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Les Catéchèses d'Hermas

Mardi 7 septembre 2010 2 07 /09 /Sep /2010 08:00

Par Mgr Jacques MASSON

prieres


Nativité de la Très Sainte Vierge Marie
Bartolomeo VIVARINI,1473 Santa Maria Formosa, Venise


HYMNE de la liturgie byzantine (cf. http://www.sion.org/Nativit%C3%A9%20Marie.htm)

Aujourd'hui, de la racine de Jessé
Une tige est sortieD'où s'élèvera pour le mondeUne fleur substantiellement unie à la divinité.

L'échelle que Jacob contempla en figure
Aujourd'hui de la terre s'élève jusqu'au ciel. Sur elle Dieu repose; c'est elle qui rend visibleLe Dieu qui, sur la terre, converse avec les hommes.

Aujourd'hui, ont soufflé les brises
Annonciatrices d'une joie nouvelle.

Que le ciel se réjouisse dans les hauteurs
Et qu'exulte la terre.

Sur la mer de ce monde une conque vient de naître,
Celle qui par l'éclair de la divinitéConcevra et enfanteraLa perle inestimable, le Christ, notre Dieu.

C'est d'elle que sortira le roi de gloire
Revêtu de la pourpre de notre chair mortelle. Il nous visitera, captifs de la mort,Et nous accordera notre libération.

Bondissez de joie, montagnes :
Elle vient au monde, éclatante, la montagne du Seigneur, Qui transcende toute colline et toute montagne, Tout ange, tout homme et toute créature.

Cime plus sainte que le Sinaï,
Que ne couvrent ni fumée, ni ténèbre,Ni tempête ni feu redoutable,Mais l'éclat illuminateur de l'Esprit très saint.

Là, la Parole de Dieu, par l'Esprit, ce doigt divin,
Avait gravé la loi sur des tables de pierre. Ici, par l'Esprit Saint et du sang de Marie, Le Verbe s'est incarné et s'est donné à nous.

Aujourd'hui, le Verbe, Créateur de l'univers,
Est écrit en personne dans un livre nouveau,Jailli du cœur du Père, inspiré par l'Esprit.En lui est gravé pour toujours le mystère de notre salut.

Oui, tu es plus précieuse que toute la création :
De toi seule le Créateur a reçu le don de notre humanité. Sa chair fut faite de ta chair et son sang de ton sang :Dieu s'est nourri de ton lait et tes lèvres ont touché les lèvres de Dieu.

Depuis toujours le Dieu de l'univers t'a aimée
Et quand vint la Plénitude du temps il t'appela à l'existence. Sur toi, il s'est penché, près de lui, il t'a élevée,Pour qu'un jour tu enfantes et nourrisses son propre Fils et ton Dieu.

Ce que Dieu a promis, voici qu'il l'accomplit
En nous donnant la Vierge, vraie fille de David. C'est d'elle que le Christ Créateur, le nouvel Adam, Est né pour être roi; et aujourd'hui il règne.

La stérile enfante la Mère de Dieu, nourricière de notre vie.
De la racine de Jessé, Marie nous est née en ce jour. Toute la création est renouvelée et divinisée.Réjouissez-vous, terre et ciel, louez-la, toutes les nations.

Que le ciel tressaille et que la terre se réjouisse,
Car le ciel de Dieu est né sur notre terre. C'est l'Epouse de Dieu, fruit de sa promesse : En elle, le Christ germera et portera son fruit.

Ta nativité, Mère de Dieu, a révélé la joie à tout l'univers,
Car de toi s'est levé le Soleil de justice, le Christ notre Dieu.Il nous a libérés de la malédiction et nous donne la bénédiction. II a vaincu la mort et nous accorde la Vie éternelle.


Bérulle, 17ème siècle à Paris.

Elle naît à petit bruit, Sans que le monde en parle
Et sans qu'Israël même y pense, Bien qu'elle soit la fleur d'Israël.
Ne voyons-nous pas que la terre n'est pas digne de recevoir son sauveur
Et toutefois, Dieu fidèle en sa personne veut accomplir ses promesses, ouvrir le ciel, descendre sur la terre,
Et Il veut se faire homme, homme et Dieu tout ensemblela vie, le salut, la lumière, et la paix de dieu et des hommes. Pour rendre la terre digne de porter et recevoir son Dieu,

Dieu fait naître en la terre une personne rare et éminente qui n'a point de part au péché du monde. Elle est conçue sans péché, Elle est sanctifiée dès le premier moment de son être,

Elle est constituée dans la grâce… Cette grâce tend à faire non des saints, mais à produire le Saint des Saints, à former l'Homme-Dieu.

Elle naît à petit bruit,
Sans que le monde en parle. Et sans qu'Israël même y pense, Bien qu'elle soit la fleur d'Israël.

Mais si la terre n'y pense pas, le ciel la regarde et la révère
comme celle que Dieu a fait naître pour rendre grand service à sa propre personne. Et Dieu l'aime et la regarde en cette qualité…

Il la regarde, la chérit, la conduit,comme celle à qui Il veut se donner comme fils et la rendre sa mère. Il la sanctifie dès son enfance, et la consacre en son Temple.
Là, en sa solitude, Il la garde Il l'anime de sa Parole,Il la visite par ses anges,- en attendant que lui-même la visite en sa propre personne-.

Elle naît à petit bruit,
Sans que le monde en parle. Et sans qu'Israël même y pense, Bien qu'elle soit la fleur d'Israël.



Anne Trinitaire, Flandres, vers 1550

Musée du Louvre

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Prières, neuvaines chrétiennes
Lundi 6 septembre 2010 1 06 /09 /Sep /2010 08:02

Par Mgr Jacques MASSON

Sermon pour la Nativité de la Vierge Marie, « L’Aqueduc ». (Saint Bernard)

8. Pourquoi désirer autre chose, mes frères ? Cherchons la grâce, et cherchons-la avec l'aide de Marie, car elle trouve ce qu'elle cherche, et ne revient pas bredouille. Mais cherchons la grâce auprès de Dieu, non pas cette grâce illusoire que dispensent les hommes. Que d'autres veuillent s'acquérir des mérites ; nous nous emploierons à obtenir la grâce. Et n'est-ce point une grâce que nous soyons ici ? Oui, car sans la miséricorde du Seigneur, nous aurions été anéantis. Qui, nous ? Nous les parjures, les adultères, les homicides, les voleurs, nous les excréments de ce monde ! Interrogez vos consciences, mes frères, et avouez que là où abonda le péché, la grâce surabonde (Rm,5,20). Marie n'allègue point son mérite, elle demande la grâce. Elle compte si bien sur la grâce, et elle est si peu orgueilleuse, qu'en entendant la salutation de l'ange, elle est prise de crainte. "Marie, dit l'Evangile, se demandait ce que signifiait cette salutation". C'est qu'elle s'estimait très indigne d'être saluée par un ange. Elle se disait sans doute : " Comment se fait-il qu'un ange du Seigneur vienne me trouver ? " Ne crains rien, Marie, ne t'étonne pas qu'un ange vienne : un autre viendra, plus grand que l'ange. Ne sois pas surprise de voir l'ange du Seigneur. Et puis, pourquoi ne verrais-tu pas un ange, toi qui mènes déjà une vie angélique ? Pourquoi ne saluerait-il pas la concitoyenne des saints et la servante de Dieu ? La virginité est une vie angélique, car ceux qui ne prennent ni mari ni femme sont comme des anges de Dieu (Mt,22,30)
9. …Si tout homme qui s'humilie doit être exalté, qu'y a-t-il de plus sublime que l'humilité de Marie ? Elisabeth, toute surprise de sa venue, disait : "Comment se fait-il que la Mère du Seigneur vienne chez moi ? Mais elle devait s'étonner plus encore qu'à la manière de son Fils, Marie vînt pour servir, et non pour être servie (Mt,20,28). Aussi est-ce à juste titre que le Chantre divin l'accueillait de cet hymne de louange : Qui est celle qui monte comme l'aurore à son lever, belle comme la lune, lumineuse comme le soleil, redoutable comme une armée rangée en bataille ? (cant.8,9). Elle monte, en effet, au-dessus de tout le genre humain, elle monte jusqu'aux anges, mais elle les dépasse encore, et elle va occuper sa place plus haut que toute créature céleste. Il faut d'ailleurs qu'elle aille puiser plus haut que les anges cette eau vive qu'elle doit reverser sur les hommes. 
10. Comment cela se fera-t-il, dit-elle, puisque je ne connais pas d'homme ? Vraiment sainte de corps et d'esprit, elle a gardé sa chair intacte et elle est résolue à la garder toujours, mais l'ange lui répond : L'Esprit-Saint surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre (Lc,1,34,35). Ne m'interroge pas, semble-t-il lui dire, ceci me dépasse et je n'ai rien à t'en dire. C'est l'Esprit-Saint, non pas l'esprit angélique, qui surviendra en toi ; et c'est la vertu du Très-Haut qui t'enveloppera de son ombre, ce n'est pas moi. Ne t'attarde pas parmi les anges, Vierge sainte ; la terre assoiffée attend de recevoir par ton intervention une eau désaltérante venue de plus haut. Quand tu auras un peu dépassé le ciel des anges, tu trouveras celui qu'aime ton âme. Un peu, te dis-je, non qu'il ne soit incomparablement supérieur aux anges, mais parce qu'entre eux et lui tu ne trouveras plus aucun intermédiaire. Dépasse donc les Vertus et les Dominations, les Chérubins et les Séraphins, pour parvenir à celui qu'ils acclament à l'envi : " Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées (Isaie,6,3). Car le Saint qui naîtra de toi sera appelé le Fils de Dieu ". Il est source de sagesse, Verbe du Père au plus haut des cieux. Ce Verbe, par ton intermédiaire, se fera chair, et celui qui dit : " Je suis dans le Père et le Père est en moi " (Jn,14,10) dira aussi : "Je suis sorti de Dieu et je suis venu " (Jn,8,42). "Au commencement était le Verbe", dit l'Evangile. Déjà la source jaillissait, mais seulement à l'intérieur d'elle-même. Car le Verbe était en Dieu, habitant la lumière inaccessible. Dès l'origine, le Seigneur disait : "J'ai des pensées de paix, et non d'affliction". Mais ta pensée, Seigneur, est en toi, et nous ignorons ce que tu penses. Nul n'a connu la volonté de Dieu, nul n'a fait partie de son conseil. La pensée pacifique s'est donc réalisée sur terre dans l'oeuvre de paix : le Verbe s'est fait chair et habite désormais parmi nous. Par la foi, il réside dans nos coeurs, dans notre mémoire, dans notre pensée ; il est même descendu jusque dans notre imagination. Jusque-là, en effet, l'homme ne pouvait connaître de Dieu que l'idole qu'il s'en était forgée dans son coeur.
11. Il était incompréhensible et inaccessible, invisible et parfaitement insaisissable à la pensée. Mais il a voulu être compris, être vu, être saisi par la pensée. Comment, direz-vous ? En se couchant dans la crèche, en reposant au giron de la Vierge, en prêchant sur la montagne, en passant les nuits à prier, en se laissant clouer à la croix, dans la lividité de sa mort, dans sa liberté entre les morts, en régnant sur les enfers, puis en ressuscitant le troisième jour, et en montrant aux Apôtres, pour preuve de sa victoire, la marque des clous ; enfin, en montant au ciel sous leurs yeux. Chacune de ses actions appellent les réflexions les plus sincères et les plus pieuses. Dès que j'évoque l'une d'entre elles, je pense à Dieu, et à travers toutes il est mon Dieu. Méditer ainsi, c'est la sagesse même, je l'ai dit, et j'estime que rien n'est plus recommandable que de se remémorer toute la douceur de ces événements...
12. Considérez donc comment Marie s'est élevée jusqu'aux anges par la plénitude de la grâce, et plus haut encore par l'intervention en elle du Saint-Esprit. Les anges possèdent la charité, la pureté et l'humilité, toutes vertus qui sont éclatantes en Marie. Mais je l'ai déjà montré tout à l'heure, dans la mesure où nous sommes capables de parler de ces mystères ; il faut faire voir maintenant en quoi elle est supérieure aux anges. Quel est l'ange à qui il ait jamais été dit : "L'Esprit-Saint surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut t'enveloppera de son ombre : c'est pourquoi le Saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu ? Car enfin, la Vérité est née de la terre (Ps,84,12), et non du monde des anges ; elle a fait sienne non pas la nature angélique, mais la race d'Abraham. Pour un ange, c'est déjà un grand honneur que d'être le serviteur du Seigneur ; mais Marie a mérité mieux : d'en être la Mère. La gloire sans pareille de la Vierge, c'est sa fécondité, et ce privilège unique la rend aussi supérieure aux anges que le nom de Mère surpasse la qualité de serviteur. Déjà pleine de grâce, déjà brulante de charité, vierge sans tâche, et pétrie d'humilité, il lui est échu cette grâce de surcroît : de concevoir sans connaître l'homme et de devenir mère sans subir les douleurs de l'enfantement. Mais c'est peu de chose encore : l'enfant qui est né d'elle est appelé le Saint, et il est le Fils de Dieu.
13. Dès lors, mes frères, nous devons tout mettre en oeuvre pour que la Parole sortie de la bouche du Père et venue jusqu'à nous par la médiation de la Vierge ne s'en retourne pas à vide ; par cette même médiation, il nous faut rendre grâce pour grâce. Tant que nous ne pouvons que désirer la présence de Dieu, célébrons sans cesse sa mémoire ; et que les flots de la grâce remontent à leur source première pour en revenir plus abondants encore. S'ils ne retournent à leur origine, ils tariront et, infidèles dans les petites choses, nous ne mériterons pas les grandes récompenses…
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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Religion chrétienne
Dimanche 5 septembre 2010 7 05 /09 /Sep /2010 10:47

Par Mgr Jacques MASSON

La Nativité de Marie, vers 1410 ;

Strasbourg Musée de l’œuvre de Notre-Dame

sermon pour la nativité de la bienheureuse marie.

