Catéchèse de Mgr Masson

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« Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi.
Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J'ai vaincu le monde » (Jn 16,33)

 

Hymne des JMJ - Sydney 2008

 

 

Lors d’un récent dîner, l’un des convives – que nous saluons ici en passant, s’il nous fait l’amitié de nous lire – faisait observer que ce mois de mai était, finalement, bien peu commémoratif. Au sens où le “glorieux” mois de mai 1968 laissait finalement le plus grand nombre dans une indifférence à peu près totale.


Pour Hermas.info, c’est bien assez que ce mois de mai, comme les autres, soit premièrement et essentiellement celui de Marie. Et c’est une grande satisfaction de pouvoir accueillir la collaboration amicale de Mgr Masson, qui le célèbre si richement.


Cependant, qu’on le veuille ou non, le mois de mai 1968 a bel et bien existé. Même s’il ne soulève dans les générations actuelles aucune dévotion particulière, ce dont nous ne concevrons aucun chagrin, force est de reconnaître qu’il a marqué, avec la période qu’il a plus ou moins inaugurée, une rupture morale majeure, celle, selon le mot du Père Daguet, o.p., de la « fin du christianisme comme civilisation ».

 

A un dénominateur moral commun, plus ou moins affaibli, plus ou moins dérationalisé qui subsistait encore, l’ère post-soixante-huitarde a substitué l’assentiment commun d’un refus de dénominateur commun. C’est désormais le relativisme moral absolu qui tient lieu de loi première, et de norme. A chacun sa morale, sa façon de voir. L’horizon moral public n’est dès lors plus balisé que par ces deux critères : la loi ou la jurisprudence du jour [borne molle], appelée à s’adapter aux exigences des appétits libertaires plus qu’à les réfréner – c’est question de temps ; les oracles de la Pensée unique [borne dure], qui s’appliquent à “immoraliser” au regard de la Morale nouvelle les comportements résistants de ceux qui prétendent s’attacher à un ordre moral honni ou à une nature des choses. Le socle social, qui était jadis la loi naturelle a – pour reprendre un terme cher aux révolutionnaires du XVIIIème siècle – été “régénéré”. C’est désormais la “tolérance” qui est inspiratrice et codificatrice [cf notre article sur « la tolérance idéologique et la tolérance chrétienne », ici]

 

 Pour en arriver là, il aura fallu enterrer en grandes pompes la métaphysique, et l’idée même d’un ordre naturel, d’une nature des choses, et de l’homme en premier, qui pût constituer un fondement humain universel, rendant perceptibles des normes également universelles s’imposant au jugement moral. Au point que le Pape Benoît XVI a récemment dû rappeler à l’ONU que si les droits de l’homme étaient universels, la personne elle-même l’était aussi.

 

L’homme soixante-huitard “régénéré” n’est cependant pas à ce point déraciné qu’il n’ait gardé le souvenir de certaines valeurs, dont il conserve au moins les mots. Il les a simplement farcis d’autre chose, comme des coquilles d’escargots morts. Ainsi survivent bien sûr la liberté, ou la vérité, mais c’est la vérité et la liberté dont chacun détermine arbitrairement les contours, selon ses intérêts, ses ambitions, ses appétits. Au pinacle de l’ordre moral nouveau se trouvent ces deux valeurs : la sincérité, abstraite de référence à une vérité objective ou à un bien moral objectif, et l’authenticité. Que n’a-t-on pas dit et écrit de cette sacro-sainte authenticité, notamment dans le domaine de l’éducation des enfants ou de l’art ! Etre authentique, c’est être soi-même, spontané, sans contrainte, et l’on est supposé l’être à proportion que l’on est libéré des “tabous”, des déterminismes sociaux, des aprioris, et donc des éducations ! Ce délire, on le sait, n’a épargné ni les séminaires, ni les chaires ecclésiastiques, ni les sanctuaires, où l’authenticité tient encore souvent lieu de norme libératrice en matière liturgique.

 

Dans un article publié en 1967 – l’heureuse époque libératrice ! – dans la revue Sapientia [año 22, n° 85 (julio-sept.), pp. 163-166)], Mgr Octavio N. Derisi, qui n’en méconnaissait ni les effets civils, ni les effets ecclésiaux, n’hésitait pas à dire que cette spontanéité-là était celle... de la bête. La chose est aisée à comprendre pour qui conserve le sens de l'être. Nous sommes heureux d’apporter notre contribution au joyeux quarantenaire en publiant sur Hermas.info la traduction de ce document qui nous paraît constituer un instrument de réflexion de premier ordre pour les éducateurs, et spécialement pour les parents. Il importe d’enraciner chez nos enfants l’amour du vrai et du bien, et de les aider à comprendre et à mettre en œuvre cette conviction que la réalisation de leur personnalité réside dans l’unité habituelle de cet amour et de leur vie. Merci Mgr Derisi !

Hermas.info


_______________

 


    1.- Dans sa signification première, le terme authentique coïncide avec le concept de vérité ontologique : il indique qu’une chose est elle-même, et non une autre. En un sens plus large, il signifie qu’une réalité est telle qu’elle se manifeste. Ainsi, est authentique un or qui ne l’est pas seulement en apparence mais qui l’est en réalité.

 

Appliqué à l’ordre humain – celui qui nous intéresse ici – le terme authentique exprime la coïncidence entre la pensée et la parole, entre ce qui est conçu dans la conscience et ce qui est réalisé par la conduite extérieure. En un mot, il traduit l’identification entre l’être et le paraître d’une personne.

 

Il n’y a donc d’authenticité ni dans la fausseté ni dans le mensonge, comme lorsqu’on pense une chose pour en dire une autre, ni dans l’hypocrisie, comme lorsqu’on agit d’une manière intérieurement et d’une autre extérieurement. Bref, il n’y a pas d’authenticité s’il n’y a pas de coïncidence entre une réalité, une œuvre, et son apparence extérieure.

 

    2.- Le terme authenticité a cependant un sens plus profond dans le domaine de l’esprit, précisément parce qu’en lui l’être acquiert toute sa signification et son auto-possession.

