Jeudi 29 mai 2008
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11:00
Par La rédaction
Le cardinal Cormac Murphy O'connor, Archevêque de Westminster, a affirmé dans une rubrique parue
vendredi dans le Daily Telegraph que le vote du parlement britannique, la semaine dernière, ne résolvait pas toutes les
questions liées à la fertilité humaine et à l'embryologie (pour lire l'article in extenso v. ICI).
Selon lui, même si les hommes politiques ont déjà exprimé leur opinion, il reste à savoir si « la Nation a la conscience tranquille ».
« Loin de résoudre la question, tant qu'il n'y aura pas de projet de loi, les grands débats de la semaine passée nous ont tous ramenés à la réalité de ce qui est fait en notre nom.
Beaucoup de personnes sont profondément mal à l'aise et perplexes, et très inquiètes de la direction que nous nous sommes en train de prendre ».
Bioéthique
On rappellera que, parmi les décisions prises lundi et mardi derniers, le parlement britannique s'est prononcé en faveur des embryons hybrides
homme-animal et pour la création de « bébés-sauveurs » (« sélectionnés » à partir de leur patrimoine génétique pour pouvoir traiter un frère ou une sœur malade). Il a également été décidé que,
dans la fécondation in vitro, les pères ne constituaient pas un critère préalable nécessaire, et que la limite supérieure concernant la loi relative à l'avortement devait rester à 24
semaines de gestation.
Pour le cardinal Murphy O'connor, « un seul vote ne peut et ne devrait pas clore la discussion, estime-t-il. Il y a des questions
sous-jacentes, cruciales. Que signifie être un être humain ? De quelles conditions avons-nous besoin pour nous développer ? Dans quel type de société pouvons-nous mettre notre confiance et savoir
que nous sommes aimés et valorisés, mais surtout rendus capables de grandir dans notre recherche de ce qui est juste et vrai ? »
Dans ce contexte, le cardinal suggère deux pistes : former une commission nationale de bioéthique et créer une force commune pour réduire le
nombre des avortements en Grande-Bretagne.
« Tout d'abord, il est de plus en plus évident que nous avons besoin d'une Commission nationale officielle de bioéthique »,
affirme-t-il. « Il est possible qu'une commission nationale de bioéthique de haut niveau et dotée de la meilleure expérience dans plusieurs disciplines ne soit pas toujours unanime dans
l'affirmation de ses opinions, mais le seul fait de promouvoir le dialogue et la recherche, de façon continue, pourrait être une contribution importante au bien commun ».
Avortement
Il estime ensuite que « le vote pour maintenir l'actuel statu quo sur l'avortement ne met pas un terme à la question ». On rappellera
que l'avortement en Grande-Bretagne est légal jusqu'à la 24ème semaine de gestation. Il a été demandé au parlement de reconsidérer cette limite à la baisse, ne serait-ce que de deux semaines, en
raison du nombre croissant de cas montrant que les bébés, à la 22ème semaine de gestation, peuvent vivre en dehors de l'utérus maternel.
« Le concept de ‘viabilité', qui a dominé dans le débat, est un concept lié à la disponibilité des ressources et des technologies ; il ne
s'agit pas d'un concept capable de créer une distinction morale entre une vie qui mérite respect et protection et une vie qui ne le mérite pas », souligne le cardinal Murphy O'connor. «
La vie dans le sein maternel a besoin de toutes les ressources et de toute la protection et elle le demande dès le moment de la conception ».
« Pour tous ceux qui sont impliqués, l'avortement constitue souvent une décision douloureuse et accablante source de grande tristesse. C'est
pourquoi j'estime qu'au-delà de nos convictions personnelles, nous devons tous œuvrer ensemble pour trouver une meilleure solution », a-t-il affirmé (alors que le taux annuel en
Grande-Bretagne est de 200.000 avortements). Selon le cardinal, toutes les parties impliquées dans le débat reconnaissent que ce taux est trop élevé.
« Même sans changer la loi, le nombre des avortements pourrait diminuer si plus de personnes travaillaient ensemble pour promouvoir une
nouvelle compréhension et une nouvelle approche en matière de relations, de responsabilité et de soutien réciproque », estime-t-il.
La religion n'est pas en lutte contre la science
L'archevêque de Westminster a par ailleurs tenu à préciser que le débat de ces dernières semaines n'a rien d'une lutte entre la science et la
religion.
« La vérité est que la ‘science' en soi n'est jamais d'un côté ou de l'autre ». « Bien entendu, nous devons tous comprendre ce que
les progrès scientifiques nous disent sur le monde physique, sur le monde biologique, sur la matière qui compose la vie humaine et sur la beauté et la complexité époustouflantes du développement
humain en partant de l'embryon ».
« Mais la science reste une activité humaine. Elle s'insère dans un espace moral et non un vide moral. Nous parlons d'une série de jugements
profondément éthiques qui sont mis en forme, mais non déterminés, par les connaissances scientifiques. Les faits scientifiques façonnent notre point de vue, mais également notre compréhension de
ce qu'est la vie humaine, ainsi que la philosophie que l'on a de la vie, qui peut ou non s'appuyer sur une conviction religieuse. La science ne peut se substituer à l'éthique ».
L'archevêque de Westminster a affirmé qu'il n'existe pas de conflit entre la foi et la raison et il a appelé à un débat raisonné pour tester les
positions des croyants et non croyants. « [Les gens de foi] ne devraient pas être exclus ou tenus à l'écart sous prétexte qu'ils se situent dans une perspective religieuse »,
déclare-t-il, « de la même façon qu'ils n'ont aucun privilège spécial dans le débat démocratique ». « La raison et foi marchent ensemble, et pour moi la foi donne un aperçu de la
vérité qui aide la raison ».
« Le débat de cette semaine ne marque pas la fin des discussions, mais paradoxalement il ouvre la porte à un débat beaucoup plus
approfondi », conclut-il, « car il s'agit d'une recherche commune sur la vérité ultime de qui nous sommes et de ce que nous sommes appelés à devenir » (Source Zenit.org).