Mercredi 16 mars 2011 3 16 /03 /Mars /2011 12:42
- Par Primeroscristianos.com - Traduction française Pierre Gabarra

  

pc-copie-1.jpg « Les premiers chrétiens pratiquaient déjà ce que nous appelons des “retraites”. Après l’Ascension du Christ dans le Ciel, nous voyons les Apôtres, accompagnés d’un grand nombre de personnes, se rassembler au Cénacle, entourant la Bienheureuse Vierge Marie, dans l’attente de l’effusion du Paraclet promis par Jésus. La sainte Ecriture nous dit que l’Esprit-Saint les trouva ainsi, persévérant dans la prière (Actes, 1. 14).

 

« Les chrétiens de l’Eglise primitive se comportaient de même, lesquels, sans s’écarter de la vie des autres, se réservaient à Dieu dans leurs maisons ; les anachorètes également, qui se retiraient dans quelque désert pour s’y consacrer dans la solitude à la prière… et au travail ! (…) Tous les chrétiens qui se sont préoccupés sincèrement de leur âme ont fait, d’une manière ou d’une autre, leurs retraites. Parce qu’il s’agit d’une pratique chrétienne » (Saint Josemaría Escrivá).

 

Cette pratique spirituelle est commune dans l'Eglise depuis les premiers siècles : à chaque fois qu'une personne a cherché à se préparer à une mission, ou, plus simplement, a ressenti l’urgence de correspondre avec une plus grande générosité aux touches de la grâce, elle s’est efforcée t’intensifier ses relations avec le Seigneur.

 

Dès le début de son pontificat, Benoît XVI a recommandé les jours de retraite spirituelle, en particulier celles qui se font en complet silence [Discours a un groupe d’évêques en visite ad limina, 26 novembre 2005]. Lors du traditionnel Message pour le Carême de cette année 2011, en se référant à l’Evangile du deuxième dimanche, celui de la Transfiguration du Seigneur, il a insisté : il s’agit d’une invitation à s’éloigner du bruit de la vie quotidienne pour s’immerger dans la présence de Dieu, Lui qui veut nous transmettre, chaque jour, une parole qui pénètre aux profondeurs de notre esprit, où celui-ci discerne le bien et le mal (cf. Hébreux, 4, 12), et fortifier notre volonté de suivre le Seigneur.

 

Un peu d’histoire

 

“Retraite” est la traduction d’un mot latin, “recessus”, qui signifie s’écarter, se retirer. Lorsque cet isolement a une finalité religieuse, un motif surnaturel, alors on parle à proprement parler de retraites spirituelles.

 

L’idée de se retirer, pour tâcher de parler plus intimement avec Dieu dans l’oraison, est inhérente à la nature humaine. Dans la plupart des cas, cette retraite consistera d’abord dans ce recueillement intérieur qui est nécessaire pour faciliter le dialogue de l’âme avec Dieu.

 

 Dans la Sainte Ecriture, les témoignages relatifs à de telles retraites sont très abondants, où l’on voit des hommes se disposer ainsi à une rencontre personnelle plus directe avec Dieu. Il faut aussi bien garder à l’esprit le rôle qu’y joue le désert dans la vie d’Israël, comme peuple choisi de Dieu.

 

Moïse, les Prophètes et saint Jean-Baptiste constituent un précédent dont se sont inspirés les premiers Pères du désert : saint Athanase, dans la Vie de saint Antoine, cite Elie comme modèle de tous les solitaires.

 

Jésus-Christ, lui-même, « rempli de l’Esprit Saint, revint du Jourdain, et il fut conduit par l'Esprit au désert, où il demeura quarante jours » (Luc, 4, 1-2). Après l’Ascension du Christ, nous trouvons les Apôtres et un groupe nombreux de fidèles réunis à l’intérieur du Cénacle, en compagne, de la Très-Sainte Vierge, dans l’attente de l’effusion du Paraclet que Jésus leur avait promis.

(à suivre)

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Lundi 28 février 2011 1 28 /02 /Fév /2011 19:44
- Par Mgr Michel CHAFIK

Après dix-huit jours de manifestations, la jeunesse vient de tourner la longue page d’histoire confisquée par Moubarak. Le Raïs immobile a su épargner à son pays les guerres et les conflits qui déchirent le Moyen-Orient mais, figé dans son obsession sécuritaire, il ne l’a pas préparé à entrer dans l’avenir. Plus grave, crispé sur le pouvoir politique et économique, il s’est désintéressé du  champ social et culturel que les Frères musulmans ont eu beau jeu d’investir. Sous leur influence, on a assisté à la « réislamisation » de la société. Contrastant avec retour vers le passé le plus archaïque, les réseaux sociaux bruissaient en Egypte. Grâce à Facebook, le peuple a préparé la révolte.