 

Il y a en nous une certaine manière d’être, naturelle, constituée notamment de préférences et de répulsions sensibles, fondées sur le corps, de façons de ressentir les choses, de sympathies ou d’antipathies. C’est le tempérament. Et puis il y a une autre manière d’être, acquise celle-là, par l’adoption d’un certain nombre de valeurs et de principes qui ont été intégrés à l’être et à la vie spirituelle par l’exercice des vertus, par l’effort et l’éducation. Il s’agit de la personnalité. En un mot, le tempérament est naturellement reçu, la personnalité est acquise par l’effort.

 

L’authenticité personnelle de chacun requiert qu’il soit fidèle à sa propre personnalité, fidèle aux principes qu’il a adoptés, de sorte qu’en ajustant son comportement à ces principes, sa vie y trouve son orientation et son unité. Telle est l’authenticité du saint, du sage ou du héros, chacun réalisant l’unité de sa vie sur la fidélité à une valeur.

 

En revanche, il n’est pas nécessaire à l’authenticité personnelle que l’on agisse selon son tempérament, avec ses inclinations. Bien au contraire, en de nombreuses circonstances il sera plutôt nécessaire de s’y opposer et de le dominer. Ainsi, ce n’est pas de l’authenticité personnelle, ou strictement humaine, que d’agir selon la passion de la colère, de la rancœur ou de la sensualité du tempérament. Bien sûr, il y a en cela une certaine authenticité. Mais ce n’est pas l’authenticité humaine ; il s’agit d’une authenticité purement animale, dépendante de déterminisme psychiques. C’est l’authenticité de la bête répondant à des stimulations naturelles. Pire encore, car la bête n’a pas d’autre psychisme que celui de l’animal, entièrement soumis au déterminisme instinctif.

 

Outre le psychisme animal, soumis en lui-même au déterminisme, l’homme dispose d’un psychisme de nature spirituelle, en lequel la volonté est maîtresse de sa propre mise en œuvre, librement, et l’intelligence maîtresse de son être propre par la conscience. Ce n’est qu’à ce niveau spirituel, où l’homme est maître de sa propre activité, par la conscience et la liberté, que l’on peut parler formellement d’authenticité, ou de coïncidence entre l’idéal de vie adopté (valeurs, principes) et sa mise en œuvre librement choisie dans chaque situation concrète.

 

C’est précisément dans cette coïncidence, ou cette authenticité, que réside ou consiste la personnalité. Un homme a atteint sa personnalité – nous ne parlons pas ici de sa personnalité ontologique mais de sa personnalité anthropologique – précisément lorsqu’on peut prévoir ce que sera sa réaction dans une situation déterminée, quelles que soient les difficultés objectives qu’il y rencontrera ou les résistances qu’opposera son tempérament à la liberté de son choix. La personnalité résulte du triomphe et de la maîtrise de l’esprit sur la matière, par l’éducation ou la soumission du tempérament aux fins et valeurs que l’on s’est assignées. En affermissant ce qu’il y a de positif et en maîtrisant ce qu’il y a de négatif en lui par l’activité consciente et libre de l’esprit, on éduque, on illumine le tempérament et on le transforme en personnalité. Voilà pourquoi on ne peut prévoir ce que sera son comportement, dans des circonstances les plus diverses, que chez celui qui a établi une unité entre les principes qu’il a adoptés et la liberté de sa conduite. En effet, on sait avec sécurité qu’il sera fidèle à ses valeurs et qu’il agira conformément aux normes de conduite qui le gouvernent. Il y a chez lui un ajustement permanent de toutes les manifestations de sa vie à ses principes. Il a atteint le sommet de l’authenticité au sommet de la perfection humaine, de sa personnalité. Au-delà, on rencontre l’authenticité des saints, dont la vie coïncide aux exigences de l’Evangile et de la vie divine de la grâce.

 

A l’inverse, à suivre les inclinations naturelles de son tempérament – qu’elles soient bonnes ou mauvaises – sans éducation de la personnalité, on peut bien devenir un animal authentique, on n’en sera pas pour autant un homme ou une personne authentiques. Bien au contraire. Une telle authenticité ne se réalise qu’au détriment de l’authenticité spécifiquement humaine.

 

    3.- De nos jours, beaucoup confondent l’authenticité du tempérament, qui ne dépasse pas l’être animal et matériel, et la véritable authenticité humaine, laquelle se situe au niveau de l’esprit, d’une part par une vision claire des valeurs et des principes qui conduisent au vrai perfectionnement humain, opérée par l’intelligence, et, d’autre part par l’adoption résolue de ces principes et valeurs, opérée par la volonté libre dans l’éducation et la maîtrise du tempérament matériel. On parle d’authenticité pour justifier les débordements passionnels du tempérament, de la colère, de la sensualité et de l’orgueil et, dans le domaine surnaturel chrétien, pour justifier les rébellions contre le magistère de l’Eglise et l’autorité ecclésiastique. Il s’agit en réalité de l’authenticité de la jungle, celle de l’homme qui a perdu l’exercice de son activité spirituelle consciente et libre et sa maîtrise des passions, pour s’abandonner au déterminisme causal du psychisme inférieur. Parler d’authenticité, dans de telles circonstances, revient à nier ou à méconnaître l’activité psychique supérieure de l’esprit, laquelle place l’homme à un degré essentiellement supérieur à l’animal, et à l’enfermer dans le cercle de fer d’un déterminisme psychique matériel, tel que l’ont conçu Freud, Durkheim ou Marx. Pour ces derniers comme pour d’autres matérialistes, qui épuisent le psychisme humain dans le psychisme matériel, en méconnaissance de l’esprit et de la liberté qui l’accompagne, il n’y plus d’authenticité que celle de laisser libre court aux passions et aux inclinations naturelles.

 

Malheureusement, la grande majorité des hommes agissent en faisant abstraction des fins et des valeurs de l’esprit. Sans combat, ils se soumettent à leurs passions inférieures. Ils ne vivent pas la vie spirituelle, comme des personnes, mais une vie qui est presque exclusivement animale. En tout cas, si elle ne disparaît pas, leur vie spirituelle est presque entièrement mise au service de la vie et des appétits matériels. Encore une fois, une telle vie peut témoigner d’une authenticité animale, mais pas d’une authenticité humaine ; elle en est au contraire la négation.

 

4.- Ainsi, pour qu’elle constitue une valeur, l’authenticité doit être acquise par l’effort conjugué de l’intelligence et de la volonté libre, qui élève l’homme et le rende à même de maîtriser consciemment et librement son activité et son être.

