elle doit être réalisée par le politique. Toutefois, l'engagement pour la justice, travaillant à l'ouverture de l'intelligence et de la volonté aux exigences du bien, intéresse profondément l'Église."


Mercredi 10 janvier 2007
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   Sur le site internet du journal Le Monde, on peut lire la dépêche AFP suivante:

"Le Vatican a estimé lundi que la découverte par des chercheurs américains d'une source de cellules souches dans le liquide amniotique ouvrait des voies de recherche "éthiquement admissibles", au contraire des recherches sur l'embryon qu'il condamne.

Le cardinal Javier Lozano Barragan, président du conseil pontifical pour la Santé, s'est réjoui de ce "pas en avant très significatif et éthiquement admissible" constitué par cette découverte "qui ne porte pas atteinte à la vie", dans un entretien au quotidien italien La Stampa.

"L'Eglise n'est pas obscurantiste, elle est toujours prête à accueillir les vrais progrès scientifiques, c'est-à-dire ceux qui ne menacent ni ne manipulent la vie", a déclaré le cardinal Barragan.

Des chercheurs américains ont annoncé avoir identifié une source de cellules souches dans le liquide amniotique, qui entoure le foetus, à partir desquelles ils ont réussi à créer divers cellules et tissus spécialisés (cellules nerveuses, de foie, d'os...). Leur étude a été publiée par la revue américaine Nature Biotechnology.

"C'est une découverte d'une grande importance", a estimé le représentant du Vatican. "L'embryon ne doit pas être traité comme un simple matériel d'expérimentation, ou comme un objet de manipulations dans le cadre d'une ingénierie génétique qui ne respecterait pas la vie en tant que telle", a-t-il souligné. En revanche, "nous disons oui à l'ingénierie génétique dés lors qu'elle respecte la vie", a-t-il ajouté."
   
       O
n ne peut que se réjouir de ce constat journalistique.

    D'une part, il en résulte que ceux qui accusent l'Eglise d'être opposée à la recherche et au progrès scientifique se trompent. Simplement, elle pose des exigences morales et éthiques, ce qui est indispensable au regard de ce que l'histoire nous enseigne quant à l'inhumanité des méthodes auxquelles l'homme peut parfois accepter de recourir.

    D'autre part, cela prouve que l'Eglise a raison d'être exigeante envers la recherche, car d'autres voies d'expérimentation peuvent être menées, qui sont respectueuses de ce qui nous est le plus essentiel, la vie. Même si elles sont peut-être plus longues ou plus compliquées - ce qui n'est d'ailleurs pas avéré - elles existent.

    Par analogie, on a expliqué pendant longtemps que les expérimentations animales pour les produits cosmétiques (et donc non-indispensables à la subsistance) étaient nécessaires. Elles n'en étaient pas moins choquantes, mais en réalité moins coûteuses. Et l'on a aujourd'hui réussi à les supprimer, sans que toutes les personnes qui se crèment ne soient affectées de démangeaison ou de furoncles.

    Cela veut dire qu'on peut refuser que la recherche soit effectuée à tout prix et selon toute modalité: la fin ne justifie pas les moyens. La difficulté serait d'ailleurs celle de la limite tolérée: si l'on autorise à ne pas respecter la vie à l'un de ses stades, il est évident qu'il n'existe plus de norme objective à ne pas la violer à un autre stade, au gré des moeurs ou des modes.

    Cela signifie également que l'on est en droit de s'interroger sur le caractère éthique de certaines des expérimentations, par exemple, financées par le téléthon sans être immédiatement accusé de vouloir nuire à une oeuvre de générosité participant activement à soigner des enfants ou au progrès scientifique : là encore, la fin (des plus louables) ne justifie pas les moyens.

    Il en va de la liberté d'expression et de conscience, que le politiquement ou médiatiquement correct n'a aucun droit de faire taire, pour n'avoir d'autres préoccupation que de faire continuer le spectacle sans que les spectateurs ne puissent s'interroger sur des questions éthiques pourtant fondamentales. Il en va bien plus encore de l'ordre naturel et du devenir même de l'homme, que l'atténuation de ces principes peut livrer à tous les arbitraires et tous les totalitarismes, comme l'histoire récente, une fois de plus, devrait nous l'avoir enseigné.

Mercredi 10 janvier 2007
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Mais à l'Evangile nous devons notre idée même de l'homme.
Si nous renions l'Evangile, nous sommes perdus".

Mal Jean de Lattre de Tassigny

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