 

Que celle-ci ait été initiée par la jeunesse n’est pas un hasard. Le peuple égyptien est, par nature, conservateur. Ce trait de caractère explique, plus encore que l’instauration d’un féroce régime policier, qu’il ait pu vivre, un demi siècle durant, sous la férule des dictateurs.

 

Aujourd’hui, sur le pays des pharaons, souffle le vent grisant de la liberté. Le peuple, qui n’en revient pas d’avoir osé, a recouvré sa dignité et sa fierté. Il a renoué avec la douce gaîté qui constitue le trait le plus marquant de son tempérament. De nouveau, les rires fusent et la parole se libère. Ce sont les blagues, prétendent d’aucuns, les noktas, qui ont chassé Moubarak « le jour du jugement dernier ». 

 

Toute révolution, on le sait, est un funambule qui, suspendu entre cimes et gouffres, risque à chaque instant de basculer. Qu’adviendra-t-il de celle-ci ?

 

Les acteurs de la révolution

 

La révolution est le fruit d’une longue gestation : le petit peuple, qui n’en pouvait plus d’être exploité, piétiné, méprisé, l’appelait de ses vœux ; la jeunesse l’a mise au monde. 

 

Les leaders de la révolte viennent des classes moyennes de la société égyptienne. Ils ont fait des études, dans des collèges étrangers le plus souvent, mais, malgré leurs diplômes, se trouvent sans emploi, sans logement, sans avenir. Le désir de liberté, le rejet de la corruption et des violences policières les ont poussés à descendre dans l’arène.

 

Leurs aspirations sont claires. Ils veulent la levée de l’état d’urgence, le changement de la constitution et l’organisation d’élections démocratiques.

 

Une misère multiforme

 

La révolution a vu le jour sous le poids conjugué du désir de modernité et d’une profonde crise sociale.

 

La misère est omniprésente en Egypte où la grande majorité de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Beaucoup d’Egyptiens gagnent l’équivalent d’un euro cinquante par jour. Comment, avec si peu, survivre, c’est-à-dire d’abord se nourrir ? La viande à dix euros le kilo est interdite au peuple dont l’alimentation se compose, pour l’essentiel, de thé, de fèves et de pain. Les Egyptiens, connus pour leur humour, ont tout un lot d’histoires sur cette dernière denrée, de plus en plus coûteuse, de plus en plus légère, un peu de croute pour enfermer beaucoup de vent. La guerre du pain aura-t-elle lieu ?

 

Les mises en garde de l’armée contre les conséquences désastreuses de nouveaux mouvements sociaux restent vaines. Aujourd’hui le pays s’enfonce dans la grève générale pour réclamer des hausses de salaire et de meilleures conditions de vie. Qui saura le remettre au travail ?

 

Un système éducatif défaillant

 

Ici comme ailleurs, la pauvreté s’accompagne d’un fort taux d’analphabétisme : 40% des Egyptiens ne savent ni lire ni écrire. Comment les accompagner vers la démocratie, comment s’assurer que les responsables des bureaux de vote ne profiteront pas de leur handicap ?

 

Ceux qui eurent la chance d’être scolarisés sont à peine mieux lotis. De la maternelle à l’université, l’éducation repose sur la mémorisation, qui endort l’esprit critique. Sur ce point, le fait mérite d’être souligné, les institutions étatiques et musulmanes ont des avis parfaitement concordants. Il ne faut pas que les gens apprennent à réfléchir, ce serait trop dangereux !

 

Un vide politique abyssal

 

Je vous parle de révolution mais le terme, sans doute, est mal choisi. La révolution implique un projet alternatif, démocratique et solidaire, toutes choses introuvables sur les bords du Nil. C’est d’ailleurs le propre de la dictature que d’organiser le vide, un vide abyssal en Egypte. Qui saura porter le rêve de la place Tahrir ? 

