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Témoignages [Mgr Masson]

Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 07:18

Par Mgr J. Masson
LES FANTAISIES LITURGIQUES ET LES MESSES BACLEES


    Le Nouvel Ordo a introduit un grand choix de Prières eucharistiques (ce que l’on appelait auparavant le « Canon de la Messe ») pour permettre d’enrichir les prières de la Messe. On trouve ainsi un certain nombre de prières « ad libitum », « au choix ». Selon le prêtre.

    En soi, on ne pourrait que s’en réjouir, si les prêtres s’en tenaient à ce qui est prescrit. Une chose toutefois surprend, c’est la suppression de nombreuses prières, et la possibilité, pour le prêtre, de choisir l’une des deux prières au lieu de réciter les deux prières. Cela va plus vite ! On pourrait multiplier les exemples ! La conséquence générale, et quasi inévitable (on aurait dû le prévoir), c’est le choix de « ce qui va plus vite ». Le prêtre est un homme pressé : 20 minutes pur une Messe en semaine, 35-40 minutes pour une Messe du dimanche (homélie comprise) ! 40 minutes consacrées à Dieu en une semaine ! Où est la sanctification du, dimanche, du Jour du Seigneur ? Il paraît que, au bout de dix minutes, les fidèles ne font plus attention à ce qui est dit !

    Et pourtant, ils passent des heures à la télévision, à écouter des discours politiques, à regarder des parties de football, ou autres choses.

    Pauvre troupeau, sans enseignement, qui vit ainsi dans l’ignorance !

    Cette possibilité de choisir, pour le prêtre ouvre aussi la porte à sa « créativité ». Au lieu de la formule prescrite, au moment de liturgie pénitentielle au début de la Messe la prière prescrite « Préparons-nous à la célébration de l’Eucharistie, en reconnaissant que nous sommes pécheurs » les fidèles ont droit à toutes les improvisations, à toutes les formules possibles et imaginables ! À un « laïus » pieux !

    La formule « ad libitum » a ouvert la porte au prêtre pour introduire ce qu’il ressent, sa sensibilité, sa « piété », le sens qu’il a de la Messe, surtout, et qui, trop souvent, n’est PLUS CATHOLIQUE ! Et c’est là ce qui est grave. Avec l’introduction de la distribution de la communion dans la main, on a vu disparaître, presque en même temps et un peu partout, les agenouilloirs, et les fidèles restent debout pendant toute la Prière Eucharistique, pendant la Consécration :devant Dieu, l’homme est un « homme debout » ! ; Dans beaucoup de paroisses, les fidèles sont invités à réciter les paroles de la Consécration avec le prêtre, voire toute la Prière Eucharistique ! Ou encore, si l’assistance n’est pas trop nombreuse, à se mettre autour de l’autel, non pas comme concélébrants mais comme co-célébrants !

    Quant à la distribution de la Sainte Communion dans la main ! Les prêtres, en général obligent les enfants de la Première Communion à recevoir l’Hostie dans la main, même si les parents ne le veulent pas. Gare à celui qui se présente les mains jointes, ou qui fait une génuflexion auparavant : il est fusillé du regard. Malheur à lui s’il ose se mettre à genoux pour recevoir le Corps du Christ. Un ami allemand, participant à une retraite prêchée par l’Evêque du lieu, pour de jeunes étudiants, a communié auprès de l’Evêque, à genoux. Il m’a dit : « Si tu avais vu le regard de haine de l’Evêque, et la manière avec laquelle il m’a donné l’Hostie !
»

    Et que dire des corbeilles remplies d’hosties consacrées qui circulent de banc en banc, pendant que le prêtre est assis « faisant son action de grâce » ! Ou des laïcs, ou laïques ou religieuses qui distribuent la Sainte Communion quand le prêtre (ou les prêtres concélébrants, voire l’Evêque célébrant, sont assis ?). Et la purification des ciboires et des calices, les ablutions, comme on les appelle ? Je reviens à ce prêtre danois que j’ai connu quand il était diacre. J’avais remarqué avec quel soin il procédait à la purification des ciboires et du calice : comme cela se faisait avant 1969 : avec le vin, puis avec l’eau. Je lui demandais : « Qui t’a appris à faire ainsi les ablutions ? ». Sa réponse est une condamnation pour beaucoup : « On y croit ou on n’y croit pas »...

    Les fidèles remarquent cela, et ils en souffrent : voir des prêtres célébrer avec l’aube et l’étole, voir les prêtres arriver à l’autel les bras ballants, voir les prêtres manipuler les Saintes Espèces comme si c’était du simple pain ; devoir se confesser à un prêtre en clergyman « tenue de camouflage » avec seulement l’étole violette : cela les choque.

    Mais cette façon de faire, montre, ce qui est plus grave, une perte grave du sens du Sacerdoce, du Sacré, du sens de ce qu’est la Messe, qui se réduit à être une assemblée de fidèles qui participent à l’Eucharistie. Auparavant, on disait : célébrer la Saint Sacrifice de la Messe ; puis on a dit : « célébrer la Messe », puis enfin « dire la Messe » ! « Dire la Messe ! C’est déjà tout un programme qui s’annonçait. A présent on dit « célébrer l’Eucharistie ».

    Le Pape Benoît XVI parlait dernièrement des Sacrements de la Confession et de l’Eucharistie. Il ne parlait pas du Sacrement de la Messe. On n’a jamais parlé du Sacrement de la Messe. Dire « célébrer l’Eucharistie » me semble être une réduction de la Sainte Messe à l’Eucharistie, à la Dernière Cène, donc, en oubliant que, à ce moment, le Christ Seigneur « renfermait » sous les signes du Pain et du Vin, tout son Sacrifice du lendemain. La Dernière Cène ne peut être séparée du Sacrifice Sanglant de Jésus sur la Croix. C’est sur la Croix que Jésus offre son Sacrifice, donne son Corps et son Sang. La Messe est donc le Saint Sacrifice, le seul et unique Sacrifice du Christ, « anticipé » sacramentellement et de manière non sanglante à la Dernière Cène, qui Lui permet de rester présent au milieu de nous par sa Présence dans l’Eucharistie, instituée lors de la Dernière Cène.

    Pour beaucoup de prêtres, seule reste l’Eucharistie. Mais qu’est-ce que l’Eucharistie ? Un exemple entre mille, hélas ! : Un vicaire d’une paroisse de la Capitale de la Lorraine a déclaré en chaire : « A la consécration, nous faisons mémoire d’un fait qui s’est passé il y a 2000 ans : il ne se passe rien : le pain reste du pain, le vin reste du vin ! ».

    « Dire la Messe » c’était le prélude à ce que nous voyons trop souvent : « le prêtre qui « récite » la Messe, il lit, ou récite de mémoire, les textes. Comme s’il ne parlait pas à Dieu, comme si rien ne sa se passait ! Et pour beaucoup, hélas, il ne se passe rien !!!

    Et c’est ainsi que nous en arrivons à des MESSES BACLEES, dites le plus vite possible, en prenant les formules « ad libitum » les plus courtes, les lectures sous leur « forme brève », les textes lus de manière monotone, en hâte. Le Nouvel Ordo, n’a pas voulu cela. Mais il a donné la possibilité, sans le vouloir, d’en arriver à ce point. Auparavant on parlait de « Messe Basse » pour indiquer une Messe célébrée en semaine, sans chant. Mais la Messe durait au moins une demi-heure.

La « Messe Basse » a été remplacée par « la messe brève ». Après le Sanctus, les fidèles se retrouvent à la fin de la Consécration sans avoir eu le temps de s’en rendre compte. En effet à peine terminé le « saintsaintsaint », le prêtre commence la Prière Eucharistique II (la plus courte, utilisée presque de manière unanime, quelquefois, mais rarement,  la Prière Eucharistique III,), et le fidèle entend le prêtre dire « il est grand le mystère de la foi ! La Consécration ? Il n’a pas eu le temps de s’en rendre compte ! Comme me disait un ami : on va bien bientôt remplacer la Messe par un coup de sifflet bref !

    Le moment de la Consécration n’est plus, dans beaucoup de cas, le Centre du Sacrifice de la Messe : on ne parle plus d’ailleurs de « Consécration » mais de « récit de l’Institution de l’Eucharistie ». Si c’est un simple récit, il est clair que le pain reste du pain et que le vin reste du vin. Tout comme lorsqu’un lecteur lit, le Jeudi-Saint, le récit de l’institution de l’Eucharistie, tiré la Première Epitre de saint Paul aux Corinthiens (chapitre 11, versets 23-27). Et, malheureusement, beaucoup de prêtres « récitent ces paroles » comme des paroles ordinaires !

    Et, encore heureux quand les prêtres célèbrent la Messe chaque jour. Ce qui est loin d’être le cas. Et c’est pourquoi le Pape Benoît XVI insiste tellement sur la célébration de la Sainte Messe chaque jour, et a proclamé une Année Sacerdotale pour prier pour la sanctification des prêtres.

    Saint Curé d’Ars, priez pour les prêtres.
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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Poésies chrétiennes
Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /Juil /2009 07:00

Par Mgr J. Masson

« Sans vouloir soulever de polémique, ce qui n'est pas le but de « Hermas », je trouve qu'il est opportun de répondre au commentaire très juste de « Petitnou » (n°10), qui écrit : « Pour faire une étude complète, il faudra aussi expliquer pourquoi cette folie collective des années 60-70 a pu naître. Ce n'est pas sorti de rien. Il a bien fallu que ça naisse avant ». (Petitnou, commentaire n° 1).


C'est très juste, et il est important de comprendre ce qui s'est passé, sans prétendre que les « bons » sont d'un côté et les « méchants » de l'autre. Les hommes sont les hommes, et sujets à l'erreur, au fanatisme. Mais nous sommes devant un problème unique, à mon sens dans l'Eglise, en raison de son étendue mondiale. Il serait trop long et compliqué de rechercher toutes les racines de cette crise, et je ne m'en sens pas la capacité. Toutefois, un témoignage personnel, du vécu, peut aider à comprendre que nous sommes devant un phénomène qui a des racines profondes et lointaines.


            La première chose dont  il faut se souvenir c'est que l'Eglise a un ennemi farouche, dont parle le Livre de l'Apocalypse, notamment au chapitre douzième : le Démon, LUCIFER ! Il ne faut pas l'ignorer ni le sous-estimer. Il a même osé tenter le Christ, même jusque sur la Croix. Et, en fondant son Eglise sur Pierre, le Christ Jésus annonce lui-même « Tu es Pierre et cette Pierre je bâtirai mon Eglise. Les portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre Elle - portae Inferi non praevalebunt adversus Eam » (Mathieu 16, 18).


            Saint Paul, lui-même nous avertit en ces termes : «  2 Timothée, 4

1. 

Je t'adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, au nom de son Apparition et de son Règne :

2. 

proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d'instruire.

3. 

Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l'oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité

4.

et détourneront l'oreille de la vérité pour se tourner vers les fables.


            Dans la Conférence que j'ai citée de S. E. Mgr Bruguès, Secrétaire de la Congrégation pour l'Education Catholique, le prélat déclarait à propos des jeunes qui se présentaient actuellement au séminaire : « Les jeunes qui, se présentent dans nos Maisons de Formation, ne connaissent plus rien ou presque, de la doctrine catholique, de l'histoire de l'Eglise et de ses coutumes ». Et je signalais que cette remarque avait déjà été faite par Mgr Marcel Lefebvre dès 1969. J'avais pu moi-même m'en rendre compte au Petit-Séminaire Sainte-Marie de Meaux en 1966, où j'étais responsable des séminaristes des classes de 2° à Terminales.


            Chaque génération de jeunes a été instruite dans la religion par une génération de prêtres, c'est une évidence. Mais cette décadence  continue se poursuit, avec, à cause et en raison de cette succession de générations.


            Je fais partie de cette génération de prêtres de 1960-1970, ayant été ordonné en 1966. Et je l'ai bien connue au Séminaire Saint-Sulpice, puisque j'y étais un séminariste comme les autres, au milieu des autres. A cette époque déjà, de nombreux séminaristes, qui ont été ordonnés prêtres, et sont devenus curés (s'ils ont persévéré dans leur sacerdoce), j'ose le dire sans les juger, mais en toute objectivité, n'étaient déjà plus catholiques. Je donnerai ci-dessous quelques exemples. Et- pourtant, ce sont eux qui ont été vicaires, curés, chargés de la pastorale et d'enseigner la saine doctrine ; l'Eglise a été et est encore dans leurs mains. Parmi eux, certains sont même devenus Evêques. Ils ont formé ainsi des générations de fidèles, de futurs séminaristes, en leur inculquant leur « propre doctrine » et pas la doctrine de l'Eglise. Eux aussi ils « transmettent ce qu'ils ont reçu », mais pas à la manière de saint Paul, ni ce que saint Paul a reçu.


            La génération précédente les a ainsi « formés ».


            Si le principal Adversaire de l'Eglise est Lucifer, il ne faut pas oublier qu'il se sert la plupart du temps des hommes pour accomplir son oeuvre. Le Pape saint Pie X avait condamné en son temps le modernisme, et il avait annoncé qu'il reviendrait de manière plus sournoise de l'intérieur de l'Eglise. Il ne faut pas oublier non plus les persécutions qu'a connues et subies l'Eglise, en France notamment : les victimes de la Révolution française sont surtout des prêtres réfractaires, des religieux, des religieuses, des catholiques qui s'adressaient aux prêtres réfractaires. L'Abbesse de l'Abbaye de Bouxières (une des 4 grandes Abbayes de femmes en Lorraine) écrivait au Pape au mois de janvier 1790, que la Révolution était entièrement dirigée contre l'Eglise catholique, et qu'elle et ses religieuses resteraient fidèles à l'Eglise et au Pape. Plusieurs d'entre elles sont mortes sur la guillotine. Il ne faut pas oublier que, en France, il existe un courant anticlérical, laïc, laïcard, dont le mot d'ordre était « à bas la calotte ». La loi de séparation de 1905 a spolié l'Eglise catholique de ses églises, a chassé les religieux et les religieuses de leurs couvents etc.


            Une anecdote, que je cite avec fierté et un certain orgueil : dans le petit village d'Arraye, près de Nancy, ma grand-mère paternelle et ses sœurs, aidées de quelques autres femmes du village, ont défendu l'église, avec des fourches, pour empêcher les gendarmes d'y entrer et d'en prendre possession. C'est Papa, âgé alors de 7 ans, qui avait été chargé de les avertir de l'arrivée des gendarmes, en montant la garde sur le haut de la colline.


            Et puis, la France connaît une forte minorité protestante, avec laquelle les prêtres enrôlés pendant la deuxième guerre mondiale ont eu des contacts plus « intimes ». On dit aussi qu'il y a la franc-maçonnerie.


            Sans oublier un fait peu connu, mais bien réel : les infiltrations d'éléments anticatholiques dans les séminaires. Le Cardinal Primat de Pologne a fait grand scandale dans les années 1960-1965, en révélant l'Affaire « Pax », d'infiltrations communistes dans les séminaires en Pologne, mais aussi dans toute l'Europe. Il savait de quoi il parlait, même si de nombreux Evêques « occidentaux » ne l'ont pas cru et l'ont critiquée violemment.


            Cela fait beaucoup de causes secondaires, beaucoup d'influences qui se sont exercées sur les prêtres, sur les futurs prêtres, qui se sont insérées dans la doctrine et dans la morale catholiques.


            Inventions ? Suppositions sans fondement ? Comment expliquer que des prêtres en soient arrivés à ne plus croire en la Présence réelle du Christ dans l'Eucharistie ? Qu'il y ait eu des « faux pas » dans la vie de chasteté de certains prêtres, c'est indéniable ! Ce sont des hommes, et combien d'homme mariés se « déplacent-ils » sans que cela soulève l'indignation générale ? Mais voir naître un mouvement puissant pour « le mariage des prêtres », pour « l'ordination sacerdotale des femmes » (« Cela se fait bien chez Protestants, ou chez les Anglicans », entend-on dire fréquemment), ne peut être un phénomène de « génération spontanée » : on peut, et on doit y voir la « griffe » du Malin, qui se sert des hommes pour orchestrer la destruction de l'Eglise, du sacerdoce d'abord, du sacrement de l'Eucharistie, de la consécration du prêtre à Dieu pour se mettre au service de tous !


            UN EXEMPLE ! Ma paroisse d'origine a hérité d'un prêtre qui était tout d'abord vicaire à la cathédrale de Toul. L'Archiprêtre de la cathédrale, le Chanoine Forfert, que je connaissais bien, me dit alors : « Je vous souhaite bien du plaisir ; je l'ai eu comme vicaire, et j'ai demandé d'en être libéré : c'est un mélange de communiste et de protestant ! Attention ! C'EST UN MENEUR ! ».

 

            De fait, il a détruit une paroisse qui était un modèle de pratique religieuse (50%, répartie entre le haut et le bas du village). Maman a écrit à l'Evêque de Nancy de l'époque, Mgr Bernard, et à l'Archevêque de Besançon, Mgr Lallier, ancien Evêque de Nancy. Elle a reçu une réponse la remerciant de sa lettre : « Que voulez-vous que nous fassions de Monsieur le curé. Si nous le mettons dans une autre paroisse, il la détruira » ! Ahurissant : quand dans une  entreprise quelqu'un ne fonctionne pas du tout, le nomme-t-on Président Directeur Général ? Il est mis à la porte tout simplement.


            Le Jeudi Saint 1967, j'étais prêtre depuis un an, j'assistais à la messe « in Cena Domini », la messe du Jeudi-Saint, au cours de laquelle on rappelle l'Institution du sacerdoce et de l'Eucharistie, et le Lavement des pieds.


            Dans l'homélie, commentaire de la Lettre de saint Paul aux Corinthiens,  rappelant ce qu'il avait lui-même reçu à propos de l'Institution de l'Eucharistie : le curé, déclara, entres autres choses (j'abrège !) : « Il ne dépend pas du prêtre qui dit "ceci est mon corps, ceci est mon sang" qu'il y ait l'eucharistie : cela dépend de la foi ou de la charité du fidèle. Si quelqu'un n'a pas la charité, et qu'il vient communier, il ne reçoit pas le corps du Christ ». Et d'ajouter, à propos de la sainte Réserve, conservée dans le Tabernacle : « Le tabernacle contient seulement du pain, le 'viatique', une nourriture spirituelle pour ceux qui sont sur le point de faire le grand voyage. Et de même que vous ne faites pas de génuflexion devant un frigidaire, parce que c'est un garde-manger, vous ne devez pas faire de génuflexion devant le tabernacle car c'est un garde-manger ».


            « Monsieur le Curé, vous êtes hérétique, vous n'êtes plus catholique ! » Je n'avais pu me taire, et l'avais interrompu. Après la messe, la discussion fut animée. Il reprit le même commentaire pendant l'Heure Sainte de 23 heures à minuit (car il était prudent, et maintenait certaines pratiques pour ne pas choquer les fidèles... Le « meneur » habile dont parlait le Chanoine Forfert). La discussion qui suivit dura jusque 2 heures 15, dehors, sous un vent glacial. Je l'ai poussé dans ses derniers retranchements, sur des questions précises : il ne croyait pas à la Virginité de Marie, à l'Infaillibilité pontificale, à la nécessité de la chasteté pour le prêtre, à l'enfer, à la nécessité du prêtre dans l'Eglise etc. : « Heureusement le nombre des prêtres diminue. L'Eglise va enfin retrouver ainsi le 'sacerdoce commun des fidèles' : chaque fidèle est prêtre par son Baptême. Et tu verras, me dit-il avec force, et insistance : sous peu, chaque prêtre célébrera l'eucharistie chez lui au cours du repas, comme l'a fait Christ (les protestants disent « Christ, et non pas « le Christ ») ET POUR PREPARER CETTE ETAPE IMPORTANTE, NOUS ALLONS INTRODUIRE LA COMMUNION DANS LA MAIN ».


            « NOUS ALLONS » : NOUS : c'était un aveu ! Je le lui avais fait dire. Et j'ajoutais, en conclusion « ALORS, MONSIEUR LE CURE NOUS N'aurons plus la même religion ! NOUS NE L'AVONS DEJA PLUS ! ».


            La distribution de la communion dans la main, qui avait commencé sans permission, illégalement à Fontainebleau, sera officiellement permise trois ans plus tard environ, comme « droit » des fidèles et non pas comme « indult », comme dut le rappeler le Pape Benoît XVI, bien plus tard, par l'intermédiaire de Mgr Guido Marini, son Maître des Cérémonies.


            UNE AUTRE EXEMPLE ? Nous sommes au mois de mars 1969, dans le petit village de Velaines, près de Ligny-en-Barrois. Ma famille est moi-même étions venus pour les funérailles d'un cousin de Papa, un « dur » de la Guerre de 1914, blessé de guerre, et bon catholique.


            La Messe était célébrée par le curé, en présence du Doyen. J'étais au premier rang, du côté des hommes, après Papa et mon frère. Une messe curieuse, pleine de surprises. Première lecture : j'entends lire un long texte, que je croyais être une introduction ; on y parlait de « cercueil » ! Curieux. Puis la finale : « Parole du Seigneur ». C'était la Lecture ! La Prière Eucharistique (le Canon Romain) avait introduit des prières que je ne connaissais pas. Je commençais à m'agiter. Mais, les Paroles de la Consécration étaient celles prescrites par la Liturgie.


Après la distribution de la sainte Communion, le prêtre remonte à l'autel, ferme le ciboire qui restait sur l'autel, met le voile sur le calice, sans faire les ablutions et s'apprête à terminer la messe. Je passe devant mon frère, devant Papa, et, en soutane je monte à l'autel, et dit au prêtre à voix haute : « Vous allez remettre le ciboire dans la Tabernacle, et purifier le Calice ». Sans un mot, il prend l'un et l'autre et se dirige vers la sacristie !


            Une seconde d'hésitation de ma part, et je le suis : quand j'arrive, il est en train d'ouvrir un tiroir rempli d'hosties non consacrées, et s'apprête à verser le ciboire dans ce tiroir. Une sainte colère fondit sur moi : je le saisis par les épaules en lui disant (que le Seigneur me pardonne et que le lecteur m'excuse) : « Si vous ne reportez le ciboire dans la tabernacle, je vous casse la gueule ! » (Et je l'aurais fait). Je l'ai traîné en le tirant pas l'épaule dans le choeur de l'église, devant toute l'assistance, et l'ai obligé à remettre le ciboire dans le tabernacle. J'avais pris en passant le calice, que j'ai purifié. C'était vraiment le cas de le dire : calice d'une saleté repoussante, plein de vert de gris ! Quelle horreur !


            Mais ce n'était pas fini : au cimetière, le Doyen s'approche de moi et me dit : JE NE COMPRENDS PAS VOTRE INTERVENTION INADMISSIBLE, CAR TOUT LE MONDE SAIT BIEN QUE, APRES LA MESSE IL N'Y A PLUS DE PRESENCE RELLE ».


            Mon frère m'a ceinturé les bras, par prudence.



            ENCORE QUELQUES EXEMPLES !


            Nous nous étonnons que les prêtres ne savent presque plus rien. Savez-vous qu'à Saint-Sulpice, il est des traités de théologie que nous n'avons jamais étudiés : celui concernant la Vierge Marie, la Mariologie (A Saint-Sulpice ! Monsieur Ollier doit se retourner dans sa tombe) ; le traité sur les fins dernières (ciel, purgatoire et enfer).


Pourquoi d'ailleurs faire ce traité : le Père Congar n'a-t-il pas déclaré devant nous tous, jeunes prêtres, que l'enfer n'existait pas, que l'enfer c'était la vie sur cette terre, et que l'on en sortait quand on mourait, et que l'on entrait alors dans la Maison du Père. Et d'ajouter : « d'ailleurs, si l'enfer existait, il serait vide, Dieu est tellement bon ! » (avec un sourire béat !). Parole du P. Congar.


Le traité de morale s'est borné à étudier les trois vertus théologales ; Foi, Espérance et Charité ! Le traité sur le mariage ? Le professeur a demandé aux élèves : « Comment voulez-vous que nous étudions ce traité : d'une manière théologique, ou pastorale ? ». On est passé aux voix : 25 pour une manière pastorale et 24 pour une manière théologique. Pendant quatre mois, nous avons entendu parler de tous les moyens de contraception connus alors, avec leurs avantages, et leurs inconvénients, le tout exposé par des médecins et des couples mariés.


            Un jour, je suis allé chez mon Directeur de conscience, hors de moi et je lui ai dit : « Mon Père, cela suffit : je puis vous dire tout ce qu'il faut faire pour avoir un enfant, ou plutôt pour ne pas en avoir, mais je ne puis vous dire ce qu'est le mariage. Pas une seul fois je n'ai entendu parler de la doctrine de l'Eglise ni du Concile de Trente ! ».


            Durant mes trois années de théologie à Saint-Sulpice j'ai entendu tellement de choses effarantes, que j'ai pris quelques notes ! Je garantis la vérité de ce que j'écris, car je l'ai entendu affirmer par des séminaristes qui sont devenus prêtres. Je demande au lecteur de bien vouloir excuser ma « fidélité » à retransmettre certaines paroles. J'ai enlevé les noms, bien sûr ! Par délicatesse et par charité : Veritas in Caritate ! La Vérité dans la charité.


Jeudi 11 mars 1965 (retraite d'ordination pour de futurs Diacres) : « Ce qui m'ennuie le plus dans le diaconat, c'est le baptême, car cela va contre ma théologie : par exemple, les exorcismes. Je les ferai parce qu'il faut les faire, mais ce sera du théâtre car je ne crois pas au Démon. Il n'existe pas ; et même s'il existait, il n'habiterait pas chez un enfant non baptisé ».


Le 12 mars 1965 (le même, à propos des nouveaux rites de la réforme de la messe, de 1965) : « Pour l'instant, nous n'avons pas les emmerdements de dire la messe. Apprendre à dire la Messe de différentes façons ! J'en apprendrai une seule, et puis, je ne célébrerai que le dimanche et de temps à autre si des gens le demandent ; mais jamais de messes privées. »


Le 15 mars 1965 : (diacre depuis quelques jours) : Je suis en train de lire un livre orthodoxe sur le mariage et la chasteté. En le lisant, j'ai compris que depuis XX siècles l'Eglise imposait à ses prêtres une chose contre nature, le célibat des prêtres. Cela ne tient pas debout et ne ressemble à rien. Il faut en terminer avec cette mentalité qui voit dans tout acte charnel un péché et un empêchement pour prier Dieu et le servir. On dit, et c'est le Pontifical qui le dit : il faut être pur pour approcher de l'autel : Comme si le mariage souillait ! Il est grand temps que l'Eglise comprenne son erreur. L'Eglise a fait des relations charnelles un péché, mortel dans certains cas ! »


(Un tiers intervient : « Moi, de toute façon, je ne crois pas au péché mortel car il faut trois conditions pour qu'il soit réalisé, dont l'usage de la liberté. Nous ne sommes pas libres, et donc nous ne pouvons pas commettre de péché mortel »


(Moi : « si on parle de péché, il faut au moins penser au péché de Satan ! »

« A la rigueur, si tu crois à Satan. Mais Satan existe-t-il ? Je n'y crois pas quant à moi ! »


(Moi : « mais il y aussi le péché des Anges déchus ! »

« Alors là, laisse-moi rigoler, à la rigueur pour Satan, mais dire que les Anges existent, c'est du folklore ! »


(Moi : il y a aussi le péché d'Adam, qui lui, au moins n'était pas encore diminué par le mal !

« C'est vrai, mais le problème est de savoir si Adam a existé ! Non, tu vois, on ne peut pas penser sérieusement, avec les découvertes de la science moderne, qu'il n'y a eu qu'un seul couple à l'origine. Cela ne fait pas sérieux ! Tu crois au péché mortel, toi ? Moi, je n'y crois pas ; c'est une manière commode pour expliquer le mal dans le monde, une sorte de mythe.

            « Note bien qu'en disant cela je suis conscient d'avoir contre moi 90% des théologiens »


(Moi : « dans ce cas, t'es-tu posé la question de savoir qui se trompait ? »

            « Cela ne fait aucun doute : c'est moi qui ai raison, car les dogmes évoluent suivant les découvertes et les modes nouveaux de pensée. Je suis persuadé que, dans quelques années 90% auront évolué et penseront comme moi. La preuve en est le cas de Galilée ! C'est bien pourquoi je pense que l'Eglise, d'ici peu, rejettera la chasteté comme absurde, pour en revenir à une saine et objective théologie du mariage. On y vient doucement ; il n'y a qu'à regarder au Concile. Prenons un autre exemple, la limitation des naissances ; la pilule contraceptive est maintenant conseillée par de plus en plus de prêtres. Pour ma part, je n'hésiterais pas à la conseiller ! »


9 mars 1965 : « Moi, de toute façon, je ne crois pas à la Vierge. Regardez Fatima, par exemple, ce n'est pas de foi, ni Lourdes. »


Moi : « oui, mais l'Eglise les a reconnues comme dignes de foi ».

« Elle en est bien revenue depuis. Pour Fatima, par exemple, le Secret devait être ouvert en 1969. On n'a rien vu jusqu'à présent ! La raison en est que le pape l'a ouvert, et c'est certain, mais quand il a vu les conneries qui s'y trouvaient racontées, il a préféré le garder pour lui, pour ne pas ridiculiser l'Eglise. »


2° dimanche d'octobre 1964

            (Dans le courant de la conversation) : « Je ne crois que ce qui est dans l'Ecriture. La dévotion au Sacré-Cœur ? Tu rigoles ! Tu trouves dans le Nouveau testament qu'on doit adorer le cœur de Jésus ? Pourquoi pas ses pieds [suivent quelques blasphèmes que l'on épargnera au lecteur] ? »


            Je protestais vivement contre ces blasphèmes 

 

            « Il n'y a pas de blasphème là-dedans : Marie et Joseph étaient mariés. Quand on est mariés, qu'est-ce qu'on fait. On couche ensemble. Et puis, pour que leur mariage soit valide, il faut bien qu'ils aient consommé leur union. Tout le monde se doute bien qu'ils ont dû avoir des rapports sexuels après la naissance de Jésus ; un homme n'aurait pas pu vivre à côté d'une femme sans rien faire. D'ailleurs s Dieu a permis que Jésus naisse sans enlever la virginité de Marie, il a bien pu la conserver quand ils ont couché ensemble. Si Jésus est passé par là, cela a pu être pareil pour le reste. De toute façon, il faut comprendre la virginité non pas dans un sens physique, c'est une virginité du cœur, et je n'ai pas hésité une seconde à enseigner cela au catéchisme. Et pour nous, c'est la même chose : notre chasteté est une chasteté du cœur, c'est normal. D'ailleurs pour tout dire, il y a belle lurette que ne suis plus puceau. »

            Dans la même conversation, le même a nié l'Enfer, le Purgatoire, le péché originel, Satan, les Anges etc.


Début 1965 : (à table)

            « La virginité de Marie avant, pendant et après ? Avant ? À la rigueur, mais pendant et après, c'est impossible ; d'ailleurs ce n'est pas de foi. »


24 mars 1965 : fête de Sant Gabriel : quel Ange est apparu à saint Joseph : « Pour moi, les Anges n'existent pas ; c'est donc que Joseph avait bu un coup de trop et qu'il avait cru voir un ange »


Mai 1964 : Sortie d'année à Fontainebleau : S'adressant à moi : « Tu ne vas tout de même pas venir en soutane. En tout cas, on ne te veut pas si tu ne viens pas en civil ! »


Novembre 1963 (un séminariste d'un milieu très bourgeois) : « la soutane est un habit bourgeois qui nous empêche d'aller chez les ouvriers. Quand l'ouvrier nous voit avec, il sait qui nous sommes et cela lui donne un complexe d'infériorité, car il sait que nous sommes plus intelligents que lui. C'est comme un mur qui nous sépare ; tandis qu'avec l'habit civil, on st de son milieu, la glace est rompue. »


Octobre 1964 (un jeune prêtre) : « Il faut éduquer les chrétiens. Ils viennent nous casser les pieds en confession : j'ai juré, j'ai mangé gras le vendredi, j'ai dit des paroles grossières, j'ai trompé ma femme... La barbe avec ces broutilles ! »


Conclusion par le Cardinal Thiandoum (ancien Archevêque de Dakar, successeur de Mgr Marcel Lefebvre pour qui il avait une affection profonde), et à qui j'avais montré ces textes lors de l'un des passages à Ecône :

 

            « En lisant les extraits de ces conversation, j'ai eu des sentiments de :

            Stupéfaction

            D'indignation

Et aussi de peur : les diseurs de telles monstruosités sont-ils devenus prêtres ?

Dans tous les cas, tout se paie : « qui sème du vent récolte le tempête ! » Et c'est vrai aussi dans l'Eglise.

Mais c'est autrement plus grave quand il s'agit des âmes.

Avec l'assurance de ma prière fidèle et la joie de vous avoir rencontré.

21-IX-1971  + Thiandoum, Archevêque de Dakar


CONCLUSION

 

Comme je l'ai dit plus haut « Veritas in Caritate » : la Vérité dans la Charité.

Je n'ai rien écrit de tout cela pour susciter le scandale ou l'indignation.

Mais bien plutôt la pitié : « J'ai pitié de cette foule », disait Jésus !

Gardons-nous bien d'une réaction violente, d'un jugement sans appel.

Celui qui n'a jamais péché, qu'il jette le premier sa pierre.


Ce qui a été rapporté ici est pour aider à comprendre combien le mal est profond.

Combien Lucifer fait tout pour détruire le sacerdoce.

Pour détruire l'Eglise de Jésus-Christ.

Nous avons une certitude : les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle.

Alors ne jugeons pas.

Gardons-nous bien de juger.

Prions !

Prions pour les prêtres,

Pour leur sanctification,

Pour leur fidélité au Christ et à son Eglise,

Prions pour les prêtres qui sont tombés ou qui se sont égarés,

Et que celui qui est debout prenne garde de tomber lui aussi,

Suivons l'invitation du Saint-Père, le Pape Benoît XVI, en cette Année Sacerdotale placée sous le patronage du Saint Curé d'Ars.


Monseigneur Jacques Masson


 

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Mercredi 15 juillet 2009 3 15 /07 /Juil /2009 12:42

Par Mgr J. Masson

COMMENT JE SUIS DEVENU PRETRE

...TOUT EN PORTANT LA SOUTANE

par

Mgr Jacques Masson

 

 

Il n'est pas rare, quand on parle avec des personnes qui n'ont pas connu les temps de crise des années 60-70, que ce soit des prêtres ou des laïques, de se heurter sur ce sujet à l'incrédulité. On brode, on exagère, en tout cas on dérange. On dit "n'importe quoi". Rappeler ces choses, en toute hypothèse, n'est-il d'ailleurs pas déjà une marque "d'intégrisme" ? La révolution de ces années noires a bien fait son oeuvre dans les esprits. Comme toutes les révolutions finalement embourgeoisées ou entrées dans les voies du conformisme, celle-ci a généré chez les moins enclins aux bouleversements des réflexes primitifs de rejet à l'égard de toute critique rétrospective, comme si l'Histoire avait définitement tracé une  frontière entre les bons [dont ils font évidemment partie] et les méchants qu'il paraitrait en quelque sorte impudique de remettre  désormais en cause.


Selon cette Histoire qui, comme le souligne un de nos lecteurs, est ici aussi devenu une histoire officielle, quoique partiellement non écrite, la modernité avait un compte à régler avec le passé, et elle en a triomphé, non pas par le Concile, que ses zélateurs intolérants n'ont ni lu ni eu l'intention d'appliquer, sans quoi il les aurait conduit au respect de la langue latine, du chant grégorien, de la réforme liturgique et de l'enseignement ecclésiastique, pour ce citer que ces domaines, mais par l'Esprit du Concile, idéologie parricide du désordre, de l'inventivité, du sacrilège, du scepticisme et de la recherche en roue libre qui a à ce point pu inquiéter le Pape Paul VI qu'il a évoqué les « fumées de Satan » entrées dans l'Eglise. Le Diable s'est fait Tartuffe pour ruiner la Maison commune, invoquant, pour y parvenir, un Concile dont l'objet était de la réformer dans les voies de la sainteté. On était trop occupé à se débrailler et à rire à sa suite, et à se gonfler d'esprit propre et de recherche de soi-même pour apercevoir ses pieds de bouc. Aujourd'hui encore, l''aveuglement est tel que ces destructions sont parfois encore considérées comme des maux nécessaires, des accidents de l'histoire, davantage imputés, encore et toujours, au passé abhorré, dont ils n'ont fait qu'exprimer le rejet, qu'à leurs causes véritables : la sottise, l'immense, la supine et orgueilleuse sottise de tant de clercs.

 

Un jour, la très difficile histoire de ces temps cruels sera écrite sans complaisance. Mgr Masson nous  en raconte ici quelques souvenirs, avec humour. Des exemples parmi d'autres, parmi une foule d'autres. Qu'il en soit cordialement remercié.

P. Gabarra


•                 


Je suis entré au séminaire Saint-Sulpice fin septembre 1963, à la fin de mon service militaire. Depuis le mois de janvier 1963, nouveauté dans l'Eglise, en France notamment, le clergyman était permis. Ô miracle, comme si le mot d'ordre avait été donné auparavant, la plus grande partie des prêtres et des séminaristes se sont retrouvés en clergyman dès le lendemain de la publication du texte le permettant, à certaines conditions : col blanc, couleur noir ou gris foncé.


Je terminai mon service militaire à l'Etat-major du Train, à Metz, après avoir servi en Algérie jusqu'au moment de l'Indépendance. J'étais arrivé à la caserne en soutane, au mois de nombre 1962,  et j'en suis sorti en soutane, à la fin du mois de mai 1963, avec les compliments du Lieutenant-colonel pour ma fidélité à « l'habit » qui était pour lui « comme un drapeau ».


Mon arrivée à Saint-Sulpice en soutane fit impression. J'ai su, plus tard, que plusieurs séminaristes étaient allés informer aussitôt le Supérieur qu'un « intégriste » était arrivé au séminaire. Je passe sur l'effondrement  du séminaire, règlement, vie liturgique, cours, une véritable révolution faite en un mois, au mois d'octobre, le Mois du Rosaire, par un groupe de séminaristes, déjà en polos, le corps professoral n'osant pas réagir.


L'année 1964 fut décisive pour moi : 2° année de théologie. Elle était importante car elle se terminait au mois de juin par l'ordination au sous-diaconat (si le conseil des professeurs vous en jugeait digne !), « le pas » comme on l'appelait, que l'on faisait, en s'engageant au service du Seigneur, en se consacrant à Lui corps et âme, dans le vœu de chasteté. On appelait cela « faire le pas », car l'Evêque, lors de la cérémonie, demandait aux candidats au sous-diaconat, s'ils étaient d'accord pour s'engager librement dans cette voie du célibat et de la chasteté, d'avancer d'un pas : « huc accedite ».


Au mois d'octobre 1964, le Père Longère, supérieur du cycle de théologie me convoqua dans son bireau, et s'adressa à moi en ces termes : « Jacques, vous le savez, je vous aime bien »... Quand un discours commence de la sorte, méfiez-vous, il y a un MAIS !


Celui-ci n'a pas manqué : « MAIS, je dois vous dire sincèrement que si vous ne vous mettez pas en clergyman, le conseil des professeurs ne vous appellera pas au sous-diaconat : il considèrera que c'est de l'orgueil, et que vous allez contre le Concile (sic ! note : le Concile Vatican II avait commencé le 11 octobre 1962, un avant auparavant).


Je fis alors remarquer au Père Longère que les Statuts Synodaux déclaraient que la soutane était l'habit normal et habituel du clerc, et que le clergyman était seulement autorisé. Il me répondit : « C'est vrai, mais étant donné que tous vos confrères, et les Pères eux-mêmes ont adopté le clergyman, votre attitude sera considérée, je vous l'ai dit, comme un entêtement, comme de l'orgueil ».


Je déclarai alors au Père Longère que j'étais d'une famille d'humble origine (Papa étant peintre en bâtiments aux Brasseries de Champigneulles), à la différence de la plupart des autres séminaristes dont les parents avaient tous des situations aisées dirais-je. Que, se présenter avec un costume noir ou gris dans mon village, c'était porter « l'habit d'un riche », l'habit que les gens du village revêtait pour les grandes cérémonies, les grandes occasions ; alors que la soutane, elle, permettait de passer dans tous les milieux. Que cela choquerait !


- « Jacques, si vous ne vous mettez pas en clergyman, vous ne serez pas ordonné sous-diacre, et vous en deviendrez jamais prêtre, me répondit le Père Longère ».

- « Monsieur le Supérieur : est-ce un désir ou un ORDRE ? »

- « Je ne peux pas vous donner un ordre, car, comme vous l'avez dit, les Statuts Synodaux précisent bien que la soutane est l'habit normal pour le clerc et pour  le prêtre ».

- « Vous êtes le Supérieur ! Est-ce un désir ou un ORDRE. Donnez-moi l'ordre, et j'obéirai ».

- « Je ne peux pas vous donner l'ordre. Mais, je vous le répète, car je vous aime bien, si vous ne vous mettez pas en clergyman, vous ne serez pas ordonné sous-diacre. Croyez-moi ! ».


Quelques secondes de réflexion, de prière plutôt (Paris vaut bien une Messe !). Puis je déclarai au Père Longère :


- « Monsieur le Supérieur, étant donné que vous ne pouvez me donner l'ordre de me mettre en clergyman, et étant donné d'autre part qu'il serait imprudent de ma part de ne pas vous écouter et de ne pas me "mettre" le clergyman, car mon sacerdoce en dépend, je vous propose un compromis : Etes-vous d'accord sur le principe ? »

- « Je suis d'accord ! »

- « Alors, j'accepte de porter le clergyman, en signe de docilité au désir exprimé par mon Supérieur, même s'il ne peut m'en donner l'ordre : mais, une fois par mois : le dernier dimanche du mois ! Acceptez-vous ? ».

- « Absolument, et je vous garantis que vous serez appelé au sous-diaconat ».

- « Un point encore, Monsieur le Supérieur : mes parents sont des gens d'origine modeste, et je ne puis leur demander de me payer un clergyman ! »

- « Pas de problème, me répondit le Père Longère, le Séminaire vous le paiera ».


Avec des amis chez qui je me « réfugiais » à chaque sortie, le jeudi notamment et le dimanche également, nous allâmes ensemble acheter "mon" clergyman. Nous sommes allés au « Bon Marché », et j'ai choisi le vêtement le plus cher, gris très foncé.


Chaque dernier dimanche, à 12 h 10, je revêtais le clergyman, et je descendais au réfectoire, sous les quolibets de mes « confrères ». A la fin du repas, les professeurs nous précédaient, et saluaient les séminaristes qui voulaient leur parler. Je les saluais les uns après les autres. Puis, je remontais dans ma chambre, enlevais le clergyman, remettais la soutane, et je sortais dans Paris, avec mes amis.


J'ai porté le clergyman de la fin du mois d'octobre à la fin du mois de juin (ensuite je partis en vacances en Lorraine), puis une fois au mois d'octobre, par prudence, car il y avait l'appel au diaconat, le premier degré du sacerdoce. J'ai été appelé au diaconat, que j'ai reçu le 30 octobre 1965.


Et c'est ainsi que j'ai été ordonné prêtre le 25 juin 1966 !


