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Paroles d'évêque et de prêtre

Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /Juin /2007 10:16

Par La rédaction
Voici un extrait d'une interview accordée à la BBC Radio 3, le  19 janvier 2007, par S.E. le cardinal Cormac Murphy-O'Connor, archevêque de Westminster et président de la conférence épiscopale d'Angleterre et du Pays de Galles, sur le thème : le sécularisme et la place de l’Eglise dans la vie publique et politique.

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Q- Etes-vous en croisade contre le sécularisme pour rétablir une Europe chrétienne ?

Ah ! Grande question. Avant tout, je pense qu’il était honteux et extraordinaire que dans le préambule du projet de constitution européenne il n’ait pas été fait mention du Christianisme ! Effacer 1.500 ans d’histoire m’apparaît extraordinaire. Mais ils l’ont fait ! Peut-être était-ce une manifestation de laïcité à la française… En tout cas, je pense que nous sommes maintenant à un point de la civilisation européenne où ces questions doivent être posées. Quel est le rôle du christianisme ? Le Pape Benoit XVI déplore, comme moi-même, la déchristianisation de l’Europe. Mais, cela ne veut pas dire que nous considérions que le sécularisme est une erreur. Le sécularisme est là, mais l’on peut avoir une Europe sécularisée, qui soit également une Europe qui reconnaît non seulement ses origines chrétiennes, qui reconnaisse aussi que le christianisme est aujourd’hui une force et une présence effective au sein de la société. Et je pense que c’est ce que nous recherchons, tant en Grande-Bretagne que dans les autres pays d’Europe.

 

Q- Pensez-vous que le mouvement oecuménique entre l’Eglise catholique et l’Eglise d’Angleterre soit une tentative pour resserrer les rangs contre le sécularisme athée ?

 
C’est une question très pertinente. Plus les chrétiens agissent ensemble, pour être un levain autant qu’un poids, et mieux c’est. Etre là est important. Je pense qu’un effort a été résolument poursuivi depuis l’époque des Lumières pour privatiser la religion, pour la repousser à la périphérie. On tend à penser que le progrès des sciences et des technologies résoudra tous nos problèmes. Mais beaucoup de problèmes et de questions que, dans l’esprit des Lumières, à l’âge de la Raison, on avait cru résolus par la science, reviennent à présent nous hanter. La science peut-elle les résoudre ? Nous sommes tous informés des problèmes auxquels la planète est confrontée et nous sommes tous “verts” à présent, parce que nous savons qu’il existe une chose telle que la création, dont nous devons être les économes. Riches et pauvres. La science ne peut pas nécessairement résoudre cela ; c’est un enjeu moral.


(…) Je pense que la vision selon laquelle la religion est une question purement privée est en train de changer. Parce que je pense que les gens sont en train de réaliser qu’il existe des domaines qui concernent à la fois la politique (publique) et la religion. Trois domaines, je dirais, constituent des préoccupations conjointes : la sainteté de l’individu, la dignité de chaque personne et la sainteté de la vie familiale. L’Eglise défend la sainteté de l’individu et de la vie familiale. Si nous croyons que nous sommes tous frères et sœurs, que la famille constitue le fondement de la société, quand quelque chose porte atteinte à la famille, l’Eglise et les chrétiens diront que c’est aussi un problème politique et que nos convictions personnelles deviennent publiques.

 
Je pense que l’Eglise devient plus active sur ces problèmes, qui relèvent du débat politique. Mais elle doit faire très attention à ne pas devenir un parti politique, ce qu’après tout elle est, mais dans un sens prophétique. Elle enseigne et son enseignement – moral en particulier, mais aussi social – franchissent les limites de la sphère politique, parfois pour approuver, parfois pour condamner.

 
Je pense que le christianisme en Grande-Bretagne nage aujourd’hui à contre-courant, contre les nouvelles valeurs de notre société séculière. Etre chrétien aujourd’hui signifie avoir à nager à leur encontre. L’Eglise catholique fait preuve de plus de fermeté dans ses positions politiques et nous devons effectivement l’être. Quand j’ai grandi, il y a bien longtemps, l’Eglise catholique était en périphérie de la société. Nous laissions la vie publique à l’Eglise établie. Aujourd’hui, nous devons nous lever pour nos convictions et, avec tous les chrétiens, nous devons vivre notre foi. Quand les gens disent que le nombre de catholiques diminue, je les invite à faire un tour dans nos paroisses pour voir de vibrantes communautés chrétiennes. Et spécialement ici à Londres, où j’habite à présent et où vivent des personnes d’une grande variété d’origines ethniques. Il me semble que le témoignage et l’exemple du peuple chrétien dans notre pays deviennent un bastion sur le chemin de l’insertion des valeurs et de la vie chrétiennes dans une culture séculière.

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Lundi 4 juin 2007 1 04 /06 /Juin /2007 14:48

Par La rédaction
Nous poursuivons notre série de traductions de textes avec cette Lettre adressée à ses diocésains par Mgr Adolfo González Montes, évêque de Almería (Espagne) [Ici]. Ce document date déjà du 29 décembre 2002 mais il n'a, malheureusement, rien perdu de son actualité.
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« (…) La famille est, assurément, le cadre naturel de la transmission de la vie, le lieu de sa naissance et de son développement. Son origine est en Dieu, qui est amour et qui a créé l’homme à son image. C'est pourquoi ce cadre vital est inséparable de l'amour conjugal qui engendre et procrée la vie humaine, phénomène qui ne peut être réduit à la seule reproduction de l'espèce. La famille a besoin d’une structure biologique, mais elle n'est pas que biologie ; elle a besoin d'un réseau de relations psychosomatiques, mais elle est un cadre spirituel de développement personnel. La famille, comme tout ce qui est humain, a certes ses limites. Néanmoins, grâce aux relations d'amour et à la communauté spirituelle que la constituent, elle permet d'assurer une croissance exempte de traumatismes et de carences irréparables lorsqu’elle est protégée comme la cellule sociale élémentaire, comme une institution fondamentale non seulement pour la vie des personnes qui la composent mais aussi pour le développement de la vie en société. La famille est véritablement un sujet social, rappelait le pape Jean-Paul II, dans la lettre aux familles du 2 février 1994, en demandant à tous, et tout spécialement aux pouvoirs publics, la reconnaissance de sa véritable identité et de sa nature sociale (Lettre Gratissimam sane, n.17).

 
(…) Les Évêques espagnols (…) n’ont pas seulement demandé le respect de la vie de l’enfant conçu et à naître. Ils ont également défendu l’être humain depuis le début du développement de l'embryon jusqu’à l’état douloureux et terminal qui caractérise le dénouement du cycle vital et le passage à une vie nouvelle, don définitif de Dieu à l’homme. Ils ont parlé de la nécessité de soutenir légalement la famille en protégeant son identité, et pas seulement ses droits, parce que ceux-ci découlent de cette identité. C’est pourquoi ne peuvent pas être assimilées à la réalité de la famille d'autres formes de communautés ou de coexistence, quelles que soient les similitudes présentées.

 
Aucune forme de coexistence entre des personnes adultes ne peut être substituée à la réalité conjugale. Dans les démocraties, la loi offre assez de garanties pour sanctionner et protéger la liberté des citoyens d’établir entre eux des relations de vie commune, sans qu’il soit nécessaire de porter préjudice à la famille, en menaçant son identité inséparable du noyau conjugal qui en est la source. Ceux qui rejettent la relation contractuelle qui fonde la vie conjugale, à l'origine de la famille, n'entrent-ils pas dans une contradiction flagrante en réclamant une assimilation légale au mariage qu’ils rejettent, non seulement comme union sacrée pour les croyants, mais aussi comme institution civile qui règle la vie sociale ? Bien plus, si l’origine de la vie conjugale se fonde sur la différenciation des sexes et sur la génération de la vie, n'est-ce pas un abus de langage de prétendre lui assimiler ce qui lui est totalement dissemblable et de revendiquer de la loi un traitement égal de choses inégales ? L’abus du langage conduit d’autant plus à défigurer la réalité que des campagnes médiatiques semblent orchestrées pour masquer l’acception la plus universelle et la plus généralisée du mariage.

