Par La rédaction
Ce dernier, qui répond aussitôt, se voit confier la mission de faire connaître aux « fils d’Israël », en esclavage en Egypte, de leur rappeler le souvenir de Dieu, le « Dieu de leurs pères ». Et comme Moïse demande au nom de qui il devra s’exprimer, Dieu lui fait cette réponse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : “Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-Suis” ». Et Dieu ajoute : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est Yahvé, c’est le Seigneur, le Dieu de vos pères, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob”. C’est là mon nom pour toujours, c’est le mémorial par lequel vous me célébrerez d’âge en âge ».
Cette révélation est l’une des plus fondamentales de la Révélation. Dieu s’y dit comme l’éternel Subsistant. Mais ce n’est pas un Eternel séparé. C’est pour nous – et cela constitue en particulier une différence capitale avec l’islam – un Eternel qui, loin de s’être borné à créer le monde, si l’on ose dire, a choisi d’entrer dans son histoire. Pour la « mémoire » des « fils d’Israël », qui figurent ici tous les hommes, de quelque nation et de quelque race, qui accepteront son Alliance et son Royaume, Dieu n’est pas seulement « Je-Suis », l’Inaccessible. Son nom est, inséparablement, « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob », un Dieu entré dans une généalogie, jusqu’à l’incarnation, et de l’incarnation à l’adoption. « Je-Suis » sera toujours « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob », par référence à son indéfectible Alliance, qui entoure de tant de mystère le destin d’Israël, mais il est aussi le « Dieu de Pierre, de Paul et de Jean, et de toi, et de moi », ce Dieu, qui dans la même fidélité, accompagne en son acte éternel l’histoire singulière et collective de chacun d’entre nous.
Ce Dieu est notre Dieu, en notre histoire, en l’actualité de notre histoire, de notre vie familiale, de notre vie politique, qu’il accompagne de sa providence, ici, aujourd’hui. « Je-Suis » est toujours, en quelque manière, contemporain de notre devenir, de nos décisions, de nos choix et c’est pourquoi le pape Benoît XVI a récemment pu rappeler aux hommes politiques – et en particulier aux chefs d’Etat – la nécessité de l’écouter. S’écarter de lui n’est toujours qu’une vaine illusion parce qu’il n’y a pas d’acte possible sans lui, fût-il une trahison. On n’étouffe pas le feu qui ne s’éteint pas. Aucun effort, aucune révolte, aucun projet humain ne peut masquer jamais son inépuisable lumière. Tout temps à ses esclavages, son pays d’Egypte. Mais que nos cœurs s’ouvrent, que notre mémoire s’éveille, sous la grâce, au souvenir de l’Eternel Alliance, et aucune ténèbre ne sera jamais assez épaisse pour nous soustraire à l’inépuisable lumière. C’est l’immense certitude que nous apporte ce texte en nos temps difficiles.

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L’abbé Henri Grouès (né en 1912), dit "