 

Ni les communistes qui sont actuellement au plus bas, tout comme les Nassériens ; ni le Wafd, une plaisanterie dirigée par un milliardaire de l’industrie pharmaceutique ; ni encore telle ou telle personnalité, qui ne représente qu’elle-même: el-Baradei a joué et semble-t-il perdu, quand Amr Moussa, ancien ministre des Affaires Etrangères et président de la Ligue arabe occupe, pour combien de temps ?, le devant de la scène.

 

Il semblerait que l’on s’achemine vers un nouvel acte dans le combat, toujours recommencé, qui oppose l’armée aux Frères musulmans. 

 

Les ambigüités de l’armée

 

Les Egyptiens entretiennent des relations très ambigües avec leur armée qu’ils craignent autant qu’ils la respectent. Durant la révolution, celle-ci fit preuve de beaucoup de sang froid. Elle sut temporiser, ne pas réprimer la contestation et, l’heure venue, pousser Moubarak vers la sortie. Ce faisant, elle sauvait un régime qui lui garantit une place privilégiée et de confortables avantages matériels. Elle dit avoir entendu la jeunesse, mais jusqu’à quel point ? Rien ne se fera sans les militaires qui, pour imposer à la présidence une personnalité garante de leurs intérêts, disposent de tous les moyens


L’inconnu islamique 

 

Interdit comme parti politique, le mouvement des Frères musulmans, fondé en 1928, n’en constitue pas moins la première force d’opposition du pays. 

 

Certains, dont je suis, pensent que les Frères attendent que le fruit soit mûr pour le cueillir. D’autres soulignent qu’ils sont divisés entre une vieille garde conservatrice en perte de vitesse et des leaders plus jeunes qui trouvent leur modèle dans l’AKP turque. 

 

Peu importe la mise en scène, Moubarak a signé un impossible traité méphistophélique au terme duquel il fit de l’âme égyptienne le prix de son pouvoir temporel. Le tissu social du pays s’est alors déchiré entre une élite occidentalisée et corrompue et un peuple misérable et fanatisé. De la sorte, aujourd’hui c’est hommes contre femmes, tradition contre modernité, islam contre christianisme. 

 

Qu’est-il arrivé à l’Egypte de mon enfance, à cette terre qui cultivait avec tant de naturel la convivialité et le vivre ensemble ? 

 

En évoquant ces souvenirs d’un passé pas si lointain, je ne cède pas à la déploration convenue du bon vieux temps. Je cherche seulement à comprendre ce qui a pu endurcir le cœur des hommes, enfermer les communautés dans un entre-soi aussi étouffant que paranoïaque.

 

La citoyenneté pour tous  

 

Pourtant, en suivant à la télévision les derniers événements, j’ai vu se lever une autre Egypte. La révolution a, semble-t-il, balayé les clivages d’un autre temps pour unir, autour d’un même espoir, les contraires qui cohabitent au sein du pays. Peut-on y voir la naissance de la nation moderne, une et indivisible, qui garantirait à tous ses citoyens les mêmes droits ?.

 

Les coptes, qui sont partie prenante de la révolution, n’ont plus peur. Ils n’acceptent plus, et ils le crient haut et clair, d’être traités en citoyens de seconde zone discriminés sur les plans politique, économique, juridique et culturel. Ils refusent pareillement d’être considérés comme la minorité chrétienne du pays, cette notion n’étant que le dernier avatar de la dhimmitude, la version moderne de celle-ci. Egyptiens parmi les Egyptiens, ils demandent que l’ appartenance religieuse ne figure plus sur les cartes identité et que soit abrogé l’article 2 de la constitution qui fait de la charia islamique la source du droit. . 

 

Assimilée à tort à l’athéisme, la laïcité, « almaniyyah », effraie en Orient. Elle est pourtant la meilleure des protections contre l’instrumentalisation de la religion, son utilisation à des fins politiques ou économiques. Les musulmans réformistes, qui ont rédigé il y a peu un texte intitulé « Documents pour le renouvellement du discours religieux »*, en conviennent : la laïcité est juridiquement compatible avec l’Islam. 

 

L’Egypte nouvelle saura-t-elle conjuguer démocratie, citoyenneté et laïcité ?