 

Pour cela, deux choses sont nécessaires : d’une part la culture de l’intelligence, par la recherche et l’acquisition des grandes vérités et des biens ou valeurs qui donnent le sens du perfectionnement humain, et, d’autre part, le choix résolu et permanent de ces valeurs, par l’adoption de leurs exigences normatives de conduite. Ces dernières engendrent les vertus, par lesquelles la personne atteint sa véritable authenticité humaine, autrement dit l’unité de sa vie spirituelle.

 

D’un point de vue strictement humain, ou spirituel, l’inauthenticité, ou le manque d’unité de la personne, peut provenir d’une absence, d’une diminution ou d’un dévoiement de cette vie, parce que l’homme s’est abandonné  à la vie des sens ou des passions, ou bien parce qu’il se laisse diriger par des principes équivoques de perfection humaine. Elle peut aussi résulter d’une séparation opérée entre les vrais principes de perfectionnement humain, qui ont été connus et acceptés par l’intelligence, et l’activité de la liberté, laquelle ne se soumet pas ou ne s’ajuste pas à leurs exigences.

 

    5.- L’authenticité humaine n’est pas un acquis naturel, spontanément reçu. Elle est plutôt le terme atteint, avec difficulté, dans un effort ascensionnel vers la cime de la perfection spirituelle, par la possession de la vérité dans l’intelligence, qui oriente la liberté à se porter vers le bien et à en imprégner toute la conduite de la personne. C’est un enrichissement spirituel de tout l’homme, qui parvient ainsi à être véritablement un homme, cet “homo viator”, qui est en chemin pour atteindre, au-delà de la mort, dans la vie immortelle, la plénitude humaine éternellement possédée par la parfaite possession de la Vérité, de la Bonté et de la Beauté infinie de Dieu.

Mgr Octavio N. DERISI
Traduction Hermas.info ©

 


Lundi 5 mai 2008
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Saint Luc qui s’est « informé soigneusement de tout depuis les origines » (Luc 1, 3) a décidé « d’en écrire l’exposé suivi » (ibid°.). Et une lecture attentive montre qu’aucun détail n’est pris au hasard. Aussi n’a-t-il pas commencé par le récit de l’Annonciation à Marie, et de la naissance de Jésus, mais par le récit de l’annonciation à Zacharie et de la naissance de Jean dit le Baptiste. Ce qui lui permettait d’insérer le récit de la Visitation de Marie à sa cousine Elizabeth, qui avait « conçu un fils en sa vieillesse… elle qu’on appelait stérile… car rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1, 36-37). De plus, saint Luc donne des précisions qui nous permettent de fixer une chronologie précise, comme nous le verrons, et de comprendre comment l’ancienne Alliance est remplacée par la Nouvelle et Eternelle Alliance qui ne s’adresse plus simplement au peuple d’Israël mais au monde entier, comme dit Jésus dans ses dernières instructions aux Apôtres avant l’Ascension :

Luc 24
46 et il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour,
47 et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.

Puis il ajoute :

Luc 24
49.  « Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en-haut. »

La Mission des Apôtres est universelle ; et, après l’Ascension, dans l’attente du Saint-Esprit, les Apôtres se mettent en prière au Cénacle, dans ce que l’on pourrait appeler « la première neuvaine de prière » de l’Eglise :

Actes 1
13 Rentrés en ville, ils montèrent à la chambre haute où ils se tenaient habituellement. C'étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d'Alphée et Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.
14 Tous d'un même cœur étaient assidus à la prière avec quelques femmes, dont MARIE MERE DE JESUS, et avec ses frères.

« Marie, Mère de Jésus », Mère du Sauveur, la « Lumière pour éclairer les nations », et donc Mère de l’Eglise (cf. la proclamation faite au Concile Vatican II), et MERE DE LA MISSION !


* * * * * * * * * * * * *

L’ANNONCIATION A ZACHARIE ET LA NAISSANCE DE JEAN-BAPTISTE

Luc 1

5 Il y eut aux jours d'Hérode, roi de Judée, un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d'Abia, et il avait pour femme une descendante d'Aaron, dont le nom était Élisabeth.
6 Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables, tous les commandements et observances du Seigneur.
7 Mais ils n'avaient pas d'enfant, parce que Élisabeth était stérile et que tous deux étaient avancés en âge.
8 Or il advint, comme il remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales au tour de sa classe,
9 qu'il fut, suivant la coutume sacerdotale, désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler l'encens.
10 Et toute la multitude du peuple était en prière, dehors, à l'heure de l'encens.
11 Alors lui apparut l'Ange du Seigneur, debout à droite de l'autel de l'encens.
12 A cette vue, Zacharie fut troublé et la crainte fondit sur lui.
13 Mais l'ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée ; ta femme Élisabeth t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jean.
14 Tu auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance.
15 Car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira ni vin ni boisson forte ; il sera rempli d'Esprit Saint dès le sein de sa mère
16 et il ramènera de nombreux fils d'Israël au Seigneur, leur Dieu.
17 Il marchera devant lui avec l'esprit et la puissance d'Élie, pour ramener le cœur des pères vers les enfants et les rebelles à la prudence des justes, préparant au Seigneur un peuple bien disposé. »
18 Zacharie dit à l'ange : « A quoi connaîtrai-je cela ? car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. »
19 Et l'ange lui répondit : « Moi je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j'ai été envoyé pour te parler et t'annoncer cette bonne nouvelle.
20 Et voici que tu vas être réduit au silence et sans pouvoir parler jusqu'au jour où ces choses arriveront, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, lesquelles s'accompliront en leur temps. »
21 Le peuple cependant attendait Zacharie et s'étonnait qu'il s'attardât dans le sanctuaire.
22 Mais quand il sortit, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent qu'il avait eu une vision dans le sanctuaire. Pour lui, il leur faisait des signes et demeurait muet.
23 Et il advint, quand ses jours de service furent accomplis, qu'il s'en retourna chez lui.
24 Quelque temps après, sa femme Élisabeth conçut, et elle se tenait cachée cinq mois durant.
25 « Voilà donc, disait-elle, ce qu'a fait pour moi le Seigneur, au temps où il lui a plu d'enlever mon opprobre parmi les hommes ! »


