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Ethique médicale/euthanasie

Lundi 19 mars 2007 1 19 /03 /Mars /2007 16:38

Par La rédaction
    En France, plus de 17.300 personnes ont déjà signé un  un appel contre le lobby de l’euthanasie à l’hôpital, auquel un décret du 11 août 2006 a ouvert discrétement la porte des conseils d'administration des hôpitaux et de leurs commissions de relations avec les usagers.

    En outre, plus de 2.400 soignants et médecins viennent de sortir du silence pour lancer un appel contre l’euthanasie que l’on peut rejoindre en ligne, en réponse à l'appel des 2.134 soignants ayant reconnu avoir déjà tué dans le manifeste publié par le nouvelle observateur au début du mois.

    La cause n'est donc pas encore entendue, et il apparait que, malgré le parti pris médiatique et la faiblesse des politiques, tout le monde ne partage pas les thèses du lobby de l'euthanasie, qui ne sont elles-mêmes pas évidemment pertinentes.

       Il est plus que jamais temps de se mobiliser et de signer
l'appel contre le lobby de l’euthanasie à l’hôpital et, pour le personnel soignant, le manifeste Non à l’euthanasie, oui à une médecine à visage humain !.


       Pour approfondir cette question, on publiera une interview accordée à l'agence Zenit par le délégué général de l'Alliance pour les Droits de la vie :

"Zenit - Que s'est-il passé pour l'affaire Saint-Astier ?

Tugdual Derville - Au départ, c’est une affaire triste et assez confidentielle qui a été sciemment transformée en tornade médiatique. En 2003, un médecin épuisé et mal formé aux soins palliatifs a rédigé une ordonnance létale pour une patiente de 65 ans, Paulette Druais, qui souffrait d’un cancer du pancréas en phase terminale. L’infirmière a d’abord été stupéfaite, mais a « obéi », injectant le chlorure de potassium mortel qui a tué la patiente. Il faut préciser que le médecin, Laurence Tramois, était familialement liée à la « victime », ce qui a visiblement accru sa confusion. Lorsqu’elle a avoué quelques jours plus tard au mari de Paulette Druais ce qui s’était passé, il s’est dit choqué, avant de la soutenir. Le médecin et l’infirmière avaient été « dénoncées » par des collègues de l’hôpital, heurtés par cette pratique de l’euthanasie. Ils avaient d’ailleurs remarqué que ce médecin était défaillant face aux situations de fin de vie difficiles.

Naturellement portée en Justice, l’affaire a été habilement orchestrée par le lobby de l’euthanasie qui a décelé le cas idéal : une « victime » à laquelle on fait dire qu’elle voulait en finir, un mari qui remercie a posteriori les accusées, et ces dernières qui se posent en victimes, encouragées par les autres figures emblématiques de l’euthanasie. Sont venus à Périgueux le docteur Chaussoy qui avait tué, cette même année 2003 Vincent Humbert au lieu de le réanimer et Marie Humbert qui avait tenté de mettre fin aux jours de son fils. Les deux acteurs de la mort de Vincent ayant bénéficié d’un non-lieu, les promoteurs de l’euthanasie ont dû se reporter sur cette nouvelle affaire.

Zenit - Quelle a été l’influence des médias ?

Tugdual Derville - Le procès a été le prétexte d’une véritable orchestration associative et médiatique : quatre jours avant l’audience, l’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur » a publié une liste de 2 134 soignants (médecins ou infirmières) affirmant avoir « aidé un patient à mourir », expression soigneusement répétée pour toutes ces affaires. La tactique du pseudo-aveu collectif est la même que celle qui fut utilisée au moment de l’affaire de Bobigny, de 1973 qui, en France, a préparé la dépénalisation de l’avortement. Un manifeste de 343 femmes qui s’autoproclamaient « salopes » prétendaient s’être fait avorter clandestinement. L’avocate du procès de Bobigny, la féministe Gisèle Halimi a ensuite analysé cette affaire en expliquant : « Les médias ont très bien joué leur rôle ». C’est exactement le même scénario aujourd’hui : persuadés que l’euthanasie est nécessaire, les médias les plus militants, presse, radio et télévision sont entrés en complicité avec les protagonistes du procès de Périgueux et tous leurs soutiens, entraînant une véritable noyade du débat sous un flot irrépressible d’émotion. Ainsi le « Nouvel Observateur » a parachevé son action en publiant un sondage le jour du verdict, jeudi 15 mars : 87% des Français seraient favorables à l’euthanasie ! Ce qui peut nous choquer, c’est que des médias qui prétendent « informer » sur un événement créent en réalité de toutes pièces les « informations » propres à manipuler l’opinion dans le sens qu’ils préconisent, étouffant le débat au lieu de l’ouvrir.

Zenit - Que pensez-vous de ce verdict ?