 

Mgr Michel Chafik

Recteur de la Mission copte catholique de Paris

« Notre Dame d’Egypte »

 

* Version en ligne de la revue égyptienne « Yawm al-Sâbi » (Le Septième jour), le 24 janvier

 

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A chacun de mes séjours en Egypte, je constate avec effroi la progression de l’islamisation de la société. Dans les rues, les jupes courtes qui enchantaient les années 60-70 ont disparues, les têtes se sont couvertes, d’abord de hijabs colorés, ensuite de sombres niqabs. Les hommes ont laissé pousser leurs barbes et arborent avec fierté le bleu qui, sur leur front, témoigne de leur assiduité à la prière. Jusqu’au cœur du désert, les mosquées se sont multipliées, ainsi que le nombre des prêcheurs et des chaînes télévisées religieuses.

 

Dans un tel contexte, je me sens déplacé. Vous connaissez, n’est-ce pas ?, ces dessins dans lesquels il faut repérer l’élément insolite. « Cherchez l’erreur » dit la légende. Parce que chrétiens, je suis l’erreur dans mon pays natal. En ces jours de liesse populaire, je tairai les vexations, les discriminations, les crimes perpétrés contre les coptes.

 

Dans le café de mon père se retrouvaient avec un même plaisir coptes et musulmans. Mes compagnons de foot appartenaient indifféremment à l’une ou l’autre des deux communautés, seul importait l’efficacité du coup de pied. J’aimais aller à la mosquée voisine de notre maison pour me rafraîchir, m’y reposer et parler avec l’imam. Mes camarades musulmans appréciaient pareillement de passer un temps à l’église pour y contempler l’iconostase et y écouter nos mélopées. Avec nos amis musulmans, nous partagions le kaeke de Noël et celui du Ramadan et bien sûr nous allions les féliciter au retour du hajj. Je me souviens du petit chameau en cuivre qu’ils me rapportèrent de la Mecque et que j’emportais ensuite au séminaire. 

 

Si tel était le cas, Moubarak aurait gagné son pari : l’Islam, en Egypte, se serait largement dépolitisé. A supposer qu’il ne s’agisse pas d’un mirage, d’un de ces tours de passe-passe dont les Frères ont le secret, le prix à payer pour cette évolution est exorbitant. Le tissu social de l’Egypte n’y a pas résisté. Aujourd’hui, c’est hommes contre femmes, villes contre campagnes, jeunes contre vieux, riches contre pauvres, tradition contre modernité, islam contre christianisme.

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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 05:00
- Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

fr.-Andre.jpg Il est impossible de comprendre le sens de la vie de cet homme, sans tenir compte du fait – incontestable et attesté par tous ceux qui l’ont côtoyé de près – qu’il enracinait tout son ministère dans une pratique régulière et généreuse de prière personnelle. Il pouvait passer des heures de prière solitaire, agenouillé immobile derrière la statue de saint-Joseph dans la crypte de l’Oratoire.

 

Cette discipline spirituelle, qui témoigne de son besoin fondamental d’appuyer sa vie sur une relation vivante au Maître de son cœur, peut servir d’inspiration à toute personne croyante qui cherche à mener une vie droite et féconde. 

 

Parmi les interpellations que nous lègue Saint frère André, il y a l’attention à bien asseoir les fondations de notre maison spirituelle, quelle que soit notre vocation. Le petit frère du Mont-Royal a répondu à cette exigence par une généreuse pratique d’intériorité, qui a ouvert son cœur à l’amour vrai, profond et libre que dispense le Christ ressuscité, par son Esprit. 

 

En clair, bien au-delà des différences culturelles qui marquent l’époque où a vécu le frère André et la nôtre, cet homme de simplicité et de courage lègue un modèle de foi indéfectible, qui inspire encore aujourd’hui.

Fr. Pierre Charland ofm

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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 06:00
- Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

Il me paraît significatif de noter que c’est en 1967 qu’ont pris fin les travaux de construction de l’Oratoire Saint-Joseph : la même année où la ville de Montréal accueillait l’Exposition universelle sur l’Île Sainte-Hélène autour du thème de Terre des hommes. Ces deux événements importants me semblent bien refléter l’esprit d’ouverture et d’accueil qui ont caractérisé la vie du frère André, son œuvre et son héritage spirituel.