Dans l’intervalle, Marie, informée par l’Ange de la prochaine naissance d’un fils à sa cousine Elizabeth, se rend auprès d’elle et elle y demeure quelque temps, trois mois

Luc 1

56 Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle.
57 Quant à Élisabeth, le temps fut accompli où elle devait enfanter, et elle mit au monde un fils.
58 Ses voisins et ses proches apprirent que le Seigneur avait fait éclater sa miséricorde à son égard, et ils s'en réjouissaient avec elle.
59 Et il advint, le huitième jour, qu'ils vinrent pour circoncire l'enfant. On voulait l'appeler Zacharie, du nom de son père ;
60 mais, prenant la parole, sa mère dit : « Non, il s'appellera Jean. »
61 Et on lui dit : « Il n'y a personne de ta parenté qui porte ce nom ! »
62 Et l'on demandait par signes au père comment il voulait qu'on l'appelât.
63 Celui-ci demanda une tablette et écrivit : « Jean est son nom » ; et ils en furent tous étonnés.
64 A l'instant même, sa bouche s'ouvrit et sa langue se délia, et il parlait et bénissait Dieu.
65 La crainte s'empara de tous leurs voisins, et dans la montagne de Judée tout entière on racontait toutes ces choses.
66 Tous ceux qui en entendirent parler les mirent dans leur cœur, en disant : « Que sera donc cet enfant ? » Et, de fait, la main du Seigneur était avec lui.


Nous découvrons un couple "sacerdotal", Zacharie, prêtre, « de la classe d’Abia », et Elizabeth « descendante d’Aaron » : Zacharie. « Il y eut… un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia » (1, 5). Nous savons encore que Zacharie était juste, et qu’il était avancé en âge (cf. 1, 6.7.)

Zacharie est prêtre ; « de la classe d’Abia ». Précision qui peut surprendre, car elle ne semble rien apporter de plus, sinon à montrer que saint Luc est bien informé. Mais saint Luc n’indique
- ni le nom du père de Zacharie,
- ni la tribu de Zacharie.

Il écrit tout simplement : « de la classe d’Abia », et s’il a retenu ce détail c’est que ce nom a une importance.

Abia, sous David, est l’auteur de la 8° classe des prêtres (I Chron 24, 10). Cette division en 24 classes sacerdotales intervint sous David. Il se fit aider de Sadoq et de Ahimélek (verset 3), alors qu’il avait agi seul pour la division des lévites. « Tels sont ceux qui furent enregistrés, selon leur service, en entrant dans le Temple de Yahvé, conformément à leur règle, règle transmise par Aaron leur père, comme le lui avait prescrit Yahvé, Dieu d’Israël » ( I Chron 24, 19).

Par cette précision « de la classe d’Abia », saint Luc indique ainsi clairement que Zacharie a Aaron pour père (au sens d’ancêtre) : c’est un descendant d’Aaron, lequel descend de Lévi. Alors que la mention « prêtre » restait générale (descendant de Lévi), la mention « de la classe d’Abia » insiste sur le fait que Zacharie, de race sacerdotale, est descendant d’Aaron et peut pénétrer dans le Saint des Saints dans le Temple de Jérusalem.

Saint Luc aurait donc pu écrire tout simplement : « (...) Un prêtre du nom de Zacharie, descendant d’Aaron » (cf. 1,5). Il ne l’a pas fait. La mention  « de la classe d’Abia » en effet est plus riche et revêt une double signification :

- elle indique sans conteste que Zacharie est descendant d’Aaron et souligne avec force son appartenance à la lignée d’Aaron ;
- mais elle fait remonter Zacharie à Aaron par Abia, contemporain de David sous lequel intervint la division en 24 classes.,David, l’ancêtre de Marie et de Jésus. Saint Luc veut nous dire quelque chose !

Par Abia en effet, saint Luc nous replace à l’époque de David : l’accent se déplace, pourrait-on dire, d’Abia sur David ; Abia s’efface en quelque sorte devant David qui répartit les prêtres en 24 classes, au nom de son autorité royale. Et Zacharie, prêtre descendant d’Aaron, le frère de Moïse, son lointain descendant, sera le premier à saluer le descendant de David en ces termes : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, de ce qu’il a visité et délivré son peuple, et nous a suscité une puissance de salut dans la Maison de David son serviteur » (1, 68). Jean-Baptiste, fils du prêtre Zacharie et d’Elizabeth sera appelé « prophète du Très Haut » (1, 76) ; il « précédera le Seigneur pour lui préparer les voies » (1, 76). Il déclarera lui-même : « Il importe que lui grandisse et que moi je disparaisse » (Jn 3, 30)

D’une manière infiniment discrète, saint Luc présente et oppose déjà, en ces deux scènes, deux Maisons : la Maison sacerdotale d’Aaron, qui salue et s’incline devant la Maison royale de David.

La mention  « de la classe d’Abia » est riche aussi d’une autre signification tout à fait inattendue, et apporte des lumières sur la date des deux naissances miraculeuses que raconte saint Luc dans les deux premiers chapitres de son évangile.

Luc précise que Zacharie appartenait à la classe sacerdotale d’Abia, et qu’il eut l’apparition de l’Ange Gabriel, « au tour de sa classe » : « Zacharie remplissait devant Dieu les fonctions sacerdotales. Il fut désigné par le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler l’encens » (Luc 1, 8-9). Dans un tour immuable, les 24 classes sacerdotales devaient assurer le service liturgique au temple pendant une semaine deux fois pas an.

Mais quand se produisaient les temps de ce service ?

On ne le savait pas jusqu’à ces derniers temps. Or, utilisant des recherches faites par d’autres spécialistes, et travaillant surtout sur des textes trouvés dans la bibliothèque essénienne de Qumran, le Professeur Shamarjahu Talmon, qui enseignait à l’Université hébraïque de Jérusalem, est parvenu tout dernièrement (cf le commentaire de Vittorio Messori dans le « Corriere della Sera » du mercredi 9 juillet 2003) à préciser dans quel ordre chronologique se succédaient les 24 classes. La classe d’Abia, qui était la huitième, assurait le service au Temple deux fois par an, comme les autres classes. Et l’une de ces deux fois correspond à la dernière semaine du mois de septembre.