Tugdual Derville - Sur le fond, il peut nous satisfaire : Caroline Roux, notre secrétaire générale, et notre président, le cancérologue Xavier Mirabel, assistaient à l’ouverture du procès. Ils ont découvert des soignantes visiblement déboussolées et dépassées par les événements, surtout l’infirmière qui s’est inscrite dans la prescription du médecin. Elle était seule, la nuit pour tout son établissement de 200 lits, et c’est aussi une donnée à prendre en compte. Son acquittement peut se comprendre et permet de ne pas en faire une victime. Le médecin est symboliquement condamné : 1 an de prison avec sursis (sans inscription sur son casier judiciaire). Cela évite à la fois de le dédouaner et d’en faire un bouc-émissaire. Ce qui aurait été grave, c’est un acquittement. Mais surtout, Caroline Roux et Xavier Mirabel ont relevé un grand écart entre le ton des débats judiciaires et le tapage médiatique anesthésiant qui en a été fait à l’extérieur du prétoire, par les porte-parole auxquels les médias ont donné le monopole de l’analyse. En réalité, les débats ont été à la fois feutrés et incisifs ; ils ont révélé les failles de la pratique de ces soignantes. Leur interrogatoire a montré qu’elles étaient mal formées aux soins palliatifs, qu’elles ne communiquaient pas, qu’elles ne travaillaient pas en équipe, qu’elles mélangeaient le personnel et le professionnel. Une psychologue est venue expliquer que le médecin avait développé une forme de toute puissance face à laquelle il faudrait lutter, etc. Tout cela n’a pas été retranscrit dans les médias par les comptes-rendus d’audience. Les Français ont entendu que la piqûre létale était l’issue humaine à ce drame. C’est très injuste pour les soignants qui ont une autre pratique, plus exigeante, plus humaine… et moins expéditive !

Zenit - Vous lancez un véritable débat dans l'opinion publique sur l'euthanasie, mais avec des arguments que l'on entend peu : ceux des soignants et des médecins... Pourquoi cette action maintenant et comment faire connaître ces arguments ?

Tugdual Derville - Dès l’annonce de la pétition des soignants revendiquant l’euthanasie, le professeur Olivier Jonquet, chef du service de réanimation médicale du CHU de Montpellier a lancé un appel en sens inverse, intitulé « Non à l’euthanasie, oui à une médecine à visage humain ! » que nous avons largement relayé. Il offre aux soignants un espace pour réagir. Immédiatement des centaines de médecins, d’infirmières et de professionnels de la santé se sont échangé l’adresse internet de cette pétition (http://www.convergence-soins.com) et les signatures ont afflué.


En six jours, elles dépassaient celle du « Nouvel Observateur », et cela continue. Mais les médias que je qualifierais d’officiels, ceux de la police de la pensée, ont soigneusement censuré cette pétition. Grâce à Internet, les réseaux de professionnels ont pu contourner le black-out, même si des millions de Français ont été privés de cet élément d’information. Il y a aussi eu d’autres initiatives dans le même sens : la société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) a elle-même lancé un manifeste, ouvert également aux bénévoles dans ce domaine. Et nous n’avions pas attendu le procès pour en lancer d’autres : plus de 17 000 personnes ont déjà signé notre Appel contre le lobby de l’euthanasie à l’hôpital (www.adv.org) lancé quand nous avons découvert que l’ADMD, qui milite pour le suicide assisté, était officiellement habilitée par le gouvernement à représenter les usagers de la santé dans les instances hospitalières. Il y avait aussi eu un travail courageux de l’infirmière et écrivain Elisabeth Bourgois, réunissant à peu près le même nombre de signatures « pour une médecine de vie ». Elle a organisé un rassemblement contre l’euthanasie, à la veille du procès, esplanade du Trocadéro à Paris. Tout cela va dans le même sens, et rejoint heureusement la pratique d’une majorité de soignants. Puisque nous ne pouvons pas compter sur des médias qui manquent de déontologie pour faire un traitement égalitaire entre pro et anti euthanasie – je pense notamment à l’Agence France Presse qui dans ce débat n’a pas respecté une véritable déontologie de neutralité – il faut utiliser Internet, comme un réseau de résistance.

Zenit - Le pape Benoît XVI a évoqué des lobbies contre la vie à propos d'un pays d'Amérique latine : ces « lobbies » existent bien et pas seulement en Europe ?

Tugdual Derville - Indiscutablement, et ils agissent à visage découvert. Ils utilisent les souffrances réelles des personnes confrontées aux épreuves de la vie. Ils exploitent parfois de réelles injustices – je pense à certaines lacunes de notre système de santé dans le domaine de la lutte contre la douleur, ou encore l’isolement des personnes âgées. Mais derrière ces paravents, c’est une idéologie désespérée qui est sous-jacente : celle d’une humanité qui ne vaut que dans la santé, qui a l’illusion qu’on peut éradiquer la souffrance. Mortelle illusion puisqu’elle conduit à revendiquer la suppression des personnes jugées indignes de vivre, parce qu’ayant perdu des capacités jugées indispensables à la « vraie vie ». Tout cela se fait sur le lit de la peur, et aussi d’un athéisme militant.