Saint Bernard ( ?)

(cf. http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/bernard/tome07/guerric/tome7082.htm)


1. «Semblable à la vigne, j'ai donné des fruits d'une odeur suave (Eccle. XXIV, 23). » Nous célébrons la Nativité de la très-heureuse Vierge Mère de Dieu, de qui a voulu naître celui qui est le salut de tous, pour donner le pouvoir de renaître à la vie, à ceux qui étaient nés pour la mort. Aujourd'hui est née une nouvelle mère, qui a détruit la malédiction de la première, afin que ceux qui étaient nés sous le coup de la malédiction éternelle possédassent par elle l'héritage de la bénédiction. Mère tout-à-fait nouvelle, qui a donné une vie nouvelle à ses enfants vieillis et qui a guéri en eux le vice d'une vieillesse innée et surajoutée. Oui, c'est une mère nouvelle, car elle enfante par un prodige si nouveau, qu'elle est mère et vierge et qu'elle met au monde celui qui a tout créé, et sa mère au milieu de tout le reste. Admirable est le prodige de cette nouveauté féconde, mais plus étonnant encore, le miracle d'avoir mis au jour un tel enfant. Nul ne regardera comme incroyable qu'elle ait enfanté en restant Vierge s'il reconnaît que l'enfant, qui est né d'elle , est Dieu. Il ne cause, en effet, aucun dommage à l'intégrité de sa mère, celui qui a coutume de rétablir ce qui a été altéré, la vérité de la chair qu'il a prise ne cause aucun préjudice à la puissance du Créateur, et ne l'a point empêché de garder pour lui, ce qu'il a donné à plusieurs créatures. Vous trouverez, en effet, beaucoup de créatures engendrées sans corruption de ce qui les a produites, et rendre témoignage à leur auteur, comme par une sorte de voix, au sujet de leur production sans souillure.


2. Mais que la mère nous parle elle-même, elle qui est instruite de ce mystère, qu'elle nous dise ce qu'elle a produit et comment elle l'a produit. Qu'elle nous parle en empruntant les oracles des antiques prophètes, non point en recourant à des arguments nouveaux, parce que, comme s'exprime l'apôtre saint Pierre, «la parole prophétique » est plus « assurée que les miracles (II Petr. I, 19). » Qu'y a-t-il de moins exposé aux attaques, de plus à l'abri du soupçon de fausseté, que le témoignage divinement rendu à des choses qui n'existent pas encore ? Longtemps donc avant que Marie naquit, l'esprit qui devait résider en elle, empruntait sa voix, et défendait son oeuvre, c'est-à-dire tant la divinité du Fils que l'intégrité de la mère, contre les blasphèmes des impies, et c'est en son nom, si maintenant nous suivons l'interprétation commune, qu'il prononçait les paroles que vous avez entendues tout à l'heure : « Semblable à une vigne, j'ai donné des fruits d'une odeur suave (Eccle. XXIV, 23). » Le contexte rapporte ce passage à la sagesse, comme vous le savez, vous qui connaissez les règles de la lecture des livres sacrés. Néanmoins cela n'empêche point notre explication, qui s'applique pareillement, ainsi que bien d'autres textes, à la personne de la Vierge Mère. Vous n'ignorez pas ce que d'autres témoignages, qui se rapportent plus manifestement et plus particulièrement à ce sujet, vous apprennent abondamment ; mais il ne faut point frustrer votre attente des détails que fournit le passage relatif à cette fête.


3. Que Marie réponde donc tant pour elle que pour son Fils à ces blasphémateurs , qu'elle extermine , par une seule parole , toutes les hérésies, et qu'elle dise : « Comme la vigne, j'ai donné un fruit d'une odeur suave. » C'est comme si elle disait ouvertement : mon enfantement n'a pas d'analogues parmi les femmes, mais il trouve des similitudes dans les autres créatures. Vous demandez comment la virginité a engendré le Sauveur? Comme la vigne donne son odeur. Si vous trouvez la fleur corrompue pour avoir livré son parfum, croyez que la pureté a été altérée quand elle a mis au jour le Sauveur. Que pouvez-vous attaquer dans l'exactitude de cette comparaison ? Qu'est-ce que le Fils de la virginité, sinon la fleur d'un corps sans souillure ? Qu'est-ce que le Fils de la virginité, sinon une suave odeur ? Prenez garde cependant à ne point mourir de cette agréable odeur. Car elle est une odeur de vie pour la vie, à ceux qui se sauvent, et une odeur de mort pour la mort à l'égard des autres, c'est-à-dire à l'égard de ceux qui périssent, comme l'est la fleur de la vigne pour les animaux venimeux. L'esprit du vieux patriarche était ranimé par la suavité de cette odeur, lorsqu'en touchant son fils il sentait le parfum du Christ, et exprimait en ces termes les retours qu'il éprouvait au souvenir de l'abondance de cette suavité : « Voici que l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ rempli que le Seigneur a béni (Gen. XXVII, 27).» Dieu le Père a respiré l'ambroisie de cette odeur, et, réjoui, il a fait grâce au genre humain, lorsque le Fils s'offrait lui-même, oblation et hostie à Dieu, en odeur de suavité. Nous sommes attirés par cette senteur agréable, lorsqu'en nous convertissant nous courons vers lui ; ce parfum entraîne les jeunes filles lorsque par la dévotion elles volent sur ses pas. Bien que l'odeur de la prédication soit autre et plus épaisse que celle qui s'exhale de ses vêtements, de ses essences ou peut-être de son corps. Elle n'est point autre que la vertu qui sort de lui, vertu qui excite, les paresseux, renouvelle la ferveur de l'amour, afin de le faire bondir pour avancer rapidement dans la voie des commandements.


4. Que Marie se glorifie donc d'avoir donné un fruit si odoriférant, et qu'elle dise : « Semblable à la vigne, j'ai produit un fruit à l'odeur suave. » C'est bien dit « comme la vigne : » car son bien-aimé est pour elle une grappe de vigne de Chypre dont le pressoir de la passion a fait sortir la liqueur rouge de ce sang généreux dont le brillant calice enivre les âmes; et de plus, tous les jours, la sainte dévotion s'en exprime un vin qui réjouit le coeur de l'homme et l'enivre de la volupté de la joie et de l'amour. Cependant il n'enivre l'âme que lorsque sa suavité se fait sentir : l'allégresse, causée par la vision, ne la réjouit que lorsque la piété de la doctrine l'a pénétrée, parce que si nous ne croyons pas, nous ne comprendrons jamais (Isa. VII, 9), nous ne goûterons point combien le Seigneur est doux. En effet, c'est la foi qui perçoit les odeurs, c'est l'expérience qui goûte et qui jouit. Voilà pourquoi Marie, décrivant son Jésus par ses vertus et ses effets, l'appelle d'abord une suave odeur; c'est que Jésus commencé à habiter en nous, lorsque l'odeur de ses saints parfums nous attire à lui. Mais quel est le fruit d'où nous vient cette odeur, le terme vers lequel elle nous appelle! Elle nous le dit lorsqu'elle ajoute : « Et mes fruits sont des fruits d'honneur et de sainteté (Eccl. XXIV, 23). » Oui, Jésus est une odeur suave qui invite, une vertu qui sanctifie, un honneur qui glorifie. Odeur suave qui nous attire comme dans le chemin : vertu par laquelle nous sommes conduits, honneur auquel nous parvenons à la fin. Ce mot d'honnêteté est beau, c'est comme si on disait : état d'honneur, cet honneur de la dignité et de la gloire souveraine du ciel ne pourrait trouver place plus tard en nous, si l'honnêteté de la vie et des moeurs ne lui préparait maintenant un siège. Alors on ne verra point, comme aujourd'hui on l'aperçoit çà et là, un homme honoré qui suit sans honnêteté , mais aussi nulle honnêteté ne sera sans être honorée. Jésus est donc premièrement une odeur suave pour ceux qu'il appelle; ensuite il est honnêteté pour ceux qu'il justifie ; enfin il est honneur pour ceux qu'il glorifie. « Car ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés, et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés, et ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés (Rom. VIII, 29). »


5. Tel est donc mon bien-aimé, s'écrie Marie, tel est mon Fils, ô filles de Jérusalem. Voilà le fruit béni de mes entrailles, c'est lui que mes fleurs ont fait fructifier. Elle ne dit pas ma fleur, mais mes fleurs; parce que lorsqu'une vierge est sainte , la fleur de la virginité revêt plu sieurs formes dans son âme. Cette grâce spéciale fleurit cependant en beaucoup de manières dans Marie plus que dans les autres, dans Marie qui, toute belle au dedans et au dehors, était revêtue tout entière de l'éclat printanier d'une sorte de floraison et de beauté virginale. En vous aussi, si la chasteté est parfaite, non-seulement votre chair refleurira, mais encore une sorte de sanctification divine s'épanouira sur vous tout entier. Votre regard ne sera ni impur ni égaré, mais fleuri par son expression de modestie; vos paroles ne seront ni lascives ni ineptes, mais agréables par leur ton de réserve, ou bien assaisonnées de sagesse. Vos oreilles ne seront pas démangées d'entendre des choses nouvelles ou honteuses, ni votre palais tourmenté de l'envie de choses douces. Votre démarche ne sera pas désordonnée, mais modeste : votre extérieur ne sera pas, je ne dis pas celui d'une femme impudique, ne sera pas superstitieux, mais religieux ; tout l'ensemble de votre être sera florissant de la grâce de la sainteté, en sorte que vous pourrez dire avec raison à l'Époux, lorsque vous l'inviterez à entrer dans le secret de votre coeur : « Notre lit est couvert de fleurs (Cant. X, 15). » Bien plus, vous serez vous-même en votre entier, comme une très-belle fleur, comme une de ces fleurs dont l'Épouse désire qu'on fortifie ou qu'on soulage la langueur de son amour, lorsqu'elle dit : «Fortifiez-moi de fleurs, entourez-moi de fruits , parce queje languis d'amour (Cant. II, 5). » Un. juste semblable, quand même sa racine aurait vieilli dans la terre, et son tronc serait mort dans la poussière, fleurira comme le lis, à l'odeur de l'eau vive, dans la résurrection, c'est-à-dire, quand les justes refleuriront, et il fleurira à jamais devant le Seigneur, cette fleur; issue d'une fleur, née de la vierge, fils de la vierge, époux et couronne des vierges, fleur , dis-je, qui couronnera non-seulement l'intégrité des vierges. mais encore la chasteté de ceux qui sont continents, à qui soit la gloire dans tous les siècles des siècles. Amen.

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Samedi 4 septembre 2010 6 04 /09 /Sep /2010 12:40

Par Mgr Jacques MASSON

Les Evangiles apocryphes


II - Evangile de la nativité de marie (chapitres 6 à 10)


Nativité de la Très Sainte Vierge Marie

Bartolomeo VIVARINI 1473, Santa Maria Formosa, Venice


CHAPITRE VI.


Et lorsque le terme de trois ans fut révolu et que le temps de la sevrer fut accompli, ils amenèrent au temple du Seigneur celte Vierge avec des offrandes. Or, il y avait autour du temple quinze degrés à monter, selon les quinze Psaumes des degrés. Car, parce que le temple était bâti sur une montagne, il fallait monter des degrés pour aller à l'autel de l'holocauste qui était par dehors. Les parents placèrent donc la petite bienheureuse Vierge Marie sur le premier degré. Et comme ils quittaient les habits qu'ils avaient eus en chemin, et qu'ils en mettaient de plus beaux et de plus propres selon l'usage, la Vierge du Seigneur monta tous les degrés un à un sans qu'on lui donnât la main pour la conduire ou la soutenir, de manière qu'en cela seul on eût pensé qu'elle était déjà d'un âge parfait. Car le Seigneur, dès l'enfance de sa Vierge, opérait déjà quelque chose de grand et faisait voir d'avance par ce miracle quelle serait la sublimité des merveilles futures. Ayant donc célébré le sacrifice selon la coutume de la loi, et accompli leur vœu, ils l'enrayèrent dans l'enclos du temple pour y être élevée avec les autres Vierges et ils retournèrent à leur maison.


CHAPITRE VII.


Or la Vierge du Seigneur, en avançant en âge profitait en vertus, et suivant l'expression du Psalmiste, « son père et sa mère l'avaient délaissée, mais le Seigneur prit soin d'elle. » Car tous les jours elle était fréquentée par les Anges, tous les jours elle jouissait de la vision divine qui la préservait de tous les maux et qui la comblait de tous les biens. C'est pourquoi elle parvint à l'âge de quatorze ans sans que non seulement les méchants pussent rien découvrir de répréhensible en elle, mais tous les bons qui la connaissaient trouvaient sa vie et sa manière d'agir dignes d'admiration. Alors le grand-prêtre annonçait publiquement que les Vierges que l'on élevait soigneusement dans le temple et qui avaient cet âge accompli s'en retournassent cher elles pour se marier selon la coutume de la nation et la maturité de l'âge. Les autres ayant obéi à cet ordre avec empressement, la Vierge du Seigneur Marie fut la seule qui répondit qu'elle ne pouvait agir ainsi, et elle dit : « Que non seulement ses parents l'avaient engagée au service du Seigneur, mais encore qu'elle avait voué au Seigneur sa virginité qu'elle ne voulait jamais violer en habitant avec un homme. » Le grand-prêtre fut dans une grande incertitude, car il ne pensait pas qu'il fallût enfreindre son vœu (ce qui serait contre l'Écriture, qui dit : « Vouez et rendez »), ni qu'il fallût se hasarder à introduire une coutume inusitée chez la nation; il ordonna que tous les principaux de Jérusalem et des lieux voisins se trouvassent à la solennité qui approchait, afin qu'il pût savoir par leur conseil ce qu'il y avait à faire dans une chose si douteuse. Ce qui ayant été fait, l'avis de tous fut qu'il fallait consulter le Seigneur sur cela. Et tout le monde étant en oraison, le grand-prêtre selon l'usage se présenta pour consulter Dieu. Et sur le champ tous entendirent une voix qui sortit de l'oracle et du lieu de propitiation, qu'il fallait, suivant la prophétie d'Isaïe, chercher quelqu'un à qui cette Vierge devait être recommandée et donnée en mariage. Car on sait qu'Isaïe dit : « Il sortira une Vierge de la racine de Jessé, et de cette racine il s'élèvera une fleur sur laquelle se reposera l'esprit du Seigneur, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et elle sera remplie de l'esprit de la crainte du Seigneur. » Le grand-prêtre ordonna donc, d'après cette prophétie, que tous ceux de la maison et de la famille de David qui seraient nubiles et non mariés, vinssent apporter chacun une baguette sur l'autel, car l'on devait recommander et donner la Vierge en mariage à celui dont la baguette, après avoir été apportée, produirait une fleur, et au sommet de laquelle l'esprit du Seigneur se reposerait sous la forme d'une colombe.



CHAPITRE VIII.


Il y avait parmi les autres de la maison et de la famille de David, Joseph, homme fort âgé, et tous portant leurs baguettes selon l’ordre donné, lui seul cacha la sienne. C'est pourquoi, rien n'ayant apparu de conforme à la voix divine, le grand-prêtre pensa qu'il fallait derechef consulter Dieu, et le Seigneur répondit que celui qui devait épouser la Vierge était le seul de tous ceux qui avaient été désignés qui n'eût pas apporté sa baguette. Ainsi Joseph fut découvert Car lorsqu'il eut apporté sa baguette, et qu'une colombe, venant du ciel, se fut reposée sur le sommet, il fut manifeste pour tous que la Vierge devait lui être donnée en mariage. Ayant donc célébré les fiançailles selon l'usage accoutumé, il se retira dans la ville de Bethléem, pour arranger sa maison et pourvoir aux choses nécessaires pour les noces. Mais la Vierge du Seigneur Marie, avec sept autres Vierges de son âge et sevrées avec elle, qu'elle avait reçues du prêtre, s'en retourna en Galilée dans la maison de ses parents.


CHAPITRE IX.


Or, en ces jours-là, c'est-à-dire au premier temps de son arrivée en Galilée, l'Ange Gabriel lui fut envoyé de Dieu pour lui annoncer qu'elle concevrait le Seigneur et lui exposer la manière et l'ordre de la conception. Etant entré vers elle, il remplit la chambre où elle demeurait d'une grande lumière, et, la saluant avec une très grande vénération, il lui dit : « Je te salue, Marie, Vierge du Seigneur, très agréable à Dieu, pleine de grâce ; le Seigneur est avec toi ; tu es bénie par-dessus toutes les femmes, tu es bénie par-dessus tous les hommes nés jusqu'à présent. » Et la Vierge, qui connaissait déjà bien les visages des Anges, et qui était accoutumée à la lumière céleste, ne fut point effrayée de voir un Ange, ni étonnée de la grandeur de la lumière, mais son seul discours la troubla, et elle commença à penser quelle pouvait être cette salutation si extraordinaire, ce qu'elle présageait ou quelle fin elle devait avoir. L'Ange, divinement inspiré, allant au devant de cette pensée : « Ne crains point, dit-il, Marie, comme si je cachais par cette salutation quelque chose de contraire à ta chasteté. C'est pourquoi, étant Vierge, tu concevras sans péché et tu enfanteras un fils. Celui-là sera grand, parce qu'il dominera depuis la mer jusqu'à la mer, et depuis le fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Et il sera appelé le Fils du Très-Haut, parce qu'en naissant humble sur la terre, il règne élevé dans le Ciel. Et le Seigneur Dieu lui donnera le siège de David son père, et il régnera à jamais dans la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. Il est lui-même le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, et son trône subsistera dans le siècle du siècle. » La Vierge crut à-ces paroles de l'Ange, mais, voulant savoir la manière, elle répondit : « Comment cela pourra-t-il se faire? car, puisque, suivant mon vœu, je ne connais point d'homme, comment pourrai-je enfanter sans cesser d'être vierge ? » A cela l'Ange lui dit : « Ne pense pas, Marie, que tu doives concevoir d'une manière humaine. Car, sans avoir de rapport avec nul homme, tu concevras en restant vierge ; vierge, tu enfanteras ; vierge, tu nourriras. Car le Saint-Esprit surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre contre toutes les ardeurs de l'impureté. Car tu as trouvé grâce devant le Seigneur, parce que tu as choisi la chasteté. C'est pourquoi ce qui naîtra de toi sera seul Saint, parce que seul conçu et né sans péché, il sera appelé le Fils de Dieu. » Alors Marie, étendant les mains et levant les yeux, dit : « Voici la servante du Seigneur (car je ne suis pas digne du nom de maîtresse) ; qu'il me soit fait suivant ta parole. » (Il serait trop long et même ennuyeux de rapporter ici tout ce qui a précédé ou suivi la naissance du Seigneur. C'est pourquoi passant ce qui se trouve plus au long dans l'Évangile, finissons par ce qui n'y est pas si détaillé.[1]


chapitre X.


Joseph donc venant de la Judée dans la Galilée avait intention de prendre pour femme la Vierge avec laquelle il était fiancé. Car trois mois s'étaient déjà écoulés, et le quatrième approchait depuis le temps que les fiançailles avaient eu lieu. Cependant le ventre de la fiancée grossissant peu à peu, il commença à se manifester qu'elle était enceinte, et cela ne put pas être caché à Joseph. Car entrant auprès de la Vierge plus librement comme étant son époux, et parlant plus familièrement avec elle, il s'aperçut qu'elle était enceinte. C'est pourquoi il commença à avoir l'esprit agité et incertain; parce qu'il ignorait ce qu'il avait à faire de mieux. Car il ne voulut point la dénoncer, parce qu'il était juste, ni la diffamer par le soupçon de fornication, parce qu'il était pieux. C'est pourquoi il pensait à rompre son mariage secrètement et à la renvoyer en cachette. Comme il avait ces pensées, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe disant : « Joseph, fils de David, n'aie aucune crainte, et ne conserve aucun soupçon de fornication contre la Vierge, et ne pense rien de désavantageux à son sujet, et ne redoute point de la prendre pour femme. Car ce qui est né en elle, et qui tourmente actuellement ton esprit, est l'œuvre, non d'un homme, mais du Saint-Esprit, Car, seule entre toutes les Vierges, elle enfantera le Fils de Dieu, et tu l'appelleras du nom de Jésus, c'est-à-dire Sauveur, car c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés. » Joseph, se conformant au précepte de l'Ange, prit donc la Vierge pour femme ; cependant il ne la connut pas, mais en ayant soin chastement, il la garda. Et déjà le neuvième mois depuis la conception approchait, lorsque Joseph, ayant pris sa femme et les autres choses qui lui étaient nécessaires, s'en alla à la ville de Bethléem d'où il était. Or, il arriva, lorsqu'ils y furent, que le terme étant accompli, elle enfanta son fils premier-né, comme l'ont enseigné les Saints Évangélistes, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui, étant Dieu avec le Père, le Fils et l'Esprit-Saint vit et règne pendant tous les siècles des siècles.

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Vendredi 3 septembre 2010 5 03 /09 /Sep /2010 08:00

Par Mgr Jacques MASSON

Les Evangiles apocryphes

II - Evangile de la nativité de marie (chapitres 1 à 5)


 Durant plusieurs siècles, ce texte jouit, en Orient, de la plus grande célébrité ; il fut d'abord accueilli avec un peu plus de froideur en Occident. Une tradition, que l'on ne discutait point alors, l'attribuait à saint Mathieu, et voulait qu'elle eût été écrite en hébreu ; la traduction, qui s'en répandit vers le sixième siècle, fut donnée comme l'œuvre de saint Jérôme ; et les éditeurs des œuvres complètes de ce Père ont cru pouvoir l'admettre dans leurs éditions, tout en s’inscrivant en faux contre une assertion qui n'est plus susceptible d'avoir un seul partisan.

Cet Évangile est l'un des moins chargés de circonstances fabuleuses et de miracles supposés ; quelques-uns des récits qu'il renferme sont mentionnés et signalés comme dénués de fondement dans les écrits de divers Pères de l'Église, tels que saint Augustin et saint Jérôme. Tel qu'il nous est parvenu, pouvons considérer qu’il a été écrit au sixième siècle ;  Au neuvième siècle, la célèbre religieuse de Gandesheim, Hroswitha , en reproduisit les principaux traits dans un poème latin en vers hexamètres que nous rencontrons dans ses œuvres (Historia nativatis laudabilisque conversationis intactœ Dei genitricis, p. 73 de l'édit de 1707). Ils passèrent dans la Légende dorée ; ils figurèrent dans la Vie de Jésus-Christ, que composa Ludolphe le Saxon, prieur des Chartreux de Strasbourg,

L’Évangile de la Nativité de Marie nous est parvenu en latin ; plusieurs fois réimprimé dans des collections étendues, il présente partout un texte uniforme, et il ne paraît point qu'il en existe de manuscrits où se rencontrent des variantes dignes d'attention.

 



A gauche : Ange apparaissant à Saint Joachim pour lui annoncer que sa prière allait être exaucée.

A droite : Joachim est exaucé, par la naissance de sa fille, la Très Sainte Vierge Marie.

Giovanni Francesco Da Rimini 1440,  Musée du Louvre, Paris


CHAPITRE Ier.


Joachim et Anne la stérile


La bienheureuse et glorieuse Marie toujours vierge, de la race royale et de la famille de David, naquit dans la ville de Nazareth, et fut élevée à Jérusalem, dans le temple du Seigneur. Son père se nommait Joachim et sa mère Anne. La famille de son père était de Galilée et de la ville de Nazareth, celle de sa mère était de Bethléem. Leur vie était simple et juste devant le Seigneur, pieuse et irréprochable devant les hommes : car, ayant partagé tout leur revenu en trois parts, ils dépensaient la première pour le temple et pour les ministres du temple ; la seconde, ils la distribuaient aux pèlerins et aux pauvres, et ils réservaient la troisième pour leurs besoins et pour ceux de leur famille. Ainsi chéris de Dieu et des hommes, il y avait près de vingt, ans qu'ils vivaient chez eux dans un chaste mariage sans avoir d’enfants. Ils firent le vœu, si Dieu leur en accordait un, de le consacrer au service du Seigneur, et c'était dans ce dessein qu'à chaque fête de l'année ils avaient coutume d'aller au temple du Seigneur.


CHAPITRE II.

Or, il arriva que, comme la fête de la Dédicace approchait, Joachim monta à Jérusalem avec quelques-uns de sa tribu. C'était alors Issachar qui était grand-prêtre. Lorsqu'il aperçut Joachim parmi les autres avec son offrande, il le rebuta et méprisa ses dons, en lui demandant comment étant stérile, il avait la hardiesse de paraître parmi ceux qui ne l’étaient pas, et disant que, puisque Dieu l'avait jugé indigne d'avoir des enfants, ses dons n'étaient nullement dignes de Dieu ; l’Écriture portant :« Maudit celui qui n'a point engendré de mâle en Israë » ; et il dit que Joachim n'avait qu'à commencer d'abord par se laver de la tache de cette malédiction en ayant un enfant, et qu’ensuite il pourrait paraître devant le Seigneur avec ses offrandes. Joachim, rempli de confusion de ce reproche outrageant, se retira auprès des bergers qui étaient avec ses troupeaux dans ses pâturages : car il ne voulut pas revenir en sa maison de peur que ceux de sa tribu qui étaient avec lui ne lui fissent le même reproche humiliant qu'ils avaient entendu de la bouche du prêtre.


CHAPITRE III.

Or, quand il y eut passé quelque temps, un jour qu'il était seul, l'Ange du Seigneur lui apparut avec une immense lumière. Cette vision l’ayant troublé, l'Ange calma sa crainte, lui disant : « Ne crains point, Joachim, et ne te trouble pas à mon aspect ; car je suis l'Ange du Seigneur ; il m'a envoyé vers toi pour t'annoncer que tes prières sont exaucées, et que tes aumônes sont montées jusqu'en en sa présence. Car il a vu ta honte, et il a entendu le reproche de stérilité qui t'a été adressé injustement. Or, Dieu punit le péché et non la nature ; c'est pourquoi lorsqu'il rend quelqu'un stérile, ce n'est que pour faire ensuite éclater ses merveilles et montrer que l'enfant qui naît est un don de Dieu, et non pas le fruit d'une passion désordonnée. Car Sara, la première mère de votre nation, ne fut-elle pas stérile jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans ? et cependant au dernier âge de la vieillesse elle engendra Isaac, auquel la bénédiction de toutes les nations était promise. De même Rachel, si agréable au Seigneur et si fort aimée du saint homme Jacob, fut longtemps stérile, et cependant elle engendra Joseph, qui devint le maître de l'Egypte et le libérateur de plusieurs nations prêtes à mourir de faim. Lequel de vos chefs a été plus fort que Samson, ou plus saint que Samuel ? et cependant ils eurent tous les deux des mères stériles. Si donc la raison ne te persuade pas par mes paroles, crois à la force des exemples qui montrent que les conceptions longtemps différées et les accouchements stériles n'en sont d'ordinaire que plus merveilleux. Ainsi ta femme Anne enfantera une fille et tu la nommeras Marie, elle sera consacrée au Seigneur dès son enfance, comme vous en avez fait le vœu, et elle sera remplie du Saint-Esprit, même dès le sein de sa mère. Elle ne mangera ni ne boira rien d'impur ; elle n'aura aucune société avec la foule du peuple au dehors, mais sa demeure sera dans le temple du Seigneur, de peur qu'on ne puisse soupçonner ou dire quelque chose de désavantageux sur elle. C'est pourquoi en avançant en âge, comme elle-même doit naître d'une mère stérile, de même cette Vierge incomparable engendrera le Fils du Très-Haut, qui sera appelé Jésus, et sera le Sauveur de toutes les nations selon l'étymologie de ce nom. Et voici le signe que tu auras des choses que je t'annonce. Lorsque tu arriveras à la porte d'or qui est à Jérusalem, tu y v trouveras Anne ton épouse, Anne qui viendra au devant de toi, laquelle aura autant de joie de te voir qu'elle avait eu d'inquiétude du délai de ton retour. » Après ces paroles, l'Ange s'éloigna de lui.


CHAPITRE IV.

Ensuite il apparut à Anne, l'épouse de Joachim, disant : « Ne crains point, Anne, et ne pense pas que ce que tu vois soit un fantôme. Car je suis ce même Ange qui ai porté en présence de Dieu vos prières et vos aumônes, et maintenant je suis envoyé vers vous pour annoncer qu'il vous naîtra une fille, laquelle sera appelée Marie, et qui sera bénie sur toutes les femmes. Elle sera remplie de la grâce du Seigneur aussitôt après sa naissance ; elle restera trois ans dans la maison paternelle pour être sevrée, après quoi elle ne sortira point du temple, où elle sera engagée au service du Seigneur jusqu'à l'âge de raison, servant Dieu nuit et jour par des jeûnes et des oraisons ; elle s'abstiendra de tout ce qui est impur, ne connaîtra jamais d'homme, mais seule sans exemple, sans tache, sans corruption, cette Vierge, sans mélange d'homme, engendrera un fils ; cette servante enfantera le Seigneur, le Sauveur du monde par sa grâce, par son nom et par son œuvre. Lève-toi donc, va à Jérusalem, et lorsque tu seras arrivée à la Porte d'or, ainsi nommée parce qu'elle est dorée, tu auras pour signe au devant toi ton mari dont l'état de la santé te rend inquiète. Lors donc que ces choses seront arrivées, sache que les choses que je t'annonce s'accompliront indubitablement. »

 

CHAPITRE V.


Se conformant donc au commandement de l'Ange, l'un et l'autre, partant du lieu où ils étaient, montèrent à Jérusalem, et, lorsqu'ils furent arrivés au lieu désigné par la prédiction de l'Ange, ils s'y trouvèrent l'un au devant de l'autre. Alors, joyeux de se revoir mutuellement et rassurés par la certitude de la race promise, ils rendirent grâce comme ils le devaient au Seigneur qui élève les humbles. C'est pourquoi, ayant adoré le Seigneur, ils retournèrent à leur maison, où ils attendaient avec assurance et avec joie la promesse divine. Anne conçut donc, et elle mit au monde une fille, et suivant le commandement de l'Ange, ses parents l'appelèrent du nom de Marie.

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Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /Sep /2010 08:43

Par Mgr Jacques MASSON

  

Les évangiles apocryphes

I - Le Protévangile de Jacques (chapitres 4 à 9)

Apparition d’un Ange à Anne et à Joachim et naissance de Marie


IV.1. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : " Anne, Anne, le Seigneur Dieu a entendu ta prière. Tu concevras, tu enfanteras et l'on parlera de ta postérité dans la terre entière. " Anne répondit : " Aussi vrai que vit le Seigneur Dieu, je ferai don de mon enfant, garçon ou fille, au Seigneur mon Dieu et il le servira tous les jours de sa vie.


IV.2. Et voici, deux messagers survinrent, qui lui dirent : " Joachim, ton mari, arrive avec ses troupeaux. Un ange du Seigneur est descendu auprès de lui, disant : "Joachim, Joachim, le Seigneur Dieu a exaucé ta prière. Descends d'ici. Voici que Anne ta femme a conçue en son sein".


IV.3. Aussitôt Joachim est descendu, il a convoqué ses bergers, leur disant : " Apportez-moi ici dix agneaux sans tache ni défaut. Ces dix agneaux seront pour le Seigneur Dieu. Apportez-moi aussi douze veaux bien tendres et les douze veaux seront pour les prêtres et le Conseil des Anciens. Aussi cent chevreaux, et les cent chevreaux seront pour tout le peuple. "


IV. 4. Joachim arriva avec ses troupeaux. Anne l'attendait, aux portes de la ville. Dès qu'elle le vit paraître avec ses bêtes, elle courut vers lui, se suspendit à son cou et s'écria : " Maintenant je sais que le Seigneur Dieu m'a comblée de bénédictions ! Voici : la veuve n'est plus veuve et la stérile a conçu ! " Et Joachim, ce premier jour, resta chez lui à se reposer.


V.1. Le lendemain, il apportait ses offrandes : " Si le Seigneur Dieu m'a été favorable, pensait-il, la lame d'or du prêtre me le révélera. " Il présenta ses offrandes, et scruta la tiare du prêtre quand celui-ci monta à l'autel du Seigneur ; et il sut qu'il n'y avait pas de faute en lui. " Maintenant, dit-il, je sais que le Seigneur Dieu m’a fait grâce et m'a remis tous mes péchés. " Et il descendit du temple du Seigneur, justifié, et rentra chez lui.


V.2. Six mois environ s'écoulèrent ; le septième, Anne enfanta. " Qu'ai-je mis au monde ? " demanda-t-elle à la sage-femme. Et celle-ci répondit : " Une fille. " Et Anne dit : " Mon âme a été exaltée en ce jour ! " Et elle coucha l'enfant. Quand les jours furent accomplis, Anne se purifia, donna le sein à l'enfant et l'appela du nom de Marie.


VI.1. De jour en jour, l'enfant se fortifiait. Quand elle eut six mois, sa mère la mit par terre, pour voir si elle tenait debout. Or l'enfant fit sept pas, puis revint se blottir auprès de sa mère. Celle-ci la souleva, disant : " Aussi vrai que vit le Seigneur mon Dieu, tu ne marcheras pas sur cette terre, que je ne t'ai menée au temple du Seigneur. " Et elle apprêta un sanctuaire dans sa chambre et elle ne laissait jamais sa fille toucher à rien de profane ou d'impur. Et elle invita les filles des Hébreux, qui étaient sans tache, et celles-ci la divertissaient.


VI.2. Quand l'enfant eut un an, Joachim donna un grand festin où il convia les grands prêtres, les prêtres, les scribes, les Anciens et tout le peuple d'Israël. Il présenta l'enfant aux prêtres qui la bénirent : " Dieu de nos pères disaient-ils, bénis cette enfant, et donne-lui un nom illustre à jamais, dans toutes les générations. " Et tout le peuple s'écria : " Qu'il en soit ainsi ! Amen ! " Et ils la présentèrent aux grands-prêtres, et ceux-ci la bénirent, disant : " Dieu des hauteurs, abaisse ton regard sur cette petite fille et bénis-la d'une bénédiction suprême, qui surpasse toute bénédiction. "


VI.3. Et sa mère l'emporta dans le sanctuaire de sa chambre et elle lui donna le sein. Anne éleva un chant au Seigneur Dieu : " Je chanterai un cantique sacré au Seigneur mon Dieu, parce qu'il m'a visitée et m'a enlevé l'outrage de mes ennemis. Et le Seigneur mon Dieu m'a donné un fruit de sa justice, unique et considérable devant sa face. Qui annoncera aux fils de Ruben qu'Anne donne le sein ? Écoutez, écoutez, ô les douze tribus d'Israël : « Anne donne le sein ! ». Et elle reposa l'enfant dans le sanctuaire de sa chambre, sortit et servit ses hôtes. Quand le banquet fut achevé, ils descendirent joyeux et ils glorifièrent le Dieu d'Israël.