Il est à noter que cela correspond étrangement à une vielle tradition des chrétiens orientaux qui plaçaient entre le 23 et le 25 septembre l’annonciation faite à Zacharie. Et ces mêmes Eglises d’Orient célébraient la conception de Jean-Baptiste entre le 23 et le 25 septembre, et, au mois de mars, l’Annonciation à Marie.

Notons que l’Eglise a fixé l’annonciation au 25 mars, et donc la conception de Jésus le 25 mars, et sa Naissance neuf mois plus tard, le 25 décembre. Trois mois après l’Annonciation à Marie (puisque Elizabeth, déclare l’Ange à Marie « en est à son sixième mois, elle que l’on appelait stérile »), ces Eglises fêtaient en juin la naissance de Jean Baptiste.

Et ainsi, l’Eglise catholique fête l’Annonciation à Marie, le 25 mars, la naissance de Jean Baptiste le 24 juin, et la naissance de Jésus le 25 décembre.

Et tout cela, grâce à la mention « de la classe d’Abia
» !

Dans le plan de Dieu, il n’y pas de place pour le hasard ou la coïncidence. Jean-Baptiste naît le 24 juin, date à laquelle la lumière du jour commence à diminuer : « Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue
» (« eum oportet crescere, me autem minui »). Jésus naît le 25 décembre, date à laquelle la lumière du jour commence à croître (« Je suis la lumière du monde : celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de vie » (Jean 8, 12). « Lumen ad revelationem gentium » s’exclamera le vieillard Siméon « lumière pour éclairer les nations » (Luc 2, 32), réalisation de la promesse faite par Dieu au prophète Isaïe :

Is 9
29:1 Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une  lumière a resplendi.

6 9:5 Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix,
7 9:6 pour que s'étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l'établir et pour l'affermir dans le droit et la justice. Dès maintenant et à jamais, l'amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela.


* * * * * * * * * * * *


LA NAISSANCE DE JESUS


Luc 2
1 Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité.
2 Ce recensement, le premier, eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.
3 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.
4 Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, qui s'appelle Bethléem - parce qu'il était de la maison et de la lignée de David -
5 afin de se faire recenser avec Marie, sa fiancée, qui était enceinte.
6 Or il advint, comme ils étaient là, que les jours furent accomplis où elle devait enfanter.
7 Elle enfanta son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'ils manquaient de place dans la salle.


Joseph monte donc de Galilée, de la ville de Nazareth, de laquelle ne peut sortir aucun prophète (cf Jean 1, 46), pour se rendre en Judée, à la ville de David appelée Bethléem « parce qu’il était de la ma maison et de la race de David ». Il va s’y faire inscrire AVEC Marie sa fiancée qui était enceinte.

Il n’est pas seulement accompagné de Marie pour aller faire recenser sa famille. Pourquoi d’ailleurs imposer sans raison un tel voyage à une femme sur le point d’accoucher ? Il monte ainsi de Nazareth à Bethléem pour se faire recenser AVEC Marie sa fiancée qui était enceinte. (Note : il ne monte pas avec Marie son épouse pour se faire recenser, mais il monte « de Galilée pour se faire recenser AVEC Marie sa fiancée » : le sens est bien différent).

Ainsi donc, Marie ne l’accompagne pas au titre d’épouse fidèle. Elle accompagne Joseph pour se faire recenser avec lui, ou mieux, en même temps que lui, à la ville de Bethléem, la ville de David ! Cela veut dire qu’elle était soumise elle aussi au recensement, non pas parce qu’elle était fiancée à Joseph, de la maison et de la lignée de David, mais parce que le recensement s’adressait à elle à un autre titre que celui de "fiancée" : elle doit se faire recenser, parce qu’elle est héritière de sa famille. Fille unique ou non, mais sans frères qui puissent continuer le nom, la lignée de leur père et maintenir l’héritage dans la famille, en tant que de descendante de David : elle appartenait elle aussi à la Maison de David.

Ainsi s’explique que Marie, fille héritière de Joachim et Anne, ait dû se faire recenser personnellement à l’occasion du recensement de Quirinius établi pour fixer le taux des impôts selon les biens de chaque famille. Son voyage à Bethléem, alors qu’elle était sur le point d’avoir un enfant ne peut trouver d’autre explication et d’autre justification qu’une justification légale, et non pas un motif sentimental, pour accompagner Joseph. Et Marie se rend « à la ville de David appelée Bethléem » (la « Maison du Pain » : « Je suis le Pain de Vie », dira Jésus), ville où se rend également Joseph « parce qu’il était de la maison et de la lignée de David ».
   
Ceci explique aussi que, étant fille héritière de Joachim et d’Anne, elle ait dû se fiancer dans sa propre famille, et se marier dans un clan de sa tribu paternelle, comme les filles de Célophédad (cf Nomb 36, 8).

C’est une réponse aux auteurs, même récents et bien connus, qui prétendent que Marie, étant parente d’Elizabeth, descendante d’Aaron, était elle aussi de race sacerdotale, et que Jésus rassemblait en lui les deux sacerdoces : prêtre lévitique, prêtre selon l’ordre de Melchisédech. Une absurdité. L’Ancienne Alliance, est remplacée par la Nouvelle Alliance : Jésus est prêtre non pas selon l’ordre lévitique, mais « dans l’ordre de Melchisédech », ce qui est tout à fait différent !

Le schéma suivant, plus précis que le précédent réfute à l’évidence cette thèse. Au couple "sacerdotal" Zacharie-Elizabeth, se substitue le couple davidique Joseph-Marie : Jean-Baptiste sera le prophète du Très-Haut qui précèdera le Seigneur pour lui préparer les voies (cf Luc 1, 76,). Et Jésus est bien ainsi fils de David selon la chair, par l’intermédiaire de Marie sa Mère, annoncé par les prophètes, et loué par Zacharie comme étant celui qui est venu :

Luc 1
77 pour donner à son peuple la connaissance du salut par la rémission de ses péchés ;
78 oeuvre de la miséricrodieuse tendresse de notre Dieu, qui nous amènera d'en-haut la visite du Soleil-Levant,
79 pour illuminer ceux qui demeurent dans les ténèbres et l'ombre de la mort, afin de guider nos pas dans le chemin de la paix. »



Dans cette optique, la décapitation de Saint Baptiste, prêtre descendant d’Aaron comme son père Zacharie, marque bien la fin du sacerdoce de l’Ancienne Alliance, qui laisse place au sacerdoce de la Nouvelle et Eternelle Alliance, le sacerdoce « secundum Ordinem Melchisedech » « dans l’Ordre de Melchisédech » : Jésus, Fils de David, Grand-Prêtre de la Nouvelle Alliance en son Sang.