Mais ces lobbies sont empêtrés dans leurs contradictions. Marie Humbert vient de se désolidariser de l’ADMD dont elle dit avoir compris qu’ils étaient extrémistes. Des personnes handicapées commencent à protester contre les dérives totalitaires qui se profilent de la part de ceux qui estiment qu’il vaudrait mieux qu’elles ne soient pas nées… Face à l’idéologie, le témoignage vivant de personnes qui rayonnent malgré leurs épreuves est une réponse précieuse. A ce titre, la figure d’un Jean-Paul II souffrant, réduit au silence, mais n’ayant rien perdu de sa dignité jusqu’au terme naturel de sa vie a résonné comme la confirmation magnifique de la force du message de vie qu’il n’avait cessé de proclamer. C’est un exemple pour beaucoup d’entre nous.

Zenit - Le Dr Bernard Kouchner a affirmé un jour : la médecine a aujourd'hui les moyens de soulager la souffrance, déplorant le manque d'investissements dans les soins palliatifs. N'est-ce pas l'argument décisif contre l'euthanasie? Les arguments pro-euthanasie (Affaire Welby en Italie) c'est : il souffre trop depuis trop longtemps, c'est insupportable pour lui et pour les siens, pourquoi le laisser souffrir ?

Tugdual Derville - C’est à la fois un argument précieux et insuffisant. Il faut tout faire pour combattre la douleur et la souffrance, et il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine (généralisation des pompes à morphine, des systèmes d’auto-évaluation de la douleur, des soins palliatifs). Mais c’est aussi une illusion de croire qu’on peut vivre sans souffrir, sans frustration, sans limite, sans mourir. Le docteur Xavier Mirabel souligne souvent qu’acharnement thérapeutique et euthanasie s’inscrivent dans une même logique de refus des limites humaines, de toute-puissance technicienne. D’ailleurs l’Eglise refuse à la fois l’euthanasie et les soins disproportionnés. Tout l’enjeu de l’accompagnement de la fin de la vie, c’est de manifester la dignité de la personne, quel que soit son état de santé, de ne rien nier de son humanité, et de ne pas l’abandonner à la solitude. Il y a toujours quelque chose à faire pour quelqu’un qui souffre, pour soulager, accompagner l’angoisse, prendre soin.

Cependant il n’existe pas d’assurance tout risque garantissant une mort douce. Une société qui croit éradiquer la souffrance tend vite à éradiquer les souffrants. C’est d’ailleurs ce qu’exprime parfaitement le cardinal Lozano Barragan (président du conseil pontifical pour la Pastorale de la Santé, ndlr). Or, depuis les affaires d’euthanasie médiatisées comme des actes « positifs », « de compassion », réalisés « par amour », nous découvrons que des femmes se demandent si elles sont « mauvaises mères » de continuer à soigner leurs enfants atteints de graves handicaps au lieu de les tuer, des patients croient devoir demander l’euthanasie au lieu de faire leur chemin dans l’épreuve de la maladie. Il y a une véritable pression sociale qui pousse à exclure, et nous devons impérativement réagir contre cette désespérance. Appeler un mal bien et un bien mal, c’est une inversion trompeuse, qui fait beaucoup de dégâts.

« Le Parisien » vient d’interviewer la femme d’un ancien grand footballeur, Jean-Pierre Adams, qui vit à son domicile dans un état comateux depuis 1982, à la suite d’une opération du genou. C’est extraordinaire de voir avec quel amour elle parle de sa vie, de son rayonnement, expliquant qu’elle ne se sent absolument pas concernée par le débat sur l’euthanasie à son propos. Il y a là quelque chose d’héroïque qui peut nous sembler disproportionné, voire scandaleux. Car le scandale de la souffrance demeure entier. Mais de tels témoignages incitent à remettre en cause l’esprit de fatalité et de prétendue utilité. Nous risquons tous de juger autrui selon des critères de performance qui ne sont pas ceux de l’amour véritable."


      
Une autre déclaration interessante, celle du Dr Xavier Mirabel, coordinateur médical du site SOS fin de vie, service d’aide et d’écoute pour les malades, leurs proches et le personnel soignant répondant aux questions qu’ils se posent sur la fin de la vie.

Au lendemain du verdict sur l’affaire d’euthanasie à Saint-Astier, une affaire qui révèle, déplore-t-il, « les graves dysfonctionnements de certaines structures hospitalières », le Dr Xavier Mirabel, cancérologue, président de l’Alliance pour les Droits de la Vie, présent à l’ouverture du procès de Périgueux, en commente le verdict :


« Nous demandons, dit-il, aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager sur des moyens concrets pour que pareil dérapage n’arrive plus : moyens en personnel, formation aux soins palliatifs, soutien aux soignants, vérité pour les proches des personnes en fin de vie

« Le verdict de la Cour d’Assises de Dordogne doit être respecté. Il aurait été grave de lui donner la portée d’une dépénalisation jurisprudentielle de la piqûre létale annonçant une légalisation de l’euthanasie dans notre pays ».

« Ce que nous avons dénoncé, tout au long de ce procès, c’est l’orchestration d’une affaire à la fois douloureuse et triste, par un lobby cherchant à imposer la promesse de légaliser l’euthanasie aux candidats à l’élection présidentielle ».

« Le verdict illustre à nos yeux que le réel dérapage des soignantes de Saint-Astier doit être recherché dans les graves dysfonctionnements de certaines structures hospitalières : manque de personnel, en particulier la nuit, déficit de formation, notamment aux techniques de soins palliatifs, absence de soutien pour des soignants moralement et physiquement épuisés, défaillance du travail en équipe, à ajouter à la fragilité particulière d’un médecin, et, je suis obligé de le dire, une certaine incompétence ».

« Il ne s’agit pas d’en rajouter à cette épreuve familiale et professionnelle, marquée par la confusion des rôles et l’isolement d’une infirmière et d’un médecin. Mais il faut dire et redire qu’il y avait heureusement d’autres façons d’accompagner Madame Druais et sa famille dans leur épreuve. C’est heureusement ce que font aujourd’hui les équipes médicales un peu partout en France, et l’ignorer serait coupable ».

   
Rien n'est perdu, il est encore temps de se mobiliser pour montrer que tout le monde n'est pas acquis à l'apparent unanimisme médiatique en faveur de l'euthanasie, question déterminante de l'avenir de notre société. Signez et faites signer les pétitions et n'hésitez pas à écrire à vos élus !

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Publié dans : Ethique médicale/euthanasie
Lundi 19 mars 2007 1 19 /03 /Mars /2007 10:25

Par La rédaction

Nous avons signalé, dans l’article précédent [Ici], une première confusion qui apparaissait dans la définition de l’euthanasie donnée par le Dictionnaire de l’Académie française, en ce qu’elle englobe des actes qui ne relèvent pas de cette catégorie, à savoir ceux qui ont uniquement pour objet de suspendre des traitements inutiles ou disproportionnés, et qui ne sont pas des homicides. Rappelons cette définition : « Action destinée à donner la mort à un malade incurable qui demande ou a demandé que l'on abrège ses souffrances ou sa déchéance physiologique. Euthanasie active, administration de substances hâtant par elles-mêmes le décès. Euthanasie passive, suspension du traitement ou de la réanimation. » Rappelons aussi, en regard, cette affirmation du Magistère catholique : « L’euthanasie est une violation grave de la loi de Dieu, en ce que le meurtre délibéré est moralement inacceptable de la part d’une personne humaine » (1). La définition du Dictionnaire couvre une deuxième confusion qu’il faut à présent examiner.

 
    Deuxième confusion.- L’euthanasie, on y a insisté, est un homicide volontaire. La définition, après avoir indiqué de manière générale qu’elle consiste à « donner la mort à un malade incurable », glisse imperceptiblement vers le fait que cette mort est demandée par le malade lui-même. Laissons ici de côté toutes les difficultés – fort nombreuses – liées à la question de savoir quand cette demande a été exprimée, et en quelles circonstances : par un “testament de vie”, un living will, pendant lequel, encore sain, la personne a anticipé ses derniers jours ? Pendant la maladie elle-même, et à quel stade ? Dans le brouillage mental de la souffrance ou en pleine connaissance de cause ? Librement ou non ? 


    Observons seulement ce transfert de l’acte du médecin ou du personnel médical vers l’acte du patient, qu’accompagne l’expression d’un glissement non explicite mais nécessaire de responsabilité :
« Vous voyez, ce n’est pas moi, médecin, qui commets un crime ; je ne fais que répondre à la demande d’un malade. Je suis dans mon rôle en répondant à sa souffrance ». Le responsable, le seul responsable, c’est finalement le malade et comme il va mourir, il n’est évidemment pas question de l’inquiéter.


   
On assiste ainsi à une “amoralisation” de l’acte létal lui-même, de celui qui « donne la mort », directement ou indirectement. Cet acte est censé sortir ainsi du champ de la définition de l’homicide volontaire dans lequel il avait pourtant été initialement présenté, et c’est dans cette mesure qu’il est aujourd’hui proposé de le légaliser. Les termes de l’Académie française expriment très exactement, volontairement ou non, cette manipulation.

    De quoi s’agit-il dès lors ? L’idéologie qui empoisonne nos sociétés a déjà réussi à convaincre grande partie des populations que la mise à mort de millions d’enfants, dans le sein de leur mère, pouvait constituer un acte thérapeutique. Elle cherche aujourd’hui à nous faire accroire que le meurtre d’un malade est aussi, si l’on ose dire, un acte de cette nature. Avec cette particularité que la mort ne frappe pas ici un être humain embryonnaire mais un être humain censé exercer la plénitude de son droit sur lui-même. Au slogan « mon ventre m’appartient » répond, en bout de chaîne, non sans une certaine logique, cet autre slogan : « Ma vie m’appartient ». Le médecin, de son côté, avec toute sa compétence et les moyens dont il dispose, est supposé ne répondre finalement qu’à une attente, par une intervention qui valorise non seulement la pitié pour la souffrance d’autrui, mais aussi et surtout le respect de son droit inviolable à disposer de lui-même.