 

En effet, ayant appris l’anglais lors de ses séjours de travail aux États-Unis, le frère André a – dès les débuts de son ministère d’accompagnement, de prière et de guérison – refusé tout enfermement dans un carcan linguistique, culturel ou national. Il accueillait tous et chacun, indépendamment de leur race, de leur langue ou de leur culture. Son ami Adélard Fabre en témoigne : «Le frère André a passé sa vie à faire du bien à son prochain. Il se faisait l’ami de tous, le confident de toutes leurs peines. Il aimait particulièrement les pauvres et ne faisait aucune acception de religion ou de race.» (1)

 

Il n’est pas étonnant – dans le paysage actuel du Montréal métropolitain marqué par la diversité des races, des langues et des religions – que l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal accueille tous les ans des foules de personnes issues de toutes les couches de la société, de toutes races, dépassant même largement les frontières du christianisme. De plus en plus, des Chrétiens catholiques, mais aussi des personnes issues de différentes dénominations protestantes ainsi que de religion hindoue, sikhe ou musulmane, se rendent à l’Oratoire pour prier, faire silence et reprendre contact avec une dimension intérieure de leur être.

 

Le vaste attrait qu’exerce ce sanctuaire dédié à saint Joseph sur des gens venus de partout au monde, témoigne de la profondeur de la vision spirituelle dont était animé le frère André. L’héritage d’ouverture et d’universalité qu’il lègue cadre bien dans une ville où les frontières du sacré se redéfinissent en ce début de XXIe siècle. 

 

Si l’ancrage chrétien et catholique du thaumaturge du Mont-Royal ne fait aucun doute, il est remarquable de constater que ses interventions s’appuient sur un socle d’authenticité spirituelle et d’ouverture, qui ne connaît pas d’exclusions. Son message n’est pas teinté d’étroitesse religieuse. Ainsi, à une femme qui exigeait d’être guérie, en récompense de sa ferveur eucharistique, il demande si le bon Dieu lui devait quelque chose. Elle répond : «Oui, je vais communier tous les jours.» Et lui de répliquer : «Si le bon Dieu vous doit quelque chose, allez donc le collecter vous-même. Je ne suis pas chargé de faire la collection pour le bon Dieu.» (2)

 

Il est bien attesté que le saint frère recevait aussi bien des protestants que des catholiques, ou encore des Juifs ou même des francs-maçons, dans son petit bureau du Mont-Royal (3).

 

Aussi, on a souvent dit que le frère André faisait de l’œcuménisme par simple bon sens, mais en fait, il me semble que cela découlait de sa profonde expérience de Dieu. Par l’universalité de son accueil, il décloisonnait les frontières du sacré, et ouvrait à une fraternité fondée sur une commune humanité et – avant tout – sur la vérité des cœurs. Ainsi, un témoin rapporte cette guérison étonnante d’un non-catholique : 

 

«Le frère André m’a rapporté un jour, en revenant d’un voyage aux États-Unis, qu’un prêtre lui avait demandé d’aller voir un malade qui appartenait à la franc-maçonnerie. Le frère André lui montra une médaille de saint Joseph et lui dit que beaucoup de personnes avaient été guéries en se frictionnant avec cette médaille. Le frère André se mit à le frictionner, et à un moment donné le frère André sentit que le malade lui passait le bras autour du cou. Il continua à le frictionner et le malade devint mieux.» (4)

 

(à suivre)

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(1) Cité dans: Dubuc, Jean-Guy, Le frère André, Montréal, Fides, p. 149-150

(2) Ibid., p. 156-157.

(3)  Lafrenière, Bernard, Le frère André selon les témoins, Montréal, Oratoire Saint-Joseph, 1997, p. 35.

(4) Ibid., p. 35.

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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 11:54
- Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

 

1.jpg À l’âge de 23 ans, Alfred Bessette est entré chez les religieux de Sainte-Croix. Il y a d’abord effectué des petits travaux modestes et peu convoités, jusqu’à ce qu’une réputation de thaumaturge commence à lui attirer des foules de gens malades ou découragés. Inlassablement, le frère André a accueilli ces personnes de toutes conditions. Si on a pu lui reprocher des rebuffades d’impatience ou d’occasionnelles sautes d’humeur, personne ne peut l’accuser d’avoir abusé de l’autorité spirituelle dont il jouissait, d’avoir cherché à se mettre en avant, ou encore d’avoir fait la promotion d’une piété mièvre, dénuée de racines. Bien au contraire, sa parole et son action sont toutes à l’image des plus beaux traits des gens du Québec : simples, concrètes et débordantes de vie ! Le Père Benoît Lacroix parle de lui comme d’un pionnier :

 