Le récit de Saint Luc, nous donne en outre une autre précision chronologique, avec le recensement de Quirinius que l’on peut fixer selon toute probabilité aux environs de l’an 6 avant l’ère chrétienne (une erreur s’est glissée dans l’établissement du calendrier que nous suivons).
   
Jésus serait ainsi né le 25 décembre de l’an 6.

Cette nouvelle de la venue de Dieu sur terre ne pouvait rester cachée. Aussi des bergers de la région sont avertis en pleine nuit : la naissance se produit en effet dans la nuit, réalisant une prophétie du livre de la Sagesse, que la Liturgie reprend lors de la fête de Noël, et qui a été à l’origine de la Messe de minuit :

Sagesse 18
14 Alors qu'un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide,
15 du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s'élança du trône royal, guerrier inexorable, au milieu d'une terre vouée à l'extermination. Portant pour glaive aigu ton irrévocable décret,


Lisons à présent le récit de l’annonce aux bergers :

Luc 2
8 Il y avait dans la même région des bergers qui vivaient aux champs et gardaient leurs troupeaux durant les veilles de la nuit.
9 L'Ange du Seigneur se tint près d'eux et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis d'une grande crainte.
10 Mais l'ange leur dit : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple :
11 aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur, dans la ville de David.
12 Et ceci vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. »
13 Et soudain se joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste, qui louait Dieu, en disant :
14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre et paix sur la terre aux hommes qu'il aime »
15 Et il advint, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, que les bergers se dirent entre eux : « Allons jusqu'à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. »
16 Ils vinrent donc en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la crèche.
17 Ayant vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit de cet enfant ;
18 et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers.
19 Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur.
20 Puis les bergers s'en retournèrent, glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, suivant ce qui leur avait été annoncé.


Car Marie avait été la première, avec Joseph, à voir Dieu d’une manière réelle et tangible, Le Verbe de Dieu Incarné, le Pain de Vie, qu’Elle avait porté pendant 9 mois dans son sein. Il restait maintenant à lui donner un nom, celui indiqué par l’Ange à Marie et à Joseph, « Jésus », « Dieu sauve » :

Luc 2
21.  Et lorsque furent accomplis les huit jours pour sa circoncision, il fut appelé du nom de JESUS, nom indiqué par l'ANGE avant sa conception.

L’annonce faite au prophète Isaïe (7,14) s’accomplissait, comme le note saint Mathieu :

22 Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur :
23 Voici que la VIERGE concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ».


Là aussi, la réalité dépasse l’espérance : ce n’est pas seulement « Dieu avec nous », mais le nom qui lui est donné par Dieu indique sa Mission précise : « Dieu sauve ».

Grâce à Marie, Dieu est avec nous, mais Dieu fait homme pour sauver tous les hommes. Et Marie est sa Mère, Elle est la Mère du Sauveur, et elle devient ainsi la Mère de la Mission, mission universelle de salut, dont les bergers sont les premiers témoins, en tant que membres du peuple élu, choisi par Dieu pour apporter le salut à tous les hommes, comme il l’avait annoncé à Abraham : « En toi seront bénies toutes les nations ».

Mgr Jacques MASSON




Lundi 5 mai 2008
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ROME, Mercredi 30 avril 2008 (ZENIT.org) - Benoît XVI souligne que sa visite au siège des Nations Unies, à New York, le 18 avril, lui a « donné l'occasion de confirmer la valeur de la Déclaration universelle des Droits de l'homme ».

Comme c'est la coutume après un voyage pontifical, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse du mercredi à un bilan de son voyage aux  Etats-Unis et aux Nations Unies devant quelque 40.000 visiteurs, place Saint-Pierre.

Le pape a tout d'abord adressé ses remerciements à la Conférence épiscopale américaine, au président Bush et à « tous ceux qui sont venus » à sa « rencontre à Washington et à New York ».

Pour ce qui est du bilan ecclésial, le pape soulignait son soutien à la famille en disant : « Au cours de ce voyage, j'ai encouragé les évêques à faire entendre leurs voix sur les questions morales et sociales actuelles, et à former les fidèles, afin qu'ils soient un bon ‘levain' dans la société civile, à partir de la cellule fondamentale qu'est la famille ».

Il reprenait le thème de son voyage, l'espérance, en disant : « Pendant la Célébration eucharistique au stade de Washington, nous avons prié pour que l'Église aux Etats-Unis, fermement enracinée dans la foi, unie et renouvelée, affronte les défis présents et futurs avec courage et espérance ».

Mais à propos de sa visite à l'ONU, le pape faisait observer, en ce 60e anniversaire de la déclaration universelle, l'importance de cet organisme pour servir le paix dans le monde, en disant : « La visite que j'ai faite au siège des Nations unies m'a donné l'occasion de confirmer la valeur de la ‘Déclaration universelle des Droits de l'homme' et d'en rappeler le fondement universel, à savoir la dignité de la personne humaine créée par Dieu à son image et à sa ressemblance, pour coopérer à son dessein de vie et de paix ».

Benoît XVI a achevé la synthèse de sa catéchèse en français par cette salutation spéciale aux jeunes : « Je salue particulièrement les jeunes présents ce matin! Que la lumière du Christ soit votre espérance et que son Esprit qui va nous être donné à la Pentecôte vous guide dans toute votre vie ».

Anita S. Bourdin

Vendredi 2 mai 2008
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Et Marie ?

Elle a conçu du Saint-Esprit. Elle est désormais Mère, et pas n’importe quelle Mère, la Mère du Fils de Dieu qui s’est fait chair, qui s’est fait homme dans son sein. Et elle est ainsi la Mère de Dieu ! Sur elle repose la nuée lumineuse qui indique la présence de Dieu. Elle est devenue le Temple de Dieu, un tabernacle, une église, une cathédrale. Elle porte Dieu en Elle. Pour la première fois, Dieu, pur Esprit, devient un être humain que l’on pourra toucher, qui partagera notre condition humaine, qui est resté avec nous.