    Dans cette perspective, l’euthanasie n’est plus un meurtre. Elle constitue seulement un
suicide médicalement assisté. Là encore, la confusion est totale. La définition du Dictionnaire, qui englobe – comme on l’a relevé dans l’article précédent – des comportements qui ne relèvent pas de l’euthanasie, permet de faire passer, à rebours, des comportements véritablement euthanasiques pour des actes qui n’en sont pas. Ainsi, sous l’expression « euthanasie passive », on englobe le fait qu’un traitement puisse être suspendu, mais cette suspension s’entend ici d’un moyen indirect de donner la mort, comme l’est aussi la suspension de réanimation, également visée. En confondant ici ce qui relève de la décision de mettre un terme à un traitement inutile ou disproportionné et ce qui relève d’une décision qui doit directement donner la mort, on fait entrer le meurtre dans la catégorie du moralement acceptable. En d’autres termes, on en supprime le caractère homicide pour le nover en acte de miséricorde. Le médecin “opérateur” et le lobby euthanasien y trouvent évidemment leur compte.


    Reste pourtant, à supposer que le médecin puisse ainsi se défausser de son acte sur le malade, ce qu’on ne saurait concéder, que l’acte ainsi analysé est un suicide. Or le suicide est lui-même un homicide. « Le suicide contredit l’inclination naturelle de l’être humain à conserver et à perpétuer sa vie. Il est gravement contraire au juste amour de soi. Il offense également l’amour du prochain, parce qu’il brise injustement les liens de solidarité avec les sociétés familiale, nationale et humaine à l’égard desquelles nous demeurons obligés. Le suicide est contraire à l’amour du Dieu vivant. » Et pour ne laisser subsister aucune équivoque, le Catéchisme de l’Eglise catholique ajoute : « La coopération volontaire au suicide est contraire à la loi morale » (2). Eu égard aux confusions qui surviennent également souvent dans le rappel de ces normes, il faut ajouter qu’en se déterminant ainsi, l’Eglise ne porte évidemment aucun jugement sur les personnes que leur état de faiblesse ou de détresse a portées à ces actes. Elle ne fait que rappeler la loi morale, laquelle repose sur le respect de la vie et de la dignité de la personne humaine.

    La Cour européenne des droits de l’homme a eu à connaître d’une affaire où une femme de 43 ans, atteinte d’une maladie incurable, avait demandé à son mari, ne pouvant le faire elle-même (en raison de sa paralysie) de l’aider à se suicider. Auparavant, elle avait sollicité l’autorité compétente, par le biais de son avocat, de prendre l’engagement de ne pas poursuivre le mari, ce qui avait été refusé, le concours au suicide étant interdit en droit anglais (3). Elle a alors saisi la Cour européenne, au visa de l’article 2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relatif au « droit à la vie ».  La Cour européenne a décidé ceci :

 

« L'article 2 de la Convention (…)  n'a aucun rapport avec les questions concernant la qualité de la vie ou ce qu'une personne choisit de faire de sa vie. Dans la mesure où ces aspects sont reconnus comme à ce point fondamentaux pour la condition humaine qu'ils requièrent une protection contre les ingérences de l'Etat, ils peuvent se refléter dans les droits consacrés par la Convention ou d'autres instruments internationaux en matière de droits de l'homme. L'article 2 ne saurait, sans distorsion de langage, être interprété comme conférant un droit diamétralement opposé, à savoir un droit à mourir ; il ne saurait davantage créer un droit à l'autodétermination en ce sens qu'il donnerait à tout individu le droit de choisir la mort plutôt que la vie. La Cour estime donc qu'il n'est pas possible de déduire de l'article 2 de la Convention un droit à mourir, que ce soit de la main d'un tiers ou avec l'assistance d'une autorité publique » (Arrêt Pretty c/ Royaume Uni, 29 avril 2002, requête n° 2346/06, nn. 39-40).


    En d’autres termes, pour la Cour européenne, le droit à la vie, légalement reconnu et protégé, ni ne s’identifie à un droit sur la vie, ni il ne le crée. Le droit naturel se trouve en plein accord avec cette motivation, en sorte que l'euthanasie ne trouve de justification morale, ni en tant qu'homicide, ni en tant qu'aide au suicide médicalement assisté.

(à suivre)

_______________

(1) Jean-Paul II, Encyclique Evangelium vitae, n° 65.

(2) Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 2280-2282.

(3) Le droit français ne punit que la « provocation » au suicide suivie d’effet : art. 223-13 du code pénal.

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Vendredi 16 mars 2007 5 16 /03 /Mars /2007 11:16

Par La rédaction
    Les soins palliatifs manquent de moyens, en particulier dans les zones rurales, souligne une synthèse de presse de la Fondation Jérôme Lejeune (www.genethique.org).

    Le journal Libération publie également un article sur les soins palliatifs, en montrant que les soins palliatifs, notamment dans les campagnes, souffrent d'un manque de moyens.