J'ai alors cessé de porter le clergyman. Je le possède toujours, notez-bien, 44 ans plus tard, toujours aussi neuf, toujours aussi chic, comme souvenir de « la Grande Persécution » comme écrivaient les prêtres réfractaires à la Révolution sur les registres secrets des actes de baptême et de mariages, administrés en secret et au risque de leur vie, et de la vie de leurs fidèles (et parmi lesquels se trouvaient déjà, bien sûr, mes ancêtres... des "réfractaires !", « Bon chien chasse de race ! »


Une anecdote encore, dans la même ligne pour montrer l'acharnement contre la soutane qu'ont connu ces années-là : pendant l'année de diaconat, j'avais été affecté, pour  exercer mon ministère de diacre, à la paroisse Saint-Ambroise, à Paris, une grande paroisse. J'y assurais homélies et baptêmes, chaque dimanche. Tout le clergé était en clergyman, bien entendu, sauf le Curé, si ce n'est de temps en temps ; il était âgé, on le lui pardonnait !


Un dimanche, L'Archevêque de Paris, Mgr Veuillot est venu à Saint-Ambroise pour administrer le sacrement de la confirmation. Après avoir célébré moi-même un bon nombre de baptêmes, une dizaine, je m'en souviens, j'arrivai à la salle-à-manger, avec le Curé de la paroisse. Tous deux étions revêtus de notre soutane. Mgr Veuillot était là, qui nous attendait, vêtu quant à lui d'un clergyman.


Le pauvre Curé, tout gêné, demanda alors à Mgr Veuillot de bien vouloir l'excuser d'être en soutane : « Excusez-moi, je vais me changer ».


L'Archevêque de Paris lui fit cette réponse, si expressive du climat de cette époque et de la charité réservée à ceux qui n'étaient pas dans le "sens de l'histoire" : « Vous avez raison, ALLEZ VOUS HABILLER EN HOMME ! » (sic). A table, j'étais en face de lui, seul à demeurer en soutane. Mgr Veuillot ne m'a  cependant pas adressé une seule parole et ne m'a pas davantage salué à son départ.


Mgr Jacques Masson

 

 

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Catholique
Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 21:58

Par MGR J. MASSON
IGNORANCE, MODES ET FANTAISIES LITURGIQUES, ET MESSES BACLEES

Il n' y a pas de réforme possible, dans un cadre donné, sans que soit faite la lumière sur ce qui est à réformer, comme aussi sur les causes qui rendent la réforme nécessaire. Dans l'ordre médical, qui est celui auquel appartient premièrement le mot "crise" lui-même, la crise est un révélateur du mal à guérir, et seule la connaissance de ce dernier ouvre la voie à un diagnostic juste et, par lui, à la guérison. Il en est analogiquement de même pour la crise de l'Eglise.

Dussent certaines susceptibilités en souffrir, que l'on nous excusera de trouver fort secondaires au regard des maux infligés aux consciences et aux âmes et à l'Eglise même depuis près d'un demi-siècle, ce diagnostic passe par un jugement juste porté sur les acteurs de cette crise. N'étant inféodés à aucun d'eux, non plus qu'à aucun courant, nous sous sentons la plus grande liberté d'exprimer ce qui nous paraît juste.

C'est en cette disposition que nous accueillons ici, avec reconnaissance, le témoignage que nous apporte notre collaborateur et ami Mgr Jacques Masson.




L'Osservatore Romano du mercredi 3 juin 2009 a publié le discours prononcé par Mgr Jean-Louis BRUGUÈS, O.P., Secrétaire de la Congrégation pour l'Education Catholique. L'archevêque a prononcé ce discours à l'occasion de la Rencontre annuelle des Supérieurs des Séminaires Pontificaux.

    A propos de la « sécularisation », Mgr Bruguès fait cette constatation :

« Quelle que soit la forme qu'elle a prise, la sécularisation a provoqué dans nos Pays un effondrement de la culture chrétienne. Les jeunes qui, se présentent dans nos Maisons de Formation, ne connaissent plus rien ou presque, de la doctrine catholique, de l'histoire de l'Eglise et de ses coutumes. Cette 'inculture' généralisée nous oblige à effectuer des révisions importantes dans la pratique suivie jusqu'à présent. J'en mentionnerai deux seulement.

« La première chose : il me semble indispensable de prévoir pour ces jeunes, une période - une année ou plus - de formation initiale, de 'récupération', du genre à la fois catéchétique et culturel. Les programmes peuvent être conçus de différente manière, en fonction des besoins spécifiques du Pays. Personnellement, je pense volontiers à une année complète pour l'assimilation du Catéchisme de l'Eglise Catholique, qui se présente comme un compendium très complet ».

« En deuxième lieu, il faut probablement revoir nos programmes de formation... Est-il vraiment nécessaire, par exemple, de donner à des jeunes qui n'ont jamais appris le catéchisme, une formation approfondie dans les sciences humaines, ou dans les techniques de communication ? Je conseillerai de choisir la profondeur plutôt que l'extension... Ceux qui viennent chez nous ont souvent reçu une solide formation scientifique et technique... mais leur manque de culture générale ne leur permet pas d'entrer d'un pas ferme dans la théologie ».


    Il y a 40 ans, en 1969, un autre Archevêque avait déjà fait les mêmes constatations.

Et c'est pourquoi il avait alors envisagé, encouragé et conseillé par le cardinal Journet, et Dom Roy, le Père Abbé de Fontgombault, d'ouvrir une année de spiritualité, année de préparation aux études propres du séminaire. Au mois de septembre 1970, Monseigneur Marcel Lefebvre ouvrit donc à Ecône, dans le Diocèse de Sion, dans le Valais Suisse, l'année de spiritualité qui avait pour but de préparer les jeunes qui voulaient être prêtres, à commencer les années de séminaire, du séminaire que Mgr Marcel Lefebvre allait ouvrir pour sa Fraternité, approuvée par S. E. Mgr Mamie, Evêque de Fribourg, avec l'accord de S. E. Mgr Nestor Adam, Evêque de Sion, qui y voyait « une pluie de roses dans son Diocèse » (paroles qu'il me dit personnellement !).

    Le programme comprenait la formation catholique des jeunes, catéchisme, spiritualité, liturgie, Ecriture Sainte, quelques éléments d'histoire de l'Eglise, et surtout, une vie profonde de prière, d'adoration, la pratique du sacrement de la Confession et l'amour de l'Eucharistie, l'amour du culte rendu à Dieu tout au long de l'Année Liturgique, par la célébration digne des Saints Mystères, et par la pratique des dévotions habituelles de l'Eglise catholique.

    C'était il y a 40 ans !

   Ce n'est pas dire que Mgr Lefebvre ait eu raison en tout. Mais c'est au moins dire, en toute justice, qu'il avait raison sur cela, et que cela était de toute première importance pour la formation sacerdotale. C'est dire aussi que ses détracteurs, eux, sur ce même point, se sont très lourdement trompés. Il aura fallu beaucoup, beaucoup de dégâts pour que l'on puisse avancer ce constat qui était pourtant d'évidence, déjà, quarante ans plus tôt.


IGNORANCE

L'ignorance dont parle Mgr Brugès n'est pas seulement celle des jeunes qui se présentent au séminaire, mais aussi des jeunes prêtres qui en sortent. Ils sont tous nés, bien sûr après 1969, et n'ont rien connu de ce que vivait l'Eglise avant cette date : il y a eu une rupture profonde !