 
Si la paternité et la maternité sont des éléments constitutifs du développement personnel, quels arguments peut-on invoquer pour refuser à des enfants adoptés ce bien naturel ?

 
(…) L’Eglise défend les droits des personnes, parfois seule, lorsqu’elle défend la dignité de chaque être humain. C'est pourquoi elle affirme fermement, parce qu’elle le croit ainsi, en se fondant sur la loi naturelle et sur la révélation de Dieu en Jésus-Christ, qu'en défendant la réalité naturelle et institutionnelle de la famille elle défend la personne humaine et assure, à raison, la défense de ses droits.

 
Ceux qui prétendent disqualifier la voix de l'Église, avec agressivité de surcroît, doivent établir, par des raisons démonstratives, qu’ils défendent eux-mêmes les droits de la personne. Certaines conduites ont été dépénalisées dans l’ordonnancement juridique actuel, mais cette simple dépénalisation ne suffit pas, même si elle est légale, à les convertir en comportements éthiquement légitimes, et moins encore en conduites fondées sur des droits personnels.
»


+ Adolfo González Montes

Evêque de Almería

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Lundi 4 juin 2007 1 04 /06 /Juin /2007 10:20

Par La rédaction
« Avant les prochaines élections (…), je désire vous rappeler quelques critères à prendre en considération au moment de voter. Ces orientations découlent de ma mission d’évêque, que j’exerce en essayant d'aider les fidèles catholiques et les personnes de bonne volonté à éclairer leur conscience devant l'acte de voter.

En premier lieu, nous devons souligner l'obligation morale d'exercer notre droit au vote. Celui-ci étant un acte libre, il s'agit d'un moyen direct de collaborer au bien commun de la société. Nous n'aiderons pas nos cités et nos peuples si nous cessons d'exercer ce droit pour toute cause qui ne serait pas exceptionnelle ; sans l’expression de notre opinion, les résultats ne refléteront pas la volonté et le sentiment de tous, seulement ceux de quelques-uns.

A cette responsabilité s’ajoute la nécessité de connaître ceux qui se proposent d’être élus, l’idéologie des partis et surtout leurs programmes électoraux et les mesures destinées à réaliser chacune des propositions présentées. Cet aspect est de la plus haute importance pour les catholiques, parce qu'au moment d'exercer le droit de vote nous devons surtout agir avec la conscience bien formée, selon les principes de la raison droite et du magistère de l'Église, en particulier de ceux qui se rapportent à la doctrine sociale, laquelle a été si féconde tout au long de l’histoire. Parmi les opinions politiques compatibles avec la foi et la loi naturelle, nous devons choisir celles qui nous paraissent favoriser le mieux le bien commun.

Avant toute chose, il faut rechercher les projets qui collaborent à la défense des droits fondamentaux de la personne, surtout le droit à la vie depuis le début de la conception jusqu'au décès naturel. Si nous défendons les droits des personnes et, entre tous, celui de la vie, nous ne pourrons pas accepter les propositions qui, pour favoriser certaines fins sociales, font appel à des actes qui s’y opposent.

Il faut également privilégier positivement les projets qui tendent à défendre la famille, comprise comme la relation résultant de l'union d’un homme et d’une femme qui, unis par amour, sont ouverts à la vie et à l'acceptation d’enfants comme un don inestimable ; la famille doit être reconnue et protégée, en défendant son irremplaçable fonction sociale et en faisant en sorte qu’elle puisse se développer dans un logement digne et être soutenue par un travail digne et justement rémunéré.

Au moment d’exprimer son vote, il est un autre aspect dont il faut tenir compte, qui est celui de la liberté religieuse, y compris des signes religieux. Il faut défendre l'expression publique de la foi et la valorisation du fait religieux comme élément constitutif de la personne. Nous ne devons pas oublier à quel point la religion catholique a formé l'histoire de nos cités et le caractère de nos peuples au cours de l'histoire, et combien elle a contribué au progrès moral et social de la communauté humaine.

Il est également important de privilégier les propositions qui promeuvent le droit à l'éducation, et surtout celles qui protègent le rôle qu’y jouent les parents, en permettant à ces derniers de choisir le centre éducatif et le type de formation qu’ils préfèrent, en vertu de leurs convictions religieuses et morales. On ne saurait en aucun cas accepter les projets qui tendent à supplanter le rôle des parents par des structures qui ne tiennent pas compte d’eux et qui utilisent l’éducation pour promouvoir un type de personne modifiable à son gré.

En définitive, nous devons encore favoriser les propositions qui sont profitables aux plus nécessiteux de notre société : les malades, les personnes âgées ou dépendantes, etc. ; ainsi que celles qui se préoccupent des plus pauvres, des laissés pour compte, et qui recherchent les moyens de promouvoir un accueil solidaire, notamment à l’égard des émigrants, et un ordre social juste (…) »

† Jesús García Burillo
Evêque d’Avila
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Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /Juin /2007 12:08

Par La rédaction

Nous poursuivons ici notre "tour de piste" de l'épiscopat espagnol. On sait que le christianisme, en Espagne, est depuis un certain nombre d'années déjà, l'objet d'attaques répétées et plus ou moins agressives, auxquelles l'épiscopat oppose une ferme résistance. Là-bas, comme ici, les échéances électorales sont l'occasion de mises au point précieuses, qui ont pour objet d'éclairer les consciences et de mettre les chrétiens devant leurs responsabilités de baptisés.

 

Internet nous permet d'accéder avec facilité aux déclarations de ces Pasteurs, et d'en faire notre miel, pour nourrir notre propre réflexion. Pourquoi nous en priverions-nous ? Qu'ils soient mille fois remerciés de leurs interventions. Nos liens fraternels s'en trouvent renforcés, au-delà des frontières et de la diversité des situations, dans l'émulation de la foi et de la charité.

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« Avant, naître à Burgos, et en Espagne en général, était synonyme de "naître chrétien". Parce que chrétienne était la famille et chrétienne éta it l'atmosphère sociale dans laquelle la vie se développait.

 
Aujourd'hui les choses ne sont plus ainsi. Il y a, certainement, beaucoup de familles qui élèvent chrétiennement leurs enfants. Mais beaucoup de faits manifestent qu’on "ne naît plus" chrétien. Il suffit d’en évoquer quelques-uns. A Burgos certains parents ne font plus baptiser leurs enfants, où tardent à le faire pendant des années. Beaucoup de chrétiens ne participent à la messe dominicale que de temps en temps, sans se sentir liés à leur paroisse. Le nombre augmente de ceux qui n'osent pas se présenter comme chrétiens, spécialement comme chrétiens pratiquants, parmi leurs amis ou leurs collègues de travail.

 
Plus grave, nombreux sont ceux qui dissocient la foi qu'ils professent de leur vie familiale, professionnelle et sociale. Par exemple, en nos jours d'élections, combien se seront demandé quel est le politicien qui respecte le mieux leur dignité de personne humaine et leur liberté religieuse, et défend le plus fermement la vie et la justice ?