Mais elle est restée Vierge «  car rien n’est impossible à Dieu ».

Que va-t-elle faire ? Et Joseph ? Marie fait confiance à Dieu. L’Ange lui a donné comme signe la conception de Jean-Baptiste, le fils de sa cousine Elizabeth qui en est à son sixième. Aussi, de la Galilée, au nord d’Israël, elle part pour la Judée dans le village où réside Elizabeth, que l’on identifie actuellement avec la le village de Ain Karim, à 6 km à l’ouest de Jérusalem. Elle va aider sa cousine, mais elle a probablement aussi l’intention de lui raconter ce qui est advenu en Elle, et ce qu’elle doit faire vis-à-vis de Joseph.

Lisons ce récit de la Visitation écrit par saint Luc qui a recueilli toutes ces informations de la bouche même de Marie qu’il a connue chez l’apôtre Saint Jean qui, après la mort de Jésus, l’avait prise chez lui :

La Visitation Luc 1

39 En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte vers la région montagneuse, dans une ville de Juda.
40 Elle entra chez Zacharie et salua Élisabeth.
41 Et il advint, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l'enfant tressaillit dans son sein et Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint.
42 Alors elle poussa un grand cri et dit : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !
43 Et comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ?
44 Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein.
45 Oui, bienheureuse celle qui a cru en l'accomplissement de qui lui a été dit de la part du Seigneur ! »
46 Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur,
47 et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur,
48 parce qu'il a jeté les yeux sur l'abaissement de sa servante. Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse,
49 car le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom,
50 et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.
51 Il a déployé la force de son bras, il a dispersé les hommes au cœur superbe.
52 Il a renversé les potentats de leurs trônes et élevé les humbles,
53 Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
54 Il est venu en aide à Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde,
55 - selon qu'il l'avait annoncé à nos pères - en faveur d'Abraham et de sa postérité à jamais ! »
56 Marie demeura avec elle environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle.


Nous avions dans le récit de l’Annonciation les premières paroles du « Je vous salue », les paroles mêmes de l’Ange Gabriel : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ». Nous avons à présent la suite du « Je vous salue » : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni », paroles d’Elizabeth qui fut alors « remplie de l’Esprit » pour s’exprimer en ces termes.

Qui prétendra encore que réciter des « je vous salue » est une ritournelle ? C’est nous rappeler sans cesse que Dieu s’est fait homme pour nous, pécheurs. C’est rappeler à Marie, Mère de Dieu, qu’Elle est devenue notre Mère au pied de la Croix et que sa Mission est de prier pour nous, pour tous les hommes, tout au long de notre vie « maintenant et à l’heure de notre mort ».
   
Il y a aussi le texte du Magnificat, « Mon âme exalte le Seigneur », qui est une composition de Marie reprenant des passages de l’Ancien Testament.

Marie est restée trois mois chez Elizabeth, certainement jusqu’à la naissance de Jean-Baptiste. Elizabeth n’a pas manqué de raconter à sa jeune cousine ce qui était arrivé à Zacharie dans le Temple, l’apparition de l’Archange Gabriel, les doutes qu’il avait eux, et pourquoi il était resté muet, pour avoir douté des paroles de l’Ange.

Marie, de son côté a raconté, à n’en point douter ce qui lui était arrivé. Elizabeth savait que Marie s’était consacrée à Dieu corps et âme, et pourtant, inspirée par le Saint-Esprit elle salue la Mère de son Seigneur. Elle a été la première à être mise au courant des « mirabilia Dei », des merveilles de Dieu. Marie n’a pas manqué non plus d’exprimer ses “craintes” humaines : comment le dire à Joseph qui ne pourrait pas ne pas s’apercevoir que Marie portait un enfant dans son sein ? Et puis, les gens du pays, les mauvaises langues, qui s’en prendraient à Marie, fille indigne qui avait renié son vœu ; et à Joseph, homme impur, qui avait transgressé les commandements de Dieu…

Et quand Marie repart, trois mois plus tard… les premiers signes de sa grossesse sont évidents… Les doutes de Joseph… qui reste un homme et qui avait mis toute sa confiance en Marie sa fiancée, et qui ne comprend pas. Lui aussi, il aura besoin d’une intervention divine pour être sûr, et pour comprendre. Mais il faut se mettre à sa place ! Nous verrons cela à propos d’un autre texte dont personne ne parle jamais.


MARIE, VIERGE ET MERE

Pourquoi de nouveau ce titre alors que les textes précédents sont très clairs ? Il est difficile de ne pas présenter un autre texte qui est la preuve par neuf de la naissance virginale de Jésus, Fils de David. Personne n’en parle jamais, parce que personne ne le comprend. Et pourtant il tient plus de place dans l’Evangile de saint Mathieu que les récits de la Résurrection.

Il s’agit de la Généalogie de Jésus, qui commence précisément l’Evangile de saint Mathieu. J’ai travaillé neuf ans sur ce texte (et sur celui de saint Luc) et l’ai présenté comme thèse de doctorat en théologie biblique. La liturgie le présente trois fois comme lecture d’Evangile à la Messe : le jour de la Nativité de la Sainte Vierge, et deux fois pendant le temps de l’Avent. Cela gêne tous les prêtres qui doivent lire ce passage d’Evangile ! Et, de fait, entendre cette liste de noms est rébarbatif. Et pourtant… c’est d’une beauté et d’une richesse, que l’on ne peut méconnaître pour comprendre la place et le rôle de Marie, choisie par Dieu comme Mère en préservant sa virginité, la Mère du Sauveur de tous les hommes, la Mère de la Mission.

Il faut tout d’abord se rappeler que saint Mathieu écrit à des Juifs, qui connaissaient bien les Ecritures, l’Ancien Testament donc, et les commentaires, et qui étaient très attachés aux généalogies qu’ils conservaient jalousement chez eux et dans le Temple de Jérusalem. Ils étaient très attachés également aux nombres. Les nombres avaient une valeur symbolique, mnémotechnique, qui permettaient à des gens qui ne savaient pas lire (qui connaissaient toutefois la Bible par cœur), mais qui savaient compter. Pour nous, sans explication, ce texte est indéchiffrable et on se demande pourquoi saint Mathieu l’a donné. Voilà l’explication.