    Un jeune prêtre danois me confiait que, après son ordination sacerdotale, il avait écrit au supérieur de son séminaire, à Rome, pour lui reprocher que, dans ce séminaire, on n'avait pas appris aux futurs prêtres à célébrer la sainte Messe, ni à administrer les sacrements. Et cela, j'ai pu m'en apercevoir, durant les trente années passées dans une paroisse romaine, au contact de ces jeunes prêtres, souvent généreux et désireux de savoir.

    Me voyant me revêtir des ornements pour la Messe, un prêtre (10 ans d'ordination), me demande : « qu'est-ce que c'est que cela ». « C'est l'amict », lui répondis-je. « A quoi cela sert, tu es le premier prêtre que je vois s'en servir ». Ce fut l'occasion de lui rappeler que chaque ornement que revêt le prêtre est en principe accompagné d'une prière. Et de lui dire que le Pape Benoît XVI en a d'ailleurs parlé en ces termes lors de la Messe Chrismale du Jeudi-Saint 5 avril 2007, et qu'il devrait lire les textes du Pape :

« L'acte de revêtir les vêtements sacerdotaux était autrefois accompagné par des prières qui nous aident à mieux comprendre chaque élément du ministère sacerdotal. En commençant par l'amict. Par le passé - et aujourd'hui encore dans les ordres monastiques -, il était tout d'abord placé sur la tête, comme une sorte de capuche, devenant ainsi un symbole de la discipline des sens et de la concentration de la pensée nécessaire pour une juste célébration de la Messe. Les pensées ne doivent pas errer ici et là derrière les préoccupations et les attentes de ma vie quotidienne; mes sens ne doivent pas être attirés par ce qui, à l'intérieur de l'église, voudrait fortuitement attirer les yeux et les oreilles. Mon cœur doit docilement s'ouvrir à la parole de Dieu et être recueilli dans la prière de l'Eglise, afin que ma pensée reçoive son orientation des paroles de l'annonce et de la prière. Et le regard de mon cœur doit être tourné vers le Seigneur qui est parmi nous:  voilà ce que signifie ars celebrandi - la juste façon de célébrer. Si je suis ainsi avec le Seigneur, alors avec mon écoute, ma façon de parler et d'agir j'attire également les autres personnes dans la communion avec Lui.

« Les textes de la prière qui interprètent l'aube et l'étole vont tous deux dans la même direction. Ils évoquent le vêtement de fête que le maître donne au fils prodigue revenu à la maison, sale et en haillons. Lorsque nous nous approchons de la liturgie pour agir en la personne du Christ, nous nous apercevons tous combien nous sommes loin de Lui; combien il existe de saleté dans notre vie. Lui seul peut nous donner le vêtement de fête, nous rendre digne de présider à sa table, d'être à son service ».


Rappelons, en passant, quelles sont ces prières.

Prière en revêtant l'amict : « Impóne, Dómine, cápiti meo gáleam salútis, ad expugnándos diabólicos incúrsus »
(Place sur ma tête, ô Seigneur le casque du salut, pour résister aux assauts du Démon »

Prière en revêtant l'aube : « Deálba me, Dómine, et munda cor meum; ut, in Sánguine Agni dealbátus, gáudiis pérfruat sempitérnis ».
(Purifie-moi, ô Seigneur, et lave mon cœur, pour que, dans le Sang du Christ, je puisse participer aux joies éternelles »)

Prière en revêtant l'étole : « Redde mihi, Dómine, stolam immortalitátis, quam pérdidi in praevaricatióne primi paréntis: et, quamvis indígnus accédo ad tuum sacrum mystérium, mérear tamen gáudium sempitérnum »
(Rend-moi, ô Seigneur, l'étole de l'immortalité, que j'ai perdue par la prévarication de mon premier père, et quoique je m'approche de manière indigne de ton Mystère sacré, que je puisse pourtant mériter la joie éternelle ».

Prière en revêtant la chasuble : « Dómine, qui dixísti: Iugum meum suave est, et onus meum leve: fac, ut istud portáre sic váleam, quod cónsequar tuam grátiam. Amen
(Ô Seigneur, qui avez dit : mon joug est doux et mon fardeau léger, faites que je puisse le porter de manière à obtenir votre grâce).

Le prêtre dont je vous parle n'en avait jamais entendu parler, ni aucun des autres prêtres, et il me dit : « Mais elles sont belles ces prières ! Pourquoi les a-t-on supprimés ? ». Elles n'ont jamais été supprimées. Mais personne ne les leur a enseignées, parce les prêtres plus âgés avaient cessé de les réciter, après la réforme de 1969.

Au sujet du baiser à l'arrivée à l'autel, à table, je posai un peu plus tard la question : « Quelle prière récitez-vous quand vous baisez l'Autel au début et à la fin de la Messe ? ». « Aucune prière, il n'y en a pas ».

Je lui citai alors la prière au début de la Messe : « Oramus te, Domine per merita sanctorum tuorum, quorum reliquiae hic sunt et omnium sanctorum : ut indulgere digneris omnia peccata mea. Amen »
(Nous vous prions Seigneur, par les mérites de vos Saints dont nous conservons ici les Reliques, et de tous vos Saints, de daigner me pardonner tous mes péchés. Amen).

    Le problème c'est que la plupart des autels étant désormais face au peuple, n'ont plus ces reliques placées dans ce qu'on appelait le « tombeau », inséré dans la « table » de l'autel (la pierre d'autel), ou dans le bloc unique de pierre de l'autel, avec les cinq croix rappelant les cinq plaies du Christ. Il était facile alors de montrer à mes interlocuteurs l'absence de signification du geste qu'ils faisaient, et qui s'est pourtant maintenu : « Mais alors, vous embrassez un morceau de bois, une planche : Embrassez-vous la table, quand vous allez manger ? ».

    C'était pour eux un « geste », un rite, tout simplement. Mais ils s'étonnent quand ils découvrent la signification profonde. Pourquoi a-t-on supprimé cela ? De même que pour le baiser final de la Messe.

Le baiser à la fin de la Messe : « Placeat tibi Sancta Trinitas, obsequium servitutis meae ; et praesta, ut sacrificium, quod oculis tuae majestatis indignus obtuli, tibi sit acceptabile, mihique et omnibus, pro quibus illud obtuli, sit, te miserante, propitiabile. Per Christum Dominum nostrum. Amen
(Agréez Trinité Sainte, l'hommage de votre serviteur ; ce Sacrifice que, malgré mon indignité, j'ai présenté aux regards de Votre Majesté, rendez-le digne de Vous plaire, et capable, par l'effet de Votre Miséricorde, d'attirer votre faveur, sur moi-même et sur tous ceux pour qui je l'ai offert. Par le Christ Notre Seigneur. Amen)

La soutane : Ils n'en ont pas, ils n'en ont jamais eu, même pour leur ordination. Ils portent tous un clergyman « caméléon » ou tenue militaire « de camouflage » : la chemise avec le petit col « carte de visite », la veste et le pantalon, de couleurs différentes.

    Et pourtant les règles n'ont pas changé : la soutane demeure obligatoire pour les cérémonies liturgiques, célébration de la sainte Messe et l'administration des sacrements, et même pour l'enseignement du catéchisme. Le clergyman est autorisé, pourvu qu'il soit noir, ou  gris foncé. Qui le leur a dit ? Personne. Même pas au séminaire, même pas pour leur ordination sacerdotale. Ni même leur Evêque qui devrait faire respecter les lois liturgiques. Ils ne savent même pas que cette loi existe. Les responsables sont ceux qui ont la charge de l'autorité [À SUIVRE].

Mgr Jacques MASSON


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