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Samedi 7 juillet 2007 6 07 /07 /Juil /2007 12:50

Par La rédaction
LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE MOTU PROPRIO DU SOUVERAIN PONTIFE BENOÎT XVI

Sur l’usage de la Liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970

(Traduction empruntée, à quelques réserves près, au site Eucharistie Miséricorde)

Texte original latin [Ici]

 

    LES SOUVERAINS PONTIFES ont toujours veillé jusqu’à nos jours à ce que l’Église du Christ offre à la divine Majesté un culte digne, « à la louange et à la gloire de son nom » et « pour le bien de toute sa sainte Église ».


Depuis des temps immémoriaux et aussi à l’avenir, le principe à observer est que « chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement quant à la doctrine de la foi et aux signes sacramentels, mais aussi quant aux usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue, qui sont à observer non seulement pour éviter des erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, parce que la lex orandi de l’Église correspond à sa lex credendi » (1).


Parmi les Pontifes qui ont eu ce soin se distingue le nom de saint Grégoire le Grand qui fut attentif à transmettre aux nouveaux peuples de l’Europe tant la foi catholique que les trésors du culte et de la culture accumulés par les Romains au cours des siècles précédents. Il ordonna de déterminer et de conserver la forme de la liturgie sacrée, aussi bien du Sacrifice de la Messe que de l’Office divin, telle qu’elle était célébrée à Rome. Il encouragea vivement les moines et les moniales qui, vivant sous la Règle de saint Benoît, firent partout resplendir par leur vie, en même temps que l’annonce de l’Évangile, cette très salutaire manière de vivre de la Règle, « à ne rien mettre au-dessus de l’œuvre de Dieu » (chap. 43). Ainsi, la liturgie selon les coutumes de Rome féconda non seulement la foi et la piété mais aussi la culture de nombreux peuples. C’est un fait en tout cas que la liturgie latine de l’Église sous ses diverses formes, au cours des siècles de l’ère chrétienne, a été un stimulant pour la vie spirituelle d’innombrables saints et qu’elle a affermi beaucoup de peuples par la religion et fécondé leur piété.


Au cours des siècles, beaucoup d’autres Pontifes romains se sont particulièrement employés à ce que la liturgie accomplisse plus efficacement cette tâche ; parmi eux se distingue saint Pie V, qui, avec un grand zèle pastoral, suivant l’exhortation du Concile de Trente, renouvela tout le culte de l’Église, fit éditer des livres liturgiques corrigés et « réformés selon la volonté des Pères », et les donna à l’Église latine pour son usage.


Parmi les livres liturgiques du Rite romain, la première place revient évidemment au Missel romain, qui se répandit dans la ville de Rome puis, les siècles suivants, prit peu à peu des formes qui ont des similitudes avec la forme en vigueur dans les générations récentes.


« C’est le même objectif qu’ont poursuivi les Pontifes romains au cours des siècles suivants en assurant la mise à jour des rites et des livres liturgiques ou en les précisant, et ensuite, depuis le début de ce siècle, en entreprenant une réforme plus générale » (2). Ainsi firent mes prédécesseurs Clément VIII, Urbain VIII, saint Pie X (3), Benoît XV et le bienheureux Jean XXIII.


Plus récemment, le Concile Vatican II exprima le désir que l’observance et le respect dus au culte divin soient de nouveau réformés et adaptés aux nécessités de notre temps. Poussé par ce désir, mon prédécesseur le Souverain Pontife Paul VI approuva en 1970 des livres liturgiques restaurés et partiellement rénovés de l’Église latine ; ceux-ci, traduits partout dans le monde en de nombreuses langues modernes, ont été accueillis avec plaisir par les Évêques comme par les prêtres et les fidèles. Jean-Paul II reconnut la troisième édition type du Missel romain. Ainsi, les Pontifes romains se sont employés à ce que « cet édifice liturgique, pour ainsi dire, […] apparaisse de nouveau dans la splendeur de sa dignité et de son harmonie » (4).


Dans certaines régions, toutefois, de nombreux fidèles se sont attachés et continuent à être attachés avec un tel amour et une telle passion aux formes liturgiques précédentes, qui avaient profondément imprégné leur culture et leur esprit, que le Souverain Pontife Jean-Paul II, poussé par la sollicitude pastorale pour ces fidèles, accorda en 1984, par un indult spécial Quattuor abhinc annos de la Congrégation pour le Culte divin, la faculté d’utiliser le Missel romain publié en 1962 par Jean XXIII ; puis de nouveau en 1988, par la lettre apostolique Ecclesia Dei en forme de motu proprio, Jean-Paul II exhorta les Évêques à utiliser largement et généreusement cette faculté en faveur de tous les fidèles qui en feraient la demande.


Les prières instantes de ces fidèles ayant déjà été longuement pesées par mon prédécesseur Jean-Paul II, ayant moi-même entendu les Pères Cardinaux au consistoire qui s’est tenu le 23 mars 2006, tout bien considéré, après avoir invoqué l’Esprit Saint et l’aide de Dieu, par la présente Lettre apostolique je DECIDE ce qui suit :


Art. 1.- Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la « lex orandi » de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le B. Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la « lex orandi » de l’Église n’induisent aucune division de la « lex credendi » de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain.


Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église. Mais les conditions établies par les documents précédents Quattuor abhinc annos et Ecclesia Dei pour l’usage de ce Missel sont remplacées par ce qui suit :


Art. 2.- Aux Messes célébrées sans peuple, tout prêtre catholique de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le bienheureux Pape Jean XXIII ou le Missel romain promulgué en 1970 par le Souverain Pontife Paul VI, et cela quel que soit le jour, sauf le Triduum sacré. Pour célébrer ainsi selon l’un ou l’autre Missel, le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation, ni du Siège apostolique ni de son Ordinaire.