Ce texte est suivi par un récit qui s’intitulerait « Conception virginale de Jésus », les paroles de l’Ange à Joseph, qui se termine par la citation du prophète Isaïe : « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, auquel on donnera le nom d’Emmanuel, Dieu avec nous ». Et ainsi tout ce chapitre premier fait un ensemble, comme le soulignait mon professeur d’Ecriture Sainte, le Père Joseph Trinquet, Sulpicien (auteur du Nouveau testament Osty Trinquet en français), pour en arriver à cette conclusion : c’est la réalisation des promesses et des annonces faites par Dieu au peuple hébreu par l’intermédiaire des prophètes. Mais la réalisation dépasse l’attente et les espérances.

La généalogie se divise en 3 parties de 14 noms chacune : d’Abraham à David, de David à Jéchonias, de Jéchonias à Jésus. Saint Mathieu, dans l’Ancien Testament a trouvé, d’Abraham à David, 14 noms, ce qui est peu pour 1000 ans… Mais cela lui a donné l’idée du plan de la généalogie : 14 ! Un nombre important, le nombre de David ! Comment ? C’est simple. En hébreu, il n’y avait pas de nombres, et l’écriture ne comprenait au début que des consonnes. Chaque consonne servait aussi de nombre. Et précisément D a V i D, les trois consonnes D, V, D étaient aussi les nombres 4 et 6. D a V i D : 4 + 6 + 4  = 14. Répété trois fois, cela indiquait une certitude : la généalogie, pour les Juifs, était une démonstration par des documents sûrs, les généalogies, que Jésus était bien le Fils de David annoncé. Et nous voyons qu’il était Fils de David par Joseph qui lui donnait ce titre officiel, et fils de David par Marie, qui lui donnait à elle seule le sang de David.

Notons aussi la présence de quatre femmes : Thamar, Rahab, Ruth, la femme de Urie (Bethsabée), et de Marie. Des pages et des pages ont été écrites sur la raison de la place de ces quatre femmes. La réalité est plus simple, selon la tradition biblique : trois de ces quatre femmes ont été inspirées par l’Esprit de Dieu (on l’appelait ainsi dans l’AncienTestament, sans savoir encore qu’il était une personne de la Sainte Trinité) pour maintenir la lignée messianique voulue par Dieu au moment où les hommes risquaient de la compromettre. C’est donc l’action de l’Esprit inspirateur qui veille sur la lignée messianique.

Pour Ruth, la tradition juive dit qu’elle était stérile, « car elle n’avait pas de matrice », et que l’Esprit de Dieu lui « façonna » une matrice pour lui permettre de devenir la grand-mère de David : nous sommes là devant l’Esprit Créateur ! (la parole utilisée est « façonnée », la même que celle utilisée pour indiquer comment Dieu avait façonné l’homme avec la glaise du sol !).

La généalogie de saint Mathieu indique donc l’action de l’Esprit de Dieu, action inspiratrice et créatrice. Et la présence de Marie qui « supplante » d’un certaine manière Joseph par un raccourci admirable « Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit Jésus » nous présentant la Sainte Famille, conjugue ces deux actions, inspiratrice et créatrice. Elle montre que, en Marie, l’Esprit Saint est intervenu d’une manière admirable et particulière, en substituant Marie à Joseph (qui n’intervient pas comme père, comme “générateur”), en évitant de dire que Joseph est le Père de Jésus, et en introduisant ainsi une nouveauté dans les généalogies juives où les femmes, quand elles étaient mentionnées, ne l’étaient que comme épouse, et pas comme mère. Marie figure à la place de l’homme comme étant celle qui a donné, seule (avec l’Esprit Saint), naissance à Jésus.

La présence des quatre femmes, pour les Juifs, est l’affirmation, et la démonstration que Marie est Mère tout en étant restée Vierge, par l’action du Saint-Esprit. Ce que le texte qui suivra la Généalogie reprend et explique.

Lisons cette généalogie, dans laquelle saint Mathieu a dû enlever des noms, et notamment des Rois indignes et pervers, pour maintenir le nombre de 14 :

Mathieu 1
La généalogie de Jésus

1 Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham :
2 Abraham engendra Isaac, Isaac engendra Jacob, Jacob engendra Juda et ses frères,
3 Juda engendra Pharès et Zara, de Thamar, Pharès engendra Esrom, Esrom engendra Aram,
4 Aram engendra Aminadab, Aminadab engendra Naasson, Naasson engendra Salmon,
5 Salmon engendra Booz, de Rahab, Booz engendra Jobed, de Ruth, Jobed engendra Jessé,
6 Jessé engendra le roi David. David engendra Salomon, de la femme d'Urie,
7 Salomon engendra Roboam, Roboam engendra Abia, Abia engendra Asa,
8 Asa engendra Josaphat, Josaphat engendra Joram, Joram engendra Ozias,
9 Ozias engendra Joatham, Joatham engendra Achaz, Achaz engendra Ézéchias,
10 Ézéchias engendra Manassé, Manassé engendra Amon, Amon engendra Josias,
11 Josias engendra Jéchonias et ses frères ; ce fut alors la déportation à Babylone.
12 Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel, Salathiel engendra Zorobabel.
13 Zorobabel engendra Abioud, Abioud engendra Éliakim, Éliakim engendra Azor,
14 Azor engendra Sadok, Sadok engendra Akhim, Akhim engendra Élioud,
15 Élioud engendra Éléazar, Éléazar engendra Matthan, Matthan engendra Jacob,
16 Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l'on appelle Christ.
17 Le total des générations est donc : d'Abraham à David, quatorze générations ; de David à la déportation à Babylone, quatorze générations ; de la déportation de Babylone au Christ, quatorze générations.


Après cette démonstration, et pour qu’il n’y ait pas d’équivoque (merci saint Mathieu d’avoir pensé à nous, sans le savoir, pour nous permettre de découvrir cette merveille accomplie par Dieu !), saint Mathieu explique ce qui s’est passé : Joseph qui se rend compte, qui est perplexe, qui ne doute pas, mais qui ne comprend pas… Et on le comprend bien. Et la bonté de Dieu, qui « ne fait rien sans avertir l’homme » comme le dit l’Ancien testament. Voici ce texte :

Mathieu 1
La naissance virginale de Jésus

18 Et voici comment Jésus Christ fut engendré. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint.