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Premiers chrétiens

Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 20:18

Par primeroscristianos.com - Traduction française : (c) Hermas.info

2. Septime Sévère, Maximin le Thrace, Dèce et Trebonianus Gallus


pc-copie-1.jpg Avec Septime Sévère (193-211), le fondateur de la dynastie syrienne, sembla naître pour le christianisme une période de développement sans obstacle. Des chrétiens exerçaient à la cour des charges influentes. Ce n’est qu’au cours de la dixième année de son règne (202) que l'empereur changea radicalement d’attitude. Par un édit de cette année-là, il punit de sanctions sévères quiconque se convertissait au judaïsme ou au christianisme. Un tel changement, aussi soudain, ne s’explique que parce que l’empereur s’est alors rendu compte de ce que les chrétiens s’unissaient toujours plus étroitement en une société religieuse universelle et organisée, dotée d’une forte capacité d’opposition. Politiquement, cette circonstance les rendait suspects. Cette mesure frappa surtout la célèbre école d'Alexandrie et les communautés chrétiennes d’Afrique.


Maximin le Thrace (235-238) réagit sauvagement et violemment contre ceux qui avaient été les amis de son prédécesseur, Alexandre Sévère, lequel avait été tolérant à l’égard des chrétiens. La chrétienté de Rome fut dévastée, les chrétiens déportés vers les mines de sel de Sardaigne, y compris deux de ses chefs, l’évêque Poncianus et le prêtre Hippolyte. L’attitude du peuple à l’égard des chrétiens n’avait cependant pas changé, ainsi que le manifeste la véritable chasse aux chrétiens qui se déchaîna en Cappadoce, lorsqu’on crut voir en eux la cause d’un tremblement de terre. La révolte populaire manifeste à quel point les chrétiens étaient encore considérés comme « étrangers et malfaisants » par les gens (Cf. K. Baus, Le Origini, pp. 282-287).


Origene.jpgSous l'Empereur Dèce (249-251) fut déclenchée la première persécution systématique contre l'Eglise, avec l'intention arrêtée de la déraciner définitivement. Dèce [qui succéda à Philippe l'Arabe, très favorable aux chrétiens, même s’il ne l’était pas lui-même] était un sénateur originaire de Pannonie, très attaché aux traditions romaines. Profondément sensible à la désintégration politique et économique de l'Empire, il crut pouvoir restaurer son unité en rassemblant toutes les énergies autour des dieux protecteurs de l'Etat. Tous les habitants furent mis en demeure de sacrifier aux dieux, et reçurent ensuite un certificat attestant qu’ils l’avaient fait. Les communautés chrétiennes furent surprises par la tempête qui s’abattit sur eux. Ceux qui refusèrent l'acte de soumission furent arrêtés, torturés, exécutés. Ainsi, à Rome, de Fabien, Pape (236-250), et de nombreux prêtres et laïcs. A Alexandrie, la persécution fut accompagnée de pillages. En Asie, les martyrs furent nombreux, dont les évêques de Pergame, d’Antioche et de Jérusalem. Le grand savant Origène [image ci-jointe] fut soumis à des tortures inhumaines. Il survécut pourtant quatre ans (réduit à l’état de loque humaine) à ses supplices.


Tous les chrétiens, cependant, n’acceptèrent pas de subir la torture. Beaucoup se résignèrent à sacrifier. D’autres, contre de l’argent, obtinrent en cachette les fameux certificats. Ce fut en particulier le cas, d’après la Lettre 67 de saint Cyprien, d’au moins deux évêques espagnols. La persécution, qui paraissait avoir blessé à mort l’Eglise, pris fin avec la mort de Dèce, tué au combat face aux Goths, dans la plaine de Dobrudja, en Roumanie (2).


Les sept années qui suivirent (250-257) furent une période tranquille pour l’Eglise, seulement troublée, à Rome, par une brève vague de persécution lorsque l’Empereur Trebonianus Gallus (251-253) fit arrêter le chef de la communauté, le Pape Corneille, pour l’exiler à Centum Cellae (Civitavecchia). La conduite de Gallus s’explique probablement par sa complaisance à l’égard des caprices du peuple, qui imputait aux chrétiens la responsabilité de la peste qui ravageait alors l’Empire. Le christianisme ne cessait pas d’être regardé comme une « superstition » étrangère et maléfique (Cf. K. Baus, Le origini, p. 292).