Art. 3.- Si des communautés d’Instituts de vie consacrée et de Sociétés de vie apostolique de droit pontifical ou de droit diocésain désirent, pour la célébration conventuelle ou «communautaire», célébrer dans leurs oratoires propres la Messe selon l’édition du Missel romain promulgué en 1962, cela leur est permis. Si une communauté particulière ou tout l’Institut ou Société veut avoir de telles célébrations souvent ou habituellement ou de façon permanente, cette façon de faire doit être déterminée par les Supérieurs majeurs selon les règles du droit et les lois et statuts particuliers.


Art. 4.- Aux célébrations de la Messe dont il est question ci-dessus à l’art. 2 peuvent être admis, en observant les règles du droit, des fidèles qui le demandent spontanément.


Art. 5.-


§ 1. Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande de célébrer la Messe selon le rite du Missel romain édité en 1962. Il appréciera lui-même ce qui convient pour le bien de ces fidèles en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’Évêque selon les normes du canon 392, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Église.


§ 2. La célébration selon le Missel du bienheureux Jean XXIII peut avoir lieu les jours ordinaires ; mais les dimanches et les jours de fêtes, une Messe sous cette forme peut aussi être célébrée.


§ 3. Le curé peut aussi autoriser, pour les les fidèles ou les prêtres qui le demandent, la célébration sous cette forme extraordinaire dans des cas particuliers comme des mariages, des obsèques ou des célébrations occasionnelles, par exemple des pèlerinages.


§ 4. Les prêtres utilisant le Missel du bienheureux Jean XXIII doivent être idoines et non empêchés par le droit.


§ 5. Dans les églises qui ne sont ni paroissiales ni conventuelles, il appartient au Recteur de l’église d’autoriser ce qui est indiqué ci-dessus.


Art. 6.- Dans les Messes selon le Missel du B. Jean XXIII célébrées avec le peuple, les lectures peuvent aussi être proclamées en langue vernaculaire, utilisant des éditions reconnues par le Siège apostolique.


Art. 7.- Si un groupe de fidèles laïcs dont il est question à l’article 5 § 1 n’obtient pas du curé ce qu’ils lui ont demandé, ils en informeront l’Évêque diocésain. L’Évêque est instamment prié d’exaucer leur voeu. S’il ne peut pas pourvoir à cette forme de célébration, il en sera référé à la Commission pontificale Ecclesia Dei.


Art. 8.- L’Evêque qui souhaite satisfaire à une telle demande de fidèles laïcs, mais qui, pour différentes raisons, en est empêché, peut en référer à la Commission pontificale Ecclesia Dei, qui lui fournira conseil et aide.


Art. 9.-


§ 1. De même, le curé, tout bien considéré, peut concéder l’utilisation du rituel ancien pour l’administration des sacrements du Baptême, du Mariage, de la Pénitence et de l’Onction des Malades, s’il juge que le bien des âmes le réclame.


§ 2. Aux Ordinaires est accordée la faculté de célébrer le sacrement de la Confirmation en utilisant le Pontifical romain ancien, s’il juge que le bien des âmes le réclame.


§ 3. Tout clerc dans les ordres sacrés a le droit d’utiliser aussi le Bréviaire romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII en 1962.


Art. 10.- S’il le juge opportun, l’Ordinaire du lieu a le droit d’ériger une paroisse personnelle au titre du canon 518, pour les célébrations selon la forme ancienne du rite romain, ou de nommer soit un recteur soit un chapelain, en observant les règles du droit.


Art. 11.- La Commission pontificale Ecclesia Dei, érigée par le Pape Jean-Paul II en 1988 (5), continue à exercer sa mission.


Cette commission aura la forme, la charge et les normes que le Pontife romain lui-même voudra lui attribuer.


Art. 12.- Cette Commission, outre les facultés dont elle jouit déjà, exercera l’autorité du Saint-Siège, veillant à l’observance et à l’application de ces dispositions.


Tout ce que j’ai établi par la présente Lettre apostolique en forme de Motu proprio, j’ordonne que cela ait une valeur pleine et stable, et soit observé à compter du 14 septembre de cette année, nonobstant toutes choses contraires.


Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 7 juillet de l’an du Seigneur 2007, en la troisième année de mon pontificat.


Benoît XVI


_______________

[1] INSTITUTIO GENERALIS DU MISSEL ROMAIN, troisième édition, 2002, n. 397.
[2] JEAN-PAUL II, Lettre ap. Vicesimus quintus annus (4 décembre 1988), n. 3 : AAS 81 (1989), p. 899 ; La Documentation catholique 86 (1989), pp. 518-519.
[3] Ibidem.
[4] Saint Pie X, Motu proprio Abhinc duos annos (23 octobre 1913) : AAS 5 (1913), pp. 449-450 ; cf. JEAN-PAUL II, Lettre ap. Vicesimus quintus annus, n. 3 : AAS 81 (1989), p. 899; La Documentation 86 (1989), p. 519.
[5] Cf. JEAN-PAUL II, Motu proprio Ecclesia Dei adflicta (2 juillet 1988), n. 6 : AAS 80 (1988), p. 1498: La Documentation catholique 85 (1988), pp. 788-789.
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 22:01

Par La rédaction
    La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, à quelques jours du Motu proprio de Benoit XVI relatif à l'ancien Ordo de la messe, a demandé la plus large diffusion, à tous ceux qui le peuvent, du discours inaugural prononcé par le Préfet de ladite Congrégation, le cardinal Arinze, le 26 octobre 2006, à l'ouverture du colloque organisé à l'occasion du jubilé d'or de l'Institut Supérieur de Liturgie de l'Institut Catholique de Paris (1).

Nous nous y prêtons volontiers. Merci d'en faire de même autour de vous, si vous le pouvez.

Il est observé que ce texte très important n'a pas été publié, curieusement, dans le dossier consacré à ce colloque par la Documentation catholique
(cf. n°2376 du 18 mars 2007).

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L'horizontalisme, qui conduit le peuple à se célébrer lui-même au lieu de célébrer les Mystères du Christ, a des conséquences néfastes pour la foi catholique et le culte

1. Bienheureuse célébration. Temps de Grâce.

Dieu soit loué pour la célébration de ce cinquantième anniversaire de la vie et du service de "l'Institut Supérieur de Liturgie". Durant ces cinquante ans, l'Institut a offert à l'Eglise une contribution importante et significative à la réflexion, à la vie et à la formation dans le domaine de la Liturgie. Nous prions le Seigneur Jésus de bien vouloir bénir et récompenser tous ceux qui, dans le passé, ou de nos jours, ont prêté ou prêtent encore leur concours à cette section importante de l'Institut Catholique de Paris. La Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements adresse ses plus chaleureuses félicitations à cet Institut. La célébration d'un jubilé comme celui-ci n'est pas seulement une occasion pour rendre grâce, mais elle nous offre aussi l'opportunité de mener une réflexion, en vue d'un réexamen des orientations, afin de tracer clairement la route qu'il convient de suivre, et prendre des résolutions pour le futur. Nous aborderons quelques thèmes au sujet desquels on peut penser qu'un Institut Supérieur de Liturgie semblable à celui-ci pourrait s'efforcer de rendre certains services. Il est important de montrer un chemin de lumière dans les différents domaines qui constituent la Liturgie. A ce titre, comme nous le verrons, l'ars celebrandi et l'homélie méritent qu'on y prête une attention particulière. De même, dans le cadre de l'ecclésiologie de communion, il importe de souligner avec clarté les rôles assumés par le prêtre et l'Evêque diocésain. Après avoir évoqué ces différents points, nous serons en mesure de présenter, en conclusion, une liste des principaux services qu'on pourrait attendre d'un Institut de Liturgie.

2. Montrer un chemin de lumière dans le domaine de la Liturgie

Tout d'abord, l'un des devoirs d'un Institut Supérieur de Liturgie est d'être comme un phare qui désigne un chemin de lumière en matière de Liturgie. Assumer une telle fonction permet à la fois d'informer et aussi de former des responsables, qui soient capables d'apprécier à leur juste valeur les richesses contenues dans le culte public de l'Eglise, et qui, de surcroît, soient prêts à les partager avec les autres. Cela permet d'éclairer et de mieux expliciter le lien étroit qui existe entre la théologie et la liturgie, entre la foi de l'Eglise et la célébration des Mystères du Christ, entre la lex credendi et la lex orandi. il est vrai qu'un Institut Supérieur de Liturgie doit promouvoir la recherche. Toutefois, avant tout, il convient qu'il établisse ses travaux sur les bases solides et durables de la foi, de la Tradition de l'Eglise et sur l'héritage, qui est présent dans les textes, les gestes et les attitudes liturgiques. Un tel Institut doit donc être heureux de considérer que la sainte Liturgie est un don que nous recevons du Christ par l'Eglise. De fait, la sainte Liturgie n'est pas une chose que l'on invente. Elle comprend, en effet, des éléments immuables, qui proviennent de notre Sauveur Jésus Christ, comme les éléments essentiels des Sacrements, et aussi des éléments variables, qui ont été soigneusement transmis et conservés par l'Eglise. Beaucoup d'abus, dans le domaine de la Liturgie, ont pour origine, non pas la mauvaise volonté, mais l'ignorance, « puisqu'on rejette généralement ce dont on ne perçoit pas le sens plus profond, et dont on ne connaît pas l'ancienneté » (Redemptionis sacramentum, n° 9).
Ainsi, certains abus ont-ils pour origine la place indue qui est accordée à la spontanéité, ou à la créativité, ou bien à une fausse idée de la liberté, ou encore à cette erreur qui a pour nom: « horizontalisme », qui consiste à placer l'homme au centre de la célébration liturgique au lieu de porter son attention vers le haut, c'est-à-dire vers le Christ et ses Mystères. On dissipe les ténèbres grâce à la lumière, et non par des condamnations verbales. C'est pourquoi, notamment, un Institut Supérieur de Liturgie doit avoir le souci de former des experts dans la meilleure et authentique tradition théologico-liturgique de l'Eglise. Il les forme donc à l'amour de l'Eglise et de son culte public, et il leur enseigne à suivre les normes et les orientations données par le Magistère. De même, un tel Institut prévoit aussi des cours appropriés pour ceux qui veulent promouvoir la formation permanente des clercs, des personnes consacrées et des fidèles laïcs. Comme le Pape Jean-Paul Il l'écrivait à l'Assemblée Plénière de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, un mois avant sa mort: «Il est urgent que dans les communautés paroissiales, dans les associations et dans les mouvements ecclésiaux on assure des cours appropriés de formation, afin que la Liturgie soit mieux connue dans toute la richesse de son langage et qu'elle soit vécue dans toute sa plénitude. Dans la mesure où cela sera fait, le résultat en sera des bienfaits qui se révèleront dans la vie personnelle et communautaire » (Lettre du pape Jean-Paul II au cardinal Arinze, 3 mars 2005, n° 5).

3. La promotion de l'ars celebrandi

Une solide base théologico-liturgique, une formation de qualité dans le domaine de la foi, et le respect du caractère propre de la Liturgie ont pour conséquence de favoriser cette réalité qui a pour nom : "l'ars celebrandi" ; de fait, celui-ci sera promu non seulement par le prêtre célébrant, mais aussi par tous ceux qui prennent part aux actions liturgiques : tout d'abord, le diacre, mais aussi les servants d'autel, les lecteurs, ceux qui dirigent le chant et toute l'assemblée qui participe à l'action liturgique. L'ars celebrandi est fondée sur la vérité théologique que le Concile Vatican Il exprime en ces termes : « la Liturgie est considérée à juste titre comme l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus Christ, exercice dans lequel la sanctification de l'homme est signifiée par signes sensibles, est réalisée d'une manière propre à chacun d'eux, et dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus Christ, c'est-à-dire par le Chef et par ses membres » (Sacrosanctum concilium, n° 7).
Un Institut de Liturgie devrait aider chaque personne, qui participe à une célébration liturgique, à apprécier cette vérité. Cela concerne en tout premier lieu le prêtre célébrant ou l'Evêque. Si ces derniers sont suffisamment insérés dans la compréhension des célébrations liturgiques qui ont pour Tête le Christ, s'ils respectent l'Ecriture, la Tradition, les fondements historiques des textes sacrés et les richesses théologiques des expressions liturgiques, alors tout cela aura pour résultat bénéfique de manifester d'une manière admirable l'ars celebrandi. Les célébrations liturgiques manifesteront la splendeur de la foi de l'Eglise ; elles nourriront la foi des participants ; elles écarteront de cette foi la torpeur et l'indifférence ; et elles enverront les fidèles à la maison avec la résolution ardente de vivre une vie vraiment chrétienne et de répandre partout la Parole de Dieu. Nous sommes alors bien loin de cette froideur, de cet horizontalisme qui met l'homme au centre de l'action liturgique, et aussi parfois de ce maniérisme ouvertement égocentrique que nos assemblées du dimanche sont parfois obligées de subir. La Lettre du Pape Jean-Paul ll, déjà mentionnée (n. 3), de même que le Synode des Evêques d'octobre 2005 - Les 50 propositions (voir Prop. 25), ont tous les deux souligné l'importance de l'ars celebrandi.

4. L'homélie

Le Concile Vatican II dit que « l'homélie est fortement recommandée comme faisant partie de la liturgie elle-même » (Sacrosanctum Concilium, n° 52). Dans
l'homélie, le pain de la Parole de Dieu est distribué aux fidèles. Les Saintes Écritures sont mises en relation avec les réalités de la vie dans le monde d'aujourd'hui. Et il est vrai qu'une bonne homélie, bien préparée, remplit d'ardeur les cœurs des fidèles qui l'ont écoutée, c'est-à-dire de ce "feu" dont parle l'Évangile des deux disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24, 32). Malheureusement, beaucoup d'homélies, prononcées par des prêtres ou des diacres, n'atteignent pas ce but tant désiré. Certaines d'entre elles ressemblent pour une bonne part à des discours marqués par des considérations d'ordre sociologique, psychologique, ou, dans un style encore pire, politique. Ces homélies ne sont pas assez enracinées dans la Sainte Écriture, les textes liturgiques, la Tradition de l'Eglise et une théologie solide. Dans certains pays, il y a des gens qui n'apprécient pas le fait que l'homélie, durant la célébration du Sacrifice eucharistique, soit un ministère pastoral réservé aux seuls ministres ordonnés : le diacre, le prêtre et l'Evêque. Or, il est vrai que les fidèles laïcs, s'ils peuvent très bien assurer la catéchèse en dehors de la Messe , ne sont néanmoins pas habilités à prononcer l'homélie, pour laquelle il est requis de recevoir l'ordination. Un Institut Supérieur de Liturgie peut donc aider à diffuser de justes convictions au sujet de l'homélie. Il peut aider à créer un climat d'opinion pour des homélies où le Peuple de Dieu pourrait trouver une nourriture spirituelle plus substantielle. A ce sujet, il convient de rappeler que, pour de nombreux catholiques, l'homélie est probablement la seule formation permanente religieuse et catéchétique qu'ils reçoivent durant la semaine (cf. Lettre du Pape Jean-Paul II, n° 4; Synode des Evêques d'octobre 2005, Prop. 19).

5. Le rôle liturgique du prêtre

Il est essentiel pour un Institut Supérieur de Liturgie de préciser clairement quel est exactement le rôle du prêtre dans la sainte Liturgie. Le Concile Vatican Il dit, en effet, que « le renouveau de l'Eglise entière dépend pour une grande part du ministère des prêtres animé par l'Esprit du Christ » (Optatam totius préambule). Le sacerdoce commun de tous les baptisés et le sacerdoce ministériel des prêtres ordonnés proviennent du Christ lui-même. Or, si dans la constitution hiérarchique de l’Eglise, on confond les rôles des uns et des autres, cela provoque toujours des dommages. De plus, une telle position ne contribue pas à promouvoir le témoignage rendu au Christ, ni la sainteté du clergé et des fidèles laïcs. Enfin, ni les tentatives de cléricalisation des laïcs, ni les efforts en vue d'une laïcisation du clergé ne peuvent être porteurs des grâces divines. Le Concile Vatican II dit que « dans les célébrations liturgiques, chacun, ministre et fidèle, en s'acquittant de sa fonction, fera seulement et totalement ce qui lui revient en vertu de la nature des choses et des normes liturgiques » (Sacrosanctum Concilium, n° 28). C'est donc faire preuve de fausse humilité et d'une conception inadmissible de la démocratie ou de la fraternité, pour un prêtre, que d'essayer de partager le rôle qu'il exerce dans la liturgie en tant que prêtre, et qui lui est donc strictement réservé, avec les fidèles laïcs. Ainsi, il n'est pas superflu d'affirmer qu'un Institut Supérieur de Liturgie, comme toute faculté de théologie, devrait aider le peuple à comprendre que le sacerdoce ministériel est une partie intégrale et constitutive de la structure de l'Eglise, et que, par conséquent, nous avons absolument besoin de prêtres ordonnés pour célébrer la sainte Messe, pour absoudre les fidèles de leurs péchés au moyen du Sacrement de Pénitence, et pour donner l'Onction des Malades à ceux qui en ont besoin (cf. Tc 5, 14-15). De plus, étant donné que l'on constate que les gens, qui viennent nombreux aux célébrations des mariages et des funérailles, peuvent en tirer de grands bienfaits sur le plan spirituel, il faut donc affirmer que, notamment dans ces cas, nous avons besoin de prêtres pour célébrer le Sacrifice eucharistique, pour adresser des paroles empreintes de spiritualité dans des homélies de qualité à des personnes, dont un certain -nombre participe rarement à la Messe, pour les bénir, et donc, pour être un signe montrant que l'Eglise est près d'eux comme une pierre milliaire posée sur le chemin de leur vie. De plus, et sans aucun doute, il est nécessaire que le sacerdoce du prêtre ne se borne pas à l'exercice de simples fonctions liturgiques, mais que ses activités ministérielles proviennent de son cœur de père spirituel et que, par conséquent, sa présence pastorale constitue une nourriture spirituelle pour le peuple. Si l'on affaiblit le rôle du prêtre ou si on ne l'apprécie pas, une communauté locale catholique peut dangereusement sombrer dans l'idée qu'il est possible d'envisager une communauté sans prêtre. Or, une telle pensée n'est pas conforme avec la conception authentique de l'Eglise instituée parle Christ. Si un diocèse ne dispose pas d'un nombre suffisant de prêtres, des initiatives devraient être prises pour les faire venir d'ailleurs, pour encourager les vocations sacerdotales locales, et pour maintenir vive, dans le peuple, cette "faim" authentique d'avoir des prêtres à son service (cf Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, n° 32). Les membres non ordonnés du Peuple de Dieu, à qui on assigne certaines fonctions en l'absence d'un prêtre, doivent faire un effort tout particulier pour conserver une telle "faim". Et ils devraient résister à la tentation qui consiste à essayer de persuader les fidèles qu'ils doivent s'habituer à les considérer comme des substituts des prêtres (cf. op. cit., 33). Il n'y a pas de place dans l'Eglise catholique pour la création d'une sorte de "laïc cléricalisé" parallèle (cf. Redemptionis sacramentum, nn. 149-153, 165) De leur côté, les prêtres devraient montrer explicitement qu'ils sont heureux dans leur vocation, ce qui va de pair avec une conscience très claire de leur identité dans le cadre de leurs fonctions liturgiques. Si les prêtres célèbrent les saints Mystères avec foi et dévotion, et conformément aux livres approuvés, leur témoignage constitue alors une vraie prédication en faveur des vocations au sacerdoce, D'un autre côté, les jeunes ne désireront pas se joindre à un groupe de clercs, qui semblent incertains de leur mission, qui critiquent leur Église et lui désobéissent, et qui célèbrent leurs propres "liturgies" conformes à leurs choix personnels et à leurs théories. En conclusion, un Institut Supérieur de Liturgie et une faculté de théologie sont des instruments précieux dont l'Eglise dispose pour la diffusion d'une théologie correcte sur le prêtre en tant qu'instrument du Christ dans la sainte Liturgie.

6. Le rôle de l'Evêque

Il est évident que la communion ecclésiale doit signifier communion avec l’Evêque diocésain et entre les Evêques et le Pape. Dans le diocèse, l'Evêque est le premier dispensateur des Mystères du Christ. Il le modérateur, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique de l'Eglise diocésaine (cf.Christus Dominus
n° 15 ; CIC, can. 387 ; Redemptionis Sacramentum, n° 19). L'Evêque dirige l'administration des sacrements, en particulier celle de la Sainte Eucharistie. Quand il concélèbre dans sa cathédrale en compagnie de ses prêtres, avec l'assistance des diacres et des ministres de rang inférieur, et avec la participation du saint Peuple de Dieu, on est alors en présence de « la principale manifestation de l'Eglise » (Sacrosanctum concilium, n° 41). Les facultés catholiques de théologie, les instituts liturgiques et les centres pastoraux ont pour vocation d'aider l'Evêque, en tant que Pasteur du diocèse. Ils coopèrent aussi d'une manière appropriée avec la Conférence des Evêques et le Siège Apostolique, et ils aident à expliquer et à diffuser les documents et les instructions émis par ces différentes instances. Ils constituent évidemment de précieux conseillers pour l'Evêque diocésain, les Conférences des Evêques et le Saint-Siège. Du fait de leurs compétences, ils aident le peuple à comprendre que la sainte Liturgie n'est pas un domaine où règne la libre recherche mais qu'elle est bien la prière officielle et publique de l'Eglise dont le Pape et les Evêques sont en premier lieu les responsables. Un institut catholique ou une faculté de théologie légale comprend alors qu'il ne convient pas d'emprunter une voie parallèle à celle de l'Evêque ou du Saint-Siège, ou bien de se considérer comme un observateur indépendant ou critique. A ce sujet, nous devons remercier l'Institut Supérieur de Liturgie pour le rôle positif qu'il a joué durant un demi-siècle dans l'Eglise, en vue de la promotion de la sainte Liturgie et de la communion ecclésiale. Ces propos nous conduisent à la conclusion, qui comportera une liste des quelques services qu'on pourrait attendre de la part d'un Institut Supérieur de Liturgie.

