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Témoignages [Mgr Masson]

Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /Oct /2009 10:00

Par Mgr J. Masson

31 Octobre 1972

 

Nous arrivons à cette date-pivot qui marque un tournant important et décisif, pour Ecône, et pour l’Eglise.


Pour cette veille de la Toussaint, j’avais organisé avec le Chanoine Berthod, des Chanoines du Saint Bernard, professeur au séminaire d’Ecône, une journée dans la montagne. La journée se termina dans la panique, car nous avions été surpris par la neige, et avions perdu dans la nature le Père Thomas d’Aquin, bénédictin, lui aussi professeur à Ecône. Nous sommes rentrés au séminaire tout juste pour le repas du soir, préoccupés par son sort.

 

Mais ce qui nous préoccupa plus encore, ce fut de voir Monseigneur Lefebvre : lui qui avait toujours le sourire, était décomposé, abattu, écrasé par un poids qui semblait énorme. Il ne nous fit aucune demande sur le déroulement de la journée. Et, pendant que les autres responsables s’occupaient d’alerter la Protection Civile pour aller à la recherche du Père Thomas d’Aquin, je m’approchai de Monseigneur Lefebvre, pour lui demander discrètement ce qui se passait [Photo : l'excursion en montagne].

 

« L’Assemblée Plénière de la conférence des Evêques de France à Lourdes, a condamné notre séminaire comme SEMINAIRE SAUVAGE ! C’est ignoble ! Je m’en doutais, mais je n’osais pas y croire. Quand je pense que le Cardinal Marty m’a donné sa parole d’honneur de Président de la Conférence Episcopale que l’on ne parlerait pas d’Ecône à Lourdes !


« Un Cardinal ! se comporter ainsi ! Des Evêques, des Pasteurs, qui refusent le dialogue et condamnent sans savoir. Oui, c’est ignoble.

« Ils ont toujours été ignobles à mon égard.

« Ils veulent me détruire, et détruire l’Oeuvre que j’ai faite, alors que leurs séminaires se vident.

« Nous ne pouvons rien attendre d’eux.

« Désormais, je suis certain qu’ils feront tout, qu’ils emploieront tous les moyens pour nous détruire !

« Ils sont de mauvaise foi !

« Ils ne veulent pas voir la vérité en face !

« Ils n’auront aucun scrupule : avec eux, on peut s’attendre au pire. Je me souviens trop bien de leurs manoeuvres malhonnêtes lors du Concile, de leurs déclarations ambiguës, de leurs accusations contre ceux qu’ils considéraient comme des « attardés », les Cardinaux Ottaviani, Tisserand, moi-même, et bien d’autres…

« Mais je me défendrai, je défendrai mon Œuvre car je considère qu’elle est indispensable pour l’Eglise, devant la débâcle qui déferle sur les séminaires…, qui vide les églises, qui divise les fidèles, qui voient les prêtres défroquer, perdre le sens de leur sacerdoce.

« Je vous défendrai, je défendrai coûte que coûte les séminaristes qui veulent être de vrais prêtres, et qui s’adresseront à moi ».

 

Monseigneur Lefebvre informa la communauté des séminaristes de cette condamnation des Evêques de France, et les assura qu’il ne les abandonnerait jamais.

 

Journée tragique en vérité, et pleine de tristesse que fut la Fête de tous les Saints, même si le Père Thomas d’Aquin avait été retrouvé sain et sauf dans un « refuge » dans la montagne.

 

Une page venait de se tourner : plus rien ne serait désormais comme auparavant, et l’on ne pouvait rien espérer de l’Eglise de France. Mais Monseigneur Lefebvre était plus résolu que jamais : pour lui, « il fallait sauver l’Eglise, attaquée de l’intérieur, trompée par ses propres Pasteurs, devenus des « loups rapaces », préoccupés seulement de faire passer leurs propres idées, sans se demander  si elles correspondaient à la Volonté de Dieu, et étaient dans la ligne de la tradition de l’Eglise… Ils ont un esprit partisan. Je suis sûr qu’ils feront tout pour nous faire excommunier, moi du moins… Le Cardinal Marty ! Comment peut-son se comporter ainsi : un Prince de l’Eglise, un Membre du Sacré-Collège des Cardinaux ! Le Président de la Conférence Episcopale. C’est inouï ! Je croyais pourtant bien les connaître. Hélas, Pauvre Eglise, pauvre Eglise de France… Usquequo ? Oui, jusqu’où iront-ils ? »

 


Deux visites Episcopales à Ecône

 

Quelques semaines plus tard, à peine, l’Abbé Emmanuel du Chalard, séminariste à Ecône depuis sa fondation en 1970, me téléphone, un dimanche, à 14 heures, depuis la porterie : « Monsieur de Blois est là, et il voudrait parler avec le Directeur ». J’allais immédiatement à la rencontre de l’Evêque de Blois, Monseigneur Joseph Goupy. Il se rendait à Rome, et, étant de passage, il voulait connaître « de visu » ce séminaire dont on avait parlé à Lourdes.

 

Je lui fis visiter l’ancien bâtiment des Chanoines du Saint Bernard avec la chapelle d’origine, qui avaient servi pour la première année, puis l’aile de deux étages contenant les salles cours, puis le deuxième bâtiment qui comprenait les chambres des séminaristes, et, au dernier étage la chapelle, vaste, pouvant contenir une centaine de personnes, en attendant la Chapelle définitive [Photo : les deux nouveaux bâtiments du séminaire d'Ecône].

 


Dans mon bureau, j’ai répondu ensuite à ses nombreuses questions, fort pertinentes, questions d’une personne qui manifestait son intérêt et pas une simple curiosité. Il a pris connaissance du programme des différentes années, spiritualité, cours, règlement, composition du corps professoral, comprenant notamment le Père Spicq, éminent bibliste et le Père Mehrlé qui venaient chaque semaine de Fribourg où ils enseignaient à l’Université, pour assurer les cours d’Ecriture Sainte et de Théologie. Mgr Goupy exprima son désir de prier avec la communauté en assistant aux Vêpres solennelles chantées en grégorien.

 

Après les Vêpres, et avant de quitter le séminaire, nous avons continué notre conversation. Et Mgr Goupy me déclara tout simplement : « On est bien loin de tout ce qui a été raconté à Lourdes sur votre séminaire. J’ai vu ici le contraire de ce qui nous a été présenté. Et je le regrette profondément, tout comme je regrette que l’on ait refusé à Monseigneur Lefebvre de venir à Lourdes, où d’autres anciens Evêques résidentiels étaient présents. . Cela a été une erreur, et une injustice. Je tiens à vous le dire, et vous pourrez le dire à Monseigneur Lefebvre de ma part ». « Dites cela à Rome, où vous vous rendez », suggérais-je à Mgr Goupy au moment de son départ (Photo : la chapelle provisoire].

 

La visite de Monsieur de Blois fut suivie de peu par celle de Monseigneur de Bazelaire de Ruppierre. Ancien Archevêque de Chambéry, il avait renoncé à son Siège en 1996, et était alors âgé de 79 ans. Je l’avais déjà rencontré lors de ses passages à Nancy, car il était Lorrain d’origine, et avait été Supérieur fondateur du Grand Séminaire de l’Asnée en 1936.


En tant qu’ancien Archevêque résidentiel, il avait assisté à l’Assemblée Plénière de la Conférence Episcopale de Lourdes, et il était alors l’hôte pour quelques jours de Monseigneur Nestor Adam, Evêque de Sion, Diocèse où se trouvait le séminaire d’Ecône. Il avait parlé de l’affaire d’Ecône avec Monseigneur Adam, pour avoir des informations de première main. L’Evêque de Sion l’envoya à Ecône en lui disant qu’il aurait auprès de moi toutes les informations qu’il désirerait.


La réaction de Monseigneur de Bazelaire fut la même que celle de Monseigneur Goupy : « A Lourdes, on nous a dit tout le contraire de ce que vous me dites à propos des cours, de la formation humaine et spirituelle, de la mentalité, et de tout ce que je peux voir. On a présenté Monseigneur Lefebvre et son Séminaire comme résolument contraires et opposés au Concile, avec une fixation : la MESSE DE SAINT Pie V. Je ne comprends vraiment pas comment le Cardinal Marty a pu dire que la venue de Mgr Lefebvre à Lourdes était impossible et inopportune. Moi-même, j’étais présent, et dans la même situation que Monseigneur Lefebvre, avec voix consultative. Nous sommes bien loin de l’esprit de l’Evangile… J’ose dire que ce qui a été fait est malhonnête. Et je ne comprends pas non plus l’acharnement farouche des nombreux Evêques contre le fait de célébrer la Messe dite de Saint Pie V. En utilisant ce terme, ils manifestent déjà leur ignorance et leur parti pris, car la Messe dite de Saint Pie existait bien avant Saint Pie V, et certains font remonter nombre de ses éléments très près des temps apostoliques. »

 

« Et puis, pourquoi s’acharner contre cette Messe qui n’a jamais été formellement supprimée ?  Contre cette Messe que j’ai célébrée pendant des années ? Comme Archevêque, j’ai ordonné des dizaines de prêtres qui l’ont célébrée, et qui se sont sanctifiés. Comment pourrait-elle être devenue « mauvaise ». C’est du parti pris. Je suis vraiment désolé de la condamnation de votre Séminaire comme « Séminaire sauvage », car, au moment où l’on parle tellement d’œcuménisme, on se ferme à ceux qui veulent vivre leur foi comme l’ont vécue leurs ancêtres ou les prêtres qui les ont précédés, et on les rejette. C’est grave. C’est introduire une division dans l’Eglise. Il faudra certainement des années pour réparer cette erreur. D’après ce qui a été déclaré en Assemblée, et en schématisant, le Séminaire d’Ecône a été condamné principalement parce que les séminaristes y portent la soutane, mais surtout, SURTOUT parce que l’on y célèbre la Messe de Saint Pie V ! C’est insensé, absurde ! Car, dans ce cas tous nos séminaires ont été JUSQU’A PRESENT DES SEMINAIRES SAUVAGES ! ».

 

Monseigneur de Bazelaire, en bon Lorrain, disait franchement ce qu’il pensait, sans mâcher les mots, il avait son franc-parler, tout comme le Cardinal Tisserand « le vieux Barbu », ou encore « le Prince Eugène » comme il était appelé (cela dépendait de qui parlait de lui !), Lorrain lui aussi. J’ai remercié Monseigneur de Bazelaire pour ses paroles d’encouragement et de réconfort, et pour la Bénédiction qu’il voulait accorder à tous les séminaristes présents et à venir, en souhaitant qu’ils soient de bons et saints prêtres, et qu’ils viennent renforcer les rangs clairsemés du clergé en France.

 

JAMAIS… OU ALORS…

 

La condamnation du Séminaire d’Ecône comme « SEMINAIRE SAUVAGE » suscita un vif émoi dans ce qu’on appelle « le monde traditionnaliste », terme employé généralement au sens péjoratif : préconciliaire, anti-conciliaire, opposé au Pape, retardataires, vieux jeu, etc. Monseigneur Lefebvre reçut de nombreuses demandes de fidèles inquiets et bouleversés qui voulaient savoir ce qu’allait devenir la Fraternité et le Séminaire qu’il avait fondé. De nombreuses demandes aussi de jeunes, inquiets de voir se fermer le Séminaire auquel ils songeaient, et dans lequel ils pensaient entrer.

 

Aussi Monseigneur Lefebvre commença-t-il une tournée d’information en France, tout d’abord dans la région parisienne. A son retour, au cours d’une réunion du conseil des professeurs, il nous donna un compte-rendu détaillé de tous les contacts qu’il avait eus, des appuis qu’il avait reçus, des suggestions qui lui furent faites. Il y avait notamment cette crainte des fidèles concernant l’avenir de cette oeuvre, « si Monseigneur Lefebvre venait à disparaître » !

 

Le problème était réel, Monseigneur Lefebvre n’était plus tout jeune. Il nous dit : « De nombreuses parts, on me demande de consacrer un Evêque, pour assurer la continuité de mon Œuvre, et pour assurer les futures Ordinations Sacerdotales ».

 

Un grand silence tomba sur la salle… et dura un certain temps. Puis, Monseigneur Lefebvre déclara avec force : « CELA, JAMAIS ! »

 

Un nouveau silence, plus pesant encore, plus long, car nous étions suspendus à ses propos, sentant bien que le Prélat n’avait pas fini de parler. Et de fait Monseigneur, reprenant la parole, déclara, avec fermeté et avec résolution : « OU ALORS, IL FAUDRAIT QUE LES CHOSES AIENT BIEN CHANGE ! »

 

 Je ne pus me taire et lui dis d’une voix claire et ferme : « Monseigneur, JAMAIS, C’EST JAMAIS ! CAR ON POURRA TOUJOURS PRETENDRE QUE LES CHOSES ONT CHANGE ».

 

« In Nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti » : Monseigneur Lefebvre venait de mettre fin à la réunion du Conseil des Professeurs.

 

Dès ces paroles, j’avais compris que, désormais, les Evêques de France étaient parvenus à mettre Monseigneur Lefebvre sur la voie du schisme ; UN JOUR OU L’AUTRE, IL EN ARRIVERAIT LA, avec l’âge, et devant les menées inévitables des Evêques de France, à consacrer des Evêques pour lui succéder et continuer son oeuvre. Sous peu, je ne pouvais dire quand, ma place ne serait plus au Séminaire d’Ecône, pour rester dans l’Eglise Catholique. Je savais que je devrais quitter Ecône et la Fraternité, tout comme j’avais quitté la France, pour RESTER CATHOLIQUE.

 

Monseigneur Adam, l'Evêque de Sion, qui avait pourtant été si favorable à la fondation du séminaire, devait d'ailleurs me dire, à cette occasion : « J'étais heureux que vous soyez à Ecône, parce que c'était une garantie de fidélité à l'Eglise. Je suis content que vous en partiez maintenant, car vous ne pourrez empêcher le pire ».

(à suivre)

Mgr Jacques MASSON

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 12:00

Par Mgr J. Masson

LA MESSE, « puntum dolens »

 

On le voit, la Messe était bien le « puntum dolens » des Evêques de France, le point sur lequel ils ne manqueraient pas d’insister, confirmant ainsi les déclarations de Mgr Ménager, rapportées ci-dessus !

 

Je ne puis manquer à ce point, pour illustrer cet acharnement, au risque d’anticiper une fois encore, de citer trois témoignages significatifs qui montrent l’état d’esprit qui régnait alors chez nombre d’Evêques, et leur rejet systématique de l’attitude de Monseigneur Lefebvre, qu’ils considéraient comme étant une condamnation de ce qu’ils étaient parvenus à obtenir, par des moyens sur lesquels il y aurait beaucoup à dire : la réforme liturgique.

 

 

Le Cardinal Thiandoum

 

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Le Cardinal Thiandoum

 

              Vicaire général de Mgr Lefebvre alors Archevêque de Dakar, puis son successeur, à la demande même de ce dernier, Mgr Thiandoum vint en Suisse en 1971 pour se faire soigner. Il tint à venir passer deux jours au Séminaire Saint Pie X d’Ecône, où je le reçus, Mgr Lefebvre étant en voyage. Mgr Thiandoum n’était pas encore Cardinal. Mais il fut reçu avec tous les honneurs dus à son rang, et à l’affection profonde qui liaient l’Archevêque de Dakar à son prédécesseur. Il donna une conférence aux séminaristes, et demanda de pouvoir célébrer la Messe de communauté, le lendemain dimanche.

 

              Je lui fis remarquer que nous célébrions selon le rite de Saint Pie V. « Cela n’a aucune importance me répondit-il. J’ai été ordonné dans ce rite, j’ai célébré la Messe dans ce rite pendant des années, et des générations de prêtre se sont sanctifiés avec la Messe de Saint Pie V. D’ailleurs, la Messe de Saint Pie V n’est pas interdite, puisque le Concile lui-même a demandé que l’on conserve les rites centenaires ou immémoriaux, si je me souviens bien ».

 

              Puis de me dire : « Je vais vous faire une confidence : je serai heureux de célébrer selon le rite de mon ordination, mais je vous demande simplement de m’assister à l’autel pour éviter que je ne me trompe. Personnellement, je considère qu’elle exprime mieux que le Nouvel Ordo, la plénitude du Saint Sacrifice de la Messe ».

 

              « Vous ne savez certainement pas, poursuivit Monseigneur Thiandoum, que lorsque Monseigneur Bugnini a fait célébrer dans l’Aula du Synode des Evêques, « ad experimentum » son projet de Nouvelle Messe, le Nouvel Ordo, qu’il y a eu un RUGISSEMENT DE PROTESTATIONS de la part des Evêques présents. Et malgré cela, sans qu’il soit possible de comprendre comment il a pu s’y prendre, il parvint à faire prévaloir ses idées auprès du Pape Paul VI qui promulgua le NOVUS ORDO. Le Pape avait publié : Roma locuta est… Il ne nous restait plus qu’à obéir ! Mais personne n’en voulait de cette Messe REVOLUTIONNAIRE ». (sic !)


 

Le Père Louis Bouyer, de l’Oratoire


              Il a participé au concile Vatican II comme consulteur. Personnalité marquante du Mouvement liturgique (Le Mystère pascal, 1945) et promoteur de la réforme, il en dénonce violemment les déviations et les malfaçons dans les dérives postconciliaires (La Décomposition du catholicisme, 1968 ; Religieux et clercs contre Dieu, 1975) : « Ils ont alors en pratique substitué à la liturgie de l'Église et à la tradition vivante avec laquelle ils voulaient renouer une pseudo-liturgie quasiment fabriquée de toutes pièces (...) ». II fustige la perte du sens des origines, du sens du sacré, et le mépris des clercs pour les fidèles : « Même ce qu'il y avait de bon dans la réforme liturgique a été appliqué d'une manière qui ne l'était nullement. ». «  Jamais on n'a imposé aux laïcs d'une manière aussi impertinente la religion des prêtres ou leur absence de religion... ».

 

              Les séminaristes sortis d’Ecône, et les séminaristes qui ne sont pas entrés dans les séminaires en France, et moi-même, avons eu l’occasion de rencontrer le Père Bouyer, qui nous témoignait son affection, et son approbation pour la maintien de la liturgie tridentine.

 

              Lors d’une longue conversation, il nous raconta comment et pourquoi il avait donné sa démission de membre de la Commission chargée de la réforme liturgique :

 

              « J’ai écrit au Saint-Père, le Pape Paul VI, pour lui présenter ma démission de membre de la Commission chargée de la Réforme Liturgique. Le Saint-Père m’a convoqué immédiatement » :

 

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Le Pape Paul VI


Paul VI : - « Mon Père, vous êtes une autorité incontestable et incontestée par votre connaissance profonde de la liturgie et de la Tradition de l’Eglise, et un spécialiste en ce domaine. Je ne comprends pas pourquoi vous me présentez votre démission, alors que votre présence, est plus que précieuse, indispensable ! »

 

Père Bouyer : - « Très Saint-Père, si je suis un spécialiste en ce domaine je vous dirai très simplement que je démissionne parce que je ne suis pas d’accord avec les réformes que vous nous imposez ! Pourquoi ne tenez-vous pas compte des remarques que nous présentons, et pourquoi faites-vous le contraire ? ».

 

Paul VI : - « Mais je ne comprends pas : je n’impose rien, je n’ai jamais rien imposé dans ce domaine, je m’en remets entièrement à vos compétences et à vos propositions. C’est vous qui me présentez des propositions. Quand le Père Bugnini vient chez moi, il me déclare : Voici ce que demandent les experts. Et comme vous êtes des experts en cette matière, je m’en remets à vos jugements ».

 

Père Bouyer : - « Et pourtant, quand nous avons étudié une question, et avons choisi ce que nous pouvions vous proposer, en conscience, le Père Bugnini prenait notre texte, et, nous disait ensuite que, après Vous avoir consulté : Le Saint-Père désire que vous introduisiez ces changements dans la liturgie. Et comme je ne suis pas d’accord avec vos propositions, parce qu’elles sont en rupture avec la Tradition de l’Eglise, alors j’ai donné ma démission ».

 

Paul VI : - « Mais pas du tout, mon Père, croyez-moi , le Père Bugnini me dit exactement le contraire: jamais je n’ai refusé une seule de vos propositions. Le Père Bugnini venait me trouver et me disait : "Les experts de la Commission chargée de la Réforme Liturgique ont demandé cela et cela". Et comme je ne suis pas spécialiste en Liturgie, je vous le répète, je m’en suis toujours remis à vous. Jamais je n’ai dit cela à Monseigneur Bugnini. J’ai été trompé, Le Père Bugnini m’a trompé et vous a trompés ».

 

Père Bouyer : - « Voilà mes chers amis, comment s’est faite la réforme liturgique ! ».

 

              Très peu de temps après cet entretien, Mgr Bugnini était nommé Pro-Nonce en Iran. Mais la Réforme de 1969 et le Novus Ordo étaient passés… et la Messe de Saint Pie V « interdite », ainsi que le prétendaient notamment des Evêques de France ! Ce qui précise et complète les données sur le départ de Mgr Bugnini, faites par Son Excellence Mgr Piero Marini, ancien Maître des Cérémonies Pontificales, dans son ouvrage Cérémoniaires des Papes (Bayard, 2007, pages 40-42).

 

 

Le Cardinal Jacques Martin

 

Pope John Paul II creates his Prefect a Cardinal

Le Pape Jean Paul II remet la barrette Cardinalice au Cardinal Jacques Martin,1986

 

              Mgr Jacques Martin, avant d’être nommé Cardinal avait été de longues années Préfet de la Préfecture Pontificale, chargé des audiences du Saint-Père. Je l’avais rencontré à la Préfecture du Palais Apostolique quelques semaines après mon arrivée à Rome, au mois de novembre 1974. Tout de suite, il s’était intéressé avec cœur à notre cause, et, pour éviter que nous ne restions isolés, il nous avait adressés à l’église de la Trinité des Monts, dont le Recteur était Mgr Jean-François Arrighi.

 

             Mgr Martin a suivi de très près nos « aventures ». Et je dois dire qu’il m’a honoré de son amitié. Je faisais partie des « 3 Jacques » : le Grand, le Moyen, le Petit. Le « Grand », c’était bien sûr Mgr Jacques Martin ; le « Moyen » était le Père Jacques Lahache, français, bénédictin, rédacteur français à l’Union Pontificale Missionnaire (une des quatre Œuvres Pontificales Missionnaires). Le « petit », c’était votre serviteur, devenu rédacteur français à l’Agence Fides à Propaganda Fide. Nous avions en commun le même Patron, saint Jacques le Majeur, fêté le 25 juillet.

 

              Mgr Martin est venu à plusieurs reprises déjeuner chez moi, en compagnie de sa sœur. Homme de grand culture, c’était un enchantement de l’entendre parler, évoquer ses souvenirs, nous raconter son service auprès du Successeur de Pierre, tout en maintenant une grande discrétion.

 

              Nous avons abordé à plusieurs reprises les questions touchant à la réforme liturgique, notamment à propos des problèmes d’Ecône, de la célébration de la Messe de Saint Pie V, les problèmes des séminaristes venus d’Ecône, ou à venir, de la situation dans le séminaires, en France notamment. Il s’est toujours gardé de porter un jugement sur le bien fondé ou non du maintien par Mgr Lefebvre de la liturgie tridentine, mais il reconnaissait qu’il la préférait, il ne s’en cachait pas.

 

            Un jour, il me raconta une anecdote (j’ai su par la suite qu’il l’avait racontée aussi à Mgr Arrighi).

 

Le Lundi de Pentecôte de 1970, Mgr Martin attendait l’arrivée du Pape Paul VI pour la célébration de Sa Messe quotidienne.

 

Arrivé dans la sacristie, le Saint-Père, voyant les ornements verts, déclare à Mgr Martin :

 

Paul VI : - « Mais ce sont les ornements rouges, car c’est le Lundi de Pentecôte et l’Octave de Pentecôte »

 

Mgr Martin, très embarrassé : - « Mmmmm, Très Saint-Père, il n’y a plus d’Octave de la Pentecôte ! »

 

Paul VI : - « Comment ? Il n’y a plus d’Octave de la Pentecôte ? Et depuis quand ? Et qui en a décidé ainsi ? ».

 

Mgr Martin, très, très embarrassé : - « Très Saint-Père, Mmmmmm, l’Octave de Pentecôte n’existe plus : c’est Vous qui avez signé sa suppression ! »

 

Paul VI : - « Non, Je n’ai rien signé de ce genre. Alors, j’ai été trahi. Comme le Christ. Vraiment, la fumée de Satan est entrée dans l’Eglise. Mais « portae inferi non praevalebunt ».

 

(Note : le Pape Paul VI reprendra cette phrase dans son homélie du 29 juin 1972, en ces termes : « La fumée de Satan est entrée dans le Peuple de Dieu »).

(à suivre)

Mgr J. MASSON

 

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 09:30

Par Mgr J. Masson
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L'Equipe de Hermas.info



Lettre de protestation de Monseigneur Marcel Lefebvre au Cardinal Marty

 

Fraternité Sacerdotale Saint Pie X                                                        + Ecône le 17 octobre 1972

50 Route de la Vignettaz

1700 FRIBOURG

Tél. 037 / 24 51 91

 

              Eminence,

 

              Par les voies du Secrétariat de l’Episcopat j’ai reçu une photocopie de la lettre que vous m’adressez concernant ma présence à Lourdes. J’avoue ma surprise, car je croyais jusqu’alors que les règlements de la Conférence prévoyaient la présence des Archevêques et Evêques autrefois résidentiels en France, à l’occasion de la Session Annuelle, et ce avec voix consultative et non délibérative.


              Il est possible que je fasse erreur ou que les règlements aient été modifiés. Sinon, il s’agirait d’une grave injustice.


              Mon intention était, je crois, légitime et très claire : sachant qu’une attitude de l’Episcopat devait être prise vis-à-vis de mon Œuvre qui, d’ailleurs n’en dépend aucunement, persuadé que beaucoup d’Evêques de France ont été mal informés par un rapport calomnieux et mensonger de Monsieur l’Abbé Clerc, mon premier collaborateur, il me semblait souhaitable qu’avant de porter un jugement, ils soient dûment informés. Je me présentais donc fraternellement à eux. Rien n’est odieux comme de juger d’une cause dont on n’est  pas chargé et dont on est mal informé.


              Je m’abstiens donc de venir à Lourdes si ma présence est « inopportune » et « impossible ». Mais si une injustice est commise à l’égard de mon Œuvre, qui est aussi, je l’espère, celle de Dieu et de l’Eglise, je n’hésiterai pas à répondre sur le terrain sur lequel elle serait attaquée, refusant de laisser attaquer impunément et injustement d’une manière publique les jeunes aspirants au sacerdoce qui me font confiance, français et non-français.


              Pour votre information, je vous remets ci-joint une copie de la Lettre d’approbation du Cardinal Wright pour ma Fraternité Sacerdotale. J’ai pris soin, par ce même courrier, de la transmettre à tous les Evêques de France, puisque vous me demandez de ne pas les rencontrer à Lourdes.


              Veuillez agréer, Eminence, l’expression de mes sentiments respectueux et fraternels en N.S. et N.D.

+ Marcel Lefebvre

Ancien Archevêque-Evêque de Tulle

(la photocopie de l’original se trouve dans mes archives)



Quelques jours plus tard, je me trouvais dans la bureau de Monseigneur Lefebvre pour parler des problèmes du Séminaire, des études, des élèves et faire le point surs les travaux de construction.

 

Le téléphone sonne. LE CARDINAL MARTY au bout du fil. Mgr Lefebvre me fait signe de prendre l’écouteur. C’est bien le Cardinal Marty, reconnaissable entre mille par son accent. Je prends des notes !

 

 

Cardinal Marty : - « Excellence, j’ai reçu votre lettre, et c’est de cela que je veux vous parler pour que tout soit bien clair entre nous. Je dois vous parler clairement et franchement. Si je vous ai dit que votre venue était inopportune et impossible, ce n’est pas en raison d’un changement dans les Statuts de la Conférence Episcopale.


« Vraiment, votre venue à Lourdes pourrait être cause d’un scandale, car je vois mal les Evêques de France accueillir parmi eux, un de leurs confrères qui est en désobéissance avec Rome, en refusant d’accepter la Nouvelle Messe promulguée par le Pape Paul VI, en conformité aux désirs du Concile Vatican II. Et donc, votre visite est impossible, car cela donnerait l’impression que les Evêques de France cautionnent votre désobéissance ».

 

Monseigneur Lefebvre : - « Je vous remercie Eminence d’avoir eu la délicatesse de m’appeler directement. Mais je tiens à vous préciser que la Messe de Saint Pie V n’a jamais été interdite, même si le Novus Ordo a été étendu à l’Eglise Catholique [NdR : On sait que ce point a définitivement été clarifié par le Pape Benoît XVI]. De plus, je me permets respectueusement de vous faire remarquer que le Novus Ordo ne correspond pas à des désirs exprimés au Concile Vatican II. Si mes souvenirs sont exacts, et ils le sont – je cite de mémoire bien sûr – le Concile prévoyait le maintien des différents rites existant dans l’Eglise Catholique, et donc, nécessairement le rite tridentin ».

 

Cardinal Marty : - « Mais en maintenant unilatéralement la Messe de Saint Pie V dans votre séminaire et dans votre Fraternité, vous introduisez un élément de division dans l’Eglise, en faisant coexister deux rites, dont l’un est officiellement promu par le Pape, Successeur de Pierre ».

 

Monseigneur Lefebvre : - « Eminence, vous êtes en train de m’accuser de diviser l’Eglise, à propos de la célébration de la Messe tridentine, alors que des personnalités éminentes, comme le Cardinal Ottaviani ont émis des doutes sur l’opportunité de cette innovation. Et c’est de cela aussi que j’aurais aimé parler à Lourdes, surtout après les rapports mensongers publiés sur mon séminaire et sur la Fraternité Saint Pie X ».

 

« Si ma présence est inopportune et impossible, pourquoi la présence de chrétiens non-catholiques qui ne croient pas dans le Saint Sacrifice de la Messe, qui ne célèbrent donc pas le Nouvel Ordo promulgué par le Pape Paul VI, n’est-elle pas plus inopportune encore et plus impossible ? Ne serais-je pas, ou plus, un Evêque Catholique ? Il me semble que c’est la conclusion que je dois tirer de vos affirmations. Et je m’élève vivement contre cette injustice ».

 

 « C’était pour vous, Eminence, comme pour tous mes confrères dans l’Episcopat, l’occasion de lever des équivoques, de mettre fin à des affirmations mensongères, de parler entre « frères dans l’épiscopat ». Je vois qu’il n’en est rien, et que l’attitude de l’Episcopat français à mon égard n’a pas changé depuis l’Assemblée des Archevêques et Evêques de France ».

 

« Je me sens blessé profondément dans ma fonction d’Evêque et de Successeur des Apôtres, et considéré comme un élément schismatique et hérétique ».

 

Cardinal Marty : - « Excusez-moi, Excellence, ce n’est pas exactement ce que j’ai voulu dire. Mais le problème de la Messe demeure : il introduit un élément grave de division chez les fidèles et dans l’Eglise. Et je vois difficilement comment cette question aurait pu être abordée à Lourdes sans susciter des polémiques enflammées de la part des Evêques de France. Nous ne pouvons donner au monde le spectacle d’une telle division. Je reconnais que c’est une question délicate dont il faudrait parler plus longuement, et notamment avec les Dicastères Romains compétents ».

 

« C’est pourquoi, pour éviter que des jugements erronés puissent être portés sur le Séminaire d’Ecône et sur la Fraternité Saint Pie X, qui vous amènerait, comme vous me l’écrivez à répondre en vous plaçant sur le même terrain, pour défendre vos séminaristes français et non-français, JE VOUS DONNE MA PAROLE D’HONNEUR DE PRESIDENT DE LA CONFERENCE ESPISCOPALE DE FRANCE QUE L’ON NE PARLERA PAS D’ECONE ET DE LA FRATERNITE SAINT PIE X A LOURDES ».

 

« Et je vous invite même, quand vous serez de passage à Paris, à venir partager mon repas, ce qui nous permettra de parler sereinement de toutes ces questions, sans soulever de polémique, pour faire ensemble le point, et nous efforcer de trouver une solution équitable au problème qui vous tient à cœur, la formation dans les séminaires, mais aussi la question délicate et épineuse de la Messe ».

 

Monseigneur Lefebvre « Je vous remercie Eminence de ces dernières paroles, et je suis rassuré par la promesse que vous venez de me faire. Soyez assuré que, de mon côté, je veillerai à traiter cette question du rite de la Messe avec les Dicastères compétents à Rome. Mais je tiens tout de même à terminer en vous faisant remarquer, Eminence, que ni Monseigneur Adam, ni Monseigneur Charrière, ni même le Cardinal Journet, n’ont fait d’objection sur le maintien dans mon Séminaire et dans ma Fraternité, du rite dit de Saint Pie V ».


« Soyez assuré de mes sentiments fraternels dans le Christ et Notre-Dame ».

 

(à suivre)

Mgr J. MASSON

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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 08:13

Par Mgr J. Masson

LE « TOURNANT » DE 1972 

 

En effet, dans le courant du mois d’octobre 1972, je reçois une lettre de Mgr François Fretellière, Evêque Auxiliaire de Bordeaux, et Président de la Commission pour les Vocations de la Conférence Episcopale. Il m’écrivait ceci (retranscrit d’après l’original, archives personnelles) :

Lettre de Mgr Fretellière à Monsieur l’Abbé Masson

Mgr François FRETELLIERE Bordeaux le 30 septembre 1972

Evêque Auxiliaire de Bordeaux

24, Boulevard Pierre I er

33 BORDEAUX

CODE POSTAL 33000

 

Monsieur l’Abbé MASSON

Supérieur du Séminaire ECONE

1908  RIDDES ( Suisse)

 

Mon Père,

 

Vous savez sans doute que nous devons à Lourdes discuter des problèmes des Séminaires. Je m’attends à ce qu’on me demande une information sur le Séminaire d’Ecône : ses effectifs, ses orientations.


Je ne voudrais pas être indiscret, mais dans le mesure où vous seriez susceptible de me donner quelques indications, je vous en serais reconnaissant.


Voyez dans cette lettre simplement le désir d’avoir une information de première main. J’aime mieux aller directement aux sources, et vous dire loyalement le but de ma demande.


Veuillez agréer, mon Père, l’expression de mon respect.

 

Mgr. F. FRETELLIERE


Je montre aussitôt la lettre à Mgr Lefebvre qui l’accueille avec joie et grande espérance, et me demande de préparer une réponse en donnant les informations demandées, et d’informer Mgr Fretellière qu’il se rendra en personne à Lourdes, en tant que membre « consultatif » (comme ancien Archevêque-Evêque de Tulle) pour répondre personnellement aux questions que pourraient lui poser ses Confrères, et leur donner toutes les précisions désirées. Je fis lire ma réponse à Mgr Lefebvre qui me donna son accord.


Voici ma réponse à Son Excellence Mgr Fretellière (retranscrit d’après copie papier carbone, archives personnelles)

 


Réponse de Monsieur l’Abbé Masson à Monseigneur Fretellière

Séminaire International Saint Pier X 7 octobre 1972

1908 Ecône-Riddes

Valais-Suisse

  Monsieur l’Abbé Jacques Masson

Directeur du Séminaire

Monseigneur F. Fretellière

Bordeaux

 

Monseigneur,

 

Je réponds sans tarder à votre lettre du 30 septembre dernier. Je comprends très bien le sens de votre démarche, qui est le désir d’avoir une information de première main sur notre Séminaire. Il est vrai que l’on colporte facilement un certain nombre d’informations qui peuvent être soit inexactes, ou manquer de précision. Je vous dirai tout simplement, pour commencer, que je suis simplement Directeur du Séminaire Saint Pie X, dont le Supérieur est Monseigneur Lefebvre. Néanmoins, je vous donnerai quelques renseignements succincts, laissant toutefois le soin à Monseigneur Lefebvre lui-même de vous donner un complément d’information. Son intention est d’être présent à la Conférence Episcopale à Lourdes ; vous pourrez alors lui demander tous les renseignements que vous jugerez utiles.


Pour bien situer notre Œuvre , je vous donne un bref aperçu de ses origines. En 1969, Monseigneur Lefebvre, encouragé par l’Evêque de Fribourg, et sollicité par un groupe de neuf séminaristes, créa un foyer d’étudiants pour l’Université de Fribourg. Au cours de cette année, se précisa chez Monseigneur et les étudiants, l’idée d’une Fraternité à l’image des Missions Etrangère ; et, en même temps apparut la nécessité d’une Année de Formation Spirituelle comme préparation à l’entrée dans cette Fraternité.


En 1970 sont donc fondées, et la Fraternité érigée canoniquement, et l’Année de Spiritualité fixée dans le Diocèse de Sion, avec les encouragements de Monseigneur Adam. En 1971, devant le nombre des demandes d’entrée dans la Fraternité, la maison de formation spirituelle dans le Valais, devient le Séminaire International Saint Pie X, sur les conseils aussi de Son Eminence le Cardinal Journet, et l’autorisation de Monseigneur Adam. A Fribourg, demeureront ceux qui poursuivent les licences. La Fraternité Sacerdotale Saint Pie X étant internationale, le Séminaire Saint Pie X l’est aussi. Les Congrégations Romaines ont été tenues au courant de la fondation de la Fraternité ; et le Cardinal Wright, Préfet pour la Congrégation du Clergé nous a fortement encouragés et approuvés. Monseigneur Lefebvre a prévenu personnellement Mgr Garronne de la fondation du Séminaire de la Fraternité. Et Monseigneur Adam, Président de la Conférence Episcopale Suisse, Délégué au Synode a tenu à voir personnellement le Cardinal Garronne, pour lui dire ce qu’il pensait du Séminaire. Le Cardinal l’a chargé des veiller sur la marche et le développement de la Maison. Monseigneur Adam a fait régulièrement les visites canoniques, et envoyé les rapports nécessaires à la Congrégation des Séminaires.


Les effectifs : Il y a 30 anciens, dont 4 prêtres, et 26 séminaristes ; 6 se trouvent à Fribourg, 24 à Ecône ; 33 nouveaux pour cette année. Les proportions se répartissent de la sorte : 75% de Français, 25% de non-Français.


Orientations : Les orientations du Séminaire sont celles de l’Eglise et de la « Ratio Fundamentalis ». Le Séminaire est précédé d’une année de formation spirituelle permettant de former à la spiritualité, l’Ecriture Sainte et la Liturgie ; temps également de réflexion et d’approfondissement de la vocation ; temps enfin de probation avant l’entrée dans la Fraternité. Pendant les cinq années d’études, et suivant les demandes de Rome, nous nous efforçons de donner une solide formation doctrinale thomiste. Formation à la piété surtout, par le Saint Sacrifice de la Messe et la Liturgie, par le chant grégorien. Formation pastorale également par un grand zèle missionnaire pour le salut des âmes (les membres de la Fraternité n’étant pas attachés à un ministère particulier, pourront être appelés à des ministères divers), par l’esprit de prière, par l’esprit de Foi, par l’amour de la Sainte Eglise et du Saint-Père ; par les Exercices Spirituels ; par des « exercices pratiques » au cours des vacances, et dans la paroisse de Riddes, et dans des paroisses en France ou à l’étranger pour les non-Français, des camps, des colonies de vacances, etc.


Voilà, très brièvement, Monseigneur, quelques renseignements, brefs, mais qui pourront vous donner une idée au moins de l’historique de la fondation, des effectifs, et en général des orientations de notre Séminaire. Monseigneur Lefebvre pourra compléter sur tous les points que vous pourrez éventuellement lui demander de compléter , à Lourdes.


Dans l’espoir d’avoir répondu, même brièvement, à ce que vous attendiez de moi, je vous prie de croire, Monseigneur, en mes sentiments les plus respectueux et en mes prières à vos intentions.


Abbé Jacques Masson, directeur


La réaction de l’Episcopat français ne tarda pas, par une lettre du Cardinal François Marty, Archevêque de Paris, et Président de la Conférence Episcopale adressée à Monseigneur Lefebvre. Monseigneur Lefebvre m’a montré immédiatement cette lettre « injuste et ignoble », me dit-il, car le Cardinal déclarait à Monseigneur Lefebvre que « sa visite était inopportune et impossible » !


Cardinal F. Marty

« Inopportune et impossible ». Le premier terme, « inopportune », manifestait, pour Monseigneur Lefebvre, l’attitude résolument hostile des Evêques de France, leur refus de nouer tout dialogue avec lui, le rejet total de son œuvre considérée a priori comme une « condamnation de leur orientation pastorale », et en tout premier le rejet de sa propre personne.


Ce dernier point ne l’étonnait pas du tout, car cette attitude n’était pas nouvelle. Monseigneur Lefebvre me rappela alors ce qu’il m’avait déjà raconté, l’opposition de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France, à son nomination à un Archevêché, à son départ de l’Archevêché de Dakar. Et il me montra la copie d’une lettre, que lui avait donnée une personnalité amie, de haut rang, dont je tairai le nom par discrétion : cette lettre, adressée au Gouvernement Français, émanait de l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques qui demandait au Gouvernement de tout faire auprès du Vatican pour empêcher que Monseigneur Lefebvre soit nommé Archevêque en France : car il était un personnage dangereux, non seulement par ses positions intégristes, mais surtout par ses positions politiques d’extrême-droite et colonialiste. Je n’ai pas de copie de cette lettre, mais je l’ai lue ! Il fut nommé à l’Evêché de Tulle.

 

Le deuxième terme, « impossible » était un prétexte : Monseigneur Lefebvre n’étant pas Evêque résidentiel, ne pouvait certes pas participer activement aux débats. Monseigneur Lefebvre me dit : « Ils sont de mauvaise foi, car s’il est vrai que seuls les Evêques résidentiels peuvent participer à l’Assemblée à titre délibératif, il est vrai également que les anciens Evêques et Archevêques, peuvent eux aussi y assister, à titre consultatif, si on leur demande leur avis sur une ou plusieurs questions. Et c’est à ce titre que je voulais aller à Lourdes, pour répondre aux questions éventuelles sur notre Séminaire ».

 

« Mais ils disent que ma présence est inopportune et impossible, alors qu’il y a des « auditeurs » invités, d’autres Confessions chrétiennes non-catholiques, et même des laïcs. Ils montrent ainsi leur mauvaise foi, leur acharnement aveugle, et, tout prêchant l’oecuménisme, et en parlant de l’Unité de l’Eglise, ils refusent de parler avec un Evêque Catholique ! Ils montrent bien ce qu’ils sont, et ils feront tout pour déclarer que nous ne sommes plus Catholiques ».

 

Et Monseigneur Lefebvre de conclure : « L’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France a changé de structure et est devenue la Conférence Episcopale de France. Mais Leur opposition farouche à mon égard n’a pas changé ! Je crois que nous ne pouvons rien attendre d’eux : ils feront tout pour nous détruire ». Et il en fut ainsi.

 

Monseigneur Lefebvre écrivit alors la lettre suivante à tous les Evêques de France, résidentiels et non résidentiels, qui devaient participer à l’Assemblée à Lourdes de la Conférence Episcopale Française :


Lettre de Monseigneur Marcel Lefebvre à tous les Evêques de l’Assemblée de Lourdes

Voici le texte de la transcription de la lettre manuscrite, donc écrite et signée de la main même de Monseigneur Lefebvre, et dont je possède l’original (archives personnelles) ; cette Lettre fut envoyée à tous les Cardinaux, Archevêques et Evêques de France, en photocopie. L’original n’a pas été envoyé, ce pourquoi il est dans mes archives. C’est un texte INEDIT que « Hermas » présente à ses lecteurs au nom de la Vérité dans la Charité.

 

Fraternité Sacerdotale Saint Pie X + Ecône le 16 octobre 1972

50 Route de la Vignettaz

1700 FRIBOURG

Tél. 037 / 24 51 91

 

Cher Monseigneur,

 

Son Excellence Monseigneur L’Auxiliaire de Bordeaux nous a demandé des informations au sujet de notre Œuvre et du Séminaire d’Ecône en Valais, afin de présenter à ce sujet un rapport à la Conférence Episcopale qui doit commencer ses sessions le 23 octobre.


Nous lui avons répondu en lui donnant quelques informations, et en l’avertissant que je serai présent à ces sessions, persuadé que j’étais membre de droit de l’Assemblée avec voix consultative comme ancien Archevêque-Evêque de Tulle, ce qui est désormais mon titre officiel donné par le Saint-Siège.


J’ai prévenu le Secrétariat de la Rue du Bac, et ai écrit à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Paris pour lui faire part de mon intention qui était de pouvoir dialoguer et éclaircir des malentendus ou de fausses informations. Cela me semblait plus normal et plus fraternel. Je n’avais aucune arrière pensée.


Or, vous trouverez ci-joint la réponse à ma lettre de Son Eminence : ma présence serait ni opportune ni possible !...


Je n’insiste pas, mais, sachant que des informations tendancieuses et même un rapport calomnieux vous ont été communiqués, pour prévenir tout jugement injuste et non fondé de votre part, je tiens à vous faire savoir que ma Fondation est tout à fait canonique, vous pouvez en juger par la Lettre encourageante du Cardinal Wright, et peut-être aussi par le fait que le Saint-Père m’a envoyé par sa Nonciature de Rome une Lettre de Bénédiction, il y a 8 semaines, à l’occasion de mon 25ème anniversaire d’épiscopat.


Son Excellence Monseigneur l’Evêque de Sion a envoyé une lettre au Saint-Siège, très favorable ; les témoignages pourraient-ils avoir lieu si mon Œuvre n’était pas régulière et canonique ?, si, comme on s’est plu à le dire mensongèrement, mon Séminaire était un séminaire marginal et sauvage. Quelle est la Société qui n’a pas sa Maison de Formation de ses sujets ? Or, la Société que j’ai fondée est à l’image de la Société des Missions Etrangères, mais destinée à tous les ministères sacerdotaux et en tous lieux où nous serons appelés par les Ordinaires des lieux. Le but est pleinement conforme au voeu exprimé par le Concile.


La formation et l’orientation spirituelle et doctrinale est conforme à la « Ratio Fundamentalis » de la S.C. pour l’Education Chrétienne.


Quant à l’adaptation pastorale, il suffit de constater avec quel empressement nos séminaristes sont demandés pour la direction de colonies de vacances, soit en Suisse, soit en France. Les familles manifestent chaleureusement leur confiance et leur satisfaction. Les fidèles ont un grand désir de trouver des hommes de Dieu qui montrent leur foi et la mettent en pratique.


J’ose espérer, cher Monseigneur, que votre appréciation de notre Œuvre de la Fraternité Sacerdotale Internationale Saint Pie X ne se laissera pas influencer par des propos calomnieux, mais sera semblable à celle de notre Evêque Monseigneur Adam et de Son Eminence le Cardinal Wright.


Regrettant de ne pouvoir vous rencontrer à Lourdes, je vous prie de croire à mon respectueux et fraternel dévouement en N.S. et N.D.

 

+ Marcel Lefebvre

Ancien Archevêque-Evêque de Tulle


DOCUMENTS JOINTS EN ANNEXE aux Evêques


+ ÉVÉCHÉ + DE LAUSANNE GENEVE ET + FRIBOURG +

 

DÉCRET D'ÉRECTION DE LA «FRATERNITÉ SACERDOTALE INTERNATIONALE SAINT PIE X»

 

Etant donné les encouragements exprimés par le Concile Vatican II, dans le décret "Optatum totius", concernant les Séminaires internationaux et la répartition du clergé;

 

Etant donné la nécessité urgente de la formation de prêtres zélés et généreux conformément aux directives du décret suscité;

 

Constatant que les statuts de la Fraternité Sacerdotale correspondent bien à ces buts:

 

Nous, François Charrière, Evêque de Lausanne, Genève et Fribourg, le Saint Nom de Dieu invoqué, et toutes prescriptions canoniques observées, décrétons ce qui suit:

 

Nous implorons les Bénédictions divines sur cette Fraternité Sacerdotale afin qu'elle atteigne son but principal qui est la formation de saints Prêtres.

 

Fait à Fribourg, en notre Evêché le 1er novembre 1970 en la fête de la Toussaint.

 

+ François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg

 

 

SACRA CONGREGATIO PRO CHIERICIS Romae, die 18 februarii 1971

Prot. N. 133515/1.

 

(in respcnso hic numerus referatur)

 

Exc. Me Domine,

 

Magno cum gaudio litteras tuas recepi, quibus Excelientia Tua notitias et statuta Operæ vulgo dictæ : "Fraternité Sacerdotale" mihi nota fecit.

Ut Excellentia tua exponit, Associatio, cura ejusdem Excellentiæ tuæ ab Episcopo Friburgensi D.no Francisco Charrière adprobata die 1 novembris 1970, iam fines evasit nationis Helveticæ, et plurimi Ordinarii ex diversis orbis partibus, ipsam laudant et adprobant. Hæc omnia et speciatim sapientes normæ, qulbus Opera informatur et regitur, bene sperare faciunt de eadem associatione.

Ex parte igitur huius Sacræ Congregationis, quod attinet, "Fraternitas Sacerdotalis" multum conferre poterit ad finem adipiscendum Consilii, in hoc S. Dicastero constituti, pro Cleri in mundo distributione.

Omni quo par est obsequio me profiteor

 

Excellentiæ Tuæ Rev.mæ

addictissimum in Domino

 

J. Card. Wright Praef.

 

Exc.mo ac Rev.mo Domino

D.no Marcello LEFEBVRE,

Archiepiscopo tit. de Synnada in Phrygia

 

Via Casalmonferrato, n. 33, ROMAE


(La photocopie de ces documents, et de la deuxième Lettre d’approbation et d’encouragement du Cardinal Wright à Mgr Lefebvre se trouvent dans mes archives)

 

 

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Lundi 28 septembre 2009 1 28 /09 /Sep /2009 08:55

Par Mgr J. Masson
Je peux revenir à présent à mon point de départ

 

Au mois de juillet 1971, Mgr Ménager me demande de venir parler avec lui à propos de cette Maison de Spiritualité. L’entretien fut houleux, pas de ma part. Je répondis aux questions de Mgr Ménager ; Je lui montrais le document d’encouragement signé par le Cardinal Wright, alors Préfet de la Congrégation pour le Clergé, le Décret d’Erection de la Fraternité Saint Pie X par Mgr Charrière, l’accord donné par Mgr Adam, Evêque de Sion, le lendemain de Noël 1970, pour la construction d’un séminaire à Ecône.

 

Mgr Ménager commença à prendre des notes pour rédiger un rapport à transmettre aux Evêques de France : « Si vous prenez des notes, lui dis-je, je ne dis plus un mot ; je ne subis pas un interrogatoire ! ». En hurlant, et en martelant son bureau avec le classeur qu’il avait en mains et sur lequel il voulait prendre des notes : il hurla » : « Je prendrai des notes si je veux ! et ce n’est pas vous qui m’en empêcherez. Si j’avais su, je ne vous aurais pas ordonné prêtre ». « C’est trop tard », lui dis-je, alors qu’il reposait le classeur sur le bureau. C’est amusant, cocasse, délassant même, de voir un Prélat perdre ainsi le contrôle !

 

Mais, le pire était à venir. Mgr Ménager me déclara, en perdant de nouveau tout contrôle et en hurlant, debout, le bras tendu en avant, menaçant : 


« Mgr Lefebvre est un intégriste, il a tout fait pour saboter le Concile. Il dit qu’il est fidèle au Pape, mais il désobéit à Paul VI : il refuse de célébrer la Nouvelle Messe. Eh bien ! on verra jusqu’où ira sa fidélité au Pape : Nous ferons interdire la Messe de Saint Pie V par le Pape Paul VI : OU BIEN IL OBEIRA AU PAPE EN DISANT LA NOUVELLE MESSE, OU BIEN NOUS LE POUSSERONS AU SCHISME ! ».

 

            A ce point de la conversation, je me levais avec calme, et dis simplement à Monseigneur Ménager : « Excellence, l’entretien est terminé ! ». Et je repris la route de Nancy.

 

 

NOUS LE POUSSERONS AU SCHISME

 

            J’en arrive à présent où je voulais en arriver ! Le lecteur comprendra aisément qu’il était nécessaire d’être au courant de tout ce qui a précédé (un bref résumé !) pour comprendre ce qui s’est passé dans la tête de Mgr Lefebvre, et quel a été le moment, et surtout quelles ont été les raisons qui l’ont amené à changer la bonne orientation du départet à en arriver à la consécration de quatre Evêques.

 

Il faut savoir ces choses pour comprendre où sont les responsabilités : VERITAS IN CARITATE. VERITAS : Je juge que c’est pour moi un devoir d’expliquer ce changement, car, Monseigneur Lefebvre étant décédé, je suis à présent le SEUL à avoir été un témoin actif, un protagoniste de certaines choses non connues. Et la VERITAS est nécessaire pour éviter de donner toute la faute à un seul, et de lui faire porter toute la responsabilité d’un schisme qui divise toujours l’Eglise et fait souffrir beaucoup de bons catholiques fidèles à leur foi, à l’Eglise au Saint-Père ! IN CARITATE, car je m’abstiens de porter quelque jugement que ce soit. Les faits, c’est tout ! Ils parlent d’eux-mêmes.

 

            L’Année de Spiritualité commença fin septembre 1970, avec 11 élèves. La Fraternité Saint Pie X fut érigée le 1° novembre par Mgr Charrière Evêque de Fribourg. Et, le lendemain de Noël 1970, Mgr Lefebvre, convaincu par le Cardinal Journet, demanda à Mgr Adam, Evêque de Sion, de pouvoir construire le séminaire de la Fraternité Saint Pie X à Ecône. Mgr Nestor Adam donna son accord, malgré ce qui a été prétendu par certains : je voyais Mgr Adam tous les 15 jours, pour faire le point, car il tenait à suivre la marche de la Fraternité, et suivre les projets de construction du Séminaire, ce qui me confirmait l’accord qu’il avait donné.

 

 

Mgr Lefebvre et Mgr Adam, Evêque de Sion, à Ecône, 1971

 

A la demande du Cardinal Garrone, en 1972, Mgr Adam rédigea un Rapport Canonique sur le Séminaire Saint Pie X, et me demanda de l’aider à réaliser ce document dans lequel il déclarait notamment : « Le séminaire Saint Pie X est probablement le seul au monde qui respecte la Ratio Fundamentalis promulguée par la Congrégation pour les Séminaires ». Pour lui, le Séminaire d’Ecône « était une pluie de roses dans son Diocèse » (sic !)

 

            La nouvelle de cette Fondation fit grand bruit dans la Presse (Paris-Match vint même faire un reportage direct à Ecône, qui fut bien fait, je dois le dire, grâce à un compromis auquel j’étais parvenu sur les termes et les photos à publier !), et les demandes affluèrent à Ecône pour l’Année de Spiritualité : les travaux de construction du futur Séminaire commencèrent sans tarder et à un rythme soutenu.

 

 

Bénédiction de la première pierre des nouveaux bâtiments du Séminaire d’Ecône

 

Les 11 jeunes de l’Année de Spiritualité commencèrent ainsi leur première année du « cycle de philosophie » en octobre 1971. Ils avaient pris la soutane dès leur arrivée à Ecône, le 1° novembre 1980, Solennité de la Toussaint.

 

 

 

1° Novembre 1970 : première prise de soutane des séminaristes d’Ecône

 

Pour la rentrée d’octobre 1972, plus de 50 demandes arrivèrent à Mgr Lefebvre. Certes, le danger était de voir arriver tous les « rossignols » de la chrétienté, tous ceux qui avaient été chassés de leur séminaire, et qui se présentaient comme victimes de leur fidélité à la Tradition, et tous les extrémistes, « sedevacantistes » (ceux qui déclarent que le Siège de Pierre est vide, sans Pape donc, depuis la mort de Jean XXIII), et autres. Un choix judicieux et impitoyable s’imposait donc !

 

            J’ai survolé volontairement ces deux années, qu’il serait intéressant de présenter (je l’ai déjà rédigé, mais ce serait trop long… Patience !), car cette année 1972 est d’une importance capitale pour l’avenir d’Ecône, et pour l’Eglise ! Que le lecteur lise avec soin les lettres qui vont suivre, car elles sont inédites, et les faits ne sont pas connnus ! (Même à Ecône probablement !). C’est toute « La clef du mystère du schisme d’Ecône »

(à suivre)

Mgr J. Masson

 

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 16:00

Par Mgr J. Masson
Et les séminaristes de Meaux qui ne voulaient pas des séminaires français ?

           Fin novembre 1969, Bruno Dufour, séminariste en terminale au Séminaire Sainte-Marie de Meaux, vient me trouver à Nemours : « L’Abbé, l’an prochain, je veux entrer au grand séminaire : mais Saint Sulpice est exclu, et n’importe quel autre séminaire en France ! Trouvez-moi un BON séminaire ! »C’était chercher l’épingle dans un tas de foin, « mission impossible » ! J’ai alors pensé à l’Abbé Luc Lefèvre, de « la Pensée Catholique », qui avait complété ma formation sacerdotale quand j’étais séminariste à Saint-Sulpice, et m’avait aussi permis de survivre (J’ai eu trois « Lefebvre » dans ma vie : le supérieur du séminaire de Nancy, l’Abbé Luc Lefèvre, et Mgr Marcel Lefebvre). Une visite à Paris au mois de décembre : l’Abbé Luc Lefèvre me dit : « Mgr Marcel Lefebvre est en train de préparer quelque chose. Je ne puis vous donner plus de détails, car tout n’est pas encore au point. Revenez vers Pâques, et je vous donnerai toutes les informations. Dites à votre séminariste d’être confiant : tout s’arrangera pour lui, et pour les autres ensuite ». J’ai repris contact avec l’Abbé Lefèvre au moment de Pâques, et il m’a conseillé de m’adresser directement à Monseigneur Lefebvre, car une solution était en vue. Chose dite, chose faite : je prends un rendez-vous avec Monseigneur Marcel Lefebvre, et je le rencontre Rue Lhomond à Paris.


Je le connaissais de nom et de réputation, et j’avais même, depuis le Concile, sa photo dans mon portefeuille ! A Saint-Sulpice j’avais entendu dire des tas et des tas de choses à son sujet : un extrémiste, de droite bien sûr, un « intégriste », un « exalté », un « tribun ». Je vis un homme simple, en soutane, la Croix pectorale accrochée comme il est normal de le faire, l’anneau au doigt. Une voix douce, un peu timide, chaleureuse, accueillante, bienveillante. Je dois dire que je fus quelque peu « déçu » par ce premier contact ! Je m’attendais à voir un homme plus « énergique ». Non ! Très calme, posé, réfléchi, délicat. Nous avons fait un tour d’horizon complet de la situation, pour nous connaître tout d’abord, pour voir les problèmes qui se posent aux jeunes qui veulent entrer au séminaire - dans quel séminaire ? – et le la situation générale dans l’Eglise, en France tout particulièrement.


Puis, Mgr Lefebvre me fit part de son projet d’ouverture d’une Année de Spiritualité, préalable au cycle d’études du séminaire. Il avait reçu plusieurs demandes de jeunes, et il avait déjà une maison en Suisse, dans le Valais, ancienne propriété des Chanoines du Saint Bernard, et les pourparlers étaient bien avancés pour obtenir la fondation d’une Fraternité, avec Mgr Charrière Evêque de Fribourg en Suisse, favorable aux projets de Mgr Lefebvre. Il avait déjà une Maison à Fribourg, rue de la Vignettaz, où se trouvaient quelques séminaristes qui étudiaient à la Faculté de Fribourg, l’Abbé Tissier de Mallerais, l’abbé Jean-Yves Cottard, l’Abbé Paul Aulagnier, et peut-être un autre , je ne me souviens plus.


           Mgr Lefebvre avait l’intention d’envoyer les séminaristes à Fribourg, après leur année de Spiritualité à Ecône. Mais le Cardinal Journet le lui déconseillait, car, à son avis, tous les séminaristes ne sont pas nécessairement en mesure de poursuivre des études universitaires. Aussi il conseillait-il  à Mgr Lefebvre d’ouvrir son propre séminaire, à Ecône même, le séminaire de la Fraternité Sant Pie X que Mgr Charrière a reconnue en date du 1° novembre 1970. Le Cardinal Journet pensait que Mgr Adam, Evêque de Sion ne s’y opposerait pas. Mais on n’en était pas encore là.


Un problème préoccupait Mgr Lefebvre et il s’en est ouvert à, moi à trois reprises au cours de notre entretien : il devait trouver des prêtres, jeunes, bien formés, sûrs, pour encadrer dès le mois de septembre l’Année de Spiritualité, et assurer les Cours.


Dès la première fois, j’ai compris que Monseigneur Lefebvre me lançait un appel discret pour me joindre à lui : « J’ai besoin de jeunes prêtres, qui portent la soutane, qui sont bien formés, catholiques, qui ont su résister à la vague moderniste ». Mais je n’ai pas réagi. La conversation s’est poursuivie, intéressante, profonde, amicale, détendue, affectueuse même ; Mgr Lefebvre se « détendait » petit à petit, et s’ouvrait.

 

Il revint un deuxième fois sur le besoin de prêtres pour cette Année de Spiritualité. Je n’ai pas réagi. Quelque temps passe encore, la conversation portant sur les questions qui nous tenaient à cœur, et sur nos différentes expériences, lui, comme grand missionnaire, puis Archevêque de Dakar et Délégué Apostolique pour toute l’Afrique francophone. Il me parla de sa démission du Siège de Dakar pour permettre l’indigénisation du clergé, et laisser la place à un prêtre qu’il avait formé et qui avait été son Vicaire Général, Mgr Hyacinthe Thiandoum, qui lui succéda, de fait, et fut nommé Cardinal, et lui resta très attaché, j’ai eu l’occasion de m’en rendre compte puisqu’il vint même à Ecône, et c’est moi qui l’ai reçu et lui ai fait célébrer la Messe de Saint Pie V ; et il fut  fidèle jusqu’aux derniers moments, dans son affection et sa reconnaissance envers Mgr Lefebvre.


Puis Mgr Lefebvre, se laissant aller à des confidences, m’expliqua comment il avait été nommé Evêque de Tulle [avec le titre personnel d’Archevêque, qu’il était], parce que l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France avait refusé (déjà !) qu’on lui confiât un Archevêché en France. Il me parla de sa nomination comme Supérieur de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, et pourquoi il avait donné sa démission : « Il m’était impossible de continuer, car la majorité des Pères refusait d’obéir au Supérieur Général, à mes consignes, à mes demandes, à mes ordres ».


          Monseigneur Lefebvre revint une troisième fois sur la question des prêtres pour l’Année de Spiritualité, en ajoutant cette petite phrase : « J’ai besoin de jeunes prêtres, qui portent la soutane, qui sont bien formés, catholiques, qui ont sur résister à la vague moderniste… comme vous par exemple ! ».


          Je lui dis alors sans hésiter : - « Monseigneur, vous embauchez ? »  - « Bien sûr », me répond-il. - « Alors, je suis votre homme, si vous voulez de moi ». - « Comment donc, je vous connais de réputation par l’abbé Luc Lefèvre, ce que vous avez souffert et subi, comment vous avez réagi, votre fidélité à l’Eglise et au Saint-Père, et je serais très heureux de vous avoir comme collaborateur ! Mais il y a un problème : votre Evêque ! ».


Je lui répondis : « Ce n’est pas un problème, je m’en charge, avec l’aide du Ciel et de Saint Michel. De toute façon, je ne voulais plus rester en France, car la vie y est impossible, et ma santé s’en ressent beaucoup. C’est une lutte continue. Cet argument suffit : je veux m’en aller pour des raisons de santé, et pour rester catholique ! ». « Je vais prier pour que Dieu vous écoute, et que votre Evêque vous laisse libre ». Et nous nous quittons avec une accolade pleine d’affection et de confiance, et de reconnaissance à la Providence

          

          C’est vrai, ma santé se ressentait de ces années de persécution, de lutte, de mise à l’écart, de rejet (le tout fait de « manière chrétienne » bien sûr !). Et puis, la goutte qui avait fait déborder le vase, était la distribution de la Sainte Communion dans la main. Voir distribuer le saintes Hosties dans la main des fidèles, souvent inconscients de ce qu’ils faisaient, de QUI ils recevaient, me remuait les entrailles ! Pour moi, c’était inconcevable, un problème de conscience, en vertu du respect dû aux Saintes Espèces, aux fragments qui se détachaient des hosties  [je le savais par expérience] ! J’étais objecteur de conscience sur cette question.


On disait alors que, pour les fidèles c’était un « DROIT » et que le prêtre devait s’y plier par obéissance ! L’obéissance à sens unique, quand je voyais toutes les fantaisies liturgiques, avec l’arrivé du Nouvel Ordo, tout qui « passait par-dessus bord ».J’avais eu, dans ma jeunesse une autre formation, catholique, dans une paroisse de campagne, de 1.200 habitants, où le prêtre nous avait donné, m’avait donné le respect le plus grand pour le Saint Sacrement, pour le Sainte Eucharistie, pour l’Hostie, reçue à genoux. Non, il ne m’était pas possible de faire comme Clovis et de « brûler ce que j’avais adoré ».

 

L’avenir m’a conforté dans cette attitude, puisque le Saint-Père actuel, le Pape Benoît XVI a repris la distribution de la Sainte Communion à genoux et dans la bouche, et a fait préciser par Mgr Guido Marini le Maître des Cérémonies Pontificales, dans l’Osservatore Romano de fin juin 2009, que la distribution de la Communion dans la main n’était pas un droit, mais un « indult »  et que restait en vigueur la manière traditionnelle.


            J’allais alors consulter le médecin qui me soignait pour mes problèmes de santé, conséquence de la vie que je menais. Il me fit un certificat médical demandant pour moi un changement de ministère, dans un climat sain (!), et de préférence dans une région à l’air pur (!), une région montagneuse par exemple, comme la Suisse (!), trois ans de changement au moins. Il n’avait pas menti. C’était la vérité. Personne ne peut imaginer le « climat » dans lequel devait vivre un prêtre « catholique », qui n’avait rien à voir avec l’intégrisme dont on l’accusait : j’avais entendu ce mot pour la première fois en arrivant à Saint-Sulpice, et je ne savais pas même sa signification. J’ai appris depuis à la connaître ! Et je puis dire que je suis bien loin d’être un intégriste ! Un prêtre catholique, OUI, fidèle à l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique… ET ROMAINE.


            J’ai rencontré ensuite Monseigneur Ménager. Je lui ai fait part de mon désir de m’éloigner pour un certain temps, pour changer de « milieu », pour retrouver un peu plus de tranquillité, de sérénité, et, tout d’abord, pour me reposer physiquement et mentalement, pour rétablir ma santé, sans me couper pour autant du ministère pastoral. Et je lui ai donné le certificat médical. Il se demandait quelle solution j’allais pouvoir trouver : « Faites-moi confiance, la Providence saura bien me guider ». Il me donna son accord, en me demandant de le tenir au courant. La conversation avait duré deux heures : je lui avais parlé de la Suisse, d’une Maison des Chanoines du Saint Bernard qui auraient besoin d’un prêtre pour la formation spirituelle de jeunes (je ne mentais pas, restriction mentale), sans prononcer le nom de Mgr Lefebvre. Il me donnait trois ans de « congé », renouvelable, par accord tacite.


            Et c’est ainsi que je me suis retrouvé en Suisse, dans un climat sain, à l’air pur, dans une région montagneuse, le Valais, à Ecône dans le diocèse de Sion, dans une Maison des Chanoines du Saint Bernard, au mois de septembre 1970, pour m’occuper de la formation spirituelle de jeunes qui pensaient au sacerdoce, avec l’accord de mon Evêque, que je tins informé petit à petit de la tournure que prenaient les choses, et de mon intention d’entrer, avec sa permission, dans la Fraternité Saint Pie X, érigée le 1° novembre 1970 avec l’accord de Mgr Charrière. La Providence avait pourvu. Je ne pouvais en douter.

 

 

La première Maison des Chanoines du Saint Bernard

           

J’avais revu Monseigneur Lefebvre à Fontgombault à la fin du mois d’août précédant la rentrée, pour préparer l’Année de Spiritualité, avec les deux autres prêtres qui seraient mes confères, l’Abbé Maurice Gottlieb, et l’Abbé Claude Michel.

 

 

Abbé Michel, Abbé Masson, Abbé Gottlieb , les trois prêtres de l’Année de Spiritualité


Le Père Abbé Dom Roy, et le Maître des Novices se joignirent à nous pour toutes nos réunions de travail, et leurs conseils furent des plus précieux. Je me souviens d’une « boutade » du Père Abbé, du conseil qu’il nous donnait ainsi, et de l’analyse judicieuse qu’il avait faite de la situation du clergé, en France du moins : « On commence par enlever la barrette, et on se retrouve marié ! ».



© photo Philippe Poydenot


Au moment de nous quitter, Monseigneur Lefebvre me prend à part et m’annonce qu’il avait décidé de me nommer Directeur de cette Maison de Spiritualité ! J’étais à cent lieues de m’attendre à cette décision, car il connaissait les deux autres prêtres depuis longtemps, les ayant connus au Séminaire Français de Rome, au moment du Concile. Confus, je lui demandais sa Bénédiction pour mener à bien cette tâche importante, et je le remerciais de sa confiance. Il était heureux car il ne croyait pas que mon Evêque m’aurait laissé partir : « c’est providentiel » me dit-il. (à suivre)

 

Mgr J. Masson

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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /Sep /2009 08:00

Par Mgr J. Masson

Pour cette visite du Pape Jean Paul II à Sainte Croix en Jérusalem, des amis m’avaient donné la consigne suivante : « Dites simplement au Saint-Père : J’ai été le premier Supérieur du Séminaire d’Ecône ».


Le Saint-Père sort de la sacristie, et me trouve devant lui, avec les séminaristes qui m’entourent. Je lui dis le « Mot magique » : « J’ai été le premier Supérieur d’Ecône » :

 

 

« J’ai été le premier Supérieur d’Ecône »

(Le Saint-Père, avec l'auteur. Derrière : Mgr Jacques Martin)

 

Le Saint-Père s’arrête alors, me pose un flot de questions. Puis il fait le tour des séminaristes pour les interroger sur leur situation et préciser mes dires.

 

 

Le Saint-Père interroge les séminaristes

 

Puis le Saint-Père revient vers moi. Il me dit : - « Et vous, quelle est votre situation ». - « Mon Evêque refuse de me donner un ministère dans le diocèse ». - « Qui est votre Evêque ? ». - « L’Evêque de Meaux ». Monseigneur Jacques Martin (futur Cardinal Jacques Martin) intervient alors : - « Le diocèse de Bossuet Très Saint-Père ! Ce que l’Abbé Masson vous dit est vrai, car je le suis depuis son arrivée à Rome ».

 

« Et vous, quelle est votre situation ? »


Le Saint-Père alors de se tourner vers le Cardinal Ugo Poletti, son Vicaire Général pour le Diocèse de Rome, et lui dit : - « Faites incardiner Monsieur l’Abbé Masson dans le Diocèse de Rome. Il a fait un long chemin, et il a assez souffert ! ». Puis, se tournant vers moi, il me dit, avec un grand sourire, plein de malice, d’affection et de « complicité » : « Comme cela vous échapperez à la tyrannie des Evêques de France ! » (sic !)


Parole de Pape.

 

[Je ferme la parenthèse]


*

*    *

 

Devant le refus de Mgr Kuehn de me donner un ministère je lui ai proposé de me laisser reprendre les études en théologie. Après une longue discussion sur les différentes Universités, j’obtins de venir à Rome.


Et c’est ainsi que je me retrouvais à Rome, guidé, je le crois, par la Providence. Mais, les séminaristes qui étaient partis avec moi, en même temps que moi ? Il y eut des contacts entre l’Evêque de Meaux, et Monseigneur Bernard, Evêque de Nancy. Il y eut même une réunion pour étudier cette question, avec les deux Evêques, les séminaristes, et des parents dans les Vosges, au Valtin, dans une maison, propriété de Mgr Kuehn. Beaucoup de promesses furent faites, des engagements à respecter la « sensibilité spirituelle » de ces jeunes, de reconnaître leurs études à Ecône, le port de la soutane, de les faire accepter au Séminaire Français de Rome, etc. C’était prometteur, c’était PROMIS.


Mais, il y avait d’autres Evêques en France. Dont Mgr Vilnet, alors Evêque de Saint Dié [qui avait eu Mgr Kuehn comme Vicaire Général], et qui déclara [Monseigneur Kuehn, en personne, m’a rapporté ses paroles début septembre 1974] : « La France n’a pas besoin de prêtres pieux et traditionnalistes. Il faut les envoyer au Vietnam qui est encore un Pays pieux » (sic !).

 

MgrVilnet


Tout ce qui avait été promis au Valtin, fut renié, quelques jours avant la rentrée universitaire, la rentrée au Séminaire Français : pas de reconnaissance des études faites, pas de soutane ni même de clergyman, une année de « mise à l’essai » pour « remettre ces jeunes dans la voie droite », les « désintoxiquer » [« un palier de désintoxication » déclara un jour Mgr Etchegaray, lors d’un repas-entretien à la Trinité des Monts avec Mgr Arrighi, pour étudier le problème des séminaristes venus d’Ecône, et ceux qui ne voulaient ni d’Ecône, ni des séminaires de France]. Mais la Providence veillait sur ces jeunes, et une solution serait trouvée. Peut-être en parlerai-je plus tard…


Non, un prêtre « catholique » ne pouvait pas rester en France sans y perdre sa santé, sa sérénité ! Mais les séminaristes qui étaient encore au petit séminaire de Meaux ? J’y arrive, tout doucement, tout comme au titre donné à ces « Souvenirs » ou « Mémoires » (à suivre).


Mgr J. Masson

 

 

 

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Mercredi 23 septembre 2009 3 23 /09 /Sep /2009 15:58

Par Mgr J. Masson

La paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours


Saint-Jean Baptiste de Nemours

 

 

            Bref, au mois de septembre je me retrouvais comme vicaire à la paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours : une très belle Basilique gothique. J’étais chargé notamment de l’aumônerie du Lycée mixte qui accueillait plus de mille élèves. Inutile de dire le désarroi des séminaristes de Sainte-Marie ! Mais ils ont maintenu le contact, malgré la distance, et sont venus me voir régulièrement. Ce qui explique la suite.

 

            Les paroissiens de Nemours m’ont très bien accueilli, et, très vite, des réunions de prière (avec récitation du chapelet), se sont multipliées dans des familles qui se regroupaient pour cela. Avant de prendre contact avec le Lycée, la rentrée n’était pas encore faite, j’ai reçu une visite inattendue : mon prédécesseur. Il était tout simplement venu me donner un « conseil fraternel » en me sommant de me mettre en civil, « sinon j’allais détruire tout le travail qu’il avait fait pendant des années au lycée ». Je lui ai demandé « fraternellement » de bien vouloir s’en aller, et de s’occuper de ses affaires.

 

            Première journée au Lycée : j’étais arrivé un peu avant l’heure dans la salle de classe qui m’était attribuée. L’heure tournait, et personne ne venait. Je pris mon chapelet et commençais à prier. Une fille d’une quinzaine d’année arrive et me déclare sans ambages : « Voilà, je vais être franche avec vous. Je viens en ambassade, envoyée par mes copains et copines. Si vous me ‘plaisez’, tous viendront. Sinon, personne ne se déplacera ».

 

            Je la fis asseoir, et nous avons parlé très simplement. Au bout d’une demi-heure, elle me dit : « Vous me plaisez, vous êtes ouvert, sympathique, ON viendra, toutes les classes viendront ! ». Les cours ont alors commencé, avec une affluence croissante. J’ai jugé qu’il était plus judicieux de leur demander de me poser les questions qui les préoccupaient, qui les intéressaient. Et nous avons eu de bonnes conversations, au cours desquelles j’ai pu me rendre compte ( déjà !) de leur ignorance religieuse complète !

 

            La glace a vite été brisée. J’attendais une question qui vint au bout de deux mois : « Pourquoi portez-vous la soutane ? ». C’était évident. J’ai expliqué. Et voici ce que me répondit la jeune fille qui était venue en ambassadrice : « Mon Père, vous nous plaisez, et vous n’êtes pas ce qu’on nous avait dit de vous. Le précédent aumônier nous avait averti qu’il allait être changé, et que son successeur serait un prêtre en soutane, aux idées arriérées, et qu’il serait bon de boycotter’ ses cours, de ne pas y assister, pour lui donner une leçon. On a vu que ce qu’il nous avait dit de vous n’était pas vrai, et, je dois vous dire que tous mes copains et copines sont contents de la manière dont vous leur présentez la religion, de la manière avec laquelle vous répondez aux questions que nous nous posons dans notre vie. Vous êtes un prêtre moderne et qui croit à ce qu’il fait. Vous nous plaisez ! ». Je n’en revenais pas !

 

Paroles de jeunes !

 

Au mois de mai 1969, il y eut un sursaut du mois de mai 1968 : le Lycée était fermé, bloqué par un piquet de grève composé d’étudiants et d’élèves. Je suis allé quand même au lycée, en garant ma voiture à l’extérieur. Devant le piquet, l’un me dit : « Nous sommes en grève, il n’y a pas de cours ». Je lui réponds : « Je ne fais pas de cours, je parle de religion, de Dieu, et je ne suis pas payé pour cela ! ». « Oui, c’est vrai, répond un autre : laisse-le entrer, lui, ce n’est pas pareil ! » Et j’ai fait cours, la seule salle de classe éclairée, des jeunes grévistes ayant même quitté le piquet de grève pour venir assister au « cours ». Un groupe de surveillance de la grève, voyant une salle de cours éclairée, se présente pour faire respecter l’ordre de grève : « Oh, excusez-vous ! Vous, ce n’est pas pareil. Et surtout, ne partez pas, car après cette heure de cours, c’est notre tour ! ».

 

            Quelques semaines auparavant, en revenant du Lycée, j’avais eu une surprise. Sur le palier, devant la porte de mon appartement au presbytère, quelqu’un m’attendait. C’était Mgr Ménager, l’Evêque ! Il était venu tout exprès de Meaux, en 2 CV pour me voir, pour me parler. Je le fis entrer. Mais, avant de commencer notre conversation, je lui dis : « Monseigneur, je dois tout d’abord vous poser une question : entre vous et le Père Lherbier, il y a un menteur : l’un qui m’a dit que j’allais être changé, et l’autre qui m’a dit qu’il n’en était pas question ? Qui est le menteur ? ».

 

« C’est vrai, me dit Mgr Ménager : je ne voulais pas vous changer, et j’ai eu tort de céder aux pressions de certains prêtres de Sainte-Marie, et le Père Lherbier aussi, c’est un faible, vous le connaissez bien. Vous y faisiez du bon travail. Selon ce que je vous avais demandé !. Vraiment je regrette ! ». Je lui demande alors la raison de sa visite qui m’honorait. Il me fit part de sa grande préoccupation à propos de mon ministère auprès des jeunes… parce que je continuais à porter la soutane. N’y avaient-il pas d’autres problèmes plus importants dans le Diocèse, au petit séminaire déjà ? Faire 200 kms aller et retour pour cela !

 

            La Providence est bonne : j’avais trouvé les cahiers de présence aux cours de religion, laissés par mon prédécesseur. J’avais préparé moi aussi un cahier des présences. Il y avait deux courbes opposées. L’une, descendante, tous au long des mois. L’autre ascendante, en augmentation régulière, avec une participation jamais atteinte par mon prédécesseur. Devant ces faits indéniables, Mgr Ménager ne sut que me répondre : « Je vous fais confiance, mais soyez prudent ! ».

 

Parole d’Evêque.

 

            Le Clergé du Doyenné : Je dois être bref, là aussi, car on pourrait écrire un roman, un drame plutôt. Un exemple suffit pour montrer l’accueil dont j’ai été l’objet de la part de mes « confères » dans le Sacerdoce. Il y avait chaque mois un réunion de Doyenné, le Doyen étant le Curé de ma paroisse. Puis, nous nous retrouvions au restaurant pour un dîner « amical ». Au cours du deuxième dîner, donc peu de temps après mon arrivée, le prêtres d’une paroisse voisine me dit, à table, devant tout le monde : « Tant que tu auras la soutane, la porte de mon presbytère t’est fermée ». je lui répondis : « Sois tranquille, je ne veux pas prendre ton virus progressiste ! ». Un autre renchérit, et j’ai honte pour lui, aujourd’hui encore, et il me dit en haussant la voix : « Quand je te vois habillé avec ta robe, habillé en femme, j’ai envie de coucher avec toi ! ».

Un grand silence ! Je réponds à haute voix : « Tu es un beau salaud et un gros porc ! ». Puis, je me suis levé, et suis parti.. Je n’ai plus jamais assisté à aucune de leurs réunions. Le Doyen ne m’a jamais parlé ensuite de cet incident. Je me suis dit : « Qui ne dit mot, consent ».

 

            Le Séminaire de Saint-Sulpice, le Petit-Séminaire Sainte Marie de Meaux, le ministère pastoral à la paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours présentaient un point commun, que je ressentais de plus en plus vivement au plus profond de moi-même. La « théologie nouvelle » présentée par les prêtres dans les catéchismes et dans les homélies, la célébration des Saints Mystères, la perte du sens du sacré, de la nécessité de la Confession, la perte progressive et uniformément accélérée de la conscience de la nature du prêtre et du Sacerdoce, sa « laïcisation » complète par le passage de la soutane au clergyman qui n’a été qu’une étape très brève vers l’habit civil, le « sens nouveau » de la Messe, considérée comme une Assemblée, un repas fraternel, avec l’introduction de la Sainte Communion dans la main surtout, la perte, voire même le mépris des dévotions habituelles de la vie chrétienne, comme l’Adoration du Saint-Sacrement, les Processions, la récitation du Chapelet, le Mois de Marie, le Mois de Saint Joseph, le Mois du Sacré-Cœur, le Mois du Rosaire, le Chemin de Croix : en bref, tout ce qui avait sanctifié les générations et les générations qui nous précédés, tout cela était « jeté aux orties ». C’était prendre à la lettre l’Ecriture qui dit « Et voilà que je fais toutes choses nouvelles ».

 

            Ce que je ressentais, en conséquence, c’était que, pour un prêtre « catholique », il n’était pas possible, il n’était plus possible de rester en France, non pas à cause des fidèles, mais en raison du rejet fait par les prêtres et par les religieuses, de tout ce qui leur semblait être « d’avant LE Concile ».

 

Et ce que je ressentais alors, me fut confirmé quelques années plus tard (j’anticipe), en 1974 : J’avais quitté Ecône, convaincu depuis le mois de novembre 1972 que Monseigneur Lefebvre, malgré lui (? cf. ci-dessous), en arriverait à consacrer des Evêques. Et, mon départ avait été aussi le début du départ de plusieurs séminaristes d’Ecône, pour les mêmes raisons. Avec cette différence : j’étais prêtre. Ils n’étaient que séminaristes et, séminaristes d’Ecône, ils n’étaient rien. En effet, après avoir pris contact avec mon Evêque, Mgr Louis Kuehn, Evêque de Meaux, successeur de Mgr Ménager, pour lui dire que le temps était venu pour moi de reprendre un ministère pastoral dans mon Diocèse d’incardination, même une simple paroisse de campagne de 500 habitants, j’obtins cette réponse : « Il n’en est pas question : vous y feriez un pèlerinage d’intégristes » !

 

Mgr Louis Kuehn

 

*

*    *


J’ouvre ici une petite parenthèse, intéressante : l’Evêque de Meaux refusait de me donner un ministère dans « mon » Diocèse. Mais, le 25 mars 1979 (j’étais alors à Rome depuis 1974, cf. ci-dessous), le Pape Jean Paul II fit une visite Pastorale à la Paroisse de Sainte Croix en Jérusalem, paroisse où les séminaristes sortis d’Ecône et moi-même étions hébergés. Son Excellence Mgr Martin, alors Préfet de la Maison Pontificale (le futur Cardinal Jacques Martin), qui m’honorait de son amitié, et protégeait ces jeunes, nous fit placer devant la porte de la Sacristie, pour être sûrs que nous rencontrions le Saint-Père, car nous n’avions pas été prévus dans la programme des rencontres avec le Saint-Père !

 

            Et pour cause lors du déjeuner au Vatican, en préparation à la visite à la Basilique de Sainte Croix en Jérusalem, le Pape Jean Paul II avait interrogé le Curé de la paroisse, le Père Paolo, Cistercien sur le groupe « d’intégristes » qui se trouvaient en pension au Couvent Cistercien (qui me l’a raconté ensuite) : « ON » avait mis en garde le Saint-Père contre les anciens séminaristes d’Ecône, les « transfuges », et contre le prêtre qui les accompagnait, ancien Directeur d’Ecône, et qui célébrait chaque matin la Messe de Saint Pie V pour eux dans la Chapelle des Reliques de la Sainte Croix (devant l’écriteau en trois langues, vu par la Sainte Vierge) : il fallait se méfier d’eux, car ils ne pouvaient qu’être contre le Concile en désobéissant ainsi au Pape !

 

            Et de fait, pendant la Messe, le Saint-Père nous dévisagea avec son regard scrutateur, mais bienveillant, se demandant certainement où était la vérité.


            Avant la Messe, étant donné que le groupe des séminaristes assurait les chants en grégorien, et que nous devions recevoir la Sainte Communion des mains mêmes du Saint-Père, Monseigneur Noë, alors Maître des Cérémonies Pontificales, s’adressa à nous à ce sujet, en nous disant qu’il « était interdit de faire la génuflexion avant de recevoir la Sainte Communion ». Devenu Cardinal, puis Archiprêtre de la Basilique Saint-Pierre, il interdisait toute célébration privée de la Messe de Saint Pie V même aux prêtres qui avaient l’indult ou le « celebret » ! (à suivre)


Mgr Jacques Masson

 

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Chrétiens et heureux de croire
Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /Sep /2009 11:45

Par Mgr J. Masson
- « Monseigneur Lefebvre ? On le poussera au schisme ! »

Paroles d’un Evêque.

D’un Evêque français.

Mon Evêque,

Monseigneur Jacques Ménager,

alors Evêque de Meaux.

[Juillet 1971].


POURQUOI ET COMMENT JE SUIS ALLE A ECÔNE

 

            Avant d’arriver à cette date de juillet 1971, date à laquelle j’étais Directeur du Séminaire d’Ecône,  et d’évoquer les événements décisifs de 1972, un an plus tard, il est nécessaire de faire un petit saut en arrière, pour bien comprendre le déroulement des choses.

 

La première question qui se pose est en effet la suivante : pourquoi et comment ai-je été amené à aller à Ecône ?

 

            Ma décision de quitter la France, l’Eglise de France, et de me joindre à Monseigneur Lefebvre, ne fut pas le fruit d’un caprice, mais le résultat d’une décision prise après mûre réflexion, conséquence de quatre années de ministère dans le diocèse de Meaux, au petit séminaire Sainte-Marie de Meaux tout d’abord, pendant trois ans, puis à la paroisse Saint Jean-Baptiste de Nemours ensuite, une année environ.

 

            Après trois années de “purgatoire” au Séminaire Saint-Sulpice, à Issy-les-Moulineaux, que j’ai déjà évoquées (1).


Le petit-séminaire Sainte Marie de Meaux

 

            J’ai été ordonné prêtre le 25 juin 1966, au titre du Diocèse de Meaux. Quelques semaines avant l’Ordination, l’Evêque, de passage à Saint-Sulpice, m’annonçait qu’il me nommait au petit séminaire Sainte-Marie de Meaux, en ces termes : « Je vous donne carte blanche, vous devez y remettre de l’ordre, de la discipline et de la spiritualité, et vous occuper plus spécialement des séminaristes et des Dimanches Apostoliques ».

 

            Le Séminaire Sainte-Marie était un séminaire « mixte » en ce sens qu’il accueillait des séminaristes, mais aussi des élèves et des étudiants non séminaristes. Il ne tarda pas à devenir « mixte » au sens complet du mot, pour les classes de terminale.

 

            Mon arrivée fit sensation : j’étais jeune alors, 29 ans, et je portais la soutane. Il y avait un autre prêtre qui portait la soutane, le Père Taroux, professeur en classe de Première. Mais il était « âgé », on le lui pardonnait… Ils sont toutefois parvenus à le faire se mettre en clergyman, après mon départ.

 

            Sensation dans le corps professoral, prêtres professeurs, et professeurs laïcs, mais aussi chez les élèves et les étudiants, et en particulier chez les séminaires des « « grandes classes ». De fait, Monseigneur Ménager l’avait bien vu, il y avait un grand vide spirituel, une absence de formation, de discipline. L’arrivée d’un « nouveau », en soutane, attira tout particulièrement les séminaristes les plus grands, ceux qui étaient censés entrer à Saint-Sulpice, mais qui en avaient déjà perdu toute envie, après y avoir fait quelques visites ! Le peu qu’ils en avaient vu leur suffisait. Et je les comprenais très bien.

 

            Ils se regroupèrent ainsi autour de moi, changèrent de directeur de conscience, ce qui est toujours un drame, surtout quand certains prêtres font la « chasse aux pénitents ». Et notamment le Directeur des Vocations, le Père Duranton, professeur de Lettres également pour les 3° et 2 : il valait mieux se mettre bien avec lui ! Paris vaut bien une Messe, n’est-ce pas ?

 

            Je passe rapidement, car je pourrais écrire un livre sur ces trois années passées au petit-séminaire de Sainte-Marie de Meaux. Mais le fait est que les jeunes séminaristes s’étaient regroupés autour de moi, du moins les plus grands, surtout pour les « Dimanches Apostoliques », une fois par mois, où ils ne retournaient pas en famille, mais restaient pour un jour et demi de retraite au séminaire. J’étais responsable aussi de la liturgie. Et les jeunes adoraient le chant grégorien, recherchaient les Bénédictions du Saint-Sacrement, les Adorations du Saint-Sacrement. Les plus grands ont même obtenu de faire une nuit d’adoration du Sacrement, en menaçant d’occuper la chapelle, car le Supérieur, le Père Lherbier, le leur avait débord refusé. Le dimanche soir, on chantait même les Complies en latin. Et, bien souvent, les séminaristes (les plus grands) venaient dans ma chambre pour réciter le Chapelet. Cela n’existait pas à Sainte-Marie ! Pour assister à la Messe « officielle » du matin, il fallait une permission spéciale, exceptionnelle, du surveillant de la classe d’étude.

 

            Mais ces jeunes se « battaient » pour pouvoir me servir la Messe le matin, en privé, à l’autel situé au fond de la Chapelle, alors qu’il y avait, dans le même temps, la Messe « officielle », célébrée par le Directeur des Vocations le Père Duranton, réduit bien souvent à parler dans le désert. Ce qui ne manqua pas de créer des tensions, bien sûr !

 

Le 8 décembre 1967, fête patronale du séminaire Sainte Marie, nous avons même eu une Messe Pontificale célébrée par Mgr Ménager. Rien n’y manquait : les Diacres assistants, les porte-insignes, bref, une vingtaine de servants dans le chœur. Les jeunes étaient « aux Anges », d’autant plus que j’avais préparé la chorale qui avait chanté tout le Kyriale des Messes solennelles n° 2 « Kyrie Fons Bonitatis ». Les jeunes, séminaristes et non séminaristes de la chorale, chantaient de tout leur cœur. A la fin de la Messe, Monseigneur Ménager m’a remercié, en ajoutant (in cauda venenum) : « Mais le Kyrie était beaucoup trop long ». Je lui répondis : « Certes ! Mais il a été composé par des gens qui méditaient, pour des gens qui méditent ».

 

            Et ainsi, la situation s’est tendue, régulièrement, et devint rapidement insoutenable. D’autant plus que les jeunes qui se destinaient au Sacerdoce me disaient, dans leur langage affectueux « L’abbé, vous devez nous trouver un BON séminaire, parce qu’on n’ira pas à LEUR Saint Sulpice ». Trouver un bon séminaire ! « Hic jacet lepus » ! C’était bien là la difficulté ! J’étais devenu un « trublion », au point que le Père Duranton me demanda un jour s’il pouvait venir me parler dans mon bureau-chambre. Bien sûr, avant son arrivée, j’ai installé un magnétophone sous mon lit ! Je résume l’entretien en quelques mots : « Avec votre soutane, et vos idées préconciliaires, vous êtes un scandale pour tout le Diocèse ». Mais déjà pour Sainte-Marie, et surtout pour lui qui avait perdu une grande partie de ses pénitents. Il était bien « en cour » avec Mgr Ménager, et je m’attendais à être changé « pour faire un peu de pastorale en paroisse » et « être remis au pas en contact avec la réalité ». Le Père Lherbier m’avait soutenu, il me soutenait, il était heureux de chanter les Complies en latin etc. Mais c’était un faible, surtout devant le Père Duranton.

 

            Je dois reconnaître que ce dernier ne me portait pas du tout dans son cœur. Surtout après une intervention de ma part auprès de Mgr Ménager. En 1969, Le Père Duranton, Directeur des Vocations, avait organisé deux journées de rencontre pour les jeunes gens et les jeunes filles du Diocèse, un samedi et un dimanche. Il avait prévu notamment une Messe « à étapes » : le samedi soir, dîner en commun dans la nature, si le temps le permettait, au cours duquel se déroulerait la première partie de la Messe : La Liturgie de la Parole.

 

Après cela, repos dans les greniers des fermes des environs, couchés dans la paille, garçons et filles mélangés, pour aider aux rencontres interpersonnelles, favoriser les contacts et les échanges et aider ainsi les jeunes à préparer leur avenir.

 

Pour le dimanche matin, le petit déjeuner comprendrait la liturgie de l’Offertoire, avec la présentation du pain et du vin. Et, pendant le repas de midi, on procèderait à la Consécration et à la communion.

 

            Mis au courant de ce projet, préparé dans tous les détails, j’intervins auprès de Mgr Ménager, réticent d’abord sur une intervention, mais qui dut céder devant ma menace de déposer une plainte à Rome. La réunion des jeunes du Diocèse aurait lieu, comme prévu, mais la Messe serait célébrée, normalement, dans l’église du village qui nous accueillait. La Messe ? Les jeunes, assis, couchés sur le sol de l’église, discutant, riant, en tenue négligée après une nuit passée dans la paille, et dans quelles conditions (?) chantaient à tue-tête des chants hippies, accompagnés à la guitare, et qui n’avaient, pour la plupart, aucun rapport avec la Messe célébrée. Je m’étais réfugié, par prudence, au fond de l’église, et les séminaristes s’étaient joints à moi les uns après les autres.

 

            Vint le moment de l’échange de la paix, qui se donna sous toutes les formes possibles et imaginables ; aussi, lorsque des jeunes, envoyés tout exprès par l’organisateur pour  « nous donner la paix », j’ai répondu avec un grand sourire « Foutez-nous la paix ! ». A la sortie de l’église, au moment de quitter l’assemblée, un groupe de jeunes, guidé par l’Abbé Duranton, s’en prit à nous, à moi, en criant : « hérétiques, intégristes ».

 

            Mon avenir était tracé !

 

            A la fin du mois de juillet, Monseigneur Ménager m’annonça, non pas oralement, mais par lettre, que je reçus alors que j’étais en vacances avec ma famille, que j’étais nommé Vicaire à Nemours. A la mi-juin je lui avais parlé de bruits concernant mon changement ! Il m’avait répondu avec fermeté : « Il n’en est pas question ».

 

Parole d’Evêque.

Mgr Jacques Masson

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(1) On se reportera, sur ce blog, aux articles publiés par Mgr Masson relatifs à cette période.

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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 12:14

Par Mgr J. Masson
Le Pape Benoît XVI, la Communion à genoux et dans la bouche, la Croix au milieu de l’autel, tournée vers le prêtre

    Ecoutons les paroles du Successeur de Pierre, car « ubi Petrus, ibi Ecclesia », là où est Pierre, là se trouve l’Eglise !
    Le 22 mai 2007, solennité du « Corpus Domini », de la Fête-Dieu, dans l’homélie de la Messe solennelle célébrée par le Saint-Père sur le parvis de la Basilique Saint Jean de Latran, Messe suivie de la Procession solennelle du Saint-Sacrement dans les rues de Rome, jusqu’à la Basilique Sainte Marie Majeure, le Saint-Père a déclaré :

« Nous trouvons ici le sens du troisième élément constitutif du Corpus Domini:  s'agenouiller en adoration devant le Seigneur. Adorer le Dieu de Jésus Christ, qui s'est fait pain rompu par amour, est le remède le plus valable et radical contre les idolâtries  d'hier  et d'aujourd'hui. S'agenouiller devant l'Eucharistie est une profession de liberté:  celui qui s'incline devant Jésus ne peut et ne doit se prosterner devant aucun pouvoir terrestre, aussi fort soit-il. Nous les chrétiens nous ne nous agenouillons que devant Dieu, devant le Très Saint Sacrement, parce qu'en lui nous savons et nous croyons qu'est présent le seul Dieu véritable, qui a créé le monde et l'a tant aimé au point de lui donner son Fils unique (cf. Jn 3, 16). Nous nous prosternons devant un Dieu qui s'est d'abord penché vers l'homme, comme un Bon Samaritain, pour le secourir et lui redonner vie, et il s'est agenouillé devant nous pour laver nos pieds sales. Adorer le Corps du Christ veut dire croire que là, dans ce morceau de pain, se trouve réellement le Christ, qui donne son vrai sens à la vie, à l'univers immense comme à la plus petite créature, à toute l'histoire humaine comme à l'existence la plus courte. L'adoration est une prière qui prolonge la célébration et la Communion Eucharistique et dans laquelle l'âme continue à se nourrir:  elle se nourrit d'amour, de vérité, de paix; elle se nourrit d'espérance, parce que Celui devant lequel nous nous prosternons ne nous juge pas, ne nous écrase pas, mais nous libère et nous transforme ».

    En entendant ces paroles, j’ai compris qu’il allait se passer quelque chose de nouveau : le successeur de Pierre, le « doux Christ en terre avait parlé » : quelque chose allait changer.

    Et de fait, au moment de distribution de la Sainte Communion par le Saint-Père à un groupe de fidèles, un prie-Dieu a été placé entre le Saint-Père et le communiant, et chacun à genoux, pieusement, les mans jointes, a reçu le Corps du Christ, dans la bouche !

    Ile n a été de même lorsque le Saint-Père s’est rendu en Italie du Sud, à Santa Maria di Leuca et à Brindisi. Et il en est toujours ainsi, où que le Saint-Père aille célébrer la Sainte Messe ; dans les paroisses de Rome, en Italie, à chacun de ses Voyages Apostoliques dans le monde, à Paris et à Lourdes notamment, malgré certaines réticences du clergé local, Curés ou Evêques.

Déclaration officielle du Maître des Cérémonies Pontificales

    L’Osservatore Romano du 26 juin rapporte le texte suivant d’un entretien avec Monseigneur Guido Marini (à ne pas confondre avec son prédécesseur, S. Exc. Mgr Piero Marini), Maître des Cérémonies Pontificales.

Question : « Lors de la récente visite à Santa Maria di Leuca et à Brindisi le Pape a distribué la communion aux fidèles agenouillés et sur les lèvres (note : l’expression du journaliste est incorrecte : c’est dans la bouche !). Cette pratique est-elle destinée à devenir habituelle dans les célébrations pontificales ? »

Réponse : « Je pense que oui. À cet égard, nous ne devons pas oublier que la distribution de la communion dans la main est toujours, d'un point de vue juridique, un indult (note : et pas un droit pour les fidèles comme cela a été dit de manière abusive) par rapport à la loi universelle. La communion dans la main a été permise par le Saint-Siège aux conférences épiscopales qui en ont fait la demande. Le mode de distribution de la communion adopté par Benoît XVI vise à souligner la validité de la règle valable pour toute l'Église. En outre, nous pourrions peut-être y voir aussi une préférence pour cette manière de distribuer la communion qui, sans s'opposer à l'autre, souligne mieux la vérité de la présence réelle dans l'Eucharistie, contribue à la dévotion des fidèles et introduit plus facilement le sens du mystère. Aspects que d'un point de vue pastoral, à notre époque, il est urgent de souligner et de retrouver. »

    Dans ce même entretien, Mgr Marini revient aussi sur deux aspects essentiels de la Messe, mis en évidence lors de la Fête du Baptême du Christ, fête à l’occasion de laquelle le Saint-Père avait célébré la Messe dans la Chapelle Sixtine au maître-autel et non à l’autel face au peuple qui avait été enlevé, et avais baptisé plusieurs enfants.
    Monseigneur Guido Marini précise : « L'architecture, le style, la beauté et l'harmonie particulière d'un lieu sacré peuvent justifier que l'on préfère célébrer la messe au maître-autel ancien plutôt qu'à l'autel moderne tourné vers l'assistance; de plus, cela permet d'exprimer symboliquement ce vers quoi, ou plutôt Celui vers qui est dirigée la Célébration Eucharistique, à savoir le Christ, Jésus.

« C'est le sens de la Croix placée sur l'autel, qu'il soit ancien ou moderne, et tournée vers le prêtre: elle indique la place centrale occupée par le Crucifié, et la direction exacte qui doit capter l'attention des fidèles au cours de la Célébration Eucharistique ». Et Mgr Marini ajoute: « On ne se regarde pas les uns les autres, mais tous regardent vers Celui qui, pour nous, est né, mort et ressuscité, vers notre Sauveur ».

Une question (parmi tant d’autres !)
    Le Saint-Père poursuit les visites dans les paroisses de Rome. Il effectue aussi des Voyages Apostoliques dans le monde entier, et notamment en France (Paris, Lourdes). Partout, il célèbre comme il le fait à Saint-Pierre de Rome : la Croix est placée au centre de l’autel, entourée de six cierges, la communion est distribuée aux fidèles qui s’agenouillent sur un prie-Dieu placé tout exprès pour cette occasion.

    Quand le Saint-Père s’en va, que fait ensuite le Curé de la paroisse visitée ? Que font les Evêques qui ont concélébré la Sainte Messe avec le Saint-Père ?

    Ils ne changent rien. Ils « subissent », avec certaines réticences les règles imposées par le Maître des Cérémonies, qui suit la volonté expresse du Saint-Père. Mais AUCUN ne suit l’exemple donné par le Successeur de Saint-Pierre.

    Même si ce n’est pas un ordre, s’il n’y a pas de loi nouvelle sur ces questions, et si les Curés et les Evêques ne sont pas « tenus à l’obéissance », il me semble que les Evêques, Successeurs des Apôtres, et les Curés, Pasteurs du troupeau de Dieu dans une paroisse, devraient spontanément, dans un esprit de docilité et de confiance filiale, comprendre la volonté de Pierre et le suivre : « Qui vous écoute, m’écoute ».

    « Ils ont des yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre ».

    Oui, S. Exc. Mgr Bruguès a raison : il faudrait organiser une année de formation, pour enseigner le Catéchisme de l’Eglise Catholique aux jeunes qui se présentent dans nos Séminaires.
    Mais il faudrait le faire aussi pour les prêtres nés et ordonnés après 1969, pour les prêtres nés avant 1969 et ordonnés après 1969, et enfin pour les prêtres nés et ordonnés avant 1969, dont plusieurs ont reçu la plénitude du Sacerdoce et sont maintenant Pasteurs d’un Troupeau, Evêques.

    Le Père Congar nous disait en 1967, lors d’une semaine de formation permanente, qu’il avait donné des cours du soir aux Evêques français, à l’occasion du Concile Vatican II « car ils avaient oublié leur théologie » (sic !)
    Le Père Congar a été un expert écouté au Concile Vatican II. L’Abbé Joseph Ratzinger lui aussi a contribué de façon remarquable au Concile Vatican II en tant qu’expert; il assistait le Cardinal Joseph Frings, Archevêque de Cologne, comme Conseiller théologique.
    L’Abbé Joseph Ratzinger, selon ses propres paroles, « s’est converti » (sic !), entrevoyant les dangers futurs au sein de l’Eglise. Le Père Congar « a perverti ».
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Publié dans : Témoignages [Mgr Masson] - Communauté : Benoit XVI
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