(à suivre)

_______________

NOTES

 

(1) Ndt : Hérodien, Histoire romaine, L. 1, § 2.

(2) Cf. Michel Clévenot,  Les chrétiens et le pouvoir, Paris 1981, Ed. F. Nathan.

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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 12:46

Par L'Equipe d'Hermas

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Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 07:00

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SECTION III : LES PERSECUTIONS DU TROISIEME SIECLE


1. La grave crise du 3ème siècle (200-300)


pc-copie-1.jpg Une crise très grave frappe Rome à cette époque. Les relations entre chrétiens et Empire romain s’inversent - même si tout le monde ne le perçoit pas.


Elle est ainsi décrite par l’historien romain Hérodien, qui écrit en grec : « Si l'on repasse en pensée les jours écoulés depuis Auguste, depuis l'époque où la puissance des Romains devint l'apanage d'un seul, jusqu'à Marc-Aurèle, dans cet espace d'environ deux cents ans, on ne verra ni une aussi rapide succession d'empereurs, ni des guerres civiles et étrangères, si fécondes en événements, ni tant de nations agitées, ni tant de sièges dans l'empire même ou chez les Barbares, ni des tremblements de terre si nombreux, des pestes si affreuses, ni, en un mot, des tyrans et des princes dont la vie offre un caractère de nouveauté qu'on chercherait en vain dans toute l'histoire ancienne. Le règne des uns fut très long, celui des autres très court ; quelques-uns même furent à peine nommés empereurs, qu'ils périrent dans leur pourpre d'un jour » (Histoire romaine, L. 1, § 2).


L’Empire s’était progressivement étendu par la conquête de nouvelles provinces. Cette conquête continue avait permis l’exploitation de terres très vastes, toujours nouvelles [l’Egypte était le grenier de Rome, l’Espagne et la Gaule son vignoble et son oliveraie]. Rome s’était appropriée de nouvelles mines [la Dacie, en particulier, avait été conquise pour ses mines d’or]. Les guerres de conquête avaient procuré des masses immenses d’esclaves [prisonniers de guerre], et donc une main-d’oeuvre gratuite.


Valerien.jpgVers la moitié du 3ème siècle, on se rendit compte que la tranquillité était terminée. A l’Est, s’était constitué le puissant empire des Sassanides, qui menait de très dures attaques contre les romains. En 260, l’Empereur Valérien fut capturé, avec toute son armée de 70.000 hommes, et les provinces de l’Est furent dévastées [ci-contre : Triomphe de Shapour Ier sur l'empereur Valérien. relief de Naqsh-i-Rustam (Iran)]. La peste ravagea les survivants et se propagea épouvantablement dans tout l’Empire. Au Nord, un autre conglomérat de peuples forts s’était formé : les Goths. Ils submergèrent la Mésie et la Dacie. L’Empereur Dèce (249-251) et son armée furent massacrés en 251. Les Goths poursuivirent leurs dévastations du Nord jusqu’à Sparte, Athènes, Ravenne. L’amoncellement de ruines qu’ils laissaient derrière eux était terrible. La majeure partie des personnes cultivées perdirent la vie ou furent réduites en esclavage, et ne purent être substituées. La vie régressa vers un état primitif, sauvage. L’agriculture et le commerce furent anéantis.

 

Heliogabale.jpg En ce temps de graves incertitudes, les sécurités garanties par l’Etat ne furent plus assurées. Désormais, ce furent les “gentils” [c’est-à-dire les païens] qui devinrent “irrationnels”, se confiant non plus en l’ordre impérial mais en la protection de divinités plus mystérieuses et plus rares. Sur le Quirinal, un temple fut élevé à la déesse égyptienne Isis, l’Empereur Héliogabale (218-222) [photo ci-jointe] imposa l’adoration du dieu Soleil, le peuple recourut à des rites magiques pour éloigner la peste. Il y eut également, en ce troisième siècle, des années de terribles persécutions contre les chrétiens. Non pas, cette fois, au motif de leur “irrationalité” prétendue [au milieu d’une mer de gens qui se livraient à des rites magiques, le christianisme était devenu le seul système rationnel], mais au nom d’une sorte de pureté ethnique renaissante. De nombreux empereurs, même s’ils étaient barbares de naissance, voyaient dans le retour à l’unité centralisée l’unique voie de salut. Ils décrétèrent dès lors l’extinction des chrétiens, toujours plus nombreux, pour arracher de l’entité romaine ce “corps étranger” qui apparaissait toujours davantage comme une entité nouvelle, prête à se substituer à celle déclinante de l’Empire, fondée sur les armes, la rapine et la violence.

(à suivre)

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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 07:00

Par primeroscristianos.com - Traduction française : Hermas.info

5. Les premières réactions des chrétiens aux polémiques anti-chrétiennes


pc-copie-1.jpg Pendant des décennies, les chrétiens sont restés relativement muets. Ils se sont répandus par une force silencieuse sous les interdictions, opposant l’amour et le martyre aux accusations les plus infâmantes. C’est à partir du deuxième siècle que leurs premiers apologistes [Justin (1), Athénagore (2), Tatien le syrien (3)] commencent à nier ces accusations, sur le fondement de l’évidence des faits, et à tenter d’exprimer leur foi, née en terre sémitique et confiée à des “narrateurs”, en des termes culturellement acceptables pour un monde imprégné de philosophie gréco-romaine.

 

Les “briques” bien assemblées du message de Jésus-Christ commencèrent alors à être organisées en une structure architecturale susceptible d’être respectée des grecs et des romains. Tertullien (4) en Occident et Origène en Orient (au 3ème siècle) donnèrent une forme systèmatique et imposante à toute la “sagesse chrétienne”.

 

(à suivre)

 

__________

 

Notes

 

(1) Ndt.- Saint Justin de Naplouse, dit “le martyr” ou “le philosophe”. Né dans le paganisme, il se convertit à Ephèse vers l’an 130. Philosophe, disciple de Platon, il fonda à Rome une école pour enseigner la foi et sa conformité à la raison. Son oeuvre majeure est le “Dialogue avec Triphon”, qui a donné lieu à une belle réédition critique en 2004 aux Editions Saint-Paul (Fribourg) par Philippe Bobichon.

Tertullien.jpg(2) Ndt.- Athénagore ou Athénagoras, philosophe platonicien, converti à la lecture des écrits chrétiens qu’il entendait réfuter, est connu pour deux ouvrages : une lettre à Marce-Aurèle pour demander tolérance à l’égard des chrétiens, et un traité sur la résurrection.

(3) Ndt.- Personnage excessif, considéré comme un vaniteux et un hérétique notamment par saint Irénée, Tatien est connu pour être l’auteur de la première concordance des Evangiles, appelée le “Diatessaron”.

(4) Ndt.- Né à Carthage vers 160, de langue latine, fin juriste [il fut un temps avocat à Rome], brillant, mort vers 220 dans sa ville natale, Tertullien est compté parmi les plus grands apologètes et polémistes que l’Eglise ait connus. Son rigorisme le conduisit cependant à rejoindre le montanisme [hérésie gnostique] à la fin de sa vie, en lequel il se fit chef de secte [image ci-contre].

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Mercredi 6 octobre 2010 3 06 /10 /Oct /2010 14:47

Par primeroscristianos.com - Traduction française Hermas.info

3. L’offensive des intellectuels contre les chrétiens


pc-copie-1.jpg Sous le règne de Marc-Aurèle, l'offensive des intellectuels de Rome contre les chrétiens atteignit son apogée. « Il est fréquent que l’on croie, à tort - écrit Fabio Ruggiero - que le monde antique combattit la nouvelle religion par les armes du droit et de la politique. En un mot, par les persécutions. Si cela est vrai, du moins en partie pour le premier siècle de l’ère chrétienne, ce ne l’est plus à partir de la seconde moitié du deuxième siècle. Aussi bien le monde païen que l’Eglise ont compris, plus ou moins à la même époque, la nécessité de dialoguer sur le terrain de l’argumentation philosophique et théologique.


« La culture antique, formée depuis des siècles à toutes les subtilités de la dialectique, pouvait opposer des armes intellectuelles extrêmement raffinées à l’ensemble doctrinal chrétien et très vite l’Eglise elle-même, se rendant compte de la force qu’opposait la pensée classique à la propagation de l'Evangile, comprit la nécessité d’élaborer une pensée philosophico-théologique proprement chrétienne, mais en même temps capable de s’exprimer en un langage et selon des catégories culturelles intelligibles pour le monde gréco-romain, en lequel elle s’insérait de plus en plus ».


4. Les arguments des intellectuels antichrétiens


Les arguments de Marc-Aurèle (121-180), de Galien (129-200), de Lucien (120-180), de Peregrinus Proteus (95-165) et surtout de Celse [les trois derniers écrivirent leurs oeuvres dans la seconde moitié du deuxième siècle], peuvent se résumer ainsi :


Marc-Aurele.jpeg « “Etre sauvé” de l'absence de sens de la vie, du désordre des vicissitudes, du néant de la mort, de la douleur, tout cela ne peut être obtenu que de la “sagesse philosophique” d’une élite de rares intellectuels. Le fait que les chrétiens mettent ce “salut” dans la “foi” en un homme crucifié [comme les esclaves] en Palestine [une province marginale], prétendument ressuscité, est une folie. Le fait que les chrétiens croient au message de ce crucifié, adressé de préférence aux marginaux et aux pauvres [la “poussière humaine”] et qui prêche la fraternité universelle [dans une société bien hiérarchisée de manière pyramidale, selon un “ordre naturel”], est une autre folie aussi intolérable qu’irritante, qui subvertit tout. Il faut éliminer les chrétiens, comme des destructeurs de la civilisation humaine ».


La critique des intellectuels antichrétiens porte sur l’idée même de “révélation d’en-haut”, qui n’est pas fondée sur la “sagesse philosophique” ; sur les Ecritures chrétiennes, qui contiennent des contradictions historiques, textuelles et logiques ; sur les dogmes, “irrationnels” ; sur la question du logos de Dieu qui se fait chair [Evangile de Jean, 1, 1] et se soumet à la mort des esclaves ; sur la morale chrétienne [fidélité dans le mariage, honnêteté, respect des autres, secours mutuel], qui ne peut être pratiquée que par un petit groupe de philosophes, et certainement pas par une masse inculte. Pour ces intellectuels, toute la doctrine chrétienne est une folie, comme est une folie la prétention à la résurrection [c'est-à-dire la victoire de la vie sur la mort], la préférence donnée par Dieu aux humbles, la fraternité universelle. Tout cela est jugé irrationnel. Le philosophe grec Celse, dans son Discours véritable (1), écrit : « En ramassant des gens ignorants, qui appartiennent à la population la plus vile, les chrétiens méprisent les honneurs et la pourpre, et vont jusqu’à s’appeler indistinctement frères et soeurs (...). L’objet de leur vénération est un homme châtié par le dernier des supplices, et du bois funeste de la croix ils ont fait un autel, comme il convient à des dépravés et à des criminels ».

(à suivre)

__________

Note 

(1) Ndt.- Cet ouvrage, le Λόγος 'AληΘής, rédigé vers 178, est aujourd'hui disparu. Il n'est connu que par la réfutation qu'en a faite Origène (mort vers 253), docteur de l'Eglise, dans son Traité contre Celse, en lequel il cite ce dernier point par point pour le réfuter. L'ouvrage d'Origène est considéré comme l'un des meilleurs ouvrages apologétiques jamais écrits, tandis que celui de Celse continue d'alimenter l'animosité des milieux anti-chrétiens.

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Samedi 2 octobre 2010 6 02 /10 /Oct /2010 14:00

Par Primeroscristianos - Traduction Hermas.info

2. Marc-Aurèle : le christianisme est une folie


pc-copie-1.jpg Marc-Aurèle (161-180), empereur philosophe, passa 17 des 19 années de son règne à guerroyer. Dans ses Mémoires, où, chaque nuit, sous la tente militaire, il notait quelques pensées “pour lui-même”, on lit un grand mépris à l’égard du christianisme. Pour Marc-Aurèle, ce dernier constitue une folie, parce qu’il propose aux gens ordinaires, ignorants, une manière de se comporter (fraternité universelle, pardon, sacrifice de soi pour les autres sans attente de retour) que seuls les philosophes comme lui étaient selon lui en mesure de comprendre et de vivre, non sans de longues méditations et disciplines. Dans un rescrit de l’an 176-177, il interdit que des sectaires fanatiques mettent en péril la religion de l’Etat par l'introduction de cultes jusqu'alors inconnus. La situation des chrétiens, toujours difficile, devint plus pénible encore sous son règne.


Martyrs-lyon.jpgLes florissantes communautés d’Asie mineure, fondées par l’Apôtre Paul, furent l’objet, nuit et jour, de vols et de pillages perpétrés par la populace. A Rome, le philosophe Justin et un groupe d'intellectuels chrétiens furent condamnés à mort. La florissante communauté chrétienne de Lyon fut anéantie à la suite d’accusations d'athéisme et d'immoralité. Périrent ainsi sous des tortures raffinées la très jeune Blandine et Ponticus, âgé de quinze ans (1). Les récits qui nous sommes parvenus indiquent que l'opinion publique avait été dressée contre les chrétiens. De grandes calamités publiques [telles que les guerres et la peste] avaient suscité la conviction que les dieux étaient en colère contre Rome. Lorsqu’il fut constaté que les chrétiens étaient absents des cérémonies expiatoires ordonnées par l'empereur, alors la fureur populaire chercha des prétextes pour se jeter sur eux. Cette situation se poursuivit dans les premières années du règne de l'Empereur Commode (161-192), fils de Marc-Aurèle.

(à suivre)

__________

Notes

(1) Ndt.- C’est alors qu’eut également lieu le martyre de saint Pothin, premier évêque de Lyon, à l’âge de 90 ans, à qui succéda saint Irénée. Nous connaissons les circonstances de cette terrible persécution par une lettre de l’église de Lyon à l’église d’Asie, que cite Eusèbe de Césarée [cf. Histoire ecclésiastique, Prologue 1-4 ; chap. 1-4, Collection “Sources Chrétiennes” n° 41]. Il est impossible, malheureusement, de la citer ici en intégralité. En voici néanmoins les premiers paragraphes, en lesquels on constate notamment que ces chrétiens héroïques et clairvoyants identifiaient parfaitement bien leur véritable ennemi, qui demeure le nôtre, Satan :


« La grandeur de la persécution qui s’est produite ici, la violente colère des païens contre les chrétiens, tout ce qu’ont supporté les bienheureux martyrs, nous ne sommes pas capables de le dire et il n’est pas possible non plus de le décrire en détail. Car c’est avec toutes ses forces que l’Adversaire s’est jeté sur nous, préludant déjà au déchaînement qui marquera son avènement. Il a passé partout, en préparant les siens, en les exerçant d’avance contre les serviteurs de Dieu, de sorte que non seulement nous étions écartés des maisons, des bains, du forum, mais encore on défendait absolument à n’importe lequel d’entre nous de paraître en quelque lieu que ce fût.


« Cependant la grâce de Dieu prit la tête de notre combat : elle mit à l’abri les faibles et rangea face à l’ennemi des piliers solides capables d’attirer sur eux par leur endurance tous les assauts du Malin. Ceux-là marchaient à sa rencontre, en supportant toutes sortes d’outrages et de mauvais traitements. Regardant le tout comme peu de chose, ils se hâtaient vers le Christ et montraient véritablement que “les souffrances du temps présent ne comptent pas au regard de la gloire qui sera révélée pour nous” (Rom. 8, 18).  


« Tout d’abord, ils endurèrent généreusement les sévices que la foule ameutée multipliait contre eux. Hués, frappés, traînés à terre, dépouillés, lapidés, séquestrés, ils subirent tout ce qu’une populace enragée se plaît à infliger à des adversaires et à des ennemis.


« Puis on les fit monter au forum. Interrogés devant le peuple par le tribun et les premiers magistrats de la ville, ils confessèrent leur foi ; ils furent ensuite enfermés dans la prison jusqu’à l’arrivée du légat. Plus tard, ils furent conduits devant le légat, et cet homme usa de toute la cruauté habituelle à notre égard ».


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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 14:00

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SECTION II : LES PERSECUTIONS DU DEUXIEME SIECLE


1. Un groupe illicite mais, au fond, inoffensif


pc-copie-1.jpg En l’an 111, Pline le jeune, gouverneur de Bithynie, sur les bords de la Mer Noire, revenait d’une inspection de sa riche et peuplée province lorsqu’un incendie dévasta la capitale, Nicomédie. Beaucoup auraient pu être sauvés s’il y avait eu des pompiers.


Pline s’adresse alors à l’Empereur Trajan (98-117) : « C'est à vous, seigneur, à examiner s'il serait bon d'y établir une communauté de cent cinquante hommes (fabri) ; j'aurai soin que l'on n'en reçoive point qui ne soit de la qualité nécessaire et que l'on n'abuse point de cette institution; et il ne sera pas en effet difficile de contenir un aussi petit nombre ». Trajan lui répond en rejetant cette initiative : « N'oublions pas que cette province, et principalement les villes, ont été fort troublées par ces sortes de communautés. Quelque nom que nous leur donnions, quelque raison que nous ayons de former un corps de plusieurs personnes, il se fera des assemblées, quelque courtes qu'elles soient. Il est donc plus à propos de se munir de tout ce qui est nécessaire pour éteindre le feu, d'avertir les maîtres de maison d'y prendre soigneusement garde, et de se servir des premiers qui se présenteront, quand le besoin le demandera » (Livre 10, Lettres 42-43). La crainte des “hétairies” [nom grec donné aux “associations” (1)] l’emporta ainsi sur celle des incendies. Le phénomène était ancien. Les associations, de quelque nature qu’elles soient, qui se transformaient en groupes politiques avaient conduit César Auguste à interdire toute forme d’association en l’an 7 avant Jésus-Christ (2) : « Quiconque établit une association, sans autorisation spéciale, est passible des mêmes peines que ceux qui attaquent à main armée les lieux publics et les temples ». Cette loi était toujours en vigueur, mais les associations se développaient toujours : des bateliers de la Seine aux médecins d'Avenches, des marchands de vin de Lyon aux trompettistes de Lamesi, tous défendaient leurs intérêts en faisant pression sur les pouvoirs publics.


pline-jeune.gif Pline [image ci-jointe] ne tarda pas à appliquer l’interdiction des hétairies à un cas particulier qui lui fut présenté à l'automne 112. Les chrétiens étaient nombreux en Bithynie. Il s’agissait « d’un très grand nombre de personnes de tout âge, de tout ordre, de tout sexe (...). Ce mal contagieux n'a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes », écrit-il à l'Empereur. Il continue en disant avoir reçu des plaintes de fabricants d'amulettes religieuses, gênés par les chrétiens qui prêchaient l’inutilité de ces bibelots. Il avait institué une sorte de procédure pour bien établir les faits, et il avait découvert que les chrétiens « à un jour marqué, s'assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s'il eût été dieu ; qu'ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, ni d'adultère ; à ne point manquer à leur promesse ; à ne point nier un dépôt : qu'après cela ils avaient coutume de se séparer, et ensuite de se rassembler pour manger en commun des mets innocents ». Les chrétiens n'avaient pas abandonné ces réunions, même après l'édit du gouverneur qui insistait sur l'interdiction des hétairies.


Poursuivant sa lettre (10, 97), Pline rapporte à l’Empereur qu’il ne voit en toutes ces choses rien de mauvais. Cependant, le refus d’offrir de l’encens et du vin aux statues de l’Empereur lui semble un acte de raillerie sacrilège. Il parle de l’obstination de ces chrétiens comme d’un « entêtement de folie ».


Il résulte clairement de cette lettre que les accusations absurdes d’infanticide rituel et d’inceste ont cessé. Il reste celles du « refus d'adorer l'empereur » (et donc de crime de lèse-majesté), et de constitution d’hétairies. L'Empereur répondit : « Il n'est pas possible d'établir une forme certaine et générale dans cette sorte d'affaires (...) : s'ils sont accusés et convaincus, il les faut punir. Si pourtant l'accusé nie qu'il soit chrétien, et qu'il le prouve par sa conduite, je veux dire en invoquant les dieux, il faut pardonner à son repentir, de quelque soupçon qu'il ait été auparavant chargé » (Lettre 10, 98). En d'autres termes, Trajan encourage à fermer les yeux sur eux : ils sont un hétairie inoffensive comme les bateliers de la Seine et les marchands de vin de Lyon. Mais compte tenu de ce qu’ils pratiquent « une mauvaise superstition portée à l'excès » (ainsi en juge Pline et d’autres intellectuels de son temps, comme Epictète) et continuent de refuser le culte rendu à l'Empereur (et se considèrent, par conséquent, comme des “étrangers” à la vie civile), on ne peut pas tout accepter. S'ils sont convaincus d’être chrétiens, ils doivent être condamnés. Il énonce ainsi ce principe, quoique de manière moins abrupte : « Il est illicite d'être chrétiens ». Ont été victimes de cette période, avec certitude, Siméon, évêque de Jérusalem, crucifié à l'âge de 120 ans, et Ignace, évêque d'Antioche, emmené à Rome, comme citoyen romain, et exécuté. La même politique envers les chrétiens fut utilisée par les empereurs Hadrien (117-138) et Antonin le Pieux (138-161).

(à suivre)

__________

Notes

 

(1) Ndt : en latin : collegia.

(2) Ndt : Jules César avait lui-même pris une mesure identique, ainsi que le rapporte Suétone : « César fit dissoudre toutes les associations, hormis celles dont l'institution remontait aux premiers âges de Rome » (Vie des douze Césars, Jules César, 42).


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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 14:00

Par Primeroscristianos - Traduction Hermas.info

2. Néron et les chrétiens vus par l’intellectuel Tacite


pc-copie-1.jpg En l’année 64, un incendie dévasta dix des quatorze quartiers de Rome. L’Empereur Néron, accusé par le peuple d’en être l’auteur, en rejeta la faute sur les chrétiens. Ce fut alors le début de la première grande persécution, qui dura jusqu’en 68 et vit périr, notamment, les Apôtres Pierre et Paul.


Le grand historien Publius Cornelius Tacitus (Tacite) (540-120), sénateur et consul, écrivant au temps de l’Empereur Trajan ses Annales, décrit cet événement. Il reproche à Néron d’avoir accusé injustement les chrétiens, mais il se déclare convaincu de ce que ces derniers méritent les peines les plus sévères, parce que leurs superstitions les portent à commettre des actions infâmes. Il ne partage donc même pas la compassion que beaucoup éprouvèrent à les voir torturer. Voici la célèbre page de Tacite :


« (...) aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette superstition maléfique se répandait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain.


« On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en guise de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque, où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les coeurs s'ouvraient à la compassion, en pensant que ce n'était pas au bien public, mais à la cruauté d'un seul, qu'ils étaient immolés. » (Annales, L. 15, 44).


Les chrétiens étaient donc considérés, même par Tacite, comme une engeance méprisable, capables des crimes les plus odieux. Ces crimes les plus infâmes, qui leur étaient attribués, étaient l’infanticide rituel [comme si, lors du renouvellement de la Cène du Seigneur, où l’on s’alimentait de la sainte Eucharistie, un enfant était immolé et mangé] et l’inceste [travestissement manifeste du “baiser de paix” échangé au cours de la célébration de l’Eucharistie  « entre frères et soeurs »]. Ces accusations, nées des commérages de la racaille, furent validées par l’autorité de l’Empereur, qui fit poursuivre et condamner à mort les chrétiens. Depuis ce moment-là [Tacite nous en témoigne], les chrétiens se virent imputer un autre crime : la haine du genre humain. Pline le jeune († vers 114) écrira ironiquement que dès lors, sur le fondement d’une telle accusation, il n’est pas un homme qu’on ne puisse condamner à mort.

 

 

3. Accusés d’athéisme


Nous possédons peu d’informations sur la persécution dont souffrirent les chrétiens en l’an 89, sous l’Empereur Domitien († 96). Celle qu’apporte l’historien grec Dion Casius, préteur et consul à Rome, est de première importance. Dans le Livre 67 de son Histoire romaine, il affirme que sous le règne de Domitien furent condamnés « pour athéisme » (ateótes) le consul Flavius Clementius et sa femme Domitille et, avec eux, de nombreuses autres personnes qui « avaient adopté les usages judaïques ». L’accusation d’athéisme, à cette époque, est dirigée contre qui ne reconnaît pas à la majesté impériale la divinité suprême. Domitien, très dur restaurateur de l’autorité centrale, prétendait au culte le plus élevé à l’égard de sa personne, centre et garante de la « civilisation humaine ». Il est remarquable qu’un intellectuel comme Dion Casius qualifie « d’athéisme » le rejet du culte de l’Empereur. Cela signifie qu’aucune idée de Dieu n’est admise à Rome qui ne coïncide avec la majesté impériale. Celui qui s’en forme une idée différente est éliminé comme un grave danger pour la « civilisation humaine ».

(à suivre)

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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 14:00

Par Primeroscristianos - Traduction Hermas.info

SECTION I : LES PERSECUTIONS DU PREMIER SIECLE


1. Une superstition nouvelle et maléfique


pc-copie-1.jpg La première prise de position de l’Etat romain contre les chrétiens fut celle de l’Empereur Claude (41-54). Les historiens Suètone († vers 130) et Dion Casius († après 235) racontent qu’il fit expluser les juifs parce qu’ils étaient continuellement en litige entre eux à cause d’un certain Christos. « Nous serions ainsi en présence des premières réactions provoquées par le message chrétien dans la communauté de Rome », commente Karl Baus.


L’historien Caius Suetonius Tranquillus (Suètone), fonctionnaire impérial de haut rang sous les Empereurs Trajan et Adrien, intellectuel et conseiller de l’Empereur, justifiera cette intervention contre les chrétiens, ainsi que celles qui les suivirent, en définissant le christianisme par ces mots très forts : « Une superstition nouvelle et maléfique ».


En tant que superstition, le christianisme était ainsi rattaché à la magie. Pour les romains, celle-ci désignait un ensemble de pratiques irrationnelles auxquelles recouraient des mages et des sorciers sinistres pour abuser les gens ignorants, sans éducation philosophique. La magie, c’était l’irrationalité opposée à la raison, la connaissance vulgaire opposée à la connaissance philosophique. L’accusation de magie (comme celle de folie) était une arme dont se servait l’Etat romain pour accuser et contrôler des composantes douteuses de la société. Ainsi du christianisme.

Le terme maléfique (porteur de maux) alimentait la suspicion obtuse du peuple, qui voyait dans cette nouveauté (comme dans toute nouveauté) la source des délits les plus déplorables, et, par conséquent, la cause de tous les maux inexplicables qui se répandaient, de la peste aux inondations, de la famine à l’invasion des barbares.

(à suivre)

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Publié dans : Premiers chrétiens - Communauté : Nos amis les saints
Samedi 25 septembre 2010 6 25 /09 /Sep /2010 08:00

Par Primeroscristianos - Traduction Hermas.info

CHAPITRE IV: LES PERSECUTIONS


« Qui nous séparera de l'amour du Christ ? la tribulation, l'angoisse, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive ? » (Romains 8, 35).


pc-copie-1.jpg Tout au long de l’histoire de christianisme, de nombreux chrétiens ont souffert de persécutions de la part de non-chrétiens, qu’il s’agisse d’arrestations arbitraires, de mises en prison, de violences, de tortures ou d’exécutions. Ils ont aussi connu la confiscation ou la destruction de leurs biens, et ce que c’est que d’être l’objet de l’incitation à la haine.


Les chrétiens savent que Jésus avait annoncé lui-même que tel est le chemin de ceux qui le suivent : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive » (Luc 9, 23), car « le disciple n'est pas au-dessus du maître » (Matthieu 10, 24-25 ; Luc 6, 40).


1. Les persécutions juives


Le Nouveau Testament dit que les premiers chrétiens (à commencer par Jésus lui-même) subirent la persécution dirigée contre eux par les dirigeants juifs de l'époque. Ces derniers, y compris le grand prêtre Ananias - qui, cependant, les libéra par la suite - fit incarcérer Pierre et Jean (Actes 4, 1-21). Le Nouveau Testament raconte également la lapidation du premier martyr, saint Etienne, par des membres du Sanhédrin. Son exécution fut suivie d’une grande persécution. La raison la plus probable de celle-ci est que les juifs chrétiens prêchaient le retour imminent du Roi des Juifs et l'établissement de son royaume. Pour les romains, de tels propos étaient séditieux. Ils avaient accordé aux Juifs, à cette époque, une autonomie limitée. Les principales obligations des chefs juifs étaient de collecter l’impôt pour Rome et de maintenir l’ordre civil. Aussi les chefs juifs devaient-ils étouffer tout propos ou tout comportement séditieux. Lorsqu’ils y manquaient, ils étaient souvent envoyés à Rome pour y être jugés.


2. Les persécutions romaines


A mesure que le christianisme s’étendit, l'Eglise subit d'innombrables dommages de la part de l'Empire romain, depuis l’année 64, sous Néron, jusqu’à l’époque de Constantin, dans la deuxième décennie du 4ème siècle, surtout sous les Empereurs Néron, Domitien, Trajan, Marc-Aurèle, Septime Sévère, Maximin le Thrace, Dèce, Valérien, Aurélien et Dioclétien. Les persécutions romaines constituèrent une série de mesures destinées à limiter la propagation du christianisme ou, plus radicalement, à l’extirper de l'Empire. Ces persécutions conduisirent d'innombrables chrétiens - les martyrs - à mourir pour confesser leur foi.

(à suivre)

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