« Le frère André fait partie de nous, il est de notre spiritualité. Par exemple, dans toute notre histoire, il y a ce que l’on pourrait appeler l’aspect pionnier, l’aspect fondateur, le commencement, le goût des origines, le besoin de défrichage. Et quand on regarde comment le frère André a procédé, on s’aperçoit que c’est un défricheur, c’est quelqu’un qui commence et qui organise, qui structure même, presque malgré lui, une œuvre. Il nous apparaît donc comme un pionnier, à l’intérieur d’une spiritualité qui se ressent toujours du fait qu’on est aux origines d’un pays…» (1)

 

Le projet de construction de l’Oratoire de Saint-Joseph du Mont-Royal en offre un excellent exemple. Une réalisation d’une telle audace témoigne de l’ampleur du charisme de bâtisseur et de visionnaire de ce petit homme étonnant. L’histoire difficile et mouvementée de cette construction, des débuts de la crypte jusqu’à la fin des travaux extérieurs en 1967, dit l’ampleur du courage et de la détermination du frère André, qui n’a jamais perdu confiance en la réalisation du rêve que le Seigneur avait déposé en son cœur. 

 

(à suivre)

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(1) Cité dans: Dubuc, Jean-Guy, Le frère André, Montréal, Fides, p. 140.

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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 08:02
- Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

A sa façon, le frère André présente aux hommes et aux femmes de notre temps un modèle de vie simple et accessible, et offre une voie d’entrée dans l’expérience mystique chrétienne. S’il n’a pas connu le rayonnement théologique d’autres grandes figures récentes de l’histoire chrétienne – comme Thérèse de Lisieux ou Mère Térésa de Calcutta, par exemple – c’est en partie parce qu’il n’a pas laissé de traces écrites de sa pensée et des accents particuliers de sa relation à Dieu. Son expérience spirituelle s’est transmise de bouche à oreille, d’un croyant à l’autre, et notamment grâce aux nombreux témoignages des personnes qui l’ont côtoyé.

 

lefrereandre.jpgOr, aux croyants actuels, le frère André lègue d’abord un exemple de vie. Dès son plus jeune âge, Alfred Bessette n’a pas fui devant les difficultés, mais les a plutôt affrontées avec courage et détermination, en s’appuyant sur une foi indéfectible en Dieu. Alfred était à peine instruit, issu d’une famille pauvre, et il a été rapidement confronté à l’exigence de développer son autonomie, suite à la mort prématurée de ses parents. Aussi, il aurait pu se laisser aller au découragement ou à la criminalité. Mais bien au contraire, l’homme de Dieu a toujours fait preuve d’inventivité et de débrouillardise, pour trouver une issue aux difficultés qui se présentaient. C’est ainsi qu’il n’a pas hésité à se déplacer d’un lieu à un autre pour trouver du travail, et a constamment développé des habiletés nouvelles pour répondre aux exigences d’un métier. En toutes circonstances, sa priorité a été la vigilance à la prière et la disponibilité intérieure aux appels de Dieu.

 

Il ne fait aucun doute qu’André Bessette avait une claire conscience de la boussole spirituelle qui le guidait. Un socle intérieur de foi et de confiance – sur lequel se sont appuyés ses choix de vie, ses solidarités d’Église et son ministère – l’a bien gardé des pièges d’élitisme ou d’inauthenticité auxquels on associe parfois l’église puissante des années d’après-guerre au Canada français.

 

(à suivre)

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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 20:58
- Par Fr. Pierre CHARLAND, O.F.M.

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La figure du frère André se situe à la jonction de deux mondes très contrastés. Il y a d’abord le Canada français de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Albert Bessette, de son nom de baptême, a vécu dans une société très religieuse et plutôt pauvre, marquée par un mouvement des populations qui partaient des campagnes pour venir s’établir en ville. Le Québec de cette époque est aussi caractérisé par la dualité catholique-protestante et par la volonté des Canadiens français d’acquérir l’autonomie économique et culturelle. Dans cette société en quête de son identité, où plusieurs avaient la vie dure, cet homme humble et droit – à la fois fragile et courageux – a été amené à quitter son village natal et à s’ouvrir à d’autres cultures pour assurer sa survie. Il est allé travailler aux États-Unis, puis est revenu au Québec avant d’être admis chez les Pères de Sainte-Croix comme frère laïque, en 1870.