VII.1. Les mois se succédèrent : l'enfant atteignit deux ans. Joachim dit : " Menons-la au temple du Seigneur, pour accomplir la promesse que nous avons faite. Sinon le Maître s'irriterait contre nous et rejetterait notre offrande. " Mais Anne répondit : " Attendons sa troisième année, de peur qu'elle ne réclame son père ou sa mère. " Joachim opina : " Attendons. "


Marie au Temple


VII.2. Quand l'enfant eut trois ans, Joachim dit : " Appelons les filles des Hébreux, celles qui sont sans tache. Que chacune prenne un flambeau et le tienne allumé : ainsi, Marie ne se retournera pas et son cœur ne sera pas retenu captif hors du temple du Seigneur. " L'ordre fut suivi, et elles montèrent au temple du Seigneur. Et le prêtre accueillit l'enfant et l'ayant embrassée, il la bénit et dit : " Le Seigneur Dieu a exalté ton nom parmi toutes les générations. En toi, au dernier des jours, le Seigneur manifestera la rédemption aux fils d'Israël. "


VII.3. Et il la fit asseoir sur le troisième degré de l'autel. Et le Seigneur Dieu répandit sa grâce sur elle. Et ses pieds esquissèrent une danse et toute la maison d'Israël l'aima.


VIII.1. Ses parents descendirent, émerveillés, louant et glorifiant le Dieu souverain qui ne les avait pas dédaignés. Et Marie demeurait dans le temple du Seigneur, telle une colombe, et elle recevait sa nourriture de la main d'un ange.


VIII. 2. Quand elle eut douze ans, les prêtres se consultèrent et dirent : " Voici que Marie a douze ans, dans le temple du Seigneur. Que ferons-nous d'elle, pour éviter qu'elle ne rende impur le sanctuaire du Seigneur notre Dieu ? " Et ils dirent au grand-prêtre : " Toi qui gardes l'autel du Seigneur, entre et prie au sujet de cette enfant. Ce que le Seigneur te dira, nous le ferons. "


VIII. 3. Et le prêtre revêtit l'habit aux douze clochettes, pénétra dans le Saint des Saints et se mit en prière. Et voici qu'un ange du Seigneur apparut, disant : " Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple. Qu'ils apportent chacun une baguette. Et celui à qui le Seigneur montrera un signe en fera sa femme ».Des hérauts s'égaillèrent dans tout le pays de Judée et la trompette du Seigneur retentit, et voici qu'ils accoururent tous.


IX.1. Joseph jeta sa hache et lui aussi alla se joindre à la troupe. Ils se rendirent ensemble chez le prêtre avec leurs baguettes. Le prêtre prit ces baguettes, pénétra dans le temple et pria. Sa prière achevée, il reprit les baguettes, sortit et les leur rendit. Aucune ne portait de signe. Or Joseph reçut la sienne le dernier. Et voici qu'une colombe s'envola de sa baguette et vint se percher sur sa tête. Alors le prêtre dit : " Joseph, Joseph, tu es l'élu : c'est toi qui prendras en garde la vierge du Seigneur. "


IX.2. Mais Joseph protesta : " J'ai des fils, je suis un vieillard et elle est une toute jeune fille. Ne vais-je pas devenir la risée des fils d'Israël ? " " Joseph, répondit le prêtre, crains le Seigneur ton Dieu, et souviens-toi du sort que Dieu a réservé à Dathan, Abiron et Corê. La terre s'entrouvrit et les engloutit tous à la fois, parce qu'ils lui avaient résisté. Et maintenant, Joseph, crains de semblables fléaux sur ta maison ! "


IX. 3. Très ému, Joseph prit la jeune fille sous sa protection et lui dit : " Marie, le temple du Seigneur t'a confiée à moi. Maintenant je te laisse en ma maison. Car je pars construire mes bâtiments. Je reviendrai auprès de toi. Le Seigneur te gardera. "

 

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Mercredi 1 septembre 2010 3 01 /09 /Sep /2010 06:00

Par Mgr Jacques MASSON

Les Evangiles apocryphes


Le 8 septembre

Neuf mois après avoir fêté la conception immaculée de Marie le 8 décembre, l’Église commémore sa naissance ou « Nativité » le 8 septembre. Nombre des détails que la liturgie présente aux fidèles ont été influencés par un écrit apocryphe, le Protévangile [ou Premier Évangile] de Jacques qui date de l’an 150 environ. Par exemple, les noms des parents de Marie, Anne et Joachim, ne figurent pas dans les Écritures canoniques. Rien, aucun témoignage apostolique ne vient confirmer cela avant le Protévangile de Jacques. L’Église ne place pas ce document au même niveau que l’Écriture Sainte. Il est toutefois possible d’accepter la vérité spirituelle qui sous-tend ce récit, sans nécessairement en attribuer à chaque détail une exactitude littérale et historique. La signification profonde de ce texte est que, dès le moment de sa naissance et même bien avant, la Mère de Dieu a été spécialement consacrée par l’Esprit Saint, choisie et marquée par Dieu.


I - Le Protévangile de Jacques (chapitres 1 à 3)


On ne saurait tenir pour certains tous les renseignements que nous donnent le Protévangile de Jacques ; mais il faut sans doute attacher quelque importance à saint Grégoire de Nysse (mort en 394) qui donne Anne et Joachim comme les parents de la sainte Vierge, à saint Sophrone qui montre, à Jérusalem, la maison, « la sainte Probatique où l'illustre Anne enfanta Marie », ou à saint Jean Damascène (mort en 749) qui ajoute que de ferventes prières leur obtinrent dans un âge avancé la naissance d'une fille .


Le nom de " Protévangile " fut donné au XVIe siècle par l'humaniste français qui le publia en Occident, parce que le texte relate des événements antérieurs aux récits des évangiles canoniques. Le plus ancien manuscrit connu (Papyrus Bodmer 5) porte le titre : Nativité de Marie, Révélation de Jacques.


Le livre se dit écrit par l'apôtre Jacques le Mineur, frère de Jésus selon l'Évangile, demi-frère selon ce texte. Il est très ancien (milieu du second siècle) et s'inspire librement des récits canoniques de l'enfance.


L'ouvrage ne doit rien aux judéo-chrétiens, comme en témoigne son ignorance des coutumes juives. Probablement son auteur était-il d'origine païenne, issu de l'Egypte ou de l'Asie Mineure. Il rédigea son texte dans un but apologétique, pour régler, auprès des Grecs et des Juifs, la question délicate de l'incarnation de Jésus.


Or, pas d'incarnation sans l'absolue pureté de Marie, non seulement vierge avant, pendant et après, mais maintenue dès sa conception dans une sorte d'état angélique, où hommes et anges prêtent leur concours.


L'écrit a connu à travers les siècles une grande fortune : il a inspiré d'autres livres du même genre, dont le plus connu est l'évangile du Pseudo-Matthieu (VIe siècle), qui multiplie les miracles. Il est à l'origine de plusieurs fêtes liturgiques, célébration d'Anne et Joachim, Conception et Nativité de Marie, Présentation de la Vierge. L'art chrétien y a abondamment puisé. Mais surtout cette célébration de la pureté a nourri les développements ultérieurs de l'aspect marial.



Nativité de la Très Sainte Vierge Marie GIROLAMO del Pacchia 1518
Oratory of San Bernardino, Siena

Joachim et Anne la stérile


I.1. Les histoires des douze tribus racontent qu'un homme fort riche, Joachim, apportait au Seigneur une double offrande, se disant : " Le supplément sera pour tout le peuple, et la part que je dois pour la remise de mes fautes ira au Seigneur, afin qu'il me soit propice. "


I.2. Vint le grand jour du Seigneur, et les fils d'Israël apportaient leurs présents. Or Ruben se dresse devant lui et dit : " Tu n'as pas le droit de déposer le premier tes offrandes, puisque tu n'as pas eu de postérité en Israël. "


I.3. Joachim eut grand chagrin, et il s'en alla consulter les registres des douze tribus du peuple, se disant : " Je verrai bien dans leurs archives si je suis le seul à n'avoir pas engendré en Israël ! " Il chercha, et découvrit que tous les justes avaient suscité une postérité en Israël. Et il se souvint du patriarche Abraham ; sur ses vieux jours, le Seigneur Dieu lui avait donné un fils, Isaac.


I.4. Alors, accablé de tristesse, Joachim ne reparut pas devant sa femme, et il se rendit dans le désert ; il y planta sa tente et, quarante jours et quarante nuits, il jeûna, se disant : " Je ne descendrai plus manger ni boire, avant que le Seigneur mon Dieu m'ait visité. La prière sera ma nourriture et ma boisson. "


II.1. Et sa femme Anne avait deux sujets de se lamenter et de se marteler la poitrine. " J'ai à pleurer, disait-elle, sur mon veuvage et sur ma stérilité ! "


II. 2. Vint le grand jour du Seigneur. Judith, sa servante, lui dit : " Jusqu'à quand te désespéreras-tu ? C'est aujourd'hui le grand jour du Seigneur. Tu n'as pas le droit de te livrer aux lamentations. Prends donc ce bandeau que m'a donné la maîtresse de l'atelier. Je ne puis m'en orner, car je ne suis qu'une servante, et il porte un insigne royal. "


II.3. Anne lui dit : " Arrière, toi ! Je n'en ferai rien, car le Seigneur m'a accablée d'humiliations. Et peut-être ce présent te vient-il d'un voleur et tu cherches à me faire complice de ta faute. Et Judith la servante dit : " Quel mal dois-je te souhaiter encore, de rester sourde à ma voix ? Le Seigneur Dieu a clos ton sein et ne te donne point de fruit en Israël ! "


II.4. Alors Anne, malgré son désespoir, ôta ses habits de deuil, se lava la tête et revêtit la robe de ses noces. Et vers la neuvième heure, elle descendit se promener dans son jardin. Elle vit un laurier et s'assit à son ombre. Après un moment de repos, elle invoqua le Maître : " Dieu de mes pères, dit-elle, bénis-moi, exauce ma prière, ainsi que tu as béni Sarah, notre mère, et lui as donné son fils Isaac. "


III.1. Levant les yeux au ciel, elle aperçut un nid de passereaux dans le laurier. Aussitôt elle se remit à gémir : " Las, disait-elle, qui m'a engendrée et de quel sein suis-je sortie ? Je suis née, maudite devant les fils d'Israël. On m'a insultée, raillée et chassée du temple du Seigneur mon Dieu.


III.2. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant ta face, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même aux animaux stupides, car les animaux stupides sont eux aussi féconds devant toi, Seigneur. Las, à quoi se compare mon sort ? Non plus aux bêtes sauvages de la terre, car les bêtes sauvages de la terre sont fécondes devant ta face, Seigneur.


III.3. Las, à quoi se compare mon sort ? A ces eaux non plus, car ces eaux sont tantôt calmes tantôt bondissantes, et leurs poissons te bénissent, Seigneur. Las, à qui se compare mon sort ? Pas même à cette terre, car la terre produit des fruits en leur saison et te rend gloire, Seigneur. "

 

Rappel : La neuvaine consiste à réciter chaque jour 9 Ave Maria en l'honneur du séjour de neuf mois de Marie dans le sein de sa mère et de sa naissance, et à exprimer sa propre  demande particulière. Confession et communions si possible pendant la neuvaine.

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Nos amis les saints
Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 06:00

Par Mgr Jacques MASSON

INTRODUCTION


Solennité d'entrée, dit de ce jour André de Crète; fête initiale, dont le terme est l'union du Verbe et de la chair ; fête virginale, de joie pour tous et de confiance (Oratio I, in Nativit. Deiparae I). — « Toutes les nations, soyez présentes, s'écrie Jean Damascène ; toute race, toute langue, tout âge, toute dignité, célébrons joyeusement le jour natal de l'allégresse du monde (in Natal. B. M. Homilia I). » — « C'est le commencement du salut, l'origine de toute fête, proclame à son tour saint Pierre Damien : « voici qu'est née la Mère de l'Epoux! A bon droit, l'univers aujourd'hui tressaille, et l'Eglise, transportée, module des motifs d'épithalame en ses chœurs » (Sermo XLV, in Nativit. B. M. V).

 

Et Saint Jean Damascène, dans l’homélie pour la Nativité de Marie déclare :


« Célébrons avec joie la naissance de la Vierge Marie, par elle nous est venu le Soleil de justice, le Christ notre Dieu. Il nous a libérés de la malédiction et nous donne la bénédiction, il a vaincu la mort et nous accorde la Vie éternelle. La joie universelle a jailli pour nous de deux justes : de Joachim et d’Anne est née la Vierge que nous célébrons. Elle est toute pure et devient le temple du Très-Haut. En elle seule nous reconnaissons la Mère de Dieu.

« Puisque la Vierge Mère de Dieu devait naître de sainte Anne, la nature n'a pas osé anticiper sur la grâce : la nature demeura stérile jusqu'à ce que la grâce eût porté son fruit. Il fallait qu'elle naisse la première, celle qui devait enfanter le premier-né antérieur à toute créature, en qui tout subsiste. Joachim et Anne, heureux votre couple ! Toute la création est votre débitrice. C'est par vous, en effet, qu'elle a offert au Créateur le don supérieur à tous les dons, une mère toute sainte, seule digne de celui qui l'a créée ».


A l’origine, nous ne pouvons vraiment parler d’une dévotion certaine à la naissance de Marie, si ce n’est que de son divin Fils, Jésus.


Les premières traces connues sont, sans aucun doute, les textes apocryphes postérieurs aux Evangiles, comme le Protévangile de Jacques au 2° siècle, vers l’an 150. L'origine de la commémoration liturgique de la Nativité de la Vierge Marie est liée à l'église édifiée au 5° siècle à Jérusalem, dans les environs de la piscine probatique (Piscine de Bethesda), qui, pour la tradition (Protévangile de Jacques, chapitre 3, verset 3) était le lieu de la maison de Joachim et Anne (les parents de Marie). Depuis le 6° siècle, la Nativité de Marie fut fêtée aussi à Byzance, où elle ouvre l'Année liturgique byzantine. Le sanctuaire marial à Jérusalem, a été le berceau de sa naissance, puisque le culte y devint intense a partir du 7° siècle, lors de la fête de l’Annonciation le 25 mars et la Nativité de Marie le 8 septembre, fêtes décrétées par l’Empereur Maurice.


L’Eglise de Jérusalem fut donc la première à honorer le souvenir de la naissance de Marie, qu’elle célébrait dans une basilique construite que l’emplacement de la maison, où selon les traditions, serait née Marie.


Si l’Eglise célébrait la nativité le 8 du mois de septembre, cela veut dire que sa conception se serait produite neuf mois plus tôt, le 8 du mois de Décembre. Les orthodoxes orientaux qui n’acceptent pas  la plupart du temps l’Immaculée Conception, célèbrent ce jour le 8 décembre, jour où la mère de la Vierge l’a conçue.


C’est ensuite a Rome, sous le Pontificat du Pape Serge I, au 7° siècle, que l’on trouvera une trace incontestable de la célébration de la Nativité de la Sainte Vierge où le Pape, en sandales, faisait la procession de la basilique Saint-Adrien à celle de Sainte Marie Majeure.


Le Pape Benoît XIV au 18° siècle racontait également que, chaque année, le 8 septembre, un solitaire pèlerin curieux des chants célestes qu’il entendait, s’interrogea ; c’est alors qu’on lui répondu que c’était en l’honneur de la naissance de la Vierge Marie qui se célébrait au Ciel, et qu’il était normal, étant née parmi les hommes, qu’elle soit célébrée sur terre. Le solitaire se rendit alors auprès du Pape qui, au récit de la vision, institua la fête de la Nativité de Marie.


De Rome, la fête s’était étendu à l’Ouest, puis apparut en France, et porta longtemps le titre de Notre-Dame Angevine, appelée même souvent et tout simplement fête de l’Angevine ou en latin « Feria Andegavensis », qui rappelle que la Vierge apparut en l’an 430 près de Saint-Florent, au sanctuaire du Marillais, au saint évêque Maurille d’Angers (originaire de Milan lui aussi) pour lui demander l’institution de la fête de sa Nativité.


La dévotion se propagea alors un peu partout dans l’occident et apparut en l’an 1007 dans la ville de Milan à l’initiative d’un riche milanais du nom de Folco qui fit construire une église qui sera placée sous le vocable de Santa Maria Fulcorina, et sera consacré au Mystère de la Nativité de Marie. Depuis, chaque année au 8 septembre la fête de la Nativité fut célébrée solennellement. Cette fête, qui, jusque là était encore privée, s’est ensuite étendu dans la ville de Milan après l’élection du pape Innocent IV. Il est à noter qu’il avait donné une messe solennelle et officielle dans la ville de Lyon, son lieu d’exil en 1251, pour que l’église toute entière célèbre la fête de la Nativité. Il se rendit ensuite à Milan où il remercia la Vierge pour sa protection, et accorda à cette occasion une indulgence plénière à tous ceux qui, le jour du 8 septembre, visitait l’église souterraine à Jérusalem.


C’est ensuite au 14° siècle qu’un noble italien, Azzone Visconti, Seigneur général de Milan, contribua à rendre encore plus populaire ce culte avec entre autre l’élévation d’un temple dédié à la Nativité de Marie en 1336.


Un membre de sa famille, Jean Galéas Visconti, décida en 1387, de consacrer un nouveau temple dédié à la Nativité, avant la construction de la Cathédrale de Milan, dont le maitre autel fut consacré en 1418 par le Pape Martin V. Cette forte participation populaire montre  que les Milanais étaient empreints d’une forte dévotion pour la fête de la naissance de Marie. On dût ensuite attendre 1572, pour que la fête actuelle fut consacrée par Saint Charles Borromée Aujourd’hui nous pouvons encore lire au dessus de l’entrée principale de la Cathédrale, la gravure en bronze « Maria Nascenti », symboliquement «  à Marie Enfant » « à Marie qui naît ».


La fête de la Nativité de la Sainte Vierge a ainsi son origine en Orient, où le Synaxaire de Constantinople, rédigé selon un décret de l'empereur Maurice, la marque déjà au 8 septembre, tandis qu'elle est mentionnée dans les homélies d'André de Crète (mort 740).


On ne vit pas la fête de la Nativité de Marie en France avant l'époque capétienne et sans doute la doit-on à saint Fulbert de Chartres (mort 1028) et au roi Robert II le Pieux (mort en 1031). Et saint Bernard écrit aux chanoines de Lyon : " La sainte Eglise ne se trompe pas quand elle considère ce jour comme saint et le célèbre chaque année à la joie de toute la terre. ". Lorsque mourut le Pape Célestin IV (1243), l'empereur Frédéric II retint les cardinaux prisonniers afin d'empêcher la réunion du conclave ; les cardinaux firent le voeu solennel de donner un octave à cette fête qui existait déjà depuis saint Anselme dans l'Eglise d'Angleterre, s'ils recouvraient leur liberté, ce que fit leur élu, Innocent IV, au premier Concile de Lyon (1245). Grégoire XI institua une vigile qui fut célébrée à Anagni (1377).

 

Rappel : La neuvaine consiste à réciter chaque jour 9 Ave Maria en l'honneur du séjour de neuf mois de Marie dans le sein de sa mère et de sa naissance, et à exprimer sa propre  demande particulière. Confession et communions si possible pendant la neuvaine

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Lundi 30 août 2010 1 30 /08 /Août /2010 07:00

Par Mgr Jacques MASSON

Nativité MarieEn cette fin d'été le Ciel nous invite à nous tourner vers le mystère de la Nativité de la Vierge Marie du 30 août au 7 septembre, avant d'en célèbrer la solennité le 8.


Nous proposons à nos lecteurs, donc, de commencer aujourd'hui cette neuvaine qui ouvre nos coeurs au mystère de la pureté de la toute petite enfance. Donnons des fleurs à Dieu par Marie !

 

La neuvaine consiste à réciter chaque jour 9 Ave Maria en l'honneur du séjour de neuf mois de Marie dans le sein de sa mère et de sa naissance, et à exprimer sa propre  demande particulière. Confession et communions si possible pendant la neuvaine

 

"Quant à moi, la Sainte Vierge s'est approchée de moi et m'a dit, entre autres choses, que quiconque aujourd'hui, dans l'après-midi, récite avec son coeur neuf Ave Maria en l'honneur de son séjour de neuf mois dans le sein de sa mère et de sa naissance, et continue pendant neuf jours cet exercice de prière, donne chaque jour aux Anges neuf fleurs destinées à former un bouquet qu'elle reçoit dans le Ciel et présente à la Sainte Trinité, afin d'obtenir une grâce pour la personne qui a fait ces prières."- (Extraits de révélation d’Anne-Catherine Emmerich - chapitre 25°).

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Mardi 24 août 2010 2 24 /08 /Août /2010 06:08

Par Mgr Jacques MASSON

SAINT BARTHELEMY APOTRE– CATECHESES DU SAINT-PERE (4 octobre 2006)

 

 St-Barthelemy.jpg

Le martyre de saint Barthélemy par Tiepolo


Chers frères et soeurs,

 

Dans la série des Apôtres appelés par Jésus au cours de sa vie terrestre, c'est aujourd'hui l'Apôtre Barthélemy qui retient notre attention. Dans les antiques listes des Douze, il est toujours placé avant Matthieu, alors que le nom de celui qui le précède varie et peut être Philippe (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 14) ou bien Thomas (cf. Ac 1, 13). Son nom est clairement un patronyme, car il est formulé avec une référence explicite au nom de son père. En effet, il s'agit probablement d'un nom d'origine araméenne, bar Talmay, qui signifie précisément "fils de Talmay".

 

Nous ne possédons pas d'informations importantes sur Barthélemy; en effet, son nom revient toujours et seulement au sein des listes des Douze susmentionnées et ne se trouve donc au centre d'aucun récit. Cependant, il est traditionnellement identifié avec Nathanaël:  un nom qui signifie "Dieu a donné". Ce Nathanaël provenait de Cana (cf. Jn 21, 2) et il est donc possible qu'il ait été témoin du grand "signe" accompli par Jésus en ce lieu (cf. Jn 2, 1-11). L'identification des deux personnages est probablement motivée par le fait que ce Nathanaël, dans la scène de vocation rapportée par l'Evangile de Jean, est placé à côté de Philippe, c'est-à-dire à la place qu'occupe Barthélemy dans les listes des Apôtres rapportées par les autres Evangiles. Philippe avait dit à ce Nathanaël qu'il avait trouvé "Celui dont parle la loi de Moïse et les Prophètes [...] c'est Jésus fils de Joseph, de Nazareth" (Jn 1, 45). Comme nous le savons, Nathanaël lui opposa un préjugé plutôt grave:  "De Nazareth! Peut-il sortir de là quelque chose de bon?"(Jn 1, 46a). Cette sorte de contestation est, à sa façon, importante pour nous. En effet, elle nous fait voir que, selon les attentes des juifs, le Messie ne pouvait pas provenir d'un village aussi obscur, comme l'était précisément Nazareth (voir également Jn 7, 42). Cependant, dans le même temps, elle met en évidence la liberté de Dieu, qui surprend nos attentes en se faisant trouver précisément là où nous ne l'attendrions pas. D'autre part, nous savons qu'en réalité, Jésus n'était pas exclusivement "de Nazareth", mais qu'il était né à Bethléem (cf. Mt 2, 1; Lc 2, 4), et que, en définitive, il venait du ciel, du Père qui est aux cieux.

 

L'épisode de Nathanaël nous inspire une autre réflexion : dans notre relation avec Jésus, nous ne devons pas seulement nous contenter de paroles. Philippe, dans sa réponse, adresse une invitation significative à Nathanaël:  "Viens et tu verras!" (Jn 1, 46b). Notre connaissance de Jésus a surtout besoin d'une expérience vivante:  le témoignage d'autrui est bien sûr important, car généralement, toute notre vie chrétienne commence par une annonce qui parvient jusqu'à nous à travers un ou plusieurs témoins. Mais nous devons ensuite personnellement participer à une relation intime et profonde avec Jésus; de manière analogue, les Samaritains, après avoir entendu le témoignage de leur concitoyenne que Jésus avait rencontrée près du puits de Jacob, voulurent parler directement avec Lui et, après cet entretien, dirent à la femme:  "Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde!" (Jn 4, 42).