 
Tout ceci nous porte à cette conclusion, simple mais décisive : il ne suffit plus de naître dans un lieu traditionnellement catholique ni d’avoir reçu en son enfance un héritage chrétien, plus ou moins important. Aujourd'hui, le Seigneur nous invite à renouveler notre vocation de disciples et notre responsabilité de chrétiens. Il nous appelle aussi à cesser d’avoir peur, pour nous lancer dans une annonce claire et joyeuse de notre foi. En conséquence, il est urgent de chercher de nouvelles méthodes et de nouvelles voies. Si nous nous bornons à faire toujours la même chose, sans nous préoccuper d’évangéliser ceux qui se sont éloignés de l’Eglise, c’est le signe que nous avons besoin d’un changement important dans nos critères et nos comportements.

 
On ne peut pas s’abriter derrière l’argument commode qui consiste à dire qu’il “est difficile aujourd’hui d’être chrétien”. Personne ne songe à nier qu’il y ait des difficultés objectives. Mais ne nous trompons pas : « Le problème majeur pour l’annonce de l’Evangile s’enracine en nous-mêmes », comme l’a indiqué le message des évêques pour la journée de l’apostolat des laïcs.

 
Il n'est pas nécessaire de faire de grandes choses ou d'inventer des méthodes missionnaires et apostoliques grandioses et sophistiquées. Tout cela peut être utile, voire nécessaire. Mais il y a quelque chose d’antérieur et de plus radical : la rencontre personnelle avec Jésus-Christ. Le Pape Benoît XVI l'a indiqué très clairement, dans son encyclique "Dieu est amour" : « On ne devient pas chrétien par une décision éthique ou par une grande idée, mais par la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui ouvre un nouvel horizon à la vie et, avec elle, une orientation décisive ». Cette Personne est Jésus-Christ.

 
La rencontre avec Jésus-Christ se réalise, surtout, dans la participation à la messe dominicale, dans le sacrement de pénitence, dans l'écoute et la lecture de la Bible, dans la prière et la méditation. Puis, dans le prochain, en général et, spécialement, dans celui qui est dans la nécessité. Sans solution de continuité, elle se réalise dans la vie courante du travail, de la famille, des relations, des engagements sociaux. Là et à partir de là, le chrétien peut et doit accomplir une profonde et vaste tâche d'évangélisation et de transformation sociale.

 
(…) L’Eglise nous adresse une invitation maternelle à retrouver la sainte fierté d’être chrétiens. Elle nous exhorte à découvrir la dimension essentiellement missionnaire et apostolique de notre Baptême. Même s’il est silencieux, le cri que nous adressent tant d’hommes et de femmes de nos contemporains n’en est pas moins réellement angoissé. Ils recherchent quelqu’un qui leur donne des raisons de vivre et de mourir. Nous ne pouvons pas nous dérober. »

 

† Francisco Gil Hellín

Archevêque de Burgos

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Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /Juin /2007 08:45

Par La rédaction
Nous sommes heureux de donner ici la traduction de cette lettre de l'archevêque de Pampelune, publiée le 27 mai 2007 sur le site de l'archidiocèse de Pamplona-Tudela (Navarra-Espagne) [Ici]. Ce texte constitue une forte invitation à la joie de nos engagements de chrétiens dans le monde.

« La fête de la Pentecôte est le point culminant du calendrier chrétien. Nous y commémorons l'accomplissement des promesses de Dieu, le couronnement de l'oeuvre de Jésus, l'acquisition la plus haute possible de l'homme sur la terre.

L'Esprit-Saint est la troisième personne de la Trinité Sainte, l'Amour infini de Dieu, par lequel Dieu sort de Lui-même, tire du néant la création tout entière, nous donne la vie et veut nous associer à la joie de sa vie éternelle.

L'Esprit de Dieu, qui est amour infini et tout-puissant, est l'auteur de l'incarnation mystérieuse du Fils de Dieu fait homme au sein de la Vierge Marie. L'Esprit de Dieu, l'amour de Dieu agissant dans son coeur d'homme, guidait Jésus dans sa vie, pour annoncer la présence et les dons de Dieu. Et l'Esprit de Dieu, comme synthèse de la vie divine et de la communion spirituelle et vitale avec Dieu, a été la grande promesse de Jésus à ses disciples : Il vous est bon que je m’en aille. Quand vous croirez en vérité en Moi, vous recevrez l'Esprit Saint de Dieu. Il vous fera comprendre ce que vous ne pouvez maintenant pas comprendre, vous donnera la force de vivre saintement, vous soutiendra dans les difficultés et vous aidera à être mes témoins. Il sera le trait d'union avec Dieu et avec vos frères, vous vivifiera et vous glorifiera pour toujours dans la gloire de Dieu, mon Père et votre Père.

Par ce don universel de Dieu, nous pouvons participer d’une même vie avec tous les hommes, si différents et si éloignés soient-ils, et nous retrouver en ce point de rencontre universel qu’est la vie de Jésus. L'Esprit de Dieu, présent et agissant en nos coeurs, fait de tous les peuples un seul peuple, en lequel nous pouvons nous comprendre, vivre dans la paix et l’unité, en dépit des différences de langues, de races et de cultures. Dieu nous aime tous et, par l’étreinte universelle de son amour, nous approche, nous réunit et nous rend véritablement frères selon la mesure de notre réception d’un même Don et d’une même Vie.

Voilà ce que nous croyons et devons vivre comme chrétiens. Les embûches, les calomnies et les mépris qu’il nous faut supporter sont bien impuissants contre cette merveille de la révélation et du don de Dieu. Là est l'origine et la source inépuisable de notre joie et de notre force. Avec Saint Paul, nous chrétiens, pouvons dire : « Qui pourra nous enlever l'amour de Dieu ? » Si personne ne peut enlever ce don précieux de l'Esprit de Dieu, qu’importe ce que l’on dit ou ne dit pas de nous ? En Lui et par Lui nous sommes forts et heureux. Telle est la vérité et la grandeur de notre espérance et  de notre vie. »

+ Fernando Sebastián Aguilar
Archevêque de Pampelune et Evêque de Tudela
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Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /Mai /2007 09:20

Par La rédaction
   Mgr Di Falco s'engage fortement à l'occasion de la quinzaine du commerce équitable 2007 pour mobiliser  chrétiens et citoyens. Nous vous invitons à lire son appel (Ici), qui se conclut ainsi :

"Au-delà de réformes nécessaires à l'échelle internationale, c'est à chacun de se mobiliser dès aujourd'hui. Comme nous le rappelions dans notre chronique « élections » : « Que l'on prenne garde cependant de ne point s'en remettre aux seuls efforts de quelques-uns, sans se soucier de son état d'esprit personnel. Car les chefs d'Etat, (…) sont très dépendants des opinions et des sentiments de la multitude (…) Nous avons tous assurément à changer notre coeur et à ouvrir les yeux sur le monde (…) » (Vatican II, GS 82-3)

A chacun d'entendre cet appel que Paul VI lançait il y a 40 ans, mais qui n'a pas pris une ride, au contraire :
« Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant. (…) A chacun d'examiner sa conscience qui a une voix nouvelle pour notre époque. (..) Est-il prêt à acheter plus cher les produits importés pour rémunérer plus justement le producteur ? » (Encyclique "Le progrès des peuples", 1967, Paul VI, n° 47)

Plus près de nous, Benoît XVI a repris à son compte les appels de ces prédecesseurs : « Que ne cesse donc jamais la contribution de chaque croyant à la promotion d'un véritable humanisme intégral, selon les enseignements des encycliques Popolorum progression et Sollicitudo rei socialis (...).» (Benoît XVI, Message pour la Journée de la Paix, 1er Janvier 2007)

Les principes du commerce équitable sont en de nombreux points conformes à l'enseignement social de l'Eglise. On pourra certes discuter tel ou tel aspect de la démarche, en souhaitant l'amélioration de la transparence, du contrôle. Les structures actuelles offrent néanmoins un niveau de garantie que l'on peut considérer comme fiable et surtout offrent une réelle efficacité concrète pour l'amélioration de la vie des petits producteurs et de leurs familles. C'est peut-être encore insuffisant, il faudrait peut-être faire encore davantage...mais « sous le prétexte du mieux, que l'on ne néglige pas le bien qui peut et doit être fait. » (Jean XXIII)

Le commerce équitable est une des solutions qui s'offrent à chacun pour « changer le monde en faisant ses courses » : c'est la consomm'action ! A chacune de nos familles, de nos communautés, de nos mouvements, de nos paroisses, bref, à chacun et chacune d'entre nous de se sentir concerné par ces enseignements et de passer aux actes !"