 

7. Les quelques services qu'on peut attendre de la part d'un Institut Supérieur de Liturgie

A partir de ce qui vient d'être dit, on peut en conclure qu'un Institut Supérieur de Liturgie devrait être une maison où règnent la lumière et l'amour. Il devrait donc préparer des experts aptes à informer et à donner eux-mêmes une formation en matière liturgique. Par conséquent, il lui revient de susciter auprès du peuple la foi et l'amour de l'Église, de telle sorte qu'il puisse apprécier que « les normes liturgiques sont une expression concrète du caractère ecclésial authentique de l'Eucharistie ; tel est leur sens profond. La Liturgie n'est jamais la propriété de quelqu'un, ni du célébrant, ni de la communauté dans laquelle son célébrés » (Ecclesia de Eucharistia, n° 52).
Cela signifie que les instituts d'études liturgiques devraient mettre à la disposition des fidèles les moyens nécessaires pour qu'ils soient capables de rejeter la banalisation, la désacralisation et sécularisation. L'horizontalisme, qui conduit le peuple à se célébrer lui-même au lieu de célébrer les Mystères du Christ, a des conséquences néfastes pour la foi catholique et le culte, et c'est pourquoi il doit absolument être évité. Les instituts liturgiques devraient aussi aider le peuple à mieux apprécier le lien existant entre, d'une part, la célébration du Sacrifice eucharistique et, d'autre part, le respect et l'adoration envers la Sainte Eucharistie en dehors de la Messe, en favorisant des pratiques telles que la visite du Saint-Sacrement, la Bénédiction eucharistique, l'Adoration eucharistique, les Processions ou les Congrès eucharistiques (cf. Redemptionis sacramentum, nn. 129-145). Un Institut tel que le vôtre exerce une grande influence, du fait de l'orientation et de l'esprit de ceux qui y étudient, de ses publications, et aussi à cause de son autorité morale lorsqu'il transmet ses idées et ses réflexions aux centres liturgiques et pastoraux diocésains, ainsi qu'aux maisons d'éditions. Cette influence s'étend au-delà de la France, et atteint les villages de l'Afrique, de l'Asie et du Pacifique. Un Institut Supérieur de Liturgie doit constituer une aide efficace pour l'Évêque, pour la Conférence des Évêques et pour le Saint Siège, en ce qui concerne la formulation des directives en matière de liturgie et l'articulation de la théologie sous-jacente aux rites liturgiques. Puisque « la Liturgie est le sommet auquel tend l'action de l'Eglise, et en même temps la source d'où découle toute sa vertu » (Sacrosanctum concilium, n° 10), personne ne peut manquer de considérer l'importance de l'apostolat d'un institut d'études liturgiques. Cher Institut Supérieur de Liturgie, je t'adresse tout mes meilleurs voeux à l'occasion de tes cinquante ans ! Par l'intercession de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Notre-Seigneur, dont nous célébrons les mystères dans la liturgie, puisse cet Institut et tous ceux qui, semblables à lui, sont répandus dans le monde entier, croître en efficacité et dans son amour de l'Eglise, dans l'accomplissement de sa haute vocation et de sa noble mission.


+ Cardinal Francis ARINZE

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(1) Nous empruntons ce texte au site Eucharistie Miséricordieuse [Ici].
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Mardi 8 mai 2007 2 08 /05 /Mai /2007 17:00

Par La rédaction

Nous sommes des animaux

mais

on n’est pas des bêtes


par Jean-Marie Meyer et Patrice de Plunkett

Livre publié par les Presses de la Renaissance

L’homme est un animal. Mais les animaux sont-ils des espèces d’humains ? Ont-ils une vie psychique, un langage, des cultures ? Ont-ils des droits comme les nôtres ?  « La science est en train de le prouver », dit-on ; vrai ou faux ? Ce débat soulève des problèmes essentiels, pour notre vie quotidienne et pour l’avenir :


La première partie du livre est consacrée au psychisme de la bête. Les animaux communiquent, mais quoi et comment ? L’Occidental d’aujourd’hui ne se trompe-t-il pas quand il prête ses émotions humaines aux bêtes ?


La seconde partie du livre étudie nos relations avec les animaux. Peut-on dire qu’un chat nous « sort de la solitude », alors qu’il n’est pas un humain ? Notre éthique a-t-elle quelque chose à voir avec le fonctionnement des sociétés animales ? Est-il vrai que les animaux ont une « morale », une « culture », dont seraient issues les morales et les cultures humaines ?


De l’explosion des dépenses de luxe pour chiens au boom des films animaliers, de l’influence du darwinisme à la revendication de droits civils et politiques pour les cétacés, Jean-Marie Meyer et Patrice de Plunkett (le philosophe et le journaliste)  nous livrent un essai savoureusement percutant, vivant, richement documenté, sur les différences entre la bête et l’homme. Ils nous découvrent une crise de l’humain, que notre société est en train de fabriquer sous couvert de  « respecter l’animal ». Et ils montrent l’urgence, pour l’homme, de se redécouvrir lui-même.

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Lundi 2 avril 2007 1 02 /04 /Avr /2007 15:25

Par La rédaction

    L’Annuaire Pontifical 2007 a enregistré globalement une augmentation du nombre des catholiques, des prêtres et des séminaristes dans le monde.

De 2004 à 2005, les catholiques dans le monde sont passés de 1 milliard 98 millions à environ 1 milliard 115 millions, soit une augmentation de 1,5%. Cette croissance relative est légèrement supérieure à celle de la population mondiale qui est de 1,2%. Le pourcentage global des catholiques demeure à peu près inchangée soit 17,2 % de la population mondiale.