 

Par la suite, au fil de milliers de rencontres où il a fait office de confident, de thaumaturge et de sage, il est devenu une figure populaire dont la renommée s’est étendue bien au-delà des frontières québécoises et canadiennes. Son héritage probablement le plus connu – et certainement le plus visible – est l’Oratoire de Saint-Joseph du Mont-Royal qui domine la montagne en plein cœur de Montréal. Ce fleuron des temples catholiques d’Amérique du Nord est le plus important lieu de pèlerinage du monde dédié à Saint-Joseph.

 

Mais le legs du Frère André ne s’arrête pas là. Il y a aussi un visage très actuel à son histoire et à son message, qui prennent forme dans une toute autre culture : celle du Québec et du monde d’aujourd’hui, qui ont été témoins de sa canonisation, le 17 octobre 2010.

 

Dans le Québec de ce début de XXIe siècle, qui a largement pris ses distances par rapport à l’institution religieuse catholique, la figure du frère André tranche sur le paysage. À la différence de ce qui se vivait au début du siècle dernier, le Québec d’aujourd’hui est pris d’assaut par une surenchère de consommation, ainsi que par les pressions constantes du modèle économique néo-libéral. Notre société est aussi marquée par des avancées technologiques qui progressent à un rythme ahurissant et ne cessent de faire reculer les frontières du savoir. Dans ce contexte, le message de foi du frère André peut sembler anachronique. 

 

Pourtant, les manifestations populaires qui ont entouré sa canonisation en 2010 nous portent à croire que malgré le fossé qui sépare ces deux mondes, le charisme du petit frère du Mont-Royal a une portée bien contemporaine. Si plusieurs églises du Québec sont aujourd’hui contraintes à la fermeture – dans une société où l’institution est souvent malmenée par l’opinion publique – on peut s’étonner de constater que les foules continuent de se rendre nombreuses à l’Oratoire Saint-Joseph pour s’arrêter, prier, se confesser ou prendre part à l’une des nombreuses eucharisties qui y sont célébrées dans le courant d’une journée. 

 

(à suivre)

 

 

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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 20:38
- Par L'Equipe d'Hermas
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Samedi 29 janvier 2011 6 29 /01 /Jan /2011 09:26
- Par L'Equipe d'Hermas

logo.gif Communiqué de presse [décision du 28 janvier 2011].- "Le Conseil constitutionnel a été saisi le 16 novembre 2010 par la Cour de cassation, dans les conditions prévues à l'article 61-1 de la Constitution, d'une question prioritaire de constitutionnalité posée par Mmes Corine C. et Sophie H. Cette question était relative à la conformité aux droits et libertés que la Constitution garantit des articles 75 et 144 du code civil. Deux associations (« SOS homophobie » et « Association des parents et futurs parents gays et lesbiens ») étaient intervenues dans la procédure au soutien de l'argumentation des requérantes. 

 

"Il était soutenu que l'interdiction du mariage entre personnes du même sexe est contraire à l'article 66 de la Constitution, à la liberté du mariage, au droit de mener une vie familiale normale et au principe d'égalité devant la loi. 

 

"En premier lieu, l'article 66 de la Constitution prohibe la détention arbitraire. Il n'est donc pas applicable au mariage. 

 

"En second lieu, la liberté du mariage n'interdit pas au législateur de définir les conditions pour pouvoir se marier dès lors que ces conditions ne sont pas contraires à d'autres exigences constitutionnelles, c'est-à-dire au droit de mener une vie familiale normale et au principe d'égalité. 

 

"S'agissant du droit de mener une vie familiale normale, le Conseil constitutionnel a rappelé qu'il résulte du Préambule de la Constitution de 1946. Cependant, ce droit n'implique pas que les couples de même sexe puissent se marier. Ces couples sont libres de vivre en concubinage ou de conclure un pacte civil de solidarité (PACS). 

 

"S'agissant du principe d'égalité, le Conseil a jugé qu'en maintenant le principe selon lequel le mariage est l'union d'un homme et d'une femme, le législateur a, dans l'exercice de sa compétence, estimé que la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d'un homme et d'une femme pouvait justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille. Il n'appartient pas au Conseil constitutionnel de substituer son appréciation à celle du législateur sur la prise en compte, en cette matière, de cette différence de situation. 

 

"Le Conseil constitutionnel a jugé les dispositions contestées du code civil conformes à la Constitution."

 

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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 08:13
- Par L'Equipe d'Hermas

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