                                  + Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
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Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /Avr /2007 11:00

Par La rédaction
Nous présentons ici quelques notes prises lors d'une conférence donnée par le P. Matthieu Rougé, curé de la paroisse Sainte-Clotilde, professeur à l'école cathédrale et directeur du service pastoral d'études politiques, lors d'une conférence donnée le 28 mars dernier en l'église Saint-François-de-Sales. Il nous a paru que ces notes pouvaient être utiles à la réflexion. Elles n'ont cependant pas été corrigées par l'auteur.

1.- Peut-on croire en la politique ?


Non, on ne peut ni on ne doit croire en la politique. Nous croyons en Dieu exclusivement. Nous ne devons pas être fascinés par la politique. Il y a à cultiver une liberté par rapport aux politiques. Il ne faut pas demander trop à la politique sans risque de déceptions. Le futur président de la République ne peut être considéré comme un sauveur.

 
Cela dit il ne faut pas désespérer de la politique. Elle est animée par des hommes et des femmes qui en grande majorité sont de grandes qualité et édifiants. Tout ne fonctionne pas mal. Tout ne conduit pas à une érosion progressive des valeurs auxquelles les chrétiens sont attachés [ex. l'affaire Vincent Humbert, avec le vote à l'unanimité de la commission parlementaire créée d'une proposition conduisant à ne pas dépénaliser l'euthanasie]. Il y a aujourd'hui une volonté de ne pas remettre en cause le travail législatif de fond réalisé.


Ce qu'il faut, c'est bien situer la politique. Le cardinal Ratzinger a écrit : « La politique n'est pas l'instrument de l'avènement du Royaume de Dieu ». Il ne faut pas instrumentaliser la religion pour des raisons séculières. La politique est au service du royaume des hommes pour qu'ils puissent vivre dans la justice et la paix en développant leur personnalité tout en contribuant à l'avènement du Règne de Dieu. Rien n'est plus étranger au christianisme qu'un messianisme évangélico-révolutionnaire. Donc il ne faut ni survaloriser ni dévaloriser la politique.


2.- Politique et articulation de la foi et de la raison

 
Pour Benoît XVI, l'instance prochaine de la décision et de l'action politique c'est la raison et non la foi. L'homme n'est pas une marionnette dans les mains de Dieu. Le Christ n'a pas sauvé en abolissant la volonté et la raison mais en les renouvelant. C'est avec toute notre raison que nous devons nous engager dans l'action politique. On risque de marginaliser les valeurs anthropologiques en les confessionnalisant. Les valeurs anthropologiques sont révélées par la foi mais ne s'épuisent pas en elle.

 
Cependant, ce n'est pas n'importe quelle raison qui est appelée à agir. C'est la raison comprise dans toute sa largeur. Ce n'est pas la seule raison technique. Il y a aussi la raison éthique et la capacité à rechercher le vrai et le bien. Au nom de la foi, il ne faut pas désespérer de la raison.

 
Dans la condition humaine présente, hommes et femmes ne sont cependant pas spontanément dans la raison droite. Il faut qu'elle se laisse purifier, illuminer par la foi. La raison doit être renouvelée par la foi.


Cette raison doit être enfin mise en œuvre avec courage et justesse. La raison doit être portée par la volonté. Le “plus” de la foi c'est aussi une volonté de s'impliquer. Mais Il faut aussi travailler, réfléchir sur la société car la vie sociale est complexe. Trop souvent les chrétiens en restent au niveau du café du commerce. Il faut dépenser de l'énergie pour faire des propositions nouvelles [ex : demander pour la province de vrais moyens de soins palliatifs et dans le domaine de la bioéthique agir pour pousser la recherche sur les cellules souches].


3.- Réaliser une juste articulation entre foi et raison

 
Devons-nous taire notre foi dans l'espace public au nom de la raison ? Dans le champ éthique la raison agissante doit être éclairée par la foi mais ne doit pas méconnaître la distinction du spirituel et du temporel.


Une société ne peut se construire sans un minimum de consensus éthique. Aujourd'hui, ce consensus semble craquer en France et en Hollande. En Hollande polygamie et pédophilie ne sont pas des tabous. En France le refus de la pédophilie est aujourd'hui l'interdit consensuel ultime. Aujourd'hui, il est difficile d'énoncer et de défendre des valeurs communes, un socle cependant nécessaire pour fonder l'Etat. Les chrétiens sont par grâce les témoins d'une certaine vision de l'homme pécheur et racheté. Ils ont donc la responsabilité de formuler les moyens d'un nouveau consensus éthique.


Enfin ne peut-il arriver un moment où le contexte législatif serait tel qu'il conduirait les chrétiens à ne pouvoir s'engager dans les partis ou les institutions sans être complices [ex. : cas des maires si le mariage homosexuel est rendu légal] ? Il ne fait pas de doute qu'il existe des cas où il faut savoir se désengager mais il ne faut cependant  pas trop vite se dire qu'on est dans une telle situation. Avant de faire la politique du pire, il faut être certain que la politique du meilleur ne soit pas possible.

 
Pour conclure, Bernanos disait, dans Les grands cimetières sous la lune, que le « Le démon de mon cœur s'appelle “à quoi bon” ». Il faut chasser ce démon et s'engager dans la vie politique avec toutes les capacités de la raison illuminée par la foi.

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Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 10:55

Par La rédaction

    Au milieu de nos préoccupations, liées aux élections prochaines, il nous est bon et nécessaire de nous souvenir que le souci que nous portons à ce monde, en tant que chrétiens, n’est pas absolument séparable de celui que nous devons porter aux choses d’en haut. Faisons donc une pose, pour accueillir ici cette méditation du Père Pascal Gollnish, curé de la paroisse Saint-François-de-Sales de Paris (17ème), sur le prêtre et son rôle au cœur de notre société (1). Notre monde a  besoin de la présence sacerdotale du prêtre,  pour recevoir de lui la Parole du Christ, son témoignage, mais aussi  sa Chair et son Sang, comme aussi sa miséricorde sacramentelle. Souvenons-nous, dès lors, que nous ne pouvons pas ne pas porter, avec l'ensemble de l'Eglise, spécialement dans nos propres vocations de parents, ou de jeunes gens appelés à discerner le sens de leur vie, le souci du renouveau des vocations sacerdotales et religieuses.

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    Entre Pâques et la Pentecôte, nous sommes en communion très forte avec cette première Eglise qui, avec Marie et avec Pierre, attend l'Esprit pour accomplir la mission du Christ ressuscité : évangéliser, baptiser, et donc sauver. Communauté fragile, hésitante et pourtant choisie pour apporter à l'humanité entière la Vie, la Vie de Dieu.


Comment ne pas réaliser qu'aujourd'hui encore le monde a besoin de cette Vie divine que l'Eglise vient lui apporter. Car l'Eglise n'est pas faite pour elle-même, mais pour que le monde ait la Vie.