    Ainsi en Dordogne, pour plus de 380 000 habitants, on compte une seule équipe mobile composée d'un médecin à mi-temps, d'un poste de psychologue et d'une infirmière. En France, il est pourtant prévu plusieurs échelons : des « unités » de soins palliatifs très spécialisées pour « les cas les plus difficiles », relayées localement par des « équipes mobiles », elles-mêmes relayées par des médecins et infirmiers libéraux constitués en « réseaux ». L'Aquitaine compte un seul réseau de soins palliatifs et ne dispose que de 38 lits répartis dans les trois « unités spécialisées ». « Cinq fois moins que la demande », précise le quotidien. Benoît Burucoa, chef du service des soins palliatifs à Bordeaux, dénonce ce « manque considérable ».

    Si la loi du 9 juin 1999 prévoit « le droit d'accéder à des soins palliatifs et à un accompagnement », « de nombreuses zones rurales restent encore très isolées, où les décisions concernant les étapes délicates avant la mort, se prennent dans une grande solitude ». Le manque de moyens financiers et le manque de formation des médecins en sont les principaux responsables.

    On ne peut donc que regretter, ici encore qu'une loi aussi importante que celle sur les soins palliatifs ne soit pas financée par le Parlement qui l'a votée. Surtout, avant de légaliser l'euthanasie, on doit appliquer la loi sur les soins palliatifs, qui, elle, respecte la vie et n'autorise pas le meurtre. Mais il est vrai que cela coûte certainement plus cher et est certainement plus contraignant que de se débarrasser d'un vieux malade : le respect de la dignité de chacun est cependant à ce prix, sur lequel on ne peut transiger si l'on prétend appartenir à une société civilisée... Mais il est vrai qu'il y a tellement d'autres choses plus importantes, tant de palais des congrès à construire dans les sous-préfectures ou de clientèlisme à subventionner !
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 11:50

Par La rédaction

Ainsi que nous l’avons vu dans le premier volet de cette étude [Ici], le Dictionnaire de l’Académie française indique clairement, dans un premier temps, que l’euthanasie constitue formellement l’homicide volontaire d’un malade incurable. Pourtant, il cède bientôt aux confusions et aux contradictions du jour en distinguant aussitôt « l’euthanasie active », qui consisterait en  « l’administration de substances hâtant par elles-mêmes le décès » et « l’euthanasie passive », qui consisterait en la « suspension du traitement ou de la réanimation. » Moderne Dictionnaire que cette réédition en cours…

 
    Première confusion.- Si l’on s’attache à la première définition donnée par le même Dictionnaire – et nous avons vu qu’elle était fondée – l’euthanasie dite active constituerait un homicide actif et l’euthanasie passive un homicide passif. Quelle que soit la justification de cette distinction, la définition première impose de considérer qu’il y a, dans les deux cas, volonté de donner la mort, soit par action (directement) ou par abstention (indirectement ou “passivement”).

 
    Le problème est que si l’euthanasie dite active correspond effectivement à l’homicide volontaire direct, l’euthanasie passive, telle qu’elle est ici décrite par le Dictionnaire, ne correspond pas nécessairement à l’homicide volontaire indirect. On peut ainsi parfaitement admettre que l’on suspende volontairement un traitement sans que cela constitue une euthanasie, et donc un homicide. Tel est le cas si le traitement en question est disproportionné (1) au regard de l’acheminement certain du malade vers la mort. Dans la Déclaration “iura et bona” de la Congrégation pour la doctrine de la foi (1980), à laquelle nous avons déjà renvoyé, il est indiqué que « dans l’imminence d’une mort inévitable malgré les moyens employés, il est permis en conscience de prendre la décision de renoncer à des traitement qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible, sans interrompre pourtant les soins normaux dus au malade en pareil cas » (IV). L’Eglise admet aussi qu’il est permis « d’interrompre l’application des [moyens médicaux] lorsque les résultats en sont décevants », en particulier parce que « l’investissement en instruments et en personnel est disproportionné aux résultats prévisibles, et que les techniques mises en œuvre imposent au patient des contraintes ou des souffrances hors de proportion avec les bénéfices qu’il peut en recevoir » (Loc. cit.).

 
    La distinction qui range sous une même appellation d’euthanasie des comportements qui en relèvent et d’autres qui n’en relèvent pas est donc inadéquate. Dans la mesure où elle prétend ainsi définir des situations qui se rapportent toutes à l'euthanasie, elle est fausse. En cohérence même avec la référence initiale à l’homicide volontaire, qui est exacte, seuls les actes qui ont pour objet de donner la mort, directement ou indirectement, relèvent de cette catégorie.

 
    Cette confusion est-elle consciente ? Il est permis de penser que non. Néanmoins elle existe. De fait, elle est entretenue par le Dictionnaire. De fait encore, elle est habituellement exploitée pour convaincre que, finalement, l’euthanasie a déjà des titres de légitimité, dans la mesure où elle permet d’éviter à des malades condamnés un surcroît démesuré de médicalisation. Autrement dit, on cherche ainsi à nous faire accroire que l’hostilité à l’acharnement thérapeutique constitue, déjà, une démarche d’euthanasie, et que celui qui « suspend un traitement » jugé disproportionné la pratique lui-même.