On note une augmentation de 3,1% des catholiques en Afrique, alors que la population n’augmente que de 2,5%. L’augmentation du nombre des catholiques est également supérieure à celle de la population en Asie et en Amérique, soit 2,71 % contre 1,18 % pour l'Asie et 1,2 % contre 0,9 % pour l’Amérique. En Europe, on enregistre une légère augmentation des catholiques, la population globale restant stationnaire.

Le nombre des prêtres, autant diocésains que religieux, est passé, en 2004-2005 de 405.891 à 406.411, soit une augmentation relative de 0,13 %. On note une augmentation de plus de 3, 5 % pour l’Asie et pour l’Afrique, mais un fléchissement d’environ 0,5%, en Europe et en Amérique et de 1,8% en Océanie. Le nombre global des séminaristes a lui aussi augmenté : en 2005, sur 100 candidats au sacerdoce, 32 étaient américains, 26 asiatiques, 21 africains, 20 européens, et 1 océanien.


Ce sont autant de raisons d'espérer et de maintenir le cap, au-delà des difficultés rencontrées en France ou en Europe. 


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Mardi 13 mars 2007 2 13 /03 /Mars /2007 17:32

Par La rédaction

Bien que cela ne soit pas directement lié à la vie politique, il nous paraît important de mentionner ici la parution de l’exhortation apostolique Sacramentum caritatis (1), sur l’eucharistie, signée par le pape Benoît XVI le 22 février 2007. Ce document est destiné à magnifier la place et le rôle de l’eucharistie, « origine de toute forme de sainteté » dans l’Eglise. Il a donc ainsi une incidence directe, certaine, sur toutes les modalités d'action d’un catholique, en privé comme en public.


Il n’est ignoré de personne que la question liturgique a été, depuis près de quarante ans, au cœur des conflits qui ont agité l’Eglise. Plus qu'aucune autre, elle a constitué une pierre d’achoppement pour les traditionalistes, lesquels, selon les groupes, les époques ou les circonstances, ont parfois été jusqu’à soutenir l’invalidité et l'hétérodoxie du rit de Paul VI, promulgué en 1969.


    D’interminables débats ont eu lieu dans ces milieux, en particulier pour déterminer si l’ancien rit, dit de saint Pie V, avait ou non été abrogé, s’il était possible d’assister au nouveau, s’il pouvait être célébré librement par les prêtres des instituts reconnus par l’Eglise depuis le schisme de Mgr Lefebvre en 1988. La résistance sur cette question a largement conditionné la résistance des mêmes milieux à la réception du concile Vatican II, et favorisé le développement de théories hétérodoxes.


    A la décharge des traditionalistes, l’histoire devra cependant retenir que la réforme liturgique s’est souvent opérée, en France, dans des conditions très violentes, au mépris de l’attachement de beaucoup de fidèles ou de prêtres aux formes liturgiques antérieures à la réforme. Cet attachement a pourtant
été déclaré légitime et respectable par le Motu proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988. Dans ce document, le pape Jean-Paul II a indiqué que ce respect devait s’exprimer par la libéralisation de l’ancien rit pour ceux qui la demandaient aux autorités locales. Il a ainsi enjoint [« on devra »] de « partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962 ».


    Cette injonction, malheureusement, est assez généralement restée lettre morte. Le Cardinal Ratzinger, très sensible à la liturgie et à son rôle de vecteur d’expression de la foi, s’est montré parfois très sévère, ou très lucide, sur les conditions de la réforme, exprimant clairement qu’elle n’était pas achevée et largement à parfaire, parce qu’elle avait souffert, en particulier, d’un grand déficit de sacralité. Au crépuscule de sa vie, le pape Jean-Paul II a rendu un immense service à l’Eglise en instaurant une année de l’eucharistie et en proposant sur ce sujet une riche lettre apostolique, Mane nobiscum Domine, le 7 octobre 2004.


    Devenu pape, Benoît XVI garde les mêmes convictions et ne s’est pas caché de son intention de mettre un terme à cette sorte de schisme intérieur qui affaiblit incontestablement l’Eglise. La perspective d’un dédoublement du rit latin, en ordinaire (ou de droit commun : le rit dit de Paul VI) et extraordinaire (le rit dit de saint Pie V) a été évoquée, qui a provoqué un grand émoi en particulier dans l’épiscopat, ou dans certaines sphères de celui-ci. La crainte a été exprimée, qui n’était pas totalement vaine, que cette institution pourrait conduire les traditionalistes à justifier leur repli sur eux-mêmes et à ouvrir ainsi dans l’Eglise un champ où le concile Vatican II pourrait n’avoir pas à être appliqué. A dire vrai, nous pensons que c’est plutôt l’inverse qui pourrait se produire, compte tenu du fait que pour beaucoup, la question liturgique est le seul obstacle qui les retienne véritablement d’examiner de plus près ledit concile.


    Quoi qu’il en soit, passé cet émoi, le silence était revenu sur cette question. Chacun était dans l’attente du document qui vient de paraître, en se demandant s’il ne pourrait pas, subrepticement, introduire quelque réforme sur cette question disputée. Ce n’est pas (encore) tout à fait le cas. En tout cas pas dans les proportions qui étaient redoutées par certains. Le document se termine sur l’annonce de la publication d’un Compendium liturgique, comme il en existe un pour le catéchisme et pour la doctrine sociale de l’Eglise, qui comprendra « des textes du Catéchisme de l'Église catholique, des prières, des explications des Prières eucharistiques du Missel et tout ce qui pourra se révéler utile pour la compréhension correcte, pour la célébration et pour l'adoration du Sacrement de l'autel » (n° 93). Il (re)introduit cependant des exigences qui ne sont certes pas du goût de tous.