Dans cette Eglise tous ont part à la mission dans la diversité de leur vocation et de leur état de vie, tous invités à devenir des saints. Et tous les baptisés ne pourront accomplir leur mission, répondre à leur vocation que s'ils vivent mission et vocation comme un don de Dieu. Dieu est à l'origine de notre mission ; c'est Lui qui la détermine ; c'est Lui qui appelle ; c'est Lui qui en donne les moyens ; c'est Lui qui envoie ; et c'est pour avoir part à sa vie que la mission prend son sens. Il y a donc toujours un danger d'oublier cela ; de se prendre pour l'origine de notre mission ou pour en mesurer les critères comme pour n'importe quelle action en ce monde, ou de ramener sa puissance à nos propres forces. Avec une conséquence inévitable : si ce n'est plus le Christ qui baptise, l'Eglise deviendrait un conglomérat de chapelles se divisant les unes les autres.


Il faut donc une vocation particulière dans l'Eglise ; celle qui rappelle et accomplit sacramentellement la présence de la Source. Dans une communauté où tous ont une vocation, certains ont vocation de signifier que l'on ne s'empare pas de sa vocation ; Dieu est premier ; Dieu est source. Il s'agit du ministère ordonné.


On comprend que ce ministère soit profondément hiérarchique ; on n'est pas curé d'une paroisse parce qu'on en est issu, mais pace qu'on y a été nommé pour rappeler à tous qu'ils reçoivent leur être chrétien du Christ ; l'Eglise ne nous appartient pas, c'est nous qui lui appartenons même si c'est depuis bien longtemps ... Et on comprend que ce ministère soit profondément collégial, car il n'est pas lié à la personnalité de l'un ou de l'autre mais à la personne même du Christ. La collégialité aidera le ministre ordonné à se recevoir du Christ, à ne pas se prendre lui-même pour la source de la mission. Le Prêtre est aussi prêtre pour ses frères prêtres, dans la communion avec L'Evêque.


Signe du Christ source, le prêtre doit avoir une intimité avec la Source. Cette intimité se nourrit de la prière : prière liturgique et prière intérieure où le Prêtre aspire à se tenir devant la Source pour porter ce qu'il vit avec le peuple chrétien : les joies et les peines, les échecs et les espoirs, l'avancée de l'Esprit dans le cœur des hommes avec la joie et le repentir qui en sont les fruits. Le Prêtre a besoin de se tenir dans l'intimité de la source pour l'indiquer sans cesse au milieu du peuple auquel il est envoyé, pour indiquer à la communauté chrétienne que la Source est pour l'humanité entière et non pas seulement pour l'Eglise rassemblée.


Mais cette intimité trouve une force singulière dans ce choix spirituel de l'Eglise latine d'appeler les prêtres parmi ceux qui ont vocation au célibat. Un célibat qui n'est pas mésestime du mariage ; qui n'est pas une habitude historique ; qui n'est pas un principe commode d'organisation du clergé et moins encore une solution pour sa rémunération modeste. Une vocation au célibat qui permet une intimité avec la Source.


Comment ne pas voir que le prêtre au cœur d'un peuple, engagé en permanence dans des actions de toute sorte, impliqué dans des relations multiples où se joue la dimension spirituelle et donc essentielle des vies, comment ne pas voir que le prêtre, qui n'est pas plus fort qu'un autre, risque d'oublier
la Source? Non pas, peut-être formellement mais substantiellement ?


Le célibat est cet état de vie qui permet au prêtre de revenir sans cesse devant la Source. Si le célibat – comme tout état de vie – peut être une épreuve, l'intimité avec le Christ qu'il permet est la joie du prêtre, sa grandeur, une joie que le monde ne peut pas comprendre. Qu'avons-nous besoin de statistiques pour savoir que notre monde ne comprend pas cela ? Mais les chrétiens ? Ceux que l'on appelle les fidèles parce qu'ils le sont en effet, par exemple dans l'Eucharistie dominicale doivent comprendre l'importance du célibat des prêtres et doivent pressentir le bonheur qu'il peut y avoir à répondre à une telle vocation. Le célibat des prêtres est l'affaire de la communauté tout entière. Mais que tous le sachent, à commencer par les parents: il ne faudrait pas empêcher un jeune de répondre à une telle vocation. Il y va de l'avenir de l'Eglise. Mais il y va aussi du bonheur de ce jeune qui peut, toute sa vie, regretter de n'avoir pas été invité à l'intimité avec la Source.


Nous avons le souci de toutes les vocations: laïque, religieuse, diaconale, sacerdotale.

(…) Nous savons qu'il y a encore de nombreux prêtres à Paris et à la paroisse en particulier : il ne faudrait pas que cela soit un motif pour faire faire aux prêtres des tâches qui pourraient être exercées par d'autres: diacres ou laïcs, et donc il importe de susciter des engagements de tous au service de la paroisse. Mais nous savons que la situation en France est un souci. Que devons-nous faire ? D'abord prier pour que le maître de la moisson envoie des ouvriers.


Ensuite essayer de développer une image positive du prêtre, qui n'a pas vocation à être malheureux (…).


Les familles ont aussi un rôle à jouer ; Jean-Paul II les appelait “le premier séminaire”. Non pour avoir une vocation sur l'un de ses enfants mais, par la qualité du climat spirituel de la famille, par un regard sur le prêtre fait de confiance et de complicité, par un amour de l'Eglise, pour permettre à un jeune de laisser grandir l'appel possible.


Il faut plus encore. Il faut que l'importance de l'Eglise dans notre temps apparaisse en pleine lumière. C'est bien parce que l'Eglise est essentielle à notre temps que le prêtre comprend le sens de son existence et de sa vocation. C'est parce que l'Eglise relèvera les défis spirituels de notre temps que des jeunes accepteront de se mettre à son service. Si notre paroisse n'est pas repliée sur elle-même, mais confrontée aux besoins des hommes et des femmes de notre temps, je ne doute pas que des vocations puissent y naître. Il est essentiel que l'engagement des chrétiens soit au niveau des enjeux de la mission. Nous avons parfois des débats agités sur des questions superficielles : que nul ne vous inquiète pour des raisons de nourriture et de boisson ! Est-ce bien du Christ dont nous voulons vivre, personnellement et en communauté ? Est-ce Lui que nous voulons connaître, rencontrer, et suivre ? Est-ce Lui qui est au cœur de notre foi, de notre prière, de nos confessions, de notre conversion ? Est-ce bien le Christ qui est venu sauver l'humanité et non la condamner ?


Une autre chose est encore nécessaire : il faut faire entendre l'appel. La contagion implicite, la valeur de l'exemple ne suffisent pas. Il faut poser la question d'appels possibles, et en particulier en ce qui concerne la vocation sacerdotale. Dans le respect de la liberté, bien sûr, et donc généralement de manière collective, il faut expliciter la vocation. Et il faut approfondir la compréhension de nos vies comme des réponses à des vocations. Prêtres ou non, nous avons reçu une vocation; cela signifie que nous n'avons pas en nous l'origine du destin de nos vies. "Que veux-tu faire plus tard ?" est une question classique qui chrétiennement s'exprime ainsi "à quoi le Seigneur t'appelle-t-il ?" Il ne faut pas croire que la liberté sera mieux respectée si nous taisons la possibilité d'une vocation, par exemple devant un groupe qui prépare sa confirmation, ou une communauté de chefs scouts.


De toute façon, s'ils lisent ces lignes, ils auront compris le message. Oui, j'invite les jeunes (…) à s'interroger sur leur vocation. Tous les chemins sont beaux, s'ils correspondent au projet de Dieu. Je me permets seulement de dire que le chemin de la vocation sacerdotale est un de ces chemins de bonheur possible. Je suis un prêtre heureux et j'ai des confrères heureux. Et, en tremblant, je rends grâce à l'Eglise d'avoir eu l'audace de reconnaître en nous une vocation au célibat.