 

En revenant à la scène de vocation, l'évangéliste nous rapporte que, lorsque Jésus voit Nathanaël s'approcher, il s'exclame:  "Voici un véritable fils d'Israël, un homme qui ne sait pas mentir" (Jn 1, 47). Il s'agit d'un éloge qui rappelle le texte d'un Psaume:  "Heureux l'homme... dont l'esprit est sans fraude" (Ps 32, 2), mais qui suscite la curiosité de Nathanaël, qui réplique avec étonnement:  "Comment me connais-tu?" (Jn 1, 48a). La réponse de Jésus n'est pas immédiatement compréhensible. Il dit:  "Avant que Philippe te parle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu" (Jn 1, 48b). Nous ne savons pas ce qu'il s'est passé sous ce figuier. Il est évident qu'il s'agit d'un moment décisif dans la vie de Nathanaël. Il se sent touché au plus profond du coeur par ces paroles de Jésus, il se sent compris et comprend:  cet homme sait tout sur moi, Il sait et connaît le chemin de la vie, je peux réellement m'abandonner à cet homme. Et ainsi, il répond par une confession de foi claire et belle, en disant:  "Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu! C'est toi le roi d'Israël!" (Jn 1, 49). Dans cette confession apparaît un premier pas important dans l'itinéraire d'adhésion à Jésus. Les paroles de Nathanaël mettent en lumière un double aspect complémentaire de l'identité de Jésus:  Il est reconnu aussi bien dans sa relation spéciale avec Dieu le Père, dont il est le Fils unique, que dans celle avec le peuple d'Israël, dont il est déclaré le roi, une qualification propre au Messie attendu. Nous ne devons jamais perdre de vue ni l'une ni l'autre de ces deux composantes, car si nous ne proclamons que la dimension céleste de Jésus, nous risquons d'en faire un être éthéré et évanescent, et si au contraire nous ne reconnaissons que sa situation concrète dans l'histoire, nous finissons par négliger la dimension divine qui le qualifie précisément.

 

Nous ne possédons pas d'informations précises sur l'activité apostolique successive de Barthélemy-Nathanaël. Selon une information rapportée par l'historien Eusèbe au IV siècle, un certain Pantenus aurait trouvé jusqu'en Inde les signes d'une présence de Barthélemy (cf. Hist. eccl. V, 10, 3). Dans la tradition postérieure, à partir du Moyen Age, s'imposa le récit de sa mort par écorchement, qui devint ensuite très populaire. Il suffit de penser à la très célèbre scène du Jugement dernier dans la Chapelle Sixtine, dans laquelle Michel-Ange peignit saint Barthélemy qui tient sa propre peau dans la main gauche, sur laquelle l'artiste laissa son autoportrait. Ses reliques sont vénérées ici à Rome, dans l'église qui lui est consacrée sur l'Ile du Tibre, où elles furent apportées par l'empereur allemand Otton III en l'an 983. En conclusion, nous pouvons dire que la figure de saint Barthélemy, malgré le manque d'information le concernant, demeure cependant face à nous pour nous dire que l'on peut également vivre l'adhésion à Jésus et en témoigner sans accomplir d'oeuvres sensationnelles. C'est Jésus qui est et reste extraordinaire, Lui à qui chacun de nous est appelé à consacrer sa propre vie et sa propre mort.

 

 

Voici la notice consacrée par l'Eglise à l'Apôtre de l'Arménie (Matines, Deuxième Nocturne)

 

« L'Apôtre, Barthélémy était de Galilée. L'Inde citérieure lui étant échue dans le partage du monde entre les prédicateurs de l'Evangile, il s'y rendit, et annonça l'arrivée du Seigneur Jésus aux peuples qui l'habitaient, en se servant de l'Evangile de saint Matthieu. Nombreux furent dans cette contrée ceux qu'il amena à Jésus-Christ, mais grands aussi ses labeurs, et multipliées ses épreuves. Il vint de là dans la grande Arménie.

 

« Il y convertit à la foi chrétienne le roi Polymius avec son épouse, et douze villes. Mais cet événement porta contre lui jusqu'aux derniers excès l'envie des prêtres du pays. Astyages frère de Polymius, excité par eux contre l'Apôtre, fit écorcher vif et décapiter Barthélémy. Tel fut le cruel martyre dans lequel il rendit à Dieu son âme.

 

« Son corps, enseveli à Albanopolis, ville de la grande Arménie où il avait souffert, fut par la suite transporté dans l'île Lipari, puis à Bénévent, à Rome enfin où l'empereur Othon III le déposa dans l'île du Tibre, dans l'église dédiée à Dieu sous son nom. Sa fête s'y célèbre le huit des calendes de septembre, et amène pendant les huit jours qui suivent à cette basilique un grand concours de peuple ».

 


La vie de saint Barthélemy

(cf. http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome02/124.htm, qui cite le bréviaire romain

 

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Le martyre de saint Bathélemy, Michel-Ange

Jugement dernier ,Chapelle Sixtine

 

Saint Barthélemy, apôtre, en venant dans l’Inde , qui est située aux extrémités du monde, entra dans un temple où se trouvait une idole nommée Astaroth, et il s'y arrêta comme ferait un voyageur. Dans cette idole habitait un démon qui prétendait faire du bien aux malades; or, il ne les guérissait pas, mais il suspendait seulement leurs souffrances. Cependant comme le temple était rempli de malades et que, malgré les sacrifices offerts tous les jours pour les infirmes des pays les plus éloignés, on ne pouvait avoir aucune réponse d'Astaroth, les malades allèrent à une autre ville où l’on adorait une idole nommé Bérith. Ils demandèrent à Bérith pourquoi Astaroth ne donnait pas de réponse, et il dit: « Notre Dieu est lié dans des chaînes de feu ; il n'ose ni respirer, ni parler, à dater du moment où est entré l’apôtre de Dieu, Barthélemy.» Ils lui disent: « Et quel est ce Barthélemy ? » Le démon répondit : « C'est l’ami du Dieu tout-puissant; il est venu en cette province pour chasser tous les dieux de l’Inde. » Et ils dirent : « Dis-nous à quels signes nous pourrions le trouver. » Le démon reprit: « Il a les cheveux crépus et noirs, le teint pâle, les yeux grands, le nez régulier et droit, la barbe longue et mêlée de quelques poils blancs, la taille bien prise; il est revêtu d'une robe sans manches avec des noeuds couleur de pourpre, son manteau est blanc, garni de pierres précieuses couleur de pourpre à chaque coin. Depuis vingt ans qu'il les porte, ses habits et ses sandales ne s'usent ni ne se salissent. Chaque jour il fléchit les genoux cent fois pour prier, et autant pendant la nuit. Les anges voyagent avec lui, et ils ne le laissent pas se fatiguer, ni avoir faim. Son visage , est toujours le même, toujours il est joyeux et gai. Il prévoit tout, il sait tout. Il connaît et comprend les langues de tous les pays, et ce que je vous dis en ce moment, il le sait, déjà; quand vous le cherchez, s'il le veut, il se montrera à vous, mais, s'il ne le veut pas, vous ne pourrez le trouver. Or, je vous prie, quand vous l’aurez rencontré, conjurez-le de ne pas venir ici de peur que ses anges ne me fassent ce qu'ils ont déjà fait à mon compagnon. » Après donc qu'on l’eut cherché avec soin pendant deux jours sans le trouver, un démoniaque s'écria jour: « Apôtre de, Dieu, Barthélemy, tes prières me brûlent. » L'apôtre lui dit: « Tais-toi, et sors de cet homme. » A l’instant le possédé fut délivré. En apprenant cela, le roi de ce pays, nommé Polimius, qui avait une fille lunatique, envoya prier l’apôtre de venir chez lui et de guérir, sa fille. L'apôtre étant venu chez le roi, et voyant sa fille enchaînée, parce qu'elle déchirait par ses morsures ceux qui l’approchaient, ordonna de la délier; et comme les serviteurs n'osaient l’approcher, il dit: « Déjà je tiens enchaîné le démon qui était en elle, et vous craignez ? » Ou la délia et elle fut délivrée. Alors le roi fit charger des chameaux d'or, d'argent et de pierres précieuses, et fit chercher l’apôtre qu'on ne put rencontrer nulle part. Le lendemain matin, cependant, le roi étant seul dans sa chambre, l’apôtre lui apparut et lui dit: «Pourquoi  m’as-tu cherché toute la journée avec de l’or, de l’argent et des pierres précieuses? Ces présents sont utiles à ceux qui sont avides des biens de la terre; quant à moi, je ne désire rien; de terrestre, rien de charnel. » Alors saint Barthélemy se mit à lui apprendre beaucoup de choses sur la manière dont nous avons été rachetés ; il lui montra, entre autres, que J.-C. avait vaincu le diable par convenance prodigieuse, par puissance, par justice et par sagesse. 1° Il fut convenable en effet que celui qui avait vaincu le fils d'une vierge, c'est-à-dire, Adam créé de la terre, alors qu'elle était encore vierge, fût vaincu par le fils de la Vierge. 2° Il le vainquit par puissance : comme le diable, en faisant tomber l’homme, avait usurpé l’empire de Dieu, J.-C. l’en chassa avec sa toute-puissance. Et comme le vainqueur d'un tyran envoie ses compagnons de victoire pour arborer ses drapeaux partout et pour abattre ceux du tyran, de même J.-C. vainqueur envoie partout ses messagers afin de renverser le culte du diable et établir à la place le culte de J.-C. 3° Il le vainquit avec justice. Il était juste en effet que celui qui avait vaincu l’homme par le manger, et qui le tenait encore sous sa puissance, fût vaincu par le jeûne d'un homme, et dépouillé de son usurpation. 4° Il le vainquit par sagesse, puisque les artifices du diable furent déjoués par l’habileté de J.-C. Tel fut l’artifice du diable: comme un épervier qui saisit un oiseau, il devait saisir J.-C. dans le désert; si en jeûnant J.-C. n'avait pas faim, il n'y aurait plus de doute qu'il fût Dieu; mais s'il avait faim, il l’aurait vaincu lui-même parla gourmandise comme il avait fait du premier homme; mais Dieu ne se fit pas connaître, parce qu'il eut faim; il ne put pas être vaincu, car il résista à sa tentation. Quand donc il eut enseigné au roi les mystères de la foi, il ajouta que s'il voulait recevoir le baptême, il lui montrerait son Dieu, chargé de chaînes.

 

Le lendemain, les pontifes offraient, vis-à-vis du palais du roi, un sacrifice à l’idole, quand le démon se mit à crier en disant : « Cessez, misérables, de m'offrir des sacrifices, de peur que vous ne souffriez pire encore que moi qui suis lié de chaînes de feu par l’ange, de J.-C., que les Juifs ont crucifié, avec la pensée qu'il serait retenu par la mort : au lieu qu'il a enchaîné la mort elle-même, notre reine, et qu'il retient captif, dans des chaînes de feu, notre prince, l’auteur de la mort. » Aussitôt tous se mirent en oeuvre d'attacher des cordes pour renverser l’idole, mais ils ne le purent. Alors l’apôtre commanda au démon de sortir de l’idole en la brisant : et à l’instant le démon sortit et brisa lui-même toutes les idoles du temple. Puis l’apôtre fit une prière et tous les infirmes furent guéris. Alors saint Barthélemy consacra le temple à Dieu et ordonna au démon de s'en aller dans le désert. L'ange du Seigneur apparut en cet endroit, et en volant autour, du temple, il grava le signe de la crois avec le doigt aux quatre angles en disant: « Voici ce que dit le Seigneur : Comme je vous ai purifiés de votre infirmité, de même aussi ce temple sera purifié de toute souillure, et de la présence de celui qui l’habitait, puisque l’apôtre l'a fait s'en aller au désert. Mais auparavant, je vous le ferai voir. Ne craignez pas en le regardant, mais faites sur votre front un signe pareil à celui que j'ai sculpté sur ces pierres. » Et il leur montra un Éthiopien plus noir que la suie, à la figure anguleuse, avec une longue barbe, et des cheveux qui lui tombaient aux pieds, des yeux enflammés et jetant des étincelles comme le fer rouge; des flammes couleur de soufre lui sortaient de la bouche et des yeux, et il avait les mains liées derrière le dos avec des chaînes de feu. Et l’ange lui dit : « Puisque tu as entendu l’ordre de l’apôtre, et que tu as brisé toutes les idoles en sortant du temple, je te délierai afin que tu puisses aller en tel endroit où aucun homme n'habite, et que tu y restes jusqu'au jour du jugement. » Quand il fut délié il disparut en hurlant et faisant un grand bruit : mais l’ange du Seigneur s'envola vers le ciel à la vue de tous les assistants. Alors le roi avec son épouse, ses enfants et tout le peuple reçut le baptême après quoi il quitta son royaume pour se faire le disciple de l’apôtre.