    Ainsi M. Henri Tincq, qui demeure dans Le Monde, l’un des derniers gardiens du progressisme idéologique des années 70, grince autant qu'il le peut dans les colonnes de ce journal du 13 mars. Là où le catholique verra, dans la méditation, la reconnaissance et la prière, une invitation féconde à approfondir un mystère central du christianisme et à l'honorer avec dignité, propre à rassembler dans le respect et l’unité de la foi tous les fidèles, M. Tincq, tout en aigreurs, fustige l’obsession du pape à vouloir « à tout prix rallier à Rome » (horreur) les traditionalistes, à donner « des gages à son aile la plus conservatrice ».


    Pensez : il dit que les assemblées dominicales en l’absence de prêtre ne sont pas des messes. Il maintient cette « doctrine peu charitable » (sic) selon laquelle les divorcés remariés ne peuvent accéder aux sacrements (ben oui, quoi, dans une société de consommation, “j’ai droit à”, non ?). Il indique que ceux-ci doivent, « selon les exigences de la loi de Dieu », vivre « comme amis ou frère et sœur ». Le journaliste, là, n’y tient plus. Il s’esclaffe : « c'est-à-dire dans la chasteté ! » La chasteté, quel gag pour notre plumitif ! Et celui-ci d’égrainer les menaces qui pèsent sur le monde : Benoît XVI, qui « campe ainsi sur les positions les plus intransigeantes » est (si, si) un « nostalgique de la tradition d’avant Vatican II ».  Inattendu : voilà que M. Tincq a la même conception que Mgr Lefebvre, celle d’une tradition d’avant, et celle d’une tradition d’après ! Le latin et le chant grégorien devront être réintroduits dans les séminaires, les concélébrations devront être exceptionnelles, le baiser de paix – dont bien peu, entre nous, savent qu’il s’agit d’un véritable geste liturgique (mais qui l’a enseigné aux fidèles ?) – ne doit plus donner lieu à des manifestations excessives, les improvisations dans le chant et les liturgies sont proscrites.


    M. Tincq pleure : « Bien des efforts d’animation des célébrations risquent de se trouver découragés ». Las… Mais il reprend bientôt courage : « Le scénario est déjà en place pour un nouvel affrontement entre l‘aile traditionnelle de l’Eglise et les fidèles acquis aux innovations de Vatican II ». Ah, ça va saigner, je vais pouvoir rempiler ! Il ne lui vient pas à l’esprit que beaucoup d’esprits “traditionnels”  puissent être “acquis” à Vatican II. Il ne lui vient surtout pas à l’esprit – comme aux intégristes – que la tradition puisse s’exprimer dans ce concile. M. Tincq ne perçoit pas cela parce qu’il est tout simplement un intégriste de gauche et qu’il partage la dialectique des enragés qu’il prétend combattre.


    Il ne perçoit surtout pas, - et c'est assurément ce qu'il y a de plus triste, qu’il n’y a pas de tâche plus urgente pour le pape, sur ce point, et pour l'Eglise entière, que celle de répondre à l’appel du Christ lui-même : « Soyez un, comme le Père et moi sommes un ».

 

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(1) Texte téléchargeable au format PDF :

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Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /Jan /2007 20:09

Par La rédaction
    "Jamais la politique chrétienne ne coïncidera exactement avec la politique d'un parti.

    A mettre les choses au mieux, et à supposer qu'un parti politique place les intérêts du bien commun au-dessus de ses intérêts de parti, qu'il nomme par exemple aux postes importants non pas les plus dignes du parti, mais les plus dignes de la cité, il faudrait encore dire que le parti ne vise le bien commun que sous l'angle d'une valeur politique donnée qu'il s'attache plus spécialement à faire prévaloir, et qui, si authentique et nécessaire qu'elle soit, restreint forcément sa perspective et l'oblige à rejeter au second plan le souci pratique et immédiat d'autres valeurs, authentiques et nécessaires elles aussi, que d'autres partis s'attacheront à leur tour à faire prévaloir.

    Nous ne faisons ici que transposer aux partis, auxquels elle est a fortiori applicable, une vue d'Aristote et de saint Thomas concernant les divers régimes politiques légitimes. Chacun d'eux s'attache, disent-ils, à faire prévaloir un des éléments du bien commun de la cité : unité, vertu, liberté, prospérité (ajoutons, si l'on veut : tradition ou innovation). Aucun d'eux n'est adéquat à tout le bien commun. Et c'est pourquoi le meilleur régime, selon saint Thomas, est un régime mixte.

    Transposant cette vue, nous disons donc que, s'il est éminemment désirable que la politique chrétienne soit partout reconnue, qu'il y ait partout dans la politique des chrétiens pour la faire rayonner, aucun parti, fût-il composé entièrement de chrétiens, ne représentera adéquatement la politique chrétienne".

Cardinal Charles Journet (1891-1975), Exigences chrétiennes en politique, Egloff 1944, p. 519

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Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /Jan /2007 09:36

Par La rédaction
Pour appréhender clairement et sans caricature la conception catholique de notre monde, ainsi que la mission de l'Eglise et des laïcs dans la société moderne, il peut être utile de se reporter à la constitution pastorale Gaudium et Spes, trop souvent méconnue du commun des mortels que nous sommes, ou trop vite enterrée comme étant "datée", et dont la richesse est impressionnante. On la trouve également sur le site du Vatican, à cette adresse.

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Jeudi 4 janvier 2007 4 04 /01 /Jan /2007 09:28

Par La rédaction
   
    P
our consulter dans son intégralité le message pour la paix,
"La personne humaine, coeur de la paix", dont un extrait se trouve en exergue de ce blog, et qu'a adressé Sa Sainteté le Pape Benoît XVI "aux hommes de bonne volonté" le 1er janvier 2007,on pourra se reporter au lien suivant sur le site du Vatican.


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