Père Pascal Gollnisch

 __________

(1) Ce texte est tiré de la revue de la paroisse, Saint-François-de-Sales Actualités, n° 114. Avec tous nos remerciements.

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Publié dans : Paroles d'évêque et de prêtre
Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 14:17

Par La rédaction

    Mesdames et Messieurs les candidats, quand je vous écoute, j’ai mal pour mon pays. Bien sûr, je me réjouis devant les germes d’espérance contenus dans les nombreuses propositions énoncées dans vos programmes.

Il y a quelques semaines, je me suis réjoui de vous voir tous unanimes pour inscrire l’abolition de la peine de mort dans notre Constitution. Aujourd’hui, je suis consterné par vos programmes qui portent en eux les germes d’une culture de mort pour notre société.


Certes, comme archevêque d’Avignon, il ne m’appartient pas de prendre position publiquement pour l’un ou l’une d’entre vous. De même, en intervenant, je n’entends nullement porter atteinte à la liberté politique des catholiques de mon diocèse. Je voudrais seulement vous alerter et alerter tous les hommes de bonne volonté sur plusieurs points de la campagne électorale dont les enjeux me se
mblent majeurs pour l’avenir de notre pays.

 

    Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Or je constate combien en laissant fragiliser la famille vous portez atteinte au patrimoine de l’humanité.

 

La famille est le sanctuaire de la vie, une réalité décisive et irremplaçable pour le bien commun des peuples. Elle est la cellule vitale et le pilier de toute vie en société. L’avenir de l’humanité passe par la famille. Elle est le centre névralgique de toute société, une école d’humanisation de l’homme où il peut grandir et devenir pleinement homme. La famille est le lieu privilégié et irremplaçable où l’homme apprend à recevoir et à donner l’amour qui seul donne sens à la vie. Elle est le lieu naturel de la conception, de la naissance, de la croissance et de l’éducation des enfants. Elle est le milieu naturel où l’homme peut naître dans la dignité, grandir et se développer de manière intégrale.

 
L’institution du mariage, fondement de la famille, échappe à la fantaisie de l’homme ; le mariage plonge ses racines dans la réalité la plus profonde de l’homme et de la femme, il est l’union de l’homme et de la femme. « Impossible de contester cette norme sans que la société ne soit dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement. L’oublier signifierait fragiliser la famille, pénaliser les enfants et précariser l’avenir de la société » (Benoît XVI, 20 février 2007).

 
Or, la plupart de vos programmes électoraux loin de protéger et de pro
mouvoir la famille fondée sur le mariage monogame entre l’homme et la femme ouvrent la porte au mariage entre personnes du même sexe et à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Aucune autre forme de vie commune que l’union d’un homme et d’une femme ne peut être juridiquement assimilable au mariage ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. Toute tentative de relativiser le mariage en lui donnant le même statut que d’autres formes d’unions radicalement différentes est dangereuse pour notre société. Tout cela offense la famille et contribue à la déstabiliser en voilant sa spécificité et son rôle social unique.

 
Concernant le “mariage homosexuel”, il faut distinguer l’homosexualité comme fait privé et l’homosexualité comme relation sociale prévue et approuvée par la loi. La légalisation d’une telle union finirait par entraîner un changement de l’org
anisation sociale tout entière qui deviendrait contraire au bien commun. Les lois civiles qui devraient être des principes structurants de l’homme au sein de la société, jouent un grand rôle dans la formation des mentalités et des habitudes. Le respect envers les personnes homosexuelles ne saurait en aucune manière conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles (cf. Cardinal Ratzinger, « Considération à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles », Congrégation pour la Doctrine de la Foi, juin 2003).

 
Le nombre de séparations et de divorces s’accroît, rompant l’unité familiale et créant de nombreux problèmes aux enfants, victimes innocentes de ces
situations. La fragilité et le nombre de foyers monoparentaux ne sont pas sans poser question. La stabilité de la famille est aujourd’hui menacée ; pour la sauvegarder, il ne faut pas avoir peur d’aller à contre-courant de la culture ambiante. Les diverses formes de dissolution du mariage sont l’expression d’une liberté anarchique qui se fait passer à tort pour une libéralisation de l’homme. Au contraire, reconnaître et soutenir l’institution du mariage est un des services les plus importants à apporter aujourd’hui au bien commun et au véritable développement des hommes et des sociétés, de même que la plus grande garantie pour assurer la dignité, l’égalité et la véritable liberté de la personne humaine.

 
Malheureusement bien des projets sur le mariage, le divorce, l’adoption tiennent, certes, compte des désirs des adultes, mais oublient complètement l
’intérêt des enfants. Le droit à l’enfant semble prendre le pas sur le droit de l’enfant.


Comme le montre unanimement l’expérience, l’absence d’une maman ou d’un papa au sein d’une famille entraîne bien des obstacles dans la croissance des enfants. Comment des enfants insérés dans des unions homosexuelles où manquent la bipolarité sexuelle et l’expérience conjointe de la paternité et de la maternité pourront-ils grandir et mûrir humainement sans porter les séquelles de cette absence ? Comment assurer l’équilibre de la structure psychologique et sexuelle de l’enfant dans un couple où il n’y a qu’un sexe ?

 
L’affaiblissement de la cellule familiale est une des causes majeures des difficultés des jeunes. La crise de la famille est une cause directe du mal être des jeunes. La majorité des jeunes en difficultés sont issus de familles humainement et socialement fragilis
ées.

 

    Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’évangile de la vie, de cette vie qui fait de nous des hommes de l’utérus au sépulcre.

 
La banalisation de l’avortement et le silence sur les conséquences psychologiques, les blessures et les souffrances cachées qui marquent à jamais les femmes sont intolérables. L’information tronquée sur les séquelles provoquées par l’avortement chez les femmes qui y ont eu recours est insupportable.

 
La liberté de tuer n’est pas une vraie liberté, mais une tyrannie. Jean-Paul II dans sa lettre encyclique « L’Evangile de la vie » a eu des mots très vrais et très durs sur la réalité de l’avortement : « Parmi tous les crimes que l’h
omme peut accomplir contre la vie, l’avortement provoqué présente des caractéristiques qui le rendent particulièrement grave et condamnable […]. L’avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance. La gravité morale de l’avortement provoqué apparaît dans toute sa vérité si l’on reconnaît qu’il s’agit d’un homicide et, en particulier, si l’on considère les circonstances particulières qui le qualifient. Celui qui est supprimé est un être humain qui commence à vivre, c’est-à-dire l’être qui est, dans l’absolu, le plus innocent qu’on puisse imaginer : jamais il ne pourrait être considéré comme un agresseur, encore moins comme un agresseur injuste ! Il est faible, sans défense, au point d’être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. »

 
Alors que la peine de mort a été abolie pour une question de pri
ncipe, l’avortement devrait être considéré comme atteignant la dignité de la personne à naître.

Certes, l’avortement est désormais inscrit dans les lois, mais il n’en demeure pas moins immoral au regard de l’Evangile et de l’Evangile de la vie.

 
L’acceptation de l’euthanasie fait peser des menaces graves sur les malades incurables et sur les mourants. Certes, le contexte social et culturel actuel augmente la difficulté d’affronter la souffrance à l’approche de la mort. Il rend plus forte la tentation de résoudre ce problème en l’éliminant à la racine par l’anticipation de la mort au moment considéré comme le plus opportun. Pourtant, les médecins affirment aujourd’hui savoir soulager la quasi-totalité des douleurs. La vraie question est donc celle des soins palliatifs.