 
    Or cela est totalement faux. La renonciation à cet acharnement [qui constitue une pratique que l’Eglise réprouve] n’entre pas dans le champ de l’homicide volontaire, direct ou indirect. Il y a loin, très loin, d’un point de vue moral, entre renoncer à un moyen disproportionné ou inutile – auquel nul n’est jamais tenu – et la décision volontaire, arrêtée, de tuer un être humain. Vitoria le notait déjà en 1529 dans sa Leçon sur l’homicide. « En aucune manière il n’est licite d’abréger la vie. Cependant, il faut considérer (…)  qu’une chose est d’écourter la vie, autre chose est de ne pas la prolonger. En outre, il faut prendre en compte que si l’homme ne peut pas abréger la vie, il n’est cependant pas obligé de recourir à tous les moyens, fussent-ils légitimes, pour la prolonger ». Et il ajoutait un peu plus loin : « Le malade qui n’a pas d’espoir de guérison, bien qu’un traitement médical (aliquo pharmaco) coûteux puisse prolonger sa vie de quelques heures, voire de quelques jours, n’est pas tenu d’y recourir (illud emere). Il suffira qu’il utilise les remèdes communs » (2).

 
    Que conclure au regard de cette première confusion ? Deux choses.

 
    La première est que l’euthanasie est toujours, en toutes circonstances, un homicide volontaire, quelles que soient les circonstances, les explications ou les précautions dont on veuille l’entourer.


    La seconde est qu’il faut bannir de son vocabulaire cette distinction inadéquate et fausse de l’euthanasie “active” et de l’euthanasie “passive”, qui ne rend pas compte de la réalité, pour lui préférer celle d’euthanasie “directe” et d’euthanasie “indirecte”, qui définit exactement le champ de l’euthanasie dans la sphère de sa qualification morale, qui est celle de l’homicide.

(à suivre)

 ________________

(1) « Chacun a le devoir de se soigner ou de se faire soigner. (…) Faut-il cependant en toutes circonstances recourir à tous les moyens possibles ? Naguère, les moralistes répondaient qu’on n’est jamais obligé d’employer les moyens “extraordinaires”. Cette réponse, toujours valable en principe, est peut-être moins éclairante aujourd’hui, en raison de l’imprécision du terme et de l’évolution rapide de la thérapeutique. Aussi certains préfèrent-ils parler de moyens proportionnés et disproportionnés. De toute manière, on appréciera les moyens en mettant en rapport le genre de thérapeutique à utiliser, son degré de complexité ou de risque, son coût, les possibilités de son emploi, avec le résultat qu’on peut en attendre, compte tenu de l’état du malade et de ses ressources physiques et morales. » (Déclaration iura et bona, préc., IV).

(2) F. de Vitoria, o. p., De homicidio, Obras…, BAC, Madrid 1960, nn. 33 et 35, pp.1126-1127.

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Publié dans : Ethique médicale/euthanasie
Mercredi 14 mars 2007 3 14 /03 /Mars /2007 12:49

Par La rédaction

L’euthanasie, liée notamment, dans la mémoire historique, à l'idéologie nazie, pose des problèmes extrêmement graves. Les débats qui l’entourent, qui ne sont d’ailleurs pas à la mesure des enjeux, jouent toujours sur l’ambiguïté. Une ambiguïté qui tient sans doute autant à l’absence d’idées justes et de principes qu’à des stratégies mûries et intéressées. Essayons donc d’y voir un peu plus clair. Pour ce faire, commençons par le commencement : la définition du terme. Le Dictionnaire de l’Académie française, censé apporter ici comme ailleurs une réponse précise, est à bien des égards révélateur des confusions ambiantes.

    Le mot euthanasie, commence-t-il, est emprunté du grec tardif euthanasia et signifie une « mort douce et facile ». Nous voici d’emblée dans des résonances familières à nos oreilles modernes : facilité, douceur. Le registre sera exploité pour donner à entendre que l’euthanasie est un acte de bienfaisance, à la hauteur des attentes d’une société tournée vers la satisfaction des besoins et des plaisirs. On observera cependant ceci, qui est loin d’être un détail : si le discours sur l’euthanasie s’attache à la douceur, la facilité, la pitié, il ne s’attache pas à la mort, à laquelle il ne donne ni contenu ni sens. C’est pourtant là l’essentiel et le Dictionnaire, lui, ne peut qu’y venir.


 En effet, il poursuit : « Action destinée à donner la mort à un malade incurable qui demande ou a demandé que l'on abrège ses souffrances ou sa déchéance physiologique. Euthanasie active, administration de substances hâtant par elles-mêmes le décès. Euthanasie passive, suspension du traitement ou de la réanimation. »


     Nous voici alors, soudain, face à une réalité autrement plus brutale. Il s’agit bien d’une « action destinée à donner la mort ». Autrement dit à tuer, et à tuer intentionnellement. L’euthanasie est donc un homicide volontaire. Dans la mesure où il est volontaire, cet acte est objectivement susceptible de recevoir une qualification morale et implique la responsabilité de son auteur. Cette qualification et cette responsabilité seront à la mesure, à la fois de la qualité de celui qui commet l’acte, et de l’extrême vulnérabilité de celui qui le subit. On ne saurait trop insister, en particulier, sur le fait que l’euthanasie administrée par un médecin revêt une gravité particulière. En effet, elle remet radicalement en cause la relation de confiance établie depuis des siècles entre le malade et le médecin, entre les mains duquel on se remet, premièrement et essentiellement, parce qu’il est un ministre de la vie.