 

Tous les pontifes des temples s'assemblèrent et allèrent trouver le roi Astyage, son frère. Ils portèrent contre l’apôtre des plaintes concernant la perte de leurs dieux, la profanation du temple et la séduction magique qu'on avait exercée contre le roi . Alors le roi Astyage indigné fit partir mille hommes armés pour prendre l’apôtre. Quand il eut été amené au roi, celui-ci lui dit : « Es-tu celui qui a perverti mon frère ? » L'apôtre répondit : « Je ne l’ai pas perverti, mais je l’ai converti. » Le roi lui dit : « De même que tu as fait que mon frère abandonnât son Dieu pour croire au tien, de même aussi je te ferai abandonner ton Dieu pour sacrifier au mien. » L'apôtre repartit: « Le Dieu qu'adorait ton frère, je l’ai lié, et je l’ai fait voir lié; après quoi je l’ai forcé à briser la statue de l’idole : si tu parviens à en faire autant à mon Dieu, alors tu pourras  m’inviter à adorer la statue, sinon, de mon côté, je briserai tes dieux et tu croiras au mien. »

 

Comme l’apôtre parlait encore, on annonce au roi que son dieu Baldach s'était renversé et brisé en morceaux. A cette nouvelle, le roi déchira la robe, de pourpre dont il était revêtu ; ensuite il fit fouetter l’apôtre avec des verges, et commanda qu'on l’écorchât vif. Mais les chrétiens enlevèrent son corps, et l’ensevelirent avec honneur. Quant au roi Astyage, et aux pontifes des temples, ils furent saisis par les démons et ils moururent : mais le roi Polimius fut ordonné évêque et après avoir rempli avec honneur pendant vingt ans, le ministère épiscopal, il mourut en paix et plein de vertus.

 

 Il y a différentes opinions sur le genre de la passion de saint Barthélemy car le bienheureux Dorothée dit qu'il fut crucifié. Voici ses paroles : « Barthélemy prêcha aux Indiens et il traduisit dans leur langue l’Évangile selon saint Mathieu. Il s'endormit à Albane, ville de la grande Arménie, et fut crucifié la tête en. bas.» Mais saint Théodore dit qu'il fut écorché. Cependant, dans beaucoup de livres, on lit qu'il fut seulement décapité. On peut concilier ces opinions différentes, en disant qu'il fut d'abord crucifié, ensuite qu'il fut descendu de la croix avant de mourir, et que pour ajouter à ses tortures, il fut écorché et, qu'en dernier lieu, il eut la tête tranchée.

 

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Le martyre de saint Barthémey par De Ribera

 

L'an du Seigneur 831, les Sarrasins, qui envahirent la Sicile, ravagèrent l’île de Lipard,  où reposait le corps de saint Barthélemy, et brisant son tombeau, ils dispersèrent ses ossements. Or, voici comme on rapporte que son corps fut transporté, de l’Inde dans cette île. Ces païens voyant que son corps était en grande vénération à cause de la quantité de miracles (488) qu'il opérait, en furent remplis d'indignation et ils le renfermèrent dans un coffre de plomb qu'ils jetèrent dans la mer. Dieu permit qu'il abordât dans l’île susdite* ; et comme les Sarrasins avaient dispersé ses os, quand ils se furent retirés, le saint apparut à un moine et lui dit : « Lève-toi, rassemblé mes os qui ont été dispersés. » Le moine lui répondit : « Pour quelle raison devons-nous ramasser vos os ou vous rendre quelque honneur, quand vous nous avez laissé exterminer sans nous secourir? » L'apôtre reprit : « Pendant un long espace de, temps, le Seigneur a épargné ce peuple en vue de mes mérites; mais ses péchés s'augmentant de plus en plus et criant jusqu'au ciel, je n'ai plus pu obtenir pardon pour lui. » Comme le moine lui demandait comment il pourrait jamais trouver ses os qui étaient confondus avec beaucoup d'autres, l’apôtre lui dit : « La nuit, tu iras pour les rassembler, et ceux que tu verras briller comme du feu, tu les enlèveras. » Le moine trouva tout ainsi que l’apôtre lui avait dit :  il enleva les os, et, s'embarquant sur un vaisseau, il les transporta à Bénévent, métropole de la Pouilles, et peut-être à Rome.

 

Saint Ambroise dans la préface qu'il a composée pour cet apôtre raconte ainsi sa légende en abrégé. « O Jésus, vous avez daigné manifester d'une manière admirable votre majesté à ceux que vous avez chargés de prêcher votre Trinité qui forme une seule divinité.. Parmi eux, c'est sur saint Barthélemy que vous avez daigné jeter les yeux pour l’envoyer prêcher un peuple éloigné. Aussi l’avez-vous orné de toutes sortes de vertus. Ce peuple, bien que séparé du reste du monde, vous a été acquis, et a été rapproché de vous par les mérites de la prédication de votre apôtre. De quelles louanges n'est pas digne cet homme merveilleux! Ce n'est pas assez pour lui de gagner à la foi les cœurs de ceux qui l’environnent; il vole plutôt qu'il ne marche vers les extrémités du monde habitées par les Indiens: Une multitude innombrable de malades le suit dans le temple du démon et, à l’instant ce père du mensonge ne donne plus de réponses. Oh! combien furent merveilleux les prodiges de sa vertu! Un sophiste veut argumenter contre lui; l’apôtre ordonne et le sophiste reste, muet et épuisé. La fille du roi que le démon tourmentait, il la délivre et la rend guérie à son père. Oh ! prodige de sainteté! il force le démon à réduire en poudre les idoles sous lesquelles l’antique ennemi du genre humain se faisait adorer. Il peut bien être compté dans l’armée du ciel celui auquel apparut un ange envoyé de la cour céleste afin de rendre un témoignage certain à la vérité! Cet ange montre le démon enchaîné, et grave sur la pierre le signe de la croix qui a sauvé les hommes. Le roi et la reine sont baptisés avec leur peuple, et les habitants de douze villes vous confessent de corps et de cour. Enfin, sur la dénonciation des pontifes païens, un tyran, le frère de Polémius encore néophyte, fait battre de verges l’apôtre, et le fait écorcher et périr de la mort la plus atroce. »

 

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Missel : Martyre de saint Barthélémy
Cathédrale Saint-Jean de Lyon
Médiathèque de l'architecture et du patrimoine

 

Le bienheureux Théodore (Cf. Anastase le Biblioth., t. III, p. 732), abbé et docteur, dit entre autres ces paroles, au sujet de saint Barthélemy : « L'apôtre Barthélemy prêcha premièrement en Lycaonie, ensuite dans l’Inde, enfin dans Albane, ville de la grande Arménie où il fut d'abord écorché et enfin décapité; il y fut aussi enseveli. Quand il reçut du Seigneur la mission de prêcher, je pense qu'il entendit qu'on lui adressait ces mots : « Mon disciple, va prêcher, va au combat : affronte les périls; j'ai achevé l’oeuvre de mon père; j'ai été témoin le premier; accomplis la tâche qui t'est imposée;  marche sur les pas de ton maître; donne sang pour sang, chair pour chair; endure ce que j'ai enduré pour toi dans ma passion. Que tes armes soient la bénignité au milieu de tes fatigues, et la douceur vis-à-vis des méchants, et la patience dans cette vie qui passe. » L'apôtre accepta, et comme un serviteur fidèle, il acquiesça à l’ordre de son Seigneur; il s'avance plein de joie comme la lumière du monde, afin d'éclairer ceux qui vivaient dans les ténèbres : c'est le sel de la terre qui conserve les peuples énervés; c'est le laboureur qui met la dernière main à la culture des cœurs. L'apôtre saint Pierre enseigne aussi les nations, saint Barthélemy en fait autant : Pierre opère de grands prodiges ; Barthélemy fait des miracles éclatants ; Pierre est crucifié la tête en bas ; Barthélemy, après avoir été écorché vif, est décapité. Autant Pierre conçoit de mystères, autant en pénètre Barthélemy. Il féconde l’Eglise comme le prince des apôtres; les grâces qu'ils ont reçues tous les deux se balancent. De même que la harpe produit des accords harmonieux, de même Barthélemy, qui tient le milieu dans le mystérieux nombre douze, s'accorde avec ceux qui le (493) précèdent comme avec ceux qui le suivent pour produire des sons mélodieux au moyen de la parole divine. Tous les apôtres, en se partageant l’univers, ont été établis les pasteurs du Roi des rois. L'Arménie qui s'étend de Ejulath jusqu'à Gabaoth est la partie qui lui échoit; aussi voyez-le se servir de sa langue comme d'un soc pour labourer le champ de l’esprit des hommes, dans les coeurs desquels il enfouit la parole de sa foi; il plante les jardins et les vignes du Seigneur; il greffe les remèdes qui guériront les passions de chacun; il extirpe les épines nuisibles, il coupe le bois de l’impiété; il entoure le dogme de défenses. Mais qu'ont-ils gagné pour l’offrir au Créateur ! Au lieu des honneurs, ils n'ont que déshonneur, au lieu. de bénédiction, malédiction, au lieu des récompenses, .des tourments; au lieu d'une vie de repos, la mort la plus amère: car après avoir subi des supplices intolérables, Barthélemy ;fut écorché par les impies comme s'ils avaient prétendu en faire un sac et après sa sortie de ce monde, il ne méprisa pas ceux qui l’avaient tué ; mais ceux qui se perdaient, il les attirait par des miracles, ceux qui étaient des adversaires, il les gagnait par des prodiges. Cependant il n'y avait rien qu'il n'employât pour calmer leur fureur aveugle, et pour les éloigner du mal. Or, comment se comportent-ils ensuite? Ils s'acharnent contre le corps du saint. Les malades méprisent celui qui les voulait guérir; les orphelins, celui qui les menait parla, main, les aveugles, leur conducteur, les naufragés, leur pilote, les morts, celui qui leur rendait la vie. Et comment cela? En jetant ce corps saint dans la mer. »

 

 « Le flot poussa des rivages de l’Arménie le coffre où étaient les ossements du saint avec quatre autres coffres d'os de martyrs qui avaient été jetés aussi dans la mer. Pendant tout le trajet, les quatre coffres précédaient celui de l’apôtre auquel ils semblaient faire cortège. Ils abordèrent ainsi, auprès de la Sicile, dans une île appelée Lipari. Le prodige fut révélé à l’évêque d'Ostie qui se trouvait présent. Ce trésor inestimable vint dans un lieu très pauvre. Cette pierre des plus précieuses vint aborder sur un rocher ; cette lumière resplendissante se répandit dans un lieu obscur. Les quatre autres coffres allèrent dans différents pays et laissèrent le saint apôtre dans l’île citée plus-haut. En effet l’apôtre laissa les quatre martyrs par derrière et envoya l’un, savoir: Papinus, dans une ville de Sicile nommée Milas, un autre qui s'appelait Lucien, à Messine; les deux autres, il les fit aller dans la Calabre, savoir: Grégoire dans la cité de Colonne, et Achatius dans la cité de Chale où jusque aujourd'hui ils brillent par les faveurs qu'ils accordent. Le corps de saint Barthélemy fut reçu au chant des hymnes, au milieu des louanges ; on alla au-devant de lui avec des flambeaux, et on éleva en son honneur un temple magnifique. — Le mont Volcano, voisin de l’île, causait: des dommages aux habitants parce qu'il jetait du feu : il s'éloigna de sept stades sans qu'on le vît, et s'arrêta au milieu de la mer, en sorte qu'aujourd'hui encore on n'en aperçoit plus que comme l’apparence d'un feu qui s'échappe. Maintenant donc, salut, ô bienheureux des bienheureux! Trois fois heureux Barthélemy, qui êtes la splendeur de la lumière divine, le (495) pêcheur de la sainte Eglise, l’homme habile à prendre les poissons doués de raison, le doux fruit du palmier vivace, l’exterminateur du diable occupé à blesser le monde par ses violences ! Gloire à vous, soleil qui éclairez tout ce qu'il y a sur la terre, bouche de Dieu, langue de feu qui répand la sagesse, fontaine intarissable de santé, qui avez sanctifié la mer dans votre course, qui avez, rougi la terre de la pourpre de votre sang, qui êtes monté aux cieux, où vous brillez dans l’armée divine, qui êtes environné d'un éclat, d'une gloire incorruptible; et qui nagez dans des transports d'un bonheur sans fin !  »

 

 

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Publié dans : Les Catéchèses d'Hermas - Communauté : Catholique
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