 
La vie humaine est sacrée, de son commencement naturel jusqu’à son terme. Tout être humain a le droit au respect intégral de ce bien qui est pour lui primordial. Nous ne pouvons accepter la promotion de lois visant à légaliser l’euthanasie.

 
La manipulation des embryons fait peser une lourde menace sur notre société. L’embryon est un être vivant qui possède un patrimoine génétique humain. Il est une personne humaine, il faut la protéger parce qu’elle est membre à part entière de l’espèce humaine et mérite notre respect.

 
Les progrès de la science et de la technique peuvent se transformer en menace si l’homme perd le sens de ses limites. Il faut prendre conscience que la chosification de l’embryon nous conduira tôt ou tard à l’eugénisme.

 
Effectivement, cette manipulation débouche sur un eugénisme subtil. En effet, le dépistage prénatal a changé de nature, il n’est plus destiné à traiter mais bien à supprimer. Un tel dépistage renvoie à une perspective terrifiante, celle de l’éradication.

 
Aujourd’hui, la venue au monde de certains enfants est devenu non souhaitable. La science propose même des outils pour réaliser le rêve de l’enfant sans défaut. Plusieurs de vos programmes construisent pas à pas une politique de santé qui flirte avec l’eugénisme.

 
Les recherches biotechnologiques toujours plus pointues visent à instaurer des méthodes d’eugénisme toujours plus subtiles et qui visent à la recherche de l’enfant parfait, fruit d’une sélection totalement contrôlée. Par leur maladie, par leur handicap, ou plus simplement par leur présence même, ceux qui auraient le plus besoin d’amour, d’accueil, de soin, sont jugés inutiles et considérés comme un poids insupportable dont il faut se débarrasser, qu’il faut éliminer.

 
Nous voyons se déchaîner comme une sorte de conspiration contre la vie.

 

    Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Je ne peux fermer les yeux devant tant d’hommes et de femmes aujourd’hui en France qui se sentent blessés, exclus, mis sur le bord de la route pour de multiples raisons personnelles, économiques, sociales, politiques ou même religieuses.

 
Certes, il appartient aux politiques de gouverner, mais je ne peux m’empêcher de vous rappeler que l’économie se doit d’être au service de l’homme et du bien commun dans le respect de la justice sociale et de la solidarité humaine. La mondialisation des échanges commerciaux et la globalisation de l’économie semblent se fonder sur une conception intégralement libérale de l’économie, de ses mécanismes. L’économie prime sur tout et là encore des conceptions individualistes et libérales dominent au détriment du respect de l’homme et de la solidarité entre les hommes.

 
Comment vivre une authentique fraternité humaine dans notre pays ? Comment respecter les plus pauvres ? Comment répondre au droit au logement et à des logements qui n’accentuent pas la déstructuration de la cellule familiale ? Comment prendre en compte l’émigration comme un fait désormais structurel de notre monde ? Comment accueillir de manière juste tout en étant généreuse ? Comment lutter contre tous ceux qui exploitent les immigrés clandestins, les marchands de sommeil, les employeurs véreux ? Comment réfléchir à la question de l’emploi, du travail et de sa juste rémunération ? Comment prendre en compte les menaces écologiques ?

Autant de questions pour lesquelles nous attendons des réponses qui ne soient pas des promesses électorales trop souvent sans lendemain, mais des engagements clairement exprimés.

Où sont vos priorités ? Sont-elles du côté de groupes de pression susceptibles de vous apporter des voix le temps d’une élection ou sont-elles vraiment au service de notre pays ?

Au nom de l’Évangile, je ne peux que dénoncer avec les Associations Familiales Catholiques la racine de tout cela : un individualisme à tout crin qui gangrène notre société.


Nous constatons l’évolution du droit civil qui consacre depuis trente ans l’individualisme des droits. Le droit qui dicte et façonne les normes sociales, privilégie l’individu, la vie privée, considère que les choix affectifs ne peuvent et ne doivent avoir aucune conséquence ni sur les enfants ni sur la vie civique, économique et sociale.

Dans notre culture, on exacerbe souvent la liberté de l’individu conçu comme sujet autonome, comme s’il se suffisait à lui-même, en marge de ses relations avec les autres, étranger à ses relations avec autrui. Beaucoup voudraient organiser la vie sociale seulement à partir des désirs subjectifs et changeants, sans aucune référence à une vérité objective comme la dignité de tout être humain, ses droits et ses devoirs au service desquels doivent se mettre les responsables de notre société.


Ainsi toutes les formes d’union conjugale sont mises sur un pied d’égalité, le droit à l’enfant se substitue au droit de l’enfant. On laisse se propager et se développer des pratiques de contraception abortives, l’avortement et les dérives eugénistes. La famille et les familles ne sont plus considérées comme les corps fondateurs de la société, mais comme une juxtaposition d’individus. Ainsi naissent et prospèrent au gré des gouvernements, des politiques à caractère social, destinées à pallier les effets de cet individualisme qui gangrène la société. Cette conception individualiste de la société soumet notre pays aux dérives d’une opinion aux repères brouillés et aux groupes de pression qui pèsent de tout leur poids en cette période électorale (cf. Déclaration des AFC, Débats préélectoraux 2007-2008).

 

    Au nom de l’Évangile et à la veille de l’élection présidentielle et des élections législatives, je ne peux qu’inviter les hommes politiques, les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à passer au crible de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église vos propositions avant de se déterminer dans leur choix.

 

Avignon, le 22 mars 2007

 

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Publié dans : Paroles d'évêque et de prêtre
Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /Mars /2007 12:52

Par La rédaction

"La proximité des élections, présidentielles puis législatives, conduit de nombreux catholiques à s’interroger sur le contenu des programmes présentés par les divers candidats. Le Conseil permanent a proposé, il y a quelques mois, le message « Qu’as-tu fait de ton frère ? » comme une « invitation à soutenir la vie démocratique dans notre pays par la réflexion et par l’action ». Dans nos diocèses, beaucoup ont travaillé ce texte et y ont fait référence. Le document publié sous la responsabilité du Conseil pour les questions familiales et sociales, intitulé« Perspectives pour une société juste et fraternelle », a également stimulé la réflexion de bien des groupes.

A quelques semaines des élections présidentielles, dans le cadre de cette Assemblée plénière, nous souhaitons rappeler quelques-unes de nos convictions.

Soyons clairs. Nous n’avons pas à dire pour quel candidat voter. Il n’appartient pas à la compétence des évêques de donner des consignes de vote ! Chacun vote selon sa conscience. Mais cette conscience doit être éclairée par une réflexion et un discernement préalables (1). Comme tout citoyen, un catholique devra se poser les questions suivantes :
- vu l’analyse de la situation de la France, quel est le programme politique qui correspond le mieux à la politique à promouvoir ?
- ce programme est-il réaliste ?
- le candidat ou la candidate qui le promeut semble-t-il avoir les qualités qui correspondent à ce qu’on attend d’un Président de la République ?

Dans sa réflexion, un catholique doit tendre à une cohérence entre ses choix politiques et ses convictions chrétiennes, entre l’approbation d’un programme et la vision de l’homme qui lui vient de sa foi. C’est pour aider à un tel discernement que l’Eglise a développé, à partir de l’Evangile, de sa Tradition et de son expérience concrète, une pensée sociale, appelée aussi « Doctrine sociale de l’Eglise » . Cet enseignement de l’Eglise offre d’utiles critères de réflexion. Ces critères ne s’adressent d’ailleurs pas seulement aux catholiques. Ils peuvent être adoptés par d’autres plus largement.

Evoquons-en quelques-uns particulièrement importants aujourd’hui.