    Jusque-là, tout paraît très simple, et l'est de fait, tant au regard du droit pénal que du cinquième commandement du Décalogue : « 
Personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent » (1), ou de rechercher cet effet, indirectement, par une abstention volontaire (2). « Le meurtrier et ceux qui coopèrent volontairement au meurtre commettent un péché qui crie vengeance au ciel (cf. Gn 4, 10) » (3). Cette règle n’a rien de spécifiquement religieux. Elle est partagée par toutes les sagesses humaines, et c’est pourquoi le Catéchisme ici cité précise que c’est un acte qui viole la “règle d’or”, c'est-à-dire ce principe commun à toute l’humanité selon lequel il faut faire le bien et éviter le mal et ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’on l’on nous fît à nous-mêmes.

    Le principe s’applique dès lors immédiatement à l’euthanasie : « Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable. Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure » (4).


    Dans sa Déclaration “iura et bona, la Congrégation pour la doctrine de la foi avait déjà précisé, en 1980 : « Rien ni personne ne peut autoriser que l’on donne la mort à un être humain innocent, fœtus ou embryon, enfant ou adulte, vieillard, malade incurable ou agonisant. Personne ne peut demander ce geste homicide pour soi ou pour un autre confié à sa responsabilité, ni même y consentir, explicitement ou non. Aucune autorité ne peut légitimement l’imposer, ni même l’autoriser. Il y a là violation d’une loi divine, offense à la dignité de la personne humaine, crime contre la vie, attentat contre l’humanité » (5).


   
    La doctrine catholique est donc parfaitement claire, qui éclaire et oblige la conscience de chaque fidèle. Elle constitue ainsi, sur cette question, un point de repère nécessaire et absolu dans l’appréciation des programmes proposés par les candidats à l’élection présidentielle .


    Le Conseil de l’Europe, dans sa recommandation 1419, adoptée le 25 juin 1999, relative à la « Protection des droits de l’homme et de la dignité des malades incurables et des mourants », a indiqué que « l’obligation de respecter et de protéger la dignité d’un malade incurable ou d’un mourant est la conséquence naturelle de la dignité inviolable inhérente à l’être humain à tous les stades de la vie » (n° 4). « L’être humain, qui commence sa vie dans un état de faiblesse et de dépendance, a besoin de protection et de soutien lorsqu’il se trouve à l’article de la mort » (n° 6). 


    En conséquence, a-t-il ajouté, « il faut (…) bannir toute décision qui reposerait sur des jugements de valeur générale en vigueur dans la société », c'est-à-dire les modes du jour, « et veiller à ce qu’en cas de doute la décision soit toujours en faveur de la vie et de la prolongation de la vie » (n° 9, b, IV). La recommandation s’achève par une invitation adressée à tous les Etats membres à protéger la dignité et les droits de ces malades, notamment « en maintenant l’interdiction absolue de mettre intentionnellement fin à la vie des malades incurables et des mourants », dès lors que l’article 2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose que « la mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement », que « le désir de mourir exprimé par un malade incurable ou un mourant ne peut jamais constituer un fondement juridique à sa mort de la main d’un tiers » et que « le désir de mourir exprimé par un malade incurable ou un mourant ne peut en soi servir de justification légale à l’exécution d’actions destinées à entraîner la mort » (n. 9, c).


    Tels sont les principes premiers de la question de l’euthanasie, sur lesquels il est heureux de constater l’accord de la doctrine catholique et des orientations du Conseil de l’Europe, dont les candidats n’ont cependant cure, pas plus que des principes énoncés par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Signe des temps, dira-t-on. Peut-être. Mais signe éloquent.

(A suivre)

_______________

(1) Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2258. On ne saurait trop recommander aux personnes intéressées la lecture attentive de ces documents.

(2) Op. cit. n. 2269.

(3) Op. cit. n. 2268.

(4) Op. cit. n. 2277.

(5) Congrégation pour la doctrine de la foi, Déclaration “iura et bona” sur l’euthanasie et sur l’observation d’un usage thérapeutique, droit et proportionné des médicaments analgésiques, 5 mai 1980, II.

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Publié dans : Ethique médicale/euthanasie
Vendredi 9 mars 2007 5 09 /03 /Mars /2007 16:45

Par La rédaction
On doit signaler un article très bien fait dans le journal Le Parisien, qui met en lumière les méthodes douteuses du lobby de l'euthanasie, qui sous couvert d'empathie, prône en réalité le libre suicide assisté.

A ce propos, on peut utilement se reporter à l'intéressant décryptage sur le blog de Patrice de Plunkett.

(A suivre)
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Publié dans : Ethique médicale/euthanasie
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