Nous voulons redire clairement notre oui en faveur de la famille, cellule de base de la communauté humaine et premier lieu où les hommes et les femmes apprennent la confiance en eux-mêmes et dans les autres. Elle a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’être soutenue. Nous disons oui à la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, ouverte à la procréation, oui au droit qu’a l’enfant d’avoir un père et une mère.
C’est d’ailleurs cela qui nous fait dire non aux unions entre personnes de même sexe et à l’adoption d’enfants par de tels couples.

Nous disons oui à tout ce qui est fait pour accompagner les personnes en fin de vie, en respectant leur dignité, en luttant contre la souffrance physique et psychique. Nous disons oui au développement des soins palliatifs et à la formation d’un personnel soignant qualifié pour cela.
Mais il nous faut dire clairement non à l’acharnement thérapeutique, non à la reconnaissance d’un prétendu « droit à la mort » que constituerait une légalisation de l’euthanasie. Quel signal négatif ceci représenterait de la part de la société vis-à-vis des plus faibles de ses membres ! De plus, on peut craindre que, très vite, les exigences économiques, pesant lourdement sur le monde de la santé, viennent dicter les choix en ce domaine. La dignité de la vie, qui est toujours à renforcer et à promouvoir, ne conduit, en aucune façon, à admettre une exception d’euthanasie.

Nous voulons également dire oui à tout ce qui conduit à un plus grand partage du travail et des richesses et non à ce qui favorise l’inégalité grandissante dans le monde et dans notre pays. En effet, la mondialisation de l’économie nous pousse à nous interroger fortement sur nos comportements personnels et collectifs. De même, les enjeux environnementaux nous questionnent : quelle planète voulons-nous léguer aux générations futures ? Sommes-nous attentifs aux choix politiques qui favorisent un développement solidaire ? Sommes-nous prêts à modifier notre mode de vie afin de permettre un réel développement des pays les plus pauvres, en particulier en Afrique ? Il est important de lancer aujourd’hui cet appel et de tenir un langage de vérité sur ces questions.
Cette ouverture sur le monde est aussi une exigence pour l’Europe : « L’Europe ne saurait se replier sur elle-même. Elle ne peut ni ne doit se désintéresser du reste du monde ; elle doit au contraire garder pleine conscience que d’autres pays, d’autres continents attendent d’elle des initiatives audacieuses, pour offrir aux peuples les plus pauvres les moyens de leur développement et de leur organisation sociale, et pour édifier un monde plus juste et plus fraternel ». (2)

De même, nous ne pouvons pas réfléchir aux questions autour de l’immigration en dehors de ce contexte général. Nous disons oui à un accueil des immigrés, généreux, responsable et respectueux des droits de l’homme, et nous avons à y prendre notre part.
Nous ne pouvons pas accepter la libre circulation de l’argent, des marchandises, des informations et, dans le même temps, barrer la route aux immigrés ou vouloir les renvoyer chez eux.
Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas aussi des limites à cette capacité d’accueil dans notre pays. Il est normal qu’un gouvernement définisse une politique de l’immigration mais celle-ci doit alors tenir compte de nos responsabilités spéci-fiques quant au développement des pays les plus pauvres. Elle doit également respecter pleinement la dignité de ceux qui, pour des raisons politiques, économiques, religieuses, sont amenés à quitter, au prix de grandes difficultés et parfois au risque de leur vie, leur pays d’origine. (3)

Plus que jamais, notre pays a besoin de convictions fortes, d’une vision de l’homme qui soit claire sur la défense de ses droits et le rappel de ses devoirs. Notre vie en société appelle des points de repère nets sur les exigences du bien commun et sur la mise en œuvre effective de la fraternité.
Les lois que notre pays est amené à voter ne sauraient se résumer à un simple rapport de forces au gré des résultats électoraux successifs. Elles doivent nécessairement avoir un fondement par rapport au bien commun de la société qui représente tout autre chose que la somme des intérêts particuliers des uns et des autres. Il ne faut pas laisser le respect des valeurs fondamentales être le jouet de l’influence de groupes de pression sectoriels ou d’orchestrations médiatiques.

Notons, à ce propos, que la législation passe souvent très rapidement, en particulier dans le domaine du respect de la vie et de la dignité humaine, d’une exception, encadrée et dérogatoire, à la définition d’un droit pur et simple. On l’a vu à propos de l’avortement où l’on est passé d’une logique de détresse à l’affirmation d’un droit qui paraît évident et auquel il devient de plus en plus difficile de résister tant les pressions sont fortes. Ceci, bien entendu, ne rend pas compte des drames intimes qui se jouent et des traumatismes qui demeurent.

Dans le domaine de la recherche bioéthique, il faut certes se féliciter des progrès de la science et encourager la recherche pour pouvoir guérir un certain nombre de maladies. Mais comment ne pas s’interroger sur les évolutions législatives, deman-dées par certains, qui verraient des comportements, hier punis sévèrement comme transgressant des interdits fondamentaux de notre humanité, devenir tout à coup, dans l’espérance hypothétique d’un progrès thérapeutique, des droits purs et simples ? Tout ceci conduit à une fragilisation de la valeur de la loi et des fondements de la vie sociale.


En esquissant ces quelques points et en développant cette réflexion, nous ne définissons pas un programme politique et ne prenons pas parti pour tel ou tel candidat. Nous voulons simplement rappeler que le respect de ces exigences n’est pas compatible avec n’importe quel choix politique.

Dans une note publiée en 2002, la Congrégation pour la Doctrine de la foi rappelait « que la conscience chrétienne bien formée ne permet à personne d’encourager par son vote la mise en œuvre d’un programme politique ou d’une loi dans lesquels le contenu fondamental de la foi et de la morale serait évincé par la présentation de propositions différentes de ce contenu ou opposées à lui ». (4) Dans la pratique, le choix d’un candidat peut paraître difficile. A chacun de choisir pour la fonction prési-dentielle, qui de toute façon doit être assurée, le candidat dont le programme paraît le plus proche de cette vision de l’homme et de la société que nous venons d’évoquer.

Nous voulons, en terminant, redire l’importance et la noblesse de l’engagement politique. Les disciples du Christ ne sauraient le déserter ni le décrier. Parce qu’ils se veulent « au service de tous et sans ambition de pouvoir, les chrétiens se sentent à l’aise dans une société démocratique et laïque. Ils lui apportent leur contribution, sans accepter que leur foi soit reléguée dans la "sphère du privé". Cette foi a une dimension humaine et sociale. La démocratie, pour être vivante, » doit faire « droit à ses références religieuses et philosophiques dans le débat public ».(5) Le domaine de la politique n’est-il pas, selon la célèbre phrase du pape Pie XI, « le champ de la plus vaste charité, la charité politique » ? (6)"


S.E. Jean-Pierre RICARD

(Source inXL6)

_______________

(1) : « La conscience a besoin d’être formée. Nous sommes responsables devant notre conscience, ultime témoin de Dieu. Mais nous sommes responsables aussi de notre conscience », Catéchisme pour adultes des Evêques de France, 1991, n° 502.
(2) : Jean-Paul II, Lettre au Cardinal Vlk, président du Conseil des conférences épiscopales européennes, 16 octobre 2000, n° 7
(3) : Catéchisme de l’Eglise catholique, 1992, n° 2241
(4) : Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, « Questions sur l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique », 24 novembre 2002, n° 4 ; cf. aussi Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 2242, et Encyclique Evangelium Vitae, n° 73
(5) : Commission sociale de l’épiscopat, Réhabiliter la politique, 1999, n° 35.
(6) : Pie XI, A la Fédération universitaire catholique, 18 décembre 1927.

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